Nouvelle-Calédonie : pour Paul Néaoutyine, président de la province Nord, « sans consensus, l’Etat court à l’échec »
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Alors que doit être examiné, mardi 24 février, au Sénat, le projet de loi constitutionnelle issu de l’accord de Bougival, Paul Néaoutyine, président de la province Nord, estime, dans un entretien au Monde, que cet accord rompt avec celui de Nouméa de 1998.
Publié le 23 février 2026
Ils ont signé les accords de Bougival en juillet 2025, puis d’Elysée-Oudinot en janvier, textes qui créent « un Etat de la Nouvelle-Calédonie intégré à l’ensemble national ». Rangés dans le camp des modérés, l’Union nationale pour l’indépendance (UNI) et sa principale composante, le Parti de libération kanak (Palika), sont cités comme des soutiens par le gouvernement, alors que le projet de loi constitutionnelle issu de ces accords sera examiné, mardi 24 février, au Sénat.
Mais Paul Néaoutyine, président de la province Nord et figure historique du Palika, a décidé de sortir de sa réserve habituelle pour critiquer le projet endossé par son camp. Signataire des accords passés de Matignon-Oudinot, en 1988, et de Nouméa, en 1998, cet ancien président du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) témoigne de l’adhésion fragile des indépendantistes à la poursuite du processus.
Dans le débat sur le futur statut de la Nouvelle-Calédonie, vous affirmez que les « fondamentaux » de l’accord de décolonisation de Nouméa « ne sont pas là ». Que recouvrent-ils, aujourd’hui ?
Les fondamentaux de l’accord de Nouméa sont le plancher en deçà duquel notre combat reculerait. L’accord de Nouméa de 1998 est un accord de décolonisation, fondé sur la pleine reconnaissance du peuple kanak, peuple premier, comme préalable à la fondation d’une nouvelle souveraineté partagée, dans un destin commun entre toutes les communautés. Cet accord sui generis a instauré une citoyenneté appelée à devenir nationalité, a organisé le transfert irréversible des compétences de la France vers la Nouvelle-Calédonie, a établi un partage de souveraineté avec la France sur la voie de la pleine souveraineté, l’Etat reconnaissant la vocation du pays à une complète émancipation et se disant prêt à accompagner le pays dans cette voie. L’accord de Nouméa précisait aussi qu’une partie de la Nouvelle-Calédonie ne pouvait se dissocier de l’ensemble.
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Le dispositif de Bougival officialise un fédéralisme interne et externe, un statut d’autonomie dans la France qui se veut pérenne. Je ne vois pas où il y aurait continuité avec l’accord de Nouméa. Avec ce nouvel accord, nous sommes dans une logique inverse qui subordonne l’accord de Nouméa à celui de Bougival. Il est dit : « Les dispositions de l’accord de Nouméa qui ne sont pas contraires au présent accord demeurent en vigueur. » C’est donc l’aveu indirect qu’il y a des dispositions de l’accord de Nouméa qui sont contraires à l’accord de Bougival.
En quoi ces points divergent-ils des accords de Bougival et Elysée-Oudinot, qui se réfèrent aux précédents ?
L’ouverture du corps électoral [gelé depuis 2007 pour les élections provinciales] par l’accord de Bougival de juillet 2025 obéit aux desiderata du Medef de Nouvelle-Calédonie, favorable à l’économie de comptoir, qui préconisait de porter la population à 500 000 habitants en 2050. On voit poindre une nouvelle version de la colonisation de peuplement contre laquelle le peuple kanak s’est toujours dressé. Lorsque le ministre de l’intérieur et des outre-mer d’alors, Gérald Darmanin, a voulu passer en force sur la question du corps électoral en 2024, il a démontré trois choses. Une, que l’Etat français a cessé d’être impartial et s’est aligné sur le discours radical des Loyalistes, mauvais conseillers en la circonstance. Deux, que sans consensus et réel dialogue, l’Etat court à l’échec. Trois, qu’il porte la pleine responsabilité d’avoir plongé le pays dans le chaos [les violences de mai 2024].
La question du corps électoral a toujours été un sujet sensible. Depuis 2017, le FLNKS a décidé de l’ouvrir aux natifs [soit 12 000 électeurs potentiels supplémentaires nés sur le territoire depuis 1998], preuve que les indépendantistes ne sont pas fermés à des aménagements. Mais, sans consensus, l’Etat n’obtiendra rien d’autre que ce qu’il a semé en mai et juin 2024.❞
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