OpenEdition Journals

https://journals.openedition.org

  • Hugues Draelants : « Savoir ne suffit pas pour agir face au climat »
    https://www.cafepedagogique.net/2026/06/23/hugues-draelants-savoir-ne-suffit-pas-pour-agir-face-au-climat

    Le terme d’« #éducationalisation » désigne une tendance lourde de nos sociétés à confier à l’#école, et plus largement au champ éducatif, la charge de résoudre des problèmes qui sont d’abord sociaux, économiques ou politiques. Dès qu’un enjeu devient préoccupant (et ce n’est pas ce qui manque de nos jours : harcèlement, fake news, obésité, biodiversité…), on crée une nouvelle « éducation à », comme si ajouter un chapitre dans les programmes pouvait traiter à lui seul la question. Cela donne l’illusion rassurante que le problème est pris en main.

    La multiplication des « éducations à » produit plusieurs effets pervers. D’abord, une forme de dispersion et de surcharge pour l’école : on empile les missions sans enlever rien du reste, ce qui rend le travail des enseignants de plus en plus difficilement tenable et restreint le temps disponible pour les apprentissages de base. Ensuite, un risque de dépolitisation des enjeux : au lieu de discuter des acteurs et des rapports de force qui structurent, par exemple, notre dépendance aux énergies fossiles, on transforme la crise climatique en une liste d’objectifs pédagogiques et de bons comportements attendus chez les élèves. Le message implicite devient : « si chacun se comporte bien, le problème sera réglé », ce qui tend à invisibiliser les dimensions structurelles et les responsabilités différenciées.

    Dans le cas du #climat, l’éducationalisation conduit à faire comme si la réponse passait d’abord par la multiplication de modules de sensibilisation et de gestes individuels à l’école. Certains d’entre eux, comme « acheter local » et « réduire sa consommation de viande », sont d’ailleurs des recommandations valables et efficaces pour réduire son empreinte carbone, mais ils restent dans le registre du comportement individuel sans toucher aux systèmes agro-alimentaires ou aux politiques agricoles qui les conditionnent. Les « bons gestes » ont donc leur place comme points d’entrée, à condition qu’ils s’accompagnent d’un travail critique sur les causes systémiques, sans quoi ils peuvent surtout donner l’illusion d’agir.

    Vous décrivez une « mécanique d’invisibilisation » à l’œuvre dans les politiques éducatives liées au climat. De quoi s’agit-il précisément ? Quels aspects des crises écologiques ou des rapports de pouvoir tendent ainsi à être occultés ?

    Quand je parle de mécanismes d’invisibilisation, je ne vise pas d’abord l’école, mais un système beaucoup plus large qui traverse nos sociétés. Le changement climatique est à la fois partout dans l’espace public et pourtant difficile à voir et à saisir concrètement, en raison d’une série de processus : l’occultation des infrastructures matérielles qui soutiennent nos modes de vie ; le fait que les impacts concrets restent inégalement perçus selon les groupes sociaux (ceux qui en sont le plus protégés matériellement peuvent encore le vivre comme un problème relativement abstrait et lointain) ; l’abstraction scientifique et médiatique du climat ; et la tendance à présenter ces enjeux comme purement techniques plutôt que comme des conflits de valeurs et de pouvoir.

    Dans mes travaux, je propose de penser cela comme un système d’invisibilité ou d’invisibilisation à plusieurs dimensions (matérielle, sensible, cognitive, axiologique) qui s’auto‑renforcent et qui ne concernent évidemment pas que l’école. L’institution scolaire arrive après coup dans cette histoire : elle n’invente pas ces invisibilités, mais elle tend à s’en faire le relais à son insu, parce que sa manière propre de fonctionner (la « forme scolaire » et son rapport très abstrait au savoir, son cloisonnement de l’espace et du temps, son mandat de neutralité) a tendance à les reproduire plutôt qu’à les défaire.

    L’école découpe par exemple le savoir en disciplines et en heures de cours : le climat passe en sciences, la mobilité en géographie, les inégalités en sciences sociales, sans forcément que ces éléments ne se rejoignent pour former une image cohérente des systèmes en jeu.

    Autrement dit, l’école est prise dans un système d’invisibilité qui se joue en amont, dans l’organisation matérielle de nos sociétés et dans la façon dont la modernité capitaliste met à distance ses propres dépendances écologiques. Le défi, pour l’éducation au climat, n’est donc pas uniquement d’« ajouter du contenu » sur le réchauffement, mais d’utiliser des pédagogies qui permettent de fissurer ce système d’invisibilité.

    Faire de l’éducation la solution ? - L’éducationalisation en question à partir de l’exemple climatique
    https://journals.openedition.org/diversite/5351

  • La plus importante collection de dés à jouer de l’Antiquité mise au jour lors de fouilles archéologiques dans les Vosges
    https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/vosges/la-plus-importante-collection-de-des-a-jouer-de-l-antiqui


    Une découverte exceptionnelle de plus de 500 dés à Grand dans les Vosges. • © Hélène Leplat / France Télévisions

    À la cité gallo-romaine de Grand, dans les Vosges, une découverte exceptionnelle autour de 500 dés à jouer antiques a été mise au jour. Les fouilles sont menées à proximité de la basilique et de sa célèbre mosaïque. Une découverte unique.

  • #Vito_Teti : Vingt ans d’observations anthropologiques à #Cavallerizzo, village (partiellement) détruit par un éboulement dans les montagnes calabraises

    Les 344 pages de Il risveglio del drago. Cavallerizzo : un paese mondo, tra abbandono e ricostruzione (Le réveil du dragon. Cavallerizzo : un village-monde, entre abandon et reconstruction) nous invitent à nous pencher sur le cas de Cavallerizzo (Figure 2), un village de Calabre qui fut partiellement détruit par un éboulement rocheux le 7 mars 2005. Vito Teti a patiemment récolté les informations qu’il nous livre durant la vingtaine d’années qui a suivi cette catastrophe. Les mots et l’image de couverture (Figure 1) résument le contenu de l’ouvrage : la mythologie – via la figure du dragon, qui symbolise la montagne – est fortement ancrée dans l’identité de la minorité ethno-linguistique albanaise qui s’est installée entre le xve et le xviiie siècle dans les montagnes calabraises ; la référence au paese mondo (village-monde), car, comme la quatrième de couverture le souligne, « Cavallerizzo, petit village qui meurt, lieu périphérique et marginal, est le monde ». Enfin les deux mots du sous-titre – abandon et reconstruction – et la préposition « entre » qui les relient, préfigurent le tiraillement sur le devenir du village après la catastrophe. La photo prise par l’auteur dresse le décor : des décombres au premier plan, une chapelle restée debout (ou reconstruite ensuite ?) et, sur la paroi d’une maison partiellement touchée, une peinture murale représentant la partie supérieure d’un visage (du Christ ?), les yeux tournés vers le ciel.

    https://journals.openedition.org/rga/17707
    #Calabre #Italie #éboulement #abandon #reconstruction #montagne #livre

    voir aussi :
    Il risveglio del drago. #Cavallerizzo : un paese mondo, tra abbandono e ricostruzione
    https://seenthis.net/messages/1154527

  • Reinvigorating local epistemic communities around Alpine digital infrastructures

    What are the politics of political ecology? How can politics and ecology be conjugated in practice? For several years, I looked at political ecology as a powerful analytical framework to unveil the political dimension of ecological practices and environmental regulations across different scales and settings. Trained in critical development studies and anthropology, my approach to political ecology—like that of many others—drew on concepts and methodologies from diverse disciplinary and intellectual traditions (Marxist theory, subaltern studies, the anthropology of development, public policy analysis, environmental anthropology, and economic geography, etc.).

    I thought that this interdisciplinary framework would enable me to identify, describe, and critically assess power dynamics, inequalities, and structures of accumulation and dispossession within socio-ecological configurations. In this vein, my MA works were oriented in documenting the invisible consequences of European ecological transition policies on land rights of nomadic people in rural Western India. I then turned that same lens towards the Alps, the region where I have grown up. There, “failed” development projects, scientific approaches to mountain farming, and conservation-related conflicts gradually made me aware of the recurrent epistemic injustices that affect rural communities, even in Western Europe.

    It was in this spirit that, during my postdoctoral fieldwork at NICHE – Centre for Environmental Humanities (Ca’ Foscari University of Venice), I unexpectedly encountered a project for a future data centre, planned for construction in the belly of the Dolomites. Although potentially huge, the economic and ecological impact of this infrastructure had been little discussed with the valley inhabitants. In a moment when this mountain area was reinventing its economic trajectory, opportunities for debating the project had been hampered by local authorities. Technical data about resource consumption has not been made available. This very absence of data made it impossible for people to decide autonomously on the soundness of the project. In other terms—and differently from my previous research experiences—room for politics was not only reduced, but consciously obliterated.This awareness strongly influenced my presence in the field. Instead of attempting to elaborate scenarios on my own regarding the long-lasting consequences of this infrastructure, and more generally about how the material ecologies of the Alps would have become a financial asset, I turned my field research into an exercise of public imagination and collective research. Privileges (times, status) connected to my scholar condition proved useful in creating and sustaining a local epistemic community, rather than only documenting it. Soon, the research became a collective effort. Interviews and talks became occasions for elaborating alternative imaginaries with NGOs, local associations, and inhabitants. Writing resulted into a powerful tool for opening new possibilities. I was no longer the only one questioning the future data centre and wondering what to do. My approach to political ecology has shifted: from revealing the unspoken political dimensions of ecology to ecologizingpolitics itself, by actively participating in an ecology of political practices.

    https://pollenpoliticalecology.network/gabriele-orlandi-reinvigorating-local-epistemic-communit
    #montagne #IA #AI #infrastructure #intelligence_artificielle #Alpes #infrastructure_digitale #communautés_épistémiques #écologie_politique

    • Des ingénieur·es contre des paysan·nes ? Significations et ancrage local d’un conflit concernant l’implantation d’un #data_center dans une vallée alpine

      Cet article explore les dynamiques et les conflits qui accompagnent l’implantation d’un data center dans une vallée alpine italienne. Le projet, soutenu par un partenariat public-privé, vise à installer une infrastructure du web dans une ancienne mine en Val di Non/Nonsberg, dans les entrailles des Dolomites, bénéficiant d’un cadre légal approprié et de conditions environnementales perçues comme favorables, notamment en termes de consommation énergétique. En particulier, le texte met en évidence les dynamiques locales suscitées par ce projet. D’une part, le projet est considéré comme une opportunité de développement pour une région confrontée à des défis économiques et sociaux importants, notamment la désertification et le vieillissement de la population. D’autre part, il soulève des préoccupations environnementales et sociales, dans la mesure où le projet implique l’utilisation de deux ressources locales, l’eau et les terrains collectifs. Les réactions locales au projet sont variées : certain·es habitant·es s’opposent à la manière dont il est mis en œuvre, tandis que d’autres y voient une promesse de modernité et de renouveau économique. De manière plus générale, l’étude montre que les infrastructures du web telles que les data centers ne sont pas seulement des supports matériels pour l’économie numérique, mais aussi des vecteurs de changement des imaginaires sociaux et environnementaux de ces espaces alpins. Enfin, tout en illustrant les complexités et les contradictions inhérentes à la mise en place de telles infrastructures dans des contextes ruraux et montagneux, le cas de #Val_di_Non / #Nonsberg met en lumière une nouvelle façon de produire de la valeur à partir des écologies matérielles des montagnes alpines. Il appelle ainsi à un renouvellement des études critiques du développement et de la modernisation dans ces zones de montagne.

      https://journals.openedition.org/rga/15520
      #centres_de_données

  • Spatialement et dans tous les sens
    Méthodologies, méthodes sensibles et géographie

    https://journals.openedition.org/norois/16994

    La prise en considération conjointe des sensations et des émotions permet d’intégrer de manière singulière les façons dont les individus vivent, ressentent et s’approprient leurs territoires. Selon J.-M. Besse (2013), « la sensation, c’est la donnée brute, vécue par le corps en rapport avec le monde, à travers l’ouïe, la vue, le toucher, l’odorat, le goût », tandis que l’émotion, pour A. Damasio (1999), « est une réaction affective complexe, incluant sensations corporelles, évaluation subjective, mémoire et expression. Elle implique à la fois le vécu subjectif immédiat et la signification donnée à une situation ». Alors que l’affect désigne un état de l’esprit provoqué par les qualités relationnelles et diffusives des lieux (Anderson, 2009), l’émotion est un « état affectif positif ou négatif » (Clerc, 2019) qui, au-delà du simple ressenti, peut être verbalisé, conscientisé et partagé. En croisant des approches qui combinent les apports de la psychologie, de la phénoménologie et de la géographie humaniste, les articles qui composent ce numéro proposent une compréhension riche et située des spatialités à partir du registre sensible. Le vécu sensoriel, le sentiment d’appartenance, la découverte, l’attachement voire la peur donnent à voir une texture des usages, des appropriations et des représentations des lieux.

    #territoire #espace #géographie #cartographie #cartographie_sensible

  • Du coté de Thessalonique… (Selanik, Salonico) (4)

    Histoire, Société

    ZAFIRIS (Christos). – La Thessalonique juive. Histoire, Société, Monuments, Musée Juif de Thessalonique. – Athènes, Epikentro, 2017.
    (Traduction de Jonathan Zemour)
    Intéressant petit livre, avec une riche iconographie, notamment quant à la dimension architecturale de la ville (les « villas » des riches commerçants juifs ou dömne).

    CAHIERS BALKANIQUES. Hors-Série. « Thessalonique : Destructions, Constructions, Déconstructions d’une ville ». Paris, INALCO, 2025.
    Vient de paraître et est consultable en ligne : https://journals.openedition.org/ceb
    Je donne ci-dessous le sommaire (en excluant les articles en grec)

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/10/du-cote-de-thessalonique-selanik-salonico-4

    #grece

  • Souveraineté numérique : entre protection de l’identité et tendances autoritaires
    https://journals.openedition.org/ticetsociete/10599

    La notion de souveraineté numérique s’est imposée au cours de la deuxième décennie du XXIᵉ siècle en réaction aux critiques croissantes de la mondialisation et à l’aggravation des inégalités sociales et économiques. Les déséquilibres dans la répartition des richesses, l’intensification des tensions internationales, la montée du populisme nationaliste et les crises migratoires ont favorisé l’essor de discours protectionnistes, en particulier dans les sphères économique et sécuritaire. Les concepts de déglobalisation (Bello, 2003) et de démondialisation (Sapir, 2011) ont ainsi gagné en visibilité, parfois instrumentalisés par des régimes autoritaires pour invoquer le principe de souveraineté accolé à « l’ordre westphalien », fondement des relations internationales depuis le XVIIᵉ siècle reposant essentiellement sur la non-ingérence dans les affaires internes d’un État et la reconnaissance de l’autorité étatique sur un territoire donné. Progressivement, les enjeux liés à la souveraineté industrielle et alimentaire, puis avec la pandémie de Covid-19, à la souveraineté vaccinale, se sont inscrits dans les priorités de partis politiques aux orientations diverses, y compris les plus populistes. C’est dans le sillage de ces transformations que la souveraineté numérique s’est vite propagée aux quatre coins du globe, chaque force ou régime politique lui attribuant une signification spécifique selon ses intérêts et ses stratégies.

    #Souveraineté_numérique #Indépendance_numérique

  • Une préhistoire des femmes
    https://journals.openedition.org/lectures/69976

    Présentation de l’éditeur

    Depuis quelques années, les femmes préhistoriques suscitent un intérêt inédit de la part du grand public et des médias. Cet intérêt résonne avec les débats contemporains sur la place des femmes, sur le chemin parcouru et celui qui reste à accomplir pour atteindre l’égalité des sexes. Pour la préhistoire, l’enjeu est d’identifier quand et comment le patriarcat a émergé, de repérer les éventuels points de bascule et, ce faisant, de connaître notre passé pour mieux agir sur le présent. Préoccupation politique et progrès de la connaissance se rejoignent ici et s’enrichissent mutuellement.
    Dès lors, une question s’impose avec acuité : la domination masculine existait-elle à la préhistoire ? Si oui, depuis quand et sous quelles formes ? Des données permettent aujourd’hui de documenter différents aspects de la vie des individus préhistoriques (unions, maternité, santé, alimentation, activités, affichage du statut et du pouvoir, apprentissage du genre, phénomènes de violence...), avec des degrés de précision variables selon les effectifs disponibles et les régions du monde.
    En s’appuyant sur l’ensemble des ressources archéologiques accessibles pour une vaste zone – de l’océan Atlantique à l’Oural et du bassin arctique jusqu’à la Méditerranée –, cet ouvrage met en lumière les dynamiques fondamentales des relations entre hommes et femmes du Paléolithique moyen au Néolithique.
    De manière inédite à une telle échelle, ce livre dresse un état des connaissances sur la condition des femmes préhistoriques, à travers une démarche résolument ancrée dans une réflexion sur le genre.

    Auteur
    Anne Augereau

    Anne Augereau est archéologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).

    Publications du même auteur
    Anne Augereau, Femmes néolithiques. Le genre dans les premières sociétés agricoles [livre]

  • Fanny Lignon, Récits vidéoludiques. Le personnage réinventé
    https://journals.openedition.org/rfsic/17295

    Fanny Lignon a un parcours atypique qui inclut philosophie, cinéma, sciences de l’information et de la communication et sciences de l’éducation et de la formation. C’est avec ce bagage qu’elle aborde les personnages de jeux vidéo. Elle travaille également sur les questions de genre et a coordonné le premier ouvrage collectif en français sur le thème (Genre et jeux vidéo, PUM, 2015). Elle reste la spécialiste francophone en la matière.

    Restent à analyser les personnages, et notamment leur structure. Telle est la mission réussie que se donne Fanny Lignon dans ce livre.

    Fanny Lignon démontre que les jeux qu’elle étudie sont des récits parce qu’ils sont porteurs d’une idéologie et proposent un mode d’interprétation du monde, parce qu’ils mettent en œuvre des dispositifs narratifs courants – quand bien même ils les malmènent un peu –, parce qu’ils font appel à un narrateur – rôle qu’ils confient en grande partie au joueur à travers le personnage.

    Si les joueurs et joueuses se retrouvent un peu dans la peau d’un spectateur assistant à la projection d’un film d’animation peu bavard, de manière « infra », pour reprendre les termes de l’autrice, ils et elles habitent l’histoire de manière « ultra », certains jeux offrant d’immenses possibilités en termes d’image, d’invention et de projection. Les joueurs en effet incarnent leur personnage en y insufflant leurs émotions, et par là deviennent scénaristes, réalisateurs, acteurs.

    Finalement Fanny Lignon conclut que le jeu vidéo permet de réaliser le rêve de beaucoup d’amateurs de fiction : entrer totalement dans le récit, devenir le personnage, s’évader de soi, être un autre enfin, sans risque aucun.
    L’expertise incontestable de Fanny Lignon sur le jeu vidéo s’exprime une fois encore avec Récits vidéoludiques. En offrant un regard expert et plutôt accessible, elle décrypte avec finesse ce qui se passe entre le personnage et son joueur et contribue de manière significative à la reconnaissance du jeu vidéo comme un médium narratif à part entière, méritant toute l’attention du monde universitaire.

    #Fanny_Lignon #Jeu_vidéo #Personnage

  • Un grand pas de plus vers la science ouverte

    A partir du 1er janvier 2026, le #CNRS coupera l’accès à l’une des plus importantes bases bibliométriques commerciales : le #Web_of_Science de #Clarivate_Analytics ainsi que les #Core_Collection et #Journal_Citation_Reports.

    https://journals.openedition.org/cybergeo/42519

    #science_ouverte #édition_scientifique #revues_prédatrices #résistance #WOS #Elsevier #Scopus #ESR #science #recherche #publications_scientifiques

    –-

    ajouté à la #métaliste sur la #publication_scientifique* :
    https://seenthis.net/messages/1036396

  • Yves WINKIN et Jean-Marie CHARPENTIER (2025), La communication au long cours. Conversations sur les sciences de la communication
    https://journals.openedition.org/communication/21216

    Riche et foisonnant, ce livre de Winkin constitue un témoignage inestimable sur l’institutionnalisation et la légitimation progressives des sciences de l’information et de la communication auxquelles il a activement participé en étant à la fois maître d’œuvre et passeur. C’est un ouvrage remarquable qui intéressera à coup sûr les enseignants-chercheurs, formateurs et étudiants passionnés par la communication et dont je recommande vivement la lecture urgente.


    https://cfeditions.com/communication-long-cours

    #Yves_Winkin #Communication_long_cours

  • La convention citoyenne sur les temps de l’enfant et l’approche des municipales ravivent le débat sur les #rythmes_scolaires à Paris (qui est restée sur 4 jours et demi). Une large intersyndicale (FSU-SNUipp, SNUDI-FO, SUD éducation, SE-UNSA, CGT éduc’action, CNT-STE) appelle à une consultation de la profession, au respect de l’avis majoritaire et à l’abandon des rythmes parisiens actuels (oui parce qu’on sait déjà que les collègues sont contre).

    Le constat est le même depuis septembre 2013 : les enseignant-es dénoncent les conséquences de la réforme Peillon et de son application parisienne sur les conditions d’apprentissage des élèves et les conditions de travail des personnels.

    En 2025, l’Intersyndicale parisienne du Premier degré reste opposée à la mise en place de la réforme des rythmes scolaires à Paris. Malgré l’assouplissement du décret et l’opposition massive et durable des enseignant-es, rien n’a changé !

    Les différentes consultations de la profession faites ces dernières années à Paris ont toutes exprimé le rejet massif du système actuel.
    Il est plus que jamais nécessaire de remettre le temps scolaire au centre du fonctionnement des écoles et d’en finir avec les rythmes actuels.

    La profession est fatiguée à cause de la journée la plus courte de la semaine. A l’inverse, les journées longues sont reposantes, c’est pourquoi il en faut plus.

    Les conditions d’apprentissage sont meilleures le vendredi à 16h que le mercredi matin. Plus, le travail du mercredi matin nuit au travail fait le reste de la semaine.

    Il faut respecter le choix majoritaire des enseignants qui sont pour les 4 jours. Les autres peuvent aller à la CFDT.

    Les collègues faisant le constat qu’ils sont plus fatigués qu’il y a 15 ans pensent massivement que c’est à cause de la réforme des rythmes scolaires. Qui sommes-nous pour les contredire ?

    Il faut replacer l’église scolaire au centre du village de l’enfant. Les animateurs de TAP peuvent retourner dans la banlieue des goûters d’anniversaire.

    Il n’y a aucun intérêt à diminuer les journées de classe, les parents ne pouvant venir chercher leurs enfants avant 18h. En revanche, il faut supprimer la classe le mercredi pour que les enfants se reposent à la maison ce jour-là.

    • L’école fait partie de la société.
      Quand tu changes un truc à l’école, tu changes la société.
      Ce qui est stupide actuellement, c’est maintenir les gosses à l’école pendant des journées interminables tout en n’ayant pas assez le monde pour assurer des cours et activités de qualité.
      La bataille des horaires, c’est pour occuper tout le monde pendant que les dotations sont sabrées et l’école explosée au profit des seuls gosses de bourgeois.

    • lancement mi-avril 2026 d’une #convention_citoyenne [parisienne] sur la protection et les temps de l’enfant à l’école réunissant parents, agents, experts, associations et un groupe d’enfants. Avec de premières restitutions attendues mi-juin, elle s’organisera autour de trois chantiers structurants (organisation des temps de l’enfant : 4 jours, 4,5 jours ou 5 jours ; articulation entre écoles, périscolaire et familles ; et niveau de service public : universalité, gratuité, réduction des inégalités)...

      https://www.paris.fr/pages/un-nouveau-plan-d-action-contre-les-violences-faites-aux-enfants-34461
      (Par contre je ne sais pas si Paris pourrait décider hors cadre national de passer à 5 jours.)

    • Pour les 4 jours, les profs ont des arguments centrés sur les profs, les parents, les enfants, et il y en a sur le périscolaire, la palme revenant à celui-ci :
      Il faut réfléchir aux rythmes scolaires sans donner la priorité au périscolaire, les rythmes scolaires concernent d’abord et avant tout le scolaire. Et de ces bornes qui sont censées s’appliquer à la réflexion (les contraintes et les intérêts du périscolaire, on s’en fout, les nôtres d’abord), on passe implicitement à l’exclusion pure et simple du périscolaire : pour que l’école reste l’école [c’est une vraie expression mobilisée sur le sujet], il faut que le temps scolaire occupe l’essentiel du temps de la journée.

      Les rythmes scolaires c’est donc une question de statut social, c’est à celui qui occupera le plus d’heures dans la journée des élèves, et si les animateurices font plus qu’avant, c’est dévalorisant pour les profs. J’ai même lu un prof dans une enquête syndicale d’il y a quelques années : l’école est desacralisée.
      Ça me rappelle, toutes proportions gardées, mon maître-formateur (gloire à lui au passage), qui formulait une critique à une étudiante : ’si tu abordes ta séance comme ça, c’est pas de l’enseignement, c’est de l’animation’... et puis réalisant qu’elle venait de l’animation il se reprend : ’... au sens noble du terme !’
      La fierté professionnelle (et la peur du déclassement), ça peut être moche.

      Et je commence à comprendre cet autre argument : les parents ne s’y retrouvent pas, ils ne font pas la distinction scolaire/périscolaire. En fait le souci n’est pas que les parents ne comprennent pas quand ont lieu scolaire et périscolaire (grosso modo ils ne comprennent pas grand chose et c’est pas tant que ça un problème pour nous), ce serait qu’ils nous confondent avec des animateurices, ou l’inverse.

    • Les élus sont souvent surpris par l’écart entre le bon niveau de satisfaction des NAP [Nouvelles Activités #Périscolaires ] déclaré par les enfants et les discours des parents et des enseignants recueillis sur l’objet des activités proposées et les méthodes pédagogiques des intervenants. Alors que les enfants sont globalement satisfaits des intervenants et de leurs compétences, les élus (dont le commanditaire) retiennent plutôt les discours enseignants et parentaux sur les NAP et leurs intervenants. Pour expliquer ces écarts, certains élus ont mis en doute notre neutralité de chercheur en invoquant parfois notre supposé militantisme pour la semaine scolaire de quatre jours et demi. Par ailleurs, il est intéressant de noter ici que les élus soulignent en outre leurs difficultés pour trouver de la main-d’œuvre qualifiée, organiser les activités et réussir à ce qu’elles se déroulent positivement. La suppression des NAP pour ces élus ne serait-elle pas, du coup, un soulagement organisationnel et budgétaire, indépendamment du degré de satisfaction des enfants quant à ces NAP, les propos enseignants et parentaux devenant un élément sur lequel les élus prennent appui ?

      https://journals.openedition.org/rfp/7466

    • « Qui fait quoi, qui est qui ? » Réforme des rythmes et divisions du travail à l’école primaire | Nicolas Divert et Francis Lebon [2017]
      https://shs.cairn.info/revue-les-sciences-de-l-education-pour-l-ere-nouvelle-2017-4-page-25

      Derrière ces difficultés dans la mise en œuvre de la réforme, se dessinent des tensions autour de la défense des territoires d’intervention d’un groupe professionnel (Abbott, 1998). Bien que le projet éducatif territorial (PEDT) de la commune revendique « le principe de coéducation et un travail en concertation de l’ensemble des partenaires éducatifs », force est de constater une complexité croissante dans l’appréhension de la division du travail éducatif au sein du premier degré.

      Alors que la participation des ATSEM aux #TAP s’inscrit dans une forme de continuité du fonctionnement de l’institution scolaire, une opposition principale et récurrente se fait entendre entre #enseignants et #animateurs, faisant de ces deux groupes, les pivots d’une nouvelle organisation de l’#école. Les premiers revendiquent la maîtrise de compétences qui feraient, selon eux, défaut aux animateurs :

      « Moi, je ne suis qu’extérieure, je ne suis pas dedans pour dire quoi que ce soit. En plus, c’est pas de l’école, c’est autre chose. Mais nécessairement, dans le recrutement, on se pose des questions. Quand vous avez une animatrice qui a du mal à lire le prénom des enfants, ça m’interroge… ça m’embête de confier des enfants à quelqu’un qui peut-être n’est pas capable de lire « issue de secours »… ». (Directrice, école Jacques Prévert)

      La maitrise de savoirs spécifiques fonctionne classiquement comme une rhétorique professionnelle servant à asseoir la légitimité d’un groupe professionnel (Paradeise, 1985). Le clivage se forge sur des savoirs professionnels académiques acquis en formation. Associés à une socialisation professionnelle enseignante, ils permettent une familiarisation avec les postures attendues d’autant plus grande que leur expérience est importante. Ces comportements mêlant maîtrise matérielle, relationnelle, didactique et pédagogique (Gasparini, 2008, p. 107) seraient une prérogative détenue exclusivement par les enseignants comme l’indique la directrice de l’école Jules Ferry : « les animateurs n’ont pas la distance qu’ils devraient avoir par rapport aux enfants ». Les animateurs seraient « des gars des quartiers qui habitent juste à côté » selon un autre enseignant qui encadre un TAP, disqualifiant ainsi la qualité de leur travail. « On a l’impression que c’est le bas de l’immeuble », estime cette même directrice d’école, soulignant une porosité négative entre l’école et l’environnement extérieur. On voit se dessiner, en arrière-plan, une tension forte entre d’une part les animateurs et les ATSEM (Garnier, 2003 ; Lebon, 2009), figures populaires souvent éloignées de l’univers scolaire mais devenant des acteurs de la politique éducative et d’autre part des enseignants qui relèvent des classes moyennes (Peyronie, 1998) et se perçoivent de plus en plus vulnérables.

  • Sari Hanafi - I received a request from Le Monde to write an op-ed... | Facebook
    https://www.facebook.com/sari.hanafi.9/posts/pfbid0wmP7gZJYvruASbretTypDBaQyjBMRQ6UEuysvBrE5h3sGiYmpbUTdebuXekvnVfDl

    Sari Hanafi
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    I received a request from Le Monde to write an op-ed on “the day after Gaza.” I submitted my article, but after two weeks of silence, I finally received a rejection. This morning, I wrote to the person who had initially requested the piece:
    Thank you for your reply. Allow me to comment on your response — this is addressed not personally to you, but to the editorial team of Le Monde. To be honest, I was surprised to receive a request from Le Monde to write an op-ed on “the day after Gaza,” knowing the newspaper’s editorial line (similar -with some nuances- to Libération and Le Figaro) regarding the Palestinian–Israeli conflict, particularly since October 7. I would describe this stance as one blinded by the invocation of Israel’s “right to self-defense,” however disproportionate its actions may be. Unlike all respected human rights organizations — the Fédération internationale des droits de l’homme, Human Rights Watch, Amnesty International, B’Tselem, Israeli Physicians for Human Rights, among others — Le Monde does not acknowledge what happened in Gaza as genocide.
    You objected to my use of the term “the right of Palestinians to armed resistance” against occupation, even though international law recognizes this right after more than five decades of military occupation since 1967. What shocked me most, however, was your insistence that I limit my op-ed to describing how Gazans experience “the day after,” while avoiding any discussion of how Israelis — and the Euro-American powers that have participated, actively or passively, in the genocide — will live their day after.
    For Le Monde, it seems that a Franco-Palestinian sociologist who studied in France can only serve as an informant about Gaza. I cannot tell who you are in the Global North. This is a pattern: I recall that when President Macron made his Islamophobic statement about “Islamic separatism,” I wrote an op-ed in response — at that time, as President of the International Sociological Association. Both Le Monde and Libération refused to publish it. You cared little that a French scholar heading a prestigious international association had written it; for you, I was and remain merely a “local informant” whose voice is confined to Lebanon or Gaza — and nothing beyond.
    It is worth noting that during Macron’s campaign against so-called “Islamic separatism,” none of the major French newspapers published op-eds by French Muslims — as my own systematic content analysis of that period confirms. Even a respected sociologist such as Farhad Khosrokhavar was unable to publish a critique of that campaign.
    Perhaps Le Monde might reflect on how French media and academia have developed a parochial tendency that resists the internationalization of the social sciences. I discussed this issue further in my interview with Socio-logos: Revue de l’Association française de sociologie:
    https://journals.openedition.org/socio-logos/5724.
    Best regards,

  • Effets théoriques et réels des politiques d’évaluation standardisée | Nathalie Mons, Revue française de pédagogie, 2009
    https://journals.openedition.org/rfp/1531

    En effet, au-delà de son rôle traditionnel dans la mesure des acquis des élèves, l’#évaluation_standardisée apparaît désormais comme un outil présentant de multiples facettes. Instrument d’information générateur de données quantitatives aisément comparables, elle appuie les politiques de redevabilité interne à l’institution (contrôle des écoles par les autorités en charge de l’éducation) et de redevabilité externe en direction de la société civile (informations sur les performances des élèves notamment en lien, pour les parents, avec les politiques de libre choix des établissements). Outil de mise en cohérence impérative des actions micro des acteurs locaux et macro des décideurs politiques, l’évaluation standardisée permet également d’imposer, dans des systèmes historiquement ou nouvellement décentralisés, des lignes directrices en termes de contenu d’enseignement. Au travers du développement du testing se joue donc une nouvelle répartition du pouvoir entre les écoles, les autorités locales en charge de l’opérationnalisation du service d’éducation et les décideurs concepteurs rattachés au niveau central ou fédéral (Broadfoot, 2000). L’instrument joue donc aussi le double rôle d’outil de direction cognitive (définition claire et imposée des contenus d’enseignement jugés prioritaires) et de contrôle social sur les agents opérationnels. Enfin les nouveaux dispositifs d’évaluation standardisée, fondés désormais le plus souvent sur une redevabilité des écoles (par opposition à la responsabilisation des autorités supérieures en charge de l’éducation) s’imposent comme un outil de transfert de responsabilité : alors qu’hier l’élève était érigé au rang de premier acteur de la réussite scolaire et que le politique se devait de rendre des comptes sur les réformes engagées, l’accent est désormais mis en priorité sur la redevabilité des écoles qui, en contrepartie, se voient octroyer davantage de marges de manœuvre. On voit donc à travers ces rôles multiples que les effets attendus de l’évaluation sont nombreux, en lien avec les politiques de décentralisation, d’autonomie scolaire et de libre choix de l’école. Au-delà des effets politiques attendus de l’évaluation standardisée, l’instrument est aussi censé jouer un rôle dans le domaine strictement pédagogique. Les enjeux se situent alors, non plus au niveau du pilotage des systèmes éducatifs, mais dans l’établissement et la classe.
    ...

    Les effets réels de l’évaluation standardisée sur les performances des systèmes éducatifs
    ...
    Finalement, que l’on se retourne vers les études nationales ou internationales, vers les recherches qui portent sur les relations entre le testing et l’efficacité ou vers celles qui étudient les liens avec les inégalités scolaires, aucun consensus empirique ne se dégage actuellement autour des bienfaits de l’évaluation standardisée.
    ...

    Côté enseignants : attitudes et usages ambivalents de l’évaluation standardisée
    ...
    En effet, comme nous l’avons déjà signalé pour les cas du Texas et du district de Chicago, certains dispositifs d’évaluation standardisée peuvent tout d’abord conduire au phénomène désormais bien analysé du « teaching to the test » ou focalisation sur l’entraînement intensif aux tests (voir notamment Gordon & Reese, 1997 ; Jones & Egley, 2004 ; Bélair, 2005 ; Jones, 2007). Face aux impératifs de résultats auxquels ils sont soumis, dans certains cas, les enseignants consacrent désormais une grande partie du temps d’instruction à l’entraînement à des exercices proches de ceux qui seront administrés dans le test. Ces nouveaux comportements ont particulièrement été analysés aux États-Unis (Jones, 2007) et en Angleterre, deux contextes marqués par la mise en œuvre de tests à forts enjeux. Ainsi, selon le rapport parlementaire anglais Testing and assessment (House of Commons, 2007), une étude de la Royal society de 2003 a montré qu’il existe, au Royaume-Uni, une différence très importante dans le temps consacré aux évaluations entre l’Angleterre – région dans laquelle l’évaluation standardisée est très soutenue – et l’Écosse qui a développé une politique plus souple en la matière. Ainsi, dans l’enseignement secondaire, les professeurs anglais passeraient deux fois plus de temps que leurs collègues écossais sur des activités d’évaluation. Le même rapport évalue qu’au 3e trimestre, 70 % des écoles de l’enseignement primaire consacrent trois heures par semaine au seul entraînement au test correspondant au key stage 2, administré en 6e année.

    Au-delà du phénomène d’entraînement intensif aux tests, les dispositifs d’évaluation standardisée peuvent aussi entraîner ce qui a été synthétisé sous l’appellation de « rétrécissement des curricula » (Behrens, 2006 ; Jones, 2007 ; House of Commons, 2007…). Cette famille de pratiques pédagogiques revêt plusieurs formes. Elle peut tout d’abord consister en une contraction du spectre des disciplines enseignées. Les tests se concentrant en général sur un nombre limité de matières, les enseignants, surtout dans les classes de l’enseignement primaire, tendent à accorder à la fois moins d’importance et moins d’heures d’enseignement aux disciplines qui ne sont pas évaluées. Ainsi, certaines études empiriques anglaises et américaines ont-elles montré que les sciences sociales, les disciplines artistiques ou sportives voyaient leurs volumes horaires nettement réduits du fait des épreuves standardisées (Jones, Jones & Hargrove, 2003 ; House of Commons, 2007…). Le rétrécissement du curriculum se traduit également par une focalisation des enseignants sur les compétences testées qui le plus souvent s’avèrent également basiques par opposition à des compétences complexes (par exemple la résolution de problèmes) plus rarement évaluées. Au-delà des contenus d’enseignement, les épreuves standardisées tendent également à focaliser les enseignants sur des objectifs strictement cognitifs (Osborn, 2006 ; Jones, 2007…) au détriment des autres missions de l’école (socialisation, développement de la créativité, autonomie, participation à la vie citoyenne, etc.). S’interrogeant sur la pertinence des thèses théoriques de la New economics of personnel, selon laquelle la mise en incitation financière des enseignants conduit à une amélioration de leurs pratiques professionnelles, Larré (2009) recense une série de recherches conduites dans le champ économique et tendant à montrer les effets pervers de ces outils : « Le […] problème est que l’évaluation par les tests incite les enseignants à délaisser les activités non mesurables (Holmströl & Milgrom, 1991). Selon Murnane et Cohen (1986), même si les tests fournissaient des mesures exactes des compétences des élèves dans des domaines particuliers, le problème des incitations pour allouer le temps stratégiquement à des élèves particuliers et à des domaines particuliers et pour négliger les aspects du métier non mesurables par les tests standardisés demeureraient. »

    Au-delà des contenus et des objectifs d’enseignement, dans certaines circonstances, les évaluations standardisées peuvent faire évoluer les pédagogies elles-mêmes. Couvrant un large spectre de connaissances qu’il faut désormais faire assimiler aux élèves dans un temps limité, le testing peut conduire les enseignants à se concentrer sur des méthodes pédagogiques fondées sur la mémorisation rapide plutôt que sur une exploration active davantage consommatrice de temps (Gordon & Reese, 1997). Plus largement, c’est la perception même de l’essence du métier qui évolue. Par exemple, comme l’a montré une analyse comparative menée en Angleterre, au Danemark et en France (Osborn, 2006), avec le nouvel accent mis sur l’évaluation standardisée, les enseignants anglais considèrent désormais comme prioritaire leur rôle de transmisson de connaissances et de compétences au détriment de leurs activités d’accompagnement individualisé et affectif des élèves (pastorale care).

    Les tests à forts enjeux, et plus particulièrement les indicateurs de résultats médiatisés qui leur sont associés, ont également des conséquences sur la perception des élèves développée par les enseignants, sur la centration de leur attention sur certains d’entre eux ainsi que sur la nature des publics recrutés par les écoles. Comme nous l’avons vu précédemment dans les expériences au Texas ou dans le district de Chicago, les enseignants peuvent être amenés, dans certains cas, à catégoriser leurs élèves (élèves brillants, élèves qui peuvent réussir le test avec un soutien, élèves en échec durable). Ce classement peut alors les conduire à isoler les élèves en très grande difficulté qui, quel que soit le soutien apporté, ne réussiraient pas l’évaluation à court terme et donc ne permettraient pas à leur école d’améliorer ses performances. En Angleterre, Levacic (2001) a ainsi montré que l’indicateur de performance des écoles le plus médiatisé, le GCSE-115, tend à orienter la conduite des enseignants dans un contexte de forte concurrence entre écoles. À travers une comparaison des cas français et anglais, van Zanten (1999, p. 145) aboutit également au même constat et fait le lien entre le choix de l’école, les évaluations standardisées et la mécanique de recrutement des élèves : « Si les chefs d’établissement et les enseignants ont tendance en toutes circonstances à rechercher des “bons clients”, cette tendance est nettement accentuée par une logique de concurrence. Dans ce contexte, les établissements qui le peuvent sont conduits à devenir encore plus sélectifs de façon à recruter les élèves qui améliorent encore leur image en apportant de la valeur ajoutée : des élèves dont les résultats scolaires contribuent à l’image d’un établissement performant, bien classé dans les évaluations nationales […] mais aussi des élèves dont la tenue, le langage et le comportement jouent le rôle de marqueurs de la “qualité sociale” de l’établissement ». Une fois recrutés, ces bons élèves bénéficieraient d’un traitement spécial. Dans certains établissements anglais, les moyens financiers et le travail des enseignants seraient déplacés, souvent contre le gré de ces derniers, vers des activités programmées pour les élèves les plus brillants (van Zanten, 1999). Cette chercheuse souligne également que les élèves de niveau moyen dont les progrès scolaires permettent d’améliorer les performances des établissements sont également ciblés par des actions pédagogiques spécifiques.

    Au-delà d’une nouvelle attention portée à certaines populations d’élèves, les dispositifs d’accountability externe dure peuvent également conduire certaines équipes pédagogiques à pratiquer directement des tricheries qui visent à augmenter les résultats de leur école. Prenant appui sur le cas de l’État canadien de l’Ontario, Bélair (2005) affirme que « dans certains cas cités par des enseignants, des écoles sont même allées jusqu’à identifier des élèves en programmes spécialisés, afin qu’un nombre moindre d’élèves faibles passent ces tests pour favoriser un score élevé de réussite ». Les mêmes phénomènes ont été observés également au Texas, comme nous l’avons vu précédemment avec l’exclusion de certains élèves en grande difficulté du test fédéral NAEP. En 2006, aux Pays-Bas (pays marqué par un dispositif d’évaluation standardisée à forts enjeux), l’inspection, suite à des rumeurs, a également mené une enquête dans certaines écoles sur des pratiques d’exclusion du test de fin de l’enseignement primaire. Il s’est avéré que, dans certains cas, ne participaient pas à l’épreuve les élèves qui très certainement seraient orientés vers la voie scolaire la moins prisée : le Leerwegondersteunend onderwijs (LWOO). Là aussi, ces agissements visaient à présenter des performances d’établissement supérieures à la réalité.

    Ces nouvelles pratiques, qui entrent en contradiction avec le référentiel professionnel des enseignants, et en particulier avec ce qu’ils perçoivent comme devant être leurs missions pédagogiques, entraînent des phénomènes de démotivation dans ce corps de professionnels (Debard & Kubow, 2002 ; Center on education policy, 2006 ; Jones, 2007…). En particulier, dans certains cas, la perception du métier devient négative, la satisfaction dans l’activité professionnelle diminue tandis que la perception d’un stress nouveau apparaît. Par exemple, une enquête conduite en Caroline du Nord a montré que 84 % des enseignants considèrent que leur métier est devenu plus stressant depuis l’introduction des tests à forts enjeux (cité dans Hargrove et al., 2004). Les évaluations standardisées sont aussi considérées comme une des causes du départ du métier des enseignants. Par exemple, dans l’étude américaine de Hoffman, Assaf et Paris (2001), 85 % des enseignants affirment que les meilleurs d’entre eux quittent la profession du fait des tests à forts enjeux. D’autres études américaines montrent qu’une proportion non négligeable des enseignants qui veulent demeurer dans cette activité a demandé à ne plus enseigner dans les années scolaires concernées par les évaluations (Tobin & Ave, 2006, cité par Jones, 2007).

    Ces phénomènes de démotivation semblent particulièrement importants dans les écoles accueillant des publics défavorisés et dont les résultats bruts apparaissent faibles, du fait de la non prise en compte des caractéristiques sociales de leurs élèves (Jones, 2007). La définition d’indicateurs sous forme de valeur ajoutée permettant d’évaluer les apports pédagogiques réels des établissements s’avère être une demande récurrente de la part des syndicats, notamment aux États-Unis et en Angleterre (Behrens, 2006). Ces écoles rencontreraient également, toujours selon les enseignants, des difficultés à recruter des professionnels de qualité. Jones (2007) souligne cependant que, au-delà de ces études qui portent sur la perception des enseignants, des enquêtes mesurant la réalité des difficultés de recrutement et l’importance du turn-over doivent être conduites. Ce phénomène de démotivation des enseignants s’expliquerait, selon certains chercheurs, par un profond sentiment de déprofessionnalisation de leur métier. C’est la thèse des chercheurs belges Maroy et Cattonar (2002) qui soulignent que la seule explication corporatiste ne peut expliquer l’opposition des enseignants à certains dispositifs de testing. Osborn (2006) pour l’Angleterre et Dupriez (2004), qui a comparé les cas anglais et belges, rejoignent également cette thèse. En effet jusque-là les enseignants s’intégraient dans ce que les sociologues des organisations ont appelé des bureaucraties professionnelles (Bidwell, 1965, cité par Maroy & Cattonar, 2002) : c’est un modèle d’organisation hybride alliant d’un côté les règles rigides, dépersonnalisantes mais rationnelles de la bureaucratie (dans le sens weberien) et de l’autre une latitude d’action qui résulte de la reconnaissance forte d’une expertise professionnelle de haut niveau. De par cette dernière caractéristique, les enseignants sont assimilés par les sociologues à une profession, dans l’acception anglo-saxonne du terme, ce qui pourrait se rapprocher dans l’univers francophone de l’expression « profession libérale ». En effet, si l’enseignant est bien soumis à des règles très contraignantes (organisation scolaire fixe, programmes scolaires à suivre dans de nombreux pays, existence d’un supérieur encadrant et notant son travail), par ailleurs il dispose d’une liberté importante dans la conduite pédagogique et l’activité au quotidien de sa classe, du fait de ses compétences reconnues. C’est cette latitude d’action et donc son statut de « semi-professionnel » que le développement de tests standardisés viendrait remettre en cause. Il ne serait plus considéré comme le seul acteur capable de poser un jugement souvent définitif et lourd de conséquences sur les compétences acquises par « ses » élèves.

    #école #enseignants #évaluations_nationales

  • Des ruines, des savants, des chamanes et des divinités territoriales. Chantiers archéologiques en Mongolie
    Isabelle Charles et Isaline Saunier
    https://journals.openedition.org/itti/6235


    Figure 6. Pelleteuses et échelles, témoignant des compétences techniques de leurs époques, ont été remplacées par le drone, particulièrement apprécié pour prendre des plans larges des structures de grande taille et des tombes profondes. Cela joue un rôle certain dans la compréhension des sites archéologiques en les situant dans un paysage steppique ou montagneux de vaste ampleur tout en apportant une nouvelle dimension au travail des archéologues.
    © Aude Tsuvaltsidis

    2025, Images du travail, travail des images 19, numéro spécial « Sol, sous-sol, hors-sol : terrains d’observation du travail

    Résumé
    En Mongolie contemporaine, l’archéologie connaît un essor remarquable porté à la fois par des découvertes majeures et par des fouilles préventives. Les sites archéologiques sont également des lieux habités par des communautés d’éleveurs ainsi que par des entités spirituelles. Cette activité se trouve ainsi en tension avec les conceptions religieuses locales, selon lesquelles le fait de creuser la terre peut perturber les divinités territoriales et déranger les défunts, entraînant des conséquences potentiellement néfastes. S’appuyant sur des entretiens anonymisés, des conversations informelles et des observations participantes, l’article présente le déroulement de chantiers archéologiques menés dans le cadre de coopérations internationales, envisagés comme des espaces de rencontre et de négociation entre archéologues issus de traditions scientifiques, mais aussi entre ces chercheurs et les communautés locales. Une attention particulière est accordée à la place de la photographie dans la pratique archéologique. Par ailleurs, ces chantiers constituent également des espaces d’interactions entre humains et forces invisibles, en lien avec l’interdit de creuser le sol.

    L’archéologie mongole est une discipline scientifique « rationnelle » héritée du modèle soviétique, mais peut-on pour autant la considérer comme totalement désenchantée ? Si certains archéologues prennent des précautions rituelles, est-ce pour apaiser les esprits, pour répondre aux attentes des communautés locales ou à celles de leurs partenaires étrangers ? Enfin, l’article questionne les formes éventuelles de résistance que ces pratiques peuvent susciter, notamment de la part des éleveurs ou des chamanes, en comparaison avec les oppositions beaucoup plus vives qui accompagnent l’exploitation minière.


    Figure 8. L’archéologue mongol est, à l’instar de nombreux professionnels de l’histoire et de la culture, un médiateur qui consacre une part de son temps à répondre aux questions des visiteurs de passage. Ce travail de médiation ne se limite pas à expliquer les découvertes récentes. Son discours vulgarisé s’adresse à un public non spécialiste, visant à donner à la population locale une meilleure compréhension de la région, mais aussi rassure les visiteurs qui pourraient avoir d’éventuelles préoccupations concernant les potentiels fantômes et les divinités locales. En leur expliquant les implications de leur travail sur l’histoire mongole, l’archéologue souligne aussi l’importance scientifique d’un chantier de fouilles, un aspect très respecté en Mongolie. Les journalistes qui viennent tourner des reportages sur ces chantiers contribuent aussi à valoriser l’héritage collectif auprès de la société mongole tout en renforçant la légitimité du travail des chercheurs qui sont au service de la nation.
    © Isaline Saunier

  • L’homme, un hystérique comme un autre (Le Monde diplomatique, octobre 2025)
    https://www.monde-diplomatique.fr/mav/203/A/68764

    Sans doute lassé de la monotonie des affections classiques du système nerveux, Jean- Martin Charcot (1825-1893) se lance dans l’étude de l’#hystérie (du mot grec « utérus ») à partir des années 1870. Si ses observations finissent par le mener dans une impasse, elles lui permettront d’affirmer que ce trouble n’est pas l’apanage des femmes, contrairement à ce qui était proclamé depuis Hippocrate. Elles contribuent aussi à dissiper le soupçon de simulation qui pèse sur les malades en crise. Sommité médicale et personnage mondain, ce précurseur de la neurologie moderne dont Sigmund Freud fut le stagiaire donne chaque mardi à la Salpêtrière des cours cliniques mettant en scène des malades devant un auditoire mêlant médecins, artistes, journalistes ou magistrats. Le texte ci-dessous est un extrait de sa leçon du 13 décembre 1887. MM. Blin, Charcot et Colin, Leçons du mardi à la Salpêtrière. Notes de cours, 1887-1888, Librairie Delahaye et Lecrosnier, Paris, 1889..

    "J’ai cultivé mon hystérie avec jouissance et terreur"
    Charles Baudelaire, Mon coeur mis à nu.

    L’étymologie est trompeuse : l’hystérie n’est pas une question d’organe, elle est psychique. Il faut donc aller cherche ailleurs le sexisme de la psychanalyse.

    #hystérie_masculine #psychiatrie #psychanalyse #histoire

    • Oui, c’est très malheureusement payant, comme tout le dossier psychiatrie (qui ne doit pas contenir que des âneries) publié par le MD, et je le trouve pas. Dommage.

      De ce fait, j’ai cherché ailleurs pour me rafraîchir la mémoire quant à l’accusation erronée faite à la psychanalyse à ce propos.

      On trouve par exemple, dans la Revue française de psychanalyse, L’hystérie masculine entre mythes et réalités, par Jean-François Rabain
      https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5452294q.image.r=revue+française+de+psychanalyse.f47.pagination.lan

      L’hystérie masculine (féminine), Gérard Pommier
      https://shs.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2014-1-page-81

      L’hystérie est le régime de croisière de la névrose, celle des hommes comme celle des femmes, et son importance égale du côté masculin n’est reconnue que depuis peu.

      Socrate, Hamlet, Hegel, Dostoïevski, hystériques :

      L’Hystérie masculine (non signé, sur un site qui parait ... jungien)
      https://www.psychaanalyse.com/pdf/freud_L_Hysterie_masculine.pdf

      Pour clore une liste qui pourrait être bien plus longue, un type sérieux
      L’hystérique invente la psychanalyse, Jacques Sédat
      https://shs.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2014-1-page-113

      Mais bien sur on pourra aller répétant au nom d’un scientisme hors de propos (et dont Freud fut lui aussi le jouet à force de vouloir assurer le droit à l’existence de la psychanalyse) que la psychanalyse est un charlatanisme, voire que ce dernier est plus réactionnaire encore que d’autres, en toute ignorance de sa diversité, de ses critiques internes, de ses transformations.

      J’ai publié ce seen car je trouvait rigolo de voir comment la mention d’une étymologie (d’ailleurs mal établie dans ce cas, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Hystérie) pouvait passer pour le fin du fin, comme cela peut être le cas dans divers milieux à propos du travail, sempiternellement ramené au tripalium.

      #névrose #identification_hystérique

    • Ah mais ça reste aussi une insulte, une manière de discréditer des femmes, potentiellement disponible contre toutes les femmes (qu’elles se tiennent à carreau).

      Quant à la psychiatrie du XIXeme, elle concernait nombre de femmes, y compris pauvres (la souffrance psychique comme l’anormalité ne sont pas des luxes de bourgeois).

      Celles qui sortent et celles qui restent. « Carrières asilaires » des femmes internées dans les asiles en France au xixe siècle, Le paradoxe des sureffectifs féminins au xixe siècle
      https://journals.openedition.org/clio/18399#tocfrom1n1

      Le fait notoire est que les #femmes sont dans ces colonnes en proportions plus importantes que les hommes. Je propose d’appeler « paradoxe des sureffectifs féminins » le double fait que les femmes entrent chaque année à l’asile en moins grand nombre que les hommes, avec 46 % à 49 % des effectifs à l’admission, alors qu’elles constituent la majorité des effectifs en traitement, de 51 % à 55 % selon les années. Les sureffectifs se fabriquent à l’asile, et chez les femmes de façon plus particulière.

      Pour ce qui est du fric et de la psychanalyse, il a existé diverses tentatives de tarification variable des séances d’analyse, jusqu’à la gratuité, dès les débuts de celle-ci (en finançant les séances à bas prix par les séances coûteuses). On est bien sûr très loin de ça aujourd’hui, même si de micro réseau de psys ont tenté jusqu’à il y a peu de maintenir de telles pratiques.

    • Le fait que la psychanalyse défende encore l’usage de cette injure misogyne est révélateur du sexisme qui perdure dans la discipline. Dans les branches moins réactionnaires de la psychologie on a abandonné ce diagnostique vague et injurieux pour un vocabulaire plus précis et moins sexiste.

      En psychiatrie américaine (APA) et au niveau international, la notion d’hystérie ne fait plus partie des classifications médicales modernes comme celles du DSM (DSM-V-TR) et de la classification internationale des maladies (CIM-11). Elle y est dispersée dans les catégories trouble de conversion , trouble de la personnalité histrionique et trouble somatoforme . De nombreuses controverses existent quant à l’existence même de l’hystérie en tant que réalité scientifique.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Hyst%C3%A9rie

      #misogynie #sexisme #hystérie #backlash #déni

    • Sauf que la psychanalyse est précisément un progrès par rapport à la superficialité de la psychologie. Ce que bien évidement l’APA (utilitarisme, orthopédie mentale, une psychanalyse médicalisée, réservée aux médecins ! ) a toujours refusé, faisant régresser aux USA et ailleurs la psychanalyse vers une psychologie comportementaliste (ben oui, Mr Jones, something is happening here and you don’t know what it is).
      On s’en tient aux symptômes, sans analyse des causes, donc y compris des causes sociales, puisqu’il faut contre les visons uniformisantes de « la » psychanalyse insister sur des critiques internes aux catégories dominantes de la psychanalyse, dont le complexe d’Oedipe, cf la sortie du familialisme proposée par Guattari, l’empreinte occidentale, voir les tentatives de psychanalyse décoloniale, hétéronormée, etc.)

      L’orientation prétendument « athéorique » du DSM juge sa classification. Celle-ci relève d’une nomenclature fondamentalement pharmacologique (industrie pharma et santé comme industrie) largement dépendante de son articulation avec le fonctionnement des assurances privées de santé.

      E. Zarifian : « Le symptôme est apparemment univoque pour celui qui ne le considère que d’une manière comptable ; et c’est à cette dimension comptable que conduit l’usage du DSM. La situation devient caricaturale : on réduit la souffrance d’un être unique à un symptôme, décrit dans un catalogue et on ignore son contexte social ou personnel »[41].

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux

      Quant à l’étymologie du terme hystérie, quel que soit par ailleurs son usage injurieux, ne désigne pas nécessairement un élément féminin de l’anatomie, mais une puissance qui agit indépendamment de la conscience.

      sur wiki, à nouveau
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Hystérie

      Peut-être [le terme hystérie se] rattache-t-il à une racine indoeuropéenne concernant « ce qui est en arrière » (→ hysterisis), ce qui se retrouverait en anglais dans out « dehors » ; le sens fait difficulté comme pour le sanskrit úttara « ce qui est au-dessus ». Quant au rapport avec le nom du ventre (uderos en grec, udaram en sanskrit) , il n’est pas éclairci[2].

      Rien n’oblige à adopter une vision organiciste et fonctionnaliste de la psyché, fut il "neuro-scientifique. Tel est l’apport de la psychanalyse avec lequel notre société tente d’en finir.

    • Lire l’inconscient machinique avec Jean_Claude Polack : schizoanalyse et inconscient machinique
      https://chaire-philo.fr/lire-linconscient-machinique-avec-jean-claude-polack-schizoanalyse-et-i

      “La thèse de la schizo-analyse est simple : le désir est machine, synthèse de machine, agencement machinique, — machine désirante. Le désir est de l’ordre de la production, toute production est à la fois désirante et sociale. Nous reprochons donc à la psychanalyse d’avoir écrasé cet ordre de la production, de l’avoir reversé dans la représentation” (L’anti_Oedipe, p. 356).

      #vidéo #schizoanalyse #inconscient_machinique #Félix_Guattari

    • Un inédit du grand méchant Freud : Freud, critique de la raison neurologique (1885-1896)
      https://www.editions-eres.com/ouvrage/5472/freud-critique-de-la-raison-neurologique-1885-1896

      Un ouvrage qui retrace les prémices, le développement et la poursuite de la démarche engagée par Freud dans « Introduction critique à la neuropathologie », traduite et commentée ici.

      En quoi la formation scientifique de Freud le préparait-elle à ouvrir le champ d’une science nouvelle et à quels moyens eut-il recours pour cela ?

      À Paris, Freud engage en 1885, dans l’enthousiasme de sa rencontre avec Charcot, l’écriture d’un texte théorique d’envergure dont le titre envisagé reflète l’audace et l’ambition : « Critique de la raison neurologique ». Il ne put mener le projet à son terme et en offrit une ébauche en 1887 à Wilhelm Fließ qui s‘en fit le conservateur. Ce premier jalon d’un geste théoricien, qui ne devait plus cesser, restera inédit jusqu’à sa publication en 2012, accompagnée d’un texte de Katja Guenther dévoilant son importance et le contexte de de son écriture, dans la revue d’histoire de la psychanalyse Luzifer-Amor.

      Thierry Longé permet au lecteur français de prendre connaissance de ces documents resitués dans l’esprit du temps, les connaissances accumulées et les théories élaborées à l’époque du défrichement freudien d’un champ nouveau de connaissances.
      Il lui offre ainsi la possibilité d’approcher la dimension critique dont Freud use pour penser avec et contre les deux géants de la neurologie de son époque, Theodor Meynert, père de l’anatomie cérébrale viennoise, Jean-Martin Charcot, premier titulaire d’une chaire de neurologie dans le monde.

      L’ « Introduction critique » trouve son prolongement dans le texte, également traduit, de la partie anatomique de l’article sur le cerveau que Freud rédige anonymement pour l’Encyclopédie médicale de Villaret en 1888.

      #neurologie #ontogénèse

  • Ce que « sociologiser le biologique » peut bien vouloir dire | À propos de Bernard Lahire, Les structures fondamentales des sociétés humaines.
    https://journals.openedition.org/traces/15760

    Pourtant, une fois que l’on a établi « universellement » que les vieux dominent les jeunes (chapitre 16), que le masculin domine le féminin (chapitre 19) et que la xénophobie est un phénomène naturel et spontané (chapitre 21), qu’a-t-on fait de plus que de construire une usine à gaz doxographique pour fonder en nature un certain sens commun ?

    Faire passer pour un coup de pied dans la fourmilière quelque chose qui est dit depuis les débuts de l’anthropologie (non francophone) tout en ignorant ses propositions les plus centrales est tout au plus un tour de force éditorial, assorti d’une bonne dose d’autoconviction, comme en témoignent les passages sur la nécessaire ambition propre aux « grands synthétiseurs » (p. 89) – et Lahire de citer Einstein pour montrer qu’il n’est pas tout seul à avoir dû faire preuve, lui aussi, « d’une certaine dose de foi, de persévérance et d’audace » (p. 61).

    L’auteur se place en effet sous le haut patronage des grands physiciens et mathématiciens, figures ayant élaboré de grands modèles intégratifs (Newton, Einstein), pour justifier un « réalisme » ou à l’idée que quelque chose comme une vraie science existe : « étant donné que les propriétés du réel préexistent aux points de vue scientifiques construits pour les appréhender, des disciplines aussi différentes que les sciences sociales, la psychologie et la biologie ne peuvent pas produire des connaissances contradictoires entre elles à propos de la réalité » p. 907). La « cumulativité des savoirs » s’arrête donc manifestement aux portes de l’épistémologie.

    Pour justifier qu’il n’y aura pas d’examen minutieux des travaux de recherche mais seulement la volonté de les faire « défiler rapidement » pour « voir apparaître les motifs permanents » (p. 322) [C’est encore la référence à Einstein qui permettra de justifier l’ambition au prix de l’approximation : « je me suis inspiré de la démarche d’Einstein qui “privilégiait les principes et évitait l’élaboration de modèles détaillés” afin d’aller à l’essentiel » (p. 322).], une foi dans les « faits réels » est réaffirmée : « l’essentiel de ce que l’on cherche à dire est paradoxalement sous nos yeux, contenu dans tous les travaux théorico-empiriques publiés depuis plus de cent ans » (p. 322). Que ceux-ci aillent univoquement dans le même sens ne fait pas de doute pour l’auteur. On lit entre les lignes que ce sera donc l’inverse d’un travail épistémologique minutieux qui sera entrepris. L’argument réaliste peut-il pour autant se passer complètement d’une réflexion minimale sur la structuration même des champs qui produisent ces connaissances ? En biologie aussi, et sans être un farouche constructiviste, il y a des désaccords et des controverses – et en particulier dans l’interprétation de la théorie de l’évolution.

  • A propos de https://seenthis.net/messages/1130655
    (Qui était Jean Pormanove, l’influenceur décédé en live ?)

    Constitution et exploitation du capital communautaire
    https://journals.openedition.org/nrt/3911

    L’économie du numérique et la croissance des plateformes ont fait émerger des formes particulières de travail et d’emploi. Cet article analyse le travail sur la plateforme de streaming (diffusion) Twitch, où des joueurs de jeux vidéo filment et diffusent leurs parties et interagissent en direct avec leurs spectateurs. Si plusieurs millions de joueurs utilisent la plateforme, seule une minorité parvient à vivre de cette activité. En décrivant la plateforme, les trajectoires et les modalités de l’activité de streaming, nous montrons que le point essentiel est la constitution et la valorisation de ce que nous proposons d’appeler un « capital communautaire », c’est-à-dire la transformation en commodité de la relation de proximité entretenue entre les streamers et leurs auditoires. En analysant les dispositifs marchands gérés par la plateforme et les revenus des streamers nous montrons comment cette dernière encadre et exploite ce capital communautaire.

    #capitalisme_de_plateforme

  • Qui était Jean Pormanove, l’influenceur décédé en live ?
    https://www.charentelibre.fr/france/qui-etait-jean-pormanove-l-influenceur-decede-en-live-25595669.php

    La Charente se sait libre de dire n’importe quoi, sans évoquer les causes de sa mort :

    « Bataille de Cotoreps » : sur la plateforme Kick, des humiliations et violences en direct pour des cartons d’audience, 15 décembre 2024
    https://www.mediapart.fr/journal/france/151224/bataille-de-cotoreps-sur-la-plateforme-kick-des-humiliations-et-violences-

    Sur la plateforme Kick, des #streameurs français multiplient les humiliations physiques et psychologiques en direct tous les soirs, pour obtenir les dons des spectateurs. Un business de la maltraitance avec pignon sur rue, dont les premières victimes sont des personnes vulnérables.

    « Des chiffres et des Illettrés », « Question pour un Golmon »… Ces concepts sont ceux d’influenceurs niçois qui ont développé depuis plusieurs mois des vidéos visant à se moquer des capacités mentales de leurs participants.
    Ils diffusent leurs contenus sur la plateforme Kick, méconnue en France, car elle leur offre un meilleur pourcentage de rémunération que d’autres services de streaming, et qu’elle revendique une modération plus légère qu’ailleurs. Avec 160 000 abonné·es et plus de 15 000 spectateurs et spectatrices en direct chaque soir, ils sont à la tête de la première chaîne française sur Kick France.

    Les quatre personnes qui apparaissent le plus souvent s’appellent Naruto, Safine, JP et Coudoux. Les deux premiers ciblent volontairement les deux autres. JP, un ancien militaire, subit de nombreuses violences – strangulations, jets d’eau et de peinture. Coudoux, un homme handicapé sous curatelle (une protection juridique qui oblige certaines personnes à être accompagnées dans des démarches administratives, comme signer des contrats), est également régulièrement frappé. 

    Derrière leur écran, les spectateurs semblent raffoler de cette mécanique de violence, en redemandent dans le chat, et multiplient les insultes validistes (« les coto » en référence à l’acronyme « Cotorep », « le golmon », « le beluga »).
     
    « Même si la personne consent à recevoir des coups, cela peut constituer une infraction, que la personne soit porteuse d’un handicap ou non », analyse Sophie Prétot, professeure des universités en droit privé et sciences criminelles. Un·e juge « pourrait prendre une mesure dans un délai très rapide pour prévenir ce trouble manifestement illicite », au regard de la commission de l’infraction pénale ou de « l’atteinte à la dignité humaine », estime-t-elle.

    Le streameur Naruto, qui gère la chaîne Jeanpormanove, a répondu en détail à Mediapart, défendant ses « concepts » et le ciblage de deux personnes en particulier : « Les gens sont là pour voir les réactions de JP et Coudoux, leurs réactions sont beaucoup plus atypiques [...]. On sait ce qui fait rire et ne pas rire les gens », a-t-il affirmé.

    #victimes #cassos #torture

    • Victime de maltraitance en ligne depuis des mois, le streamer « Jean Pormanove » décède en direct
      https://www.mediapart.fr/journal/france/180825/victime-de-maltraitance-en-ligne-depuis-des-mois-le-streamer-jean-pormanov

      « Star » d’une chaîne de streaming sur la plateforme Kick, Raphaël Graven, connu sous le pseudo « Jean Pormanove », est décédé dans son sommeil, lors d’un tournage diffusé en direct. Il était la cible d’humiliations et de sévices de la part de ses partenaires streamers, avait révélé Mediapart l’an dernier. Une enquête est en cours, selon le parquet.

      #whatawonderfulword

    • Le Corpus « Vers un capitalisme de plateforme ? » situe d’emblée les transformations radicales qu’introduisent les plateformes numériques dans le capitalisme contemporain ; en plusieurs endroits on pourrait d’ailleurs parler de rupture tant ces plateformes transforment le travail en lui-même, ses conditions d’exercice et surtout l’emploi. Ce Corpus présente les résultats des premières enquêtes réalisées dans divers domaines de l’économie de plateforme, enquêtes largement centrées sur les transformations induites par cette dernière. Derrière ce modèle économique jugé innovant, une particularité fondamentale caractérise ce nouveau type de transaction économique : les offreurs de travail sur les plateformes numériques sont bien souvent des particuliers, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas salariés, ni même nécessairement des professionnels. Ce sont eux qui possèdent l’outil de production et la force de travail qu’ils vendent en qualité d’indépendants, soit directement aux consommateurs, soit à un intermédiaire. Les travailleurs de ces plateformes assument les risques liés à l’activité (investissement, clientèle, risque physique) tout en étant peu autonomes dans l’organisation de l’activité (processus calibrés, prix fixés par la plateforme, contrôles par cette dernière et par les consommateurs).

      https://journals.openedition.org/nrt/3734

    • Merci d’en parler. Le sadisme monétise sur le dos des faibles jusqu’au spectacle de leur mort dans l’arène de l’ignoble tandis que la justice continue à lambiner sur le consentement des victimes sous emprise.

    • ‪@turcanmarie.bsky.social‬
      https://bsky.app/profile/turcanmarie.bsky.social/post/3lwrrdibhi22z

      En décembre 24, Mediapart interrogeait la ministre du numérique.
      En janvier 25 une enquête préliminaire était ouverte.
      En février 25, la Ligue des droits de l’homme saisissait l’Arcom.
      Pourtant tout a continué.

      Affaire « Jean Pormanove » : ceux qui n’ont rien fait
      https://www.mediapart.fr/journal/france/190825/affaire-jean-pormanove-ceux-qui-n-ont-rien-fait

    • La mort en direct du streameur Jean Pormanove, humilié et maltraité pendant des mois
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/08/19/la-mort-en-direct-du-streameur-jean-pormanove-humilie-et-maltraite-pendant-d

      L’histoire rappelle certains des épisodes les plus glaçants de la série britannique de dystopie technologique Black Mirror. Un influenceur français de 46 ans, Raphaël Graven, connu sous le nom de Jean Pormanove pour ses vidéos diffusées en direct, est mort le 18 août dans les Alpes-Maritimes au cours d’un livestream sur la plateforme Kick, qui durait depuis plus de deux cent quatre-vingt-dix-huit heures. Selon des images circulant sur les réseaux sociaux, les autres participants à l’événement auraient constaté le décès de « JP », alors qu’ils étaient couchés, et coupé la retransmission à ce moment-là.
      Le parquet de Nice a ouvert une enquête en recherche des causes de la mort, confiée à la police judiciaire locale. Il a demandé la réalisation d’une autopsie. A ce stade, les raisons précises du décès ne sont pas connues.

      [...]

      En dépit de leur violence difficilement supportable, ces contenus sont présentés par leurs auteurs comme des vidéos à caractère humoristique.

      [...]

      Dans une autre vidéo, plus ancienne, qui a resurgi après le décès du streameur, on entend Owen Cenazandotti et Safine Hamadi envisager explicitement la mort de Raphaël Graven en direct et lui enjoindre de dire « face caméra, là, maintenant, que, si demain il meurt en plein live, c’est dû à son état de santé de merde et pas à [eux] ». « Les gens, ils vont s’en prendre à nous, alors que c’est dû à tes quarante-six ans de vie minable », ajoute Owen Cenazandotti. « S’il m’arrive quelque chose en live, c’est mon entière responsabilité », finit par déclarer Raphaël Graven, après avoir d’abord refusé de le faire.

      une occasion de découvrir l’existence d’une Clara Chappaz, ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique. Vautrin ne s’est pas saisi des 298 heures de taf et d’astreinte en continu qui on l’avantage de préfigurer la suppression de tous les jours chômés, fériés ou pas.
      https://archive.ph/NRpKl

    • Mort de Jean Pormanove : « Dans le monde numérique, l’humiliation d’une personne, loin de faire baisser les yeux, captive les regards », Julie Alev Dilmaç, sociologue
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/08/24/mort-de-jean-pormanove-dans-le-monde-numerique-l-humiliation-d-une-personne-

      Le 18 août, la mort de Raphaël Graven, plus connu sous le pseudonyme de Jean Pormanove, créateur de contenu sur la plateforme Kick, était rendue publique au terme d’un #streaming ininterrompu de douze jours. Décédé dans son sommeil, il s’était fait connaître pour avoir subi, plusieurs années durant, les brimades répétées que lui infligeaient deux comparses, mises en scène sous forme de défis.
      Lors de ces « lives », le protagoniste – tout comme un certain « Coudoux », jeune homme en situation de handicap – pouvait être insulté, étranglé, moqué, giflé, menacé ou encore privé de soins, le tout sur fond de validisme. Ces violences physiques et verbales insoutenables et ces humiliations euphémisées par les streameurs sous l’appellation de « concepts » étaient suivies par des milliers d’internautes.

      Cet épisode invite à interroger notre rapport contemporain à l’humiliation et les significations plurielles qu’elle revêt. Les humiliations prennent des formes de plus en plus insidieuses – mépris des responsables politiques, mise au silence de certaines populations, #mobbing [phénomène de harcèlement moral collectif] au travail, traitements dégradants imposés par certaines entreprises, discriminations –, mais elles sont désormais dénoncées avec vigueur à travers des mobilisations internationales comme #MeToo ou Black Lives Matter, des campagnes de sensibilisation contre le harcèlement ou des mouvements sociaux revendiquant dignité et reconnaissance comme les « gilets jaunes ».

      L’humiliation en ligne existe

      A l’heure où le dénigrement social apparaît à la fois plus prégnant et plus inacceptable, comment expliquer le paradoxe qui consiste, pour certains, à chercher à se faire un nom, à parfaire leur e-réputation et à obtenir une reconnaissance sociale, en exposant une image dévalorisée d’eux-mêmes, voire d’autrui ?

      A l’issue du drame, le cas « Pormanove » a suscité de vifs débats, et sur les forums, on s’interroge sur les responsables : faut-il incriminer les « agresseurs », qui jouent de la surenchère et repoussent toujours plus loin les limites de la violence sur autrui ? La « victime », qui bâtit sa notoriété en s’exposant volontairement à l’humiliation ? Ou encore les internautes, qui, par leurs clics et leurs contributions, assurent la survie de la chaîne ? Plus récemment, les regards se sont tournés vers les autorités : la régulation des plateformes, voire la légalité même de telles pratiques, sont désormais mises en cause.

      L’opinion publique semble (re)découvrir ce que l’on sait pourtant depuis longtemps : l’humiliation en ligne existe, la banalisation des #cyberviolences est réelle, et certaines plateformes laissent faire. Internet regorge de contenus insoutenables – automutilations, suicides diffusés en temps réel, tortures d’animaux… Ni le discrédit numérique, ni l’exposition de la souffrance, ni même la diffusion de la mort en direct ne sont des phénomènes nouveaux.

      La question qui se pose est de savoir en quoi cet épisode tragique et les actes horrifiques qui l’ont accompagné diffèrent des multiples formes d’humiliations déjà documentées telles que le cyberharcèlement, le lynchage ou le dénigrement numérique (bashing) vécus par d’autres ? En quoi les claques infligées à « JP » par ses acolytes, sous prétexte de l’humilier tout en divertissant le public, se distinguent des gifles assénées « pour rire » (acte désigné par le terme « happy slapping ») par des adolescents à un tiers, filmées et relayées de téléphone en téléphone ?

      La souffrance devient spectacle

      Si les modalités de ces agressions semblent similaires, une différence majeure se dessine : le consentement. Dans le cyberharcèlement « classique », l’humiliation est subie et gratuite : la victime est happée dans un engrenage de violences collectives qu’elle ne peut enrayer. Des images intimes volées ou des montages fabriqués sont diffusés à son insu sans possibilité d’effacement. Dans ce cas, la souillure se propage, condamnant la victime à une forme de mort sociale. Parfois, l’issue se révèle plus brutale encore : l’opprobre ne se limite pas à une mort numérique, il peut également conduire au suicide.

      Dans l’affaire Jean Pormanove, l’humiliation est en revanche assumée par l’ensemble des protagonistes : elle est acceptée en grande partie par celui qui l’endure, endossée par ceux qui l’infligent, applaudie par le public qui y assiste. La souffrance devient spectacle et matière à divertissement : elle sert à alimenter les contenus de la chaîne. Les maltraitances sont présentées comme un jeu convenu entre « amis », une mise en scène consentie en apparence, alors même qu’un déséquilibre flagrant s’impose : deux contre un. L’humiliation infligée n’a plus rien d’un pacte : elle a tout d’une domination.

      Ce qui suscite également l’indignation aujourd’hui, c’est que l’humiliation d’autrui devrait, en principe, nous être insupportable. Or, que dire de la participation du public, des « abonnés » qui, non seulement attendaient la notification annonçant le début du direct des #maltraitances, mais qui, pire encore, encourageaient « JP » à endurer toujours davantage ? Quid de ces défis qui l’obligeaient à porter un collier de chien, à subir des électrocutions et à voir ses demandes de soins ignorées ?
      Dans le monde numérique, l’humiliation d’une personne, l’exposition de corps suppliciés, voire la mort en direct, loin de faire baisser les yeux, captivent les regards. Elles servent non seulement de leviers à engranger des « vues » mais aussi de collecte de « dons » qui assurent la survie des chaînes. L’humiliation fait vivre les plateformes au prix de vies fracassées. Aux dernières nouvelles, l’un des streameurs impliqués dans l’affaire aurait demandé aux internautes de ne pas relayer les images du dernier souffle de « JP », pourtant diffusé en direct sur la chaîne — sans doute au nom d’un ultime respect pour sa dignité. [nawak, ils ont plutôt senti le vent du boulet]

      La sociologie est un meuble de salon.

    • Hé ben, parler pour ne rien dire, l’habitude au monde. Pas un mot sur les pourritures mascus qui ont annoncé payer l’enterrement, actionnaires réhabiliteurs de Kick.

    • Mort du streameur Jean Pormanove : « Il aura fallu un drame et une tempête médiatique pour contraindre les autorités politiques à l’action », Nathalie Tehio préside la Ligue des droits de l’homme
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/08/25/mort-du-streameur-jean-pormanove-il-aura-fallu-un-drame-et-une-tempete-media

      Le traitement de la plateforme australienne Kick met en lumière les obstacles auxquels l’Arcom est confrontée. Alertée dès février par la LDH, mais ne disposant que de 23 salariés pour le contrôle des plateformes, elle n’a pas pu entamer un dialogue efficace avec Kick du fait de l’absence de désignation par celle-ci d’un représentant légal sur le sol européen, et alors même que le règlement sur les services numériques l’y contraignait. Or seule la volonté politique de faire pression sur cette plateforme a permis d’aboutir à une telle désignation, à Malte. Il aura fallu un drame et une tempête médiatique pour contraindre les autorités politiques à l’action.

      Ce défaut d’impulsion et de soutien à l’Arcom est rendu d’autant plus inquiétant au regard du caractère transfrontalier des problématiques du numérique. Et ce, d’autant plus que l’UE n’a pas voulu encourager le développement d’un secteur du numérique européen. En 2018, la LDH avait pourtant plaidé, en vain, pour une souveraineté numérique de l’Europe, qui serait d’ailleurs utile pour lutter contre les attaques et ingérences numériques, et la manipulation des algorithmes qui favorisent des contenus nocifs (comme sur X, ex-Twitter).

      Ces manques profitent largement à une extrême droite qui, ayant compris que la violence, l’invective et la haine favorisent la viralité, utilise ces plateformes peu ou pas modérées pour promouvoir des idées nationalistes, racistes, xénophobes ou antiféministes qui rassemblent les utilisateurs partageant ces idées, renforçant ainsi son influence dans le débat public.

      https://archive.ph/pKFwB

      C’est trois jours après un édito du Monde
      Décès du streamer Jean Pormanove : la mort en direct, un scandale lucratif
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/08/22/deces-du-streamer-jean-pormanove-la-mort-en-direct-un-scandale-lucratif_6633

    • Le cercle de la merde
      https://lundi.am/Le-cercle-de-la-merde

      La mort en ligne de JP n’arrive pas « par hasard ». Elle s’inscrit dans cette atmosphère affective où la valeur d’un être ne se mesure plus qu’à l’aune de ce qu’il peut endurer publiquement. JP, clown triste sur Kick ou Twitch, a été englouti par la même logique que les chroniqueurs de C8 : offrir sa gêne, son ridicule, ses plaies comme un gage d’appartenance. Autrement formulé il ne s’agit pas ici d’une pathologie individuelle mais bien d’une pathologie sociale. Le sadisme qui circule sur les plateaux télé ou certains chats n’est pas né du néant. Il naît du vide. Du vide existentiel, de la pauvreté en monde. Là où il n’y a plus de vocation, plus de passion, plus de sens, reste le plaisir bas de voir autrui réduit, humilié, abaissé. Et le plus insupportable, c’est qu’on a fabriqué un voyeurisme qui ne se reconnaît même plus comme tel. L’œil collé à l’écran, l’oreille collée au casque, chacun se dit qu’il « participe », qu’il « fait partie du jeu ». Mais c’est un jeu où il n’y a pas de gagnant. Quand la plupart des êtres se maltraitent les uns les autres à longueur de journée, il est plus que probable que la maltraitance ne soit plus perçue. Il en va de même pour l’exploitation, le voyeurisme, le harcèlement.