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  • Covid-19 : en Calabre, des hôpitaux en souffrance
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/23/covid-19-en-calabre-des-hopitaux-en-souffrance_6060779_3244.html

    Miné par un endettement très lourd et de lourds soupçons d’infiltration mafieuse, le système sanitaire calabrais – en Italie, la santé est du ressort des régions – a été placé sous tutelle d’un commissaire extraordinaire depuis 2010. Depuis, en dix ans, aucun des problèmes structurels auxquels la région est confrontée n’a connu ne serait-ce qu’un commencement de réponse. En 2007, un contrat avait été signé entre l’Etat et la région prévoyant la construction de cinq hôpitaux, afin de résoudre le problème du sous-équipement. Par la suite, ce nombre a été réduit à trois. Finalement, treize ans après cet accord, rien n’a été fait. Pire, plusieurs structures ont été démantelées. A une trentaine de kilomètres de Reggio Calabria, la plaine de Palmi, qui rassemble plus de 160 000 habitants, est une des parties les plus délaissées de la région. Dans cette zone, les quatre petits hôpitaux qui existaient encore, au début des années 2000, ont été « rétrogradés » en « maisons de santé », et le chantier de grand hôpital prévu par le contrat Etat-région de 2007 n’a pas encore commencé. « Depuis plus de dix ans que les commissaires extraordinaires gèrent la région, ils n’ont fait que fermer des structures, et encourager les départs de personnes qui n’ont pas été remplacées », accuse l’écrivain Mimmo Gangemi, ancien cadre technique de l’agence de santé de Palmi, qui a assisté ces dernières années au lent démantèlement du système.
    Depuis plusieurs semaines, le poste de commissaire est vacant, et le feuilleton de la nomination du nouveau responsable a provoqué dans tout le pays un mélange d’amusement et de consternation. Début novembre, Saverio Cotticelli, qui occupait le poste depuis 2018, a été démis de ses fonctions après une désastreuse prestation à la télévision, dans laquelle il s’est montré incapable de dire quelles étaient les disponibilités de la région en matière de soins intensifs, et semblait découvrir en direct qu’il aurait dû élaborer un plan d’urgence contre le coronavirus. Son successeur annoncé, Giuseppe Zuccatelli, a dû renoncer après quelques jours, pour avoir déclaré au printemps que les masques ne servaient à rien. Quant au troisième candidat pressenti, Eugenio Gaudio, ancien recteur de l’université romaine de la Sapienza, il a vite jeté l’éponge, affirmant que sa femme « ne voulait pas aller s’installer à Catanzaro [le siège de la capitale régionale] ». Comme si le tableau n’était pas assez sombre, le président du conseil régional, Domenico Tallini (Forza Italia, droite modérée), a été arrêté jeudi 19 novembre pour des soupçons de malversations en lien avec la puissante ’Ndrangheta, la Mafia calabraise.
    Face à cette situation ubuesque en pleine urgence sanitaire, le gouvernement a appelé au secours le chirurgien Gino Strada, fondateur de l’ONG Emergency, pour installer des hôpitaux de campagne dans la région. Comme dans un pays en guerre. Habitué depuis des années à fonctionner avec des bouts de ficelle, le personnel sanitaire calabrais déploie pourtant, face à la crise, des trésors d’invention. A Gioia Tauro, dans la plaine de Palmi, un complexe de quarante lits pour les malades du Covid a été déployé en quelques jours, avec le soutien de la Croix-Rouge italienne, mais les personnels manquent de tout. « Les commissaires nous coupent toutes les ressources depuis des années, mais ils se gardent bien de mettre un terme aux vrais gaspillages, aux factures payées plusieurs fois ou aux dépenses aberrantes, comme ce local administratif de 3 000 mètres carrés, à Palmi, où travaillent à peine 20 personnes, pour un loyer annuel de plus de 200 000 euros versé à un propriétaire jouissant de grosses protections », confie sur le parking désert un habitant résigné, sous couvert d’anonymat. Depuis des années, les Calabrais, comme des millions d’autres habitants du sud du pays, ont pris l’habitude, en cas de maladies graves, de prendre l’avion pour se faire soigner dans les structures ultramodernes de Lombardie, de Vénétie ou d’Emilie-Romagne. Ce tourisme médical interne, en constante augmentation, a un coût exorbitant pour les régions les plus pauvres du pays, et procure un surcroît de ressources aux plus riches – les indemnités versées par les régions du Sud à celles du Nord sont estimées à 5 milliards d’euros par an –, alimentant encore le déséquilibre. Mais, en temps de pandémie, les frontières intérieures du pays se referment, si bien que les habitants se trouvent livrés à eux-mêmes, conscients du fait que les hôpitaux locaux auront à peine les moyens de les soigner

    #Covid-19#migrant#migration#italie#calabre#lombardie#venetie#emilieromagne#sante#systemesante#tourismemedical#frontiere#inegalite#economie

  • Vaccin anti-Covid : la « success story » du couple fondateur du laboratoire allemand BioNTech
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/15/vaccin-anti-covid-la-success-story-du-couple-fondateur-du-laboratoire-allema

    « De fils de travailleurs étrangers à sauveurs du monde », a titré le Rheinische Post. « Des enfants d’immigrés devenus multimilliardaires », a écrit de son côté le Tagesspiegel. Depuis le début de la semaine, tous les journaux allemands racontent la même success story. Lui, d’abord, né en 1965 à Iskenderun, sur la côte méditerranéenne de la Turquie, arrivé en Allemagne à l’âge de 4 ans avec son père, ouvrier chez Ford à Cologne. Elle, ensuite, de deux ans sa cadette, fille d’un chirurgien né à Istanbul et ayant immigré lui aussi en Allemagne, dans la petite ville de Lastrup, en Basse-Saxe.
    Mariés depuis 2002, parents d’une fille née quatre ans plus tard, les deux jeunes médecins, passionnés d’immunothérapie, ont fondé une première entreprise de biotechnologie en 2001, baptisée Ganymed, qu’ils revendront en 2016. Entre-temps, leur seconde société, BioNTech, verra le jour en 2008. Elle compte aujourd’hui 1 500 salariés. Leurs patrons sont aujourd’hui classés parmi les 100 personnes les plus riches d’Allemagne.
    Après vingt années à travailler sur le cancer, Ugur Sahin, Ozlem Türeci et leurs équipes n’imaginaient évidemment pas que leur nouveau projet de recherche, lancé en janvier en vue de développer un vaccin contre le nouveau coronavirus et baptisé du nom de code « Vitesse de la lumière », porterait aussi bien son nom, au vu des résultats extrêmement prometteurs annoncés, lundi, au cours de la troisième phase d’essai clinique de ce vaccin basé sur la technologie nouvelle de l’ARN messager.
    Salués, d’un côté, comme des « immigrés modèles », visages d’une intégration exemplaire, Ugur Sahin et Ozlem Türeci font également l’objet, depuis le début de la semaine, de vives attaques de certains réseaux d’extrême droite, qui trouvent en eux des cibles idéales leur permettant de lier discours xénophobes et critique radicale des laboratoires pharmaceutiques dans une rhétorique qui flirte volontiers avec le complotisme. A l’instar d’Attila Hildmann, militant végan devenu l’un des leaders du mouvement antimasque en Allemagne, qui a accusé les deux fondateurs de BioNTech d’être à la manœuvre pour « mettre à bas toute la civilisation »…Confiant dans l’efficacité de son vaccin, convaincu qu’il pourra « terrasser le virus » et contribuer à mettre fin à l’épidémie de Covid-19, Ugur Sahin ne semble pas prêt, en tout cas, à jouer les porte-parole de qui que ce soit ni à se laisser enfermer dans un rôle que d’autres voudraient lui assigner, ainsi qu’il s’en est confié au Guardian, jeudi 12 novembre : « Je ne suis pas sûr d’avoir envie de cela. Je pense que nous avons besoin avant tout d’une vision globale qui donne à chacun sa chance. L’intelligence est partagée à égalité entre tous les groupes ethniques, c’est ce que montrent toutes les études. Le hasard a fait que j’ai des origines étrangères. Mais je pourrais tout autant être allemand qu’espagnol. »

    #Covid-19#migrant#migration#allemagne#turquie#sante#immigration#recherche#economie#mobilitesociale

  • Covid-19 : la pression s’accentue en réanimation, premier bilan du confinement dans une semaine
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/08/covid-19-la-pression-s-accentue-en-reanimation-premier-bilan-du-confinement-

    De son côté, le ministre de la santé, Olivier Véran, a estimé lors d’un entretien avec France Inter, France Télévisions et Le Monde que les premières mesures de reconfinement avaient « permis d’avoir une forme de ralentissement de la progression de l’épidémie », même s’il est encore « trop tôt pour juger de l’effet ». Il a donné rendez-vous en fin de semaine prochaine ou début de semaine suivante pour « faire le bilan » et annoncer, au besoin, des « mesures complémentaires ».

    • Il a donné rendez-vous en fin de semaine prochaine ou début de semaine suivante

      Ne mégotons pas, donnons-nous rendez-vous en janvier prochain, pour observer si le ralentissement de la progression est en phase ascendante ou descendante à moins que l’augmentation de la décélération de la progression de l’épidémie soit en baisse haussière... Nous verrons. Rendez-vous à la saint glin-glin !

  • Covid-19 : les transferts de patients français vers l’Allemagne ont repris
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/07/covid-19-les-transferts-de-patients-vers-l-allemagne-ont-repris_6058933_3244

    Cela n’était pas arrivé depuis le printemps. Quatre patients atteints du Covid-19 ont été transférés en Allemagne, jeudi 7 et vendredi 8 novembre, depuis les hôpitaux français où ils étaient pris en charge. Ces transferts concernent des malades de trois établissements situés dans le département de la Moselle. Si ceux-ci « ne sont pas à l’heure actuelle saturés », l’objectif « est d’anticiper tout risque de saturation des services de soins critiques », a indiqué le centre hospitaliser régional de Metz-Thionville, chargé de coordonner l’opération, dans un communiqué publié vendredi.
    « En soins critiques », les quatre patients ont été accueillis dans des hôpitaux de Sarrebruck et Völklingen, dans le Land de Sarre, frontalier avec la France, à quelques dizaines de kilomètres de là où ils étaient soignés jusqu’à présent. Au total, la Sarre s’est dite prête à prendre en charge huit patients hospitalisés en France. Au printemps, elle en avait accueilli 28.
    Si la Sarre ne prévoit pas, cette fois, de soigner autant de malades venus de France, c’est parce que ses hôpitaux sont eux-mêmes plus encombrés qu’au printemps. Vendredi, 60 malades du Covid-19 se trouvaient en soins intensifs ou en réanimation dans les hôpitaux de cette région de l’ouest de l’Allemagne, soit sept de plus que le maximum atteint lors de la première vague de l’épidémie, début avril. A l’époque, un peu plus de 200 lits de soins intensifs étaient disponibles dans l’ensemble de la Sarre. Aujourd’hui, ils ne sont qu’environ 170.
    Avec 32,5 % de places disponibles samedi, selon le registre de l’Association allemande de soins intensifs et de médecine d’urgence (DIVI), la Sarre n’est cependant pas la région du pays où la situation est la plus tendue. Actuellement, les trois Länder les plus surchargés sont Berlin, la Hesse (région de Francfort) et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Cologne, Düsseldorf, Dortmund), où le taux d’occupation des lits de soins intensifs et de réanimation est d’environ 80 %.
    Sur les 28 678 lits de soins intensifs et de réanimation que compte l’Allemagne, 21 597 étaient occupés, samedi, dont 2 768 par des patients atteints du Covid-19, d’après la DIVI. Au même moment, il y avait en France 4 321 malades du Covid-19 en réanimation, selon Santé publique France, pour un nombre total de lits de réanimation d’environ 5 800. Comme au printemps, la différence reste criante entre la France et l’Allemagne s’agissant des capacités d’accueil de leurs hôpitaux. Mais ces chiffres sont en partie trompeurs. Sur les quelque 7 000 lits actuellement inoccupés, en Allemagne, dans les unités de soins intensifs, tous ne sont pas prêts, en effet, à accueillir des malades. « Il nous revient de plus en plus souvent que des lits qui nous ont été déclarés vides ne sont pas utilisables, en réalité, faute de personnel disponible », reconnaissait Christian Karagiannidis, porte-parole de la DIVI, dimanche 1er novembre, dans le quotidien Die Welt. Selon les estimations de la Société hospitalière allemande (DKG), 4 700 postes de soignants manquent actuellement dans les services de soins intensifs du pays. Le problème n’est pas nouveau. Depuis une quinzaine d’années, les hôpitaux allemands font massivement appel à de la main-d’œuvre étrangère, notamment d’Europe du Sud et de l’Est. Pour recruter des infirmiers ou des soignants moins qualifiés, l’Agence allemande pour l’emploi cherche également depuis quelque temps à attirer des Tunisiens, des Philippins et des Mexicains. Le ministre de la santé, Jens Spahn, s’est lui-même rendu à Mexico dans ce but, en 2019

    #Covid-19#migrant#migration#france#allemagne#sante#patient#personnelmedical#migrationtherapeutique#travailleurmigrant

  • « Le confinement allégé ne sera pas suffisant pour casser rapidement la courbe épidémique »
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/05/william-dab-il-faut-des-maintenant-travailler-a-eviter-un-troisieme-confinem
    William Dab, médecin, épidémiologiste, professeur émérite au CNAM, a été directeur général de la santé de 2003 à 2005. Il analyse la stratégie de lutte contre l’épidémie de Covid-19. Propos recueillis par Pascale Santi.

    Les écoles, collèges et lycées ont rouvert lundi 2 novembre, qu’en pensez-vous ?

    La situation n’est pas simple. Le retour à l’école est une bonne décision du point de vue éducatif. Mais du strict point de vue de l’épidémie, il vaudrait mieux les fermer pour réduire la circulation virale. C’est un choix politique, un arbitrage entre l’impératif pédagogique et l’impératif sanitaire.

    Fermer les écoles, surtout durant le premier semestre, accentue les inégalités. Or, on sait que l’épidémie touche plus les populations les plus précaires. En ce moment, on ne cherche pas la bonne solution, on cherche la moins mauvaise.

    Quel est le rôle des enfants dans la circulation virale ?

    Les enfants semblent moins contaminés et moins contagieux. Les adolescents aussi, mais ils ont plus de contacts sociaux. A l’instar des jeunes adultes, ils sont le plus souvent asymptomatiques. Cependant, il faut être prudent avec les études disponibles. Elles ne sont pour la plupart pas françaises, et elles ont été réalisées au moment où la circulation virale était moins forte qu’aujourd’hui, et à des moments où des écoles pouvaient être fermées.

    Vous avez estimé que les enfants devraient porter un masque à la maison, pour quelles raisons ?

    Cette position a suscité beaucoup de réactions. La représentation dominante est qu’il n’y a pas de problème à la maison, où on a le sentiment d’être protégé. Ce n’est pas vrai. Ma position n’est pas le port du masque systématique à la maison. Ce qu’il faut, c’est inciter les familles à évaluer le risque. Actuellement, la circulation du virus est intense et il faut éviter d’être malade. Le temps médical et le temps soignant, déjà diminué, va se réduire tout au long du mois de novembre. Dans ce contexte, les enfants peuvent ramener le virus à la maison sans le savoir et contaminer leurs proches.

    Plusieurs éléments sont à prendre en compte. Vivre dans un grand appartement chacun ayant sa chambre ou à cinq dans 50 mètres carrés, ce n’est pas le même risque. De même, s’il y a dans la famille des gens à risque élevé de complications. Dans ce cas-là, les enfants et les adolescents doivent se considérer contagieux jusqu’à preuve du contraire. Quoi qu’il en soit, il faut être irréprochable sur l’hygiène des mains et veiller à une aération régulière. Il faut aussi réfléchir aux repas, être vigilant sur les ustensiles, les surfaces, etc.

    Le masque à la maison est-il acceptable ? C’est à chaque famille de décider, c’est un choix délicat entre le besoin affectif et le besoin sanitaire. Rappelons que les personnes fragiles ne sont pas que les personnes les plus âgées ; 40 % des personnes actuellement en réanimation ont moins de 65 ans et 90 % des personnes en réanimation ont des facteurs de risque, qui, outre l’âge, sont le surpoids, le diabète et les antécédents cardiovasculaires ou pulmonaires.

    Pensez-vous que ce confinement allégé sera suffisant ?

    Suffisant pour casser rapidement la courbe épidémique, non. Les mesures prises ne peuvent donner des effets que deux semaines après leur instauration. Je serais étonné que l’on parvienne fin novembre à 5 000 contaminations par jour, objectif fixé par le président Macron. Je l’espère, mais obtenir ce résultat alors que les écoles sont ouvertes semble une gageure. Je m’attends plutôt à ce que ce confinement dure jusqu’au mois de janvier.

    Au printemps, un confinement strict a démarré le 17 mars, l’épidémie n’a cessé de gagner du terrain jusqu’au 7 avril. Mais c’était différent, car nous n’avions ni masques, ni gel, ni tests et le taux de reproduction effectif du virus, le « R », était de 3, le nombre de personnes hospitalisées doublait tous les trois jours.

    Depuis la mi-août, nous avons une croissance exponentielle, avec un doublement des cas tous les quatorze jours. Au début du mois de septembre, 5 000 cas de contaminations étaient recensés chaque jour, ce qui a conduit à environ 100 000 contaminations quotidiennes aujourd’hui. C’est le grand piège d’un modèle exponentiel à latence longue, pendant longtemps on a l’impression que c’est maîtrisable et à un moment donné, lorsqu’on passe de 20 000 à 40 000 cas, on perd le contrôle de la pandémie, même avec un taux de reproduction « R » de l’ordre de 1,3 (c’est-à-dire que 10 personnes en contaminent en moyenne 13 autres).

    Qu’est-ce qui a failli ?

    Comme l’a dit le maréchal Foch, les défaites s’expliquent souvent par deux mots : trop tard. Au printemps, nous avons payé la faiblesse de notre préparation face aux pandémies. Les commissions d’enquête parlementaires sont en train d’investiguer cela. Cet automne, nous avions les tests, les masques et le gel hydroalcoolique. Mais nous n’aurions pas dû nous trouver dans cette situation si on avait agi résolument dès la fin août.

    Lors du déconfinement, en mai, les vannes n’ont pas été ouvertes d’un seul coup, mais progressivement. En revanche, fin août, alors que la circulation virale et le nombre de personnes infectées étaient repartis à la hausse, les écoles ont été ouvertes, puis les universités, et on a demandé aux salariés de revenir dans les entreprises, tout cela en même temps, sans stratégie sur l’utilisation des tests, sur l’isolement. Dès lors, le scénario actuel était écrit.

    Que fallait-il faire ?

    L’isolement est la pièce maîtresse de la lutte contre l’épidémie. Ce n’est pas nouveau. On le sait depuis Robert Koch et sa gestion d’une épidémie de fièvre typhoïde. Cela fait des mois que plusieurs instances le recommandent, mais le mot « isoler » a disparu du discours officiel.
    Il ne suffit pas de dire « restez chez vous ». Le dispositif des hôtels avait été évoqué mais n’a jamais fonctionné. Pour cela, il faut mettre en place un accompagnement sur le terrain, personne par personne. Il ne suffit pas non plus de faire 1 million de tests par semaine. Leur usage doit poursuivre un objectif prioritaire qui est de repérer les malades contagieux et de les isoler.

    On s’attendait le 15 septembre à ce que le premier ministre, Jean Castex, annonce des mesures de ralentissement de la circulation virale, mais il s’est contenté de recommandations. Encore une fois, c’est le problème d’un modèle exponentiel avec un temps de doublement des cas qui est long. Il faut prendre des décisions fortes alors qu’il y a encore peu de cas. Le conseil scientifique l’a dit, mais ce n’est pas facile politiquement.

    A-t-on manqué de pédagogie en France ?

    Oui, je le crois. Les gens ont un sentiment d’incohérence, on ne peut pas acheter des livres mais des cigarettes, pourquoi ? Par ailleurs, les incertitudes ne sont pas suffisamment expliquées : mutations, durée de l’immunité, etc.

    Dans ces situations, la confiance sociale est une question absolument clé. Pour l’obtenir, les décisions doivent s’appuyer sur une évaluation scientifique du risque, ce qui veut dire notamment connaître la contribution des différentes sources de contaminations, ce que l’on pourrait faire sur des échantillons, par des enquêtes téléphoniques et chez les personnes admises à l’hôpital. On nous dit que la plupart des contaminations sont dans le cercle familial. Je ne sais pas où sont les données à l’appui de cette affirmation.

    Les dégâts sociaux, économiques et sanitaires liés au confinement ne seront-ils pas supérieurs aux dégâts sanitaires du Covid-19 ?

    Oui c’est possible. J’ai évoqué cela dans vos colonnes dès le mois d’avril. C’est pour cela que la réactivité de la prévention est fondamentale. Si on agit vite et tôt, on limite l’impact sanitaire et l’impact économique. Plus généralement, la question qui se pose à nos sociétés est celle d’un arbitrage entre le court et le long terme. Pour sauver des vies maintenant, faut-il fragiliser les générations futures ? Si notre santé publique était efficace, on n’aurait pas à se poser cette question.

    Etes-vous pessimiste ?

    Par nature, je suis optimiste, mais à court terme, cela va être douloureux. L’optimisme serait que l’on se mette dès maintenant à préparer le déconfinement et de faire ce qu’il faut pour éviter un troisième confinement au printemps, ce qu’évoque le conseil scientifique. Ce serait socialement trop destructeur, on sent déjà le désarroi et la lassitude.

    #covid-19 #prévention #santé_publique

  • En état de crise permanent, le CHU de Guadeloupe se bat pour éviter une « médecine de catastrophe »
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/04/en-etat-de-crise-permanent-le-chu-de-guadeloupe-se-bat-pour-eviter-une-medec

    A la fin du premier confinement, déclaré en mars alors que le nouveau coronavirus circulait au ralenti dans le département d’outre-mer, le bilan était limité à treize morts à l’hôpital et dans les établissements sociaux et médico-sociaux. Dès le milieu de l’été, le nombre de contaminations repart pourtant à la hausse au sein d’une population dans laquelle 100 000 personnes (sur 400 000 habitants) sont considérées comme vulnérables – diabétiques, en surpoids ou atteintes d’une autre maladie chronique. De nouveaux foyers épidémiques apparaissent, en provenance, selon les recherches de l’Agence régionale de santé (ARS), de la partie néerlandaise de l’île de Saint-Martin – le territoire est partagé entre les Pays-Bas et la France depuis 1648.« Sint Maarten [nom de la partie néerlandaise] avait laissé les lieux festifs ouverts avec des entrées de touristes venant du continent américain, indique aujourd’hui Valérie Denux, directrice de l’ARS. On a été très clairement réensemencés par ces clusters, puisque des personnes y sont allées et ont continué à faire la fête en rentrant en Guadeloupe. »
    En plein été, tout juste nommé le 22 juillet, le préfet, Alexandre Rochatte, constate une remontée des indicateurs, mais ne dispose pas du cadre juridique pour imposer de nouvelles mesures de restrictions des déplacements : l’état d’urgence sanitaire est, à cette période, suspendu sur le territoire national. Une attestation de dépistage négatif est bien demandée aux voyageurs arrivant de l’Hexagone, mais ne concerne pas les vols entre les îles françaises des Caraïbes – la faible capacité d’analyse des tests PCR y imposerait de trop longs délais de résultats.

    #Covid-19#migration#migrant#france#metropole#caraibe#saintmartin#sante#systemesanté#sante#cluster#test#frontiere

  • Covid-19 : le taux de mortalité des patients en réanimation lors de la première vague a baissé
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/03/covid-19-la-mortalite-a-baisse-en-reanimation_6058305_3244.html

    Selon une étude menée au printemps sur plus de 4 200 malades, le taux de mortalité est passé de 42 % à 25 %. Ces cas graves sont surtout des hommes, souvent en surpoids. Un quart a moins de 54 ans. Par Sandrine Cabut

    Avec un recul de trois mois, presque sept malades sur dix passés en réanimation pour un Covid-19 (69 %) sont en vie, et le taux de mortalité a baissé de 42 % à 25 % au fil du temps. Alors que la deuxième vague de l’épidémie déferle en Europe, une étude principalement française, Covid-ICU (pour Intensive Care Unit), apporte des données précieuses sur les cas les plus sévères de la première vague, précisant le profil, la prise en charge et le pronostic de ces patients selon leurs facteurs de risque.

    Cette cohorte prospective a inclus 4 244 adultes présentant un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) lié à une infection à SARS-CoV-2, qui ont été admis en réanimation entre le 25 février et le 4 mai dans 138 hôpitaux, surtout en France, mais aussi en Belgique et en Suisse. Plus d’un patient sur deux (56 %) a été recruté en région Ile-de-France.

    Les résultats de cette série, inédite par l’ampleur de son effectif et la durée de suivi, sont accessibles en prépublication sur le site de la Société européenne de réanimation. Elles seront publiées prochainement dans la revue de cette société savante, Intensive Care Medicine.

    « Des Français moyens, “bons vivants” »

    Premier constat : il s’agit surtout d’hommes (dans 74 % des cas), dont l’âge moyen est de 63 ans. Les trois quarts sont en surpoids (41 % étant obèses), près d’un sur deux est hypertendu (48 %) et 28 % sont diabétiques. Seulement 7 % sont immunodéprimés, dans la moitié des cas dans un contexte de traitement par corticoïdes au long cours ; et ils ne sont que 4 % à être des fumeurs actifs. « Contrairement à l’image qui a pu être véhiculée, il ne s’agit pas de personnes extrêmement fragiles, mais plutôt de Français moyens, “bons vivants”. C’est un profil assez différent des patients avec une grippe sévère » , souligne le professeur Alexandre Demoule, président du conseil scientifique du Réseau européen de recherche en ventilation artificielle (REVA) qui chapeaute, avec l’AP-HP, le registre Covid-ICU. Le chef de service de réanimation à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, précise aussi que 25 % de ces malades ont moins de 54 ans.

    Deuxième constat : la plupart des patients de la cohorte (80 %) ont dû être intubés et ventilés par un respirateur pendant leur séjour en réanimation, dont près des deux tiers (63 %) dans les premières vingt-quatre heures. Les autres ont bénéficié d’une oxygénothérapie avec un débit parfois élevé (pouvant atteindre 40 à 50 litres/min) ou d’une technique d’assistance respiratoire non invasive.

    Pour disposer de données consolidées, les réanimateurs ont pris en compte la mortalité à quatre-vingt-dix jours (trois mois). « Il est important d’avoir un recul assez long, car au bout d’un mois on ne peut pas considérer que les survivants sont définitivement tirés d’affaire » , insiste le réanimateur Matthieu Schmidt, coordinateur de l’étude Covid-ICU. De fait, parmi les patients qui ont nécessité une ventilation mécanique pendant les vingt-quatre premières heures de la réanimation, le taux de mortalité était de 31 % à J28, et a grimpé à 37 % à J90.

    Globalement, le taux de mortalité à trois mois chez ces 4 244 patients est de 31 %. Il est donc plus faible que dans les séries américaines et britanniques (de l’ordre de 40 % à un mois) et chinoises (mortalité à un mois supérieure à 50 %).

    Mener des études complémentaires

    Surtout, ce pronostic vital a nettement évolué entre le début et la fin de l’étude, passant de 42 % à 25 %. Parallèlement, la proportion de malades intubés et ventilés a diminué, tandis que celle des ventilations non invasives augmentait. Peut-on attribuer ce meilleur pronostic à l’optimisation de la prise en charge en réanimation ou à des formes moins sévères à la fin de la première vague ? « Pour l’instant, il faut rester prudent sur l’interprétation de la baisse de mortalité, car nous n’avons pas encore comparé les caractéristiques des patients dans les différentes périodes de l’étude » , tempère le docteur Schmidt.

    Selon lui, l’un des résultats les plus frappants de cette étude tient dans les particularités des syndromes de détresse respiratoire aiguë (SDRA) dus au Covid-19. « Comparées à ce que l’on sait des SDRA d’autres origines, nos données montrent un pronostic similaire en termes de mortalité. Mais la durée de séjour en réanimation est bien plus longue en cas de Covid : vingt et un jours en moyenne, contre onze dans les autres SDRA, explique le réanimateur. C’est un facteur d’engorgement des services, qu’il faut prendre en compte dans la planification. »

    L’analyse de la cohorte Covid-ICU a permis aussi de mieux identifier les principaux facteurs de risque associés à un mauvais pronostic – de façon indépendante les uns des autres : âge, obésité, diabète, immunodépression, atteinte rénale, temps court entre le début des symptômes et l’admission en réanimation. L’hypertension artérielle n’est en revanche pas apparue à elle seule, de manière indépendante, comme un facteur de mortalité.

    Les réanimateurs sont loin d’avoir fini d’exploiter toutes les informations concernant ces patients. « Il y a là une masse de données considérable qui va nous permettre de mener des études complémentaires » , précise le professeur Demoule. Aucune nouvelle inclusion n’est prévue, faute de moyens financiers et humains pour gérer la cohorte. Mais Matthieu Schmidt et Alexandre Demoule l’assurent : les patients atteints du Covid-19 qui arrivent aujourd’hui dans les réanimations ont exactement le même profil que ceux de la première vague.

    #réanimation #hôpital #covid-19

    • Hum. J’avais graissé ce passage avant de ne pas. Il est de suite relativisé par la suite (alors qu’il y a un rajeunissement des hospitalisations ? légitimisme incroyable des toubibs, des professionnels), me disant, ah oui, comprendre c’est déjà excuser.
      C’est à l’image de l’interdiction de filmer la police, fréquement pratiquée et sans doute bientôt imposée par la loi de sécurité globale. L’action publique se doit d’être clandestine. Toute question publique (le « secret des affaires », mon dossier pôle emploi, etc) doit faire l’objet d’un culte de l’ignorance.

      #obscurantismepartout

    • « Un monde à part » : comment fonctionnent les services de réanimation
      https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/11/03/un-monde-a-part-comment-fonctionnent-les-services-de-reanimation_6058374_435

      Le niveau de ventilation artificielle administré dépend surtout du manque d’oxygène dans le corps, que l’on détermine par un indicateur : le rapport P/F, qui est la fraction de l’oxygène des poumons réellement transportée dans le sang. Plus cette fraction est faible et plus les réanimateurs devront ventiler le patient, jusqu’à recourir à l’intubation, une méthode lourde, associée à une incidence élevée de complications (de 20 à 50 %) pouvant menacer le pronostic vital.

      Les patients sous ventilation non invasive restent conscients tout au long de leur séjour. Ils sont soulagés par des antalgiques légers mais souffrent tout de même de gêne respiratoire et d’anxiété liée à leur présence dans un service réservé aux cas sévères.

      Lorsqu’un patient est intubé, en revanche, il est placé sous anesthésie générale et devra le rester le temps de l’intubation. Il est aussi mis sous analgésiques (antidouleurs) et « curarisé » : on lui administre des curares, une substance d’origine végétale qui provoque une grande détente musculaire pour faciliter à la fois le passage de la sonde d’intubation et la respiration. Durant cette période, le patient est placé sur le ventre pendant environ seize heures (on parle de décubitus ventral, cela permet d’améliorer la respiration) et massé régulièrement pour éviter les ecchymoses. Il est hydraté par voie veineuse et alimenté soit avec une sonde gastrique, soit également par voie veineuse : les nutriments sont alors directement injectés dans le sang.

      La période d’intubation est généralement très éprouvante pour le corps et provoque une perte significative de masse musculaire dès la première semaine. Selon la durée, de une à quatre semaines, voire plus, les patients ressortent durablement affaiblis. Il faut réapprendre à déglutir, à respirer, à mobiliser ses muscles, à manger. Les complications pulmonaires ou cardiaques sont fréquentes. Les patients mettent six à douze mois pour se remettre d’un tel choc, souvent plus.

  • Non mais, ils font exprès, ou bien ?
    #guignols

    Covid-19 : Matignon dément l’instauration du couvre-feu à Paris annoncé ce matin par le porte-parole du gouvernement
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/03/covid-19-un-couvre-feu-va-durcir-le-confinement-a-paris-et-peut-etre-en-ile-

    Publié aujourd’hui à 09h13, mis à jour à 10h58
    comme l’indique l’url initial ci-dessus, le titre original était affirmatif :
    Covid-19 : un couvre-feu va durcir le confinement à Paris et peut-être en Île-de-France annonce le gouvernement

    Gabriel Attal avait annoncé mardi matin un couvre-feu à 21 heures à Paris et « peut-être en Ile-de-France ». Selon Matignon, si une fermeture nocturne des commerces a bien été évoquée, elle n’a pas été tranchée et « une décision sera prise dans les prochains jours ».

    Gabriel Attal a visiblement parlé trop vite. Alors que le porte-parole du gouvernement a annoncé mardi 3 novembre matin, sur BFM-TV et RMC, qu’un couvre-feu allait être rétabli à Paris, le gouvernement, ainsi que la Préfecture de police de Paris, ont aussitôt démenti cette annonce auprès du Monde.

    « Au regard de ces situations, nous allons réinstaurer un couvre-feu sur Paris et peut-être l’Ile-de-France (…), à 21 heures je crois », afin de s’assurer que les mesures de limitation des déplacements soient bien respectées, avait annoncé mardi matin le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, en précisant que le ministère de l’intérieur détaillerait les conditions dans un arrêté à paraître « dans la journée ». Il avait en outre souligné que 100 000 contrôles avaient donné lieu à 14 000 verbalisations en France depuis le début du confinement.

    Dans la foulée de cette annonce, Matignon a démenti auprès du Monde que cette mesure ait été actée :
    « Cette décision n’est absolument pas décidée à ce stade. Le préfet de police a évoqué cette mesure au regard de certaines situations observées en soirée à Paris. Elle consiste à fixer une heure nocturne de fermeture des commerces autorisés à fonctionner. Cette mesure va être concertée avec la municipalité parisienne par la préfecture mais n’est pas décidée à ce stade. Une décision sera prise dans les prochains jours. »

  • Le Conseil scientifique plaide pour une stratégie de « suppression » du Covid après la deuxième vague | Les Echos
    https://www.lesechos.fr/economie-france/social/le-conseil-scientifique-plaide-pour-une-strategie-de-suppression-du-covid-a

    Le Conseil scientifique a publié, dimanche, la note dans laquelle il préconisait un couvre-feu plus dur ou un reconfinement. Il s’attend à plusieurs autres vagues en 2021, et esquisse des pistes de réponse.

    UNE DEUXIEME VAGUE ENTRAINANT UNE SITUATION SANITAIRE CRITIQUE, conseil scientifique #covid-19
    https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/note_conseil_scientifique_26_octobre_2020.pdf

    A. Durée de la 2ème vague

    1. Il est très difficile de prévoir combien de temps va durer la 2ème vague, car cela dépend du virus lui-même, de son environnement climatique, des mesures qui vont être prises pour limiter la circulation du virus, de leur acceptation et donc de leur impact.
    On peut faire une hypothèse d’une sortie de 2ème vague en fin d’année ou début d’année 2021. Cette sortie devrait s’accompagner d’un retour de la circulation du virus à un niveau très contrôlé (5 000 à 8000 nouvelles contaminations par jour maximum). Ce contrôle permettrait de mettre en œuvre une stratégie offensive de « Tester- Tracer-Isoler » avec une plus grande chance de succès.

    2. Il faut en effet commencer à tirer des leçons du relatif échec de la stratégie « Tester- Tracer-Isoler » durant la période de mai à septembre 2020. C’est la seule stratégie, couplée aux mesures de distanciations physiques, qui permet un contrôle possible de la circulation virale comme cela a été montré dans un petit nombre de pays d’Asie du Sud Est.

    Il est donc essentiel de profiter de la période de « contrôle dur » de l’épidémie qui pourrait s’installer pour optimiser cette stratégie en particulier la partie « Tracer- Isoler » dont les moyens doivent être largement augmentés, en particuliers en effectifs humains avec les équipes mobiles « brigades », et sur la mise en place de l’application « Tous Anticovid » sur une large fraction de la population, ainsi que sur l’application d’un isolement de 7 jours accompagné d’ « incentives » (voir Avis du Conseil scientifique sur l’isolement, septembre 2020).

    3. La place des médecins généralistes et d’une façon générale des professionnels de santé (pharmaciens, professions médico-sociales...) doit être beaucoup plus importante durant cette 2ème vague, mais également à son décours, qu’elle n’a été durant la première partie de la crise : dans la prise en charge des patients en amont des hôpitaux mais aussi dans le dépistage. L’utilisation des tests de diagnostics antigéniques doit pouvoir être réalisée de façon large en dehors des laboratoires de biologie.

    #conseil_scientifique #Tester-Tracer-Isoler

    Un rappel de la stratégie Tester-Tracer-Isoler que la présidence a préféré nommer, lors de son allocution du 28 octobre " tester, alerter, protéger". Les avis de ce conseil scientifique finissent par contredire tout à fait le gouvernement, malgré leur concessions trop prudentes (ça monte parcequ’il fait froid). C’était déjà le cas, en creux, sur le maintien des élections municipales, et plus clairement encore en juillet dernier (déconfinement raté, reprise de l’épidémie).

    Le message présidentiel était bien un message d’alerte (au point de sortir opportunément du chapeau un chiffrage des morts en Ehpad), quant aux tests et à la protection... On rigole (pas de prolongation d’allocation pour les chômeurs en fin de droits cette fois, par exemple). Idem pour un traçage qui ne pourrait se faire, si ils daignaient s’y coller, qu’avec 30 à 40 000 embauches (on se demande à quoi servent les CDD), tout comme il serait indispensable d’embaucher à l’école, dans les hostos et dans les Ehad, si il était sérieusement question de "vivre avec le virus"... tout en oeuvrant à sa suppression.

    Le traçage, ils ont à nouveau le temps d’y penser puisque, sauf moyens très conséquents, il faudra attendre des semaines et des semaines (janvier ?) que le nombre de contaminations baisse.

    • Covid-19 : la deuxième vague de la pandémie en France pourrait être plus haute que la première
      https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/11/02/covid-19-en-france-une-deuxieme-vague-qui-pourrait-etre-plus-haute-que-la-pr

      [...] « Il y a (…) devant nous de nombreux mois avec une situation extrêmement difficile » , prévient-il dans son dernier avis, rendu public vendredi soir. Les scientifiques font l’ « hypothèse d’une sortie de vague en fin d’année ou en début d’année 2021 » , mais craignent que plusieurs vagues se succèdent ensuite au cours de l’hiver et du printemps.

      Leur analyse repose sur de nouvelles modélisations réalisées à partir des données d’hospitalisation jusqu’au 29 octobre. Une note de l’Institut Pasteur, communiquée au Monde samedi, révèle que dans le pire des scénarios, jusqu’à 9 000 malades atteints du Covid-19 pourraient être hospitalisés en réanimation au pic épidémique, autour de la mi-décembre – contre plus de 7 100 lors de la première vague, le 8 avril.

      Dans leur « scénario de référence », les scientifiques estiment que le taux de reproduction du virus (le R0) pourrait tomber à 0,9 – contre 0,7 lors du premier confinement –, mais ils envisagent aussi un « scénario pessimiste », avec un Ro à 1,2, à peine inférieur à ce qu’il est aujourd’hui. « Il y a de grandes incertitudes sur l’efficacité des nouvelles mesures, moins contraignantes » , met en garde Simon Cauchemez, modélisateur à l’Institut Pasteur et membre du conseil scientifique.

      Dans le scénario de « référence », autour de 6 000 patients pourraient être hospitalisés en réanimation dès le 12 novembre, et jusqu’à 6 600 dans le scénario « pessimiste » – davantage, donc, que les 6 300 lits disponibles à date. Déclinées par région, ces modélisations font apparaître une situation très critique en Auvergne-Rhône-Alpes, avec plus de 1 300 patients contaminés par le SARS-CoV-2 attendus en réanimation pour seulement 795 lits disponibles, et en Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), avec 685 patients atteints du Covid-19 anticipés pour 610 lits. En Ile-de-France, la quasi-totalité des 1 425 lits pourraient être occupés.



      Infographie Le Monde

      Eviter que les hôpitaux ne soient débordés

      Toutes ces projections partent de l’hypothèse d’un impact « instantané » du reconfinement. Mais s’il faut plusieurs jours pour que les comportements se modifient, le nombre d’hospitalisations en réanimation pourrait être encore plus élevé. Et le parcours des patients à l’hôpital peut aussi jouer : la probabilité d’être transféré en réanimation lorsqu’on est hospitalisé et la durée du séjour dans le service ont un impact très important sur le nombre de lits occupés au pic, à la hausse comme à la baisse.

      Jusqu’à trois semaines seront nécessaires pour pouvoir estimer la valeur du R0 et réduire ces incertitudes, ce qui signifie que le gouvernement risque de ne pas disposer de signaux clairs au moment où il devra réévaluer la situation dans deux semaines. « Tant qu’on ne sait pas dans quel scénario on se trouve, il est difficile de savoir combien de temps le confinement devra durer » , souligne Simon Cauchemez, en rappelant que l’objectif premier est de plafonner le pic épidémique pour éviter que les hôpitaux ne soient débordés.

      Pour faire face à cette seconde vague, le ministère de la santé compte armer davantage de lits de réanimation, pour atteindre un total de 10 500, contre 6 300 aujourd’hui. Selon un tableau communiqué au Monde, jusqu’à 945 patients pourraient ainsi être pris en charge (+ 20 %) en Auvergne-Rhône-Alpes, près de 1 100 en PACA (+ 80 %) et 2 140 en Ile-de-France (+ 50 %). Pour y parvenir, une grande partie des opérations chirurgicales non urgentes seront déprogrammées, afin de libérer des soignants et des chambres – y compris les blocs opératoires et les salles de réveil.

      « On a l’impression d’être assis sur une Cocotte-Minute dont le couvercle va exploser » , résume[Alexandre Demoule, chef de la réanimation à la Pitié-Salpétrière, à Paris], inquiet de la transformation du profil des patients en quinze jours, plus gravement atteints, et plus jeunes.

      Le retour à la « normale » n’est pas pour tout de suite

      Seuls les patients les plus graves – intubés et placés en coma artificiel – seront placés en réanimation, tandis que les autres pourront être hospitalisés dans des chambres conventionnelles équipées d’un système de surveillance « allégé ». « Cela requiert une grande vigilance car il faut identifier très vite les malades dont l’état de santé s’aggrave et qui doivent être transférés en réanimation », souligne Alexandre Demoule.
      La prise en charge des patients non atteints du Covid-19 est une autre source d’inquiétude. « Nous avons parfois des difficultés à leur trouver un lit. Nous en refusons deux tous les jours » , témoigne le réanimateur, en précisant qu’une solution a toujours pu être trouvée « ailleurs ».

      Le retour à la « normale » n’est pas pour tout de suite. Même dans le scénario le plus optimiste – avec un R0 de 0,7 – on se retrouverait au 1er décembre, fin prévue – pour l’instant – du confinement, avec environ 3 000 patients contaminés par le SARS-CoV-2 en réanimation, soit à peu près le même nombre qu’aujourd’hui. « Si le R0 diminue mais reste proche de 1, il faudra beaucoup de temps pour que le niveau des hospitalisations redescende » , prévient Simon Cauchemez, en précisant que l’allure de la courbe épidémique diffère d’une région à l’autre car les paramètres – structure d’âge de la population, niveau d’immunité acquis lors de la première vague – ne sont pas les mêmes.

      La stratégie pour la suite n’a rien d’évident. Soit on adopte une stratégie de stop and go « en laissant de nouveau filer l’épidémie avec un R à 1,5, avant d’instaurer un nouveau confinement », soit on trouve « une combinaison de mesures qui permettent de sortir du confinement sans avoir à y retourner deux mois plus tard » , explique le scientifique.

      Seule l’arrivée de vaccins changera la donne

      Dès lors que le nombre de nouveaux cas quotidiens sera redescendu autour de 5 000 (contre 50 000 aujourd’hui), la stratégie « tester-tracer-isoler » pourra de nouveau être déployée. « C’est la seule, couplée aux mesures de distanciation physique, qui permet un contrôle possible de la circulation virale », souligne le conseil scientifique dans son avis, en soulignant qu’elle n’a pas vraiment marché jusque-là.

      Il estime « probable » que ces mesures « ne suffiront pas pour éviter d’autres vagues, après la deuxième vague » , en rappelant que seule l’arrivée de vaccins et/ou de traitements changera la donne. « L’immunité en population va mettre de nombreux mois à monter de façon significative et commencer à ralentir la rapidité de la circulation du virus en population générale » , insistent les scientifiques.

      Dans ce contexte, le conseil scientifique souligne l’importance d’ouvrir la réflexion et la discussion sur les objectifs que les Français souhaitent se fixer au lendemain de la deuxième vague. « La société française est-elle prête à consacrer une partie importante des moyens de santé au Covid-19, éventuellement au détriment de la prise en charge d’autres pathologies, avec comme conséquences des pertes de chance pour des pathologies non Covid ? A l’inverse, la société française est-elle prête à affronter un nombre de décès très élevé dans sa population la plus fragile et la plus âgée ? » , interrogent-ils. Le compte à rebours pour y répondre a déjà commencé.

      Cités :

      Epidémie de Covid-19 : « Nous allons être face à des situations humaines impossibles »
      https://seenthis.net/messages/883697

      Covid-19 : la promesse intenable des 12 000 lits disponibles en réanimation [par manque - par milliers- de personnel potentiellement disponible, ndc]

      Coronavirus : le couvre-feu pour tenter de sauver le dispositif de #traçage des #cas_contacts [et en réserve pour un déconfinement à venir, c’est le seul moyen de fermer les bars et restos, sans susciter l’ire des commerçants, ndc]

  • Des niveaux alarmants de pesticides mesurés dans les #sols et les #vers_de_terre
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/29/des-niveaux-alarmants-de-pesticides-mesures-dans-les-sols-et-les-vers-de-ter

    Conclusion : la totalité des prélèvements analysés contiennent au moins une des substances recherchées, et 90 % contiennent un mélange d’au moins un #insecticide, un #fongicide et un #herbicide. Si un tel constat est inédit, c’est que les auteurs ne se sont pas arrêtés aux surfaces cultivées. Ils ont prélevé leurs échantillons sur des parcelles agricoles conduites en #agriculture conventionnelle, en agriculture biologique, mais aussi sur des #prairies et des #haies n’ayant jamais reçu de traitements. « Dans 40 % des cas, on retrouve plus de dix #pesticides différents », explique l’écologue Vincent Bretagnolle (CNRS) et coauteur de ces travaux.

    sous #paywall

    Residues of currently used pesticides in soils and earthworms : A silent threat ?
    https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0167880920303534

  • Pollution de l’air : la France renvoyée à nouveau devant la justice européenne
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/30/pollution-de-l-air-la-france-renvoyee-a-nouveau-devant-la-justice-europeenne

    Bruxelles reproche à la France « le #non-respect systématique » des règles européennes en matière de #pollution aux particules fines #PM10, dont les seuils ont été dépassés à #Paris et en #Martinique.[...]

    Entre 48 000 et 76 000 morts par an

    • En Ile-de-France, « il y a une amélioration graduelle » concernant les particules fines PM10, avec « des dépassements ponctuels », rapporte Airparif, chargé de la surveillance de la qualité de l’air. Mais si on se base sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), bien plus contraignantes que les normes européennes, « les trois quarts de la population francilienne restent exposés à des dépassements ».

      #santé

  • Epidémie de #Covid-19 : « Nous allons être face à des situations humaines impossibles »
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/29/epidemie-de-covid-19-nous-allons-etre-face-a-des-situations-humaines-impossi

    Xavier Lescure, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital Bichat, redoute une saturation des services de réanimation et critique le manque de lien entre le terrain et la prise de décision.
    Propos recueillis par Chloé Hecketsweiler

    Xavier Lescure, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital Bichat, estime que les hospitaliers ont « multiplié les mises en garde », mais qu’ils n’ont pas été entendus.

    Dans son allocution mercredi soir, Emmanuel Macron a annoncé près de 9 000 personnes en réanimation au 15 novembre. N’est-ce pas trop tard pour sauver l’hôpital ?

    Depuis plusieurs semaines, nous avons perdu le contrôle de l’épidémie. Ce nouveau confinement est un coup de frein à main, qui ne nous empêchera pas de partir dans le décor. Les politiques et les citoyens considèrent que les hôpitaux sont solides, mais ils ne peuvent pas absorber de tels à-coups.

    Quand les « réas » seront débordées, il faudra bien choisir entre tel ou tel malade. On n’ose pas le dire mais c’est une réalité. Si on est complètement sous l’eau, nous allons être face à des situations humaines impossibles.

    Comment en est-on arrivé là ?

    Dès la mi-août, j’ai alerté sur la dégradation des indicateurs. Il y avait bien trop de clusters, signe que le virus circulait déjà beaucoup. Les CPAM [Caisses primaires d’assurance maladie] étaient à la peine pour tracer les cas. Du jour au lendemain, on a demandé à leurs agents de faire quelque chose qui n’a rien à voir avec leur métier : cela ne pouvait pas marcher. Il ne suffit pas de passer un coup de fil aux gens en leur expliquant qu’il faut s’isoler. Il faut aller sur le terrain, faire de la pédagogie, de l’accompagnement.

    Pourquoi avoir attendu que les réas soient à moitié pleines pour agir ? Il faut maintenant prendre des mesures qui auront un impact social et économique majeur. Cela fait neuf mois que nous sommes sur le pont, en première ligne pour voir ce qui se passe. Nous avons multiplié les mises en garde, mais nous ne sommes pas entendus. Il n’y a pas assez de lien entre le terrain et la prise de décision.

    Les politiques se sont-ils montrés trop optimistes ?

    Je comprends qu’il ne faille pas crier au loup trop tôt, qu’il faille que les mesures soient acceptées, mais entre « tout va bien » et « il faut confiner tous les Français », des mesures proportionnées auraient pu être prises avant. Les politiques réagissent quand le dernier rempart – la réanimation – est menacé. Dans certains hôpitaux la quasi-totalité des lits sont déjà occupés par des malades du Covid-19. Pour faire face à cette envolée, le ministre de la santé [Olivier Véran] affirme qu’il va armer 12 000 lits : c’est illusoire ! On peut toujours faire des effets d’annonce, nous dire qu’on est extraordinaire, mais où va-t-on trouver les soignants pour s’occuper de tous ces malades ?

    La pénurie de soignants est le « talon d’Achille » de la France…

    A la suite de la première vague, le salaire des infirmières a été revalorisé de 180 euros. Sur un petit salaire, c’est une revalorisation importante, mais cela ne permet pas de rattraper notre retard : nous sommes toujours bien au-dessous de la moyenne des pays de l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques]. Il faut donner aux gens l’envie de travailler dans le public ! Le risque, sinon, est de créer un système de santé à deux vitesses, avec d’un côté des dispensaires, de l’autre des cliniques de luxe. La tâche qu’on nous demande d’accomplir est trop épuisante, les gens vont partir. Nous n’alertons pas pour sauver « notre » hôpital mais l’hôpital de tout le monde.

    Comment l’hôpital fait-il face à cette deuxième vague ?

    Certains services d’urgence ne savent déjà plus où mettre les malades. Les urgentistes doivent les faire dormir sur des brancards. Dans mon service, un étage entier – soit la moitié des lits – est occupé par des patients atteints du Covid-19, tous des cas graves. Nous avons tout fait pour faciliter le retour à domicile et renforcer les structures de soins de suite. Et, malgré cela, la réanimation prend de nouveau l’eau, et nous sommes proches d’un point de rupture.

    Quels sont les scénarios auxquels il faut s’attendre ?

    Il faut s’attendre à une succession de vagues plus ou moins rapprochées, au moins pendant quelques mois. Tout l’enjeu est qu’elles montent le moins haut possible. Et l’on ne pourra pas y arriver sans une implication de tous les citoyens.

    Le Covid-19 n’est pas une maladie grave – moins de 1 % de létalité – mais il est très transmissible, et peu visible. Environ la moitié des contaminations sont le fait de personnes « asymptomatiques », ou « présymptomatiques ». La seule solution est que nous agissions tous comme si nous étions porteurs du virus : il ne faut pas attendre d’être contact avéré ou symptomatique pour respecter partout et tout le temps les mesures barrières.

    Comment susciter un tel changement ?

    Toute la question est de savoir où mettre la contrainte pour qu’elle soit acceptée dans la durée. Faut-il imposer le port du masque dans la rue toute la journée, quand on sait que cela a une efficacité, certes, mais limitée ? Face à des informations un peu contradictoires, les gens sont perdus. Il faudrait davantage mettre l’accent sur les changements de comportements en simplifiant les mesures, en les expliquant.

    Il faudrait aussi tenir plus compte du terrain sur lequel nous menons ce combat. Cette épidémie débarque sur un terrain social fragile. Nous avons une recrudescence de personnes blessées grièvement à l’arme blanche. C’est un signe. Cette épidémie révèle les fragilités de notre société, attise les tensions. Nous sommes arrivés à un point de bascule, mais j’ai peur que les politiques soient un peu dans le déni.

    #crise_sanitaire #hôpital #soignants

  • Covid-19 : à Roubaix et Tourcoing, la précarité amplifie la contamination
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/28/a-roubaix-et-tourcoing-la-precarite-amplifie-la-contamination_6057599_3244.h

    La situation est particulièrement inquiétante dans les secteurs de Roubaix et Tourcoing, où les difficultés socio-économiques côtoient déjà habituellement les tristes records sanitaires. Dans une infographie réalisée à partir des données de l’agence de sécurité sanitaire Santé publique France (SpF) datées du 18 octobre, Franceinfo classe les vingt communes françaises de plus de 10 000 habitants où le taux d’incidence est le plus élevé. Roubaix arrive en deuxième position (derrière Le Chambon-Feugerolles dans la Loire) avec un taux de 1 124, puis en quatrième place Wattrelos (1 046), en cinquième Tourcoing (950), etc., soit au total neuf villes du versant nord-est de la métropole lilloise dans ce palmarès inquiétant.
    « On a des hypothèses mais pas d’explications exactes pour justifier la circulation très active du virus dans ces villes, prévient Bakhao Ndiaye, docteur en épidémiologie pour SpF. La précarité peut être un facteur favorisant, tout comme la composition des familles, souvent nombreuses. Quand vous vivez à dix dans un appartement, c’est pas comme d’être à deux. » D’origine sénégalaise, le médecin veille à ce que les populations précaires ne soient pas stigmatisées : « Il y a peu d’études à ce sujet mais la promiscuité joue un rôle important, dit-il. Médecins sans frontières a réalisé une étude diffusée le 6 octobre qui montre une surcontamination dans des lieux de regroupement de personnes en grande précarité en Ile-de-France. » Au-delà de la pauvreté (un foyer roubaisien sur deux vit avec moins de 1 015 euros par mois), l’épidémiologiste pointe également la jeunesse de la population (49,2 % des Roubaisiens ont moins de 30 ans) qui parfois « ne croit pas à la dangerosité du virus », souligne-t-il.
    A Tourcoing, la nouvelle maire Doriane Bécue a annoncé la formation d’ambassadeurs pour aller à la rencontre de la population. A Roubaix, une trentaine d’habitants bénévoles, ambassadeurs de la santé animés par le Centre communal d’action sociale (CCAS), dirigeants de centres sociaux et professionnels de la prévention santé, sillonnent déjà les rues pour mieux diffuser au plus près des Roubaisiens les messages de prévention afin d’enrayer l’épidémie. « Une partie du public n’adhère pas, insiste le préfet à l’égalité des chances, Daniel Barnier. Il faut aller vers ces gens et pour cela il faut s’appuyer sur les acteurs locaux. » Mais gare à ne pas pointer du doigt les plus précaires dans cette augmentation exponentielle des cas de Covid-19. Le triangle d’or BMW de la métropole lilloise, composé des villes cossues de Bondues, Mouvaux et Wasquehal, n’est pas épargné. Le 21 octobre, le taux d’incidence était de plus de 1 000 dans le très chic quartier du Bois d’Achelles à Bondues, ville voisine de Tourcoing, rappelant que le virus n’a pas de frontières.

    #Covid-19#migrant#migration#france#precarite#logement#economie#sante

  • Deuxième vague : impréparation bis repetita ? - Tribune collective
    https://www.liberation.fr/debats/2020/10/26/deuxieme-vague-impreparation-bis-repetita_1803512

    Des soignants s’indignent des conditions dans lesquelles ils devront affronter la deuxième vague. Un nouveau Ségur de la santé est nécessaire pour remettre en cause la gestion comptable qui nuit depuis quarante ans au secteur de la santé.

    Deuxième vague : impréparation bis repetita ?
    Tribune. Nous voilà en plein dans la deuxième vague, nous nous apprêtons à jouer le remake de la précédente, peut-être en pire car personne ne pourra dire que nous ne savions pas. Ce n’est pas seulement le virus qui tue et fait souffrir, mais bien aussi la ligne Maginot d’un économisme imposé aux dispositifs de soins.

    La première vague a montré les défaillances des dirigeants face à la crise : masques, gel hydroalcoolique, surblouses, tests, traitements, injonctions contradictoires sur le confinement. Dès le début de la pandémie se sont succédé improvisations et faux pas de pouvoirs publics pris à contre-pied dans leur « régulation » de l’hôpital tandis que les télés se répandaient en « hommages » aux « héros en blouse blanche ».

    Pourtant, à la fin du confinement, nous constations une floraison de menaces de sanctions disciplinaires à l’encontre de soignants qui avaient affronté le Covid-19, parfois au péril de leur vie. Certains, à raison de leur mandat syndical, avaient légitimement exprimé des critiques et témoigné de la pénurie de matériel, unanimement constatée dans notre pays.

    « L’après » est au désenchantement car nous n’évitons pas l’amnésie institutionnelle… qui produit la même impréparation, ou presque.

    La stratégie de santé publique se résume au fiasco des tests de dépistage, une note salée, liée à la frénésie à tester, qui tenait davantage au respect d’une annonce politique de 700 000 tests par semaine que d’un intérêt sanitaire. Une course absurde au dépistage qui a encombré les laboratoires contraints par leur logistique à délivrer des résultats à 10 jours, rendant ces dépistages inefficaces et mettant en échec le triptyque « tester-tracer-isoler ».

    La deuxième vague montre quant à elle le mépris de nos classes dirigeantes. L’impréparation donne le vertige, l’amateurisme inquiète. Comme un gospel de la pénurie : nous n’avions pas de masques, ils étaient inutiles, nous n’avons pas assez de lits en réanimation, cela ne serait pas « la solution miracle » donc tout aussi inutiles… ou du moins ils ne constituaient pas une priorité nationale.

    Bon, neuf mois après l’alerte, on finira par voir une sortie des versions fragmentées de quelques vérités et exigences de base. Pour la troisième vague ?

    #crise_sanitaire #soignants #santé_publique

  • Flambée de l’épidémie de Covid-19 en Polynésie française
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/27/flambee-de-l-epidemie-de-covid-19-en-polynesie-francaise_6057517_3244.html

    Dans cette collectivité d’outre-mer aux compétences partagées entre la France et le gouvernement local, le président, Edouard Fritch, et le haut-commissaire, Dominique Sorain, ne veulent pas d’un nouveau confinement. La Polynésie a déjà été confinée pendant plusieurs mois, et même placée sous couvre-feu, au début de l’épidémie. La restauration et surtout le tourisme sont en grande difficulté.Même au marché de Papeete, pourtant fréquenté par la clientèle locale, les commerçants souffrent de la baisse d’activité. « Les gens n’ont plus de travail et plus d’argent, alors certains jours, je ne vends rien, pas un bouquet, alors que je suis là seize heures par jour, mais je viens quand même, on ne sait jamais », se désespère Léa Haerea, une vendeuse qui n’a jamais vu une telle crise en cinq décennies. Une crise amplifiée par l’absence de caisse de chômage en Polynésie.
    A ses côtés, une autre fleuriste, Mareva Teuira, dénonce la gestion de l’épidémie : « Il ne fallait pas ouvrir les frontières aux touristes et aux remplaçants des fonctionnaires et des gendarmes, on aurait pu garder les mêmes, et c’est eux qui ont amené le virus. » La Polynésie a rouvert ses frontières le 15 juillet pour sauver son tourisme, et l’épidémie a commencé à se répandre deux semaines plus tard. Ce choix a accentué la défiance envers les élus, qui concentrent les reproches de cette commerçante : « Le premier cas de Covid à Tahiti, c’est une députée, et il y a quinze jours, c’est le président Fritch qui a ramené le virus de France, sans compter tous les élus venus voter à Papeete pour les sénatoriales, qui ont dispersé le virus dans les îles : pour moi, les politiques sont les premiers responsables. »
    Quelques jours après les sénatoriales organisées à Tahiti, plusieurs élus municipaux ont en effet été testés positifs au virus dans de petites îles jusqu’ici épargnées. Les îles et atolls isolés des cinq archipels polynésiens sont la principale crainte du ministère de la santé local. Beaucoup ne disposent que d’un infirmier pour tout professionnel de santé. Les cas sérieux doivent être évacués par avion vers Tahiti, l’île la plus habitée, la seule équipée d’un hôpital moderne. L’autre inquiétude porte sur les comorbidités : l’hypertension artérielle, le diabète et l’obésité sont des facteurs de risque très répandus parmi les Polynésiens.

    #Covid-19#migration#migrant#france#polynésie#sante#archipel#systemesante#frontiere#tourisme#economie#politique

  • « C’est la même maladie, les mêmes gens, les mêmes problèmes » : au service de « réa » de l’hôpital Bichat, une seconde vague du Covid-19 bien trop réelle
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/27/on-se-demande-si-on-va-tenir-dans-le-temps-au-service-de-rea-de-l-hopital-bi

    RÉCIT Pendant une semaine, « Le Monde » a suivi le quotidien des soignants, des patients et des familles de ce service. Après l’accalmie de l’été, c’est le retour au front, et peut-être, d’ici à quelques semaines, aux choix douloureux d’une « médecine de guerre ».

    #paywall, mais tout est dans le titre, il me semble

    • Selon les modèles épidémiologiques dont [Jean-François Timsit, le chef du service de réanimation médicale, ] dispose, plus de 7 000 patients Covid-19 pourraient être hospitalisés sur l’ensemble du territoire en réanimation au 1er janvier 2021. « Si on étale la courbe, on pourra sauver davantage de monde, mais la prise de conscience collective est difficile » , estime-t-il, en expliquant qu’avec un taux de reproduction – le « R » – de 1,4 le confinement risque d’être le seul moyen de reprendre le contrôle de l’épidémie.

      Dans leur petite salle de repos, avec un matelas aménagé à même le sol dans un recoin, les réanimateurs ne cachent pas leur lassitude. « Les mêmes qui nous applaudissaient au printemps ne mettent pas leur masque » , s’agace Juliette Patrier, en colère contre les flyers antimasque distribués près de l’hôpital. « La lune de miel avec les Français est passée » , abonde sa collègue Lucie Le Fèvre. De l’autre côté du périphérique, l’hôtel Formule 1 est un peu leur baromètre, avec le prix des chambres mis à jour en temps réel : 51 euros aujourd’hui contre 24 euros pendant le confinement. Le signe, selon ces médecins, que la vie continue un peu trop « comme avant ».

      [...]

      La seconde vague, la centaine de soignants de la « réa » l’a vue arriver depuis des semaines, avec son cortège de choix difficiles. « Répondre à la question : qui est prioritaire ? C’est quelque chose qu’on fait tout le temps, ce n’est pas spécifique au Covid , précise Lucie Le Fèvre, mais des plus de 75 ans qui s’en sont sortis, on n’en connaît presque pas. » La réanimation est une telle épreuve physique que chaque admission se décide au cas par cas, en évaluant la probabilité pour un patient de retrouver une vie autonome. Après deux ou trois semaines de soins intensifs, rares sont ceux qui ont les ressources pour se rétablir. « Du coup, les nouveaux qui arrivent à 78 ans, on se dit que ce n’est pas nécessaire de leur infliger ça. »

      Certains sont malgré tout hospitalisés en réanimation, après discussion. « Dans ce cas, on essaie d’éviter l’intubation » , explique Fabrice Sinnah, un autre réanimateur. « On les aide avec un apport d’oxygène et une surveillance rapprochée qui n’est pas possible ailleurs » , précise-t-il, en rappelant que, même pour les personnes en bonne forme physique, il faut six mois à un an de rééducation pour se remettre d’un passage en « réa ». Chaque mercredi, un « staff éthique » permet de faire le point sur les cas difficiles, de poser la question de « l’obstination déraisonnable » quand la prise en charge apporte davantage de souffrance que de bénéfices.

      [...]

      Ce mercredi, l’un des patients, un trentenaire prénommé Emin, vient d’ouvrir les yeux, après trois semaines de coma artificiel, mais il est difficile d’évaluer les éventuelles atteintes cérébrales. Lui aussi a frôlé plusieurs fois la mort : un arrêt cardiaque, une fièvre montée jusqu’à 43 °C, maîtrisée in extremis grâce à une chimiothérapie et à la mise en place d’une circulation extracorporelle destinée à refroidir le sang. Pierre Jaquet refait une nouvelle fois le point avec sa femme et sa sœur, et les réconforte : « Je ne peux pas vous rassurer plus que cela, mais il est jeune, il va pouvoir se battre plus longtemps. Ici on a toutes les machines pour l’aider. »

      Oui, « tout est dit », si ce n’est cette projection sur les effectifs de patients en réanimation, et l’absence de renforts, lue ailleurs, et qui va peser lourd.

      #hôpital #étaler_la_courbe... #crise_sanitaire #soignants

  • Covid-19 : à Saint-Etienne, « la situation est en train de nous échapper », Luc Chatel
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/22/covid-19-a-saint-etienne-la-situation-est-en-train-de-nous-echapper_6056963_

    Si la contamination poursuit sa hausse, les hôpitaux ne pourront bientôt plus accueillir de malades.

    Déjà soumise au couvre-feu nocturne depuis le 17 octobre, la métropole de Saint-Etienne voit la situation sanitaire se dégrader de jour en jour. Le chef-lieu de la Loire affiche désormais le plus haut niveau de contaminations du pays, avec un taux d’incidence de 807 cas sur sept jours pour 100 000 habitants, contre 370,5 de moyenne nationale, selon les dernières données de Santé publique France. Le département de la Loire a enregistré neuf décès en vingt-quatre heures, jeudi 22 octobre. A l’Hôpital privé de la Loire (HPL), deuxième plus gros établissement sanitaire de Saint-Etienne, après le centre hospitalier universitaire (CHU), le directeur, Janson Gassia, détaille : « Nous avons actuellement 54 patients Covid, alors qu’ils étaient 45 au plus haut de la première vague, début avril. »

    Très présent dans les médias pour critiquer les décisions gouvernementales face au coronavirus, dont l’instauration du couvre-feu et la fermeture des bars dans sa ville, le maire (LR) de Saint-Etienne se fait ces jours-ci plus discret. Alors qu’il affirmait, lundi 12 octobre sur RTL, qu’il n’y avait « aucun malade dans les #Ehpad stéphanois », Gaël Perdriau, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, a dû faire face une semaine plus tard à l’identification par l’agence régionale de santé (ARS) d’une dizaine de clusters dans des Ehpad.

    Pour Janson Gassia, « à ce rythme, nous allons atteindre le taux maximum d’occupation des lits [d’hôpitaux] d’ici deux semaines » . Il avait été recommandé la semaine du 12 octobre aux établissements de la Loire de déprogrammer 30 à 40 % des interventions non urgentes, or l’HPL et le CHU en sont à plus de 70 %. « Nous allons très vite devoir cesser toute intervention hors Covid » , prévient le professeur Franck Chauvin, directeur de la prévention au CHU de Saint-Etienne, président du Haut-Conseil de la santé publique et membre du conseil scientifique mis en place au printemps par le gouvernement. Jusqu’à présent, la situation avait pu être en partie régulée grâce à des transferts de malades : neuf patients stéphanois ont notamment été pris en charge la semaine du 12 octobre par le CHU de Clermont-Ferrand. « Nous avons également fait des transferts entre établissements du groupement hospitalier de territoire » , précise Janson Gassia.

    « Notre personnel est très fatigué »

    C’est en effet à cette échelle locale, qui couvre la Loire et le nord de l’Ardèche et qui regroupe une dizaine d’établissements hospitaliers sous la direction du CHU de Saint-Etienne, que s’organise au quotidien la gestion des lits. « Nous avons une conférence téléphonique quotidienne entre directeurs, du lundi au dimanche, pour évaluer la situation, précise le patron de l’HPL. C’est ce qui nous a permis jusque-là de répartir au mieux tous les patients. Mais nous en sommes à un stade où nous ne pouvons pas repousser les murs pour ouvrir de nouveaux de lits. Et notre personnel, qui est très impliqué et désormais bien formé à cette situation, commence à être très fatigué. » Une fatigue qui se ressent aussi chez les médecins généralistes. « Tout le monde est débordé, la situation est en train de nous échapper, constate avec dépit Nassira Drikeche, médecin généraliste dans le quartier populaire de Montreynaud. Depuis une dizaine de jours, ça n’arrête pas : les appels téléphoniques liés au Covid ont doublé et il y a beaucoup plus de cas positifs, notamment chez des patients asymptomatiques. C’est une catastrophe. »

    Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer la situation. « La population de Saint-Etienne est plus précaire que celle des autres métropoles, puisque 25 % des Stéphanois vivent sous le seuil de pauvreté , rappelle Régis Juanico, député (Génération.s) de la Loire, dont la circonscription recouvre une bonne partie de la ville. Or on sait que le virus atteint plus spécialement ces personnes. C’est une piste d’analyse, mais on n’a en réalité aucune explication satisfaisante. Rien ne permet pour l’instant de justifier l’ampleur de la progression. » Pour Franck Chauvin, comme pour l’ARS, « Saint-Etienne n’est peut-être que la première d’une série de villes qui seront tout aussi fortement touchées. Les courbes des autres départements sont très mauvaises. »

    75 % de plus de 70 ans

    A Saint-Etienne, comme dans d’autres villes affectées par la pandémie de Covid-19, l’âge des patients est un motif d’inquiétude. « Les plus de 70 ans représentent plus de 75 % des personnes atteintes du coronavirus qui entrent à l’hôpital ces derniers jours , indique Franck Chauvin. Or leur durée d’hospitalisation est plus longue et ils sont plus souvent admis en réanimation que les autres malades du Covid. C’est de là que vient l’essentiel de la tension. » C’est donc auprès de ce public qu’il faudrait et qu’il faudra agir prioritairement, selon lui. « On n’a pas mis en place de mesures de protection spécifiques pour ces personnes fragiles, qui se contaminent pour l’essentiel dans la sphère familiale, regrette-t-il. Elles doivent absolument continuer à mettre un masque quand elles se trouvent avec des plus jeunes, ventiler les pièces, se laver les mains, utiliser du gel hydroalcoolique et respecter les distances pendant les repas. » Ce que soulignent tous les observateurs stéphanois, c’est en effet la mauvaise application des gestes barrières : masque enlevé pour se faire la bise, pour se parler ou pour téléphoner, relâchement lors de réunions familiales, distanciation non respectée, etc.

    En attendant de pouvoir compter sur une remobilisation de la population, d’autres solutions sont à l’étude au sein de la préfecture de la Loire, où chaque lundi, un « point Covid » est organisé autour de la préfète et d’un grand nombre d’institutions concernées par la pandémie. « Un arrêté d’extension de l’alerte maximale à des communes voisines de la métropole, voire à tout le département de la Loire, est déjà dans les cartons » , précise un participant à ces réunions. Deux autres mesures ont été évoquées lors du dernier « point Covid » de la préfecture : l’avancée du couvre-feu à 19 heures et le reconfinement localisé.

    #hôpital #précarité #prévention_en_berne (on se demande pourquoi) #couvre-feu #reconfinement

    • Covid-19 : « Les citoyens doivent être davantage associés aux mesures à prendre face à l’épidémie », le turbo prof Franck Chauvin, cancérologue et professeur de santé publique à l’université Jean-Monnet, à Saint-Etienne, préside le Haut Conseil de santé publique et est membre du conseil scientifique sur le Covid-19. Propos recueillis par Chloé Hecketsweiler
      https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/23/covid-19-les-citoyens-doivent-etre-davantage-associes-aux-mesures-a-prendre-

      Le professeur de santé publique Franck Chauvin (...) et la nécessité d’une pédagogie tournée notamment vers les plus de 70 ans.

      Franck Chauvin (...) explique la difficulté d’évaluer les conséquences à long terme des mesures prises pour lutter contre l’épidémie, et la nécessité d’associer les citoyens à ces choix qui engagent toute la société.

      Il va falloir vivre avec le virus tout l’hiver, voire au-delà. Quelles sont les stratégies possibles ?

      Il y a trois solutions. La première consiste à laisser le virus se propager sans prendre de mesures restrictives. L’expérience de pays comme le Royaume-Uni au début de la pandémie ou le Brésil, par exemple, montre l’impossibilité d’une telle solution, inacceptable en termes de mortalité. Une autre stratégie est de faire du « stop and go » , c’est-à-dire qu’on contrôle la circulation du virus par des confinements entrecoupés de périodes de relâche, car le confinement ne peut durer indéfiniment. Soit enfin, on trouve un moyen de réduire le risque de façon chronique en protégeant les plus fragiles et en essayant de limiter la circulation parmi les autres. [une politique de suppression du virus n’est pas envisagée, c’est con pour les précaires de Saint_Étienne et d’ailleurs, ndc]

      La seconde vague est là. Comment éviter une catastrophe dans les hôpitaux ?

      L’analyse rétrospective des chiffres montre que, si, en mars, on avait été en mesure de protéger les plus de 70 ans, les hôpitaux n’auraient pas été débordés. Mais nous ne le savions pas à l’époque. Le conseil scientifique avait proposé à la sortie du confinement de maintenir une sorte de confinement volontaire pour ces personnes-là : cela avait été très mal perçu.

      Je pense qu’il faut faire beaucoup de pédagogie auprès de cette population car, au-delà d’un certain âge, le risque de formes graves de ce virus augmente de façon très importante. Ce message, difficile à recevoir pour ces personnes, est crucial à faire passer dans l’ensemble de la population.

      Il faut bien avoir en tête que, au-delà d’un seuil, obtenir la disparition totale du virus n’est plus possible, sauf en cas de découverte d’un médicament ou d’un vaccin très efficaces et massivement disponibles. Il est donc très probable que nous devions apprendre à vivre avec ce virus comme l’humanité l’a fait et le refera.

      Les grands-parents doivent-ils renoncer à voir leurs petits-enfants, à les embrasser ?

      Le problème est que nous n’avons pas conscience que des gens de notre propre famille puissent représenter un danger. Au bout d’un moment, les mesures barrières tombent. C’est probablement à ces occasions-là que les gens se contaminent.
      Je ne pense pas qu’il faille réduire les liens sociaux notamment entre générations. Il faut en créer d’une autre nature. Si les petits se sont lavé les mains, et si tout le monde porte un masque, le risque est limité. Il faut juste s’y habituer. On n’empêchera pas le virus de circuler – on n’en est plus là – mais on peut espérer le garder sous contrôle et limiter son impact dans les populations à risque.

      En quoi cette épidémie se distingue-t-elle des autres ?

      Le caractère exceptionnel de cette crise n’est pas l’épidémie elle-même : il y en a eu d’autres, de grande ampleur, comme la grippe asiatique de 1957-1958 ou la grippe de Hongkong en 1968-1969. Tous les hôpitaux étaient saturés, plus d’un million de personnes sont décédées dans le monde et pourtant personne n’en a parlé.

      Ce qui est exceptionnel, c’est que, cette fois, on a considéré que le sanitaire devait l’emporter sur tout le reste et cela dans pratiquement tous les pays du monde. Le caractère extrêmement brutal de l’épidémie a sidéré tout le monde, et les pays ont quasi tous fait le même choix, en confinant leur population pour sauver les hôpitaux et permettre la prise en charge de tous les patients.

      Aujourd’hui, on prend des décisions sans savoir sur le long terme si leur effet n’est pas finalement plus délétère que la maladie…

      Il y a avant tout une situation urgente à résoudre. Idéalement, quand on conseille de prendre telle ou telle mesure, on devrait être en mesure de dire ce qu’on en attend en matière d’efficacité, et ce que cela va coûter, c’est-à-dire quel sera l’impact des mesures. Cela dit, le bilan de la première vague commence à se préciser. Le rapport de la mission présidée par le professeur Pittet [https://www.vie-publique.fr/rapport/276679-gestion-de-crise-la-covid-19-et-anticipation-des-risques-pandemi donne de premiers éléments en matière de PIB [ produit intérieur brut ], de baisse de taux d’emploi ou de chute de la consommation.

      Ainsi, ce rapport note que le confinement a été responsable d’une chute de 10 points de PIB, à laquelle s’ajoutent les dépenses sociales engagées pour soutenir les secteurs touchés. Les économistes préciseront probablement ces coûts dans les mois qui viennent. Les effets induits commencent à être mieux connus aussi grâce à des études conduites par des équipes de recherche en sciences humaines et sociales. De l’autre côté, des simulations permettent d’estimer le nombre de décès qui ont été évités par cette mesure inédite. Ce sont ainsi probablement plusieurs dizaines de milliers de morts qui ont été empêchés.

      Avec ces données, n’est-il pas possible d’établir la balance coût-bénéfice du #confinement ?

      C’est très compliqué à faire, car cela repose sur le calcul des décès « évités » prenant en compte l’âge des patients. Un certain recul est nécessaire pour apprécier ce qu’on a gagné d’un côté et perdu de l’autre grâce à cette mesure dont on sait, de façon certaine, qu’elle a eu pour effet de limiter la saturation du système hospitalier. Et ce n’est absolument pas en période de crise que l’on peut conduire ce type de réflexion. Le caractère émotionnel est trop important et notre jugement risque d’être faussé.

      La question aurait néanmoins pu être soulevée entre les deux vagues…

      C’est en effet une question que doit poser la société. Et la réponse ne peut être que collective. Les décisions à prendre pour faire face à l’épidémie sont extrêmement impactantes, et c’est pourquoi les citoyens doivent y être davantage associés. Il est vrai que l’arrivée de cette seconde vague aussi rapidement a probablement empêché ce type de discussion au sein de la société, mais cela reste une discussion nécessaire.

      En matière de santé publique, notre société est organisée autour d’un certain nombre de pactes implicites ou explicites. Par exemple, la grippe est responsable de 10 000 décès par an environ, et ce dans une certaine indifférence. Nous acceptons collectivement que la vaccination ne soit pas systématique dans l’entourage des personnes à risque ou à l’hôpital. C’est bien un choix sociétal qui est fait.

      Il faudra donc attendre la fin de la crise aiguë pour connaître le coût des restrictions pour la société ?

      Ce sera le travail des économistes de nous éclairer sur ce point. On est en récession, le déficit de la Sécurité sociale sera probablement l’un des plus élevés de ces dernières années. Mais le problème, ce ne sont pas tant les chiffres que leur traduction pour la population. En France, l’impact social des mesures prises pour contenir l’épidémie a été retardé grâce à un système d’amortisseur extrêmement performant. Mais cet impact sera perceptible pour chacun d’entre nous, c’est certain. Le président de la République a rappelé aussi les répercussions de ces mesures sur les étudiants, avec le risque de décrochage, des difficultés à trouver des stages, sans parler de l’accès à l’emploi qui va être compliqué pour eux.

      L’impact va être significatif et diffus, avec des effets y compris sur la santé des gens. C’est pour cela que le confinement ne peut se concevoir qu’en dernière extrémité. Il faut que la situation soit dramatique pour aller dans cette direction et elle l’était en mars.

      Compte tenu des enjeux, les Français n’ont-ils pas leur mot à dire sur les mesures à prendre pour « vivre avec le virus » ?

      En période de crise, nous partons du principe que les instructions venues d’en haut sont forcément adoptées dans la population. Or, nous savons que ce n’est pas forcément le cas. Les 20-40 ans, pendant l’été, ont par exemple adopté leur propre stratégie face à l’épidémie. Ils ont eu massivement recours aux tests mais ont été probablement très laxistes sur les mesures barrières. Il faut qu’on trouve le moyen d’associer la population à la mise en œuvre de ces mesures.

      Il faut d’abord informer, éduquer, et engager notre responsabilité individuelle, car l’Etat ne pourra pas tout faire. La génération des 20-40 ans, quoi qu’on en pense, est extrêmement responsable et elle l’a montré par ce recours massif aux tests. Si on leur explique qu’en cas de test positif il faut rester sept jours chez soi, ne sortir qu’avec un masque et voir le moins de gens possible, je suis certain qu’ils le feront.

      Voilà à quoi ressemble ce brave médecin, "directeur de la prévention et de la santé des populations au CHU de Saint-Étienne."
      https://www.hcsp.fr/explore.cgi/personne?clef=2179

    • Covid-19 : premiers transferts de patients pour soulager les hôpitaux sous tension
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/23/covid-19-premiers-transferts-de-patients-pour-soulager-les-hopitaux-sous-ten

      Huit patients des hôpitaux de Roubaix et Tourcoing ont été transférés dans la nuit de jeudi à vendredi vers des établissements de la région lilloise, et huit autres d’Auvergne-Rhône-Alpes vers la Nouvelle-Aquitaine.

      Dommage qu’il n’y ait pas plus d’hostos dans le Loir et Cher et les Alpes de Haute Provence, les départements à faible prévalence du virus se font rares.

      Par ailleurs, la presse ne parle guère des transferts intra régionaux (par exemple de la Seine Saint-Denis vers les Yvelines) qui sont en cours depuis un moment.

    • Cette décision ouvre la voie à un épilogue dans ce marathon judiciaire entamé en 2007 et au cours duquel Paul François, céréalier de Charente, a eu gain de cause à trois reprises en justice, dont la dernière fois en avril 2019 à Lyon.

  • L’hôpital de Montreuil sous la montée du Covid-19 : « C’était presque plus facile, la première vague »
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/10/18/l-hopital-de-montreuil-sous-la-montee-du-covid-19-c-etait-presque-plus-facil


    Aux urgences du centre hospitalier intercommunal André-Grégoire de Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 16 septembre. BRUNO FERT POUR « LE MONDE »

    Malgré l’afflux de patients contaminés par le coronavirus, l’établissement tente de maintenir l’ensemble de ses activités, car il constitue, pour une partie de la population, une « médecine de premier recours ».

    Tenir les deux bouts, à tout prix… mais jusqu’à quand ? Dans les couloirs du centre hospitalier intercommunal André-Grégoire, à Montreuil, l’inquiétude est palpable ce mardi 13 octobre, dans la bouche des soignants. Tout autant que la détermination est nette, chez ceux qui s’affairent de manière presque habituelle désormais, entre les deux circuits « Covid » et « non-Covid ». Impossible de se résoudre à rogner davantage sur les soins des autres patients, comme lors de la première vague de l’épidémie due au coronavirus.

    Dans cette grande barre de béton, plantée dans le Nord-Est francilien, en Seine-Saint-Denis, la deuxième vague est bien là. Voilà plusieurs jours que les douze lits de réanimation sont occupés intégralement par des patients contaminés par le SARS-CoV-2, une trentaine d’autres sont hospitalisés dans les services de médecine. D’une à deux hospitalisations en raison du Covid-19 par jour courant septembre, ce sont désormais quatre à cinq patients atteints du #Covid-19 qui arrivent toutes les 24 heures par les urgences, dans ce centre de 340 lits.

    « On a décidé de contenir le Covid dans certaines unités tant que c’est tenable, de façon à poursuivre les autres activités, explique Albert Boccara, patron de la cardiologie, et chef du pôle des spécialités médicales. Dans quelques jours, ça ne sera peut-être plus le cas, mais, pour l’instant, on arrive à mener les choses de front. » Ce territoire, l’un des plus pauvres de France, est fortement sous-doté en matière d’offre médicale. « Nos chirurgiens opèrent encore des malades qui attendaient depuis mars », rappelle le cardiologue, installé dans son bureau au 3e étage.

    « Solidarité » entre les services

    De premiers ajustements se sont imposés chez lui, comme aux autres étages : un recours plus important à l’ambulatoire, pour éviter de bloquer des lits, un raccourcissement au maximum des durées de séjour… « Déjà on contracte », dit Albert Boccara. La « solidarité » entre les services doit permettre aussi de tenir, chacun essayant d’accepter des patients qui ne relèvent pas forcément de sa spécialité.

    Au rez-de-jardin, les urgences sont en ébullition, comme toujours en début d’après-midi. trente-cinq patients se trouvent dans les couloirs et dans les box, dont « trois “suspi” Covid », énonce le chef de service, Hocine Saal. A l’entrée, un poste central, avec l’infirmière d’accueil, permet de séparer les patients entre le circuit « Covid » et « non-Covid ».

    Avec les réanimations remplies, de premiers transferts de patients ont dû intervenir ces derniers jours, alors que les coups de chauffe se multiplient – neuf patients contaminés par le SARS CoV-2 arrivés dans la nuit de samedi à dimanche, dont trois nécessitant d’aller directement en soins intensifs ; sept patients trois jours plus tôt… « Hier soir, nous avons eu un “patient non-Covid”, mais avec un asthme aigu, qui devait donc aller en soins critiques, les réanimateurs ont réussi à lui trouver une place ailleurs, après avoir appelé deux établissements, souffle-t-il, mais le 93 est sous l’eau… » Sa hantise est claire : « Devoir laisser un patient sur un brancard, ne pas réussir à lui trouver une place », dit le médecin.

    Pas de personnel supplémentaire

    La majorité des patients atteints du Covid-19 qu’il doit hospitaliser arrivent pour quelques-uns en gériatrie, et pour l’essentiel dans le service des maladies infectieuses et de médecine interne. Quand on arrive dans ce long couloir, coupé en deux par le hall d’entrée, pas de doute : l’aile « Est », émaillée de petits chariots où repose toute la gamme du matériel de protection désormais connu, est remplie de patients contaminés par le nouveau coronavirus. On y voit les soignants entrer et sortir des chambres, harnachés de plastique, jonglant entre les 23 patients. Il y a une quinzaine de jours, ils n’étaient que 10, au fond du couloir, aujourd’hui, on craint qu’ils viennent à déborder de l’autre côté, là où 19 « patients non-Covid » sont installés, soit la quasi-totalité des places restantes…

    « Ça a été crescendo, on s’y attendait, raconte le docteur Pierre-Louis Nivose, infectiologue. Et ça commence à coincer. » Rien à voir avec les 200 patients contaminés par le SARS CoV-2 accueillis en même temps au pic de la crise dans l’établissement, mais le défi est tout autre. « En mars, on vivait tous à huis clos sur le Covid, on avait pu mobiliser des infirmiers des salles de chirurgie pour venir nous aider pour ces patients qui nécessitent plus de passage, de charge de travail. Là, ce n’est pas possible, l’activité a repris dans les autres services », souligne-t-il.

    Sans personnel supplémentaire donc, il faut jongler avec cette concomitance de « patients Covid » et « non-Covid » à gérer, avec des visites désormais autorisées. « C’était presque plus facile, la première vague », lâche le praticien de 35 ans, tout en avouant du bout des lèvres son angoisse « que les équipes craquent », alors qu’une « lassitude » se fait sentir.

    Installée au bout du couloir « non-Covid », Jorise G. est soignée pour une complication infectieuse. Elle a eu quelques sueurs froides en arrivant il y a une semaine, sa chambre était alors située de l’autre côté, avec les patients atteints du Covid-19, pour des raisons de place. « Dès que je sortais de ma chambre avec mon masque, dès que quelqu’un s’approchait, j’avais peur », avoue la jeune femme de 23 ans.

    Trouver des places

    Une infirmière termine de lui changer sa perfusion. Elle voit ce retour de l’épidémie avec un certain fatalisme. « On fait des roulements, on n’est pas toujours dans l’aile Covid, comme ça, on peut souffler », dit Emeline, 29 ans, qui ne souhaite pas donner son nom. « Ce n’est pas très motivant, je viens d’apprendre que je vais devoir revenir sur mes congés… lâche-t-elle. Mais bon, il n’y a pas le choix. » Si les congés n’ont pas tous été annulés, explique-t-on à la direction, une « réserve » de personnels mobilisables est en train d’être constituée.

    D’aucuns discutent néanmoins ce choix d’essayer de tenir le plus tard possible sans déprogrammer le reste de l’activité. Le souvenir de la première vague, ce n’est pas seulement la violence de ces semaines où les réanimations étaient saturées, cette trentaine d’hospitalisations par jour, ces 200 patients atteints du Covid-19 au pic… La première vague, c’est aussi « l’après », racontent les médecins.

    Ces patients atteints de maladie chronique, comme le diabète, qui décompensent et reviennent dans un état catastrophique, ces maladies rénales traitées tellement tard qu’il faut immédiatement dialyser, ces cancers et ces insuffisances cardiaques avancés… « Au déconfinement, ça a été la deuxième “maladie” pour nous », résume le docteur Nivose. Lui comme ses collègues le soulignent : ancré en Seine-Saint-Denis, l’hôpital, qui couvre un bassin de population de 400 000 habitants, constitue pour beaucoup une « médecine de premier recours ».

    « La question maintenant c’est, est-ce qu’on continue à prendre des “patients Covid”, ou est-ce qu’on peut encore faire jouer la solidarité régionale, pour ne pas compromettre le reste de l’activité ? », résume Xavier Belenfant, néphrologue et président du collège médical du Groupement hospitalier du territoire Grand Paris-Nord-Est, dont fait partie Montreuil. A ce stade, c’est la seconde option à laquelle on s’accroche à Montreuil, sachant que d’autres hôpitaux franciliens restent moins touchés par la vague, et qu’on réussit encore, au fil de l’eau, à trouver des places pour transférer les patients quand cela est nécessaire.

    « Il faut que l’épidémie ralentisse, sinon nous n’aurons plus le choix », reconnaît le directeur de l’hôpital, Paul Chalvin, à la sortie de sa réunion du soir, désormais quotidienne, avec les chefs de service. Reste à passer le cap des congés de la Toussaint, et surtout le retour des vacances début novembre, là où les projections sont les plus sévères sur la montée de l’épidémie en Ile-de-France. Mais à chaque jour suffit sa peine.

    #hôpital #Montreuil