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  • Atrocités climatiques : sécheresse du désert en France en septembre
    ▻https://ricochets.cc/Atrocites-climatiques-secheresse-du-desert-en-France-en-septembre-9451.htm

    Impossible à présent de se défausser sur les générations futures ou les jeunes, impossible de repousser le problème à plus tard, cette fois on comprend que les catastrophes du réchauffement climatique causées par la civilisation industrielle c’est maintenant, c’est très grave, c’est aussi chez nous et ça va empirer encore même si par miracle on stoppait émissions et destructions de la nature (l’arrêt du processus de réchauffement intervenant avec un décalage dans le temps ...s’il n’y a pas (…) #Les_Articles

    / #Catastrophes_et_atrocités_climatiques,_écocide_et_destructions_écologiques

    ▻https://le-crestois.fr/index.php/journal-le-crestois/actus/10979-feu-de-foret-a-montclar-sur-gervanne
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/28/on-continue-de-construire-des-logements-dont-personne-n-a-verifie-qu-ils-res
    ▻https://lareleveetlapeste.fr/la-societe-de-lherbe-nest-pas-adaptee-au-monde-qui-vient
    ▻https://reporterre.net/98-000-hectares-de-foret-brules-en-2026-un-record-depuis-1976
    ▻https://reporterre.net/Paquebots-jets-prives-Comment-l-Etat-garantit-des-decennies-d-emissions-
    ▻https://reporterre.net/Secheresse-plus-de-80-000-Francais-dependent-d-un-camion-citerne-ou-de-b
    ▻https://reporterre.net/En-une-annee-5-des-glaciers-suisses-ont-fondu
    ▻https://reporterre.net/Open-bar-anti-ecolo-le-basculement-reactionnaire-du-Senat
    ▻https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2026/09/26/apres-les-canicules-a-repetition-de-nombreux-francais-envisagent-de-demenage
    ▻https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/10/01/la-climateflation-la-hausse-des-prix-des-denrees-alimentaires-due-au-deregle
    ▻https://reporterre.net/L-ocean-se-rechauffe-Copernicus-lance-son-avertissement-le-plus-severe-a
    ▻https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/09/30/le-rechauffement-de-l-ocean-se-poursuit-a-un-rythme-alarmant-selon-le-progra
    ▻https://reporterre.net/TotalEnergies-est-incapable-de-se-verdir-la-multinationale-veut-encore-a
    ▻https://reporterre.net/Canicules-incendies-Le-cout-de-l-ete-2026-evalue-a-16-milliards-d-euros

  • Les monnaies numériques mondiales et l’UE : quel rôle pour l’euro digital de la BCE ?
    ▻https://www.taurillon.org/les-monnaies-numeriques-mondiales-et-l-ue-quel-role-pour-l-euro-digital-d

    En septembre 2025, la capitalisation boursière des “stablecoins” (cryptomonnaies stables) adossés au dollar américain avait augmenté de près de 50 %, soit une hausse d’environ 100 milliards de dollars. Cette forte croissance a été portée par deux facteurs principaux.Premièrement, en février 2025, Donald Trump a interdit à la Réserve fédérale (banque centrale états-unienne) de développer une monnaie numérique de banque centrale. Deuxièmement, cette croissance est due à l’introduction en juillet 2025 d’un cadre réglementaire établissant des exigences strictes en matière de réserves pour les stablecoins aux États-Unis. À l’inverse, l’Union européenne et la Chine ont poursuivi le développement de leurs propres monnaies numériques publiques par l’intermédiaire de leurs banques centrales (…)

    #Économie_&_Société
    ▻https://www.atlanticcouncil.org/blogs/econographics/what-to-watch-as-china-prepares-its-digital-yuan-for-prime-time
    ▻https://www.cepii.fr/PDF_PUB/lettre/2025/let459.pdf
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/01/08/les-stablecoins-des-cryptoactifs-au-service-de-la-domination-du-dollar_66610
    ▻https://legrandcontinent.eu/fr/2023/02/01/controler-et-conquerir-quest-ce-que-le-yuan-numerique

  • Mobilisation dans les lycées : « Avec des mineurs, le risque de produire une blessure grave devrait compter au premier rang des décisions de maintien de l’ordre »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/10/02/mobilisation-dans-les-lycees-avec-des-mineurs-le-risque-de-produire-une-bles

    Le maintien de l’ordre démocratique a été construit pour réduire ce risque. Sa logique repose sur la gradation de la force et la mise à distance. L’emploi de la BAC la contrarie : leur culture professionnelle est celle de l’interpellation et de l’anticriminalité, alors que la gestion des foules exige de tenir la distance. Leur engagement dans les manifestations accompagne depuis les années 2000 le recul d’un principe longtemps tenu pour une compétence professionnelle : accepter une part de désordre lorsque son traitement immédiat risque d’en produire davantage. Auprès de mineurs, cette précaution devrait peser plus lourd encore.

    L’Etat a montré, en 2024, qu’il savait l’appliquer. Les blocages agricoles ont coupé des autoroutes et occasionné incendies, déversements et dégradations. La réponse ministérielle fut pourtant la « grande modération », avec intervention des forces autour des bâtiments publics « en dernier recours ». Cette retenue reconnaissait qu’une infraction ne commande pas automatiquement l’usage immédiat de la force et que les raisons d’une mobilisation comptent dans la manière de la gérer. Bruno Retailleau lui-même, tout en fixant des lignes rouges aux agriculteurs, continuait à dire leur « cause juste ». Le contraste avec les lycéens porte autant sur la police que sur la reconnaissance accordée aux protestataires.

    Du point de vue de la sociologie des mobilisations, le blocage d’un lycée relève d’un mécanisme élémentaire : on proteste avec les prises dont on dispose. Pour des lycéens, l’établissement concentre leurs griefs et constitue le lieu sur lequel ils peuvent agir. En bloquer les portes rend visible ce qui reste ordinairement derrière elles : cours non assurés, classes surchargées, locaux dégradés, inquiétudes sur l’orientation et la faillite de Parcoursup. Requalifier d’emblée ce répertoire d’action en dérive émeutière accomplit une opération autrement politique. On cesse de discuter de ce que disent les élèves pour rechercher qui parlerait à leur place. Les lycéens disparaissent comme acteurs au moment même où l’on prétend expliquer leur mobilisation.

    Le récit de l’instrumentalisation réactive ainsi un vieux schème de la « psychologie des foules » [telle que décrire par le médecin Gustave Le Bon en 1895] : une masse influençable, quelques meneurs et, face à eux, le rétablissement de l’autorité. Les recherches contemporaines ont rompu avec cette représentation d’un autre âge qui efface ce que disent les élèves. Plus le débat public se concentre sur les supposés meneurs, l’insurrection et les interpellations, moins ces griefs occupent l’espace. La violence spectaculaire des affrontements recouvre alors la violence sociale plus ordinaire dont la mobilisation était venue parler.

    ▻https://justpaste.it/h7qgy

    avec l’édito paternaliste et méprisant qui va bien
    Blocage des lycées : il aurait fallu commencer par écouter les élèves ["confus", "décérébrés", ...]
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/10/02/blocage-des-lycees-il-aurait-fallu-commencer-par-ecouter-les-eleves_6787118_

    #lycéens #MDO #police #criminalisation

  • « Comment a-t-on pu sérieusement croire qu’on pourrait arrêter le réchauffement climatique ? »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/30/comment-a-t-on-pu-serieusement-croire-qu-on-pourrait-arreter-le-rechauffemen

    L’historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz regrette, dans sa chronique au « Monde », les interprétations scientifiques erronées de certains spécialistes et décideurs sur le rôle exagéré que peuvent jouer les puits de carbone dans la lutte pour le climat.

    • Les experts climat de l’ONU le laissaient entendre dès 1995 : stabiliser la concentration de CO₂ à son niveau d’alors exigerait « une réduction immédiate de ses émissions de 50 % à 70 % et des réductions supplémentaires par la suite ». En 1996, le Conseil de l’Union européenne retient la fourchette basse de 50 % et oublie surtout la fin de la phrase sur « les réductions supplémentaires ». L’objectif ainsi affadi est repris par le G8 puis décliné pays par pays : en France, les années 2000 sont l’âge d’or du « facteur 4 » : en 2050, la France devrait avoir divisé ses émissions par quatre par rapport à 1990. La physique disait pourtant autre chose : le réchauffement étant proportionnel aux émissions cumulées de CO₂, la température ne se stabilisera que lorsque les émissions nettes seront ramenées à zéro.

      Certains experts colportent cette erreur bien commode. Après la canicule de 2003, Cédric Philibert, économiste à l’Agence internationale de l’énergie, expliquait dans les colonnes du Monde qu’il suffirait de « diviser par deux les émissions mondiales de gaz pour stabiliser le stock atmosphérique ». Aussi tard qu’en 2025, le politiste François Gemenne affirmait sur Franceinfo que, les puits de carbone absorbant « environ la moitié » de nos émissions, « il fau[drai]t diviser par deux les émissions mondiales si nous voulons atteindre la neutralité carbone. » L’erreur est peut-être innocente. Notons toutefois que cette chronique faisait la promotion d’un livre coécrit par Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du monde, qui propose de planter des arbres pour repousser à plus tard les objectifs de décarbonation (Le chaos climatique n’est pas une fatalité, L’Archipel, 2025).
      Diviser par deux les émissions mondiales paraît un effort gérable, compatible avec l’ordre économique existant : il suffirait de décarboner l’électricité (30 % des émissions) et de déployer voitures électriques et pompes à chaleur. L’erreur sur la neutralité carbone permet de se rassurer à bon compte. Elle trahit aussi le manque de rigueur de ces #experts prisés par les #médias qui promettent croissance économique et stabilisation des températures.

      ▻https://justpaste.it/fwygg

      #réchauffement_climatique #climat #CO₂ #neutralité_carbone #écologie

  • « L’IApocalypse est une chimère qui nous fait oublier que le développement de l’intelligence artificielle est insoutenable à tous points de vue »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/27/l-iapocalypse-est-une-chimere-qui-nous-fait-oublier-que-le-developpement-de-

    La conversation publique, se demandent malicieusement certains commentateurs, ne converge-t-elle spontanément pas vers la question de savoir combien peuvent valoir des entreprises dont la technologie peut détruire l’humanité ?

    Cette panique organisée autour de l’IApocalypse profite aux firmes d’une autre manière. Elle agit comme un écran de fumée qui détourne l’attention de l’opinion et des décideurs vers des débats stériles sur le risque d’événements peu probables, trop vaguement incarnés pour nourrir une vraie réflexion et dont l’estimation est impossible.

    Pendant qu’experts et éditorialistes de plateau glosent sur des dangers hautement hypothétiques dont nul n’a en réalité la moindre idée, les risques environnementaux, sociaux et politiques de l’IA disparaissent fort commodément du tableau.

    Contrairement à un armageddon très hypothétique lié à la perte de contrôle de l’outil, ces risques-là sont parfaitement connus, décrits, et leur réalisation est certaine car ils sont consubstantiels de l’outil lui-même.

  • « L’administration Trump, en proposant de cesser la collecte de données raciales et ethniques, cherche à rendre les lois antidiscrimination inapplicables »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/27/l-administration-trump-en-proposant-de-cesser-la-collecte-de-donnees-raciale

    Le président des Etats-Unis cherche à exclure certaines catégories de population du recensement décennal, sur lequel s’appuie la répartition équitable du pouvoir et des financements fédéraux, explique danah boyd, professeure de communication, dans un entretien au « Monde ».

    Propos recueillis par Marion Dupont
    Publié hier à 06h00

    Temps de Lecture 4 min.

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    Le quartier Fifth Ward, à Houston (Texas), le 6 octobre 2025.
    Le quartier Fifth Ward, à Houston (Texas), le 6 octobre 2025. BRANDON BELL/GETTY IMAGES VIA AFP

    Professeure de communication à l’université Cornell, danah boyd (qui souhaite que son nom soit écrit sans majuscules) a mené, durant sept ans, une enquête sociologique au cœur de l’agence fédérale chargée du recensement décennal de la population des Etats-Unis. Elle raconte le fonctionnement de cette institution dans La Fabrique des données. On ne trouve pas les données, on les construit (C & F Editions, 464 pages, 32 euros). Pour Le Monde, elle rappelle le rôle crucial joué par les données du recensement décennal dans le système représentatif américain, et revient sur les enjeux politiques des modifications que l’administration Trump souhaite apporter aux modalités de cette procédure.

    Le 10 septembre, le bureau du recensement – dont la communication est régie par la Maison Blanche – a annoncé plusieurs modifications dans la procédure décennale, notamment d’en exclure les personnes sans papiers légaux, et de ne plus inclure de questions portant sur l’appartenance ethnique ou raciale des Américains. Pourquoi les modalités de cette procédure intéressent-elles la Maison Blanche ?

    Cet intérêt tient à l’organisation de la démocratie américaine. Aux Etats-Unis, chaque Etat voit son nombre de représentants à la Chambre ainsi que le montant de ses subventions fédérales déterminés en fonction de la taille de sa population.

    Or, selon l’article 1, section 2 de la Constitution, la taille de la population est déterminée par le recensement décennal. Tous les dix ans, le Bureau du recensement est donc chargé de mener un décompte exact de tous les habitants des Etats-Unis – c’est-à-dire de s’assurer que chaque personne soit comptée une seule et même fois, au bon endroit. Ce nombre une fois déterminé, un algorithme alloue une partie des 435 représentants de la Chambre à chaque Etat, et chaque Etat distribue ensuite ces représentants à chacun de ses districts. L’exclusion de groupes de la population du recensement pourrait donc affecter le nombre de représentants et les ressources financières alloués à certains Etats.

    Lors de ce recensement, les répondants sont aussi invités à donner des indications qui peuvent sembler surprenantes à un Français. En effet, la France a fait le choix d’interdire la collecte des données ethniques ou raciales, pour protéger ses citoyens de toute discrimination. Les Etats-Unis ont pris la direction opposée. Ces données raciales servent ensuite à la production de statistiques, qui servent elles-mêmes à l’application de lois antidiscrimination comme le Civil Rights Act [1964], le Voting Right Act [1965], ou l’Equal Employment Opportunity Act [1972].

    Le choix a été fait d’arrimer ces lois luttant contre les discriminations à de telles données, et donc d’en rendre la collecte indispensable. En proposant, comme elle vient de le faire, de cesser la collecte de données raciales et ethniques, l’administration Trump cherche à rendre ces lois antidiscrimination inapplicables, sans passer par le Congrès.

    Comment ce recensement est-il réalisé ?

    Il n’y a pas, aux Etats-Unis, de fichier recensant la population à l’échelle nationale qu’il suffirait de compléter ou d’actualiser régulièrement. La solution trouvée est la suivante : effectuer chaque décennie un dénombrement exact de la population. Il ne s’agit pas d’un système d’échantillonnage, ou d’un modèle statistique de pointe, mais bien d’un décompte tête par tête. Cet engagement est inscrit dans notre Constitution et dans nos lois.

    Comme il ne s’agit rien de moins que de répartir équitablement le pouvoir et les financements fédéraux, tout est mis en œuvre pour que ce décompte soit le plus précis possible. Evidemment, tout le monde ne répond pas au formulaire qui leur est envoyé par la poste ou par mail, pour toutes sortes de raisons. Tous les dix ans, 500 000 agents du recensement sont donc envoyés à travers le pays pour faire du porte à porte. Or, certaines régions américaines sont isolées du reste du pays, et leurs habitants n’ont ni adresse postale, ni téléphone, ni Internet.

    Pour mener à bien leur mission, les « énumérateurs » du Bureau traversent les parties les plus sauvages de l’Alaska en chiens de traîneau, sillonnent en canoë les côtes du Maine et de l’Etat de Washington pour atteindre des îles reculées… Certains ont été parachutés dans le nord de la Californie pour recenser les gens alors que des incendies ravageaient la région et empêchaient le bon fonctionnement de la poste.

    Les Américains acceptent-ils volontiers de confier leurs données personnelles aux agents du recensement ?

    De manière générale, non. Une grande partie de la population n’accorde aucune confiance aux autorités politiques du pays, de quelque bord qu’elles soient. Elle est donc rétive à l’idée de devoir fournir ces informations personnelles à une agence gouvernementale. Par ailleurs, nombre d’habitants sont dans une situation précaire vis-à-vis de la loi ou de leur statut migratoire – ils peuvent avoir de très bonnes raisons pour ne pas vouloir jouer le jeu.

    Il faut donc parfois les convaincre de participer. Ce rôle peut revenir à leur maire, qui leur rappelle que le recensement permet d’obtenir des financements fédéraux cruciaux. Ou aux énumérateurs, en soulignant que la loi interdit que ces données, strictement confidentielles, soient utilisées par les forces de l’ordre, les autorités judiciaires, la police de l’immigration, ni même par le fisc. Pour autant, nombreux sont ceux qui mettent en doute l’inclination des autorités à respecter cette interdiction. L’histoire leur donne raison, puisque les données du recensement de 1940 ont par exemple été utilisées pendant la seconde guerre mondiale pour retrouver des personnes d’origine japonaise et les incarcérer.
    Est-ce la première fois que le pouvoir exécutif se mêle des règles du recensement décennal ?

    Historiquement, le Congrès a pu s’intéresser au recensement et en modifier le déroulement, mais la Maison Blanche a, quant à elle, toujours gardé ses distances vis-à-vis du Bureau. L’administration Trump est différente : elle tente de peser sur chaque détail de la méthodologie, modifie des règles anciennes établissant comment les gens sont comptés, et produit des rapports partisans sur la gestion du recensement.

    La bataille actuelle est celle de la légitimité des données : quelles sont les données que nous considérons comme légitimes à servir de fondement pour prendre toutes ces décisions politiques cruciales ? Or, de nombreux points de la procédure qui régira le prochain recensement décennal, en 2030, doivent être déterminés dans les six prochains mois. Si nous n’avons pas la possibilité de récolter certaines informations, cela pourrait tout changer. C’est une des raisons pour lesquelles Donald Trump mène son offensive maintenant – et pourquoi nous devons prendre dès aujourd’hui cette question de la légitimité à bras-le-corps.

    Marion Dupont

    #danah_boyd #Le_Monde

  • Encore une tribune qui se prononce contre les guerres seulement parce qu’elles échouent sur le plan stratégique en excluant l’aspect éthique et le droit international.

    « Penser la guerre en dehors des sociétés qui la font est une illusion mortifère »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/26/penser-la-guerre-en-dehors-des-societes-qui-la-font-est-une-illusion-mortife

    ▻https://archive.ph/v0AxT

  • Pour le politiste Olivier Roy, les néoréactionnaires sont un symptôme de la « déculturation généralisée » des sociétés démocratiques
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/25/pour-le-politiste-olivier-roy-les-neoreactionnaires-sont-un-symptome-de-la-d

    Mais si elles sont à la fois hors-sol et contradictoires, comment expliquer le succès politique de ces propositions [néoréactionnaires] ? A l’idée que le populisme serait parvenu à détruire le libéralisme politique, Olivier Roy défend l’explication inverse. C’est l’épuisement du modèle libéral qui a ouvert au populisme l’espace politique. En effet, le libéralisme, bien que fondé sur des principes abstraits, avait réussi à susciter une véritable culture. S’il a pris racine dans des sociétés qui existaient largement avant lui dans le cadre de l’Etat-nation, il a créé un espace culturel spécifique, à travers l’accès à l’éducation, une presse libre, des maisons d’édition et des lieux de débat, où pouvait se résorber la conflictualité sociale.

  • « La reconnaissance symbolique dans les professions du service public devient parfois la monnaie d’un travail que l’on préfère ne pas chiffrer »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/22/la-reconnaissance-symbolique-dans-les-professions-du-service-public-devient-

    Il existe dans les comptes de l’Etat une recette qui n’apparaît dans aucune loi de finances. Elle ne fait l’objet d’aucun prélèvement et ne figure dans aucune colonne budgétaire. Pourtant, une partie de nos services publics repose quotidiennement sur elle : le temps, l’énergie et parfois l’argent que leurs agents consentent à ne pas compter.

    Faire son travail par vocation est flatteur. Cela évoque le choix d’un métier qui possède un sens particulier, le désir de transmettre, de soigner, de protéger, d’accompagner. Il serait absurde de nier cette dimension. Personne ne souhaite que l’hôpital, l’école ou le travail social soient peuplés de professionnels indifférents à ceux dont ils ont la charge.

    Le problème commence lorsque l’institution cesse de considérer cet engagement comme une qualité individuelle et commence à l’intégrer silencieusement à son modèle économique. Car la vocation possède une propriété budgétaire remarquable : elle permet de faire faire un travail sans avoir à le nommer comme tel.

    Un enseignant prépare davantage parce qu’il ne veut pas abandonner une classe en difficulté. Un soignant reste quelques minutes de plus parce qu’un patient ne peut être laissé seul. Un travailleur social rappelle une famille après sa journée. Un cadre du service public emporte chez lui ce qu’il n’a pas eu le temps d’achever.

    Absorber le choc
    Chacun de ces gestes, pris isolément, relève de la conscience professionnelle. Leur répétition à l’échelle de centaines de milliers d’agents devient autre chose : une contribution gratuite au fonctionnement de l’Etat. La particularité de cette contribution est précisément qu’elle demeure invisible. Une heure supplémentaire officiellement rémunérée constitue une dépense. Une heure offerte par conscience professionnelle ne coûte rien dans les comptes. Les deux produisent pourtant du travail.

    Nous avons ainsi inventé une étrange comptabilité publique dans laquelle une partie du déficit matériel des institutions est compensée par un excédent moral de leurs agents. C’est peut-être pour cette raison que certaines dégradations peuvent durer si longtemps sans provoquer immédiatement l’effondrement attendu.

    Lorsqu’un service manque de temps, de personnel ou de moyens, ceux qui y travaillent absorbent d’abord le choc. Ils accélèrent, improvisent, renoncent à une pause, simplifient ailleurs, emportent du travail chez eux, achètent parfois ce qui manque, sollicitent leur entourage, inventent des solutions locales. Le service continue donc à fonctionner. Et puisqu’il continue à fonctionner, l’organisation peut conclure que les moyens étaient finalement suffisants.

  • IA : « le spectre du Terminator est paradoxalement moins effrayant que les autres monstres qui nous guettent »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/20/ia-le-spectre-du-terminator-est-paradoxalement-moins-effrayant-que-les-autre

    Convoquer l’imaginaire de la science-fiction au profit de prédictions apocalyptiques nous détourne des véritables dangers et défis posés par l’intelligence artificielle, estime dans sa chronique Damien Leloup, journaliste au service Pixels du « Monde ».

    Les patrons et cadres de ces entreprises qui évoquent ici ou là la fin de l’humanité aux mains de l’IA se gardent toujours bien de fournir un scénario précis à l’appui de leurs prédictions catastrophistes ; l’auteur de ces lignes n’a toujours pas compris comment, exactement, l’intelligence artificielle pourrait parvenir à détruire l’humanité. Et encore moins comment on pourrait estimer ce risque à 10 % sur dix ans.

    #Apocalypse #IA

  • [Radio] Éléments pour une critique de l’intelligence artificielle
    ▻https://ricochets.cc/Radio-Elements-pour-une-critique-de-l-intelligence-artificielle-9434.html

    1.Un épisode de l’émission « sortir du capitalisme » Un épisode de l’émission « sortir du capitalisme » qui vise à partager des éléments pour une appréhension commune des technologies d’intelligence artificielle. source et émission en ligne : ▻https://paris-luttes.info/radio-elements-pour-une-critique-21131 Avec : des définitions et exemples des différents types d’intelligence artificielle une discussion du lien entre IA et automatisation une brève histoire politique et (…) #Les_Articles

    / #Audio, #Technologie, #Le_monde_de_L'Economie

    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/13/ia-la-question-centrale-n-est-pas-de-savoir-si-les-developpeurs-se-soucient-

  • « L’impact des infections respiratoires est lourd pour les patients, les soignants et la collectivité »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/18/l-impact-des-infections-respiratoires-est-lourd-pour-les-patients-les-soigna

    Chaque hiver, le même scénario se répète. Les services des urgences sont saturés, les hôpitaux déclenchent des plans blancs, les cabinets médicaux débordent, les familles s’épuisent, et les décès s’accumulent, dans une forme de banalisation silencieuse des épidémies respiratoires. Hormis la pandémie de Covid-19 qui a marqué les esprits, la mémoire collective reflue dès que l’impact de ces infections n’est plus dans l’actualité.

    Ce déni collectif a un coût majeur pour les patients, les familles, le système de soins et la collectivité. Pourtant, nous continuons à réagir plutôt qu’à prévenir. Nous parlons de « virus de saison », de « grippettes », comme si ces infections étaient bénignes. Elles ne le sont pas. Ces pathogènes (grippe, SARS-CoV-2, virus respiratoire syncytial – ou VRS –, pneumocoque, mais aussi d’autres moins connus tels que le métapneumovirus humain…) sont de véritables agresseurs biologiques au même titre que le tabac ou la pollution. Tous partagent les mêmes effets délétères dès la période aiguë : hospitalisations, décompensations de maladies chroniques, arrêts de travail et désorganisation du système de soins. Cette gravité reste très largement sous-estimée.

    La science a évolué ces dernières années. Les infections respiratoires ne doivent dorénavant plus être considérées comme de simples maladies aiguës : elles ont des conséquences durables à moyen et à long terme. Chez l’adulte, elles peuvent déclencher une inflammation chronique, augmenter le risque d’événements cardiovasculaires. Elles peuvent aussi accélérer un déclin cognitif et fonctionnel.

    Ces épisodes infectieux répétés peuvent fragiliser durablement les personnes les plus vulnérables. Chez les personnes âgées, chaque hospitalisation porte le risque d’une entrée irréversible dans un état de dépendance. Chez le nourrisson, elles favorisent asthme, surinfections bactériennes sévères, otites et recours fréquent aux antibiotiques.

  • Charles Stépanoff, anthropologue : « Alors que nous pensions être enfin seuls dans un monde artificiel, la Terre nous répond avec force »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/15/charles-stepanoff-anthropologue-alors-que-nous-pensions-etre-enfin-seuls-dan

    Les sociétés modernes ont délégué à d’autres régions du monde les nuisances de leurs modes de vie. Nous ne visitons jamais les champs pétrolifères qui permettent de chauffer nos maisons ni les fermes-usines qui nous nourrissent. Cette coupure avec le milieu nourricier est exceptionnelle dans l’histoire humaine. Alors que les humains ont longtemps vécu dans des réseaux denses de liens d’interdépendance avec leurs milieux de vie, la modernité les fait passer à des réseaux étalés, dans lesquels ils gagnent une illusion de maîtrise totale et n’entendent plus l’environnement répondre à leurs actions.

    Les canicules, les incendies et, plus généralement, la #crise_climatique ne sont rien d’autre que le surgissement inopiné des réponses de l’écosystème planétaire. Les réponses de la Terre aux actions des sociétés modernes sont désormais à leur mesure : colossales et immaîtrisables.

    #paywall

  • « L’écoanxiété n’est pas que le fruit de la crise environnementale, elle est aussi provoquée par l’inaction politique devant le désastre »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/13/l-ecoanxiete-n-est-pas-que-le-fruit-de-la-crise-environnementale-elle-est-au


    Après un incendie, au Temple (Gironde), le 1ᵉʳ aout 2026. HERVE LEQUEUX POUR « LE MONDE »

    Au moment des incendies dantesques, cet été, le gouvernement lançait une campagne pour aider les écoanxieux à gérer leurs émotions. Or, psychiatriser l’angoisse rationnelle des personnes face à un phénomène auquel il n’est apporté aucune réponse sérieuse est un indice de l’agonie d’un système, souligne Stéphane Foucart, journaliste au service Planète, dans sa chronique.

    #paywall #changement_climatique #canicule #sécheresse

  • « Pour expliquer la poussée nationale-populiste dans le Land de Saxe-Anhalt, on aurait tort de sous-estimer le facteur démographique »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/09/pour-expliquer-la-poussee-nationale-populiste-dans-le-land-de-saxe-anhalt-on

    « Pour expliquer la poussée nationale-populiste dans le Land de Saxe-Anhalt, on aurait tort de sous-estimer le facteur démographique »
    Gilles Paris, Editorialiste au « Monde »
    Comme à chacune de ses manifestations, la poussée nationale-populiste qui vient de se vérifier spectaculairement, le 6 septembre, en Allemagne, dans le Land de Saxe-Anhalt, a été expliquée en bonne partie par le facteur migratoire. Du moins sur un aspect de la migration. De l’ex-Allemagne de l’Est à l’Italie, où la présidente du conseil, Giorgia Meloni (extrême droite), vient de battre un record de longévité au pouvoir, les constats souvent dressés à la truelle portent toujours sur ceux qui arrivent, rarement sur ceux qui partent. On aurait pourtant bien tort de les sous-estimer.
    Le Land de Saxe-Anhalt affiche en effet un bilan démographique à valeur d’exemple. Parce que la population d’origine étrangère est en hausse (plus de la moitié venant de pays tels que l’Ukraine, la Pologne et la Roumanie), même si cette population reste presque deux fois moins nombreuse que la moyenne fédérale. Et parce que la région figure au deuxième rang en Allemagne, après la Thuringe, en matière de baisse de la population. L’effondrement de la natalité en est l’un des moteurs avec la migration, car les villes-Etats de Berlin, de Brême et de Hambourg voient, elles, le nombre de leurs habitants progresser.
    Ce second point n’a rien d’anecdotique. Une étude réalisée en Suède et publiée en 2024 sous l’égide de l’Immigration Policy Lab, qui rassemble l’université Stanford, aux Etats-Unis, et l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, a mis au contraire en évidence, au sein de municipalités suédoises, une corrélation entre émigration et hausse du vote en faveur du parti Démocrates de Suède (extrême droite).
    La croissance de cette formation peut s’expliquer non pas seulement par l’augmentation de la part de la population d’origine étrangère, passée dans le pays de 11 % en 2000 à 20 % en 2020, mais aussi par le fait que 51 % des municipalités suédoises ont vu leur population décliner pendant la même période. L’examen de cinq cycles électoraux a montré que chaque baisse de 1 point de pourcentage du nombre d’habitants s’est accompagnée d’une hausse de 0,5 % de la part du vote en faveur des Démocrates de Suède. Ces derniers ont sabordé en août la coalition gouvernementale mal en point constituée avec la droite conservatrice pour espérer devenir, après les législatives du 13 septembre, la première force d’opposition.
    Le dépeuplement agit en effet à deux niveaux. Le débat ouvert en France sur les conséquences de la baisse de la natalité sur le maillage scolaire rappelle qu’il produit une détérioration de la qualité des services, qu’ils soient d’ailleurs privés ou publics. S’y ajoute un puissant sentiment d’abandon et de déclassement. Aux Etats-Unis, le rapport qui avait révélé, en 2015, un an avant la première élection de Donald Trump à la présidence, la surmortalité des Américains blancs, également désignés comme les « morts de désespoir », dans la zone en déclin des Appalaches, notamment sous l’effet d’une véritable épidémie de drogues de synthèse, en était déjà une traduction.
    Ces transformations ne constituent évidemment pas l’unique facteur permettant de comprendre ce que l’extrême droite s’efforce de présenter comme une vague irrésistible prête à emporter partout le « système » et les « castes ». On peut néanmoins s’inspirer de la formule restée culte de James Carville, l’ancien stratège du candidat démocrate Bill Clinton à l’élection présidentielle de 1992 aux Etats-Unis – « It’s the economy, stupid ! » (« c’est l’économie qui compte, idiot ! ») –, pour assurer que désormais « c’est la démographie, crétin ! », qui permet autant que l’économie de comprendre les ressorts des mouvements électoraux.
    L’« internationale réactionnaire », qui rassemble des partis d’extrême droite aux profils et aux stratégies souvent disparates, est aussi une internationale de l’anxiété face à un phénomène démographique dont on ne mesure pas plus clairement l’ampleur et les conséquences que ceux du réchauffement climatique. Ces partis d’extrême droite profitent de l’incapacité des partis de gouvernement à trouver des réponses aux déséquilibres auxquels ils sont confrontés. Sans vouloir absoudre ces derniers de tous leurs manquements et faiblesses, la fracture qui relève de la démographie est gigantesque compte tenu de la très grande inertie des comportements à côté de laquelle le pilotage d’un porte-conteneurs se rapproche de celui d’un kayak.
    La longévité de Giorgia Meloni en Italie n’a pas empêché la publication, le 31 août, de nouvelles statistiques alarmantes qui montrent qu’en 2047 les couples sans enfant seront plus nombreux que les couples avec progéniture. Nicholas Eberstadt, spécialiste de la démographie mondiale au cercle de réflexion American Enterprise Institute, proche du Parti républicain, a estimé, dans une note publiée en août, que, avec seulement 355 000 naissances en 2025, « il est tout à fait possible que le territoire italien actuel n’ait pas connu un nombre de naissances aussi faible depuis le début du XVIe siècle : l’époque de Léonard de Vinci et de Michel-Ange ».
    Le temps ne fait rien à l’affaire. Les seize ans de la politique nataliste conduite en Hongrie par l’ancien premier ministre Viktor Orban (2010-2026) n’ont pas permis non plus d’enrayer le dépeuplement du pays, qui a perdu un demi-million d’habitants pendant la même période.Cet échec n’est sans doute pas pour rien dans la défaite de celui que le vice-président des Etats-Unis, J. D. Vance, était venu porter à bout de bras à la veille des élections hongroises, en avril. Car si la réponse nataliste de l’extrême droite ne produit pas de résultats, la guerre totale qu’elle entend mener contre l’immigration ne peut qu’accélérer les « hivers » démographiques comme celui que traverse déjà le Land de Saxe-Anhalt. Bannir tous les étrangers ou garantir le bon fonctionnement des hôpitaux, des maisons de retraite et des entreprises déjà confrontées à une pénurie de main-d’œuvre, il faudra choisir.

    #Covid-19#migrant#migration#allemagne#extremedroite#etranger#immigration#demographie#suede

  • Le dépopulation d’une région est un facteur entrainant la montée du vote pour l’extrême droite.

    « Pour expliquer la poussée nationale-populiste dans le Land de Saxe-Anhalt, on aurait tort de sous-estimer le facteur démographique »
    Gilles Paris

    Si beaucoup analysent le résultat de l’élection dans cette région allemande par le prisme de l’immigration, il faut rappeler que ce territoire observe une baisse de sa population. Or, dépeuplement et progression de l’extrême droite vont de pair , souligne, dans sa chronique, Gilles Paris, éditorialiste au « Monde ».

    Pour lire l’article :

    ►https://archive.is/OaXo9

    Merci à gonzo

    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/09/pour-expliquer-la-poussee-nationale-populiste-dans-le-land-de-saxe-anhalt-on

  • PISA 2025 : alerte globale sur les savoirs des enfants
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/08/classement-pisa-alerte-globale-sur-les-savoirs-des-enfants_6768341_3232.html

    La part des adolescents en difficulté, elle, a doublé en vingt-cinq ans, passant de 15 % à 33 % à l’écrit et de 15 % à 36 % en mathématiques.

    [...]

    PISA établit que les élèves ne sont plus que 20 % à 30 % (selon les usages) à ne pas recourir à l’intelligence artificielle (#IA). Les bons scores en sciences sont corrélés à une moindre utilisation de l’IA et à un emploi maîtrisé des appareils numériques à des fins d’apprentissage.

    edit

    #école #élèves

  • En Italie, la politique migratoire du gouvernement Meloni devenue le levier d’une dérive illibérale
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/05/en-italie-la-politique-migratoire-du-gouvernement-meloni-devenue-le-levier-d

    En Italie, la politique migratoire du gouvernement Meloni devenue le levier d’une dérive illibérale
    Allan Kaval
    Remise en cause du travail des magistrats, contournement du Parlement, mise sous surveillance de la presse, marginalisation des droits humains… La surenchère continue de la présidente du conseil italien conduit à la fragilisation de l’Etat de droit.
    En septembre 2022, Giorgia Meloni remportait les élections législatives avec sa coalition dominée par l’extrême droite, au terme d’une campagne axée essentiellement sur le dossier migratoire. Dans l’histoire de l’Italie républicaine, elle devenait ainsi la première présidente du conseil issue de la famille néofasciste. A l’approche du scrutin qui doit se tenir en 2027, lors duquel elle briguera le renouvellement de son mandat, la question reste centrale dans les discours de son camp. Cependant, elle a évolué au gré d’une surenchère sur le thème de l’accélération des expulsions. Les plus radicaux portent l’aspiration d’une homogénéisation ethnique du pays en usant d’un slogan identitaire qui s’est installé dans le débat public – la « remigration ».
    Mme Meloni entend désormais montrer qu’elle se situe à l’avant-garde en Europe. De fait, elle souhaite réduire le droit d’asile à sa plus simple expression, tout en organisant l’éloignement d’étrangers en situation irrégulière vers des pays situés hors de l’Union européenne, où ils n’ont pas nécessairement d’attaches, comme le fait déjà, aux Etats-Unis, l’administration de Donald Trump, dans des conditions brutales. Cette approche, contestée par les organisations de défense des droits humains, gagne du terrain au sein d’autres gouvernements européens, qui prévoient la création de plateformes de retour. Dans la Péninsule, parallèlement, le dossier migratoire est devenu le laboratoire de la remise en cause des contre-pouvoirs et des garanties démocratiques.
    En France, l’immigration figure au cœur d’un projet de référendum constitutionnel promu par le Rassemblement national, dont les implications, pour les piliers de la démocratie, dépassent de loin la question migratoire. De son côté, Mme Meloni n’a pas eu besoin d’avoir recours à une mesure aussi spectaculaire pour que le thème s’impose progressivement comme le terrain d’expression privilégié d’une conception du pouvoir fondée sur la prééminence de l’exécutif et sur le primat de la légitimité électorale par rapport au fonctionnement de l’Etat de droit. Mais aussi sur la mise en œuvre d’une pratique politique rétive à toute transparence et peu regardante en matière de respect des droits humains.
    L’invalidation par la justice italienne de certaines décisions migratoires de Mme Meloni a ainsi pu donner à son exécutif l’occasion de remettre en cause le travail de magistrats considérés comme « politisés » et présentés comme illégitimes au regard d’un gouvernement issu des urnes. Cette rhétorique a été utilisée notamment lors de la campagne pour le référendum sur la réforme de la magistrature – que la présidente du conseil a perdu en mars – et dénoncée par les partisans du non, qui y ont vu une tentative de mise au pas de l’institution.
    Des attaques de cette nature ont également été menées au sujet de la suspension temporaire par la justice de l’utilisation que fait le gouvernement de centres de détention pour étrangers installés en Albanie. Perçu comme un modèle à suivre par un nombre croissant de responsables européens dans un contexte d’escalade xénophobe, ce projet a été critiqué par Amnesty International, dans un rapport paru le 20 août. L’organisation non gouvernementale estime qu’il est porteur de graves atteintes à l’Etat de droit, en particulier du fait de l’opacité organisée autour du fonctionnement de ces centres.
    Des jeunes migrants à bord d’un voilier de l’ONG allemande ResQship, dans l’attente des opérations de transfert au port de Lampedusa (Italie), le 21 avril 2026.
    Fondé sur un accord informel passé entre Rome et Tirana, et non sur un traité dont la ratification aurait impliqué le Parlement, il contribue à normaliser, dans la vie publique transalpine, des exigences de transparence dégradées. C’est aussi le cas des accords passés par Rome sur le contrôle des flux migratoires venus d’Afrique avec le président autoritaire de la Tunisie, Kaïs Saïed, et les diverses autorités qui se partagent le contrôle de la Libye. La coopération avec ces acteurs, responsables d’exactions documentées contre des personnes migrantes, induit le renoncement à toute considération pour le respect des droits humains, au nom de la fermeture des routes migratoires irrégulières.
    Manifestation marquante de cette approche, le gouvernement Meloni avait organisé, en 2025, l’exfiltration vers Tripoli du Libyen Osama Almasri Najim, visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crime de guerre et crime contre l’humanité, alors qu’il se trouvait en Italie. Accusé d’homicides, de tortures et de violences sexuelles, ce responsable d’un site de détention pour migrants était partie prenante du système d’externalisation du contrôle frontalier consolidé, en Libye, par le gouvernement de Mme Meloni.
    C’est toujours à la question migratoire, qui apparaît dorénavant comme un levier efficace de transformation illibérale, qu’ont été liées certaines atteintes sérieuses à l’autonomie de la société civile. En 2025, des journalistes couvrant la situation des migrants en Méditerranée ont ainsi révélé avoir été avertis par Meta – la maison mère de Facebook et d’Instagram – que leurs téléphones avaient été infectés par un logiciel espion de la société israélienne Paragon (utilisé par Rome), de même que ceux de membres d’ONG de sauvetage en mer, tel le prêtre Mattia Ferrari, de Mediterranea Saving Humans.
    Ces organisations, visées par des procédures judiciaires et des réglementations pensées pour restreindre leur action de manière draconienne, ont servi au gouvernement pour tester des procédés efficaces de contrôle et de pression sur la société civile. D’ailleurs, il n’a pas réagi aux attaques armées perpétrées en Méditerranée, à partir de 2025, contre certains de ses bateaux par des hommes en armes libyens à partir de vedettes militaires livrées par Rome. Là encore, c’est en lien avec les questions migratoires qu’une autre limite a été franchie du point de vue de ce qui peut, aujourd’hui, être jugé acceptable en démocratie.

    #Covid-19#migration#migrant#italie#remigration#sante#droit#immigration#libye#albanie#tunisie#humanitaire

  • Changement climatique : « Les menaces à venir renforcent la peur du déclassement et les stratégies d’ascension sociale individuelles »

    Les chocs climatiques comme les incendies ne changent pas nécessairement les modes de vie, rappelle l’historienne Béatrice Cherrier dans sa chronique au « Monde » : la lutte contre le réchauffement ne se joue pas seulement dans la prise de conscience de celui-ci.

    Plus de 115 000 hectares ont déjà brûlé en 2026. L’année restera comme la pire de l’histoire récente des #incendies en France. Au Porge (Gironde), 175 maisons ont été détruites ; à Correns (Var), le feu est entré dans le village. Beaucoup espèrent que ce choc produira ce que près de quarante ans de rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du #climat n’ont pas obtenu : une prise de conscience collective, un changement de comportement et l’inscription des questions environnementales à l’agenda de l’élection présidentielle. La thèse d’anthropologie politique qu’Elise Boutié a soutenue en 2024 à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, « La maison brûle. Cultiver le déni du changement climatique après un mégafeu en Californie du Nord », invite à en douter.

    Que se passe-t-il après le feu ? Pour répondre à cette question, Elise Boutié a partagé sept mois de la vie des habitants du comté de Butte, en Californie, entre 2019 et 2021. Ceux-ci avaient subi en novembre 2018 le « Camp Fire », l’incendie le plus meurtrier jusqu’alors de l’histoire de cet Etat : il détruisit six communes, fit 85 morts, provoqua l’évacuation de plus de 50 000 personnes, et 62 000 hectares et 19 000 bâtiments partirent en fumée. L’anthropologue a suivi la reconstruction, les réunions de quartier et les commémorations, des assemblées de propriétaires jusqu’aux services forestiers.

    Elle en tire une conclusion contre-intuitive : deux ans plus tard, ces habitants de la classe moyenne vivent un « nouveau normal où rien ne change ». Loin de souder un collectif, démontre-t-elle, la catastrophe peut conduire chacun à consolider sa position sociale et matérielle. Ceux qui avaient une assurance solide ont reconstruit leur pavillon, mais plus grand, et selon des choix qui disent le statut plutôt que la sécurité : la large baie vitrée ouverte sur les arbres, l’étage ajouté qui domine les parcelles voisines, la surface habitable comme mesure de la réussite. Autrement dit, les menaces à venir renforcent la peur du déclassement et les stratégies d’ascension sociale individuelles.

    Mécanique du déni

    L’anthropologue démonte la mécanique du #déni : dès le premier anniversaire, les commémorations sont organisées de manière à nier le caractère systémique de la catastrophe. Si la #sécheresse est attribuée au réchauffement climatique, l’incendie, lui, est expliqué soit par la rupture d’une ligne à haute tension et par la responsabilité de l’électricien, soit par la négligence des voisins ; par un concours de circonstances, ou par la volonté de Dieu.

    Les séquelles physiques et psychologiques de l’incendie font le reste : les troubles de la mémoire et du sommeil sont si répandus qu’un terme local les désigne, le fire brain (« cerveau du feu »). Le comté de Butte vote républicain, mais cet effacement est transpartisan. Il tient à un attachement de classe que le pavillon incarne et au rapport à la nature qu’il trahit : une forêt que l’on contemple de son salon et que l’on tient à distance.

    Bien sûr, le contexte français est différent : une religion moins prégnante, une violence de classe moins frontale, une classe politique moins climatosceptique. Le processus, pourtant, reste le même. On ne peut compter sur l’émotion des sinistrés, car la catastrophe est absorbée par les structures mêmes qui ont fabriqué la vulnérabilité. Quelques semaines après le feu, les protagonistes des incendies en Gironde sont déjà engagés dans une guerre des récits : quelle part de responsabilité revient aux inégalités territoriales, aux services publics, à la gestion des forêts ?

    Plutôt qu’une source de pessimisme, cette enquête invite donc à s’interroger sur les liens entre changements écologique, culturel, politique et économique, et à prêter l’oreille aux dimensions vite effacées par les récits en cours de formation. Si le déni n’est pas simplement affaire de politique ou d’information mais d’attachements économiques, alors la lutte contre le réchauffement ne se joue pas tant dans la « prise de conscience » que dans la transformation de structures économiques : crédit immobilier, assurance, économie forestière, inégalités.

    ¶Béatrice Cherrier est historienne de l’économie, directrice de recherche au Centre de recherche en économie et statistique (CREST-CNRS) et à l’Ecole polytechnique.

    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/02/changement-climatique-les-menaces-a-venir-renforcent-la-peur-du-declassement

  • Donald #Trump s’attaque à la science américaine et prend le risque qu’elle soit distancée par la Chine
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/09/01/donald-trump-s-attaque-a-la-science-americaine-et-prend-le-risque-qu-elle-so

    Vu de Paris, cela ressemble à un mystère. Comment les Etats-Unis, qui depuis près d’un siècle donnent le tempo de la science mondiale, peuvent-ils détruire méthodiquement leur position dominante, et, surtout, pourquoi le font-ils ? Pourquoi le pays renonce-t-il à un instrument fondamental de son soft power, alors qu’il semble obsédé par sa propre puissance ? Jusqu’où peut-il laisser des pans entiers de sa recherche s’effondrer, au risque de laisser à son premier concurrent, la Chine, le nouveau leadership planétaire ?

    Dès son retour aux affaires, en janvier 2025, le président américain, Donald Trump, a pris plusieurs décrets afin de s’attaquer à une science selon lui rongée par le gauchisme et par l’« idéologie woke ». Les programmes de diversité, équité et inclusion, qui encadraient l’organisation universitaire, ont été supprimés. Plus de 350 mots ou expressions, parmi lesquels « crise climatique », « mixité », « pollution » ou encore « femme », ont été prohibés, sous peine de retrait de financement. Des centaines de bases de données ont vu leur accès bloqué, quand elles n’étaient pas simplement détruites.

    Les agences fédérales ont toutes vu leurs têtes tomber, des départements entiers disparaître dans la recherche sur le climat, les discriminations, l’environnement. Près de 300 000 emplois ont été supprimés en dix-huit mois. L’administration Trump a annoncé une saignée budgétaire pour 2026 : − 24 % pour l’agence spatiale (la NASA), − 40 % pour les Instituts nationaux de la santé (NIH), et même − 56,9 % pour la National Science Foundation, qui finance la recherche universitaire. Cette fois, ce ne sont plus des domaines précis qui sont visés pour leur portée idéologique, mais la science dans son ensemble.

    Des dégâts déjà visibles
    Au Congrès, les élus démocrates, mais aussi de nombreux républicains, sont sous le choc. La #Constitution de 1787 n’a-t-elle pas pris soin d’inclure, dès son article premier, une clause visant à « promouvoir le progrès de la #science et des arts utiles » ? Depuis le projet Manhattan sur la bombe atomique jusqu’à la conquête spatiale, la science a rythmé l’histoire des Etats-Unis. Les parlementaires ont fini par rétablir l’essentiel des crédits, mais l’administration ne s’avoue pas vaincue. Elle a bloqué la distribution des fonds fédéraux et annoncé une réforme du bureau chargé de l’exécution budgétaire (Office of Management and Budget, #OMB). Ce ne sont plus des commissions de #chercheurs qui désormais décideront des projets à soutenir – leur avis ne sera plus que consultatif –, mais un représentant de l’OMB. Son rôle : s’assurer de la « #conformité des #recherches avec les priorités gouvernementales ».

    Le président américain, Donald Trump, au centre spatial Lyndon B. Johnson de la NASA, à Houston (Texas), le 28 août 2026. WIN MCNAMEE/AFP
    La réforme doit s’appliquer le 1er octobre. D’ici là, l’OMB devra examiner les 496 000 commentaires qui se sont déversés sur son site – dont 95 % sont opposés à la #réforme, selon un examen par la presse américaine des 52 000 premiers commentaires publiés. Outre le #contrôle_politique, ces messages dénoncent l’« interdiction de fonds fédéraux pour les #collaborations_étrangères », explicitement prévue par le texte, la possibilité d’interrompre à tout moment un soutien fédéral, ou encore l’accès limité aux conférences et aux #publications scientifiques, pourtant au cœur du processus de #recherche.

    « Les Etats-Unis ont bâti la plus grande entreprise scientifique de l’histoire de l’humanité sur une idée simple : financer les meilleures idées, choisies par les meilleurs experts, et ne pas s’en mêler, écrit ainsi David Miller, physicien de l’université de Chicago, dans un commentaire repris par le site d’enquête Propublica. Ce n’est pas un principe partisan. C’est le principe qui a donné naissance au transistor, à Internet, au GPS, à l’IRM et à tous les vaccins modernes. (…) Ce projet de règlement démantèle entièrement ce principe. »

    D’ores et déjà les dégâts sont visibles. Le nombre d’entrées en thèse a diminué de 15 % cette année dans les 55 principales universités américaines. Les meilleurs étudiants étrangers ne veulent plus se confronter à l’arbitraire du système des visas. Des sociétés savantes américaines délocalisent leurs congrès à l’étranger pour accueillir la fine fleur de la science mondiale.

    L’annonce, début juillet, par le Jordano-Palestinien Omar Yaghi, Prix Nobel de chimie 2025, qu’il quittait l’université de Californie à Berkeley pour l’université Tsinghua, à Pékin, a fait sensation. La Chine supplante désormais les Etats-Unis dans de nombreux domaines scientifiques. Depuis 2019, elle est passée au premier rang mondial dans les dépôts de brevet ; depuis 2023, elle domine le Nature Index des publications scientifiques et ne cesse de creuser l’écart. En 2024, elle a aussi dépassé les Etats-Unis dans les dépenses de recherche et développement. Un déclin amorcé avant le second mandat de Donald Trump, qui promet de s’accélérer.

    Alors pourquoi un tel sabordage ? Par bêtise, disent certains. Inutile de financer la recherche en biologie, puisque les nouveaux médicaments seront découverts grâce à l’intelligence artificielle, a ainsi expliqué le secrétaire américain à la santé, Robert Kennedy Jr. Présidente de #Stand_Up_for_Science, le mouvement d’opposition à l’offensive gouvernementale né en janvier 2025, la psychologue Colette Delawalla rappelle que le secteur des sciences, technologies et médecine représente 39 % du produit intérieur brut des Etats-Unis.

    Le business devrait donc, au contraire, conduire les trumpistes à soutenir la science… mais une autre dimension intervient. « A leurs yeux, embrasser la science revient à s’éloigner de Dieu, explique-t-elle. Leur vision nationaliste chrétienne du monde ne laisse aucune place à une réalité où la science et la religion pourraient coexister. » Le puritanisme contre la science : une vieille histoire à laquelle les Etats-Unis offrent une nouvelle jeunesse.