DÉCRYPTAGE Le collier de la parure de saphirs de la reine Marie-Amélie et de la reine Hortense, composé de huit saphirs et 631 diamants, et le diadème de l’impératrice Eugénie, qui compte près de 2 000 diamants, ont notamment été volés par un commando de quatre malfaiteurs, passé par une fenêtre de l’établissement parisien.
Un cambriolage éclair d’une efficacité sidérante, perpétré avec une facilité déconcertante, en sept minutes et en plein jour, dans le plus grand musée du monde… Le Louvre (1er arrondissement de Paris) était ouvert au public depuis trente minutes, dimanche 19 octobre, vers 9 h 30, quand un commando de quatre malfaiteurs, peut-être inspiré par les audaces criminelles de Fantômas, en tous les cas éminemment bien préparé, lesté d’un aplomb saisissant, a atteint la galerie d’Apollon. Située au premier étage, elle abrite notamment les joyaux de la couronne de France.
Une ascension effectuée en pleine rue, grâce à une banale échelle électrique de déménageur positionnée côté Seine, quai François-Mitterrand. Les cambrioleurs ont le temps de fracturer une porte-fenêtre, puis de fracasser deux vitrines haute sécurité pour dérober « huit objets d’une valeur patrimoniale inestimable », selon un communiqué du ministère de la culture publié dimanche. Avant de redescendre par le même chemin et de s’échapper à scooter.
Dans le butin, figurent le collier de la parure de saphirs de la reine Marie-Amélie et de la reine Hortense, composé de huit saphirs et 631 diamants, et le diadème de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, qui compte près de 2 000 diamants. Seul loupé, pour le moment, des cambrioleurs toujours recherchés : après l’effraction, mis en fuite, selon le musée, par l’intervention des agents du Louvre, ils ont laissé tomber la couronne de l’impératrice Eugénie, composée de 1 354 diamants et 56 émeraudes. La parure a été récupérée, endommagée.
Cambrioleurs « chevronnés »
Une enquête pour « vol en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime » a été ouverte et confiée à la brigade de répression du banditisme. Le ministre de l’intérieur, ancien préfet de police de Paris, évoque des cambrioleurs « chevronnés » qui pourraient être « étrangers ».
Selon Laure Beccuau, la procureure de la République de Paris, invitée dimanche par BFM-TV, la possibilité qu’une puissance étrangère soit la « commanditaire » du vol n’« est pas exclue »[thèse immédiatement reprise par Hollande]. « Nous retrouverons les œuvres et les auteurs seront traduits en justice », a promis Emmanuel Macron dimanche dans un message diffusé sur X.
Le ministère de la culture a publié un communiqué en fin d’après-midi pour souligner une absence de dysfonctionnement du système de protection : « Les alarmes (…) se sont déclenchées. Au moment de l’effraction, particulièrement rapide et brutale, les cinq agents du musée, présents en salle et dans les espaces adjacents, sont immédiatement intervenus afin d’appliquer le protocole de sécurité. »
Toutefois, l’enquête devra déterminer la chaîne de responsabilités qui a permis un cambriolage aussi spectaculaire, à l’ampleur quasiment inédite depuis le vol de la Joconde, en 1911, par un vitrier italien. Le tableau de Leonard de Vinci sera retrouvé en Italie deux ans plus tard. Le dernier vol recensé au Louvre a eu lieu en 1998 : une toile de Camille Corot, volée en pleine journée et jamais retrouvée.
« Pièces invendables en l’état »
Cette fois-ci, est-ce le casse du siècle ? « On dit que la valeur du butin est inestimable… Bien sûr qu’elle est estimable !, précise Alexandre Léger, expert agréé en joaillerie et montres de collection. Son montant est astronomique avec des milliers de diamants à plus de 500 euros le carat. Mais c’est la valeur patrimoniale qui rend ce vol insupportable. Les pièces sont invendables en l’état mais il y a de forts risques qu’elles soient démontées, l’or d’un côté, les diamants de l’autre. »
Une fois le vol constaté, le musée a été immédiatement fermé au public tandis que Laurence des Cars, la présidente du Louvre, s’est adressée aux personnels, à 14 h 30, dans l’auditorium. Un discours mal accueilli par certains agents, qui ont hué la dirigeante et ont accusé l’administration muséale d’un manque d’anticipation.
Soulignant que le plan « sûreté », qui doit moderniser le système de sécurité du musée, a été reporté dans le contrat de performance 2025-2029, les agents pointent un manque récurrent de moyens qui engendre des failles fatales dans la sécurité. Dans un communiqué publié dimanche, la CFDT-Culture appelle à « un audit complet et indépendant des dispositifs de sûreté et de prévention (…) à un renforcement des moyens humains de surveillance et d’accueil (…) et à une transparence totale sur les conclusions de l’enquête ».
Le syndicat SUD-Culture, dans son propre communiqué, rappelle qu’il n’a eu « de cesse de dénoncer les arbitrages internes constatés depuis trois ans, ceux-ci ne prenant pas en compte la mission première de notre établissement : la préservation du patrimoine, du bâtiment, des collections et des personnes. (…) La responsabilité de la direction est écrasante, et il est grand temps que le président de la République et la ministre de la culture prennent en considération les alertes lancées par les personnels ».
En outre, selon les informations du Monde, les travaux « Louvre nouvelle renaissance », visant à améliorer l’accueil et créer une nouvelle entrée dans la colonnade Perrault, ne concerneront qu’en 2034-35 l’aile Denon, qui abrite La Joconde ainsi que la galerie d’Apollon, lieu du cambriolage, la plus sensible pour les agents car la plus fréquentée. Ces mêmes agents déplorent, depuis longtemps, des effectifs globalement insuffisants et les conditions de travail problématiques de la galerie d’Apollon.
« Grande vulnérabilité dans les musées français »
Selon un salarié du Louvre contacté par Le Monde, cette galerie n’est plus surveillée que par cinq agents aujourd’hui, au lieu de six traditionnellement. Et ils ne sont que quatre lors de la première pause du matin qui dure trente minutes. Précisément le moment utilisé par les malfaiteurs pour agir. « On sait très bien qu’il y a une grande vulnérabilité dans les musées français », a convenu le ministre de l’intérieur qui a rappelé qu’un « plan de sécurité » récemment lancé par le ministère de la culture « n’épargnait pas » le musée du Louvre.
Après son intervention chahutée par les personnels, Laurence des Cars leur a adressé un e-mail pour préciser que, depuis sa « prise de fonction, [elle a] été alertée sur la nécessité de renforcer notre architecture de sécurité. A cet égard, et à [sa] demande, des études précises ont été menées par la préfecture de police. Leurs conclusions [lui] ont été remises tout récemment. Elles viendront s’ajouter aux mesures déjà initiées ».
L’affaire ravive le traumatisme des musées parisiens, qui n’avaient subi pareil cambriolage depuis un autre « casse du siècle » survenu en 2010 au Musée d’art moderne de Paris. Cinq tableaux de maître avaient été subtilisés par Vrejan Tomic, alias « l’homme-araignée ». Aucune de ces œuvres n’a été retrouvée. On assiste, depuis plusieurs mois, à une recrudescence de #cambriolages de musées. Mi-septembre, six kilos d’or natif d’une valeur de 600 000 euros étaient dérobés au Muséum d’histoire naturelle.
En septembre encore, un musée de Limoges a subi un cambriolage dont le préjudice est estimé à 6,5 millions d’euros. La plupart du temps, les objets en or sont fondus et transformés par les malfrats. Mais parfois la chance sourit aux enquêteurs : mi-octobre, cinq des sept tabatières dérobées en novembre 2024 lors d’un braquage à main armée au musée Cognacq-Jay, à Paris, ont été retrouvées.