• L’heure est désormais à un nationalisme économique assumé
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/l-heure-est-desormais-a-un-nationalisme-economique-assume-836874.html


    Crédits : Photo by Louis Hansel on Unsplash

    ÉDITO. Face à l’extraterritorialité du droit américain des affaires, à l’écrasante domination du dollar, des Gafa et à la volonté de puissance de la Chine, la France et l’Europe se réveillent enfin et s’apprêtent à riposter sur tous les fronts.
    Par Philippe Mabille, directeur de la Rédaction.

    En matière de souveraineté économique, financière, juridique, numérique et technologique, la France a perdu de nombreuses batailles. La liste des fleurons de notre industrie nationale passés sous contrôle étranger est connue : Pechiney/Alcan, AlcatelAlstom, démantelé et vendu à l’encan, l’un à Nokia, l’autre à l’américain GE, Technip/FMC, Arcelor/Mittal, les exemples sont légion des pépites que malgré l’intérêt national nous n’avons pas su garder dans notre giron. Et il est acquis aujourd’hui que ce véritable gâchis s’explique par une forme de démission intellectuelle, anti-industrie, et un manque de vision à long terme.

    Les signes de notre soumission économique sont nombreux : par le truchement de l’extraterritorialité de leur droit, les États-Unis, qui sont certes notre allié, ont assis leur domination commerciale et financière sur le terrain juridique : avec BNP Paribas condamné à de lourdes amendes par le puissant Department of Justice (DoJ) avec lequel il vaut mieux négocier, avec Total et ses investissements en Iran soumis aux aléas des embargos américains, avec Airbus, le capitalisme anglo-saxon sait employer le rapport de forces.
    Des enjeux dépassant les compétences des...

    L’édito sous #paywall accompagnant la série sur la souveraineté française.

  • Retraites : quand la mauvaise réforme chasse la bonne !
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/retraites-quand-la-mauvaise-reforme-chasse-la-bonne-834664.html

    La Tribune, après l’affirmation de l’intérêt d’unir les différents régimes, le bien-fondé intrinsèque de toute « réforme » et l’incontournable invocation à la « prise d’otage » par les grévistes, étrille la méthode retenue par E. Macron. Et y voit l’origine d’un échec annoncé (report de la mise en œuvre aux calendes grecques…)

    ÉDITO. […]
    Par Philippe Mabille, directeur de la rédaction.

    […]
    Pour autant, la communication du gouvernement est affaiblie par le flou dans lequel il a à dessein entretenu les Français. Flou sur les objectifs de la réforme dont le texte de loi n’est d’ailleurs toujours pas connu, sinon ce qu’en propose Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire aux Retraites. Et donc flou sur ses conséquences pour le plus grand nombre, qui entretient l’anxiété de l’opinion dans un climat social toujours marqué par une grande défiance à l’égard d’Emmanuel Macron. Alors que les « gilets jaunes » manifesteront de leur côté samedi pour l’anniversaire du 1er décembre 2018, celui de la «  prise de l’Arc de Triomphe  », les jours qui viennent seront un test majeur de la capacité du chef de l’État à remporter cette bataille de l’opinion et, pour cela, il va falloir sortir de l’ambiguïté une réforme dans laquelle rien n’est clair.

    À l’origine, l’objectif de remplacer les 42 régimes par un régime universel où chaque euro cotisé donnerait le même nombre de points pour tous était inattaquable sur le plan des principes. Mais tout a changé dès lors qu’il est apparu que cette manœuvre, sous couvert de revaloriser les petites retraites et d’assurer l’équité femmes-hommes, laissait dans l’ombre des objectifs plus sombrement budgétaires  : derrière l’unicité, en effet, Bercy cherchait à faire financer par les excédents des régimes complémentaires du secteur privé, 120  milliards d’euros quand même, un secteur public structurellement déficitaire.

    Mal maîtrisés, les effets induits par la réforme Macron ont réveillé 42 tigres dans chacun des 42 régimes et inquiété tous les futurs retraités du nouveau régime universel en mettant la valeur du point, donc leur future retraite, entre les mains d’une logique purement comptable. Résultat, auquel Emmanuel Macron ne s’attendait sans doute pas, tout le monde a peur d’être perdant, et a le sentiment confus que son intérêt est que la réforme soit, sinon abandonnée, du moins reportée dans le temps. Ce n’est plus la clause du «  grand-père  », mais celle du «  petit-fils  », que le premier ministre Édouard Philippe brandit pour se sortir de l’impasse, en envisageant de décaler dans le temps l’application du régime par points, à l’origine pensée pour la génération 1963 à partir de 2025, et désormais promise à être décalée à la Saint-Glinglin ! 

    • Grève : « La confusion entretenue par l’exécutif est un pari risqué »
      La bataille des images est au cœur de la mobilisation contre la réforme des retraites. Arnaud Benedetti décrypte la stratégie de communication du gouvernement face à cette grève plus politique que sociale...

      La bataille de l’opinion sera au cœur de la confrontation, car ce sera bien l’opinion qui constituera le juge de paix de cette « lutte finale » de l’immédiat. Pour l’exécutif l’enjeu est de taille, il l’est tout autant pour les syndicats. On rentre dans le dur, évidemment. Pour la macronie, c’est l’idée matricielle de son projet qui se trouve mise à l’épreuve, à savoir le crédit dont elle se pare pour transformer la société française. Le recul sur la réforme des retraites encalminerait définitivement le gouvernement à mi-mandat. Ses marges de manœuvre en seraient réduites à une obsolescence non-programmée. Les syndicats, vaincus lors de la réforme du code de travail et du changement de statut de la SNCF, jouent de leur côté la survie de la martingale qui leur a assuré depuis des décennies leur force de projection sociale : une culture de l’opposition frontale par gros temps, un mode d’action où le rapport de force est érigé en arme suprême de décantation des conflits sociaux.
      Le macronisme se convertit ainsi par opportunité à l’égalité, en projetant un leurre communicant qui sursature le débat.

      Par-delà cet « état extérieur du problème » dont parlait Max Weber lorsqu’il s’agit appréhender un objet social, les stratégies communicantes des acteurs en présence - gouvernement d’une part, syndicat d’autre part - visent tant à se jauger qu’à prendre à partie la société de l’opinion qui est aussi celle des médias permanents. L’exécutif gère au fil de l’eau la sismographie sociale, mais en activant l’idée-force du dépassement des régimes spéciaux, pointant le caractère inéquitable de ces derniers. Il s’agit en quelque sorte de fixer l’adversaire sur ce qui constitue son point de faiblesse essentielle au regard d’une culture politique rétive à toute forme de privilège. Le macronisme se convertit ainsi par opportunité à l’égalité, en projetant un leurre communicant qui sursature le débat pour mieux laisser hors champ le caractère systémique de la réforme. Mais il envoie dans le même temps Blanquer et Castaner pour donner des gages aux enseignants et aux policiers, laissant entrevoir des aménagements spécifiques pour chacune de ces professions, nonobstant le principe d’universalité qu’entend poser l’exécutif.
      Crédités d’un confortable matelas de soutiens, les syndicats visent à installer dans la durée une dramaturgie sociale.

      Ces tergiversations communicantes traduisent les fragilités du pouvoir sur ses fondamentaux, et in fine son absence de maîtrise d’une situation qu’il a laissé se décomposer en donnant toujours plus le sentiment de cacher sa copie, comme pour mieux contourner l’opinion la plus hostile à celle-ci. Or c’est bien à partir de cette dernière que les syndicats envisagent de bâtir leur mobilisation, en dénonçant le discours en chausse-trappes d’un gouvernement qu’ils estiment rejetés par une majorité de Français. Crédités d’un confortable matelas de soutiens, les appareils syndicaux visent à installer dans la durée une dramaturgie sociale dont ils imaginent qu’elle leur permettra de remporter une victoire par KO.

      Par la confusion qu’il a entretenue, sciemment ou par tétanie, sur le contenu de son projet, le pouvoir a pris le risque de cette « montée aux extrêmes » à un moment où la tectonique sociologique du pays s’est remise en mouvement. Il ne restera plus alors à l’exécutif qu’à spéculer sur un retournement des opinions lassées par les désagréments de la grève et des blocages. Un pari pour le moment très hypothétique...

      https://www.lefigaro.fr/vox/politique/greve-la-confusion-entretenue-par-l-executif-est-un-pari-risque-20191205

  • Quelque part entre la méthode et la folie
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/quelque-part-entre-la-methode-et-la-folie-827452.html

    Rupture(s). Au cours des vingt dernières années, l’humanité a connu une formidable accélération de la technique, que d’aucuns ont appelé tour à tour « société de l’information » puis « quatrième révolution industrielle ». Changement d’ère pour certains, basculement de civilisation pour d’autre, nous ne mesurons pas encore la portée véritable de cette évolution rapide. Sommes-nous entrés dans la « civilisation du poisson rouge » comme semble le penser l’essayiste Bruno Patino† ? Ou bien avons-nous encore l’opportunité de cultiver l’espace entre la « méthode et la folie », cette singularité humaine ?

    † "La civilisation du Poisson rouge, petit traité sur le marché de l’attention", aux éditions Grasset.
    […]
    L’abondance de l’information a créé un « aquarium de la pensée »
    Nous faisons aujourd’hui face à un enfermement de la pensée à l’heure ou l’information n’a jamais été aussi abondante. A l’image du poisson rouge, qui est naturellement fait pour vivre en groupe et mesure dans son habitat naturel de 25 à 40 cm contre moins de 10 dans un bocal, nous nous sommes atrophiés dans un « aquarium numérique » qui reflète nos inconséquences.

    Pendant que nous sommes absorbés par les vidéos de chatons, la planète brûle, les réformes essentielles sont retardées, et les médias -essentiels pour la démocratie- se meurent. Le tout est emporté par l’information abondante qui est devenue l’addiction la mieux partagée au monde.

  • La nouvelle formule de La Tribune : « partageons l’économie »
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/la-nouvelle-formule-de-la-tribune-partageons-l-economie-807690.html

    ÉDITO. La Tribune se transforme. A partir de ce vendredi 15 février, vous retrouverez en kiosques votre hebdomadaire en format berlinois, avec deux cahiers distincts, l’un sur les transformations globales de l’économie et des entreprises, l’autre sur les territoires et ses acteurs. Par Philippe Mabille, directeur de la Rédaction et Robert Jules, directeur adjoint de la Rédaction.
    […]
    En ces temps de grande déprime nationale, où le pays cherche dans un Grand débat la sortie d’une très profonde crise politique, notre ambition est de rapprocher les femmes, les hommes et les idées pour chercher des réponses aux mutations que nous sommes en train de vivre. On le voit bien avec la crise des « Gilets jaunes », nos sociétés doivent changer de logiciel. C’est vrai de l’État comme des entreprises : on ne peut plus gouverner en mode vertical. Cette révolution concerne aussi la presse. La Tribune veut être un acteur de cette révolution de l’horizontalité, pour vous faire partager l’économie aussi du bas vers le haut. C’est une promesse exigeante, mais aussi une vraie innovation éditoriale.

  • M. Macron, le bien public, c’est la liberté d’informer
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/m-macron-le-bien-public-c-est-la-liberte-d-informer-806617.html


    DR

    ÉDITO. Qu’Emmanuel Macron invite la presse et les journalistes à faire leur autocritique et à définir un cadre d’autorégulation, pourquoi pas. Mais que l’on imagine créer une sorte de conseil de censure, ou pire, un instrument d’autocensure, nous semble une dérive dangereuse pour la liberté de la presse et potentiellement pour la démocratie.
    Par Philippe Mabille, directeur de la Rédaction.

    Pour se sortir de la crise des « Gilets jaunes », qui en est déjà à son acte XIII ce samedi, Emmanuel Macron est en train d’inventer un nouveau concept politique, la «  délibération permanente  », qu’il a dit préférer, devant quelques journalistes triés sur le volet reçus dans son bureau à l’Élysée, aux «  commentaires permanents  » auxquels on assiste sur les chaînes d’info. Devant les mêmes journalistes, le président de la République, qui ne comprend pas pourquoi les médias donnent à «  Jojo-le-gilet-jaune  » (on admire l’élégance du propos) les mêmes égards qu’à un ministre ou un expert, s’est livré à une longue diatribe contre les médias, prenant des positions assez stupéfiantes.

    En voici quelques lignes, telles que rapportées par Emmanuel Berretta dans Le Point :
    «  Le bien public, c’est l’information. Et peut-être que c’est ce que l’État doit financer (...) Il faut s’assurer qu’elle soit neutre, financer des structures qui assurent la neutralité.  »

    Et Emmanuel Macron de proposer la création d’une sorte de comité (de salut public ?) chargé « avec des garants qui soient des journalistes » (lesquels ? choisis par qui ?), de la « vérification de l’information ».

    À ce stade, lisant cela, il est permis de se le demander : Emmanuel Macron a-t-il complètement «  pété les plombs  » avec la crise des « Gilets jaunes » ?

    Nombre de brillants éditorialistes ont déjà avec talent dénoncé ce plan de mise sous tutelle des médias, à l’exemple de l’excellent « Macron ou la tentation de la Pravda  » d’Étienne Gernelle, le patron du Point. Comment mieux décrire le «  délire orwellien  » dans lequel semble sombrer notre président de la République. Cette idée qu’il existerait une «  vérité  », une «  vérité d’État  » sans doute dans l’esprit du chef de l’État, nous heurte évidemment.

    Il ne s’agit pas de contester que la presse soit parfois critiquable, mais de dénoncer la tentation autoritaire que cela révèle de la part du pouvoir. D’autres ont dit - comme le député Charles de Courson, dont le père résistant a été poursuivi par le régime de Vichy - que la loi «  anti-casseurs  » votée cette semaine au Parlement inquiète, en ce qu’elle modifie l’équilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le judicaire, et pourrait, comme les textes qui ont institutionnalisé l’état d’urgence, se révéler un instrument redoutable placé en de mauvaises mains.

    C’est la même chose s’agissant des projets du président à propos de la presse qui viennent après la tout aussi ambiguë loi «  anti-fake news  » censée encadrer les réseaux sociaux et censurer «  le faux  » en période électorale.

    Dernière initiative, qui n’est pourtant pas une fake news, l’ex-ministre de la Culture, Françoise Nyssen, a confié à l’ex-Pdg de l’AFP, Emmanuel Hoog, la création d’un «  conseil de déontologie de la presse  » financé à hauteur de 1,5 million d’euros par moitié (en fait 49 %) par l’État, une instance destinée, selon ses promoteurs, à «  permettre au citoyen d’obtenir des réponses sur le travail des journalistes en dehors de tout ce qui est encadré par la loi (diffamation, calomnie, injure ou incitation à la haine)  ». La création d’un tel conseil, qui existe dans une quarantaine de pays, est réclamée par Jean-Luc Mélenchon dont on connaît les positions particulièrement amicales à l’égard des journalistes.

    Que les choses soient claires entre nous : qu’Emmanuel Macron invite la presse et les journalistes à faire leur autocritique et à définir un cadre d’autorégulation («  Quelque part, cela doit aussi venir de la profession  », aurait-il dit), pourquoi pas. Mais que l’on imagine créer une sorte de conseil de censure, ou pire, un instrument d’autocensure, nous semble une dérive dangereuse pour la liberté de la presse et potentiellement pour la démocratie. C’est encore plus vrai à un moment où le législateur veut protéger le secret des affaires, au risque de dissuader tout travail d’enquête journalistique, lequel repose sur le secret des sources, et où un de nos confrères, Mediapart, subit la menace d’une perquisition dénoncée par les sociétés de journalistes de tous les médias.

    Que les choses soient bien claires : La Tribune et ses journalistes s’en tiennent à l’article 1 de la loi du 29 juillet 1881 qui dit que «  l’imprimerie et la librairie sont libres  », et qui est en quelque sorte notre Premier amendement au sens de la Constitution américaine. Emmanuel Macron peut chercher toutes les voies de contournement possible, son projet est tout simplement mauvais et ne peut qu’inquiéter tous ceux qui voient avec effroi la crise des « Gilets jaunes » alimenter une tentation autoritaire ou bonapartiste.

    Dans leur livre, désormais traduit en français, La Mort des démocraties (Calmann-Lévy), Steven Levitsky et Daniel Ziblatt, deux chercheurs de Harvard, ont défini quatre signaux d’alerte permettant de reconnaître les autocrates : «  On doit s’inquiéter lorsqu’un politicien
    1) rejette en actes ou en paroles les règles du jeu de la démocratie ;
    2) dénie leur légitimité aux opposants ;
    3) tolère ou encourage la violence ;
    4) affiche une propension à limiter les libertés civiques de l’opposition et des médias.
     »

    Puisqu’Emmanuel Macron nous invite, nous journalistes, à être jugés au regard de la vérité ou du mensonge, prenons-le donc au mot et proposons qu’un conseil de déontologie tout aussi indépendant indique comment évaluer les hommes et les femmes politiques français en fonction de ces quatre critères simples et transparents au sein desquels chacun d’entre eux, lisant ces lignes, pourra aisément se reconnaître.

    À bon entendeur…

  • Grand débat : le pari risqué d’Emmanuel Macron
    https://www.latribune.fr/economie/france/grand-debat-le-pari-risque-d-emmanuel-macron-804206.html

    La Tribune plutôt dubitative, mais laissant — ou feignant de laisser — sa chance au «  débat  »…

    En proposant sa "#Lettre_aux_Français", le président invite les citoyens à participer activement à l’élaboration d’un nouveau «  pacte social  ». Il compte sur le succès de cette initiative pour relancer son programme de réformes.

    C’est parti ! À Grand Bourgtheroulde, dans l’Eure, le président de la République a lancé cette semaine son opération Grand débat pour tenter de renouer le dialogue face à la crise des "Gilets jaunes". En adressant sa Lettre aux Français, il cherche d’abord à reprendre la main. Le mouvement des "Gilets jaunes" n’en finit pas de secouer la France et son gouvernement depuis plusieurs semaines, jusqu’à fragiliser la cohésion du pays. C’est pourquoi le président invite les Français à rien de moins que refonder un « pacte social ».

    L’ambition est louable, mais la procédure est inédite et n’est pas sans danger, car elle acte en creux le fait que nos institutions sont en crise. Avant même de savoir - même si la participation est ouverte à tous -, si les dizaines de milliers de citoyens, majoritairement issus de la France périphérique, qui ont manifesté et tenu les ronds-points depuis le 17 novembre, vont jouer le jeu, les modalités de cette consultation peuvent légitimement interroger sur sa rigueur et faire naître des soupçons de démagogie.

    Le président décidera, en effet, seul de ce qui sera appliqué in fine.
    […]
    Emmanuel Macron espère ainsi qu’une majorité de Français se résoudront à revenir dans un « cercle de la raison » dont il occupera le centre. Le pari est audacieux mais le président dispose de deux atouts non négligeables : l’absence d’alternative politique crédible au sein de l’opposition parlementaire et, en guise de repoussoir, la montée du populisme en Europe, dont chacun peut constater les effets jusque dans une démocratie proche, l’Italie.

    • et l’édito de La Tribune

      Grand débat : vous pouvez répéter les questions ?
      https://www.latribune.fr/opinions/editos/vous-pouvez-repeter-les-questions-804209.html


      C’est à Grand Bourgtheroulde (Eure) qu’Emmanuel Macron s’est exprimé mardi dernier devant des maires pour lancer le Grand débat.
      Crédits : Reuters

      Pour « transformer les colères en solutions », Emmanuel Macron a donc lancé cette semaine l’opération Grand débat national en commençant, mardi 15 janvier, par une immersion au coeur de la mêlée des maires normands, à Grand Bourgtheroulde, auxquels il a offert une séquence inédite de questions-réponses de plus de six heures, comme pour démontrer le sérieux et la sincérité de sa démarche participative. En choisissant la région du « p’t-être ben que oui » - « p’t-être ben que non » pour engager le dialogue, le chef de l’État ne pouvait pas mieux incarner la difficulté de l’exercice qu’il propose à un peuple de « Gaulois réfractaires » et divisés. Car, aux quelque 35 questions que le président énumère dans sa Lettre aux Français, il va être bien difficile d’apporter des réponses qui mettent tout le monde d’accord.
      […]
      Bien sûr, le scepticisme règne sur l’issue de ce processus. Pour réussir, il aurait peut-être fallu commencer par faire un débat sur le débat, sur la façon de l’organiser, sur les thèmes à aborder. L’épisode du retrait de Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public, n’était pas glorieux, ni pour elle-même, ni pour le gouvernement. Certes, Emmanuel Macron assure qu’« il n’y a pas de questions interdites ». Mais il ferme « en même temps » la porte sur les réformes déjà votées. On peut débattre mais, apparemment, pas pour changer de cap. Pas question, donc, de revenir sur la suppression de l’ISF, même si une évaluation est engagée par les parlementaires pour mesurer l’impact économique de celle-ci pour les valeurs mobilières. Mais la fiscalité, son poids, sa répartition, sa structure, sera bien abordée, en même temps que sa contrepartie, les services publics et leur efficacité.
      […]
      Encore faut-il que le débat ne soit pas un artifice pour gagner du temps d’ici aux élections européennes et que ce temps de conversation civique permette de faire la pédagogie du réel. C’est la limite de l’exercice : Emmanuel Macron semble renvoyer aux Français la responsabilité de choisir à quelles dépenses publiques il leur faudrait renoncer, quels impôts il faudrait supprimer. C’est peut-être beaucoup leur demander, car la réponse est courue d’avance : les gens sont toujours d’accord pour que l’effort porte sur les autres mais rarement sur eux-mêmes. Dans une France gagnée par le déclassement des classes moyennes, la notion de sacrifice au nom de l’intérêt général n’a plus cours. Surtout, on le voit bien, les Français demandent que les efforts soient partagés par tous et que soit rétabli un équilibre entre les gagnants et les perdants de la mondialisation.

      En clair, après s’être occupé des « premiers de cordée », le nouvel Emmanuel Macron doit changer de cap et s’occuper en priorité des derniers de cordée. Le Grand débat peut aussi lui permettre de provoquer une alliance des réformateurs face aux conservateurs, pour contrer ceux qui bloquent le pays. Car, à bien lire la lettre du président, il est beaucoup de domaines où les réponses sont dans les questions… Ces quelques exemples en donnent la mesure : « Y a-t-il trop d’échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales ? Faut-il revoir le fonctionnement de l’administration ? Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers ? » Emmanuel Macron n’en fait pas mystère : ce Grand débat a pour objectif de mettre la réforme de l’État au centre du jeu.

      Sur le plan politique, le bilan de la crise des « gilets jaunes » n’est d’ailleurs pas si négatif pour le chef de l’État, qui commence à remonter dans les sondages, ce qui semblait impossible. Il ne reste finalement plus que deux forces politiques face à face : Emmanuel Macron et Marine Le Pen, dont le Rassemblement national apparaît comme le grand gagnant de la séquence, sans doute parce que les préoccupations identitaires prennent le dessus sur les attentes sociales. La gauche sort plus affaiblie que jamais de la crise, avec un Parti socialiste invisible et une France insoumise incapable jusqu’ici de récupérer les dividendes de la colère des ronds-points.

  • Opposer « startup nation » et « Gilets jaunes » est stupide
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/opposer-startup-nation-et-gilets-jaunes-est-stupide-802961.html

    À propos du CES à Las Vegas, l’opinion du directeur de la rédaction de la Tribune, Philippe Mabille

    L’absence des politiques français à Las Vegas, qui tranche avec les années précédentes, est tout aussi stupide que démagogique. Pourquoi se priver de donner une exposition à la France qui gagne et veut conquérir le monde ? C’est la démonstration par l’absurde de l’impact désastreux qu’a eu la crise des « yellow vests » sur l’image de la France à l’étranger depuis la mi-novembre et il est stupéfiant de voir que le gouvernement renforce ainsi le sentiment d’une France en marche arrière. Certes, la présence d’Emmanuel Macron, qui avait organisé au CES une soirée fastueuse un an avant de partir à la conquête de l’Élysée, n’y est sans doute pas indispensable. Le président de la République a bien compris que l’urgence de l’heure est plus de s’occuper des Français qui souffrent que des startups, qui ont, il est vrai, déjà été bien servies par la réduction de la fiscalité sur le capital.

    Mais qu’aucun représentant du gouvernement ne juge bon d’aller au CES est un mauvais signal. Signe des temps, de nombreux présidents de régions seront eux du voyage et accompagneront les jeunes pousses qui cherchent à trouver une exposition, de nouveaux investisseurs et se confronter au meilleur de l’innovation mondiale. De nombreux grands groupes français seront aussi présents avec des startups qu’ils aident à se développer dans des domaines où notre pays excelle, du fait de la qualité de ses ingénieurs et de son système de formation en mathématiques. Intelligence, artificielle, voiture autonome, drones, robots industriels, télémédecine, smart city, transition énergétique : avec ou sans les politiques, c’est la France de demain qui va faire son show à Las Vegas et c’est quand même une bonne nouvelle que de constater que la très profonde crise sociale et politique traversée par le pays ne remet pas en question son dynamisme entrepreneurial.

    Bien sûr, et ce fut sans aucun doute la plus grande erreur d’Emmanuel Macron, il ne faut pas s’occuper seulement de la startup nation. Par son discours, souvent clivant, et par sa politique fiscale, déséquilibrée, le président de la République a pu donner ce sentiment. Il s’en est depuis excusé. Ce que les « gilets jaunes » ont violemment rappelé au pouvoir, c’est que l’attractivité d’un pays ne peut pas reposer sur le seul pilier économique ou sur les seuls « premiers de cordée ». Un pays en marche, et qui marche, c’est un équilibre, et son attractivité est autant sociale qu’économique, sinon la paix civile est menacée. Il ne faut cependant pas accabler Emmanuel Macron : cette crise sociale vient de loin, et résulte de la lâcheté de générations d’hommes politiques qui ne se sont jamais occupés de régler les problèmes, laissant germer une colère qui a pris en cet automne une dimension insurrectionnelle.
    […]
    Emmanuel Macron en avait eu l’intuition : « Ce qui bloque notre société politique, c’est qu’il y a une démocratie qui manque d’adhésion [...]. Tout est encore décidé d’en haut, par le haut, créant une frustration bien souvent légitime des acteurs de terrain », avait-il déclaré à Strasbourg en octobre 2016.

    Le problème vient de ce qu’il a fait le contraire : pour aller vite, en espérant engranger des résultats rapides grâce à une conjoncture très porteuse en début de quinquennat, Emmanuel Macron a oublié ce qui avait fait son succès. Tout en promettant un nouveau monde, il a fait de la vieille politique verticale dans un monde devenu horizontal en laissant la « technocratie » diriger le pays, avec les résultats auxquels nous venons d’assister.

    « Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies, comme trop souvent par le passé dans des crises semblables, sans que rien n’ait été vraiment compris et sans que rien n’ait changé. Nous sommes à un moment historique pour notre pays : par le dialogue, le respect, l’engagement, nous réussirons » ; de toutes les paroles prononcées par le président de la République lors de son allocution du 10 décembre écoutée par 27 millions de Français, ce sont celles-ci, beaucoup plus que le chèque de 100 euros pour les smicards, qui décideront de la suite de son quinquennat.

  • Emmanuel Macron, la sortie de crise est pourtant simple !
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/emmanuel-macron-la-sortie-de-crise-est-pourtant-simple-799556.html

    En frappant aveuglément le pouvoir d’achat des plus pauvres sans leur apporter un accompagnement social suffisant alors qu’ils n’ont pas d’alternative à la voiture, Emmanuel Macron a transformé la colère populaire en rage. La solution est pourtant simple : pour faire rentrer chez eux les gilets jaunes, le chef de l’Etat doit suspendre la hausse des taxes sur les carburants et profiter du vaste débat qui parcourt le pays pour construire un nouveau pacte fiscal et social.

    Et pourtant, dès la fin août, Emmanuel Macron avait eu le bon réflexe : le président de la République avait eu comme un doute sur l’opportunité de la retenue à la source et forcé Bercy à relever la part des crédits d’impôts qui seront redistribués aux contribuables dès fin janvier. Le président de la République, déjà préoccupé par le pouvoir d’achat des « classes moyennes » avait eu la bonne intuition, mais il aurait dû porter son attention sur l’impact de la hausse des taxes sur les carburants sur les Français les plus modestes.

    Si l’on se remémore la séquence, c’est aussi le moment où Nicolas Hulot a quitté le gouvernement avec fracas. L’ancien ministre de l’écologie, la plus belle prise du macronisme, a expliqué son départ par son impuissance à faire plier la technocratie et les lobbys. Lors de son « Emission politique », Hulot avait été encore plus précis en expliquant qu’il avait tenté en vain de convaincre le ministère du budget d’accompagner socialement la hausse des taxes sur les carburants, beaucoup plus fortement que par la prime de conversion de 2000 euros lancé en début d’année.

    Trois mois plus tard, Emmanuel Macron est en train de se fracasser tout seul sur la « fracture sociale » dénoncée en 1995 par Jacques Chirac, et il met en jeu tout son quinquennat et la poursuite des réformes par un entêtement imbécile et incompréhensible qui met à feu et à sang tout le pays. En trois samedi de mobilisation des gilets jaunes, la France a connu une montée inédite de la violence dont la mise à sac de l’Arc de Triomphe à Paris le 1er décembre a constitué l’acmé, donnant de la startup nation l’image d’un pays en guerre civile. Beau résultat qui efface 18 mois d’efforts pour redresser l’image de la France à l’étranger.

    Avec 8 Français sur 10 qui soutiennent le mouvement des « gilets jaunes », le pouvoir a tort de jouer la carte du pourrissement en se raccrochant à la baisse de leur mobilisation, alors que, malgré les violences, une majorité de gens font en quelque sorte une « grève par procuration ». On ne peut pas gouverner contre le peuple. Quand on est face à une situation comme celle-là, jouer la carte de l’ordre et parler d’état d’urgence n’est pas une solution. Certes, il faut appliquer la plus grande fermeté à l’égard des casseurs et protéger le pays contre ceux, minoritaires, qui en profitent pour semer le chaos. Mais ce n’est pas en appelant l’armée au secours du maintien de l’ordre que les gens vont se calmer. Au contraire, tout indique que sur le terrain, le mouvement se radicalise de plus en plus et que l’on va entrer dans un durcissement des blocages. Au risque de déclencher vraiment une "guerre civile" comme le montre la naissance inquiétante du mouvement des " foulards rouges ".

  • Air France et le triangle d’incompatibilité de Macron
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/air-france-et-le-triangle-d-incompatibilite-de-macron-778795.html

    Le Pdg d’Air France était confronté à un triangle d’incompatibilité : restaurer les marges de la compagnie pour s’aligner sur celles, bien meilleures, de la concurrence, investir dans un nouveau plan stratégique pour remettre Air France dans le match en termes de prix et de qualité de service, et récompenser les efforts des années précédentes dans un compromis compatible avec les conditions d’exploitation actuelle et à venir.

    Édito de La Tribune où les sommets du triangle conduisent
    • à une privatisation (quasi) inéluctable, …

    Dans la recherche d’une solution pour sauver la compagnie française d’une mort lente, à la Alitalia, voire d’une mort tout court, à la Swissair, le gouvernement est désormais au pied du mur. La réponse à la crise semble évidente : l’État doit « #en_même_temps » profiter des Assises du transport aérien pour revoir à la baisse les charges qui pèsent en excès sur ce secteur décisif pour l’image du pays (imagine-t-on la France sans Air France ?) et franchir le Rubicon d’une sortie, définitive, du capital, dont on a vu les effets délétères. Au moment où Bercy s’apprête à privatiser Aéroports de Paris, la question ne peut plus être éludée.

    • et à une révision du partage de la VA…

    Pour autant, la question d’un meilleur partage salaires-profits est au cœur du débat politique.

    • qui se pose à l’échelle du pays (j’ai un inversé l’ordre)

    Ce triangle d’incompatibilité qui a conduit à la crise à Air France, Emmanuel Macron est en train d’en faire, lui aussi, l’expérience à l’échelle du pays. Certes, toute la France n’est pas en grève pour réclamer des hausses de salaires, tant s’en faut. Si arbitrage il y a, c’est bien en faveur de l’emploi, chômage de masse oblige. Cinquante ans après 1968, l’heure n’est pas à de nouveaux accords de Grenelle.

    Et la conclusion…

    Emmanuel Macron a essayé d’y répondre, par le transfert des charges sociales vers la CSG, qui se traduit par un transfert des revenus du capital et de celui des retraités vers les actifs. Mais ce pis-aller, qui ne produira pleinement ses effets qu’en octobre, laisse sceptique. Surtout, il pourrait être largement compensé par la hausse du prix des carburants et voir son impact sur la feuille de paie annulé par l’application, au 1er janvier prochain, de la retenue à la source. De sorte qu’on peut le prédire : Air France n’a été qu’une avant-garde. 2019 pourrait bien être à la fois l’année du retour de l’inflation et celle d’une montée des revendications salariales et d’un partage plus favorable aux salariés des fruits de la croissance.

    Pour le dernier point, conséquence de l’avant-dernier, c’est pas gagné d’avance vu le rapport des forces politiques…

    en bis, après cette conclusion :

    Cinquante ans après 1968, l’heure n’est pas à de nouveaux accords de Grenelle.

    #yapuka !

  • Facebook et les Gafa face à leurs responsabilités
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/facebook-et-les-gafa-face-a-leurs-responsabilites-766680.html

    [ ÉDITO ] Facebook investit en France, merci. Mais ne soyons pas dupes ni naïfs : si le réseau social fondé par Mark Zuckerberg se montre aussi généreux, c’est bien sûr parce que la France brille dans les nouvelles technologies, mais aussi parce que Facebook a un besoin urgent de montrer patte blanche et d’amadouer les pouvoirs publics. Par Philippe Mabille, directeur de la rédaction de La Tribune.
    […]
    Mais ne soyons pas dupes ni naïfs : si le réseau social fondé par Mark Zuckerberg se montre aussi généreux, c’est bien sûr parce que la France brille dans les nouvelles technologies, mais aussi parce que Facebook a un besoin urgent de montrer patte blanche et d’amadouer les pouvoirs publics - dans tous les grands pays - après une année 2017 marquée par la multiplication des polémiques à l’égard des Gafa. D’ailleurs, Google aussi investit en France, avec 300 recrutements en 2018, la création d’ateliers numériques dans quatre villes en régions afin de former 100 000 personnes au digital.
    […]
    Tout cela est bel et bon à prendre. Mais cela ne suffira pas pour éteindre les critiques qui montent à l’égard des Gafa. Plus le temps passe et plus il apparaît que Google (Alphabet), Apple, Facebook et Amazon, les quatre géants du Net, dont l’addition des capitalisations frôle les 3 000 milliards de dollars, plus que la production annuelle de richesse de la France, sont devenus trop puissants. Et 2018 pourrait bien être l’année d’un grand tournant dans l’attitude des États à l’égard de ces monstres du numérique.

    L’Europe, qui a été complètement colonisée par les géants de la Silicon Valley, commence à mener cette bataille, sur deux fronts. D’abord, le front fiscal, car le numérique soulève la question de la disparition des frontières. La France est à la pointe de ce combat, menaçant d’une taxe sur le chiffre d’affaires si un accord n’est pas trouvé dans les deux ans. Le deuxième front est celui de la concurrence, avec une offensive principalement ciblée pour l’instant sur Google, qui a conduit la Commission européenne à infliger au groupe une amende record.

    Un autre front est en train de s’ouvrir, celui du danger que font peser des réseaux sociaux comme Facebook pour le fonctionnement de la démocratie. Aux États-Unis, où Facebook est le premier diffuseur d’informations, l’élection présidentielle de 2016 a servi de révélateur.