https://orientxxi.info

  • Le pitoyable effondrement du « miracle » financier libanais
    https://orientxxi.info/magazine/le-pitoyable-effondrement-du-miracle-financier-libanais,3469

    Les plus lucides n’y croient guère, le Golfe ne prête plus beaucoup depuis 2014, début du contrechoc pétrolier, et l’ampleur des besoins exige désormais l’intervention du FMI qui a ses idées sur la solution : une dévaluation du peg jugé surévalué par ses services d’au moins 50 % qui déclencherait à coup sûr une vague inflationniste meurtrière pour la population ; une restructuration de la dette publique qui, au minimum, allongerait les échéances et réduirait les taux d’intérêt servis sur l’encours de la dette (près de 90 milliards de dollars, soit 81 milliards d’euros), au pire diminuerait sa valeur de 30, 40 ou 50 milliards, le fameux « hair cut », ou réduction du montant de la créance.

    Un effort fiscal serait demandé aux Libanais avec une hausse de la fiscalité indirecte qui touche plus les pauvres que les riches, en particulier la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Rien en revanche sur l’impôt sur le revenu, archaïque et injuste, qui en réalité n’existe pas, chaque catégorie de revenus (prêt, bénéfices, salaires…) faisant l’objet d’une imposition particulière. Plus, un effort drastique de réduction des dépenses publiques.

  • Le Chili, terrain d’expérimentation pour les armes israéliennes | Ramona Wadi
    https://orientxxi.info/magazine/le-chili-terrain-d-experimentation-pour-les-armes-israeliennes,3440

    Les gouvernements chiliens de droite comme de gauche n’ont pas renoncé à l’héritage militaire et judiciaire de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990). Israël contribue à leur lutte contre les populations autochtones mapuches en leur fournissant armements et formations. La criminalisation de la résistance mapuche par le Chili peut être comparée à la répression de la résistance palestinienne par Israël. Source : Orient XXI

  • La solitude palestinienne
    Jean Stern > 3 décembre 2019
    https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/la-solitude-palestinienne,3466

    Comme dans ses précédents films, l’identité palestinienne est au cœur du propos. Mais il lui donne un tour plus contemporain, s’interroge sur la question très sérieuse de la mondialisation de la sécurité. À Nazareth comme à Paris et à New York, les flics sont, au-delà du personnage principal, le fil rouge de ce film. Faussement débonnaires dans la ville majoritairement chrétienne de Galilée ; arpentant une capitale française déserte un jour de 14 juillet, à pied, en roll’in ou à vélo ; pourchassant un ange qui réclame « Free Palestine » dans Central Park, ils sont ridiculisés à l’écran, c’est le principe du film comique.

    https://www.youtube.com/watch?time_continue=5&v=RYSKzDiUGdk&feature=emb_logo

  • « Islamophobie », un mot, un mal plus que centenaires
    https://orientxxi.info/magazine/islamophobie-un-mot-un-mal-plus-que-centenaires,1155

    L’hostilité systématique à l’égard de l’islam est très anciennement ancrée dans la pensée occidentale. D’essence chrétienne, elle prend sa source dans l’esprit de croisade, fleurit pendant l’expansion coloniale et, après un temps de latence, reprend vigueur avec la « guerre contre le terrorisme ». Le mot « islamophobie » qui l’illustre a, quant à lui, une centaine d’années. Si désormais, au nom de la défense de la laïcité, certains intellectuels français très médiatiques ne craignent pas d’assumer la bêtise haineuse qu’il recouvre, d’autres, heureusement, s’emploient à la dénoncer.

  • Orient XXI annonce le décès de Philippe Henri Gunet, qu’on suivait sous le pseudonyme de Marc Cher-Leparrain :
    https://orientxxi.info/magazine/philippe-henri-gunet-1956-2019,3430

    Nous l’avions rencontré, évidemment, lors des réunions de préparation du magazine, avec l’ami @gonzo, puis aux réunions éditoriales une fois Orient XXi lancé. Toute mon amitié aux amis d’Orient XXI pour la perte de ce fondateur du journal. Je ne doute pas que son sourire et sa courtoisie manqueront aux réunions de l’équipe.

  • Les Palestiniens d’Israël contre les gangs et la passivité de l’État
    Samah Salaime > 7 novembre 2019
    https://orientxxi.info/magazine/les-palestiniens-d-israel-contre-les-gangs-et-la-passivite-de-l-etat,340

    Soixante-quinze personnes dont onze femmes ont été tuées cette année, la plupart par balles ; 1 365 personnes ont été tuées depuis octobre 2000. Elles appartiennent tous, comme moi, à la minorité palestinienne d’Israël. Toutes ont été victimes de criminels armés issus de nos propres rangs et non des appareils policiers et militaires israéliens. La réalité des localités arabes est devenue insupportable du fait de la multiplication des fusillades, guerres de gangs et assassinats, alors que par le passé la plupart des bourgades arabes vantaient leur climat paisible et la concorde civile. Comment en est-on arrivé là ?

    Nous célébrons chaque chercheur, chaque universitaire ou entrepreneur qui investit un domaine nouveau en tant qu’Arabe palestinien en Israël. Mais même avec une participation aux élections parlementaires et locales et une intégration dans le marché du travail, nous n’avons pas réussi à obtenir une véritable égalité entre Arabes et juifs, loin de là. La moitié des enfants vivant sous le seuil de pauvreté en Israël sont arabes (alors que les Arabes ne sont que 20 % de la population), et l’État continue d’assurer l’éducation des enfants juifs des classes défavorisées dans une proportion de 77 % supérieure à celle des enfants arabes. L’État a construit plus de 700 colonies au-delà de la « ligne verte » en 50 ans, mais il n’a pas lancé le moindre projet immobilier pour résoudre l’étouffante crise du logement dans les localités arabes en Israël. (...)

  • Kurdistan syrien. « Nous n’avons aucune confiance dans les acteurs sur le terrain »
    https://orientxxi.info/magazine/kurdistan-syrien-nous-n-avons-aucune-confiance-envers-les-acteurs-sur-le
    source : @orientxxi

    Autour de la défaite du Rojava
    http://cqfd-journal.org/Autour-de-la-defaite-du-Rojava
    source : @cqfd

    Depuis le retrait des forces américaines le 9 octobre, la Turquie est à l’offensive dans le Nord-Est de la Syrie. Ce lâchage de Trump a poussé les combattants kurdes à accepter le retour des troupes du régime d’Assad, face à l’armée turque et ses supplétifs qui menacent, selon les mots du président turc, d’ » écraser [leurs] têtes ». Le 22 octobre, Erdogan et Poutine, véritable maître du jeu syrien, se sont accordés sur le désarmement des combattants kurdes. Ce qui semble sonner le glas de l’expérience fédéraliste du #Rojava.

    http://cqfd-journal.org/Ils-nous-bombardent-au-napalm

  • Tunisie. Pour le président Kaïs Saïed, la démocratie peut être une idée neuve
    https://orientxxi.info/magazine/tunisie-pour-le-president-kais-saied-la-democratie-peut-etre-une-idee-ne

    « Quelque chose a changé/L’air semble plus léger/C’est indéfinissable », chantait Barbara au lendemain de l’élection de François Mitterrand en 1981 à la présidence française. Le changement d’atmosphère en Tunisie après l’élection de Kaïs Saïed n’est pas sans évoquer cette transformation, très vite matérialisée : dans les jours qui ont suivi, une campagne de propreté a été lancée sur les réseaux sociaux. D’abord sur quelques-uns des 2 000 groupes Facebook créés pour le soutenir, puis très vite reprise sur des pages non politiques. Le dimanche suivant, le 20 octobre, dans toutes les villes du pays, sans aucune obligation ni injonction officielle, des Tunisiens s’activaient pour nettoyer les déchets accumulés ces dernières années. Un grand ménage à la signification tout à la fois métaphorique, symbolique et politique.

    Métaphorique, parce qu’il disait le besoin de moraliser la vie publique dominée durant la législature écoulée par un mélange d’affairisme et de manœuvres partisanes, alors que les conditions de vie de la majorité de la population se détérioraient. Symbolique, parce qu’il manifeste l’appropriation de l’espace public, et donc de l’État, par une société qui l’a toujours perçu, sauf à des moments exceptionnels, comme une entité extérieure. Politique enfin, parce qu’il donne une idée de la base populaire qui a porté Kaïs Saïed à la présidence.

    #propreté #espace_public #Tunisie

  • La guerre des appelés en Algérie | ARTE Radio
    https://www.arteradio.com/son/61660266/la_guerre_des_appeles_en_algerie


    https://seenthis.net/messages/731474

    A 20 ans, Rémi, Georges, Gilles et les autres se sont retrouvés soldats, appelés au cœur de la guerre d’Algérie. Une guerre sans nom et sans visage, avec son lot d’atrocités et de crimes. A leur retour en France, personne ne leur a posé de questions : ni leurs femmes, ni leurs parents. Comme beaucoup d’autres ils se sont tus.
    50 ans plus tard, c’est le déclic quand ils reçoivent leur pension d’ancien combattant. Impossible pour eux d’accepter cet argent pour des crimes qu’ils ont commis là-bas. Alors Rémi et ses amis, une bande de vieux paysans retraités du Tarn, fondent la 4ACG, Association des Anciens Appelés d’Algérie Contre la Guerre. Par ce biais, ils reversent leur maigre pension à des associations humanitaires en Algérie. Mais surtout, ils permettent à tout nouvel adhérent de raconter pour la première fois son histoire de la guerre d’Algérie. Des témoignages émouvants et pas militants, qui font la part des horreurs. Des récits durs et d’autant plus nécessaires pour lever les tabous sur une guerre qui n’a jamais dit son nom.

    Qui sommes-nous ? Contacts. Adhésions - 4ACG (Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre)
    http://www.4acg.org/-Qui-sommes-nous-Contacts-Adhesions-

    Qui sommes-nous ? Contacts. Adhésions

    L’Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre (4ACG) est une association laïque, indépendante de toute institution politique, philosophique ou religieuse :

    – Elle se situe résolument en faveur du respect de la personne humaine, de sa dignité, de son intégrité et de ses droits.
    – Elle entend s’opposer à tout ce qui détruit ou mutile cette dignité, entrave le développement de tout l’Homme et de tous les hommes, à tout ce qui prive les peuples du droit à disposer d’eux-mêmes.
    – Elle refuse la violence et la guerre comme moyens de résolution des conflits, car générant toujours une spirale qui conduit fatalement à la barbarie.

    Pour contacter l’association 4ACG : secretariat@4acg.org

  • 1992 · Regards d’un enfant sur l’#Irak sous embargo
    https://orientxxi.info/magazine/1992-regards-d-un-enfant-sur-l-irak-sous-embargo,2661

    « Le Parfum d’Irak » de Feurat Alani · C’est un genre particulier de journalisme qu’a adopté Feurat Alani. Il a utilisé Twitter pour conter l’histoire de son pays, l’Irak, agrémentée de nombreux dessins. Dans le passage extrait du Parfum d’Irak qui paraît ce 3 octobre, il a 12 ans et, après un séjour en France, il rentre au pays. Il découvre l’Irak sous embargo, après la défaite de Saddam Hussein face à la coalition internationale qui le force à évacuer le Koweït en 1991.

    #guerre

  • « Pour Sama », chant d’amour à Alep
    Jean Stern > 21 octobre 2019
    https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/pour-sama-chant-d-amour-a-alep,3356

    Waad Al-Kateab a filmé entre 2012 et 2016 le siège d’Alep-Est, la rencontre avec son mari, médecin d’urgence, puis la naissance de leur fille Sama, à qui elle raconte dans ce documentaire le chaos de la guerre et la force de l’amour.

    https://www.youtube.com/watch?time_continue=99&v=WGp7C79Pvzg


    #Syrie

  • Liban. Ce soulèvement qu’on n’attendait plus contre un édifice vermoulu
    Doha Chams > 22 octobre 2019 > Traduit de l’arabe par Adan Badha.
    https://orientxxi.info/magazine/liban-un-soulevement-contre-les-dirigeants-et-le-systeme,3359

    Les premiers jeunes descendus spontanément dans la rue le 17 octobre pour protester contre le projet de nouvelles taxes, notamment sur les services WhatsApp n’auraient jamais imaginé que des milliers d’autres allaient suivre le mouvement avec une telle rapidité. Et déclencher la plus importante contestation du « système libanais » depuis plus de dix ans, que le discours du premier ministre Saad Hariri le lundi 21 octobre, avec ses promesses de réformes, ne semble pas en mesure de stopper. (...)

    #Liban

  • Islam, l’héritage colonial – Salimsellami’s Blog
    https://salimsellami.wordpress.com/2019/10/19/islam-lheritage-colonial

    « La politique musulmane de la France » , par Jalila Sbaï · 

    Les nouvelles attaques contre les femmes musulmanes portant le foulard, la réaffirmation d’un islam perçu comme un problème lors des propos d’Henri Peña-Ruiz sur le « droit d’être islamophobe » révèlent combien le rapport à l’islam demeure héritier d’une perception faite de méfiance et de volonté d’encadrement. Le livre de Jalila Sbaï, La politique musulmane de la France. Un projet chrétien pour l’islam ? permet d’éclaircir ce rapport en sondant l’histoire coloniale.

    La Grande Mosquée de Paris (édifiée en 1926).
    Jean-Pierre Dalbera/Flickr
    Avec minutie, Jalila Sbaï, historienne et diplômée d’arabe nous livre le fruit de ses recherches sur la politique française menée au Maghreb et au Levant, où la religion fut au cœur de la méthodologie coloniale. Ce travail, issu de sa thèse soutenue en juin 2015 à l’École pratique des hautes études, sonne juste au point de faire écho aux politiques les plus récentes qui, en France, réduisent les Nord-Africains et leurs descendants français à leur seule dimension religieuse. Elle montre que la politique musulmane de la France prit très tôt la forme d’une instrumentalisation tout en se constituant comme un dispositif de contrôle des populations arabes.

    Sous la IIIe République, intellectuels et politiques français rêvaient encore de la construction d’un empire universel. C’était alors auprès de la politique ottomane menée par le sultan Abdülhamid II (1842-1918) qu’ils cherchaient l’inspiration. « La capacité de mobilisation, écrit Jalila Sbaï, au nom de l’islam des confréries musulmanes et la résistance dont elles ont fait preuve à la conquête française développe l’intérêt pour le fonctionnement des institutions religieuses ottomanes, que des hommes politiques songent même à reproduire dans l’empire français. »

    Une tradition centralisatrice commune à l’État républicain et à la hiérarchie ecclésiastique catholique traverse la politique française en la matière. Celle-ci s’est heurtée au caractère décentralisé de l’islam sunnite, qui permit à Paris d’envisager sa transformation. Jalila Sbaï rappelle que, dès 1902, le président du Conseil Émile Combes souhaitait définir une politique musulmane en adoptant « une ligne de conduite uniforme dans l’ensemble des territoires musulmans sous contrôle français et dans le reste du monde ». Une réforme de l’islam fut donc — déjà — envisagée par des personnalités occidentales et non musulmanes. Émile Combes n’hésita pas à préconiser la formation d’une Église musulmane dont les chefs spirituels constitueraient un clergé sous influence française.

    CONTRE L’UNIFICATION DU MAGHREB
    S’appuyant sur une riche collection d’archives, dûment analysées, dont certaines intégralement reproduites en annexe, le livre de Jalila Sbaï est un excellent outil permettant de mesurer le rapport qu’une France placée sous le régime de la séparation des Églises et de l’État depuis 1905 a entretenu avec le religieux, et singulièrement avec l’usage politique d’un islam vu au prisme d’un regard chrétien, dominant chez les hommes en charge de l’administration coloniale. Elle révèle qu’entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, les décideurs français rejetèrent une unification du Maghreb sous la houlette de l’Algérie, de crainte de voir cette région lui échapper comme ce fut le cas pour l’Angleterre en Afrique du Sud avec les Boers.

    Elle nous apprend que le Code de l’indigénat et surtout le statut de « protégés » des travailleurs maghrébins installés à Paris et dans le département de la Seine pendant l’entre-deux-guerres, dérivent du corpus juridique de la dhimma1. Au début des années 1930, « (…) c’est le conseil municipal de Paris, dont le président est un fervent défenseur de la politique française en Algérie, qui impose le statut de dhimmi, à défaut du Code de l’indigénat, aux travailleurs maghrébins qui s’installent à Paris et dans le département de la Seine durant l’entre-deux-guerres ; statut de dhimmi, dans la mesure où les Français musulmans (sujets et protégés) ont un statut juridique et fiscal différent de celui des autres travailleurs de métropoles. » Les autorités françaises appliquèrent ainsi un statut apparenté à celui de dhimmi en métropole et sur des territoires sous souveraineté française qui ne l’adoptaient plus, voire ne l’avaient jamais mis en pratique, avant la conquête coloniale.

    « UN PAPE MUSULMAN »
    En juin 1911 fut créée la Commission interministérielle des affaires musulmanes (CIAM), en charge de la centralisation des informations sur le monde islamique et de l’élaboration d’une politique d’administration et de contrôle de l’empire musulman.

    La CIAM fut très tôt confrontée à l’enjeu de l’assimilation-association. Le débat fut tranché en faveur de l’assimilation, en particulier en Algérie, défendue par Octave Depont, inspecteur général des communes mixtes : « L’assimilation que défend Octave Depont vise la destruction de la structure organique du mode de vie à la fois des Kabyles dans les campagnes et des arabophones/turcophones dans les villes, afin de lui substituer celle des communes françaises à usage exclusif des colons dont les indigènes seraient bénéficiaires par incidence », écrit l’autrice. Dans l’esprit des membres de la CIAM, note-t-elle, « l’assimilation passe par la destruction de l’identité composite des Kabyles (berbéro-musulmane), en lui refusant l’accès à l’arabe et à la culture religieuse musulmane pour restaurer son identité originelle, c’est-à-dire romaine et chrétienne. » Six ans après l’adoption de la loi de séparation des églises et de l’État de 1905, l’assimilation passa donc par une tentative de « réintégration » de populations indigènes jugées superficiellement islamisées dans une « civilisation chrétienne ».

    En 1915, le maréchal Hubert Lyautey, catholique et opposé à la loi de 1905 soumit à la CIAM le projet de création d’un « califat occidental ». Le sultan du Maroc Moulay Youssef était le candidat désigné par la France, « pape » musulman opposable à un chérif de La Mecque échappant à l’influence française. S’appuyant sur les déclarations des chancelleries, Jalila Sbaï montre un contexte de compétitions des empires d’où émergent les inquiétudes françaises autour de la reconnaissance du chérif de La Mecque comme calife par les Anglais.

    LA GRANDE MOSQUÉE DE PARIS, UNE VITRINE
    Abandonnée pour cause de situation de guerre, la constitution d’un islam d’Occident laissa la place au projet d’un islam de France à la solde du pouvoir, et employant des personnalités musulmanes issues de l’empire, appelées à intervenir dans les relations diplomatiques avec la partie du monde musulman qui échappait à l’influence française. L’idée se concrétisa en 1916 avec l’envoi au Hedjaz d’une mission chargée d’assurer au chérif de La Mecque le soutien de la France dans sa lutte contre la domination ottomane, dans un contexte toujours marqué par la compétition entre Français et Britanniques. Cette mission était composée de personnalités musulmanes d’Afrique du Nord et d’Afrique occidentale et fut dirigée par Si Kaddour Ben Ghabrit. L’autrice retrace le parcours de cet homme formé à l’école arabo-française et à la médersa de Tlemcen, ancien consul général honoraire à Fès et directeur du protocole du sultan du Maroc. Choisi pour ses qualités de négociateur, celui qui fut surnommé « notre passe-partout » devint l’homme de la politique musulmane, autour duquel se développa l’idée de la fondation de la Mosquée de Paris.

    Dès 1846 la commission des débats de la Société orientale posait la question d’un tel projet en des termes considérant l’assimilation et la civilisation des indigènes comme conditionnées par l’identité religieuse : « La reconnaissance de l’« autre » (plus tard algérien, tunisien, ou marocain, sénégalais, turc …) ne peut passer que par la reconnaissance de son identité religieuse qui, en retour, devient un obstacle à son intégration », écrit Jalila Sbaï . En 1919, Lyautey exprima limpidement un des enjeux de la construction de la Mosquée de Paris : « Je ne crois pas au danger d’une mosquée à Paris. Ce sera un édifice public facile à surveiller. »

    Après que Si Kaddour Ben Ghabrit se fut chargé du recueil de fonds en Afrique du Nord, la Mosquée de Paris fut inaugurée le 15 juillet 1926 par le sultan Moulay Youssef et par Gaston Doumergue : « La Mosquée de Paris devient une vitrine de l’islam, avec son édifice religieux réservé à l’élite musulmane de passage à Paris, sa bibliothèque, son hammam, son hôtellerie, et l’Institut musulman. Elle symbolise une ambassade de l’islam de France, dont Ben Ghabrit est dorénavant l’ambassadeur. »

    CONTRÔLER, SURVEILLER, PUNIR
    La surveillance des musulmans via des institutions religieuses se doubla de celle exercée par les structures administratives. Jalila Sbaï détaille la constitution des Services des affaires indigènes nord-africaines (Saina), créés dans quelques villes françaises, puis généralisées à l’ensemble du territoire métropolitain en 1934. Les Saina eurent un rôle d’assistance et de recrutement de la main d’œuvre nord-africaine et s’insérèrent dans les affaires juridiques et religieuses, organisant le pèlerinage à La Mecque. Ils eurent surtout un rôle de contrôle, identifiant les conscrits rebelles, surveillant les cafés maures, délivrant des papiers d’identité et expulsant les indésirables hors des foyers. Jalila Sbaï montre que les écoles enseignant l’arabe firent, notamment en Algérie, l’objet d’une surveillance attentive, la langue arabe étant perçue comme un véhicule d’infiltration politique et religieuse. L’orientaliste catholique Louis Massignon n’en défendit pas moins un enseignement élitiste de l’arabe classique « dans le même esprit – précise l’autrice – qu’en ce qui concerne le grec ou le latin, c’est-à-dire un enseignement arabe destiné à l’élite musulmane bourgeoise occidentalisée, et non à la ‘‘plèbe’’. » Ainsi était favorisé l’inaccessibilité des masses à une langue classique permettant la circulation des idées d’un bout à l’autre du monde arabophone.

    LE RÔLE CENTRAL DE ROBERT MONTAGNE
    Jalila Sbaï insiste sur le rôle des personnalités catholiques dans la mise en œuvre d’un islam de France. Elle fait de Robert Montagne la figure la plus importante. Cet ancien officier de marine remarqué par Lyautey fut un brillant ethnologue arabisant et berbérisant ainsi qu’un énergique administrateur colonial : officier des affaires indigènes au Maroc, directeur de l’Institut français de Damas, membre du bureau politique de l’état-major en Afrique du Nord au début de la seconde guerre mondiale. Catholique, il fut un infatigable artisan de la politique musulmane française dans le monde arabe, jusqu’à sa mort en 1954.

    Jalila Sbaï indique que les structures d’encadrement des Nord-Africains que Montagne mit en place en métropole avec Louis Massignon étaient fondées sur la doctrine sociale de l’Église. Tous deux participèrent à la fondation des Équipes sociales nord-africaines (ESNA), financées par des fonds privés catholiques et qui, à partir de 1933, s’appuyèrent sur des structures religieuses musulmanes, notamment les confréries, contre les oulémas réformistes et les nationalistes. La première ESNA fut fondée dans la banlieue de Lyon par Émile Janier, jeune catholique protégé de Montagne et familier des zaouias de Petite Kabylie. A une période où se développaient les mouvements nationalistes dans le monde arabo- musulman, Jalila Sbaï remarque que c’est toujours en termes religieux que furent interprétés les mouvements de résistance à la domination européenne en Afrique du Nord et au Levant, plus souvent identifiés au panislamisme qu’au nationalisme arabe.

    Montagne fut le principal inspirateur et animateur du Centre des hautes études d’administration musulmane (Cheam) institué en 1936 afin de donner aux fonctionnaires se destinant à une carrière dans les colonies une formation standardisée sur le monde musulman. Rédacteur de multiples rapports sur l’état du monde arabe et musulman, il supervisa à partir de 1937 une enquête sur les grands courants d’opinion dans l’islam nord-africain et levantin. Il constitua enfin pendant la seconde guerre mondiale un dense réseau d’informateurs chargés de fournir des renseignements sur les nationalistes et les ulémas réformistes.

    Le livre de Jalila Sbaï ouvre une multitude de questions nouvelles interrogeant le rapport de la France avec le monde arabo-musulman. C’est en enquêtrice du passé qu’elle analyse ce rapport, mais son mérite tient aussi au lien qu’elle permet d’établir avec le présent. Sans jamais sombrer dans l’anachronisme, elle laisse apparaître les empreintes que la dialectique religieuse coloniale a laissé sur le rapport avec l’islam et les musulmans, jusqu’à nos jours.

    JULIEN LACASSAGNE

    https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/islam-l-heritage-colonial,3271

  • Le projet CARTE est la deuxième production propre à l’archive de la Mémoire Créative de la #révolution_syrienne. La #géographie ici n’est pas le but mais c’est le voyage proposé pour traverser vers “la mémoire de l’évènement et de l’homme”

    C’est un outil puissant et complexe lié à notre moteur de recherche substantiel et performant. le projet #CARTE relie notre #archive constitué de milliers de documents avec leurs emplacements géographiques dans toute la Syrie – environ 200 points entre les provinces, les villes, les banlieues, les quartiers, les rues, etc. et aussi avec les dates, les catégories, les mots-clés ou les auteurs. Il permet au lecteur de tracer les zones dans lesquelles les mouvements révolutionnaires pacifiques ont commencé, en plus de leurs expansions, leurs formes et leurs transformations dans chaque région, sur la base des initiatives et des activités de chaque région.

    C’est un voyage virtuel en #Syrie, au cours duquel les lecteurs peuvent facilement voyager et découvrir les syriens, leurs paroles, leurs rêves et leurs espoirs mais aussi leurs souffrances et leurs tragédies, et surtout la réalité à travers leurs écrits et productions.

    Ce projet a été lancé en Juin 2018
    https://creativememory.org/fr/map


    source : https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/chroniques-de-la-revolte-syrienne,3081

  • La guérilla obstinée du CRIF contre l’antisionisme | Dominique Vidal
    https://orientxxi.info/magazine/la-guerilla-obstinee-du-crif-contre-l-antisionisme,3254

    Auteur de Antisionisme = antisémitisme ? Réponse à Emmanuel Macron (Libertalia, 2018), un livre remarqué, Dominique Vidal revient sur la campagne lancée par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et son président Francis Khalifat pour tenter de criminaliser l’antisionisme. Source : Orient XXI

  • Un incendiaire dans la poudrière du Cachemire indien
    Jean Michel Morel > Christophe Jaffrelot > 30 septembre 2019
    https://orientxxi.info/magazine/un-incendiaire-dans-la-poudriere-du-cachemire-indien,3293

    Ancien État princier, inclus dans l’Empire britannique des Indes, le Cachemire est une vaste région montagneuse située au cœur de l’Himalaya. Il est bordé à l’ouest par le Pakistan, à l’est par la Chine et au sud par l’Inde. La partie indienne du Cachemire, l’État du Jammu-et-Cachemire s’étend sur 92 437 km2, et compte près de 12,5 millions d’habitants, soit un centième de la population indienne. La partie pakistanaise, composée de l’Azad Cachemire (le « Cachemire libre ») et le Gilgit-Baltistan (anciens « Territoires du Nord »), s’étend quant à elle sur plus de 86 000 km² avec près de 6,4 millions d’habitants. En 1963, le Pakistan a cédé à la Chine une portion de ces Territoires du Nord encore aujourd’hui revendiqués par l’Inde. Quant à la Chine qui a conquis l’Aksai Chin et la vallée de Shaksgam lors de la guerre sino-indienne de 1962, elle souhaite récupérer un morceau du nord-est du Cachemire indien de langue tibétaine et de religion bouddhiste (Voir la carte ci-dessous). (...)

    #cachemire

  • À l’ONU, la France muette sur les droits de l’homme en Arabie saoudite
    Par Clothilde Mraffko - Vendredi 27 septembre 2019 | Middle East Eye édition française
    https://www.middleeasteye.net/fr/en-bref/lonu-la-france-muette-sur-les-droits-de-lhomme-en-arabie-saoudite

    Le 23 septembre, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a publié une déclaration qui s’inquiète des violations des droits humains dans le royaume saoudien. La plupart des grands pays européens l’ont signée, mais pas la France (...)

    #France_ArabieSaoudite

  • Georges Corm, itinéraire d’un intellectuel libanais
    https://orientxxi.info/magazine/georges-corm-itineraire-d-un-intellectuel-libanais,3287

    Né en 1940, juriste, politologue et économiste, ancien ministre de l’économie du Liban, Georges Corm a traversé les décennies turbulentes du Proche-Orient. Il a produit une riche littérature sur l’histoire de la région et les nombreux conflits qui ont déchiré la région. Entretien.

    Oui, un long entretien avec Georges Corm sur Orient XXI.

  • Georges Corm, itinéraire d’un intellectuel libanais
    Georges Corm > Sylvain Mercadier > 25 septembre 2019
    https://orientxxi.info/magazine/georges-corm-itineraire-d-un-intellectuel-libanais,3287

    Né en 1940, juriste, politologue et économiste, ancien ministre de l’économie du Liban, Georges Corm a traversé les décennies turbulentes du Proche-Orient. Il a produit une riche littérature sur l’histoire de la région et les nombreux conflits qui ont déchiré la région. Entretien.(...)

  • La main du Qatar sur l’islam de France ?
    Sarah Osman > 24 septembre 2019
    https://orientxxi.info/lu-vu-entendu/la-main-du-qatar-sur-l-islam-de-france,3305

    À propos d’un documentaire d’Arte · Cinq mois après la parution de leur livre Qatar Papers censé dévoiler le « prosélytisme en France et en Europe mené par Qatar Charity » en faveur de l’idéologie des Frères musulmans, les deux journalistes Georges Malbrunot et Christian Chesnot signent un documentaire sur la même thématique, diffusé ce 24 septembre 2019 sur Arte. Mais le projet annoncé ne tient pas ses promesses. (...)