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  • Le satellite Microscope donne raison à Galilée et à Einstein
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/09/15/le-satellite-microscope-donne-raison-a-galilee-et-a-einstein_6141657_1650684

    Les observations du laboratoire spatial européen n’ont pas infirmé le « principe d’équivalence » selon lequel les corps chutent pareillement dans le vide, quelles que soient leur masse et leur composition.

    Depuis belle lurette (c’est-à-dire Galilée), nous savons que 1 kilogramme de plomb tombe aussi vite qu’une plume – si toutefois aucune autre force que la gravité ne s’y applique, par exemple les frottements de l’air, ce qu’on obtient dans le vide. Pourtant, entre 2016 et 2018, un satellite, Microscope, en orbite à 710 kilomètres d’altitude, a testé cette certitude quadricentenaire en réitérant des expériences de chute des corps.

    Le verdict, paru mercredi 14 septembre, dans douze articles, dans Physical Review Letters et Classical and Quantum Gravity, est sans appel : Galilée avait raison.

    La différence d’accélération entre deux corps en chute libre est de moins de 10-15.

    Et pas qu’un peu. Son constat demeure exact, aussi précisément que les chercheurs ont pu le vérifier : la différence d’accélération entre deux corps en chute libre est de moins de 10-15. Soit une précision grâce à laquelle on pourrait détecter le poids d’« une mouche d’un demi-microgramme sur un supertanker de 500 000 tonnes ».

    L’image, qui vient saluer un record sans précédent, a été utilisée par Manuel Rodrigues, chef du projet et membre de l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (Onera), lors d’une conférence de presse, mercredi.

    Galilée avait, lui, mesuré jusqu’à une différence de 1 millième (10-3). Le résultat obtenu est par ailleurs cent fois meilleur que celui fourni par d’autres mesures faites sur Terre en 2007, et dix fois meilleur que les conclusions préliminaires de Microscope en 2017.

    Une nouvelle victoire de la relativité générale

    Avec une telle précision, c’est même Albert Einstein qui avait raison. Pour élaborer sa célèbre théorie de la relativité générale, en 1915, il avait élevé en principe fondateur le constat de Galilée : un corps qui chute est comme un objet qui accélère. Gravité et accélération sont équivalentes.

    Mais l’expérience n’était pas destinée à l’histoire des sciences, plutôt à leur avenir. Les chercheurs voulaient voir si des forces microscopiques n’auraient pas été oubliées par Einstein et d’autres, et si elles freineraient ou accéléreraient les masses. Cette hérésie n’est pas si téméraire, puisque des preuves existent déjà que la relativité générale n’explique pas tout, par exemple la rotation anormale des galaxies ou l’accélération de l’expansion de l’Univers. Et, forcément, une théorie de remplacement serait synonyme de nouvelles forces ou particules.

    La construction du satellite de 300 kilogrammes du Centre national d’études spatiales (CNES), conçu par l’Onera et dont les données ont été analysées par l’Observatoire de la Côte d’Azur avec un grand nombre de chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a donc été décidée il y a vingt-cinq ans, dans le but de trouver une anicroche dans le principe d’équivalence.

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  • Délégation de service public : désolé, vos loisirs sont désormais privatisés et soumis à la #loi_du_marché ...

    Crise de l’énergie : l’entreprise Vert Marine ferme une trentaine de piscines en France
    https://www.ouest-france.fr/normandie/vert-energie-ferme-une-trentaine-de-piscines-en-france-ca5730f6-2d27-11

    L’entreprise Vert Marine, qui exploite près de 90 piscines en France, annoncé devoir en fermer brutalement trente d’entre elle ce lundi 5 septembre. La facture énergétique est, selon l’entreprise, trop élevée.
    .../...
    Environ 10 % des 4 000 piscines publiques françaises sont gérées via une délégation de service public et non directement par la collectivité où elle est implantée. Souvent chauffées au gaz, les piscines sont des équipements très énergivores et subissent de plein fouet la hausse des prix.

    • ah ben comme ça on va où ? si c’est privé et qu’on veut pas se priver faut une piscine privée bien à soi cqfd

      ça va bien au delà de l’enjeu des « loisirs »... tous les discours officiels (OMS, CPAM, etc. https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/activite-physique-sante) portent au pinacle l’activité physique comme condition nécessaire primordiale à la santé, aux convalescences, aux guérisons. (les mairies et) les boites qui encouragent la sédentarité portent atteinte à une nécessité biologique

      les études scientifiques à ce sujet se multiplient, ce qui donne lieu à une extension de la logique de la mobilisation, de la performance, par exemple faut fabriquer de supers bébés

      Activité physique pendant la grossesse : le bébé en profite aussi
      https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/04/12/activite-physique-pendant-la-grossesse-le-bebe-en-profite-aussi_6121869_1650

      mais pas seulement puisque nous restons pour partie des chasseurs cueilleurs y compris face à nos écrans au taff etc. alors que la posture verticale s’abime si on ne s’en sert pas
      or la nage permet de se tenir droit et de se muscler en limitant l’effet de la pesanteur et la violence exercée sur l’organisme (par ex, celle de la course)

      sinon, il semble que cette boite va avoir un souci juridique, la rupture de contrat est manifeste.

      #sédentarité #activité physique #PPP

    • C’est marrant, cette nuit je tombe sur un touit qui dénonce les fermetures de RER, et illico ça a été le déferlement d’abrutis réclamant qu’on privatise le train, le RER et tout le tralala, parce que ce serait plus efficace. Et ce matin j’apprends qu’on ferme des piscines municipales parce qu’elles ne sont plus rentables pour l’exploitant privé.

      Ça doit être ce qu’on appelle la preuve par le pudding.

    • Où les municipalités concernées parlent de « coup de force » de la part de Vert Marine, la société privée gestionnaire des piscines en délégation de service public et envisagent des recours en justice.

      Une trentaine de piscines publiques ont fermé leurs portes, lundi 5 septembre, notamment à Granville, à Versailles ou à Limoges où le vice-président de la Métropole indique à franceinfo être « prêt à aller en justice ». La société qui gère ces bassins pour le compte des collectivités locales, Vert Marine, affirme ne plus pouvoir faire face à l’augmentation des prix de l’énergie. « On va essayer de discuter avec les collectivités. Leur expliquer pourquoi il faut que cela s’arrête : le coût n’est plus acceptable et l’on ne peut plus le répercuter », a regretté lundi auprès de franceinfo Thierry Chaix, le patron de Vert Marine.Sauf que l’entreprise a normalement un devoir de continuité de service public. Cette continuité de service public est le principe de base qui s’impose à toutes les entreprises qui gèrent aussi bien une piscine, qu’une autoroute ou un aéroport pour le compte d’une collectivité ou de l’État. Cela implique que le service public en question doit fonctionner de manière continue et régulière parce qu’il en va de l’intérêt général.

      https://www.francetvinfo.fr/economie/inflation/flambee-des-prix-de-l-energie-la-societe-vert-marine-a-t-elle-le-droit-

      La palme revient sans doute à la commune de Sainte-Pazanne, en Loire-Atlantique, dont le maire, Bernard Morilleau, explique ce matin à Maire info avoir été prévenu… « par les usagers, qui sont arrivés à la piscine lundi et ont trouvé une affichette A4 sur la porte expliquant que la piscine était fermée ». Le maire a eu les responsables de Vert Marine au téléphone, qui lui ont expliqué « vouloir faire pression sur les élus et le gouvernement ». Ils ont proposé une rencontre – qui aura lieu cet après-midi – aux élus de l’intercommunalité, qui a la compétence sur l’équipement. « Moi, je préfère qu’on discute avant, tempête le maire. Ils prennent une décision aussi forte, sans nous prévenir, et après ils viennent discuter… ». La situation paraît d’autant plus incompréhensible que l’équipement en question est chauffé… au bois. « Nous avons fait de gros investissements, et 80 % des besoins énergétiques de l’équipement sont assurés par une chaudière bois, pas par le gaz. Alors ? ».

      L’intercommunalité « réfléchit » à une action juridique : « C’est quand même une prise en otage des usagers et une remise en cause du service public, alors qu’on a un contrat qui nous lie ! ».

      https://www.maire-info.com/services-publics/piscines-le-coup-de-force-de-vert-marine-qui-scandalise-les-elus-article

      Non, parce que je voudrais pas chercher la petite bête, mais les construction de ces piscines, c’est quand même les municipalités qui les ont financées, non ? Et le prestataire de ce service public, quant à lui, n’a juste qu’à jouer du tiroir caisse ? Arrêtez-moi si je me trompe ...

    • Délégation de services publics : le business « à la française ». Merci Frustration et la presse libre !

      https://www.frustrationmagazine.fr/piscines-fermees

      Le récit de la majorité des médias a été le même : une trentaine de piscines municipales à Limoges, Montauban, Nîmes, Meudon… ont été fermées “pour une durée indéterminée » par le groupe privé qui les gère, Vert Marine. Ces piscines n’ont rien de la petite piscine municipale classique. Il s’agit le plus souvent de complexes aquatiques, avec des noms mi-marketing, mi-ringards (centre aquatique Nemausa à Nîmes, Océabul à Saint-Jean-de-Monts, etc.). Ce groupe est en délégation de service public avec des communes et des intercommunalités : ces dernières confient la gestion d’un équipement public à un prestataire privé. Malgré ce dispositif contractuel, qui comporte un cahier des charges, des horaires d’ouvertures et des tarifs négociés avec les autorités locales, sa direction a fermé les portes des installations municipales, sans prévenir personne, mettant fin, de fait, à un service public.
      .../...
      Pourquoi l’ensemble des journalistes répètent-ils la version officielle d’un dirigeant ayant eu des déboires avec la justice ?
      On pourrait nous répondre que toutes les rédactions de France n’ont pas le temps de creuser, et sont bien obligées de reprendre les informations les plus évidentes dont elles disposent. Sans recul face à la crise énergétique dont on nous rebat les oreilles, aucun journaliste n’a donc aujourd’hui interrogé la véracité des propos du PDG du groupe, la situation financière réelle de son entreprise ou encore la façon dont on y gère l’argent et les salariés. A l’heure actuelle, il est impossible d’affirmer, comme le fait France Info, que le groupe Vert Marine est “contraint” de fermer ses piscines, sauf à se baser sur une seule source, son patron. Mais l’éthique journalistique n’impose-t-elle pas de croiser les sources ?

    • 1-[PISCINES FERMÉES : LE FIN MOT DE L’HISTOIRE]

      https://threadreaderapp.com/thread/1572127946382385154.html

      Vous vous souvenez de la fermeture des 30 piscines municipales en délégation de service public, gérées par le groupe privé Vert Marine ?
      2-Au moment de l’annonce de la fermeture, au début du mois, nous dénoncions à
      @Frustration_web le fait que quasi aucun média n’interroge les motifs de l’entreprise. A l’époque, tous les articles relayaient le motif de la direction de Vert Marine « l’électricité est trop chère »
      3-Au point que personne n’était allé regardé si la direction disait vrai. Grâce à ce coup de chantage, le groupe avait obtenu la prise en charge d’une partie de ses frais par certaines mairies comme celle de Rivesaltes. On vous racontait tout ici :
      Piscines municipales fermées : le chantage d’un groupe privé
      Cette semaine, des piscines municipales ont été fermées sur décision du groupe privé assurant leur gestion. Pourquoi ?
      https://www.frustrationmagazine.fr/piscines-fermees
      4-Fun fact, cet article avait tellement circulé sur les réseaux sociaux que plusieurs journalistes nous avait contacté, dont le JT de France 2... dont la journaliste a posé un lapin à @NicolasFramont après lui avait dit « je vous rappelle dans 5 minutes ».
      5-Depuis, on a appris que le groupe disait vrai : son électricité était effectivement devenu trop chère. Mais pourquoi ? Parce que ce groupe privé qui gère des piscines publiques avait jugé astucieux d’acheter son électricité sur le marché de gros
      Des élus s’insurgent contre la fermeture des piscines publiques
      La société délégataire de service public Vert Marine est critiquée pour avoir clos une trentaine d’établissements et de centres nautiques le 5 septembre. Des collectivités territoriales dénoncent la d…
      https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2022/09/15/pour-vert-marine-les-economies-comptent-plus-que-la-notion-de-service-public
      6-Plutôt que de souscrire à des contrats qui assurent une certaine stabilité tarifaire, Vert Marine jouait sur le marché l’argent du contribuable, en prenant de gros risques. Et forcément, dans le contexte actuel, le marché de gros est devenu la pire façon de se fournir
      7-Les prix y sont beaucoup plus affectés par l’inflation que dans le cadre d’un contrat avec un fournisseur d’énergie. Vert Marine a joué... et a perdu. Et plutôt que d’avouer sa faute de gestion, a fait chanté les municipalités pour obtenir plus d’argent public.
      8-Plutôt que de vendre le château qui lui sert de siège social ou fait payer son patron ou ses actionnaires pour réparer cette erreur monumentale, cette entreprise privée est venu chouiner, avec la complaisance des grands médias.
      9-Aujourd’hui, on apprend que les piscines vont rouvrir. Des accords ont été trouvés avec les élus locaux, notamment dans les Yvelines où la communauté d’agglomération va faire bénéficier à Vert Marine de son contrat à tarif régulé
      lesechos.fr/pme-regions/il….
      Les élus locaux obtiennent la réouverture des piscines fermées par l’entreprise Vert Marine
      Les piscines fermées par l’entreprise Vert Marine sont en train de rouvrir leurs portes. En Ile-de-France, la forte pression des élus locaux et un accord sur les coûts de l’énergie ont permis un règle…
      https://www.lesechos.fr/pme-regions/ile-de-france/les-elus-locaux-obtiennent-la-reouverture-des-piscines-fermees-par-lentrepr
      10-Le modèle de la délégation de service public, qui a montré dans cette histoire ses énormes limites, n’a pas été remis en cause...
      Sauf à Montauban, où la mairie a réagi rapidement en réquisitionnant les salariés de son prestataire pour organiser la réouverture de sa piscine. 11-Elle a décidé de dégager Vert Marine et de reprendre la gestion directe de sa piscine. Pourquoi une décision aussi basique et responsable n’a pas été prise ailleurs ?
      La piscine Ingréo de Montauban rouvre ses portes lundi, annonce la maire
      La maire de Montauban veut reprendre la main sur la gestion du complexe aquatique de la ville. Vert Marine, le gestionnaire, en a fermé les portes le 5 septembre à cause d’une forte hausse du prix de …
      https://www.francebleu.fr/infos/politique/la-piscine-ingreo-de-montauban-reouvre-ses-portes-l

  • Pourquoi détruit-on la planète ? Les dangers des explications pseudo-neuroscientifiques

    Des chercheurs en neurosciences et sociologie mettent en garde contre la thèse, qu’ils jugent scientifiquement infondée, selon laquelle une de nos #structures_cérébrales nous conditionnerait à surconsommer.

    Selon Thierry Ripoll et Sébastien Bohler, les ravages écologiques liés à la surconsommation des ressources planétaires seraient dus aux #comportements_individuels déterminés par notre cerveau. Une structure, le striatum, piloterait par l’intermédiaire d’une #molécule_neurochimique, la #dopamine, le désir de toujours plus, sans autolimitation, indiquaient-ils récemment dans un entretien au Monde.

    (#paywall)
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/07/07/pourquoi-detruit-on-la-planete-les-dangers-des-explications-pseudo-scientifi

    –—

    Tribune longue :

    Dans un entretien croisé pour Le Monde, Thierry Ripoll et Sébastien Bohler présentent leur thèse commune, développée dans deux ouvrages récents et que Bohler avait résumée dans un ouvrage précédent sous le titre évocateur de « bug humain » : les ravages écologiques liés à la surconsommation des ressources planétaires seraient dus aux comportements individuels déterminés par la structure même du cerveau. Précisément, le dogme de la croissance viendrait du striatum. Selon lui, cette structure cérébrale piloterait par l’intermédiaire d’une molécule neurochimique, la dopamine, le désir de toujours plus, sans autolimitation. Ripoll reprend cette thèse à son compte, et il affirme que la décroissance économique, qu’il appelle de ses vœux pour limiter les catastrophes en cours, bute ainsi sur des limites psychobiologiques.

    Cette thèse est très forte et a des conséquences politiques très préoccupantes : la #nature_humaine, ou plus précisément notre #programmation_biologique, conditionnerait le champ des possibles concernant l’organisation socio-économique. Le modèle de croissance économique serait le seul compatible avec le #fonctionnement_cérébral humain. Cela disqualifie les projets politiques de #décroissance ou de stabilité basés sur la #délibération_démocratique. Cela déresponsabilise également les individus[i] : leur #comportement destructeur de l’#environnement n’est « pas de leur faute » mais « celle de leur #striatum ». Une conséquence logique peut être la nécessité de changer notre nature, ce qui évoque des perspectives transhumanistes, ou bien des mesures autoritaires pour contraindre à consommer moins, solution évoquée explicitement par les deux auteurs. Les neurosciences et la #psychologie_cognitive justifient-elles vraiment de telles perspectives ?

    Nous souhaitons ici solennellement informer les lectrices et les lecteurs de la totale absence de fondement scientifique de cette thèse, et les mettre en garde contre ses implications que nous jugeons dangereuses. Ce message s’adresse également à ces deux auteurs que nous estimons fourvoyés, sans préjuger de leur bonne foi. Nous ne doutons pas qu’ils soient sincèrement et fort justement préoccupés des désastres environnementaux mettant en danger les conditions d’une vie décente de l’humanité sur Terre, et qu’ils aient souhaité mobiliser leurs connaissances pour aider à trouver des solutions. Les arguments déployés sont cependant problématiques, en particulier ceux relevant des neurosciences, notre domaine principal de compétence.

    Tout d’abord, le striatum ne produit pas de #dopamine (il la reçoit), et la dopamine n’est pas l’#hormone_du_plaisir. Le neuroscientifique #Roy_Wise, qui formula cette hypothèse dans les années 70, reconnut lui-même « je ne crois plus que la quantité de plaisir ressentie est proportionnelle à la quantité de dopamine » en… 1997. L’absence de « fonction stop » du striatum pour lequel il faudrait toujours « augmenter les doses » est une invention de #Bohler (reprise sans recul par #Ripoll) en contresens avec les études scientifiques. Plus largement, la vision localisationniste du xixe siècle consistant à rattacher une fonction psychologique (le #plaisir, le #désir, l’#ingéniosité) à une structure cérébrale est bien sûr totalement obsolète. Le fonctionnement d’une aire cérébrale est donc rarement transposable en termes psychologiques, a fortiori sociologiques.

    Rien ne justifie non plus une opposition, invoquée par ces auteurs, entre une partie de #cerveau qui serait « récente » (et rationnelle) et une autre qui serait « archaïque » (et émotionnelle donc responsable de nos désirs, ou « instinctive », concept qui n’a pas de définition scientifique). Le striatum, le #système_dopaminergique et le #cortex_frontal, régions du cerveau présentes chez tous les mammifères, ont évolué de concert. Chez les primates, dont les humains, le #cortex_préfrontal a connu un développement et une complexification sans équivalent. Mais cette évolution du cortex préfrontal correspond aussi à l’accroissement de ses liens avec le reste du cerveau, dont le système dopaminergique et le striatum, qui se sont également complexifiés, formant de nouveaux réseaux fonctionnels. Le striatum archaïque est donc un #neuromythe.

    Plus généralement, les données neuroscientifiques ne défendent pas un #déterminisme des comportements humains par « le striatum » ou « la dopamine ». Ce que montrent les études actuelles en neurosciences, ce sont certaines relations entre des éléments de comportements isolés dans des conditions expérimentales simplifiées et contrôlées, chez l’humain ou d’autres animaux, et des mesures d’activités dans des circuits neuronaux, impliquant entre autres le striatum, la dopamine ou le cortex préfrontal. Le striatum autocrate, dont nous serions l’esclave, est donc aussi un neuromythe.

    Par ailleurs, Bohler et Ripoll font appel à une lecture psycho-évolutionniste simpliste, en fantasmant la vie des êtres humains au paléolithique et en supposant que les #gènes codant pour les structures du cerveau seraient adaptés à des conditions de vie « primitive », et pas à celles du monde moderne caractérisé par une surabondance de biens et de possibles[ii]. Il y a deux problèmes majeurs avec cette proposition. Tout d’abord, les liens entre les gènes qui sont soumis à la sélection naturelle, les structures cérébrales, et les #comportements_sociaux sont extrêmement complexes. Les #facteurs_génétiques et environnementaux sont tellement intriqués et à tous les stades de développement qu’il est impossible aujourd’hui d’isoler de façon fiable des #déterminismes_génétiques de comportements sociaux (et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé). Poser la surconsommation actuelle comme sélectionnée par l’évolution, sans données génétiques, est une spéculation dévoyée de la #psychologie_évolutionniste. Le second problème concerne les très faibles connaissances des modes d’#organisation_sociale des peuples qui ont vécu dans la longue période du paléolithique. Il n’existe pas à notre connaissance de preuves d’invariants ou d’un mode dominant dans leur organisation sociale. Les affirmations évolutionnistes de Bohler et Ripoll n’ont donc pas de statut scientifique.

    Il est toujours problématique de privilégier un facteur principal pour rendre compte d’évolutions historiques, quel qu’il soit d’ailleurs, mais encore plus quand ce facteur n’existe pas. Les sciences humaines et sociales montrent la diversité des modèles d’organisation sociale qui ont existé sur Terre ainsi que les multiples déterminismes socio-historiques de la « grande accélération » caractéristique des sociétés modernes dopées aux énergies fossiles. Non, toutes les sociétés n’ont pas toujours été tournées vers le désir de toujours plus, vers le progrès et la croissance économique : on peut même argumenter que la « religion du #progrès » devient dominante dans les sociétés occidentales au cours du xixe siècle[iii], tandis que le modèle de la #croissance_économique (plutôt que la recherche d’un équilibre) n’émerge qu’autour de la seconde guerre mondiale[iv]. Invoquer la « #croissance » comme principe universel du vivant, comme le fait Ripoll, abuse du flou conceptuel de ce terme, car la croissance du PIB n’a rien à voir avec la croissance des plantes.

    Il peut certes sembler légitime d’interroger si le fonctionnement du cerveau a, au côté des multiples déterminismes sociohistoriques, une part de #responsabilité dans l’état de la planète. Mais la question est mal posée, l’activité de « milliards de striatum » et les phénomènes socioéconomiques ne constituant pas le même niveau d’analyse. Bohler et Ripoll ne proposent d’ailleurs pas d’explications au niveau cérébral, mais cherchent à légitimer une explication psychologique prétendument universelle (l’absence d’#autolimitation) par la #biologie. Leurs réflexions s’inscrivent donc dans une filiation ancienne qui cherche une explication simpliste aux comportements humains dans un #déterminisme_biologique, ce qu’on appelle une « #naturalisation » des #comportements. Un discours longtemps à la mode (et encore présent dans la psychologie populaire) invoquait par exemple le « #cerveau_reptilien » à l’origine de comportements archaïques et inadaptés, alors que cette pseudo-théorie proposée dans les années 60 a été invalidée quasiment dès son origine[v]. Le « striatum », la « dopamine », le « #système_de_récompense », ou le « #cerveau_rapide et le #cerveau_lent » sont en fait de nouvelles expressions qui racontent toujours à peu près la même histoire. Loin d’être subversive, cette focalisation sur des déterminismes individuels substitue la #panique_morale [vi] à la #réflexion_politique et ne peut mener, puisque nous serions « déterminés », qu’à l’#impuissance ou à l’#autoritarisme.

    Les erreurs des arguments développés par Bohler et Ripoll ont d’ores et déjà été soulignées à propos d’ouvrages précédents de Bohler[vii]. Nous souhaitons également rappeler qu’il existe un processus d’évaluation des productions scientifiques (y compris théoriques) certes imparfait mais qui a fait ses preuves : la revue par les pairs. Aucun de ces deux auteurs ne s’y est soumis pour avancer ces propositions[viii]. Il n’est pas sûr que notre rôle de scientifiques consiste à évaluer les approximations (et c’est un euphémisme) qui sont en continu publiées dans des livres ou dans la presse. Notre réaction présente est une exception justifiée par une usurpation des neurosciences, la gravité des enjeux écologiques dont ces auteurs prétendent traiter, ainsi que par la popularité grandissante que ces thèses semblent malheureusement rencontrer[ix].

    _____________________

    Ce texte n’est pas issu des travaux de l’atelier d’écologie politique mais il résonne fortement avec d’autres travaux de l’atécopol. Il a été rédigé par Etienne Coutureau, chercheur CNRS en neurosciences (Bordeaux), Jean-Michel Hupé, chercheur CNRS en neurosciences et en écologie politique et membre de l’atécopol (Toulouse), Sébastien Lemerle, enseignant-chercheur en sociologie (Paris-Nanterre), Jérémie Naudé, chercheur CNRS en neurosciences (Montpellier) et Emmanuel Procyk, chercheur CNRS en neurosciences (Lyon).

    [i] Jean-Michel Hupé, Vanessa Lea, « Nature humaine. L’être humain est-il écocidaire par nature ? », dans Greenwashing : manuel pour dépolluer le débat public, Aurélien Berlan, Guillaume Carbou et Laure Teulières (coords.), Paris, Le Seuil, 2022, p. 150-156.

    [ii] Philippe Huneman, Hugh Desmond, Agathe Du Crest, « Du darwinisme en sciences humaines et sociales (1/2) », AOC, 15 décembre 2021.

    [iii] François Jarrige, Technocritiques, Paris, La Découverte, 2014.

    [iv] Timothy Mitchell, « Economentality : how the future entered government », Critical inquiry, 2014, vol. 40, p. 479-507. Karl Polanyi a par ailleurs montré comment l’économie de marché est une construction socio-historique : La Grande Transformation, Aux origines politiques et économiques de notre temps, Paris, Gallimard, (1944) 1983.

    [v] Sébastien Lemerle, Le cerveau reptilien. Sur la popularité d’une erreur scientifique, Paris, CNRS éditions, 2021.

    [vi] Jean-Michel Hupé, Jérôme Lamy, Arnaud Saint-Martin, « Effondrement sociologique ou la panique morale d’un sociologue », Politix, n° 134, 2021. Cet article témoigne également que Bohler et Ripoll ne sont pas les seuls intellectuels mobilisant les neurosciences de façon très contestable.

    [vii] Jérémie Naudé (2019), « Les problèmes avec la théorie du "bug humain", selon laquelle nos problème d’écologie viendraient d’un bout de cerveau, le striatum » ; Thibault Gardette (2020), « La faute à notre cerveau, vraiment ? Les erreurs du Bug humain de S. Bohler » ; Alexandre Gabert (2021), « Le cortex cingulaire peut-il vraiment "changer l’avenir de notre civilisation" ? », Cortex Mag, interview d’Emmanuel Procyk à propos de Sébastien Bohler, Où est le sens ?, Paris, Robert Laffont, 2020.

    [viii] Le bug humain de Sébastien Bohler (Paris, Robert Laffont, 2019) a certes obtenu « le Grand Prix du Livre sur le Cerveau » en 2020, décerné par la Revue Neurologique, une revue scientifique à comité de lecture. Ce prix récompense « un ouvrage traitant du cerveau à destination du grand public ». Les thèses de Bohler n’ont en revanche pas fait l’objet d’une expertise contradictoire par des spécialistes du domaine avant la publication de leurs propos, comme c’est la norme pour les travaux scientifiques, même théoriques.

    [ix] La thèse du bug humain est ainsi reprise dans des discours de vulgarisation d’autorité sur le changement climatique, comme dans la bande dessinée de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici, Le monde sans fin, Paris, Dargaud, 2021.

    https://blogs.mediapart.fr/atelier-decologie-politique-de-toulouse/blog/070722/pourquoi-detruit-la-planete-les-dangers-des-explications-pseudo-neur
    #neuro-science #neuroscience #critique #écologie #surconsommation #politisation #dépolitisation #politique

  • L’étage principal d’une fusée chinoise va retomber sur Terre de manière incontrôlée
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/07/29/l-etage-principal-d-une-fusee-chinoise-va-retomber-sur-terre-de-maniere-inco

    C’est de nouveau le cas avec le lanceur parti le 24 juillet qui, selon les estimations, pourrait retomber sur Terre entre la soirée du samedi 30 juillet et les premières heures du dimanche 31. Ceci dit, une marge d’erreur assez importante, d’une quinzaine d’heures, subsiste car il s’avère difficile de modéliser avec précision le comportement de l’étage principal de cette fusée, un cylindre de 33 mètres de longueur pesant plus de 20 tonnes.

    Trois choses sont certaines : cet étage va retomber ; certains de ses éléments, qui ne se consumeront pas intégralement lors de la rentrée dans l’atmosphère, atteindront le sol ; cela se passera entre le 41e parallèle nord (la latitude de Madrid ou de Naples en Europe) et le 41e parallèle sud qui passe au sud de l’Afrique. Aucun risque pour la France métropolitaine donc, mais cette très vaste zone, qui contient le sud de l’Europe, une immense partie de l’Amérique, tout le continent africain, le sud de l’Asie et la quasi-intégralité de l’Australie, regroupe tout de même 88 % de la population mondiale…

    Plus puissant lanceur chinois, puisqu’il est capable de mettre 25 tonnes sur orbite basse, la Longue Marche dans sa version 5B ne suit pas ce scénario tout simplement parce qu’elle ne compte qu’un seul étage et pas deux (contrairement à la version 5 tout court). Pour remplir sa mission, cet étage principal monte donc à plus de 250 kilomètres d’altitude et se retrouve, de ce fait, lui-même satellisé pendant quelques jours.

    Cela n’empêche pas d’évaluer les risques qu’entraînent ces rentrées incontrôlées. Dans une étude publiée le 11 juillet par Nature Astronomy et qui tombe, si l’on peut dire, à pic, des chercheurs canadiens rappellent tout d’abord que les Chinois ne sont pas les seuls à laisser choir sur Terre des engins spatiaux puisque, en 2016, deux réservoirs appartenant au second étage d’une Falcon-9 de SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk, étaient arrivés au sol en Indonésie.

    Ces scientifiques soulignent que, lors des lancements, beaucoup d’éléments plus ou moins gros restent dans l’espace pendant un temps plus ou moins long et créent des dangers lors de leur retombée, soit pour les populations au sol, soit pour les avions de ligne. Selon l’étude, si les pratiques actuelles devaient se poursuivre, elles auraient « une probabilité de 10 % de faire une ou plusieurs victimes sur une décennie ». Les auteurs constatent aussi que les risques d’accident sont plus importants aux faibles latitudes, c’est-à-dire sur le territoire de pays qui… ne lancent pas de fusées.

    Pierre Barthélémy

    #Espace #Communs

  • Recherche sur la maladie d’Alzheimer : des soupçons d’inconduites scientifiques
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/07/25/recherche-sur-la-maladie-d-alzheimer-des-soupcons-d-inconduites-scientifique

    Une enquête publiée dans la revue « Science » suggère que des pistes de recherche sur cette maladie neurodégénérative sont entachées de données manipulées, impliquant une société pharmaceutique d’un côté et un chercheur français installé aux Etats-Unis de l’autre.

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    La maladie d’Alzheimer, qui touche 50 millions de personnes dans le monde, est un enjeu majeur de santé publique. Mais malgré des efforts de recherche intenses depuis des décennies, aucun médicament susceptible de ralentir son évolution n’est encore disponible. Serait-ce parce que certaines des pistes de recherche sont pavées de travaux frauduleux ?

    C’est ce que suggère une enquête de la revue Science, publiée le 22 juillet, qui a mis ses pas dans ceux d’un chercheur américain de l’université Vanderbilt (Nashville, Tennessee), Matthew Schrag. Les investigations de ce neuroscientifique et neurologue ont commencé dans une ambiance de thriller à l’américaine : un cabinet d’avocats le contacte pour examiner les travaux concernant le simufilam, un médicament anti-Alzheimer développé par le laboratoire américain Cassava Sciences. Cette petite molécule améliorerait les fonctions cognitives en stabilisant une protéine, la filamine A, contribuant ainsi à stabiliser diverses protéines dans le cerveau dont les peptides β-amyloïdes, emblématiques de la maladie.

    Les avocats étaient mandatés par des chercheurs petits porteurs d’actions de Cassava Sciences, qui craignaient une fraude sur ces recherches. En se penchant sur la littérature scientifique émanant de la société et de chercheurs associés, indépendamment de ses propres tutelles universitaires et hospitalières, Matthew Schrag n’a pas tardé à identifier de possibles manipulations, portant sur des images scientifiques et des données numériques.
    Le simufilam en question

    Ses découvertes – rémunérées 18 000 dollars par le cabinet d’avocats – ont nourri une réclamation adressée à l’agence américaine du médicament, la Food and Drug Administration (FDA) en août 2021, lui demandant d’interrompre deux essais cliniques sur le simufilam. La lettre invoquait « de multiples raisons de questionner la qualité et l’intégrité des travaux sous-tendant son administration dans la maladie d’Alzheimer ». La FDA a rejeté cette demande.

    Depuis, de nombreux articles de Hoau-Yan Wang (City University of New York, CUNY), conseiller de Cassava, et de Lindsay Burns, vice-présidente de la compagnie, qui avaient codécouvert la cible du simufilam, ont été passés au peigne fin. Cet examen a déjà abouti à des corrections, des alertes aux lecteurs – « expressions of concern » – de la part des journaux scientifiques les ayant publiés, voire des rétractations pures et simples.

    Le site PubPeer, où des questions peuvent être soulevées publiquement sur la qualité de travaux scientifiques, rapporte des commentaires et des critiques sur 33 articles signés par Hoau-Yan Wang. L’une de ces publications, rétractée, a été menée en collaboration avec des chercheurs français dont certains appartiennent à l’Institut de recherches internationales Servier. Matthew Schrag, rapporte Science, a pour sa part constitué un dossier de 34 articles de chercheurs en lien avec Cassava soulevant de « sérieuses inquiétudes d’inconduite scientifique ». Il l’a récemment adressé aux National Institutes of Health (NIH), qui ont financé les travaux incriminés à hauteur de plusieurs dizaines de millions de dollars. Si des fraudes étaient avérées, il pourrait recevoir une part des sommes remboursées en récompense de ce signalement. Le président de Cassava, Remi Barbier, qui est aussi l’époux de Lindsay Burns, rejette toutes les allégations, indique Science.

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  • Katalin Kariko, pionnière du vaccin à ARN messager : « J’étais l’archétype de la scientifique qui lutte. Et qui chute »

    S’il fallait retenir un visage de l’extraordinaire épopée du vaccin à ARN messager, ça serait le sien. Depuis un an, Katalin Kariko collectionne les honneurs. Cette chercheuse qui, à 67 ans, n’était jamais allée à Paris y est passée deux fois en juin : pour recevoir la grande médaille de l’Académie des sciences et le prix international L’Oréal-Unesco Pour les femmes et la science. L’occasion pour la biochimiste hongroise, désormais vice-présidente de l’entreprise allemande BioNTech, de revenir sur les multiples embûches qui ont jalonné son parcours.

    Je ne serais pas arrivée là si…

    … Si je n’avais pas été si souvent limogée des postes que j’occupais. Mon histoire n’est pas celle de la femme à succès qui, pas après pas, avance dans sa carrière, en enchaînant les promotions pour atteindre la gloire et les prix internationaux. Pendant longtemps, la réussite m’a même fuie. Vu de l’extérieur, j’étais l’archétype de la scientifique qui lutte. Et qui chute.

    Moi je voyais bien que j’avançais, j’avais confiance et ça me rendait heureuse malgré tout. Mais les institutions dans lesquelles je travaillais ne m’ont jamais montré beaucoup de soutien. En revanche, elles ont toutes fini par me montrer la porte. Sans cela, je n’aurais pas quitté la Hongrie, ni Temple University, le premier établissement qui m’a accueillie aux Etats-Unis, ni l’université de Pennsylvanie ensuite, et je ne serais jamais allée chez BioNTech…

    J’ai fini par comprendre que le système est tel qu’il n’accorde le soutien financier, les promotions, les bourses qu’à ceux qui gravitent déjà près du centre, où règnent les théories dominantes du moment. A l’inverse, l’originalité et l’indépendance s’affirment à la périphérie. Le prix à payer est lourd, mais c’est cela qui m’a permis de rester concentrée sur mon objectif.

    Commençons par votre première mise à l’écart, en Hongrie. Que s’est-il passé ?

    Mon laboratoire a perdu ses financements. J’étais postdoctorante là-bas, je travaillais déjà sur l’ARN messager et, le jour de mes 30 ans, j’ai appris que je devais partir. J’adorais travailler dans ce centre de recherche, j’adorais la Hongrie. D’autres rêvaient des Etats-Unis, moi pas du tout. Quand j’ai compris que j’allais devoir m’exiler si je voulais continuer à faire la biochimie que j’aimais, ça m’a terrifiée.

    Avez-vous connu une enfance heureuse ?

    Oh oui ! Mon père était boucher, ma mère comptable. Ils n’avaient pas dépassé l’éducation primaire, mais c’étaient tous les deux des personnes intelligentes. Mon père jouait du violon, il multipliait les nombres à deux chiffres instantanément : 28 fois 64, paf !

    La maison ne comptait qu’une pièce où nous vivions à quatre, un poêle à bois, l’électricité, mais pas d’eau courante, pas de frigo, pas de télévision évidemment. Mais personne dans le quartier n’avait tout ça, ce n’était pas un problème. Et tout le monde travaillait, beaucoup. On avait des cochons, des poulets, un jardin avec nos légumes. Moi et ma grande sœur avions notre coin où nous regardions les plantes germer et grandir.

    Etait-ce le début de votre intérêt pour la biologie ?

    C’est possible. J’étais très curieuse. Quand mon père tuait le cochon, ma sœur allait se cacher, moi j’essayais de comprendre où se trouvait chacun des organes. En vérité, je pense que tout enfant qui voit un poussin sortir d’un œuf, la vie bourgeonner au printemps ou les cigognes revenir chaque année se pose des questions.

    Et puis j’ai eu des professeurs formidables. Ils nous faisaient mettre les mains dans la science. A l’école primaire, on fabriquait des cristaux à partir de solutions saturées et d’un petit fil. Depuis, dès que je vois un cristal… je tourne la tête pour regarder sa forme… La science m’a toujours fascinée et donc j’avais de très bons résultats.

    A 14 ans, j’ai terminé troisième au concours national de biologie à Budapest. Et à 16 ans, j’ai commencé à vouloir devenir scientifique. C’est aussi l’année où la classe a écrit une lettre à Janos Selye [1907-1982], le médecin hongrois installé au Canada qui a inventé la notion de stress. Il nous a répondu, on a tous lu son livre. Ça m’a passionnée. Il expliquait comment le stress peut nous tuer, mais aussi que sans lui on ne pourrait pas se lever le matin. Et que transformer le stress négatif en stress positif était l’enjeu d’une vie. Qu’il fallait se concentrer sur ce que l’on pouvait changer, ne pas perdre son temps en se comparant aux autres et en se lamentant sur son sort. Après cette lecture, je n’ai jamais cessé d’appliquer ces préceptes.

    Comment avez-vous décidé de travailler sur l’ARN messager ?

    Par hasard. J’étais à l’université de Szeged, en maîtrise, dans un laboratoire spécialisé dans les lipides, un truc assez ennuyeux, et deux étudiants sont venus demander de l’aide pour faire des liposomes, ces bulles de lipides qui permettent d’acheminer l’ADN dans les cellules. J’ai appris à le faire. Et un jour, un professeur est venu au labo, c’était le chef d’une équipe qui travaillait sur l’ARN. Mes compétences l’intéressaient. J’ai basculé et fait ma thèse avec lui. C’était une équipe financée par des industriels. On pensait que l’ARN pouvait avoir un effet antiviral. Mais les expériences étaient difficiles, même si nous avions des résultats encourageants. Ils ont retiré leur soutien.

    Direction les Etats-Unis…

    J’ai d’abord postulé à Montpellier, à Londres et à Madrid. Les universités étaient prêtes à m’accueillir, mais il me fallait une bourse et la Hongrie n’en donnait pas. J’ai donc pris ma respiration et candidaté aux Etats-Unis, et Temple University, en Pennsylvanie, m’a acceptée.

    A l’époque, en 1985, nous avions le droit d’emporter 50 dollars par personne. Donc 100 dollars pour mon mari et ma fille. Moi, rien, car j’avais un contrat de travail. On a vendu notre Lada, changé l’argent au noir et récupéré 800 livres sterling qu’on a cousues dans le nounours de ma fille de 2 ans. Trois allers simples et nous voilà à Philadelphie, juste tous les trois, dans une société inconnue, pas d’amis, le niveau de vie qui s’effondre. En Hongrie, nous avions une machine à laver, là il fallait aller dans une laverie automatique.

    Le rêve américain…

    C’est l’histoire de beaucoup d’immigrants, partout dans le monde. Le quotidien est une épreuve continuelle. Pour tenir, il faut une foi inébranlable en soi et beaucoup travailler. C’est pour ça que les immigrants sont si particuliers, qu’ils accomplissent des choses incroyables. Au laboratoire, j’ai travaillé comme une folle, appris énormément de choses, beaucoup publié, si bien qu’au bout de trois ans j’ai reçu une offre d’embauche de l’université Johns-Hopkins. Quand j’en ai parlé à mon patron, il m’a dit qu’il n’en était pas question, que je lui devais mon invitation aux Etats-Unis. Et quand j’ai décidé d’accepter, il m’a dénoncée aux services de l’immigration qui ont voulu m’expulser. J’ai dû payer 1 000 dollars de frais d’avocats – j’en gagnais 17 000 par an. Le tribunal m’a donné raison mais, entre-temps, Johns-Hopkins avait annulé mon contrat au motif que j’étais une fugitive…

    J’ai trouvé un CDD à Bethesda, près de Washington, dans une faculté de médecine militaire. Ma famille était restée à Philadelphie, moi je dormais dans mon bureau car on ne pouvait pas payer deux loyers, je me lavais au gymnase. Neuf mois comme ça. Finalement, après des dizaines de candidatures, j’ai été acceptée à l’université de Pennsylvanie.
    La prestigieuse UPenn, une des universités privées de l’Ivy League…

    Oui, chez Elliot Barnathan, au département de cardiologie. Il m’a toujours soutenue. Mes recherches sur l’ARN messager n’étaient pas au cœur de l’activité de l’équipe, mais il avait confiance en moi. Sauf qu’en 1995, au bout de cinq ans, la direction de l’université m’a rétrogradée, écartée de la liste académique, parce que je n’avais pas obtenu de financement des NIH [instituts américains de la santé] ou d’ailleurs. J’avais le choix entre rester comme assistante de recherche avec un salaire de misère ou partir. Je suis restée car j’aimais mon travail et l’équipe. Et je voyais que nous progressions. C’est essentiel : être tenace, ce n’est pas s’entêter pour s’entêter, c’est tenir compte des progrès, des résultats, et, s’ils sont là, y croire et poursuivre. Je n’avais plus de bureau, mais Elliot m’a accueillie dans le sien, a financé mes recherches et créé un poste temporaire pour moi.

    Enfin un peu de stabilité…

    Deux ans. Car en 1997, il a quitté UPenn. Sa remplaçante ne voulait plus de moi. Là, j’ai été sauvée par un ancien étudiant, David Langer, devenu résident en neurochirurgie, qui a convaincu son patron de m’accueillir. Voilà pourquoi toute la recherche sur l’ARN messager a été conduite au département de neurochirurgie, ce qui à première vue n’a pas beaucoup de sens, mais le département était riche, ça ne leur coûtait pas grand-chose de me donner un peu d’espace et 40 000 dollars de salaire annuel. Et l’ARN messager pouvait aider à lutter contre les accidents vasculaires cérébraux (AVC). En tout cas, c’était notre idée. Toute ma vie j’ai travaillé avec des gens de domaines autres que le mien – des chimistes en Hongrie, un cardiologue, des neurochirurgiens –, à chercher des terrains communs et à s’enrichir mutuellement de nos approches.

    La rencontre avec l’infectiologue Drew Weissman devant la photocopieuse, moment devenu légendaire, s’inscrit-elle dans cette lignée ?

    Bien sûr. Je plaidais pour l’ARN messager partout où je pouvais. A UPenn, j’avais du mal à me faire entendre car c’était un des temples de la thérapie génique, qui consiste à modifier l’ADN pour vaincre les maladies d’origine génétique. Mais ces interventions sont aussi très risquées. UPenn l’a appris à ses dépens avec la mort d’un jeune homme pendant un essai clinique, en 1999, ce qui a conduit à tout arrêter.

    Mon argument, c’était que la plupart des pathologies sont temporaires. Pour soigner les multiples ampoules sur les mains de ma fille [Susan Francia, qui est double championne olympique d’aviron pour les Etats-Unis], je n’ai pas besoin de modifier son génome. Avec l’ARN messager, vous délivrez une information que vos cellules vont transformer en protéines thérapeutiques, et ça s’arrête dès que vous êtes guéri, ou immunisé si c’est un vaccin. Quand j’ai croisé Drew, qu’il m’a expliqué qu’il voulait mettre au point un vaccin contre le sida, je lui ai dit que je pouvais lui fabriquer de l’ARN pour ça. Et il m’a répondu oui.

    Le coup de chance ?

    Notre chance, c’est qu’en 1998 nous n’avions pas encore Internet. Nous étions obligés de photocopier des articles. A partir de 2002, c’était fini, on téléchargeait tout directement. Heureusement que le progrès n’a pas été plus rapide.

    Votre collaboration a-t-elle rapidement été fructueuse ?

    On a vite vu que l’ARN était très actif in vitro sur les cellules dendritiques, les éducatrices du système immunitaire. Mais sur les souris, il créait de l’inflammation. On a cherché d’où venait le problème. Et, après de nombreux essais, nous avons compris, puis démontré qu’en modifiant une des bases on évitait l’inflammation. Ça nous a pris sept ans.

    C’est l’article de 2005, la clé de voûte de l’édifice pour lequel vous êtes unanimement saluée. Avez-vous alors changé de catégorie ?

    Pas vraiment, non. D’abord ce papier a été refusé par les grandes revues. Nature l’a écarté au motif qu’il était « incrémentiel », je ne savais même pas ce que ça voulait dire. J’ai regardé dans le dictionnaire : des progrès infimes. L’article a fini dans Immunity, une revue beaucoup plus confidentielle. Il est passé pratiquement inaperçu. J’ai reçu en tout et pour tout deux invitations, à Hokkaïdo, au Japon, et à l’université Rockefeller, à New York.

    De 2005 à 2012, vous poursuivez la mise au point de votre système, en purifiant l’ARN messager, en augmentant son efficacité, en perfectionnant l’acheminement vers les cellules, in vitro et sur des souris. La reconnaissance est-elle cette fois au rendez-vous ?

    Dans la communauté de l’ARN messager, oui, forcément. Mais dans mon université, pas du tout. En 2008, j’ai mis en avant ma reconnaissance internationale pour pouvoir retrouver, treize ans après, un poste d’enseignante-chercheuse. Ils m’ont dit qu’en deux siècles et demi personne n’avait jamais été réintégré. « C’est la règle. » Je leur ai dit qu’il y avait aussi une règle qui obligeait Rosa Parks à s’asseoir au fond du bus. Ils m’ont répondu que c’était leur décision, que je n’avais pas le niveau. Je suis encore restée quatre ans, grâce à un contrat industriel, mais à Noël 2012 ils m’ont demandé de partir.

    Comment avez-vous réagi ?

    J’ai perdu 10 kilos en quelques mois. Et puis j’ai repensé à Janos Selye : se concentrer sur ce que l’on peut changer et ce que l’on veut vraiment faire. Moi, je voulais soigner les gens.

    Dans le domaine de l’ARN messager, il y avait trois biotechs. Moderna proposait de m’embaucher, mais je n’ai pas aimé le contact. Curevac pensait qu’il n’était pas nécessaire de modifier l’ARN messager, moi j’étais convaincue que si. Restait BioNTech : Ugur Sahin, son PDG, était clair, direct, et ils avaient un premier essai clinique en cours. Pour moi, c’était essentiel. A 58 ans, je voulais voir mes idées aboutir.

    Rêviez-vous déjà du vaccin ?

    Pas du tout. J’ai même dit à Ugur que tout m’intéressait sauf les vaccins. Je voulais un traitement. Contre le cancer, le diabète, l’anémie, peu m’importait. Mais pas un vaccin. Ugur a dit O.K. et m’a permis de monter mon équipe. Lui ne croyait pas vraiment à l’ARN modifié, mais il m’a fait confiance. D’autant qu’en 2014 Sanofi nous a donné 62,5 millions de dollars pour développer des traitements. C’était la première fois qu’un industriel s’impliquait véritablement. Devant l’argent, on s’incline. Quand Pfizer a proposé de s’associer pour un vaccin contre la grippe, en 2018, ça ne nous intéressait pas vraiment mais on voulait leur argent, donc on a travaillé.

    C’est grâce à cela que, lorsque l’épidémie de Covid-19 a commencé, vous étiez prêts à répondre ?

    Comme Stéphane Bancel chez Moderna, Ugur Sahin a tout de suite compris l’importance de cette pandémie et ce que nous allions pouvoir apporter avec notre technologie. Ce sont eux les visionnaires, pas moi. Mais ils se sont évidemment appuyés sur les vingt ans de recherches que nous avions accomplies avec Drew.

    Vous qui rêviez de soigner des gens, qu’avez-vous ressenti quand les résultats de l’essai clinique de phase 3 sont arrivés, avec cette efficacité impressionnante de 95 % ?

    C’était l’anniversaire de ma fille. Le téléphone a sonné : Ugur Sahin. « Tu es seule ? » Je suis sortie de la pièce. Il m’a donné le résultat. Je suis rentrée. Mon mari m’a demandé ce que c’était. Je lui ai répondu : « Le vaccin marche. »

    La vérité, c’est que je m’y attendais. A chaque étape, nous faisions beaucoup mieux que tous les autres vaccins, avec des niveaux d’anticorps incroyables. Pour fêter ça, j’ai mangé un Gruber, un cookie au chocolat et au beurre de cacahuète.

    Réservez-vous le champagne pour le Nobel que chacun vous promet ?

    Franchement, ce n’est pas ce qui compte. Dans les prix – j’en ai reçu quelques-uns –, ce que je préfère, ce sont les gens formidables qu’ils vous permettent de rencontrer. Autrement, si pendant quarante ans j’ai pu fonctionner sans reconnaissance, je peux bien me passer du Nobel. Je sais que pour ce cher Janos Selye, on a tous besoin d’encouragements réguliers. C’est peut-être là que je suis exceptionnelle.

    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/07/03/katalin-kariko-pionniere-du-vaccin-a-arn-messager-j-etais-l-archetype-de-la-

    #ARN_messager : la leçon de liberté de Katalin Kariko, 1er décembre 2020
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/12/01/arn-messager-la-lecon-de-liberte-de-katalin-kariko_6061779_3232.html

    #Katalin_Kariko #recherche #santé #découverte_scientfique

  • Italy’s drought-hit farmers face sea water threat
    https://www.reuters.com/business/environment/italys-drought-hit-farmers-face-sea-water-threat-2022-06-29

    SCARDOVARI, Italy, June 29 (Reuters) - The worst drought in 70 years has meant salt water from the Adriatic sea is flowing back into the sluggish Po, Italy’s longest river, doing further damage to crops hit by an early summer heatwave.

    Sécheresse : les gorges du Verdon sont à sec
    https://www.francetvinfo.fr/meteo/secheresse/secheresse-les-gorges-duverdonsont-asec_5229073.html

    En raison de la sécheresse qui frappe la France, les gorges du Verdon sont à sec. La baignade pourrait y être limitée cet été. Certaines activités comme le rafting sont déjà interdites.

    #climat #sécheresse #crise_alimentaire

    • A quoi sert l’odeur de la terre après la pluie ? Alice Lebreton
      Directrice de recherche à l’Inrae, Institut de biologie de l’École normale supérieure

      Dans sa « carte blanche », Alice Lebreton décrit comment la géosmine, molécule odorante émise par différents micro-organismes du sol, attire certains arthropodes, mais repousse les nématodes.

      Une goutte, lourde et tiède, explose dans la poussière d’été. Bientôt un déluge s’abat sur le sol aride, qui reprend vie. Et vous, quand, émergeant de la torpeur caniculaire, vous emplissez vos poumons de cet air humide, sentez-vous l’odeur libérée par la terre sous l’averse ? Cette odeur, nommée pétrichor – un terme forgé en 1964 sur des racines grecques signifiant « sang des pierres » –, provient de la solubilisation par l’eau de pluie, puis de la diffusion sous forme d’aérosols de composés organiques auxquels notre odorat est particulièrement sensible. Le plus répandu et le plus puissant de ces composés, qui sont produits par différents micro-organismes du sol, est la géosmine.

      Le grand nombre de micro-organismes capables de synthétiser cette molécule laisse penser qu’elle leur apporte un avantage sélectif notable. Les bactéries du genre Streptomyces entre autres, bien que très diverses, produisent toutes la géosmine. Des biologistes de plusieurs spécialités, collaborant de Suède, du Royaume-Uni, de Hongrie et d’Australie, se sont interrogés sur l’avantage que ces bactéries pourraient en retirer. Dans une étude publiée, en 2020, dans la revue Nature Microbiology, ils ont cherché à déterminer si certaines espèces d’arthropodes du sol étaient attirées par cette substance.

      Pour ce faire, ils ont placé en plein champ des pièges adhésifs au centre desquels était cultivée ou non une bactérie productrice de géosmine. A la collecte, ils ont constaté que de petits arthropodes du sol, appelés « collemboles », étaient attirés par cette bactérie, alors que les insectes et araignées ne l’étaient pas. Dans les conditions plus contrôlées du laboratoire, ils ont ensuite offert aux collemboles le choix de s’orienter, à l’intérieur de tubes bifurquant « en Y », vers l’odeur libérée par des bactéries produisant ou non la géosmine et ne différant par aucun autre critère. Les collemboles ont choisi en majorité le côté où ils sentaient la géosmine, permettant de conclure que cette odeur est attirante pour eux.

      Rôle des spores

      Les chercheurs ont ensuite démontré que l’attraction était bénéfique aussi bien aux bactéries qu’aux collemboles. Ces derniers trouvent en Streptomyces une source de nourriture satisfaisante, qui complète leur régime habituellement composé de champignons. En contrepartie, ils fournissent aux bactéries un transport gratuit au travers des couches superficielles du sol, dans leur tube digestif ou sur leur dos. Pour se préparer aux conditions rudes de l’auto-stop, les Streptomyces ne synthétisent la géosmine qu’au moment où ils passent sous une forme dormante, temporairement inactive et très résistante : les spores. Ces spores survivent à la digestion de l’arthropode, qui les disperse ensuite lors de la défécation. Par ailleurs, la paroi des spores adhère à la cuticule des collemboles, alors que les bactéries actives y collent très peu.
      Si ce duo semble à l’unisson, c’est loin d’être un cas général. Les travaux d’une équipe québécoise, publiés dans le numéro d’avril de la revue Applied and Environmental Microbiology, montrent qu’à l’inverse l’odeur de la géosmine est repoussante pour les nématodes (de petits vers du sol). Bien que le composé lui-même ne soit pas toxique, les micro-organismes producteurs de géosmine émettent aussi d’autres substances qui sont, elles, fatales aux nématodes. Les auteurs formulent l’hypothèse que la géosmine joue ici le même rôle d’avertissement contre les prédateurs que les couleurs vives arborées par certains animaux et champignons vénéneux.
      Attractive pour les uns, répulsive pour les autres, l’odeur diffusée par la pluie orchestre ainsi la vie de l’écosystème du sol, guidant les interactions entre différents domaines du vivant lorsque la terre s’anime.

      https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/06/29/a-quoi-sert-l-odeur-de-la-terre-apres-la-pluie_6132602_1650684.html

  • « La recherche bas carbone met en tension le fonctionnement académique ordinaire »
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/06/27/la-recherche-bas-carbone-met-en-tension-le-fonctionnement-academique-ordinai

    « La recherche bas carbone met en tension le fonctionnement académique ordinaire »
    Par David Larousserie
    Publié hier à 18h00
    Le chercheur en sciences politiques Antoine Hardy analyse l’initiative Labos 1point5, qui vise à #décarboner l’activité #scientifique, et ses retentissements dans le monde de la #recherche.

    Antoine Hardy est doctorant en sciences politiques au Centre Emile Durkheim à Bordeaux. Depuis bientôt deux ans, il s’intéresse aux liens entre science et politique dans les mobilisations scientifiques et, en particulier, au collectif Labos 1point5, qui veut « mieux comprendre et réduire l’impact des activités de recherche scientifique sur l’environnement ». Intervenant au colloque de ce collectif organisé le 1er juin, il livre ici des analyses préliminaires sur la nature du mouvement.

    Comment qualifieriez-vous l’initiative Labos 1point5 ?
    Il faut bien se garder de figer ce mouvement avec des étiquettes immuables. Il serait tentant de se demander si la quantification de l’activité de recherche, par la réalisation de bilans des émissions de gaz à effet de serre, vise à politiser ou à techniciser le problème social créé par les conséquences du #changement_climatique. Or, loin d’une alternative binaire, j’ai observé des acteurs mus par des motivations différentes. Certains veulent défendre la science contre les critiques qui l’accusent d’hypocrisie si elle ne s’appliquait pas ce que ses constats appellent. D’autres insistent sur la crédibilité de la recherche ou sa responsabilité, puisqu’elle est financée avec de l’argent public, et qu’elle ne peut donc participer à dégrader les conditions de vie au nom de la science. D’autres considèrent que ces estimations sont simplement un premier moyen d’agir face à la complexité du problème climatique… Il y a donc un riche faisceau de motivations.

    Ces engagements ne rangent-ils pas ces membres dans la catégorie des activistes ou des militants ?
    Il faut s’attacher à la manière dont ils décrivent eux-mêmes leur action : une spécificité de Labos1point5 est la volonté de s’inscrire dans la science par la production de nouvelles connaissances. En outre, le terme de #militantisme peut aussi être utilisé pour disqualifier une tentative de penser les conditions du travail scientifique, sous prétexte que la science serait neutre sur le plan des valeurs. Or les historiens ont montré que la neutralité est utilisée pour des raisons différentes avec le temps. Au XVIIe siècle, il s’agit d’affirmer une autonomie de la science hors de l’influence de l’Etat et de l’Eglise. Au XXe, cette revendication ne sert plus à échapper à des tutelles, mais souvent à masquer les rapports de force et les intérêts qui façonnent la recherche.

    Quelles sont les autres spécificités de Labos1point5 ?
    Le mouvement connaît à la fois une phase d’intensification de ses activités et de reconnaissance institutionnelle, sans renoncer à son ambition d’être un mouvement national associant réflexion sur les finalités de la recherche et accompagnement des laboratoires qui veulent faire évoluer leurs pratiques. Derrière l’empreinte carbone, il y a l’idée que les connaissances ainsi produites pourront contribuer à transformer les façons de travailler. Bien sûr, être exposé à une information n’entraîne pas mécaniquement une action. Sinon, on ne comprendrait pas les difficultés à lutter contre le réchauffement climatique, sur lequel le consensus scientifique est total. La connaissance seule ne suffit pas, plus encore si elle fait l’économie d’installer un rapport de force. C’est aussi en ce sens qu’il faut comprendre la volonté manifestée par certains de redonner du pouvoir aux laboratoires et de rompre avec l’organisation actuelle de la vie scientifique.

    Le projet de transformation pourrait-il réussir ?
    L’agenda de décarbonation met en tension le fonctionnement #académique ordinaire. Le risque de récupération n’est toutefois jamais exclu. On pourrait très bien imaginer que l’empreinte carbone soit enrégimentée au service de politiques néolibérales de la recherche. Il pourrait, aussi, y avoir une recherche bas carbone qui occulterait des problèmes scientifiques contemporains décisifs ou qui cohabiterait avec une absence d’autonomie de questionnement.

    Est-ce que certaines solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ne vont pas se heurter à la liberté académique, si elles conduisent à abandonner ou à limiter des recherches ?
    En fait, les #libertés_académiques sont déjà sous contrainte. Tout le monde n’a pas accès aux mêmes ressources, ne voyage pas autant, n’est pas soumis aux mêmes pressions politiques… Les inégalités sont des contraintes puissantes à l’exercice des libertés académiques. C’est donc une #perspective très intéressante de les repenser à l’aune des #contraintes_climatiques.

  • Vaccin anti-Covid : le favori Novavax arrivé trop tard
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/05/17/vaccin-anti-covid-le-favori-novavax-arrive-trop-tard_6126414_1650684.html

    Vaccin anti-Covid : le favori Novavax arrivé trop tard
    Sa formulation était censée rassurer les réfractaires à l’ARN et son développement avait bénéficié d’un vaste financement public visant un accès équitable pour les pays du Sud. Mais la demande s’est tarie…
    Par Lise Barnéoud
    Cela devait être la belle histoire de la pandémie. Un vaccin efficace, sûr, mais surtout accessible en masse, et en priorité aux plus démunis. « Si l’immunologie a raison, le vaccin de Novavax est le meilleur », soutient Stéphane Paul, du comité scientifique sur les vaccins Covid. Avec un taux de protection établi à plus de 90 %, il se hisse en effet parmi les meilleurs produits et un « booster Omicron » est à l’essai. Autre atout : il ne contient pas d’ARN mais uniquement des protéines du virus, fabriquées en laboratoire dans des cellules d’insectes. Un procédé déjà utilisé dans certains vaccins (hépatite B, papillomavirus), susceptible de rassurer une partie de la population inquiétée par le caractère novateur de la technologie à ARN messager. En outre, ce vaccin peut se conserver pendant neuf mois au réfrigérateur (entre 2 °C et 8 °C), bien plus pratique que les – 15 °C nécessaires aux produits ARN.
    Autant d’avantages qui transforment rapidement ce candidat en grand favori de la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI). Au printemps 2020, cette alliance public-privé dont l’objectif est de garantir un accès équitable aux vaccins avait octroyé 365 millions d’euros à la société Novavax, qui n’avait encore développé aucun produit depuis sa création, en 1987. C’est la plus grosse dotation de la CEPI durant la pandémie. « L’accès équitable signifie que le candidat-vaccin est d’abord disponible pour les populations à risque, quand et où il est nécessaire, à des prix abordables », peut-on lire dans le contrat qui lie Novavax et la CEPI.Quelques mois plus tard, la biotech du Maryland signe un partenariat avec le plus grand fabricant de vaccins au monde : le Serum Institute of India (SII). Et, en février 2021, l’Alliance globale pour les vaccins et l’immunisation (GAVI) passe commande pour le compte de Covax, le dispositif international mis en place pour assurer une répartition des vaccins contre le Covid-19 dans le monde. Le volume préacheté s’élève d’abord à 350 millions de doses, bientôt porté à 1,1 milliard grâce à un autre accord entre la GAVI et le SII. L’Europe est plus timide : elle ne signe un accord d’achat anticipé qu’en août 2021, pour un volume allant jusqu’à 200 millions de doses, l’un des plus petits contrats sur les huit signés par la Commission européenne (finalement, 69 millions de doses ont réellement été commandées).Premier grain de sable de cette success story : l’entreprise rencontre des problèmes de mise en production qui retardent les homologations. Il faut attendre le 1er novembre 2021 pour que l’Indonésie délivre la toute première autorisation. Les Philippines suivent. Puis, le 17 décembre, l’Organisation mondiale de la santé délivre sa neuvième autorisation d’utilisation d’urgence en faveur de Covovax, le nom donné au vaccin de Novavax produit sous licence et commercialisé par SII. Trois jours plus tard, c’est au tour de l’Agence européenne des médicaments d’accorder une cinquième autorisation de mise sur le marché conditionnelle, pour Nuvaxovid. Le nom diffère, mais c’est le même produit, fabriqué au même endroit (au moins jusqu’à ce que les usines européennes puissent prendre le relais). Seule différence : c’est Novavax qui commercialise Nuvaxovid, dont le prix (environ 20 euros la dose) est 6 à 7 fois plus cher que Covovax.
    La suite ressemble à une grande dégringolade. Alors que les livraisons étaient au départ annoncées pour le troisième trimestre 2021, avec un accès prioritaire pour Covax, en mai 2022, aucune dose n’a encore été livrée grâce à ce dispositif. Les seules exportations rapportées par le ministère des affaires étrangères indiennes sont pour l’Indonésie (9 millions de doses en achat direct), la Thaïlande (2 millions de doses achetées par l’alliance Quad, qui rassemble les Etats-Unis, l’Inde, l’Australie et le Japon) et… les pays riches. Parmi eux : l’Australie (9,3 millions de doses), la Nouvelle-Zélande (250 000 doses) et l’Europe. D’après les données indiennes, 45 millions de doses auraient d’ores et déjà été livrées sur le Vieux Continent. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) recense, quant à lui, 13 millions de doses de Nuvaxovid réceptionnées. L’Autriche a récupéré 3,1 millions de doses, de quoi couvrir 18 % de sa population ! Deuxième pays bénéficiaire : la France, avec 2,6 millions de doses reçues, majoritairement envoyées dans les départements et collectivités d’outre-mer pour « lever les réticences vis-à-vis des vaccins à ARNm ». Raté. « Les chiffres d’utilisation sont tellement minces que c’est difficile de les récupérer », s’excuse presque l’ARS de Guadeloupe, qui comptabilise à peine 300 injections sur les 20 000 doses reçues. Bref, ce vaccin vient gonfler les stocks déjà impressionnants des pays riches.
    « Encore une fois, Covax arrive en queue du peloton, alors que des accords d’approvisionnement énormes ont été passés, avec des engagements en faveur d’un accès équitable », dénonce Antoine de Bengy Puyvallée, du centre pour le développement et l’environnement de l’université d’Oslo, auteur de plusieurs articles sur la distribution des vaccins durant la pandémie. « Nous sommes, bien sûr, déçus que les premiers approvisionnements ne soient pas encore arrivés à Covax, mais nous reconnaissons la valeur pour la santé de chaque dose que Novavax livre au monde », réagit, de son côté, la CEPI.
    La réalité, c’est qu’aucun pays bénéficiaire de Covax n’a, pour l’heure, fait une demande de Covovax. Pourtant, dans la liste d’attribution des doses du premier trimestre 2022, huit pays apparaissaient intéressés par ce nouveau vaccin. Sauf que cette liste ne reflète pas les demandes des pays : « Ces allocations ont été faites sur la base de l’offre disponible », reconnaît la GAVI. Or, « plusieurs pays à qui nous avions alloué des doses de Covovax ont par la suite décliné l’offre ». Le Zimbabwe, qui figurait dans cette liste, dit n’avoir même pas été mis au courant de cette proposition, qui n’aurait de toute façon « aucune base légale, car [le pays] n’[a] pas enregistré ce vaccin », fait savoir son ministère de la santé.Dans la nouvelle liste d’attribution Covax qui couvre la période d’avril à septembre 2022, cinq nouveaux pays apparaissent intéressés par Covovax, pour un total de 12,8 millions de doses, soit 1 % de ce qui était prévu. Parmi ces doses, 4 millions sont allouées au Pakistan. Sauf que, là encore, « ces allocations sont offertes au pays mais peuvent être refusées », explique Rana Muhammad Safdar, le directeur général des services de santé du Pakistan, qui précise que son pays a déjà « suffisamment de doses pour répondre aux besoins de 2022, [il] n’[a] pas besoin de nouveaux vaccins pour le moment ». Les nouvelles offres de Covax pourraient donc, elles aussi, ne pas trouver preneurs. « C’est tout à fait contradictoire avec la politique de la GAVI énoncée au début de l’année, qui était de laisser les pays récipiendaires décider, réagit Antoine de Bengy Puyvallée. Qui a vraiment bénéficié des trois vaccins financés par la CEPI et autorisés aujourd’hui ? Pour AstraZeneca, ce sont avant tout les Indiens, à cause des restrictions d’exportation. La production de Moderna a été en grande partie dirigée vers les pays riches en 2021, et il semble que Novavax fait de même pour l’instant. »Actuellement, 100 millions de doses de Covovax sont stockées dans les locaux du SII. « Nous sommes prêts à livrer Covax pour atteindre notre objectif commun : rendre disponible notre vaccin là où il y en a le plus besoin », fait savoir Novavax. « Nous attendons toujours la commande pour livrer aux pays Covax », affirme le fabricant indien, qui produit désormais le Novavax « uniquement sur commande » et qui a arrêté sa production d’AstraZeneca faute de demande. Aspen, la compagnie sud-africaine qui produit le vaccin de Johnson & Johnson, est également en phase d’arrêt pour les mêmes raisons. « Les pays africains ont, pour la plupart, des stocks issus des donations bilatérales et le besoin d’en commander, alors que l’épidémie est en baisse presque partout, n’y est plus », explique Yap Boum, représentant pour l’Afrique d’Epicentre, le centre de recherche en épidémiologie de Médecins sans frontières. « Novavax est arrivé trop tard, analyse Zain Rizvi, spécialiste des questions relatives à l’accès aux médicaments au sein de l’association Public Citizen. C’est difficile de savoir qui blâmer ici, mais c’est clairement un investissement gâché. »
    Enquête réalisée avec Rahul Rajput, au Pakistan, et l’équipe du projet #Followthedoses financé par Investigative Journalism for Europe (IJ4EU).

    #Covid-19#migrant#migration#sante#monde#vaccin#COVAX#circulationtherapeutique#afrique#GAVI

  • Une #chauve-souris se fait passer pour un frelon pour éloigner les chouettes
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/05/15/une-chauve-souris-se-fait-passer-pour-un-frelon-pour-eloigner-les-chouettes_

    En matière de #merveilles, le groupe des chauves-souris, et ses quelque 1 400 espèces, ne cesse de nous éblouir. Seul mammifère doté d’un vol actif, expert en écholocalisation, l’animal dispose d’une longévité exceptionnelle comparativement à sa taille (jusqu’à 38 ans) et d’un système immunitaire unique qui lui permet de cohabiter avec de nombreux virus – la pandémie de Covid-19 nous l’a rappelé.

    Le rapport entre ces deux enchantements ? Aucun. Sauf que dans la revue Current Biology du 9 mai, une équipe italienne annonce que les grands murins, une espèce commune en Europe, pourraient échapper aux chouettes en imitant le bourdonnement du frelon. Un exemple singulier de #mimétisme. D’abord parce que les cas connus de cette forme d’adaptation évolutive sont dans leur immense majorité visuels, presque jamais sonores. Chez les mammifères, ça serait même la première fois. Quant à voir un mammifère copier un insecte pour échapper à un oiseau, un tel ménage à trois semblait carrément improbable.

    • Suite de l’article

      L’idée trottait pourtant dans la tête de Danilo Russo depuis plus de vingt ans. L’écologue de l’université Federico-II de Naples entreprenait alors une étude de terrain dans le sud de l’Italie et s’était étonné d’entendre un bourdonnement « de guêpe ou de frelon » lors de ses captures de chauves-souris. Un cri de peur ? Une alerte à destination des congénères ? Le chercheur a laissé la question en jachère, avant de la reprendre deux décennies plus tard.

      L’équipe a commencé par comparer l’étonnant bourdonnement à celui de différents insectes. Le logiciel chargé de l’analyse a observé une forte proximité avec le son des abeilles mellifères et des frelons d’Europe. Surtout, en modifiant les paramètres afin de simuler le son perçu non par des humains mais par des oiseaux, la similitude est devenue presque parfaite.

      Les scientifiques ont alors conduit des expériences de play-back sur seize chouettes, huit issues de captivité, huit prélevées dans la nature. Chaque groupe était composé pour moitié de hulottes, pour moitié d’effraies. A tous les oiseaux, ils ont proposé trois sons : le « bzzz » d’un chiroptère, celui d’un frelon et un son ordinaire de chauve-souris. Toutes les chouettes se sont approchées du haut-parleur passant le troisième, mais se sont éloignées des deux premiers. Le mouvement a été particulièrement marqué chez les oiseaux sauvages, les plus susceptibles d’avoir côtoyé des frelons.

      Dans la nature, les trois espèces fréquentent les mêmes territoires. Mais si chouettes et chauves-souris sont nocturnes, les frelons sortent plutôt le jour. Il n’empêche, les chouettes n’approchent pas les trous d’arbres colonisés par les frelons. Pour les auteurs, « même si cela peut paraître surprenant », c’est bien la menace des chouettes qui aurait conduit les chauves-souris à développer ce nouveau comportement. Une conclusion « un peu rapide », objecte Sébastien Puechmaille, maître de conférences à l’université de Montpellier, spécialiste des chiroptères, qui aimerait voir « une étude plus approfondie sur ce phénomène assurément intrigant ». L’équipe italienne, elle, entend poursuivre avec d’autres espèces, #chiroptères ou même oiseaux, réputés émettre des bourdonnements. Et si le mimétisme sonore avait été largement sous-évalué, comme du reste les multiples talents des chauves-souris ?

  • L’humeur de la planète sondée grâce aux réseaux sociaux
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/04/26/l-humeur-de-la-planete-sondee-grace-aux-reseaux-sociaux_6123724_1650684.html

    L’humeur de la planète sondée grâce aux réseaux sociaux
    Une vaste étude, portant sur l’état affectif de 11 millions de personnes dans 100 pays pendant le premier confinement, illustre l’émergence de sciences sociales dites computationnelles, aux fondements épistémologiques encore fragiles.
    Par Laure Belot
    Publié le 26 avril 2022 à 12h00 - Mis à jour le 26 avril 2022 à 12h00

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    L’intelligence artificielle va-t-elle devenir un outil banal pour sonder de façon massive et en temps réel les citoyens ? De plus en plus de chercheurs s’y attellent. Ainsi, l’exceptionnelle situation pandémique de 2020, pendant laquelle plus de 4 milliards de personnes ont été confinées, a permis à une équipe pluridisciplinaire de scientifiques du MIT (Etats-Unis), de l’Académie des sciences de Pékin et du Max Planck Institute de Berlin de réaliser une étude inédite : suivre, à l’aide des réseaux sociaux Twitter et son équivalent chinois Weibo, l’état affectif de 11 millions de personnes de 100 pays sur cinq mois, du 1er janvier au 31 mai 2020.
    La publication qui en découle, « Preuve globale de l’altération des sentiments exprimés pendant la pandémie du Covid-19 » (Nature Human Behaviour, 17 mars), représente, mappemondes à l’appui, l’évolution du « bien-être » de ces populations, l’hypothèse étant que ce bien-être est corrélé à ce que l’on exprime en ligne : plus on se plaint, moins on se sent bien dans la vie, et vice-versa. Afin d’éviter la pollution de certaines campagnes politiques, les scientifiques se sont limités, pour constituer cette énorme base de données de 650 millions de messages géolocalisés et anonymisés, à ceux qui ne se référaient pas directement au Covid-19.
    Comme on pouvait s’y attendre, la baisse du moral est nette sur la période étudiée, accentuée notamment après le 11 mars, date à laquelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que la crise liée au Covid-19 relevait d’une pandémie. En moyenne, cette plongée est presque cinq fois plus importante en amplitude que le passage « d’un dimanche, journée habituellement la plus heureuse de la semaine, à un lundi », précise Nicolas Guetta-Jeanrenaud, un des auteurs, étudiant-chercheur au MIT. Des pays tels l’Australie, l’Espagne, le Royaume-Uni et la Colombie ont été particulièrement affectés, bien plus que la Tunisie et la Grèce, par exemple. La France se situe dans la moyenne.
    Pour mesurer la capacité de récupération des populations face à ce fléau, les chercheurs ont identifié un indicateur fort disparate, le nombre de jours après lequel le moral revient à mi-parcours. Ce délai est d’à peine 1,2 jour pour les messages géolocalisés en Israël contre 14 en France et 29 en Turquie. Au terme des cinq mois étudiés, d’ailleurs, seuls 18 % des pays n’ont pas récupéré leur niveau de moral exprimé en janvier 2020, 35 % y sont tout juste et 46 % l’ont dépassé. « Ces résultats ne doivent pas être interprétés par la seule résilience émotionnelle des populations », commente l’étude. Dans cette période, où la perspective de trouver un vaccin était encore lointaine, « ces indicateurs reflètent tout autant la sévérité de la pandémie que les mesures de santé publique prises localement ».Enfin, ces économistes, sociologues et data scientists (statisticiens de la donnée) ont cherché à qualifier l’impact du premier confinement sur le moral. La forte hétérogénéité des résultats obtenus « a particulièrement surpris l’équipe, reconnaît Nicolas Guetta-Jeanrenaud. Nous n’avons pas trouvé de différences statistiquement significatives ». A l’échelle d’un pays, les citoyens ont donc exprimé des sentiments contradictoires, allant tout autant du gain de sécurité à la perte de liberté ou à la crainte de voir disparaître un emploi. Par contre, une tendance plus précise est apparue : plus un pays avait des citoyens qui se sentaient malheureux avant la période du Covid-19, plus les réactions au confinement étaient exacerbées.
    Les auteurs soulignent d’emblée les limites de l’étude. « Nous savons que tout le monde n’est pas sur Twitter et Weibo et que le bien-être des citoyens est un concept subjectif, qui ne possède pas de mesure standardisée, reconnaissent-ils. Nous savons également que ce type d’analyse, naissante, ne permet pas encore de faire le lien avec la santé mentale. » Pour autant, estiment-ils, de telles recherches peuvent apporter une aide complémentaire à la décision pour les puissances publiques.
    Au-delà même de ces résultats, que préfigure une telle recherche ? « Nous sommes au tout début d’une nouvelle discipline intitulée “computational social sciences”. Les sciences sociales sous stéroïdes, dopées par les données et les algorithmes », commente le pionnier français Guilhem Fouetillou, à la fois professeur-chercheur au Médialab de Sciences Po et fondateur de Linkfluence, une entreprise qui, depuis quinze ans, décrypte les tendances sur le Web et les réseaux sociaux pour des entreprises ou des institutions.
    Tenter d’analyser les données massives pour donner du sens à ce qui se trouve en ligne n’est pas une nouveauté. « Cela a été initié par des physiciens et sociologues tels Albert-Laszlo Barabasi et Duncan Watts, au tournant du XXIe siècle, pour modéliser le Web, se souvient Guilhem Fouetillou. Les sciences sociales ont essayé de s’en emparer pour avoir un discours sur la société, il y a une décennie. C’est maintenant que ce type d’analyse est technologiquement plus accessible. »Ainsi, les paroles en ligne de ces 11 millions de citoyens écrites posément ou sous le coup de l’émotion pendant ces cinq mois ont pu être analysées par une technique de traitement du langage naturel récente et en accès libre, le Bidirectional Encoder Representation from Transformers (BERT). Il s’agit d’« un réseau de neurones profonds, qui prend en compte la syntaxe globale de la phrase et pas seulement les occurrences de mots positifs ou négatifs », explique Nicolas Guetta-Jeanrenaud. Google a entraîné cette intelligence artificielle sur Wikipédia, entre autres, et l’a rendue publique en 2018. D’où la possibilité de travailler sur des messages en 65 langues. »
    Ce n’est pas tout. Outre la mise à disposition par Amazon, Google et Facebook de plates-formes de traitement, pour entraîner les algorithmes d’apprentissage supervisé (appelé aussi machine learning), certains Gafam proposent de stocker les données sur leur cloud et « même d’acheter du temps de calcul comme un service », précise Guilhem Fouetillou. Ces moyens nouveaux posent désormais à tout chercheur une question centrale, quand il veut manipuler des données : faut-il le faire si c’est faisable ? « Le risque est de pencher vers la quantophrénie [le gigantisme pour le gigantisme des données], poursuit Guilhem Fouetillou. Il y a quelques années, beaucoup d’études ont été réalisées par des data scientists qui ont multiplié les corrélations sans que l’interprétation apporte de la valeur ajoutée, faute de causalité. »En France, plusieurs nouveaux projets de recherche multidisciplinaires se dessinent. Ainsi, le mathématicien Pedro Ramaciotti Morales, chercheur au médialab de Sciences Po et au Learning Planet Institute (ex-CRI), s’apprête, explique-t-il, à diriger « une équipe spécialisée en modèles mathématiques, modèles sociaux et informatiques afin de mener des recherches à large échelle sur le comportement en ligne, les dynamiques d’opinion, la polarisation et les algorithmes de recommandation ». Il va aussi codiriger un projet financé par le McCourt Institute (fondé par Sciences Po et l’université de Georgetown à Washington), « destiné à produire de la recherche applicable à la gouvernance des technologies, dont les grandes plates-formes du Web, comme les Gafam, qui regroupent une partie considérable des dynamiques sociales et politiques ».Aujourd’hui encore, ajoute Guilhem Fouetillou, « tel un macroscope », les approches analytiques utilisées peuvent être parfois déformantes ou posséder des angles morts. « Nous savons bien décrire les données du Web social, mais nous ne savons pas encore en quoi elles décrivent ou non le monde, estime-t-il. Il nous faut construire un véritable cadre interprétatif de ces données. L’épistémologie de la donnée sociale n’est pas encore établie. »

    #Covid-19#migrant#migration#sante#epidemiologie#IA#santementale#pluridisciplinarité#recherche#confinement#emotion

  • Plus on vit vieux, moins on mute vite
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/04/19/plus-on-vit-vieux-moins-on-mute-vite_6122717_1650684.html

    Les espèces animales qui accumulent plus lentement des mutations dans l’ADN de leurs cellules non sexuelles ont aussi une durée de vie plus longue. Ce qui expliquerait en partie pourquoi le risque de cancer n’augmente pas avec la longévité.

    Par Florence Rosier
    Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 06h00

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    C’est une nouvelle étape dans la longue traque des causes du vieillissement biologique. Nouvelle, mais pas si neuve : l’étude publiée le 13 avril dans la revue Nature, en réalité, vient valider « une hypothèse émise en 1952 par un futur Prix Nobel, Peter Medawar [1915-1987], mais jusqu’ici impossible à démontrer : l’idée que le vieillissement résulterait, en partie du moins, d’une accumulation inéluctable de mutations dans le génome de nos cellules, relève Hugo Aguilaniu, généticien, directeur de l’Institut Serrapilheira, une fondation brésilienne à but non lucratif. Et cette accumulation finirait par induire un état critique pour le fonctionnement de ces cellules. »

    L’immense essor des capacités de séquençage a changé la donne. Grâce à quoi des chercheurs britanniques ont pu prouver la réalité de ce phénomène. Coordonnés par le Wellcome Sanger Institute (Royaume-Uni), ils ont dénombré les altérations de l’ADN dans des cellules de seize espèces de mammifères, couvrant un vaste éventail de durées de vie et de tailles corporelles : chat, chien, cheval, vache, lapin, furet, souris, rat, rat-taupe nu, girafe, marsouin, lion, tigre, lémurien à queue annelée, colobe noir et blanc et espèce humaine. Pour cinq d’entre elles, plusieurs individus (56 au total) d’âges différents ont été analysés.

    Résultat : les espèces qui vivent plus longtemps acquièrent plus lentement des mutations dans l’ADN de leurs cellules somatiques (non sexuelles) que celles qui vivent moins longtemps. Cette observation explique en partie le fameux « paradoxe de Peto », du nom de l’épidémiologiste britannique Richard Peto qui l’a énoncé en 1977. Une baleine ou un éléphant, par exemple, possèdent bien plus de cellules et vivent bien plus longtemps qu’une souris. La probabilité qu’une de leurs cellules subisse des mutations – entraînant sa prolifération incontrôlée – est donc plus élevée. En toute logique, ces mastodontes devraient avoir un risque accru de cancer. Or ce n’est pas le cas.
    Différences très marquées

    Mais comment estimer le rythme auquel ces mutations s’accumulent dans les cellules de chaque espèce ? Difficile de suivre un individu toute sa vie ! Les chercheurs ont donc analysé le génome d’un type de cellules particulier, propice à cet examen : les cellules qui tapissent les minuscules replis de la paroi interne du côlon, ou « cryptes intestinales ». Toutes les cellules d’une même crypte – micro-découpable au laser – dérivent d’une même cellule souche ancestrale et accumulent de façon linéaire des mutations avec l’âge. Dans ces cellules, par ailleurs, la plupart des mutations sont causées par des processus naturels endogènes – communs à d’autres tissus – plutôt que par une exposition à des toxiques environnementaux. Il a ensuite suffi de diviser le nombre de mutations mesuré par l’âge de l’individu étudié pour obtenir les taux de mutation de chaque espèce au fil des ans.

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  • Vie privée : les internautes, même précautionneux, pistés à leur insu
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/04/12/vie-privee-les-internautes-meme-precautionneux-pistes-a-leur-insu_6121754_16

    Deux études montrent comment la désactivation des cookies peut être contournée pour continuer à suivre et profiler les utilisateurs du Web, notamment dans le secteur de la santé.

    Deux articles de recherche corrigent sérieusement cette naïveté. Près de 4 % des sites Web les plus fréquentés arrivent à recréer des cookies, que l’on pensait pourtant avoir effacés. Plus de 60 % de sites « santé » identifient le visiteur avant même de proposer la fameuse bannière de consentement. Et 15 % continuent à le pister, même s’il l’a refusé !

    La première étude montre comment régénérer un cookie tiers ou en tout cas « identifiant ». La seconde explique comment un cookie peut être synchronisé entre plusieurs sites, parfois sans que le site propriétaire en soit informé, transformant même un cookie propriétaire en un cookie tiers. « On montre qu’il existe des techniques méconnues pour faire du traçage, mais bien sûr on ne peut pas montrer si elles servent effectivement dans ce but », précise Arnaud Legout.

    Détaillons la première étude, sur la recréation de cookies. Les chercheurs ont mis en évidence des techniques qui pistent les internautes par leur « empreinte de navigation ». Celle-ci consiste en une série d’informations comme le fuseau horaire, la version du navigateur ou du système d’exploitation, la langue préférée… Le site Amiunique.org permet de se faire une idée de cette empreinte. Contrairement aux cookies, elle ne peut être effacée, mais elle est moins stable, car elle peut changer pour un même utilisateur au cours du temps, par exemple lors d’une mise à jour.

    Des prises de rendez-vous chez un pédiatre, un dermatologue ou un cancérologue en disent beaucoup sur l’état de santé des personnes, ce qui pourrait intéresser les assurances ou les banques

    L’équipe de l’Inria a découvert que l’empreinte peut servir à recréer un cookie. Au départ, un cookie est associé à une empreinte dans la base de données du site « suiveur ». Puis si ce cookie est effacé, mais que l’empreinte ne change pas, alors le cookie est recréé pour assurer le suivi.

    Des « pixels invisibles »

    La méthode a consisté à vérifier si ces sites utilisent des techniques subtiles que les auteurs de l’étude avaient dévoilées en 2020 et qui permettent de synchroniser des cookies entre plusieurs sites, et donc de suivre les internautes. Ces six méthodes recourent à des « pixels invisibles », c’est-à-dire que, lors d’une visite, une requête est envoyée vers un site tiers qui renvoie un pixel blanc, donc invisible pour l’utilisateur, mais qui génère un dépôt ou une récupération de cookie chez l’internaute. Une extension de navigateur a même été développée pour automatiser la détection de ces techniques. « Nous avions montré que les techniques habituelles de blocage, basées sur des listes noires de sites suiveurs, ratent entre 25 % et 30 % des “traceurs” », rappelle Imane Fouad, doctorant dans ces études.

    Appliquées à 385 sites de santé, les conclusions sont sévères : 62 % d’entre eux recourent à ces pistages méconnus… avant même que l’internaute ne réponde à la bannière de consentement ; 40 % ne permettent pas de refuser le traçage. Et 15 % tracent même si le visiteur a refusé ! « Malheureusement, il était déjà connu que les bannières ont ce genre de défauts. Nous montrons en plus que c’est le cas avec des techniques peu connues et qui échappent aux bloqueurs habituels », résume Arnaud Legout.

    Ces résultats arrivent dans un contexte particulier, où le plus grand acteur de la navigation sur le Web, Google avec son outil Chrome, a annoncé vouloir bloquer les cookies tiers, tout en fournissant des solutions techniques aux publicitaires, dont le géant fait lui aussi partie, permettant de « cibler » sans « suivre » chaque internaute. Mais en 2021, l’entreprise a annoncé reporter ce déploiement technique à 2023.

    « On peut faire l’hypothèse que les techniques que nous avons mises au jour servent aux entreprises qui les développent pour montrer leur savoir-faire et offrir de meilleurs services. Mais c’est aussi sûrement pour se préparer à la fin des cookies tiers », estime Arnaud Legout. La bataille n’est pas finie.

    David Larousserie

    #Cookies #Traçage #Trace #RGPD #Données_santé #Vie_privée

    • Plus de 240 millions de doses de vaccins anti-Covid auraient dépassé leur date limite d’utilisation depuis le début de la campagne vaccinale. Et ce, uniquement dans les stocks nationaux des pays riches. Parmi elles, 73 % sont des doses de Pfizer, le vaccin le plus utilisé dans les pays du Nord. Deuxième vaccin le plus gâché : AstraZeneca, qui représente 18% de toutes les doses périmées. En France, ce sont 218 000 doses, uniquement d’AstraZeneca, qui se seraient ainsi périmées, indique la direction générale de la santé.

      Ce bilan, réalisé par la société d’analyse de données de santé Airfinity, basée à Londres, ne représente en réalité que la partie émergée de l’iceberg : faute d’information sur les doses données aux pays pauvres, ce premier inventaire est largement sous-estimé. Il est désormais « hautement probable », estime Sarah Harper, sa porte-parole, que le nombre de doses périmées au sein des pays pauvres dépasse le bilan déjà affolant des pays riches.
      Lire aussi : Covid : des stocks de vaccins qui s’accumulent partout

      Et pour cause : ces derniers se sont massivement défaits de leurs doses excédentaires depuis octobre 2021, parfois juste avant qu’elles ne se périment, par des arrangements bilatéraux ou par l’intermédiaire de #Covax, le programme international censé fournir des vaccins aux pays en développement. Durant le seul mois de décembre 2021, plus de 100 millions de doses données à Covax s’étaient finalement vu refuser par les bénéficiaires en raison de leur trop courte durée de vie restante…

      #FBMG

  • Dans la Drôme, une découverte bouleverse l’histoire du peuplement de l’Europe par « Homo sapiens »
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/02/09/dans-la-drome-une-decouverte-bouleverse-l-histoire-du-peuplement-de-l-europe

    Selon une étude publiée dans « Science Advances », une population « sapiens » se trouvait dans l’ouest de l’Europe il y a déjà cinquante-quatre mille ans, soit une douzaine de millénaires plus tôt que la date communément admise dans cette partie du continent, alors occupée par les néandertaliens.

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    L’histoire était entendue : il y a quarante mille à quarante-cinq mille ans, venu du Proche-Orient, Homo sapiens s’aventurait pour la première fois en Europe où il allait évincer les indigènes d’alors, les néandertaliens. Si grand remplacement il y a eu dans nos contrées, c’est bien celui-là. Cette arrivée des humains modernes, qui marque le début du paléolithique supérieur, se lit avant tout dans leur production de pierres taillées, connue sous le nom d’aurignacien, laquelle succède au moustérien de Neandertal. Une population en supplante une autre, voilà qui est carré, limpide. Mais une équipe internationale conduite par des chercheurs français vient bouleverser la simplicité de cette chronologie avec une étude parue mercredi 9 février dans Science Advances : elle montre, grâce à la découverte d’une dent dans une grotte de la Drôme, qu’une population sapiens nettement plus ancienne se trouvait dans l’ouest de l’Europe, plus précisément dans la vallée du Rhône, il y a déjà cinquante-quatre mille ans.
    Lire aussi Article réservé à nos abonnés « En disant que Neandertal était comme nous, on l’a limité à nous »

    Des soupçons, Ludovic Slimak, chercheur au CNRS et premier auteur de l’article, en avait depuis de nombreuses années. Ils lui venaient d’une poignée de sites à cheval sur Drôme et Ardèche, pour la plupart fouillés entre 1870 et 1950, où l’on distinguait, en pleine période néandertalienne, une industrie lithique à nulle autre pareille. « Dans ma thèse, en 2004, je relevais qu’on avait une anomalie technique, une production standardisée, en série (les mêmes à 1 millimètre près), de petites pointes. Or la production en série et la standardisation, on ne les trouve pas chez Neandertal. » Titulaire de la chaire de paléoanthropologie au Collège de France, Jean-Jacques Hublin (qui n’a pas participé à l’étude de Science Advances) confirme ce caractère très particulier de cette production dite néronienne, nommée ainsi en référence à la grotte de Néron, dans l’Ardèche : « Ce néronien est une industrie un peu bizarre, très localisée du point de vue géographique et inconnue ailleurs. »

    Inconnue ailleurs, vraiment ? En 2016, Ludovic Slimak se rend à Harvard avec sa collègue et compagne Laure Metz (cosignataire de l’article). Objectif : étudier la collection d’objets en pierre taillée retrouvés sur le site libanais de Ksar Akil, occupé par des sapiens comme en attestent des restes humains. « Avec ses 23 mètres d’épaisseur, le gisement de Ksar Akil est un peu une cathédrale du début du paléolithique supérieur, précise Ludovic Slimak. Quand j’ai ouvert les tiroirs, je me suis assis : ce que j’avais devant moi, c’étaient exactement les pointes du néronien. »

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  • Comment les éditeurs scientifiques surveillent les chercheurs
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/01/17/comment-les-editeurs-scientifiques-surveillent-les-chercheurs_6109840_165068

    Ces dernières années, les grands éditeurs de publications scientifiques ont investi massivement dans la collecte de données. Les chercheurs craignent que la recherche s’enfonce dans une course à la performance.

    Jonny Saunders, neuroscientifique de l’université d’Oregon (Etats-Unis), a fait cet hiver une découverte surprenante. Depuis son poste de travail, il se rend un soir de décembre 2021 grâce au réseau de sa faculté sur le site de l’éditeur scientifique de renom #Elsevier. « J’avais entendu parler de ces éditeurs scientifiques qui collectaient des données sur leurs utilisateurs, raconte-t-il au Monde. Je me suis simplement demandé par quels moyens ils le faisaient et si ces traqueurs apparaissaient dans le code de leurs pages Web. » Depuis quelque temps, la communauté scientifique s’inquiète en effet d’une nouvelle pratique des grands éditeurs : la collecte de données de plus en plus fines sur les chercheurs et leurs travaux.

    Ce soir-là, Jonny Saunders ouvre alors un texte dans le logiciel en ligne d’Elsevier et, après quelques rapides manipulations, se rend compte qu’il est « observé » par trois outils différents qui envoient en temps réel des informations à des serveurs tiers.

    « L’un d’entre eux communiquait aux serveurs d’Elsevier des données identifiantes, notamment le proxy de l’université depuis laquelle j’étais connecté, ce qui leur permet de m’identifier précisément », se souvient-il. Plus loin, il remarque entre les lignes de code que des « événements » sont aussi décrits et récoltés par l’éditeur et renseignent ce dernier de façon très précise sur son comportement de lecture. Des informations différentes sont alors codées s’il place son curseur sur la partie haute du texte, s’il réduit la fenêtre du navigateur, s’il reste longtemps sur la page ou non, etc.

    Elsevier préfère esquiver la controverse
    Surpris par la précision des données collectées par Elsevier, Jonny Saunders envoie un tweet dans la foulée afin d’alerter ses pairs. Mais un mois plus tard, hormis une petite vague d’indignation restée cantonnée à la communauté scientifique anglophone, la nouvelle n’a pas fait grand bruit. Nous avons sollicité Elsevier pour y réagir.
    L’éditeur néerlandais refuse de « commenter spécifiquement » ce que Jonny Saunders a révélé mais reconnaît l’existence d’une collecte importante de données sur ses utilisateurs. Et ce à plusieurs fins, assure l’entreprise : « Nous utilisons des outils de suivi de données afin de fournir et d’améliorer nos services, (…) de nous aider à authentifier les utilisateurs, de sécuriser nos services, de détecter la fraude et les abus, (…) de faciliter l’efficacité et la productivité dans la recherche. » Elsevier mentionne aussi, sans y faire directement référence, les procédés très précis décelés par Jonny Saunders : « Les données que nous collectons pour tester, analyser et optimiser la taille et les positions des boutons de nos pages Web ne sont pas directement identifiables par les utilisateurs. »

    • Derrière ces quelques lignes de défense, Elsevier semble assumer le virage pris ces dernières années par les leaders du marché de la publication scientifique, lesquels se tournent massivement vers la collecte et l’utilisation de données

      En 2016, le groupe britannique RELX, maison-mère d’Elsevier, avait d’ailleurs annoncé, dans un rapport annuel, le « développement organique d’outils analytiques basés sur l’information de plus en plus sophistiqués (…) », passant d’un simple groupe d’édition à une société fondée sur la technologie, le contenu et les outils analytiques »

      « Datafication » de la publication scientifique

      Pour Jefferson Pooley, professeur en sciences de l’information et de la communication à l’université Muhlenberg (Etats-Unis), la récente affaire impliquant Elsevier est la preuve irréfutable de cette « datafication » de la publication scientifique. « A ma connaissance, il n’y a eu aucune autre découverte de ce genre de surveillance des comportements dans le monde de la recherche qui soit aussi précise, aussi granulaire », explique-t-il.

      Dans un travail de recherche intitulé « Surveillance Publishing » et publié en novembre 2021, Jefferson Pooley date les prémices de cet appétit des éditeurs pour les données au début des années 2000. Alors que les modèles d’affaires des Gafam, à l’instar de celui de Google, se construisent autour de la « data » comme marchandise, les éditeurs scientifiques y voient aussi de potentiels profits.

      Ceux qui dominent aujourd’hui le marché ont acquis ces dernières années des sociétés capables d’amasser toute sorte de données, notamment pour mesurer l’impact et la performance d’un travail de recherche et de son auteur. Elsevier a ainsi racheté l’entreprise Pure, en 2012, lui permettant de collecter des données sur les performances des universitaires ou encore Plum Analytics, en 2017, pour quantifier l’impact des publications.

      Ces informations, ainsi que celles sur les comportements des chercheurs, se distinguent par leur précision de celles aspirées traditionnellement par les acteurs du numérique auprès de quiconque navigue sur Internet. D’autant que les scientifiques n’ont, en raison de la structure oligopolistique du marché de la publication, bien souvent pas d’autre choix que de passer par les éditeurs leaders et d’obéir à leurs règles. Nombre d’entre eux ignorent que certains navigateurs ou outils pourraient leur éviter d’être suivis, ou ignorent l’existence même de tels outils de collecte.

      Certaines de ces données sont parfois monétisées directement par les éditeurs à travers la vente de services, comme celui de Pure, aux universités. Mais il est difficile de déterminer l’usage qu’en ont les maisons d’édition. « Nous ne connaissons pas l’éventail complet des métriques que ces éditeurs collectent, indique d’ailleurs Jefferson Pooley, qui pointe du doigt un système particulièrement opaque. Nous savons qu’ils collectent les métriques traditionnelles (indicateurs de citation, nombre de téléchargements, de lectures…) et nous avons maintenant de bonnes raisons de penser que d’autres données sont surveillées, notamment la façon dont nous, chercheurs, lisons un article, le temps que nous y passons, les surlignages que nous utilisons, etc. »

      Vers une science qui marche à la performance

      Toujours dans le but de mieux mesurer la performance de la recherche, les maisons d’édition scientifique se tournent ainsi vers des outils de plus en plus précis.
      Depuis peu, la start-up américaine Scite, déjà partenaire de leaders de la publication comme Wiley ou Sage, propose un service inédit de collecte de données sur les citations scientifiques. Il permet à ses clients de déterminer si, quand un article est cité, il l’est parce qu’il est approuvé ou au contraire critiqué par l’auteur et, de cette façon, se soustrait aux problèmes de précision que rencontrent les métriques traditionnelles.

      Jaele Bechis, chercheuse au Bureau d’économie théorique et appliquée de l’université de Lorraine, a longuement étudié, dans le cadre de sa thèse et de ses recherches, le marché de la publication scientifique à l’ère du numérique. « Il faut garder en tête que ce sont des maisons d’édition commerciales dont l’objectif est de faire du profit, décrit-elle. Elles mettent aujourd’hui en place des stratégies que les grandes entreprises dans les autres domaines adoptent également. » Et si certaines de ces données « peuvent servir à la communauté scientifique », des universitaires réfractaires avancent qu’une marchandisation de la science, accélérée par ces stratégies de « datafication », est à craindre.

      Selon eux, affûter aussi précisément ces facteurs d’impact et aller jusqu’à inspecter les comportements des chercheurs reviendrait à motiver la production scientifique par la performance et non plus par la recherche de connaissances. Ainsi, les domaines les plus à la mode, les travaux les plus spectaculaires et les auteurs les plus lus auraient davantage de chance d’être financés et publiés tandis que d’autres, moins en vogue, seraient délaissés par ce système, avance le chercheur Jefferson Pooley.

      « Les agences nationales de recherche, en particulier dans le monde anglophone, ont déjà commencé à accentuer l’importance des facteurs d’impact, justifie-t-il. Il est probable que cette tendance s’intensifiera à mesure que les éditeurs investiront dans les données. »

      en v’là du brain drain qu’il est cool

      #sciences #data #datafication #marchandisation #productivité

  • Covid long : les enfants et les ados dans le brouillard médical [octobre 2021]
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2021/10/05/covid-long-les-enfants-et-les-ados-dans-le-brouillard-medical_6097133_165068

    Il cite notamment une étude, publiée en août dans le Lancet Children Adolescent Health, mentionnant que 4 % d’enfants de 5 à 17 ans infectés par le SARS-CoV-2 ont des symptômes persistants quatre semaines après l’infection.

    L’Office national de statistiques britannique a récemment publié des données plus rassurantes : entre douze et seize semaines après l’infection, 3,2 % des enfants de 2 à 11 ans et 3 % des 12-16 ans présentent toujours un des symptômes persistants (fièvres, maux de tête, douleurs articulaires, perte du goût ou de l’odorat…). Selon le gouvernement israélien, qui a questionné les parents de plus de 13 000 enfants âgés de 3 à 18 ans infectés par le virus, 1,8 % des enfants de moins de 12 ans et 4,6 % des enfants de 12 à 18 ans rapportaient des symptômes plus de six mois après la phase aiguë de la maladie.

    (Je suis un peu obtus, je n’arrive pas à comprendre pourquoi il est écrit « des données plus rassurantes ».)

    • Oui, mais c’est 3% entre 12 et 16 semaines après l’infection, comparé à 4% après 4 semaines. Et les 1,8% et 4,6%, c’est carrément six mois (24 semaines) après.

      La seule façon que je vois de trouver que c’est rassurant, c’est de considérer que certes une proportion pas négligeable de gamins en chient encore six mois après avoir fait un Covid, mais au moins ils ne sont pas morts.

    • Alors bon, la question à 1000 brouzoufs : est-ce qu’Omicron va provoquer des Covid longs, notamment chez les enfants ? Est-ce qu’il existe la moindre donnée médicale qui laisserait penser que non ? Ou bien est-ce un pari politique qu’on a tous pris collectivement, à l’unanimité, pendant le débat intitulé « oh là là y’en a marre des restrictions ! » chez Hanouna ?

    • [des lignes en intro absentes] Les familles décrivent de multiples symptômes comme des douleurs, des maux de ventre, de la fatigue, des difficultés d’apprentissage, des symptômes souvent non spécifiques, qui peuvent, dans certains cas, fortement peser sur la vie quotidienne. « Nous voyons des enfants qui suivent à l’école mais qui n’enregistrent plus, ou sont trop fatigués pour aller au sport. Le Covid long peut prendre le masque d’une dépression ou d’une baisse du rendement scolaire », constate Dominique Salmon-Ceron, infectiologue à l’Hôtel-Dieu. Constat partagé par plusieurs médecins.

      Très peu de cas [en octobre dernier, et selon les français]

      Qu’en est-il de ce brouillard cérébral, qui se traduit par des troubles de l’attention, de la concentration, décrit par les enfants comme les adultes ? Le professeur Eric Guedj, avec des pédiatres de l’hôpital de la Timone (Marseille), a mené des travaux chez 7 enfants de 10 à 13 ans ayant une persistance de symptômes (fatigue, troubles cognitifs…) plus de quatre semaines après les premiers symptômes du Covid-19. Il a comparé leur TEP-scan à celui de 21 enfants témoins et 35 adultes touchés par le Covid long, et 44 sujets sains. « Ces études en neuro-imagerie réalisées cinq mois plus tard ont montré des anomalies cérébrales similaires à celles des adultes avec Covid longs », explique le professeur Guedj. « Ces résultats fournissent des arguments en faveur d’un possible Covid long chez les enfants », est-il souligné dans l’étude publiée en août dans l’European Journal of Nuclear Medicine and Molecular Imaging.

      « Au regard de ce que nous voyons à travers les urgences, les hospitalisations et les consultations hospitalières, nous avons très peu de cas », estime cependant la professeure Christèle Gras-Le Guen, pédiatre et chef des urgences pédiatriques et du service de pédiatrie générale du CHU de Nantes. « Ce qui nous inquiète, ce n’est pas le Covid long, que je ne nie pas, c’est l’explosion de demandes en santé mentale liée aux effets de la crise sanitaire », poursuit la pédiatre. Même constat pour le professeur François Angoulvant, président du Groupe francophone de réanimation et d’urgences pédiatriques (Gfrup) et pédiatre à l’hôpital Robert-Debré : « Nous avons peu d’enfants qui viennent consulter à l’hôpital pour un Covid long. »

      « Il est fréquent de voir des enfants douloureux, fatigués, il est difficile de savoir si ces symptômes sont directement liés ou non au virus ou si ce sont des enfants déprimés, ou autre chose », poursuit François Angoulvant. Il n’est pas toujours simple de faire le diagnostic différentiel avec la dépression. Pour y voir plus clair, il coordonne une étude, à partir de la cohorte #Pandor, qui suit des enfants hospitalisés pour Covid, afin de voir quels sont les symptômes persistant six mois à un an après. « La plupart des enfants souffrant de Covid long pédiatrique n’ont pas connu de forme grave de la maladie nécessitant une hospitalisation d’urgence ou un passage en réanimation », souligne toutefois l’association #ApresJ20.

      Par ailleurs, les pédiatres distinguent les Covid longs des #PIMS, ces syndromes inflammatoires multisystémiques pédiatriques décrits pour la première fois en avril 2020, qui surviennent à distance de l’infection, environ quatre à cinq semaines plus tard. Entre le 1er mars 2020 et le 22 août 2021, 640 cas ont été signalés chez des enfants, selon les données de surveillance de Santé publique France, avec un âge médian de 7 ans.

      La réalité du Covid long reste controversée au sein du corps médical. « C’était difficile d’en parler jusqu’à il y a trois ou quatre mois », constate Mélanie Heard, responsable du pôle santé de Terra Nova et membre du COSV, qui évoque le déni de certains pour qui « c’est psychosomatique, ce n’est pas une réalité ». Mélanie Heard y voit « un échec cuisant de la démocratie sanitaire qui ne permet finalement toujours pas que la parole des patients soit entendue ».

      « Trop de familles sont confrontées au déni de la maladie et se voient proposer une prise en charge uniquement psychologique, sous prétexte de troubles psychosomatiques », déplore Cristina, mère d’Antoine, âgé de 13 ans et qui souffre de Covid long depuis mars 2020 – il utilise un fauteuil roulant pour aller trois heures par semaine au collège. « Des familles décrivent des parcours du combattant », poursuit Cristina, qui gère le groupe Facebook Covid long enfants/adolescents, créé en octobre 2020, qui compte 1 550 membres.

      « Nous demandons que le Covid long de l’enfant soit inclus dans les recommandations de la HAS, souligne Cristina, afin que les médecins soient informés et que les enfants et adolescents puissent être pris en charge et adressés dans des centres spécialisés, qui n’existent aujourd’hui que pour les adultes. »

      On se souvient que jusqu’à preuve du contraire (arrivée de nouveaux variants), la vaccination diminue le risque de covid long, et qu’elle réduit aussi pour partie la gravité des covid longs.

      On vérifie que les pathologies psychosomatiques font rigoler les toubibs. La somatisation les confronte à leur impuissance à prodiguer des soins ("va donc verbaliser, ailleurs !"). Ils y pigent que dalle, c’est pas de leur ressort, une perte de temps, un gaspillage d’examens divers (quasiment de l’escroquerie). Et pourtant, elle existe. C’est vu comme aussi secondaire que ce fut le cas de la douleur. On renvoie au mieux vers des psys et des pédo-psys, introuvables.

      #covid-19 #covid_long #covid_long_pédiatrique #enfants #somatisation #vaccination

    • Selon cet article d’octobre, la vaccination diminuerait de moitié les Covid longs (c’est bien, mais c’est pas non plus monstrueux : la vaccination diminue d’un facteur 10 à 20 les entrées en réa et les décès) :
      https://seenthis.net/messages/943938
      Alors qu’on atteint de niveaux de contamination dans ces classes d’âge absolument jamais vus.

      Et les moins de 11 ans, eux, ne sont carrément pas vaccinés (j’aimerais bien parvenir à faire vacciner les miens avant qu’ils chopent cette merde, mais le ministre est visiblement très opposé à cette idée).

  • La vaccination diminue aussi le risque de Covid long [octobre 2021]
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2021/10/05/la-vaccination-diminue-aussi-le-risque-de-covid-long_6097139_1650684.html

    A la question : « Le vaccin prévient-il le Covid long ? », Odile Launay, professeure des universités à l’Université de Paris en maladies infectieuses, répond sans hésiter : « Oui, par deux mécanismes : d’une part, en réduisant le risque d’être infecté par le Covid, d’autre part, en réduisant par deux le risque de Covid long en cas d’infection chez des vaccinés. »

    […]

    Parmi les 592 personnes totalement vaccinées (donc avec deux doses), seulement 5,2 % souffraient toujours de symptômes après 28 jours, contre 11,4 % pour les sujets non vaccinés.

    • J’ai eu un échange long avec un interlocuteur client. Il n’est au courant de rien concernant tout. Chez lui il dort avec sa compagne qui est positive depuis 10 jours, qui tousse fort... Il est étonné parce qu’il n’est pas positif lui. Moi je l’ai trouvé fatigué... Bref. La majorité s’en fout des détails et considère que c’est normal qu’il y ait qq victimes...

    • Coordonnée par l’épidémiologiste Viet-Thi Tran, une étude rendue disponible en pré-publication le 1er octobre, et menée auprès de 910 patients ayant un Covid long recrutés dans la cohorte ComPaRe, a montré que « la vaccination réduisait significativement les symptômes du Covid long » (16% des patients rapportaient une disparition complète des symptômes à 120 jours contre 7,5% dans le groupe contrôle) et l’impact de celui-ci sur la vie quotidienne (38,9% des patients rapportaient un impact important de la maladie dans leur vie contre 46,4% dans le groupe contrôle). Certains patients ont néanmoins présenté des effets indésirables graves à la suite des injections : deux personnes ont été hospitalisés, deux ont dû se rendre aux urgences.

      L’équipe d’Akiko Iwasaki, professeure d’immunologie à l’université de Yale, a conduit une étude avec le groupe de patients américains Survivor Corps, non encore publiée, qui donne des résultats similaires. « Il est possible que le vaccin aide le système immunitaire à lutter contre les résidus de virus qui persistent dans l’organisme et à les éliminer. Ou bien le vaccin pourrait stopper une réponse immunitaire néfaste », suggère Akiko Iwasaki sur le site Internet de l’université de Yale, tout en ajoutant que « ce ne sont à ce stade que des hypothèses ».

      « Juger au cas par cas »

      Des résultats ont également été présentés par la professeure Dominique Salmon-Céron au Congrès européen de microbiologie clinique et des maladies infectieuses qui s’est tenu fin juillet. Sur une centaine de patients ayant un Covid long et vaccinés, 35 % des personnes voient une réactivation transitoire de leurs symptômes de Covid long… Mais après deux semaines, environ 25% patients se sont améliorés. « Le vaccin pourrait soulager ces symptômes en régulant une réponse immunitaire inappropriée », indiquent ces résultats préliminaires.

      Actuellement, « une consultation médicale est nécessaire avant la vaccination pour juger au cas par cas de l’intérêt de celle-ci », selon les recommandations de la Haute autorité de santé de février sur la vaccination des personnes ayant un antécédent de Covid-19. Un message de la direction générale de la santé du 20 août indiquait toutefois que « dans l’état actuel des connaissances scientifiques, il n’y a pas de contre-indication à la vaccination des patients présentant des symptômes prolongés du Covid-19. Au contraire, dans le cas de symptômes prolongés du Covid-19 liés à une infection non contrôlée, la vaccination pourrait même contribuer à la guérison. »

      #covid-19 #covid_long #vaccination #guérison #guérison_partielle

  • « L’Etat doit considérer l’épidémie de cancers pédiatriques comme une urgence sanitaire »

    Face à l’émergence de cas groupés de cancers chez des enfants, la fondatrice d’un collectif de parents touchés par la maladie, un médecin et une toxicologue dénoncent, dans une tribune au « Monde », un « déni de reconnaissance bloquant la mise en place de mesures » effectives.

    Tribune. S’il est un invariant indiscutable en matière d’épidémie et de santé publique, c’est bien celui de ne pouvoir anticiper précisément leurs évolutions à moyen et long terme. En revanche, leurs prises en charge en urgence répondent à des standards éprouvés de médecine de catastrophe lorsqu’il n’y a ni traitement ni vaccin efficaces, avec un rôle prépondérant de la société civile directement affectée.
    Il en va de même en matière d’épidémie de cancers pédiatriques et des modalités d’action des personnes concernées. On estime en France à 2 500 le nombre de nouveaux cas et 500 décès par an. Par ailleurs, des statistiques de la Caisse nationale d’Assurance-maladie révèlent une augmentation de 18 % entre 2003 et 2019, chiffre largement sous-estimé du fait de biais méthodologiques de recensement. A Sainte-Pazanne, près de Nantes, on compte 25 enfants atteints de cancers depuis 2015 dont sept morts, pour un bassin de population d’environ 30 000 personnes. Il ne se passe pas six mois sans qu’un nouveau cas n’apparaisse.

    A Saint-Rogatien, 2 200 habitants près de La Rochelle, au moins six malades sont recensés dont un décès, entre 2008 et 2019. D’autres clusters, à savoir un nombre anormalement élevé d’enfants malades sur un territoire et une période donnés, ont été identifiés : 16 cas entre 2011 et 2020 sur Les Rousses, Prémanon, Morez et Longchaumois, quatre communes du Haut-Jura ; 11 entre 2018 et 2020 à Igoville et Pont-de-l’Arche, dans l’Eure. L’incidence de l’épidémie progresse ainsi, à bas bruit, en lien avec l’exposition chronique et le cumul de toxiques environnementaux dans les secteurs : hydrocarbures, perturbateurs endocriniens, pesticides, ondes électromagnétiques, radon, entre autres.

    Lenteur institutionnelle

    Dans le même temps, les traitements ô combien éprouvants pour les enfants et leurs familles laissent des séquelles à vie pour certains cancers quand d’autres demeurent incurables. Confrontés à une tension entre enjeux de santé publique et intérêts économiques privés et politiques, les familles et proches d’enfants malades se constituent en associations et collectifs pour organiser la défense du droit à la vie en bonne santé, mission de santé publique telle que l’a définie Charles Winslow en 1920, et que les autorités sanitaires peinent à prendre en charge : améliorer la connaissance du nombre réel de cas, identifier les origines des cancers et mobiliser des moyens pour les prévenir, en plus de les guérir.

    La lenteur institutionnelle à apporter des réponses adaptées sur les cancers pédiatriques interroge d’autant plus qu’il a été possible de développer, dans l’urgence, des outils épidémiologiques et de prise en charge pour faire face au Covid-19. On a su mettre à l’arrêt un pays en le confinant pour limiter les effets mortifères d’un virus incontrôlable. Sans aller jusqu’à de telles mesures, il faut des actions radicales pour sauver des vies exposées à de multiples facteurs cancérigènes, connus ou potentiels : tout retard en matière de prévention des cancers est une perte de chance sur le temps et la qualité de vie, et un défaut flagrant de mise en protection de nos enfants.

    Lors d’une épidémie de choléra en zone reculée, il est reconnu que les proches des malades sont les premiers à sauver des vies, bien avant l’arrivée des renforts nationaux et internationaux. Dans l’histoire du sida, les patients ont joué un rôle fondamental dans l’orientation des recherches thérapeutiques et l’accessibilité financière aux traitements. Début 2020, de nombreux acteurs de la société civile, profanes en matière de virologie, se sont impliqués dans la fabrication artisanale de masques et de gel hydroalcoolique, sur la base de tutoriels issus des réseaux sociaux, pour pallier la pénurie et autres insuffisances.

    Registre de cancers territorial

    Concernant l’épidémie de cancers pédiatriques, les besoins de connaissances et d’actions sont multiples, afin de mieux cerner sa dynamique et donc mieux la combattre. Tout d’abord, il semble difficile aujourd’hui d’avoir des chiffres exacts des cancers, pédiatriques ou chez l’adulte. Les autorités s’appuient sur des registres de cancers qui n’existent que dans 19 départements. Les chiffres nationaux sont issus d’une extrapolation de ces données, de surcroît non actualisées depuis plusieurs années.

    Comment, alors, avoir un système d’alerte ? Dans ces conditions, il devient périlleux d’établir une incidence précise de l’épidémie. Pour y remédier, il suffirait d’établir la tenue d’un registre de cancers territorial rapporté ensuite à une échelle nationale, à tenir à jour régulièrement, ce qui n’implique pas de connaissances et d’outils techniques sophistiqués. Ce système existe dans les pays scandinaves. Pourquoi ne pas le mettre en place en France et éviter la création de doutes voire d’obscurantisme épidémiologique ? Les familles d’enfants malades tentent d’établir un recensement du nombre de cas et demandent depuis longtemps la mise à jour de ces registres ainsi que leur accessibilité inconditionnelle, mais sans succès.

    Dénoncer l’incapacité des institutions sanitaires à remettre en question leurs connaissances et méthodes d’analyse est aussi un combat quotidien des familles. En effet, après avoir reconnu l’existence d’un cluster de cancers pédiatriques à Saint-Pazanne et ses environs en 2019, les autorités annoncent finalement l’absence de risque anormalement élevé en 2020. Aucune justification scientifique n’est apportée quant à l’exclusion de la cohorte de 12 cas sur 25 recensés par le collectif Stop aux cancers de nos enfants, faisant simplement état du fait que certains ont dépassé l’âge de 15 ans tandis que d’autres ont déménagé du secteur.

    Durant l’été 2019, des analyses dans l’école située au cœur de la ville et dans des logements révèlent des taux très supérieurs à la normale de lindane, de radon et de dieldrine, tous trois classés « cancérogène avéré ou probable pour l’humain » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), organisation sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette école se situe dans « l’épicentre » proche des câblages de lignes à haute tension, à quelques pieds sous terre dans la cour où gambadent enfants et enseignants, et à quelques mètres du site de l’ancienne usine de traitement du bois par des pesticides. A proximité se trouve aussi un poste de transformation électrique vers lequel convergent des récents parcs éoliens en service depuis 2015, le tout dans une zone d’agriculture, maraîchage et viticulture intensive.

    « Effet cocktail »

    Quatre-vingt-dix pour cent des cancers pédiatriques sont d’origine environnementale. Le cancer est une maladie multifactorielle. Pourtant, le protocole sanitaire se borne toujours à identifier une cause commune à tous ces cancers, comme si c’était une maladie infectieuse (un microbe égale une maladie), sans remettre en question les normes autorisées. Celles-ci sont variables d’un pays à l’autre, donc plus ou moins protectrices.

    De plus, la littérature scientifique étaye, depuis des décennies, l’impact des expositions chroniques cumulées au cours de l’état fœtal, enfance et adolescence, périodes de forte vulnérabilité vis-à-vis des perturbateurs endocriniens, des substances cancérigènes et autres stress physiques, chimiques et psychiques, récapitulés sous le terme d’« effet cocktail ».

    Les enfants malades et leurs familles rejettent l’image de victimes qu’on leur attribue et l’instrumentalisation qui en est faite par la puissance publique. Ce statut fait d’eux des sujets malchanceux, évoluant davantage dans le registre de l’émotionnel que dans celui de la raison scientifique, en défiance vis-à-vis d’acteurs politiques qui s’enquièrent moins d’actions de fond de protection que de discours teintés de compassion communicationnelle sans lendemain.
    Bien au contraire, ces acteurs de la société civile, souvent accompagnés de chercheurs bénévoles, prennent leur part sur le terrain : réalisation à leur frais d’enquêtes toxicologiques dans les cheveux de leurs enfants, actions de prélèvement d’eau sur différents points d’un secteur touché, tout est envisagé pour limiter le nombre de victimes.

    On l’aura compris, l’épidémie de cancers pédiatriques n’est pas une fatalité mais souffre d’un déni de reconnaissance bloquant la mise en place de mesures. Le vote de l’Assemblée nationale, vendredi 29 octobre 2021, contre l’avis du gouvernement, en faveur d’une rallonge de 20 millions d’euros afin d’abonder la création d’un fonds de recherche sur les cancers pédiatriques, est l’occasion de rappeler le besoin de financement de recherche des causes pour la prévention et la mise en protection des populations.

    Des études de sciences participatives de terrain incluant les collectifs de parents concernés doivent être conduites sur les territoires particulièrement touchés, où il y a urgence à agir. L’Etat français, garant des principes d’une démocratie sanitaire réactive, doit traiter cette épidémie comme une urgence sanitaire, de manière proportionnée et impartiale, et accompagner les démarches de santé environnementale, signe d’une justice sanitaire et sociale de notre temps.

    Marie Thibaud, fondatrice du collectif Stop aux cancers de nos enfants, membre du Collectif inter-associations pour la santé environnementale (CISE). Jean-François Corty, médecin, ancien directeur des opérations de l’association Médecins du monde, membre de l’Atécopol (Atelier d’écologie politique de Toulouse). Laurence Huc, toxicologue, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), membre de l’Atécopol.

    https://www.lemonde.fr/sante/article/2021/12/28/l-etat-doit-considerer-l-epidemie-de-cancers-pediatriques-comme-une-urgence-

    En France, le décompte des cas de cancer n’est effectué que pour 22 % de la population https://www.lemonde.fr/sciences/article/2019/01/22/cancers-aucune-donnee-pour-78-de-la-population-francaise_5412764_1650684.htm

    L’introuvable explication des cancers pédiatriques en France
    https://justpaste.it/5kpgy

    Les experts estiment « possible » un lien entre lignes à très haute tension et leucémies infantiles
    https://justpaste.it/5il1m

    #Cancer_pédiatrique