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  • Le monde de la 5G, un « progrès » pour aller plus vite ...vers le fond de l’abîme
    https://ricochets.cc/Le-monde-de-la-5G-un-progres-pour-aller-plus-vite-vers-le-fond-de-l-abime.

    Ici dans la Vallée de la #Drôme, région proclamée à la pointe de la fine fleur de l’écologie, on a entendu publiquement (pratiquement) aucun maire ni élu se prononcer contre la 5G ou au moins pour un moratoire. La #CCVD, vu les positions de Jean Serret (maire de Eurre et président de la CCVD) lors de l’inauguration de la navette autonome, est certainement à fond pour la 5G. En effet, dans un article du Crestois du 11 septembre, on voit Jean Serret appeler à l’industrialisation du pays, en particulier via (...) #Les_Articles

    / #Technologie, #Catastrophes_climatiques_et_destructions_écologiques, CCVD, Drôme

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/24/deploiement-de-la-5g-l-europe-doit-commencer-a-investir-dans-l-avenir_605343
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/29/5g-un-debat-qui-reste-a-mener_6054047_3232.html
    https://reporterre.net/Plaintes-et-resistances-en-cascade-contre-les-encheres-de-la-5G
    https://www.partage-le.com/2020/09/28/pmo-que-la-technologie-impose-ses-procedures-des-types-de-comportements-

  • Tribune parue dans le Monde daté du mardi 29 septembre 2020, à laquelle plusieurs membres actifs du collectif RogueESR ont contribué.

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/28/nous-avons-besoin-d-etablissements-universitaires-a-taille-humaine-structure

    Et la tribune, parce qu’elle est en paywall :

    Sortir l’Université de l’ornière

    A l’Université, la rentrée prend des airs de cauchemar. Nous payons le fait qu’en dix ans, l’ensemble des instances locales de délibération et de décision, qui auraient été à même de réagir au plus près des problèmes à anticiper, ont été privées de leurs capacités d’action au profit de strates bureaucratiques. Le pouvoir centralisé de celles-ci n’a d’égal que leur incapacité à gérer même les choses les plus simples comme l’approvisionnement en gel hydroalcoolique et en lingettes. Le succès instantané du concept de “démerdentiel” est un désaveu cinglant pour ces managers qui ne savent que produire des communiqués erratiques jonglant entre rentrée en “présentiel” et en “distanciel”.

    On sait pourtant à quelles conditions les universités, loin de devenir des foyers de contagion, auraient pu contribuer à endiguer la circulation du virus : des tests salivaires collectifs pour chaque groupe de travaux dirigés (TD), comme pratiqués à Urbana Champaign aux Etats-Unis ; la mise à disposition de thermomètres frontaux ; une amélioration des systèmes de ventilation de chaque salle et de chaque amphi, avec adjonction de filtres HEPA et de flash UV si nécessaire ; l’installation de capteurs de qualité de l’air dans chaque pièce, avec un seuil d’alerte ; la réquisition de locaux vacants, et le recrutement de personnel pour dédoubler cours et TD, partout où cela est nécessaire. Les grandes villes ne manquent pas d’immeubles sous-exploités, souvent issus du patrimoine de l’Etat, qui auraient pu être très vite transformés en annexes universitaires. De brillants titulaires d’un doctorat capables d’enseigner immédiatement à temps plein attendent, par milliers, un poste depuis des années. Tout était possible en l’espace de ces huit derniers mois, rien n’a été fait.

    De prime abord, on serait tenté d’attribuer ce bilan au fait que la crise sanitaire, inédite, a pris de court les bureaucraties universitaires, très semblables à celles qui, depuis vingt ans, entendent piloter les hôpitaux avec le succès que l’on a vu. Mais une autre donnée vient éclairer cette rentrée d’un nouveau jour : l’Université accueille 57 700 nouveaux étudiants, sans le moindre amphithéâtre ni la moindre salle supplémentaire, sans le moindre matériel, sans le plus petit recrutement d’universitaires et de personnel administratif et technique. Ces trois dernières années, le budget des universités a crû de 1,3% par an, ce qui est inférieur à l’effet cumulé de l’inflation et de l’accroissement mécanique de la masse salariale, connu sous l’acronyme de GVT. D’aucuns se prévaudront sans doute de l’“effort sans commune mesure depuis 1945” qu’est censée manifester la loi de programmation en discussion à l’Assemblée. Las : elle prévoit un accroissement du budget universitaire pour les deux dernières années de quinquennat de 1,1% par an… Du reste, les 8,2 milliards € d’abondement sur dix ans du budget de l’Université proviennent des 11,6 milliards € qui seront prélevés dans les salaires bruts des universitaires, en application de la réforme des retraites.

    Il y a quinze ans, les statistiques prévisionnelles de l’Etat annonçaient que la population étudiante allait s’accroître de 30% entre 2010 et 2025, soit 400 000 étudiants en plus, pour des raisons démographiques et grâce à l’allongement de la durée des études. On aurait donc largement pu anticiper ces 57 700 nouveaux étudiants. Mais rien n’a été fait là non plus, hormis annoncer des “créations de places” jamais converties en moyens.

    Le pic démographique n’est pas derrière nous ; nos étudiants sont là pour plusieurs années ; les gestes barrières pourraient devoir être maintenus durablement. Le ministère ne peut pas persévérer comme si de rien n’était, voire arguer qu’il est déjà trop tard. Face à cette situation désastreuse, nous demandons une vaste campagne de recrutement de personnels titulaires dans tous les corps de métiers, tout en amorçant les réquisitions et réaménagements de locaux, afin d’aborder la rentrée 2021 dans des conditions acceptables.

    Parallèlement, si nous ne voulons pas être en permanence en retard d’une crise, un saut qualitatif est nécessaire. Nous demandons donc, outre un plan d’urgence pour 2021, la création rapide de trois universités expérimentales de taille moyenne (20.000 étudiants), correspondant à ce qui aurait dû être fait pour accueillir 57.700 étudiants dans de bonnes conditions. Cela requiert le recrutement sous statut de 4.200 universitaires et 3.400 personnels d’appui et de soutien supplémentaires, soit un budget de 500 millions d’euros par an.

    Nous avons besoin d’établissements à taille humaine, structurés en petites entités autonomes, mises en réseau confédéral, le cas échéant grâce au numérique ; des établissements qui offrent à notre jeunesse maltraitée des perspectives d’émancipation vis-à-vis du milieu d’origine et de la sclérose intellectuelle qui frappe le pays ; des établissements qui permettent une recherche autonome, collégiale et favorisant le temps long, ce qui nous a manqué dans l’anticipation et la prévention de la pandémie. Pour cela, nous préconisons l’installation de ces trois universités dans des villes moyennes, hors des métropoles, en prenant appui sur le patrimoine bâti abandonné par l’Etat et sur les biens sous-utilisés des collectivités. En effet, celles-ci possèdent d’anciens tribunaux, des garnisons voire des bâtiments ecclésiastiques qui tombent aujourd’hui en déshérence. Réinvesti par l’université, ce patrimoine retrouverait une utilité sociale. Sur la base des dépenses de l’Opération Campus, la construction de ces pôles dotés de résidences étudiantes en nombre suffisant nécessiterait un milliard d’euros d’investissement, à quoi il faudrait ajouter cent millions d’euros de frais de maintenance et d’entretien. C’est le prix pour s’extraire du cauchemar.

    Le virus se nourrit de nos renoncements. Pour sortir les campus de l’ornière, nous devons retrouver l’ambition d’une université forte, exigeante, libre et ouverte.

    #esr #université #lppr

    • « Nous avons besoin d’établissements universitaires à taille humaine, structurés en petites entités autonomes »

      Pour répondre à l’augmentation du nombre d’étudiants et à la crise sanitaire, un collectif d’universitaires propose, dans une tribune au « Monde », un plan d’urgence pour 2021. Et recommande notamment l’ouverture de trois nouvelles universités dans des villes moyennes.

      A l’université, la rentrée prend des airs de cauchemar. Nous payons le fait qu’en dix ans, l’ensemble des instances locales de délibération et de décision, qui auraient été les plus à même d’anticiper les problèmes, ont été privées de leurs capacités d’action au profit de strates bureaucratiques.

      Le pouvoir centralisé de celles-ci n’a d’égal que leur incapacité à gérer même les choses les plus simples, comme l’approvisionnement en gel hydroalcoolique et en lingettes. Le succès instantané du concept de « démerdentiel » est un désaveu cinglant pour ces manageurs qui ne savent que produire des communiqués erratiques jonglant entre rentrée en « présentiel » et en « distanciel ».

      On sait pourtant à quelles conditions les universités, au lieu de devenir des foyers de contagion, auraient pu contribuer à endiguer la circulation du virus : des tests salivaires collectifs pour chaque groupe de travaux dirigés (TD), à l’instar de ce qui est mis en place à Urbana-Champaign, aux Etats-Unis ; la mise à disposition de thermomètres frontaux ; une amélioration des systèmes de ventilation de chaque salle et de chaque amphi, avec adjonction de filtres à air HEPA et de flashs UV [des rayons désinfectants] si nécessaire ; l’installation de capteurs de qualité de l’air dans chaque pièce, avec un seuil d’alerte ; la réquisition de locaux vacants et le recrutement de personnel pour dédoubler cours et TD, partout où cela est requis.

      Un budget insuffisant

      Les grandes villes ne manquent pas d’immeubles sous-exploités, souvent issus du patrimoine de l’Etat, qui auraient pu être très vite transformés en annexes universitaires. De brillants titulaires d’un doctorat capables d’enseigner immédiatement à temps plein attendent, par milliers, un poste depuis des années. Tout était possible en l’espace de ces huit derniers mois, rien n’a été fait.

      De prime abord, on serait tenté d’attribuer ce bilan au fait que la crise sanitaire, inédite, a pris de court les bureaucraties universitaires, très semblables à celles qui, depuis vingt ans, entendent piloter les hôpitaux avec le succès que l’on a vu.

      Mais une autre donnée vient éclairer cette rentrée : les universités accueillent 57 700 nouveaux étudiants, sans amphithéâtre ni salle supplémentaire, sans le moindre matériel, sans le plus petit recrutement d’universitaires et de personnel administratif et technique. Ces trois dernières années, le budget des universités a crû de 1,3 % par an, ce qui est inférieur à l’effet cumulé de l’inflation et de l’accroissement mécanique de la masse salariale.

      Certains se prévaudront sans doute de l’« effort sans commune mesure depuis 1945 » qu’est censée manifester la loi de programmation de la recherche en discussion au Parlement. Las : le projet de budget du gouvernement ne prévoit qu’un accroissement, pour les universités, de 1,1 % en 2021… Du reste, les 8,2 milliards d’euros d’abondement sur dix ans du budget de l’université proviennent des 11,6 milliards d’euros qui seront prélevés dans les salaires bruts des universitaires, en application de la réforme des retraites.

      Réquisitions et réaménagements

      Il y a quinze ans, les statistiques prévisionnelles de l’Etat annonçaient que la population étudiante allait croître de 30 % entre 2010 et 2025 (soit 400 000 étudiants en plus), pour des raisons démographiques et grâce à l’allongement de la durée des études. On aurait donc largement pu anticiper ces 57 700 nouveaux étudiants. Mais rien n’a été fait là non plus, hormis annoncer des « créations de places » jamais converties en moyens.

      Le pic démographique n’est pas derrière nous ; nos étudiants sont là pour plusieurs années, et les gestes barrières pourraient devoir être maintenus durablement. Le ministère ne peut pas persévérer comme si de rien n’était, voire arguer qu’il est déjà trop tard.

      Face à cette situation désastreuse, nous demandons une vaste campagne de recrutement de personnels titulaires dans tous les corps de métiers, tout en amorçant les réquisitions et réaménagements de locaux, afin d’aborder la rentrée 2021 dans des conditions acceptables.

      Parallèlement, si nous ne voulons pas être en permanence en retard d’une crise, un saut qualitatif est nécessaire. Nous demandons donc, outre un plan d’urgence pour 2021, la création rapide de trois universités expérimentales de taille moyenne (20 000 étudiants), correspondant à ce qui aurait dû être fait pour accueillir 57 700 étudiants dans de bonnes conditions. Cela requiert le recrutement sous statut de 4 200 universitaires et 3 400 personnels d’appui et de soutien supplémentaires, soit un budget de 500 millions d’euros par an.

      S’extraire du cauchemar

      Nous avons besoin d’établissements à taille humaine, structurés en petites entités autonomes, mises en réseau confédéral, si besoin grâce au numérique ; d’établissements qui offrent à notre jeunesse maltraitée des perspectives d’émancipation vis-à-vis du milieu d’origine et de la sclérose intellectuelle qui frappe le pays ; d’établissements qui permettent une recherche autonome, collégiale et favorisant le temps long, ce qui nous a manqué dans l’anticipation et la prévention de la pandémie.

      Pour cela, nous préconisons l’installation de ces trois universités dans des villes moyennes, hors des métropoles, en prenant appui sur le patrimoine bâti abandonné par l’Etat et sur les biens sous-utilisés des collectivités. En effet, celles-ci possèdent d’anciens tribunaux, des garnisons, voire des bâtiments ecclésiastiques qui tombent aujourd’hui en déshérence.

      Réinvesti par l’université, ce patrimoine retrouverait une utilité sociale. Sur la base des dépenses de l’« opération Campus » [un plan lancé en 2008 en faveur de l’immobilier universitaire], la construction de ces pôles dotés de résidences étudiantes en nombre suffisant nécessiterait un milliard d’euros d’investissement, à quoi il faudrait ajouter cent millions d’euros de frais de maintenance et d’entretien. C’est le prix pour s’extraire du cauchemar. Le virus se nourrit de nos renoncements. Pour sortir les campus de l’ornière, nous devons retrouver l’ambition d’une université forte, exigeante, libre et ouverte.

      Stéphane André, professeur en ingénierie à l’université de Lorraine ; Bruno Andreotti, professeur en physique à l’université de Paris ; Pascale Dubus, maîtresse de conférences en histoire de l’art à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; Julien Gossa, maître de conférences en informatique à l’université de Strasbourg ; Jacques Haiech, professeur honoraire de biotechnologie à l’université de Strasbourg ; Pérola Milman, directrice de recherche en physique quantique au CNRS ; Pierre-Yves Modicom, maître de conférences en linguistique allemande à l’université Bordeaux-Montaigne ; Johanna Siméant-Germanos, professeure en sciences politiques à l’Ecole normale supérieure.

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/28/nous-avons-besoin-d-etablissements-universitaires-a-taille-humaine-structure

  • Covid-19 : « Il existe une solution pour éviter les contaminations à Noël : décréter un confinement durant la période de l’Avent »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/26/covid-19-il-existe-une-solution-pour-eviter-les-contaminations-a-noel-decret

    Les prix Nobel d’économie 2019 Abhijit Banerjee et Esther Duflo proposent, dans une tribune au « Monde », d’anticiper la progression de l’épidémie. Ils recommandent la mise en place d’un confinement de tout le territoire du 1er au 20 décembre, pour permettre aux Français de retrouver leur famille lors des fêtes de fin d’année.

  • Bruno Latour sur la 5G : « Si le confinement a eu un effet, c’est de nous déconfiner de cette idée d’une voie unique vers le progrès »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/24/deploiement-de-la-5g-le-train-du-progres-n-a-pas-qu-une-seule-voie_6053392_3

    Le philosophe considère que reprendre aujourd’hui le cliché d’une « voie unique » vers le progrès, comme le fait Emmanuel Macron, c’est refuser de tirer les leçons de la crise climatique et de voir les ruines qu’elle laisse derrière elle. Tribune. Le train du progrès a-t-il des aiguillages ? Apparemment, pour notre président, il s’agit d’une voie unique. Si vous n’allez pas tout droit, vous ne pouvez que « revenir en arrière », ce qui veut dire « régresser », et, comme il l’a récemment affirmé, s’éclairer (...)

    #5G #écologie #technologisme #santé

    ##santé

  • « La course au vaccin peut compromettre toute réponse adéquate à la pandémie »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/23/la-course-au-vaccin-peut-compromettre-toute-reponse-adequate-a-la-pandemie_6

    Accélération des procédures, logique de concurrence favorisant l’opacité… Pour Pauline Londeix et Jérôme Martin, cofondateurs de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, et Els Torreele, bio-ingénieure, le modèle de la compétition fait courir le risque d’aboutir à des vaccins médiocres

  • « La course au vaccin peut compromettre toute réponse adéquate à la pandémie »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/23/la-course-au-vaccin-peut-compromettre-toute-reponse-adequate-a-la-pandemie_6

    Accélération des procédures, logique de concurrence favorisant l’opacité… Pour Pauline Londeix et Jérôme Martin, cofondateurs de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, et Els Torreele, bio-ingénieure, le modèle de la compétition fait courir le risque d’aboutir à des vaccins médiocres, analysent-ils, dans une tribune au « Monde ».

    Tribune. Compétition effrénée pour espérer juguler la pandémie de Covid-19 et retourner à nos vies quotidiennes au plus vite ? Ou bien course folle à la rentabilité à court terme aux dépens des produits de santé en développement, de la sécurité sanitaire, de l’adhésion à la vaccination ou encore de l’usage de l’argent public ? Dans la course aux vaccins contre le Covid-19, qui protégera la santé publique ?

    Ne pas confondre vitesse et précipitation

    La Chine a été le premier pays à annoncer, fin juin, sa décision d’autoriser le vaccin nommé Ad5-nCoV et développé par la firme chinoise CanSino pour un usage militaire, à peine six mois après l’identification du nouveau virus SARS-CoV-2. Mi-août, la Russie a surpris le monde entier en déployant son candidat vaccin « Spoutnik V », malgré les inquiétudes de la communauté internationale, tant cette autorisation semble prématurée. Aux Etats-Unis, le président Trump fait tout son possible pour que le candidat développé par la firme Moderna soit mis sur le marché avant l’élection présidentielle du 3 novembre. De son côté, le gouvernement britannique adapte son cadre légal pour être en mesure d’autoriser un vaccin avant la fin de l’année, alors que l’Agence européenne du médicament (EMA) a déjà fait passer les vaccins en développement en procédures accélérées.

    L’urgence est là, mais confondre vitesse et précipitation peut compromettre toute réponse adéquate à la pandémie. Le modèle qui s’est imposé pour répondre à la crise, celui de la compétition et de l’accélération des procédures, n’est pas le plus pertinent pour obtenir ces outils indispensables. Ils ne le seront que s’ils sont suffisamment efficaces. Car pour le moment, et encore loin de la ligne d’arrivée proche promise par de nombreux leaders internationaux, cette course semble bien plus satisfaire des stratégies de domination géopolitiques, des intérêts populistes ou encore ceux, financiers, des multinationales pharmaceutiques. L’idée semble acquise que tel pays, ou tel industriel, doit être le premier à remporter cette course, faisant presque oublier l’ampleur du défi médical que représente le développement de vaccins – un effort qui peut d’habitude représenter entre cinq et dix années de recherche et de développement.

    Compression des procédures

    Ici, les Etats, et d’autres, ont décidé de lancer simultanément toutes les phases de recherche habituellement distinctes et successives. Sont ainsi compressées des procédures pourtant indispensables à la sécurité et à l’évaluation de l’efficacité de tout produit de santé. Pour répondre à une demande mondiale, la production en masse de doses est même lancée en parallèle des phases d’essais cliniques, et ce sans garantie sur l’efficacité des candidats.

    Dans cette course folle, où gagner en vitesse semble plus important que développer les meilleurs outils pour répondre aux besoins des populations, les logiques de concurrence encouragent l’opacité et l’absence de concertation entre les différents acteurs. Ainsi, les développeurs des huit principaux candidats vaccins en phase 3 ont choisi de cibler la même protéine du virus, parce qu’elle semblait plus exploitable à court terme, négligeant d’autres pistes de recherche potentiellement plus prometteuses à plus long terme. Il n’est pas certain qu’une plus grande concertation et un échange des résultats intermédiaires aient nécessité plus de temps, mais il semble assuré que cela réduirait les risques d’obtenir des vaccins médiocres.

    S’appuyant sur une consultation d’experts internationaux, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un « profil de produit cible ». Il présente les caractéristiques minimales qu’un vaccin utile à la santé publique doit remplir. Malheureusement, les développeurs ne sont pas tenus de les suivre. Et, comme les protocoles d’études cliniques sont tenus secrets, nous ne disposons pas des éléments précis permettant d’évaluer les objectifs des études en cours. Comment, par exemple, sont déterminées la bonne tolérance des produits en développement et même tout simplement leur efficacité ?

    Cette efficacité n’est pas binaire, elle ne s’évalue pas entre tout et rien, et prendre conscience des échelles est indispensable pour prévoir les politiques vaccinales. Un vaccin qui ne créerait pas d’immunité collective n’aurait un intérêt que très limité au niveau populationnel. Selon des études, ce serait le cas d’un vaccin dont l’efficacité de protection contre l’infection serait inférieure à 60 %, même si la totalité de la population était vaccinée, ce qui paraît peu probable. Or, les candidats vaccins en phase 3 risquent de présenter une efficacité bien inférieure à 60 % et pourraient seulement réduire la sévérité de l’infection.

    Logique de compétition

    Dès lors, on comprend aisément la tentation pour un développeur inscrit dans une logique de compétition : s’il souhaite que son essai soit le premier à fournir les apparences d’un succès, la question initiale posée dans le protocole doit être la plus large possible et celle à laquelle il est le plus simple possible de répondre. Il a, par exemple, intérêt à ce que la question soit « le vaccin est-il efficace ? », pour ne pas avoir trop de contraintes à définir a posteriori ce que l’étude a pu démontrer, ni devoir répondre publiquement à la question « efficace à quel taux ? ».

    C’est la raison pour laquelle il est essentiel qu’un comité indépendant puisse revoir les protocoles et leurs résultats une fois l’étude achevée, et que des experts sans lien d’intérêt puissent réfléchir à définir les caractéristiques idéales des produits recherchés. Ce comité, dont les discussions et travaux doivent être ouverts, publics et transparents, permettrait de réfléchir à une approche de développement d’outils complémentaires, et non mis en concurrence. Par exemple, un vaccin qui bloquerait la transmission pourrait être plus adapté au personnel soignant, alors qu’un autre, permettant de limiter la sévérité des symptômes, le serait plus aux personnes âgées ou aux personnes atteintes d’autres pathologies. Mais une telle approche ne semble pas à l’ordre du jour dans ce contexte international de concurrence effrénée.

    Chèques en blanc aux industriels

    Sommes-nous prêts à dépenser des milliards d’argent public pour un bénéfice limité sur le plan sanitaire ? Le rôle de la puissance publique est-il de signer des chèques en blanc aux industriels, de déréguler, puis de se retirer de l’évaluation du produit, des stratégies de recherche, de production et de commercialisation ?

    Car à force d’admirer la success story de la petite start-up Moderna, qui développe l’un des candidats vaccins les plus avancés, on en oublie que sa principale force est bien d’avoir comme partenaire intellectuel et logistique de recherche, et comme financeur, l’immense National Institutes of Health (NIH), financé par l’argent public américain. En France, en juin, le laboratoire Sanofi, qui a reçu de nombreuses aides publiques pour le développement d’un vaccin contre le SARS-CoV-2, a même menacé d’approvisionner en priorité les Etats-Unis, afin d’obtenir davantage d’aides publiques auprès de l’Union européenne et de la France. Le laboratoire a eu gain de cause le 31 juillet, lorsque la Commission européenne a annoncé un accord avec la firme et avec GSK leur garantissant l’achat de 300 millions de doses. Si les investissements des firmes sont constamment mis en avant pour justifier ce type d’accords, l’ampleur des risques pris par le public dans le financement de ces candidats vaccins et dans l’achat de doses semble constamment occultée, alors que l’efficacité et l’innocuité ne sont pas garanties.
    Le simple fait que les pouvoirs publics n’aient pas accès aux protocoles de recherches d’essais alors qu’ils les financent par des milliards d’euros publics devrait susciter l’indignation

    La place des Etats dans cette « course » est donc paradoxale. A voir l’industrie pharmaceutique s’autoréguler, on croirait presque qu’ils sont portés disparus, alors qu’ils n’ont jamais été aussi présents comme financeurs et à travers leurs infrastructures de recherche publique.
    Le simple fait que les pouvoirs publics n’aient pas accès aux protocoles de recherches d’essais alors qu’ils les financent par des milliards d’euros publics devrait susciter l’indignation. En mai 2019, les Etats membres de l’OMS se sont engagés à mettre en place la transparence, notamment sur les essais cliniques, les prix, les financements de la recherche et du développement et les brevets. Depuis le début de la crise due au Covid-19, nombreux ont été les exemples des conséquences dramatiques de l’opacité. Si la résolution de l’OMS ne dispose pas de pouvoir contraignant, sa mise en œuvre est plus que jamais cruciale, pour aiguiller les politiques publiques en santé et pour juguler la pandémie mondiale que nous traversons.

    En matière de vaccin comme pour tous les produits de santé, la transparence sur les protocoles de recherche et les données cliniques ainsi qu’une revue indépendante et systématique de ceux-ci par la communauté scientifique constituent une nécessité, une exigence éthique et une urgence absolue. Les Etats doivent également publier les contrats signés avec les firmes pharmaceutiques et exiger d’elles qu’elles publient sans délai les protocoles d’études des essais en cours, et les résultats détaillés dès que les études ont abouti.

    Le modèle de la compétition n’est donc pas adapté. Il fait courir un grand risque d’aboutir à des vaccins médiocres, sans réel impact sur la pandémie à l’échelle globale, notamment au regard de l’engagement financier et logistique de la puissance publique. Celle-ci devrait au contraire promouvoir un modèle de coopération, avec des études transparentes sur les objectifs, la méthode, les financements et les conditionnalités d’accès. Cette voie, qui ne confond pas urgence et rentabilité à court terme, ne garantit pas un succès rapide, mais elle ne l’exclut pas et réduit les risques d’obtenir des produits sans intérêt. Cette solution réinscrirait la recherche et le développement dans des logiques d’intérêt public, ce qui doit aussi se prolonger dans la production et la commercialisation pour garantir des prix justes et un accès à tous. D’autres modèles existent donc, encore faut-il que les Etats cessent de réduire leur rôle à celui de prestataire de service des entreprises du médicament et se rappellent que la santé est une affaire publique.

    #santé_publique

  • « Le nouveau schéma du maintien de l’ordre porte atteinte à la liberté d’informer »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/22/le-nouveau-schema-du-maintien-de-l-ordre-porte-atteinte-a-la-liberte-d-infor

    Dans un communiqué publié mardi, les sociétés de journalistes de plusieurs médias français s’inquiètent des nouvelles directives portant atteinte à la liberté d’informer lors des manifestations. Tribune. Dans son nouveau « Schéma national du maintien de l’ordre », destiné à l’usage des policiers et gendarmes et rendu public le 17 septembre, le ministère de l’intérieur reconnaît la nécessité d’une « meilleure prise en compte de la présence des journalistes au sein des opérations de maintien de l’ordre, fondée (...)

    #journalisme #surveillance

  • « Ensemble, défendons la liberté » : l’appel inédit d’une centaine de médias français
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/23/ensemble-defendons-la-liberte-l-appel-inedit-d-une-centaine-de-medias-franca

    A l’initiative de Riss, directeur de la publication de « Charlie Hebdo », des représentants de journaux français se sont réunis pour débattre des menaces qui pèsent sur la liberté d’expression. Plus d’une centaine de médias, dont « Le Monde », signent et publient une « lettre ouverte à nos concitoyens ».

    Tu pourras chercher, il n’y a pas de mention de Assange ou de Wikileaks.

    J’ai pas de mot pour qualifier cette cécité.

    • Propagande ? Pédagogie du consentement ? Société du « pestacle » ?

      Mettez-vous bien ça dans le crâne, les « intellos gauchiasses » : ce n’est pas la surveillance de la NSA états-unienne (et consorts) qui pose problème : c’est « le séparatisme »...

    • En intrusion, quelques innommables ci-dessous :

      Les médias signataires de l’appel :
      Alliance de la presse d’information générale, BFMTV, Canal+, Challenges, Charlie Hebdo, CNews, Courrier international, Europe 1, France Télévisions, L’Alsace, L’Angérien libre, L’Avenir de l’Artois, L’Echo de l’Ouest, L’Echo de la Lys, L’Equipe, L’Essor savoyard, L’Est-Eclair, L’Est républicain, L’Express, L’Hebdo de Charente-Maritime, L’Humanité, L’Humanité Dimanche, L’Indicateur des Flandres, L’Informateur Corse nouvelle, L’Obs, L’Opinion, L’Union, La Charente libre, La Croix, La Dépêche du Midi, La Nouvelle République, La Renaissance du Loir-et-Cher, La Renaissance lochoise, La Savoie, La Semaine dans le Boulonnais, La Tribune républicaine, La Vie, La Vie corrézienne, La Voix du Nord, Le Bien public, Le Canard enchaîné, Le Courrier français, Le Courrier de Gironde, Le Courrier de Guadeloupe, Le Courrier de l’Ouest, Le Courrier picard, Le Dauphiné libéré, Le Figaro, Le Journal d’ici, Le Journal des Flandres, Le Journal du dimanche, Le Journal du Médoc, Le Journal de Montreuil, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Maine libre, Le Messager, Le Monde, Le Parisien, Le Pays gessien, Le Phare dunkerquois, Le Point, Le Progrès, Le Républicain lorrain, Le Réveil de Berck, Le Semeur hebdo, Le Télégramme, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Les Echos, Les Echos du Touquet, LCI, Libération, Libération Champagne, M6, Marianne, Midi libre, Monaco Matin, Nice Matin, Nord Eclair, Nord Littoral, Ouest France, Paris Match, Paris Normandie, Presse Océan, Radio France, RMC, RTL, Sud Ouest, Télérama, TF1, Var Matin, Vosges Matin.

      #aaarg !

    • L’encadrement des journalistes pendant les manifs ? « Une atteinte à la liberté d’informer », selon une quarantaine de SDJ
      https://www.20minutes.fr/arts-stars/medias/2867775-20200922-encadrement-journalistes-pendant-manifs-atteinte-liberte-

      ... le document [« schéma national du maintien de l’ordre »]« rappelle » que « le délit constitué par le fait de se maintenir dans un attroupement après la sommation ne comporte aucune exception, y compris au profit des journalistes ou des membres d’associations ».

      Un « feu vert accordé par le ministre de l’Intérieur aux forces de l’ordre pour empêcher les journalistes de rendre pleinement compte des manifestations, y compris de leurs dispersions ou de leurs dérapages », selon les rédactions.

      Maintien de l’ordre : journalistes et observateurs [sont et ] pourront être interpellés en couvrant des manifs
      https://www.liberation.fr/france/2020/09/18/maintien-de-l-ordre-l-interieur-confirme-sa-doctrine-dure_1799862

      Notre confrère David Dufresne a effectué un travail très sérieux en documentant 117 cas de journalistes empêchés de travailler par les forces de l’ordre depuis un an et demi. Pour le SNJ, c’est 200 journalistes qui sont concernés.

      #media #maintien_de_l'ordre

    • Quand Le Monde et les autres traitent de la liberté d’informer à l’étranger, ce sont des articles. Quand ça se passe en France, ce sont des tribunes. S’ils pouvaient diffuser ça en billets de blogs, peut-être bien qu’ils le feraient.

      « Le nouveau schéma du maintien de l’ordre porte atteinte à la liberté d’informer »
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/22/le-nouveau-schema-du-maintien-de-l-ordre-porte-atteinte-a-la-liberte-d-infor

      Tribune. Dans son nouveau « Schéma national du maintien de l’ordre », destiné à l’usage des policiers et gendarmes et rendu public le 17 septembre, le ministère de l’intérieur reconnaît la nécessité

    • une autre pétition par ici :
      https://www.leravi.org/petitions/le-ravi-en-cassation

      Éditer un journal libre est décidément un sport de combat. le Ravi, le mensuel pas pareil dédié à l’enquête et à la satire en Provence-Alpes-Côte d’Azur, poursuit sa lutte judiciaire face à l’acharnement de l’Odel Var. La direction de cet organisme parapublic en charge des centres de loisirs, dirigé par un élu LR, mène en effet un procès bâillon entravant la liberté d’informer du journal.

      https://www.acrimed.org/Le-Ravi-en-plein-proces-baillon

      #en_slip

  • Routes nationales : « La privatisation d’une partie de l’espace public constitue une régression politique »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/21/routes-nationales-la-privatisation-d-une-partie-de-l-espace-public-constitue

    Tribune. Ça s’est passé au creux de l’été. Le 14 août, a été publié au Journal officiel, un décret du premier ministre, « relatif au classement de certaines sections de routes dans la catégorie des autoroutes », comme nous l’apprend Le Monde du 19 septembre dans l’article « La loi autorise la privatisation de kilomètres de nationales ».

    De quoi s’agit-il ? Tout simplement, de privatiser des parties de routes nationales. Il s’agit, somme toute, d’étendre à des routes nationales le régime de concession des autoroutes au secteur privé, à des entreprises, ce qui contribue à réduire encore un peu l’emprise de l’Etat sur la circulation dans notre pays. Sans doute importe-t-il de s’interroger sur la signification de cette mesure nouvelle concernant la circulation dans notre pays.

    D’abord, ne nous trompons pas : il s’agit d’une forme nouvelle de régression sociale. Tout se passe ainsi comme si nous revenions, une fois de plus, aux institutions de l’Ancien Régime, aux logiques d’aménagement de l’espace qui dominaient notre pays avant la Révolution de 1789. En privatisant certaines sections de routes nationales, l’exécutif fait revenir notre pays au régime de circulation qui prévalait avant l’émergence des idées et des projets révolutionnaires du XVIIIe siècle, en quelque sorte, finalement avant l’apparition de ce que l’on a appelé la philosophie des Lumières.

    L’espace public est une figure qui a deux significations.
    Article réservé à nos abonnés Lire aussi Qui est Meridiam, l’allié de Veolia dans la bataille de Suez ?

    La première, celle que l’on connaît bien depuis que Jürgen Habermas a publié L’Espace public en 1962, où le philosophe désigne ainsi l’espace du débat public, l’espace dans lequel les idées et les engagements sont librement formulés, débattus, confrontés les uns aux autres, dans l’éveil d’une vie politique réelle.
    Au final également, une régression économique

    Mais il existe une autre signification de l’espace public, celle que l’on pourrait désigner comme ce qui le fonde : sa dimension proprement spatiale. Ce que l’on appelle l’espace public désigne l’espace du peuple, l’espace dans lequel le peuple se retrouve. Ce que les Romains désignaient comme l’ager publicus était un espace qui n’appartenait à personne, et où tout le monde pouvait travailler la terre, en particulier un espace qui était dévolu aux cultures destinées à la population pour les éventuelles périodes de famine.

    #Espace_public #Routes_nationales #Automobile #Privatisation #Communs

  • Entre mort et vie, la zone grise du Covid-19
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/19/entre-mort-et-vie-la-zone-grise-du-covid-19_6052842_3232.html

    Editorial. Alors que les bilans et les projections s’attachent à dénombrer cas, hospitalisations et décès, ils laissent dans l’ombre une dimension majeure de la maladie : ses formes longues et les séquelles associées.

    Compter les morts. L’image du directeur général de la santé, chaque soir à la télévision, dénombrant les décès du jour, restera l’un de marqueurs de la première vague de la pandémie engendrée par le SARS-CoV-2. Alors que tous les signaux épidémiologiques pointent la menace, au-delà du rebond actuel, d’une deuxième vague dans les prochaines semaines, ce chiffre a cédé la place à d’autres indicateurs : nombre de cas positifs, taux de positivité parmi les tests effectués, hospitalisations… Le fait que l’accent ne soit pas mis sur le nombre des morts, il est vrai bien plus faible qu’au printemps, est interprété par certains comme le signe de la poursuite d’une « gestion par la peur » d’une épidémie qui serait terminée ou presque.

    D’autres, parmi lesquels des modélisateurs, notent à raison que la faible mortalité est un leurre : il existe un décalage de plusieurs semaines entre la contamination et le décès, qui touchait à la fin du printemps entre 0,5 % et 1 % des personnes infectées, malgré les progrès accomplis dans la prise en charge. La nature exponentielle de la diffusion du virus, favorisée par son portage par des personnes asymptomatiques, est justement caractérisée par une augmentation massive précédée par une circulation à bas bruit. Une partie des cas d’aujourd’hui seront les morts de demain, selon une mécanique implacable, enrayée par le confinement et une période estivale passée hors des lieux clos, mais qui s’est à nouveau enclenchée.

    Cette opposition qui mobilise aujourd’hui le débat public – extinction ou relance de l’épidémie, avec sa focalisation sur la mortalité – en dissimule une dimension essentielle. Le SARS-CoV-2 ne fait pas que tuer : en déclenchant une réaction incontrôlée des défenses immunitaires, en s’insinuant dans de multiples organes, dont le système nerveux, il engendre des atteintes dont la durée et la réversibilité ne sont pas encore connues. Même chez des personnes non hospitalisées, y compris jeunes et sans facteurs de co-morbidité, il peut provoquer un affaiblissement général associé à des symptômes dont le spectre et la sévérité commencent tout juste à être appréhendés.

    Questions complexes

    Ce phénomène n’est pas inédit en infectiologie : d’autres virus laissent leur marque, parfois indélébile, sur les personnes infectées puis « guéries ». On peut donc craindre, même si le taux de létalité reste faible, un niveau élevé de séquelles et de formes longues, voire chroniques.

    Les récits des patients font douloureusement écho à certaines errances diagnostiques kafkaïennes dont la médecine a le secret. Insuffisamment dépistés au début de l’épidémie faute de tests, confrontés à une sérologie capricieuse, ils peinent parfois à être pleinement identifiés comme des malades du Covid-19. Des médecins, peu formés à ces formes inédites, leur accolent le statut infamant de « malades imaginaires » – stigmatisation qui s’ajoute au basculement dans l’invalidité.

    Comment l’Assurance-maladie, la médecine du travail, l’assurance-chômage, etc., vont-elles faire entrer cette nosographie nouvelle dans leurs nomenclatures ? Comment les reconnaissances en affection de longue durée, voire en maladie professionnelle, seront-elles organisées ? Comment les services médicaux vont-ils prendre en charge ces formes déroutantes de la maladie ? Comment la recherche va-t-elle tenter d’y répondre ? Ces questions-là ne sont pas moins complexes et urgentes que celles déjà immenses posées par le nouveau coronavirus. Une polarisation réductrice – la guérison ou la mort – ne doit pas les occulter.

  • Sonia Lavadinho : « Pour que le vélo soit une pratique démocratique, il faut développer une autre philosophie du partage de l’espace »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/09/sonia-lavadinho-pour-que-le-velo-soit-une-pratique-democratique-il-faut-deve

    Anthropologue et géographe suisse, Sonia Lavadinho travaille depuis quinze ans sur les enjeux de mobilité durable, et notamment sur la façon dont l’aménagement des villes peut renforcer la place du corps en mouvement, favorisant ainsi une plus grande cohésion sociale et intergénérationnelle.
    Avec la crise due au Covid, on a vu augmenter la pratique du vélo et se multiplier les pistes cyclables. Comment analysez-vous cette évolution ?

    En période de crise sanitaire, le vélo ouvre des marges de manœuvre et de liberté à un moment où des limites s’imposent. C’est un mode « porte-à-porte » qui permet de maîtriser sa vitesse et son amplitude horaire, ce qui n’est pas le cas des modes collectifs, ni même de la voiture, régulée par des contraintes extérieures. On peut décider de partir quand on veut pour éviter la cohue, et de choisir sa route pour privilégier les trajets calmes. L’absence d’habitacle facilite les interactions et, dans le même temps, le fait d’être perché sur une selle, à l’air libre, met à bonne distance des autres de façon naturelle.

    Pour toutes ces raisons, le vélo est un formidable outil exploratoire de la ville par temps de Covid, à condition de ne pas le réserver à une catégorie de citoyens mais d’en faire un levier d’accès à la ville pour tous. Or ouvrir des pistes, lorsqu’elles sont étroites, encourage les 5 % de cyclistes hyperrapides – ceux qui font les trajets domicile-travail et les livraisons –, des publics en général assez lestes, plutôt jeunes, seuls et masculins. C’est mieux que rien mais cela ne suffit pas. Car la vitesse peut décourager les autres, cyclistes occasionnels, familles ou seniors, ou bien le différentiel de vitesses est susceptible de générer des conflits. On l’a vu lors de la grève à Paris, ou à certains moments de la crise sanitaire, lorsque les flux ont triplé tout à coup.

    #Vélo #Anthropologie

  • « Contre l’épidémie, l’Europe doit cesser de donner à ses citoyens l’image d’un continent désuni »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/07/contre-l-epidemie-l-europe-doit-cesser-de-donner-a-ses-citoyens-l-image-d-un

    On aura donc assisté tout l’été à un triste barnum aux frontières intérieures de l’Union européenne, avec la multiplication de décisions unilatérales et désordonnées imposant des contrôles ou des restrictions, sur la base de données disparates, de résultats de tests contestés d’un pays à l’autre. On aura vu les Espagnols interdits en République tchèque, les habitants de l’Ile-de-France indésirables en Belgique, les voyageurs en provenance de Slovénie bloqués dans des embouteillages monstres pour des recueils d’identité à la frontière autrichienne…Des touristes européens auront ainsi été ballottés d’un pays à l’autre, entre colère et incompréhension, otages de mesures de protection hétéroclites, parfois divergentes. On ne peut imaginer pire image à donner aux citoyens : celle d’un continent désuni. On ne peut imaginer pire aubaine pour conforter les différents partis populistes au pouvoir, qui alimentent l’image d’une Europe impuissante, alors qu’ils contribuent eux-mêmes largement à cette impuissance. La raison ? Les Etats membres de l’Union européenne n’ont pas su tirer les leçons de la crise en matière de santé. Dans le plan de relance européen, pourtant exemplaire de solidarité et de réactivité, ces Etats traitent les conséquences de la pandémie en oubliant sa cause. Ainsi, le Conseil européen a supprimé la part qui prévoyait, dans ce plan, plusieurs milliards d’euros pour se préparer aux rebonds de l’épidémie de Covid-19, ou à d’autres fléaux sanitaires qui nous menacent.
    L’Europe ne s’est pas non plus donné les moyens de corriger les erreurs du passé. Le décompte des cas (qui permet d’établir les zones à risque, signalées en couleurs) ne se fait toujours pas selon les mêmes critères d’un pays à l’autre, les règles de protection et la façon de proposer les tests ne sont pas concertées entre les Etats, pas plus que les procédures de contrôle aux aéroports. Il ne s’agit pas de nier les différences de circulation du virus selon les pays – ces différences sont d’ailleurs tout aussi présentes d’une région à l’autre au sein d’un même pays –, mais de plaider pour que, face à une même situation, la même mesure soit prise. Car de cette absence de coordination naît forcément la crainte du limitrophe, de l’étranger, le repli sur soi contre un risque de défaillance de l’Autre. De cette défiance réciproque émerge une forme inquiétante de nationalisme sanitaire. Et la libre circulation des personnes au sein de l’esfrontièrepace Schengen, emblématique de cette liberté, est menacée par des fermetures de frontières, comme aux pires temps du début de la pandémie. Illustration récente : la décision unilatérale de fermeture de ses frontières prise par la Hongrie, dirigée précisément par un de ces gouvernements eurosceptiques qui contribuent largement aujourd’hui à bloquer toute tentative de coordination au niveau européen.

    #Covid-19#migrant#migration#sante#UE#espaceschengen#circulation#nationalismesanitaire#etranger

  • « La misogynie d’une partie du milieu académique français est notoire et elle fait des ravages »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/07/la-misogynie-d-une-partie-du-milieu-academique-francais-est-notoire-et-elle-

    Pour preuve, le nombre d’anecdotes qui circulent sur le comportement des #jurys. #Intimidations, pressions en tout genre, #moqueries, #humiliations, #sarcasmes : tout y passe dans ces oraux, qui s’apparentent assez souvent à de petites séances de tortures psychologiques et morales dont les jeunes #femmes sortent moins souvent victorieuses – pour diverses raisons. Il n’est sans doute pas inutile de s’attarder un peu sur les pratiques des commissions des jurys de concours qui vous jaugent sur votre apparence physique, vous toisent de toute leur hauteur d’universitaires patentés et vous intimident à loisir par des regards, des petits mots échangés entre eux avec un sourire complice qui en dit long sur la jouissance qui est la leur à vous mettre sur le grill. « Cela fait partie du jeu », dit-on, avec fatalisme et par résignation.

    ensuite #paywall #misogynie #sexisme #abus_de_pouvoir

    • A la faveur des résultats des concours de la filière lettres de l’ENS-Ulm, une occasion inédite se présente d’entreprendre une réflexion sur un sujet qui, disons-le tout de go, reste tabou, en même temps qu’il est un lieu commun fréquemment dénoncé « en off » dans les milieux académiques. Comme le dit – courageusement – Joëlle Alazard, secrétaire générale de l’Association des professeurs de premières et de lettres supérieures, « ce bond significatif de la part des femmes est une interpellation. Un chantier doit s’ouvrir autour de l’épreuve orale et de ses paramètres ». Le chantier, à coup sûr, est immense mais mérite qu’on s’y lance.

      Pour preuve, le nombre d’anecdotes qui circulent sur le comportement des jurys. Intimidations, pressions en tout genre, moqueries, humiliations, sarcasmes : tout y passe dans ces oraux, qui s’apparentent assez souvent à de petites séances de tortures psychologiques et morales dont les jeunes femmes sortent moins souvent victorieuses – pour diverses raisons. Il n’est sans doute pas inutile de s’attarder un peu sur les pratiques des commissions des jurys de concours qui vous jaugent sur votre apparence physique, vous toisent de toute leur hauteur d’universitaires patentés et vous intimident à loisir par des regards, des petits mots échangés entre eux avec un sourire complice qui en dit long sur la jouissance qui est la leur à vous mettre sur le grill. « Cela fait partie du jeu », dit-on, avec fatalisme et par résignation.

      Pour siéger des heures durant sous les chaleurs parfois torrides du mois de juin, le jury s’autorise de comportements inouïs qui seraient partout ailleurs dans la société probablement qualifiés de harcèlements ou d’abus de pouvoir caractérisés. Le jury, mal payé pour faire sa besogne, prélève son tribut en petites récréations perverses et en exerçant son pouvoir. Car siéger à ces commissions de jury est un honneur, le couronnement symbolique d’une carrière puisqu’à votre tour vous avez le droit de juger qui fera partie du club. A l’agrégation interne, ces pratiques sont bien plus rares parce que le jury a affaire à des professeurs déjà expérimentés, à des gens dont la moyenne d’âge est autour de la quarantaine : on ne peut se permettre les mêmes sévices et humiliations qu’avec un public de vingtenaires.

      Tremblements et ricaneries

      Les jurys « se lâchent » souvent : ils tremblent de rage, ils soufflent, ils ricanent, ils s’envoient des textos ou des blagues dont on n’ose pas imaginer le contenu. C’est humain, dira-t-on. Certainement. Mais il est inhumain d’être en face d’eux et rien ne saurait justifier ce rituel archaïque, pas même une vieille tradition républicaine qu’il faut avoir le courage de remettre en question lorsqu’elle donne lieu à pareilles dérives qui sont hélas monnaie courante. Combien de candidats, et surtout de candidates, sortent brisés des salles d’examen dont le huis clos favorise les abus qu’on pourrait égrener à l’envi ?

      Problème : il n’y a pas de recours possible puisqu’il s’avère en pratique impossible de contester l’attribution d’une note par une commission. La contester, c’est se condamner soi-même à ne plus jamais pouvoir passer le concours. Si l’on veut tenter une seconde fois le concours, on se tait, à moins que l’on ait la force d’aller à la « confession » où, en faisant acte de contrition, le malheureux candidat ou la malheureuse candidate demandera au jury ce qui lui a tant déplu dans sa performance. Le jury, trop souvent despotique, est en effet susceptible et ne pardonne pas qu’on soit en désaccord avec ses « thèses » sur tel ou tel auteur.

      « Si les chiffres traduisent une plus faible performance des femmes lors de ces épreuves, les raisons en sont largement culturelles »

      Car des thèses, les jurys en ont, bien plus que les rapports ne veulent bien l’admettre, qui proclament que « le jury n’a aucune attente ». Et les membres du jury ont aussi des préjugés, des a priori, des convictions parfois. Tel universitaire de Paris-IV Sorbonne assénait à ses étudiants masculins que « la féminisation du métier est une catastrophe ». On peut penser que la vue d’une candidate lui causait des sueurs froides et un déplaisir difficile à cacher. La misogynie d’une partie du milieu académique français est notoire et elle fait des ravages. Les filles ne sont pas ostensiblement sacquées, non ; la chose est plus subtile. On attend d’elles un certain type de parole, une prise de risque modérée, un certain ethos. Si les chiffres traduisent une plus faible performance des femmes lors de ces épreuves, les raisons en sont largement culturelles.

      Les petits arrangements de Montaigne

      Justement, les choses se passent autrement aux Etats-Unis, où le féminisme et la liberté de penser ne sont pas de vains mots. Vivre à l’étranger m’a montré qu’on pouvait tout à la fois allier hauteur de vue, exigence académique et humanité, qu’on pouvait y tolérer des points de vue différents du sien à condition qu’ils soient argumentés. Nul besoin, là-bas, d’éradiquer les moutons noirs et autres flamands roses qui osent suggérer, comme j’en eus l’audace sacrilège (et qui me coûta cher) lors d’un oral mémorable (au moins pour moi), que Montaigne ne fait pas tout à fait ce qu’il dit qu’il fait.

      C’est pourtant là que, du point de vue de l’exercice de l’esprit critique, les choses deviennent intéressantes… Un texte n’est pas toujours ce qu’il semble être et une analyse rigoureuse peut permettre d’apercevoir qu’une affirmation doit être sérieusement nuancée. Montaigne corrige son texte, oui, n’en déplaise à certains. Il s’arrange un peu – beaucoup, parfois – avec la vérité et ça n’enlève rien à la grandeur des Essais.

      Nos grands oraux de concours français non plus ne sont pas exactement ce qu’ils disent qu’ils sont, et se grandiraient sans doute plus encore à se corriger un peu. Ces concours ne valent pas rien, non – et celles et ceux qui les ont eus ne sont pas des imposteurs –, mais il en va certainement de leur survie d’arriver à se réformer. Ce n’est pas Montaigne qui aurait dit le contraire.

      Loriane Lafont est doctorante à l’université de Chicago et à l’Ecole pratique des hautes études, et autrice de Misère et décadence des grandes écoles. Confessions d’une khâgneuse atterrée (Jean-Claude Gawsewitch, 2013)

      #ESR #académie #université #jurys #concours #France (mais c’est pas mieux ailleurs...)

  • « La génération confinement paiera pour les boomers »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/05/la-generation-confinement-paiera-pour-les-boomers_6051070_3232.html

    Emmanuel Blézès, Yama Darriet et Charles Mazé, trois jeunes diplômés, dénoncent dans une tribune au « Monde » le poids que la politique sanitaire et les dépenses publiques liées à l’épidémie font peser sur les jeunes.
    […]
    Autrement dit, la « dette Covid » n’est pas une dette d’investissement, mais une dette conjoncturelle, principalement utilisée pour financer des dépenses courantes. Elle n’est pas porteuse de croissance future, mais sert à financer l’existant : soutenir la demande des ménages et pallier la baisse de recettes de l’Etat. Il sera ainsi demandé aux jeunes d’aujourd’hui de rembourser demain une dette qui ne leur bénéficiera pas, qui n’est pas créatrice de valeur à venir.

    Rappelons d’ailleurs que le confinement et, aujourd’hui, les mesures sanitaires strictes, qui ont eu pour effet le ralentissement économique que nous connaissons, ne sont pas destinés à autre chose qu’à la protection des plus âgés qui, en leur temps, ont connu la croissance et l’emploi. Les jeunes ont renoncé à leurs libertés hier, et paient pour eux aujourd’hui en entrant sur un marché du travail dégradé, et paieront pour eux demain encore en remboursant la dette et en finançant leurs retraites.

  • « Les jeunes représentent un angle mort de l’Etat-providence français », Tom Chevalier
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/05/les-jeunes-representent-un-angle-mort-de-l-etat-providence-francais_6051065_

    Le chercheur Tom Chevalier s’étonne, dans une tribune au « Monde », de l’absence d’accès des 18-25 ans aux minimas sociaux, pourtant recommandé par tous les rapports et les études, alors que la crise actuelle touche principalement les jeunes

    Tribune. Les jeunes âgés de 18 à 29 ans présentent un taux de pauvreté monétaire (revenu inférieur au seuil de 50 % du revenu médian) quatre fois supérieur à celui des personnes âgées de plus de 60 ans : environ 13 % contre 3 % en 2017 d’après l’Insee. Il s’agit également de la tranche d’âge dont le taux de pauvreté a le plus progressé ces dernières années, avec une hausse de près de 50 % depuis 2002.

    La crise économique de 2007, puis celle engendrée par la situation sanitaire due au Covid-19, ont progressivement dégradé les conditions de vie des jeunes. Ceux-ci représentent donc la partie de la population la plus touchée par la pauvreté. Pourtant, ils sont exclus du dispositif principal de lutte contre la pauvreté, à savoir le revenu de solidarité active (RSA). Paradoxe.

    Le RSA n’est en effet pas ouvert aux jeunes de moins de 25 ans. C’est une spécificité française puisque, dans la quasi-totalité des pays européens, les jeunes peuvent bénéficier du revenu minimum dès 18 ans, et que les jeunes adultes français de moins de 25 ans sont presque les seuls en Europe (avec les Espagnols et les Luxembourgeois) à être toujours considérés comme des enfants par l’Etat social. Même l’Italie, un pays à forte tradition familialiste, a récemment mis en place un revenu minimum (reddito di cittadinanza), sans condition d’âge.

    La tradition familialiste française

    Dans la plupart des pays, quand on devient adulte civilement (majorité civile) et politiquement (droit de vote), on le devient aussi socialement. Pas en France. Plusieurs raisons peuvent rendre compte de cette exception. Tout d’abord, la tradition familialiste française : on considère que c’est d’abord à la famille de prendre en charge ses « grands enfants », et c’est la raison pour laquelle les jeunes représentent un angle mort de l’Etat-providence français.

    Ce qui reporte la charge des difficultés sociales des jeunes sur les familles – renforçant d’autant l’importance des origines sociales et par conséquent les inégalités entre jeunes – et laisse à l’abandon ceux qui sont sans famille ou dont la famille n’a pas les ressources suffisantes pour les aider (« Les transferts familiaux vers les jeunes adultes en temps de crise : le charme discret de l’injustice distributive », Adrien Papuchon, Revue française des affaires sociales n°1-2, 2014).

    Ensuite, la critique d’un éventuel « assistanat » est récurrente dans le débat public : s’ils recevaient le RSA, les jeunes se reposeraient sur ce revenu, sans chercher d’emploi. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’allocation d’insertion en faveur des jeunes primo entrants sur le marché du travail fut supprimée en 1992, et que le « RSA jeunes », créé en 2009, établit des conditions trop restrictives et déconnectées des conditions de travail des jeunes en en limitant l’accès à ceux qui ont travaillé deux ans sur les trois dernières années.

    La critique d’assistanat envers les plus pauvres n’est pas fondée

    De fait, le RSA n’a finalement touché qu’environ 9 000 jeunes. Or, l’accès au revenu minimum n’affecte pas la recherche d’emploi des jeunes (« Le RMI et son successeur le RSA découragent-ils certains jeunes de travailler ? Une analyse sur les jeunes autour de 25 ans », Olivier Bargain et Augustin Vicard, Economie et Statistique n° 467-468, 2014). Les travaux d’Esther Duflo sur la pauvreté ont notamment montré que cette critique d’assistanat envers les plus pauvres n’était pas fondée empiriquement.

    Surtout, il est possible d’articuler plus étroitement le bénéfice du revenu minimum aux dispositifs d’accompagnement vers l’emploi ou la formation, comme c’est le cas dans les pays nordiques dans le cadre des « garanties jeunesse ». S’il existe également en France une Garantie Jeunes, elle ne permet pas de couvrir la totalité des jeunes en situation de pauvreté : pour cela, il faudrait l’articuler à l’ouverture du RSA aux moins de 25 ans, ou changer de dimension en la transformant en un véritable droit social équivalent (« Arrêtons de les mettre dans des cases ! Pour un choc de simplification en faveur de la jeunesse », Célia Verot et Antoine Dulin, Rapport au premier ministre, mars 2017).

    Enfin, le coût budgétaire de la mesure demeure le sous-texte nécessaire à la compréhension d’une telle absence de décision. L’Inspection générale des affaires sociales, reprenant une étude de la Drees de 2012, a par exemple estimé le coût de l’ouverture du RSA aux 18-25 ans (non-étudiants) entre 1,5 et 3 milliards d’euros (« La protection sociale des jeunes de 16 à 29 ans », Rapport 2015 de l’Inspection générale des affaires sociales).

    Le « revenu universel d’activité » pour les moins de 25 ans

    A titre de comparaison, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) a coûté 21 milliards en 2018, et le « plan jeunes » présenté le 23 juillet 6,5 milliards. C’est donc une réforme qui dépend en fin de compte d’une volonté politique forte en faveur des jeunes précaires, alors que ses effets seraient considérables en termes de réduction de la pauvreté (« Repenser les minima sociaux - Vers une couverture socle commune », Chistophe Sirugue, Rapport au premier ministre, avril 2016).

    Lors du débat sur la mise en place d’un éventuel « revenu universel d’activité » remplaçant l’ensemble des minima sociaux, la question de l’âge a été posée : faut-il ouvrir ce nouveau dispositif aux moins de 25 ans ? Si l’on a pu penser un temps que ce soit le cas, répondant ainsi à l’exemple de la quasi-totalité des pays d’Europe, au souhait des organisations jeunesse et aux nombreux rapports administratifs l’ayant appelé de leurs vœux (Concertation citoyenne sur le revenu universel d’activité - Synthèse des ateliers citoyens, octobre-décembre 2019), il semble que ce ne soit plus le cas puisque Gabriel Attal, alors secrétaire d’Etat à la jeunesse, s’est exprimé contre cette ouverture dans une interview le 26 mai 2020.

    Or, le contexte actuel rend d’autant plus nécessaire cette entrée des jeunes dans le droit commun des minima sociaux : si la crise sanitaire actuelle a principalement touché les plus âgés, la crise économique et sociale qui s’ensuit va concerner les jeunes en premier lieu, avec, entre autres, une montée du chômage et de la pauvreté. Cette situation, qui se retrouve dans tous les pays selon l’Organisation internationale du travail (OIT) comme selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), va également accroître les problèmes de santé mentale ainsi que la défiance politique des jeunes.

    La reconnaissance du statut de citoyen social

    Certes, le « plan jeunes » propose une palette de dispositifs pour aider les jeunes dans ce nouveau contexte. Il ne peut toutefois ni répondre à toutes les futures situations de pauvreté qui surviendront (accentuées par la future réforme de l’assurance chômage repoussée à 2021, qui augmentera la durée de cotisation de quatre à six mois), ni endiguer la crise de confiance des jeunes à l’égard des institutions, sans leur faire confiance en retour en reconnaissant leur statut d’adulte dans le cadre de la protection sociale.

    Si, comme l’a déclaré le 22 août à la presse la nouvelle secrétaire d’Etat à la jeunesse, Sarah el Haïry, être jeune en France « c’est être au cœur du système de solidarité », alors la première étape est de leur ouvrir ce qui constitue le premier pilier de cette solidarité : la reconnaissance du statut de citoyen social et son corollaire, l’accès au revenu minimum.

    Tom Chevalier travaille sur les politiques publiques en direction des jeunes en Europe. Il est notamment l’auteur de La jeunesse dans tous ses Etats (PUF, 2018).

    #Revenu #droits_sociaux #jeunes #RSA #RUA

  • Le Monde annonçait dès ce matin son article hagiographique du jour, devenu depuis le sublime : Au Panthéon, Emmanuel Macron précise sa vision de la République
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/09/04/emmanuel-macron-celebre-la-republique-au-pantheon-pour-en-devoiler-sa-concep

    Et donc, le bulletin érémiste (je veux dire : de la REM) se fend d’un paragraphe d’introduction digne de Jaurès :

    Emmanuel Macron devait apporter, vendredi 4 septembre, une nouvelle touche à son tableau impressionniste. Celui d’un chef de l’Etat sans histoire politique qui esquisse depuis trois ans sa vision de la République, de la citoyenneté, de la laïcité, reprenant son travail par endroits, laissant des blancs à d’autres, quand certains (rares) pans de la fresque apparaissent, eux, figés pour de bon.

    Oui, sans déconner : « une nouvelle touche à son tableau impressionniste ». (Mon dieu mon dieu mon dieu…)

    Alors en fait, en guise de « tableau impressionniste » et de « vision de la République », tout ça pue le frelaté :
    https://www.lefigaro.fr/actualite-france/la-republique-n-admet-aucune-aventure-separatiste-declare-emmanuel-macron-2

    Le président a toutefois mis en garde : la République est « précaire » et est « toujours à protéger ». Il a pointé du doigt « ceux qui, souvent au nom d’un dieu, parfois avec l’aide de puissances étrangères, entendent imposer la loi d’un groupe ». « La République, parce qu’elle est indivisible, n’admet aucune aventure séparatiste », a affirmé Emmanuel Macron, rappelant qu’un projet de loi serait débattu à l’automne sur le sujet.

    Ah tiens donc, « un dieu », une « aventure séparatiste » ? Mais de quelle religion parle-t-il de manière aussi mystérieuse ? Quelle religion menace ainsi sa « vision de la République », sur les marches du Panthéon ?

    Le chef de l’État a notamment salué « les policiers, les gendarmes, les magistrats, les maires, toutes celles et ceux qui luttent contre la violence, contre le racisme et l’antisémitisme » et qui « jouent un rôle déterminant » dans la République. « Ceux qui s’en prennent à eux, doivent être lourdement condamnés », a réclamé le président alors que les violences se sont multipliées au cours de ces derniers mois.

    Oui, « les violences se sont multipliées », mais quand on parle des policiers, j’ai comme qui dirait l’impression que c’est avec une vue un peu borgne de la question…

    Enfin, sur le déboulonnement des statues, réclamé par plusieurs mouvances de l’antiracisme, Emmanuel Macron a répliqué que « La République ne déboulonne pas de statues ». « On choisit la France, on ne choisit pas une part de son histoire », a demandé le chef de l’État.

    Et aïe donc. Outre exiger que l’on remette en place les statues de Pétain, j’aimerais bien savoir ce que c’est que cette histoire de « on choisit la France »… C’est quoi, c’est genre « la France, on l’aime ou on la quitte ? » Parce que ceux qui gueulent contre les statuts de négriers sont forcément d’origine pas-de-chez-nous ? (Moi j’ai choisi que dalle, je suis né là, et je peux te dire que la critique des statues d’entrecouillistes racistes, je comprends très bien.)

    Bon, bref, le Monde t’annonce une grandiose vision de la République, du chéfissime qui t’affine l’idéal républicain, et au final on a une parodie des Mégret gèrent la ville : les narabes, les narabes, les narabes !

  • Exclusive: French reform proposal for Lebanon delves into details | News | Al Jazeera
    https://www.aljazeera.com/news/2020/09/exclusive-french-reform-proposal-lebanon-delves-details-200902111359654.h

    La feuille de route pour le nouveau Protectorat français au Levant selon Al-Jazeera...

    Here are the main points:

    COVID-19 and the humanitarian situation

    The government will prepare and disseminate a coronavirus pandemic control plan “that includes support for the most vulnerable people”.
    It will strengthen social safety net programmes for the population.

    Aftermath of the Beirut explosion

    The government will facilitate the distribution of humanitarian aid - provided by the international community and coordinated by the United Nations - in an “expeditious, transparent and effective manner”.
    It will put in place governance mechanisms to allow the disbursal of aid in a “transparent and traceable manner”.
    It will begin reconstruction based on a needs assessment by the World Bank, EU and UN that estimated the value of damages caused by the explosion at up to $4.6bn.
    The government will rapidly launch tenders for the reconstruction of Beirut’s port according to “neutral” standards.
    It will conduct an “impartial and independent investigation” into the port explosion “that enables the full truth to be established regarding the causes of the explosion, with the support of Lebanon’s international partners ... within a reasonable timeframe”.

    Reforms
    The government will regularly exchange views with civil society regarding its programme and the reforms it entails.
    It will immediately resume stalled negotiations with the IMF and rapidly approve measures requested by the lender, including a capital controls law and a “full audit” of the Central Bank’s accounts.
    The French proposal also called for the approval of a timetable for working with the IMF within 15 days of the government gaining confidence.

    It goes on to propose time limits for sector-specific reforms.
    Electricity sector
    Within one month, the government will:
    Appoint officials to the National Electricity Regulatory Authority according to Law 462/2002 “without amendments”, and provide the Authority with the resources to carry out its work.
    Launch tenders for gas-fired power plants to plug Lebanon’s massive energy gap.
    “Abandon” the controversial Selaata power plant project in its current form. The project is one President Michel Aoun and his Free Patriotic Movement party have insisted on.
    Within three months, the government will:
    Announce a timetable for raising the price of electricity, “provided that this will first affect the most financially wealthy consumers”.

    Capital controls
    Within one month:
    Parliament should finalise and approve a draft law on capital control that should “immediately be implemented for a period of four years” after it is approved by the IMF.

    Governance, judicial and financial regulations
    Within one month, the government will:
    Hold a meeting to follow up on the 2018 donor conference in which the international community pledged $11bn in soft loans, and launch a website dedicated to following up on projects, financing and related reforms.
    Complete judicial, financial and administrative appointments, including members of the Supreme Judicial Council, the Capital Markets Authority and regulatory bodies in the electricity, telecommunications and civil aviation sectors, “in accordance with transparency and competency-based standards”.
    Approve in Parliament a law on the independence of the judiciary.
    Launch a study on Lebanon’s public administration by an “independent international institution” such as the World Bank or the Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD) “with a specialised office”.

    Fighting corruption and smuggling
    Within one month, the government will:
    Appoint members of the National Anti-Corruption Commission and grant it the resources to launch its work.
    Launch the track to accede to a 1997 OECD treaty on combating corruption.
    Implement customs reforms with immediate effect.
    Within three months, the government will:
    Establish “control gates” and strengthen oversight at the Beirut and Tripoli ports and at the Beirut airport, as well as at other border crossings.

    Public procurement reform
    Within one month:
    Parliament will prepare, adopt and implement a bill on public procurement reform.
    The government will grant the Higher Council for Privatization the human and financial capabilities necessary to carry out its tasks.

    Public finances
    Within one month:
    Prepare and vote on a “corrective finance bill that explicitly clarifies the status of accounts for the year 2020”.
    By the end of the year:
    Prepare and approve a “harmonised” budget for the year 2021.

    Elections
    “The government will ensure that new legislative elections are organised within a maximum period of one year.”
    "The electoral law will be reformed with the full inclusion of civil society, allowing Parliament to be more representative of the aspirations of civil society."

    Dans sa généralité, le dernier point résume la modestie des réformes fondamentales : "The electoral law will be reformed with the full inclusion of civil society, allowing Parliament to be more representative of the aspirations of civil society."

    #liban

  • « L’adhésion aux différentes théories du complot est un trait caractéristique des “antimasque’’ »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/08/25/l-adhesion-aux-differentes-theories-du-complot-en-est-un-trait-caracteristiq

    Le chercheur Antoine Bristielle analyse une enquête sur les motivations de ceux qui refusent le port du masque, qui s’inscrivent dans une défiance plus générale envers les institutions.
    […]
    Mais qui sont ces individus et pourquoi refusent-ils une telle mesure de santé publique ? C’est à cette question que nous répondons à partir d’une enquête menée par questionnaire auprès de plus de 800 individus, membres de groupes Facebook antimasque. Majoritairement féminins (60 %), ils ont, en moyenne, une cinquantaine d’années et un niveau d’éducation assez élevé (bac + 2). En cela, ils ressemblent assez fortement aux soutiens du professeur Raoult s’étant manifestés sur les réseaux sociaux au printemps.

    Cette proximité entre les antimasque et les soutiens de Didier Raoult se retrouve lorsque l’on demande aux premiers d’exprimer leur opinion concernant le chercheur marseillais : plus de 80 % d’entre eux en ont une bonne opinion. D’ailleurs, ils ne sont pas moins de 95 % à estimer qu’une personne contaminée par le Covid-19 devrait être libre de décider si elle veut ou non être traitée à l’hydroxychloroquine, le traitement-phare recommandé par Didier Raoult.

    Tentation populiste
    La mise en avant de la liberté individuelle est le premier élément expliquant largement le refus de porter le masque. Les contraintes, en particulier lorsqu’elles émanent de l’Etat, sont massivement rejetées par les personnes de notre échantillon : 92 % des individus interrogés considèrent que le gouvernement s’immisce trop dans notre vie quotidienne et 57 % d’entre eux se disent d’accord avec l’idée que, d’une manière générale, chacun devrait être libre de faire ce qu’il veut face au risque sanitaire. Le masque ne serait ainsi que la nouvelle « muselière » imposée par les gouvernements, selon l’expression fréquemment utilisée par les antimasque.

    #paywall