Le Courrier - L’essentiel autrement

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  • Web synthétique - Le Courrier
    https://lecourrier.ch/2025/03/26/web-synthetique

    mercredi 26 mars 2025
    Alexandre Chollier
    A livre ouvert

    Activism, activists, advocacy, advocate, advocates, barrier, barriers, biased, biased toward…

    Voici les premiers mots d’une liste qui hier en comptait cent, aujourd’hui cent-vingt et demain on ne sait combien. Mots à bannir des projets de recherche aux Etats-Unis sous peine de perdre l’accès aux financements de l’Etat. Tout le monde ou presque en parle. S’il nous faut la voir pour y croire, il nous faut plus encore la lire, un mot après l’autre, pour percevoir ce dont elle est vraiment le signe.

    Tel est l’avis d’Olivier Ertzscheid. Sur le site de la revue AOC, ce chercheur en science de l’information et de la communication à l’Université de Nantes a signé il y a peu un texte crucial sur le sujet : « Blacklisté – sur le rapport fasciste de Trump au langage ». 1.

    La lecture de cette pièce ne laisse guère de place au doute. Aujourd’hui lorsque des mots sont attaqués – et en même temps qu’eux les réalités qu’ils désignent –, c’est potentiellement toute l’humanité qui s’en trouve affectée. La menace qui pèse sur nous toutes et tous ne s’arrête d’ailleurs pas à la seule interdiction de certains mots. Il faut y ajouter la suppression massive de données dans un « ‘immense autodafé numérique’, où ce ne sont plus des livres qu’on brûle, mais des sites Web, des pages Internet, des index, des bases de données ».

    Sans compter que le Web n’a pas attendu cette double attaque pour se métamorphoser. Sous l’effet de bots dopés aux algorithmes – et plus encore depuis l’arrivée des agents conversationnels –, le Web contient de plus en plus de textes, d’images et de vidéos générés artificiellement. Le Web a ainsi changé de nature sans qu’on ne s’en rende compte et il serait judicieux de le nommer pour ce qu’il est devenu : un Web synthétique.

    Olivier Ertzscheid vient d’y consacrer un ouvrage 2 saisissant dont les premières pages peuvent nous servir de vade-mecum à l’heure de naviguer sur le Web, plus encore si nous les lisons à la lumière de ce qui s’y joue depuis le 20 janvier.

    Le Web est un Web synthétique pour plusieurs raisons. D’abord parce que d’ici peu nous serons en passe d’interagir « au moins autant avec des programmes informatiques qu’avec des individus ». Parce qu’ensuite « l’essentiel de ce qui y est discuté comme de ce qui y est vu, est produit par la synthèse d’algorithmes artificiels et ‘d’agents’ […] tout autant artificiels ». Parce que si nous jouissons de contenus modérés, c’est grâce à des travailleurs et travailleuses du clic œuvrant dans des conditions misérables à l’autre bout de la planète. Parce qu’enfin l’artificialisation du Web en cours a tendance à s’autorenforcer ad libitum pour d’évidentes raisons : ce processus offre aux patrons de la Big Tech une réelle opportunité de nous « indiquer quoi faire, que dire et où regarder ».

    Sur un Web de cette sorte, soumis à la logique du capitalisme linguistique, complété en continu par des algorithmes digérant les données existantes, l’impact du « grand remplacement documentaire et linguistique » en cours aux Etats-Unis est autrement plus dangereux qu’on pourrait le croire, surtout si l’on se rappelle que les nouveaux contenus générés sont « totalement inféodés aux règles de la génération déterminées par les entreprises qui les déploient ». Des entreprises qui se sont, faut-il encore le rappeler, docilement ralliées à l’idéologie défendue par le locataire actuel de la Maison-Blanche, dans un mélange ingénieux « d’obéissance anticipée »3 et de visée programmatique.

    Ne nous voilons pas la face. Nous approchons d’un « point de bascule » aux implications sidérantes, rendu possible par la technologie numérique et plus particulièrement par l’« intelligence artificielle » ou, mieux dit, les modèles de langage de grande taille (LLM), que nous n’avons de toute évidence jamais eus sous notre contrôle. S’il est dans ce domaine un premier défi à relever, c’est avant tout de « savoir au service de qui [sont] mis [l]es grands modèles de langage ». C’est ensuite de se rappeler, avec Olivier Ertzscheid, qu’ils « ne seront jamais au service d’autres que celles et ceux qui en connaissent, en contrôlent et en définissent les systèmes de valeurs ».

    Notes[+]

    Géographe, écrivain et enseignant. Récente publication : November November. En route pour la Lune, la Terre en tête, Ed. La Baconnière, 2025.

    #Olivier_Ertzscheid #IA

  • A/HRC/59/23: From economy of occupation to economy of genocide - Report of the Special Rapporteur on the situation of human rights in the Palestinian territories occupied since 1967 (Advance unedited version) - Question of Palestine
    https://www.un.org/unispal/document/a-hrc-59-23-from-economy-of-occupation-to-economy-of-genocide-report-special-rap

    After October 2023, long-standing systems of control, exploitation and dispossession metamorphosed into economic, technological and political infrastructures mobilized to inflict mass violence and immense destruction.[47] Entities that previously enabled and profited from Palestinian elimination and erasure within the economy of occupation, instead of disengaging are now involved in the economy of genocide.

    Après octobre 2023, des systèmes de contrôle, d’exploitation et de dépossession de longue date se sont métamorphosés en infrastructures économiques, technologiques et politiques mobilisées pour infliger des violences de masse et d’immenses destructions.[ 47] Les entités qui ont auparavant permis et profité de l’élimination et de l’effacement des Palestiniens au sein de l’économie de l’occupation, au lieu de se désengager, sont maintenant impliquées dans l’économie du génocide.

    • Le prédécesseur d’IBM a déjà fourni au régime nazi la technologie pour ficher les juifs et gérer le génocide dans les camps.

      Surveillance and carcerality: The dark side of the “Start-up Nation”

      Repression of Palestinians has become progressively automated, with tech companies providing dual-use[78] infrastructure to integrate mass data collection and surveillance, while profiting from the unique testing ground for military technology offered by the occupied Palestinian territory.[79] Fuelled by US-tech giants establishing subsidiaries and research and development centres in Israel,[80] Israel’s claims of security needs have spurred unparalleled developments in carceral and surveillance services, from CCTV networks, biometric surveillance, high-tech checkpoints networks, “smart walls” and drone surveillance, to cloud computing, artificial intelligence and data analytics supporting on-the-ground military personnel.[81]
      Israeli tech firms often grow out of military infrastructure and strategy,[82] as did NSO Group, founded by ex-Unit 8200 members.[83] Its Pegasus spyware, designed for covert smartphone surveillance, has been used against Palestinian activists[84] and licensed globally to target leaders, journalists and human rights defenders.[85] Exported under the Defense Export Control Law, NSO group surveillance technology enables “spyware diplomacy” while reinforcing state impunity.[86]
      IBM has operated in Israel since 1972, training military/intelligence personnel – especially from Unit 8200 – for the tech sector and start-up scene.[87] Since 2019, IBM Israel has operated and upgraded the central database of the Population, Immigration and Borders Authority (PIBA),[88] enabling collection, storage and governmental use of biometric data on Palestinians, and supporting Israel’s discriminatory permit regime.[89] Before IBM, Hewlett Packard Enterprises (HPE)[90] maintained this database and its Israeli subsidiary still provides servers during the transition.[91] HP has long enabled Israel’s apartheid systems, supplying technology to COGAT, the prison service and police.[92] Since HP’s 2015 split into HPE and HP Inc., opaque business structures have obscured the roles of their seven remaining Israeli subsidiaries.[93]
      Microsoft has been active in Israel since 1991, developing its largest centre outside the US.[94] Its technologies are embedded in the prison service, police, universities and schools – including in colonies.[95] Since 2003, Microsoft has integrated its systems and civilian tech across the Israeli military,[96] while acquiring Israeli cybersecurity and surveillance start-ups.[97]
      As Israel’s apartheid, military and population-control systems generate increasing volumes of data, its reliance on cloud storage and computing has grown. In 2021, Israel awarded Alphabet Inc (Google) and Amazon.com Inc. a $1.2 billion contract (Project Nimbus)[98] – largely funded through Ministry of Defense expenditure[99] – to provide core tech infrastructure.
      Microsoft, Alphabet and Amazon grant Israel virtually government-wide access to their cloud and AI technologies, enhancing data processing, decision-making and surveillance/analysis capacities.[100] In October 2023, when Israel’s internal military cloud overloaded,[101] Microsoft Azure and Project Nimbus Consortium stepped in with critical cloud and AI infrastructure.[102] Their Israel-located servers ensure data sovereignty and a shield from accountability,[103] under favourable contracts offering minimal restrictions or oversight.[104] In July 2024, an Israeli colonel described cloud tech as “a weapon in every sense of the word”, citing these companies.[105]
      The Israeli military has developed AI systems like “Lavender”, “Gospel” and “Where’s Daddy?” to process data and generate lists of targets,[106] reshaping modern warfare and illustrating AI’s dual-use nature. Palantir Technology Inc., whose tech collaboration with Israel long predates October 2023, expanded its support to the Israeli military post-October 2023.[107] There are reasonable grounds to believe Palantir has provided automatic predictive policing technology, core defence infrastructure for rapid and scaled-up construction and deployment of military software, and its Artificial Intelligence Platform, which allows real-time battlefield data integration for automated decision-making.[108] In January 2024, Palantir announced a new strategic partnership with Israel and held a board meeting in Tel Aviv “in solidarity”;[109] in April 2025, Palantir’s CEO responded to accusations that Palantir had killed Palestinians in Gaza by saying, “mostly terrorists, that’s true”.[110] Both incidents are indicative of executive-level knowledge and purpose vis-à-vis Israel’s unlawful use of force, and failure to prevent such acts or withdraw involvement

    • L’#ONU pointe du doigt des dizaines d’entreprises : « Le #génocide à #Gaza se poursuit parce qu’il est rentable » - L’Orient-Le Jour
      https://www.lorientlejour.com/article/1467415/lonu-pointe-du-doigt-des-dizaines-dentreprises-le-genocide-a-gaza-se-

      L’avocate italienne spécialisée en droits humains et rapporteuse de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, a cité plus de 60 entreprises, parmi lesquelles de grands fabricants d’armement et des sociétés technologiques, dans un rapport publié lundi dénonçant leur implication dans le soutien aux colonies israéliennes et aux opérations militaires à Gaza, qu’elle qualifie de « campagne génocidaire ». Le rapport examine « la machine économique des entreprises qui soutiennent le projet colonial israélien de déplacement et de remplacement des Palestiniens dans les territoires occupés ».

      Ces entreprises, notamment des grands fabricants d’armements et des géants de la technologie, soutiendraient la « campagne génocidaire » menée par Israël dans la bande occupée. Le rapport appelle les entreprises citées à cesser leurs échanges avec Israël, et réclame une responsabilité juridique pour les dirigeants impliqués dans les violations présumées du droit international.

      Le rapport, rédigé à partir de plus de 200 contributions provenant d’États, de défenseurs des droits humains, d’entreprises et d’universitaires, vient compléter la base de données de l’ONU sur les entreprises liées aux colonies israéliennes, mis à jour la dernière fois en juin 2023. Il sera présenté jeudi au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, d’où Israël et les États-Unis s’étaient retiré plus tôt cette année dénonçant un parti pris flagrant à l’encontre de l’État hébreu.

      Des « liens financiers avec l’apartheid et le militarisme israélien »

      « Alors que la vie à Gaza est littéralement anéantie et que la Cisjordanie subit des attaques toujours plus violentes, ce rapport montre pourquoi le génocide en cours se poursuit : parce qu’il est rentable pour beaucoup », écrit Albanese dans ce document de 27 pages. Elle accuse les entreprises concernées d’être « financièrement liées à l’apartheid et au militarisme israéliens ». Dans ce document, les entreprises sont classées par secteur, dont l’industrie militaire ou technologique (il n’est toutefois pas toujours clair si elles sont liées aux colonies israéliennes ou à la guerre de Gaza, NDLR.). L’agence Reuters précise « qu’environ 15 entreprises ont répondu au bureau d’Albanese », mais que leur réponses n’ont pas été publiées.

      Dans le secteur de l’armement, les entreprises #Lockheed_Martin et #Leonardo auraient joué un rôle dans la fourniture d’armes qui ont été utilisées à Gaza. D’autres fournisseurs de machines lourdes dont #Caterpillar Inc et HD #Hyundai sont également accusés de « contribuer à la destruction de propriétés dans les territoires palestiniens ». Caterpillar a déjà déclaré qu’elle s’attendait à ce que ses produits soient utilisés conformément au droit international humanitaire. Aucune des entreprises citées n’a immédiatement répondu aux sollicitations des journalistes.

      Des géants de la technologie comme #Alphabet, #Amazon, #Microsoft et #IBM sont également nommés comme étant « au cœur de l’appareil de surveillance israélien et de la destruction en cours à Gaza ». Alphabet a déjà défendu son contrat de services cloud d’une valeur de 1,2 milliard de dollars avec le gouvernement israélien, affirmant qu’il ne visait pas des opérations militaires ou de renseignement. #Palantir Technologies est également mentionnée pour avoir fourni des outils d’intelligence artificielle à l’armée israélienne, sans que les détails de leur usage ne soient précisés.

      La mission israélienne à Genève a qualifié le rapport de « juridiquement infondé, diffamatoire et constituant un abus manifeste de sa fonction ». Les bureaux du Premier ministre et du ministère des Affaires étrangères israéliens n’ont pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires.

  • Web synthétique - Le Courrier
    https://lecourrier.ch/2025/03/26/web-synthetique

    Web synthétique
    mercredi 26 mars 2025
    Alexandre Chollier
    A livre ouvert

    Activism, activists, advocacy, advocate, advocates, barrier, barriers, biased, biased toward…

    Voici les premiers mots d’une liste qui hier en comptait cent, aujourd’hui cent-vingt et demain on ne sait combien. Mots à bannir des projets de recherche aux Etats-Unis sous peine de perdre l’accès aux financements de l’Etat. Tout le monde ou presque en parle. S’il nous faut la voir pour y croire, il nous faut plus encore la lire, un mot après l’autre, pour percevoir ce dont elle est vraiment le signe.

    Tel est l’avis d’Olivier Ertzscheid. Sur le site de la revue AOC, ce chercheur en science de l’information et de la communication à l’Université de Nantes a signé il y a peu un texte crucial sur le sujet : « Blacklisté – sur le rapport fasciste de Trump au langage ». 1.

    La lecture de cette pièce ne laisse guère de place au doute. Aujourd’hui lorsque des mots sont attaqués – et en même temps qu’eux les réalités qu’ils désignent –, c’est potentiellement toute l’humanité qui s’en trouve affectée. La menace qui pèse sur nous toutes et tous ne s’arrête d’ailleurs pas à la seule interdiction de certains mots. Il faut y ajouter la suppression massive de données dans un « ‘immense autodafé numérique’, où ce ne sont plus des livres qu’on brûle, mais des sites Web, des pages Internet, des index, des bases de données ».

    Sans compter que le Web n’a pas attendu cette double attaque pour se métamorphoser. Sous l’effet de bots dopés aux algorithmes – et plus encore depuis l’arrivée des agents conversationnels –, le Web contient de plus en plus de textes, d’images et de vidéos générés artificiellement. Le Web a ainsi changé de nature sans qu’on ne s’en rende compte et il serait judicieux de le nommer pour ce qu’il est devenu : un Web synthétique.

    Olivier Ertzscheid vient d’y consacrer un ouvrage 2 saisissant dont les premières pages peuvent nous servir de vade-mecum à l’heure de naviguer sur le Web, plus encore si nous les lisons à la lumière de ce qui s’y joue depuis le 20 janvier.

    Le Web est un Web synthétique pour plusieurs raisons. D’abord parce que d’ici peu nous serons en passe d’interagir « au moins autant avec des programmes informatiques qu’avec des individus ». Parce qu’ensuite « l’essentiel de ce qui y est discuté comme de ce qui y est vu, est produit par la synthèse d’algorithmes artificiels et ‘d’agents’ […] tout autant artificiels ». Parce que si nous jouissons de contenus modérés, c’est grâce à des travailleurs et travailleuses du clic œuvrant dans des conditions misérables à l’autre bout de la planète. Parce qu’enfin l’artificialisation du Web en cours a tendance à s’autorenforcer ad libitum pour d’évidentes raisons : ce processus offre aux patrons de la Big Tech une réelle opportunité de nous « indiquer quoi faire, que dire et où regarder ».

    Sur un Web de cette sorte, soumis à la logique du capitalisme linguistique, complété en continu par des algorithmes digérant les données existantes, l’impact du « grand remplacement documentaire et linguistique » en cours aux Etats-Unis est autrement plus dangereux qu’on pourrait le croire, surtout si l’on se rappelle que les nouveaux contenus générés sont « totalement inféodés aux règles de la génération déterminées par les entreprises qui les déploient ». Des entreprises qui se sont, faut-il encore le rappeler, docilement ralliées à l’idéologie défendue par le locataire actuel de la Maison-Blanche, dans un mélange ingénieux « d’obéissance anticipée »3 et de visée programmatique.

    Ne nous voilons pas la face. Nous approchons d’un « point de bascule » aux implications sidérantes, rendu possible par la technologie numérique et plus particulièrement par l’« intelligence artificielle » ou, mieux dit, les modèles de langage de grande taille (LLM), que nous n’avons de toute évidence jamais eus sous notre contrôle. S’il est dans ce domaine un premier défi à relever, c’est avant tout de « savoir au service de qui [sont] mis [l]es grands modèles de langage ». C’est ensuite de se rappeler, avec Olivier Ertzscheid, qu’ils « ne seront jamais au service d’autres que celles et ceux qui en connaissent, en contrôlent et en définissent les systèmes de valeurs ».

    Notes[−]
    Notes ↑1 >https://aoc.media/opinion/2025/02/19/blackliste-sur-le-rapport-fasciste-de-trump-au-langage
    ↑2 >Olivier Ertzscheid, Les IA à l’assaut du cyberespace : Vers un Web synthétique, C&F Editions, 2024.
    ↑3 >« L’appel de Fred Turner : “La France doit résister au techno-fascisme de la Silicon Valley” », La Tribune, 11 février 2025.

    Géographe, écrivain et enseignant. Récente publication : November November. En route pour la Lune, la Terre en tête, Ed. La Baconnière, 2025.

    #Olivier_Ertzscheid #Suisse #Langage #Web_synthétique #Intelligence_artificielle

  • [Suisse] L’UNRWA pilonnée par la droite
    https://lecourrier.ch/2024/09/09/lunrwa-pilonnee-par-la-droite

    La Suisse vient une fois encore de se couvrir de honte. Après une première tentative repoussée in extremis ce printemps, le Conseil national a suivi lundi – la Chambre haute peut encore rectifier le tir – les recommandations de l’UDC en votant la suppression totale des contributions suisses à l’UNRWA, l’agence onusienne d’aide aux réfugiés palestiniens.

  • Où est Charlie? - Le Courrier
    https://lecourrier.ch/2024/06/11/ou-est-charlie

    Le journaliste Alain Gresh, spécialiste du Moyen-Orient, aime raconter cette anecdote : un ami journaliste soviétique, en visite dans les rédactions étasuniennes, s’était exclamé : « C’est extraordinaire. Chez vous il n’y a pas de censure, mais tout le monde pense pareil. » Le limogeage de Guillaume Meurice est bien le signe inquiétant d’une tolérance zéro pour les voix discordantes.

  • « Les détruire d’abord, discuter après » - Le Courrier
    https://lecourrier.ch/2023/12/17/les-detruire-dabord-discuter-apres

    Une colonisation à bas bruit et hauts assassinats, selon une enquête de l’ONG Human Rights Monitor. En Papouasie occidentale, la partie de l’île de Nouvelle-Guinée annexée par l’Indonésie, les civil·es sont la cible d’un regain d’exactions menées par l’armée indonésienne, sur fond de conflit indépendantiste, dans une région interdite aux médias étrangers.

  • Dystopie délirante - Le Courrier
    https://lecourrier.ch/2023/11/22/dystopie-delirante

    La dystopie ne serait pas complète sans mensonge médiatique. Dans les médias dominants occidentaux – en particulier français –, on a d’ores et déjà explosé les scénarios les plus fous de Black Mirror et relégué 1984 au rang d’aimable pochade. Des présentateurs et pseudo-journalistes déchaînés légitiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre les bombardements massifs ; des intervieweurs servent la soupe aux porte-parole ou laudateurs de l’armée israélienne et invectivent les invité·es qui auraient le malheur de défendre un point de vue favorable aux Palestinien·nes.

    En Allemagne et en Suisse allemande, le débat est totalement verrouillé, et le chantage à l’antisémitisme fonctionne comme un rouleau compresseur envers toute voix discordante. On serait bien avisé de citer dans ce contexte les travaux de l’historien israélien Ilan Pappé, qui démontrent que « le sionisme est une forme de colonialisme », que « sionisme et judaïsme ne sont pas des notions équivalentes » et que, à la racine de ce conflit, « l’exode des Palestiniens en 1948 fut causé par les exactions israéliennes ».

    Derrière l’écran de fumée, il faut se rendre à l’évidence : pour nos gouvernants et médias dominants, une vie arabe ne vaut pas grand-chose ; les enfants morts de Palestine ne suscitent pas la moindre empathie, considérés au mieux comme des dommages collatéraux (quand ce ne sont pas « des animaux », comme l’assure un ministre israélien).

    Mais malgré la propagande matraquée ad nauseam, le mensonge se lézarde à mesure que s’accumulent les cadavres. L’Occident politique, empêtré dans son double discours et le non-respect flagrant de ses valeurs « démocratiques » affichées, se révèle dans toute sa crudité comme l’entité coloniale qu’il n’a jamais cessé d’être ; le masque de la « démocratie à l’occidentale », finalement assez récent, camoufle mal l’ADN suprémaciste de nos élites qui, il n’y a pas si longtemps, régnaient encore sur l’Afrique, l’Asie, les Amériques et le monde arabe. Si les méthodes de domination ont muté, les fondamentaux demeurent. Le soutien aux violences répétées de l’indéfectible allié israélien à l’égard des Palestinien·nes s’inscrit dans cette longue et honteuse histoire, tel un anachronisme sanglant, reliquat des guerres coloniales des XIXe et XXe siècles.

  • Aux origines de la #Nakba, le #sionisme - Le Courrier
    https://lecourrier.ch/2021/05/09/aux-origines-de-la-nakba-le-sionisme

    […] il est intéressant de souligner le double jeu de l’idéologie sioniste qui, d’une part, se distancie du religieux, mais qui, de l’autre, s’appuie sur les écrits bibliques pour justifier son projet politique. Comme l’affirme l’historien israélien Ilan Pappé, « la plupart des sionistes ne croient pas que Dieu existe, mais ils croient qu’il leur a promis la Palestine ».

  • #Suisse : Renvois par #vols_spéciaux : #déficiences et #conflits_d’intérêt révélés par les médias suisses

    Après deux années de procédure, ESH Médias (ArcInfo, Le Nouvelliste et La Côte), La Liberté et Le Temps ont eu gain de cause devant le Tribunal administratif fédéral au nom de la Loi sur la transparence. Le Secrétariat d’État aux Migrations (SEM) a dû leur transmettre quatre rapports de surveillance, traitant de l’#accompagnement_médical des personnes renvoyées par vols spéciaux, qu’il ne souhaitait pas rendre publics. Ces rapports de JDMT Medical Services dénoncent des déficiences systématiques dans l’accompagnement médical des retours par vols spéciaux de 2019 à 2022, ainsi que les conflits d’intérêts d’Oseara, société mandatée par le SEM chargée à la fois d’évaluer l’aptitude au vol des personnes et d’assurer l’accompagnement médical lors de ces vols spéciaux.

    Nous saluons la démarche et la ténacité d’ESH Médias, La Liberté et Le Temps, et vous invitons à lire les articles de leurs journalistes Bayron Schwyn, Philippe Boeglin et Xavier Lambiel :

    > Bayron Schwyn dans ArcInfo, Renvois forcés de migrants en Suisse : dix ans d’opacité et de lacunes autour de l’accompagnement médical (17.10.23 : https://www.arcinfo.ch/suisse/renvois-forces-de-migrants-en-suisse-dix-ans-dopacite-et-de-lacunes-autour-d), Le Nouvelliste, Renvois forcés de migrants en Suisse : dix ans d’opacité et de lacunes autour de l’accompagnement médical, (17.10.23 : https://www.lenouvelliste.ch/suisse/renvois-forces-de-migrants-en-suisse-dix-ans-dopacite-et-de-lacunes-au), et La Côte, Renvois forcés de migrants en Suisse : dix ans d’#opacité et de #lacunes autour de l’accompagnement médical (17.10.23 : https://www.lacote.ch/suisse/renvois-forces-de-migrants-en-suisse-dix-ans-dopacite-et-de-lacunes-autour-de)

    > Philippe Boeglin dans Le Temps, Renvois de migrants par avion : la Suisse vertement critiquée, (17.10.23 : https://www.letemps.ch/suisse/renvois-de-migrants-par-avion-le-secretariat-d-etat-aux-migrations-et-la-soc) et Commentaire dans Le Temps, Oui aux renvois, mais pas comme cela (17.10.23 : https://www.letemps.ch/opinions/oui-aux-renvois-mais-pas-comme-cela)

    > Xavier Lambiel dans La Liberté, Vols spéciaux : les pratiques douteuses de la société chargée du suivi médical des requérants déboutés (17.10.23 : https://www.laliberte.ch/news/suisse/vols-speciaux-les-pratiques-douteuses-de-la-societe-chargee-du-suivi-medic), Le Courrier, L’autre face sombre des renvois (17.10.23 : https://lecourrier.ch/2023/10/17/lautre-face-sombre-des-renvois), et Le Quotidien Jurassien, Renvois forcés des migrants : dix ans d’opacité et de lacunes (16.10.23 : https://www.lqj.ch/articles/renvois-forces-des-migrants-dix-ans-dopacite-et-de-lacunes-62781)

    https://asile.ch/2023/10/17/renvois-par-vols-speciaux-deficiences-et-conflits-dinteret-reveles-au-grand-jo
    #vol_spécial #migrations #réfugiés #sans-papiers #renvois #expulsions #renvois_forcés

  • Noires souffrances

    Le village de #Keyenberg n’est plus que son propre fantôme. La faute à l’exploitation de la #lignite, pourtant stoppée de justesse par les habitant·es. Reportage aux confins de la #mine de #Garzweiler_II.

    Dehors, la grisaille et les maisons en brique rouge à l’abandon invitent au répit. Mais, entre les murs de la ferme centenaire que l’on distingue du bout de la rue, l’angoisse s’est trouvée une place de choix. Ce matin-là, Norbert a le cœur lourd. « Je me suis réveillé brusquement à 5 heures et je me suis demandé : qu’est-ce qu’on doit faire ? Est-ce qu’on devrait partir et tout vendre ? Ou rester ? » Il soupire. Cet habitant viscéralement attaché à son village devenu fantôme de Keyenberg a l’esprit qui se brouille quand l’avenir se pose.

    Aujourd’hui vidé de la majorité de ses habitants, Keyenberg est l’un des cinq villages miraculés de la gigantesque trouée noire voisine, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans l’ouest de l’Allemagne. La mine de lignite – un #charbon de faible qualité – de Garzweiler II a déjà avalé 11 400 hectares en quarante ans. Voués à être dévorés par les crocs des excavatrices géantes de la multinationale allemande #RWE, comme quinze villages avant eux, ils ont été sauvés grâce à la lutte acharnée depuis 2016 de dizaines d’habitant·es et d’activistes du climat réuni·es, notamment, au sein du collectif #Alle_Dörfer_bleiben (« Tous les villages restent »). Celui-ci a obtenu que la nouvelle coalition du gouvernement fédéral officialise à l’automne 2022 le sauvetage des cinq villages dans le cadre de la sortie du pays du charbon en 2030.

    La destruction de #Lützerath, village symbole de la lutte contre le réchauffement climatique et de l’exploitation du charbon, n’a pu, elle, être évitée. Le bourg a été rasé en janvier malgré le combat long de deux ans de la #ZAD et une manifestation ayant réuni 35 000 personnes. L’Allemagne a en parallèle décidé de relancer vingt-sept centrales à charbon en raison de la crise énergétique liée notamment à la guerre en Ukraine.

    Déjà expulsés une fois

    Depuis 1983, l’entreprise RWE, longtemps l’une des plus grandes émettrices de CO2 en Europe, a exproprié des dizaines de milliers de propriétaires pour alimenter en énergie le pays. Norbert et les siens étaient les suivants sur la liste. « Mon père et mon grand-père s’étaient installés ici il y a une soixantaine d’années car ils pensaient, comme leur avait dit l’entreprise, qu’il n’y avait pas de charbon ici, à 20 km de leur village de Königshofen qui, déjà, allait être avalé par la mine », raconte Norbert. Aujourd’hui, l’immense crevasse de 200 mètres de profondeur toque au portail de son jardin, à moins de 400 mètres. Elle s’est arrêtée là.

    Depuis 2016, début des #expropriations à Keyenberg, #Oberwestrich, #Unterwestrich, #Kuckum et #Berverath, qui font tous partie de la commune d’#Erkelenz, les maisons se sont vidées les unes après les autres pour aller se reconstruire dans les nouveaux lotissements sans âme à 7 kilomètres de là. Date butoir initiale (avant le revirement) : 2023. « Sur ceux qui ne voulaient pas partir, RWE exerçait une pression constante avec des courriers réguliers du type : ‘Vous savez que 50% de vos voisins seront partis l’année prochaine ? Puis 60%, 70%…’ et là je sentais la pression monter. Qu’est-ce que je fais ? » se souvient Norbert, assis dans sa cuisine récemment rénovée.

    « Ne le dites à personne »

    Cet homme jovial a mené la lutte avec Alle Dörfer bleiben. Lui et sa famille sont restés, avec environ 80 voisin·es. Sur les 1500 habitant·es des cinq villages, il en subsiste à peine 200. Mais si les rues se sont vidées, les murs des maisons, eux, se sont emplis de souffrance. Un peu partout, les mêmes histoires se font écho. Comme l’arrivée discrète de RWE bien en amont, « envoyant ses employés dans les manifestations » ou finançant des événements locaux. « Déjà, à ce moment-là, il y avait ceux dans le village qui disaient ‘oh, ils ne sont pas si mauvais en fait, on va prendre l’argent’ et les autres qui disaient ‘c’est le diable, ne leur parlez pas’. Soudain, des voisins ou des amis de toujours, des membres d’une même famille ne se sont plus parlé », déplore Norbert.

    Dans ces terres agricoles et conservatrices, la plupart des gens, souvent âgés, ont toujours habité là depuis plusieurs générations. « Ils n’ont jamais acheté ou vendu une maison, ne connaissent pas la valeur de la leur, alors que pour RWE, c’est une tâche quotidienne. » Selon les habitant·es rencontré·es, une clause de confidentialité a été signée, chose que dément l’entreprise qui évoque « une grande transparence dans les paiements d’indemnisation ». « Ils nous ont dit : on vous donne 3000 m² – le terrain de la famille de Norbert est de 8000 m² – c’est notre dernière offre, personne n’obtiendra un tel terrain, mais vous ne devez le dire à personne », raconte celui que RWE a conduit en justice face à son refus de vendre son terrain, après, notamment, que « l’entreprise a installé illégalement une pompe hydraulique et des pipelines dans mon champs ».

    « Chacun demandait au voisin : ‘Et vous, vous avez reçu combien ? Comment vous avez fait pour négocier ?’ Mais personne ne pouvait parler. C’était terrible ! » raconte, sur le pas de sa porte, Yann Mülders, un trentenaire qui habite avec sa sœur, son neveu, sa mère et sa grand-mère à l’entrée du village depuis vingt-deux ans. « Ils ont semé la zizanie pour que tout le monde cède et s’en aille », croit savoir ce bonhomme placide, attristé de constater « que la vie est morte ici ».
    Bisbilles et tristesse à Neu Keyenberg

    Mais le nouveau village n’est pas épargné. Outre la bataille pour les meilleurs terrains, l’argent a créé divisions et envies. « Ici, il y a de nombreuses histoires de jalousies, de voisins qui comparent leurs situations et la taille de leurs maisons », raconte, affligé, Julius, 26 ans, « déplacé » du charbon dans le nouveau Keyenberg où les maisons en travaux se bousculent.

    Pour beaucoup, bien que conscient·es depuis trente ans de leur expropriation prochaine, le déracinement a été dévastateur. Pour les plus âgé·es, surtout. « Ma grand-mère, qui avait 85 ans, est décédée l’année dernière, un an après notre déménagement qu’elle a très mal vécu, elle était très triste de devoir quitter sa maison », raconte, ému, André. Une bâtisse qui avait vu passer quatre générations.

    Ingo a lui aussi terriblement souffert de l’expropriation (lire ci-dessous). Habitant de toujours de Keyenberg, il a perdu ses deux parents successivement, avant la date butoir. Avant de mourir, son père a dit : « Je ne veux plus déménager. »

    « L’expropriation a brisé le cœur de nombreuses personnes, et certaines sont mortes à cause de ça », témoigne René Wagner, journaliste déplacé qui tente de recréer une communauté villageoise dans la nouvelle localité. « Il y a même des gens qui veulent que leur ancienne maison soit détruite, car pour eux le pire serait que quelqu’un habite chez eux », raconte Christopher, président du collectif Alle Dörfer bleiben. Les histoires tragiques se bousculent.

    Plusieurs personnes rencontrées évoquent aussi des #suicides dans les anciens villages. « Ce sont des histoires cachées, beaucoup de gens le savent, mais n’en parlent pas », dit, comme d’autres, Julius. « Si je n’habitais pas ici, je ne pourrais pas croire tout ce qui y est arrivé », disent d’une seule voix Norbert et André, respectivement habitant de l’ancien et du nouveau Keyenberg.

    https://lecourrier.ch/2023/04/20/noires-souffrances

    #extractivisme #Allemagne #expulsions

  • Ces méthodes secrètes d’expulsion

    Renvoyer par tous les moyens et à n’importe quel coût. Voici à quoi font penser les méthodes du Secrétariat d’Etat aux migrations (#SEM). Peu importe si les pratiques utilisées contournent les règles établies par d’autres Etats. Entre 2012 et 2014 au moins, la Suisse a recouru aux services d’une petite compagnie française pour renvoyer à bord de jets des personnes migrantes vers l’Italie.

    Tout laisse à penser qu’il s’agissait de #vols_spéciaux camouflés. Ils étaient enregistrés comme des #vols_de_ligne, mais seules les personnes à renvoyer et du personnel de sécurité et d’encadrement étaient à bord. Il s’agissait d’un moyen de procéder à des renvois difficiles, en contournant les directives italiennes qui refusaient les vols spéciaux. Cette méthode permettait également de ne pas attirer l’attention de la Commission nationale de prévention de la torture (CNPT) qui accompagne tous les vols spéciaux mais pas l’entier des autres renvois par les airs.

    Entre 2014 et 2016, la Confédération avait tout fait pour garder secrètes ces méthodes et ne pas dévoiler les contrats qu’elle avait conclus avec des compagnies aériennes dans le cadre de ces expulsions. Elle craignait de voir les relations entre la Suisse et l’#Italie se détériorer et ces expulsions compromises si le public l’apprenait. Le Tribunal administratif fédéral a finalement contraint Berne à divulguer certains contrats que Le Courrier a obtenus.

    Une enquête du média alémanique Republik révèle que cette pratique n’est pas enterrée. Deux Algériens ont été renvoyés par ce type d’avion en mai dernier. Interrogé, le SEM use de la langue de bois. Il dit ne pas avoir de statistiques sur la taille des avions utilisés. Les contrats transmis sont caviardés. Nous ne savons pas combien d’argent l’Etat engage pour refouler les requérant·es d’asile débouté·es. Ni comment se déroulent ces renvois potentiellement susceptibles de violer des #droits_humains puisqu’aucun civil ne se trouve à bord. On peut sérieusement se questionner sur le coût financier et environnemental du recours à ce type de #refoulement aux frais du contribuable.

    Dans un contexte où les renvois vers la Croatie sont de plus en plus contestés et que l’Italie a suspendu temporairement l’application des accords de Dublin, on peut craindre que de nouvelles méthodes discutables soient mises en place. Le Secrétariat d’Etat aux migrations doit faire preuve de davantage de transparence sur l’exécution des renvois afin de prouver que ceux-ci respectent les droits humains. Il s’agit d’un sujet d’intérêt public majeur, celui du respect élémentaire de la dignité humaine !

    https://lecourrier.ch/2023/04/20/ces-methodes-secretes-dexpulsion

    #expulsions #asile #migrations #réfugiés #Suisse #renvois #jets_privés #compagnies_aériennes #déboutés #refoulements

    • Expulsés par jet

      Des personnes migrantes ont été renvoyées à bord de jets, enregistrés par la Suisse comme des vols de ligne. Une pratique controversée que les autorités veulent garder secrète.

      Ligotés et escortés par douze policiers à bord d’un avion de 19 places. Voici comment deux Algériens affirment avoir été expulsés par la Suisse vers Lyon, puis Alger l’an dernier, dans une enquête du média alémanique Republik, publiée en début d’année. La Suisse a recouru par le passé à de petits avions pour refouler de force des personnes migrantes vers des Etats européens. Ces liaisons étaient enregistrées comme des vols de ligne réguliers. Pourtant, seules les personnes à expulser et du personnel de sécurité ou d’encadrement se trouvaient à bord.

      Une pratique qui soulève de nombreuses questions. Ce moyen permettrait à la Suisse de dissimuler aux pays de destination qu’il s’agit de retours sous la contrainte. Il permettrait également de passer, au moins en partie, entre les filets de la Commission nationale de prévention de la torture (CNPT). En effet, celle-ci n’accompagne que rarement les expulsions par vols de ligne, alors qu’elle le fait pour tous les vols spéciaux, bien plus sensibles au risque de violations des droits humains. Le Courrier a voulu savoir dans quelles conditions ces moyens étaient utilisés et s’ils étaient encore d’actualité, mais le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) semble vouloir garder ces pratiques secrètes.

      D’après Republik, deux Algériens ont été renvoyés depuis Zurich vers Lyon le 31 mai 2022 dans un petit bimoteur à hélices de 19 places, de la compagnie aérienne française #Twin_Jet. Ils auraient ensuite été transférés dans un avion de la compagnie #ASL_Airlines qui les a expulsés vers Alger, avec l’aide de la police française. A cette époque, l’Algérie n’acceptait pas les retours sous contraintes de ses ressortissant·es.

      Vol spécial camouflé ?

      Selon le témoignage de l’un des deux hommes, recueilli par le média alémanique, l’un d’entre eux aurait été attaché à un fauteuil roulant afin d’être entièrement immobilisé. Ils étaient escortés par douze policiers au total, six par personne. Le Courrier a contacté Tana Ibarra, conseillère juridique bénévole de l’association Asylex chargée de représenter l’une de ces deux personnes. « C’est la première fois que j’observe un renvoi effectué de cette façon. Pour moi, il s’apparente clairement à un vol spécial de degré 4 (lire ci-dessous). Ce n’est que dans des cas extrêmes que la Suisse réserve un avion pour renvoyer uniquement deux personnes, car c’est extrêmement cher. »

      L’avocate, qui vient en aide aux personnes migrantes détenues, explique que son client était sous le coup d’une ordonnance pénale et d’une interdiction à vie d’entrée sur le territoire suisse. Elle ne connaît pas la nature du délit commis. « Il vivait en Suisse depuis plusieurs années et était bien intégré. Les autorités avaient déjà tenté de le renvoyer à plusieurs reprises. »

      Ce n’est pas la première fois que #swissREPAT, la section du SEM responsable des voyages de retour, a recours à des jets pour expulser des personnes déboutées. Entre octobre 2012 et 2014 au moins, Twin Jet lui réservait sa liaison Genève-Milan/ Malpensa à une fréquence hebdomadaire ou bimensuelle. Le Courrier a obtenu quatre contrats (lire ci-dessous) qui le confirment. La compagnie française basée à Aix-en-Provence garantissait à SwissREPAT 19 places. Les montants des contrats en jeu sont en revanche caviardés. Impossible de connaître la facture de ces renvois. En 2017, le média français Buzzfeed.News révélait des accords similaires entre Twin Jet et la France. Trente-quatre millions d’euros auraient été dépensés entre 2006 et 2017 par l’Etat français.

      Billets impossibles à obtenir

      En Suisse, le SEM affirme que ce sont des vols de ligne réguliers. Pourtant, lorsqu’un journaliste de l’hebdomadaire die Wochenzeitung (WOZ) avait tenté en 2014 d’y réserver un siège, Twin Jet lui avait répondu qu’il s’agissait de vols privés. Aujourd’hui, aucune liaison Zurich- Lyon n’apparaît sur le site internet de la compagnie. Tout laisse à penser que ces avions étaient affrétés par SwissREPAT dans le but unique d’expulser des requérant·es d’asile.

      Cette pratique questionne également d’un point de vue du respect des droits humains. En 2010, le décès d’un ressortissant nigérian peu avant d’embarquer à bord d’un vol spécial avait eu l’effet d’un électrochoc et poussé le SEM à accepter la présence d’observateurs et observatrices indépendant·es à bord à la suite des critiques de l’ONU. Depuis 2012, la CNPT accompagne toutes les expulsions par vols spéciaux. Chaque année, son rapport dénonce de manière récurrente des pratiques policières inappropriées et un recours excessif aux entraves préventives.

      « Nous sommes notifiés de tous les renvois par les airs. Nous recevons le nom des compagnies par lesquelles sont effectuées les expulsions, nous partons donc du principe qu’il s’agit de vols de ligne et de renvois de niveau 2 et 3 », explique Livia Hadorn, cheffe du secrétariat de la CNPT. « Nos capacités sont limitées, nous ne pouvons pas assister à tous ces types de rapatriements qui sont beaucoup plus nombreux que les vols spéciaux. »

      Le renvoi des deux Algériens de Zurich vers Lyon en 2022 montre que cette méthode a à nouveau été utilisée en 2022. « Nous n’avons reçu les détails du renvoi que longtemps après qu’il a été opéré et à la suite de nombreuses demandes », relate Tana Ibarra, qui représente juridiquement l’un d’entre eux. « Il est très choquant de constater que la Suisse a explicitement demandé l’assistance de la France pour renvoyer ces personnes via son territoire. Elle contourne ainsi la décision de l’Algérie et ne veut pas que le public l’apprenne. »

      Aucun témoin

      Si la cheffe du secrétariat de la CNPT ne se prononce pas au sujet de ce cas précis, elle juge toutefois la pratique ambiguë : « Effectivement, si le vol est présenté comme un vol de ligne mais qu’il n’y a aucun autre passager à même d’observer et de dénoncer d’éventuelles violations des droits humains, cela rend l’opération plus sensible que les autres renvois de niveau 2 et 3. »

      Depuis l’enquête de Republik, la commission se dit plus attentive à ce type de renvois. « Nous dialoguons régulièrement avec le SEM et avons abordé la question de ces vols particuliers. Nos conclusions figureront dans le rapport que nous publierons en juin », poursuit Livia Hadorn. Elle n’a pas souhaité nous dire si ces pratiques étaient encore d’actualité.

      Interrogé sur les conditions dans lesquelles de petits avions sont utilisés lors d’expulsions, le SEM botte en touche. « Nous utilisons toutes les liaisons disponibles pour effectuer des rapatriements. La taille des avions n’a aucune importance et nous n’avons aucune influence sur le type d’avions proposés par les compagnies aériennes », avance son porte-parole, Lukas Rieder. Lorsqu’on le questionne sur le nombre de renvois effectués par ce biais, il affirme ne pas disposer de statistiques sur la taille des engins utilisés.

      En épluchant les rapports de la CNPT, on apprend qu’au moins 50 vols « T7 » ont eu lieu en 2013 et 2014. Les rapports concernant les années suivantes ne font plus état de renvois de ce type. Il est mentionné que dès 2015, un autre type d’avion a été choisi. Le porte-parole du SEM indique que la ligne Genève-Milan/Malpensa a été supprimée en 2017

      En mai dernier, d’après Republik, la CNPT a bien été notifiée d’un renvoi forcé par les airs entre Zurich et Lyon. Le vol n’a pourtant pas été annoncé comme un vol T7, comme par le passé, ni comme un vol spécial. Si ça avait été le cas, un membre de la commission aurait été présent pour documenter le renvoi.

      LUTTE POUR LA TRANSPARENCE

      En 2014, en marge d’une enquête dévoilant le recours aux vols « T7 », l’hebdomadaire alémanique Wochenzeitung (WOZ), invoquant la loi sur la transparence, demandait l’accès aux contrats liant la Confédération à différentes compagnies aériennes dans le cadre des renvois. Le SEM, de concert avec le Département fédéral des affaires étrangères, refusait. Les autorités sont allées jusqu’au Tribunal administratif fédéral (TAF) afin de garder ces accords secrets. En 2016, le TAF a donné partiellement gain de cause à la WOZ. Le SEM a ainsi été obligé de divulguer certains contrats, que Le Courrier a pu ensuite obtenir.

      L’arrêt stipule que les autorités refusaient de rendre public les contrats pour « garder secrète et protéger une pratique de rapatriement qui contourne les directives relatives au rapatriement de requérants d’asile vers l’Italie par voie aérienne ». Dans sa défense, la Confédération invoquait une potentielle détérioration des relations entre les deux pays, si les documents étaient rendus publics. Le TAF n’a pas jugé ces arguments convaincants et a même qualifié la pratique du SEM de « discutable d’un point de vue de l’Etat de droit ». Il affirme que l’intérêt public à connaître cette pratique et pouvoir la critiquer prime.

      https://lecourrier.ch/2023/04/20/expulses-par-jet

  • Leur victoire | Benito Perez
    https://lecourrier.ch/2022/06/20/leur-victoire

    Rarement un succès électoral aura autant mérité le qualificatif d’historique ! Après deux siècles de gouvernements oligarchiques, un candidat s’identifiant à la gauche a été élu dimanche président de la Colombie. A force d’obstination et après avoir patiemment unifié le mouvement social, Gustavo Petro est parvenu là où aurait dû s’élever en 1948 le leader populaire Jorge Eliecer Gaitan, assassiné aux portes du pouvoir. Source : Le Courrier