Genre, sexualité & société

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  • De la libération des enfants à la violence des pédophiles. La sexualité des mineurs dans les discours politiques des années 1970
    http://journals.openedition.org/gss/3134

    résumé : La pédophilie est depuis les années 1980 une forme particulièrement réprouvée de déviance sexuelle criminelle. Cette catégorisation masque pour partie la manière dont se sont déroulés les débats des années 1970 concernant l’âge de la majorité sexuelle. L’article décrit ces différents moments de mobilisation. Les premières années après mai 68 ont été marquées par l’expression des jeunes en révolte contre le pouvoir des familles et la volonté d’en finir avec les limites légales de la liberté sexuelle. Après 1975, ces mouvements ont décliné et progressivement laissé la place à l’expression de la revendication d’adultes désirant pratiquer une sexualité avec des enfants. Cette revendication a fait l’objet de débats dans le cadre des mobilisations contre la pénalisation des relations homosexuelles avec des mineurs. Mais elle a été marginalisée et rendue inaudible par le compromis opéré au début des années 1980 par le gouvernement socialiste.

    cc @touti #1979

    • Un trait important distingue donc la forme des discussions des premières années après mai 68 des débats politiques ultérieurs sur la pédophilie : ces mouvements, comme de nombreux autres, sont d’abord des mouvements de jeunes qui contestent les limites de leur liberté sexuelle, non des mouvements d’adultes qui demandent le droit d’avoir des rapports sexuels avec des enfants.

      J’ai quelques doutes, par exemple Richard Deshayes est né en 1947, il a donc 24 ans en 1971 quand il devient aveugle suite à un tir de la police à bout portant. Je note ici, car c’est un majeur au front de libération de la jeunesse (au sein du FHAR).
      http://gauchemip.org/spip.php?article6673

      Elève instituteur à l’école normale d’Auteuil, Richard Deshayes est alors un jeune militant du groupe Vive la révolution et figure de proue de l’éphémère Front de Libération de la jeunesse (FLJ)

      D’autre part, je remarque qu’est souvent citée cette interview de Foucault à FC avec Jean Danet, juriste, qui semblerait être le même Jean Danet qui est co-auteur de ’Fous d’enfance’, pamphlet pédocriminel publié à "Recherches"
      Michel Foucault, « La loi de la pudeur », entretien avec Jean Danet et Guy Hocquenghem, France-Culture, 4 avril 1978 in Foucault (1994, 776).

    • Elle souhaite également que « la loi [fasse] un délit de tout acte visant au plaisir d’un individu au dépens d’un autre qui n’est pas clairement et délibérément d’accord, par désir, cette loi permettrait que le viol soit par tous considéré pour ce qu’il est, un crime, qu’il soit homo ou hétérosexuel »26.

      Extraits d’une lettre de Françoise Dolto, 11 novembre 1977, cité in Recherches (1979, 84-86).

      Pas évident, car ce que dit Dolto en 1977 est absolument contredit par son interview de 1979 dans le dossier « Les enfants en morceaux »

    • par rapport à Dolto et d’autres, je crois que c’est pour ça qu’on peut pas vraiment dire « la psychanalyse... » ou un truc du genre. C’est plus compliqué, pas clair, contradictoire, bourré de mauvaise interprétations (en partie parce que pas clair etc.). Les phrases de freud, type « l’enfant est un pervers polymorphe » ont à la fois fait beaucoup de dégâts, à la fois permis que l’enfant, le nourrisson même, soit reconnu comme une personne (ce qui a aussi, été détourné par les propagandistes pédo), à une époque où c’est juste rien, un enfant, à peine un futur.

      Pour moi, il faut avoir ces contradictions en tête, et naviguer dedans, voir les exposer, les démêler... travail infini... mais toujours plus précis que la fabrication d’un bloc « psychanalyse »...

      J’ai entendu hier une psy jungienne (eh...) qui disait qu’évidemment, au début du tout début, comme nourrisson, il y a une construction incestuelle, parce qu’il n’y a personne d’autres que les parents qui touchent, cajolent, caline etc. Il y a une expérience première de sensualité avec les parents, ne serait-ce qu’avec la mère et par l’allaitement. ça me fait penser à la mythologie grecque, si gaïa « couche » avec son fils ouranos, c’est bien parce qu’il n’y a personne d’autre, c’est le tout début, tout est mélangé, l’ordre du monde n’est pas en place... Il y a une espèce de vérité là, presque stupide, en tout cas concrète ou... tautologique, une rose est une rose tout ça.

      Pas encore lu le doc, soit dit en passant.

  • Les différentes versions de la « découverte » du clitoris par Helen O’Connell
    https://journals.openedition.org/gss/4403

    6Participant en 2003 en tant que consultante scientifique à un documentaire – « Le clitoris, ce cher inconnu » (Dominici et al., 2003) –, elle y est également interviewée. Dans ce contexte, O’Connell évoque le manuel anatomique de référence utilisé lors de sa formation universitaire au milieu et à la fin des années 1980 pour en critiquer le manque de description du clitoris : « il a sans doute exercé une grande influence, m’incitant à travailler en priorité dans ce domaine, car de fait on ne trouvait pas la moindre description du clitoris lui-même, alors qu’il comportait tout un chapitre sur le mécanisme de l’érection, avec des informations sur l’anatomie neurologique et l’alimentation vasculaire du pénis, sans jamais mentionner le clitoris. J’ai pensé… mmm… ce n’est pas vraiment normal »3 (Dominici et (...)

  • Les différentes versions de la « découverte » du clitoris par Helen O’Connell (1998-2005)
    http://journals.openedition.org/gss/4403

    Participant en 2003 en tant que consultante scientifique à un documentaire – « Le clitoris, ce cher inconnu » (Dominici et al., 2003) –, elle y est également interviewée. Dans ce contexte, O’Connell évoque le manuel anatomique de référence utilisé lors de sa formation universitaire au milieu et à la fin des années 1980 pour en critiquer le manque de description du clitoris : « il a sans doute exercé une grande influence, m’incitant à travailler en priorité dans ce domaine, car de fait on ne trouvait pas la moindre description du clitoris lui-même, alors qu’il comportait tout un chapitre sur le mécanisme de l’érection, avec des informations sur l’anatomie neurologique et l’alimentation vasculaire du pénis, sans jamais mentionner le clitoris. J’ai pensé… mmm… ce n’est pas vraiment normal »3 (Dominici et al., 2003, 10e min.). Ce sentiment d’anormalité se renouvelle lorsque O’Connell, par la suite stagiaire, constate une attention particulière dans le geste chirurgical afin de préserver la fonction sexuelle chez les hommes. En revanche, la préservation de la fonction sexuelle des femmes dans le même type d’intervention semble, quant à elle, fortuite. Le résultat hasardeux de l’opération semble logique et O’Connell précise à ce propos dans une autre interview donnée deux ans plus tard à la presse australienne « qu’aucun manuel disponible ne décrivait les nerfs ou apports sanguins du clitoris »4 (Fawcett, 2005). Ainsi O’Connell définit-elle le clitoris comme le lieu de l’orgasme féminin, ce qui fonde son objectif de faire avancer la recherche, qu’elle qualifie de « balbutiante », sur l’anatomie et la physiologie sexuelles féminines (O’Connell, 2004, 129).

    O’Connell établit dans ses articles de restitution, par une forme d’épistémologie critique, un mode de construction différencié des connaissances sur l’anatomie féminine et masculine. À l’instar de la critique féministe des sciences dont elle cite des travaux, O’Connell identifie et dénonce un mode de production de savoirs sur les corps fondé sur la comparaison entre le corps des femmes et celui des hommes – plaçant le masculin comme modèle de référence et produisant du même coup une description inexacte de l’anatomie génitale féminine. Quant à la diffusion de connaissances incomplètes et, par conséquent, de représentations visuelles inexactes, l’article de #2005 invoque une responsabilité des anatomistes, qui auraient « aggravé la représentation pauvre du clitoris en le montrant seulement sur un plan » (O’Connell et al., 2005a, 2062). Ce propos fait référence à la manière de montrer les appareils génitaux féminin et masculin sur un plan de coupe sagittal, une figuration classique dans les planches anatomiques de cette zone. Selon O’Connell, ce type de coupe favorise la présentation d’une structure essentiellement linéaire comme le pénis, mais guère celle multiplanaire du complexe clitoridien. Ainsi l’urologue identifie-t-elle des facteurs historiques, sociaux et scientifiques « responsables de la représentation pauvre de l’anatomie clitoridienne, même dans la littérature actuelle » (O’Connell et al., 2005a, 2062).

    #clitoris #féminisme #connaissance #plaisir #sexisme_médical #historisation