Nouveaux foyers pour travailleurs migrants : la grande déprime des résidents

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    Au 12 de la rue Henri Matisse, à Aulnay-sous-Bois, une nouvelle résidence sociale a vu le jour en octobre 2016. Accueillant des travailleurs migrants, le bâtiment flambant neuf tranche avec l’esprit collectif et convivial des foyers. Quitte à isoler ses résidents et à bouleverser leur vie.
     
    Au 12 de la rue Henri Matisse à Aulnay-sous-Bois, le bâtiment à l’architecture élégante décline des nuances de gris alliés à un aluminium qui joue avec la lumière. En face, se trouve la cité du Galion, la bibliothèque d’Elsa Triolet, le grand café de Paris et des commerces…Difficile de croire que le bâtiment, mis en service en octobre 2016, abrite un foyer de travailleurs migrants. Ici, l’Adef qui gère 45 foyers et résidences sociales en Île-de-France a voulu rompre avec un passé fait de bâtiments marqués par l’urgence, quand il fallait construire vite et pas cher.
    Badge, calme et peinture fraîche
    Dès l’entrée principale, il faut un badge pour y accéder. On n’entre pas là n’importe comment : on y pénètre grâce à un résident qui nous fait entrer. A l’intérieur, tout est calme. On ne croise personne dans les couloirs. Une lumière très forte et très blanche les éclairent. L’odeur de peinture fraîche, rouge et blanche, nous accompagne. Tout est propre mais tout est désert aussi. Pour avoir fréquenté bien d’autres foyers, une chose frappe : l’absence de circulation et l’absence de lieux où les résidents se retrouvent pour se voir, parler, jouer, plaisanter, manger. Tout paraît mieux que dans l’ancien foyer, lui aussi situé rue Matisse, fermé en 2016. Ici, le bâtiment abrite 340 lits, 10 de moins, mais chaque résident dispose d’un logement autonome de 18m2 pour les célibataires, 25 m 2 pour les couples.

    “Chacun chez soi dans notre chambre, ça nous tue”
    Tout devrait donc être pour le mieux. Ça c’est sur le papier car en réalité, ce n’est pas l’opinion des résidents croisés dans le hall de l’entrée qui, tous, déplorent la situation actuelle. “Nous sommes enfermés dans nos cellules. Nous avons tout dans nos chambres une salle de douche, des toilettes, un coin cuisine mais il nous manque quelque chose”, s’exclame Mamadou Konté*, ouvrier dans le bâtiment. Il déverse sa colère comme s’il attendait cette occasion. “C’est propre oui. Il y a la sécurité aussi mais ce n’est pas seulement ça la vie. Ce que nous voulons, c’est aussi nous évader de nos angoisses. Pour ça, il faut que nous parvenions à vivre dans une bonne ambiance et pour ça, il nous faut des espaces où on peut se rencontrer, comme avant. Chacun chez soi dans notre chambre, ça nous tue. Si je trouve un autre logement, j’y vais tout de suite”.
    “Avec ces nouveaux foyers, ils ont bouleversé la vie que l’on menait de manière conviviale”
    Beaucoup des résidents de ces foyers construits ces dernières années se montrent méfiants.
    Moussa* 60 ans, originaire du Mali, vit dans les foyers depuis 1995. Il est membre du collectif des dirigeants du nouveau foyer de la rue Matisse et se montre lui aussi virulent et sans nuance. “Je suis entièrement contre cette façon de construire. Nos conditions de vie actuelle dans ces nouveaux locaux sont comparables à celles de prisonniers dans leurs cellules. Nous voulons de la liberté. On paye notre loyer. Avec ces nouveaux foyers pour migrants, ils ont bouleversé la vie que l’on menait de manière conviviale. Ils ont rendu privé tous ces espaces communs et les ont mis dans nos chambres (cuisine, salle de bain-wc)”. Retraité, il ne manque pas l’occasion de déverser son amertume. Ses yeux au bord des larmes, il perd les mots avant qu’ils n’arrivent sur ses lèvres. “Je ne peux pas comprendre ce manque de considération envers nous. Ce système est pourri. Même les lieux de culte ont disparu. On n’a pas une pièce où on peut se retrouver”.
    Ce constat de l’individualisme, de l’isolement, dans les résidences est partagé et repris par tous nos interlocuteurs.

    #foyers #restructuration #isolement