/article

  • 86% des moins de 25 ans pratiquent un art en amateur. Les 14% restants sont des garçons qui ont une PS5 et chouinent sur Twitter parce qu’ils n’ont pas de copine.
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/01/22/les-francais-disent-aimer-l-art-mais-frequentent-peu-les-expositions_6663600

    La pratique artistique, en revanche, se porte bien : 62 % des Français déclarent pratiquer un art en amateur, 86 % chez les moins de 25 ans. Autre surprise, un tiers des sondés disent posséder au moins une œuvre.

  • Théâtre : à Paris, quatre pièces pour ici et maintenant
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/09/23/theatre-a-paris-quatre-pieces-pour-ici-et-maintenant_6053291_3246.html

    revendiquant l’héritage de Brecht, elle propose un spectacle radicalement engagé, une « machine pour armer les peuples » contre les désastres économiques, écologiques et humains. Pour parler d’aujourd’hui, Julie Timmerman part d’hier : elle remonte à la fondation de la multinationale américaine, qui développa la culture de la banane, d’abord au Costa Rica, à la fin du XIXe siècle, puis dans d’autres pays d’Amérique centrale ou du Sud, la Colombie, le Nicaragua, le Guatemala…
    Peu à peu, « la Pieuvre », comme on appelle la United Fruit Company, étend son empire et son emprise sur les peuples et les gouvernements. Bananas (and Kings) insiste sur Jacobo Arbenz, élu président du Guatamela en 1951, et renversé par un coup d’Etat en 1954 parce qu’il avait tenté d’exproprier en partie la United Fruit Company et de redistribuer les terres à des paysans. La lutte pour la démocratie est un des chevaux de bataille de Julie Timmerman : son précédent spectacle (Un démocrate) abordait déjà ce thème. Au théâtre de La Reine Blanche, elle est sur scène, avec trois autres comédiens. Tous endossent plusieurs rôles. Le rythme est soutenu, le jeu expressif, la mise en scène carrée : tout est mis en œuvre pour faire passer un message

    #Bananas #Julie_Timmerman

  • « #Magellan », le vent qui souffle
    https://lvsl.fr/magellan-le-vent-qui-souffle

    Dans un des plus beaux films du dernier #Festival_de_Cannes, #Lav_Diaz revient sur la figure de l’explorateur portugais. Mais le cinéaste philippin n’a manifestement aucune envie de faire un biopic – au sens classique du terme – : de la vie de Magellan on ne verra que des bribes, couvertes par le silence et l’étrange sensation de mal-être que cultivent ses longs plans fixes. Un grand film sur le #Colonialisme et la réappropriation cinématographique par le Sud global de ses représentations.

    #Culture #Cinéma

    • La brute cynique et sanguinaire (sauf en famille, si on en croit Lav Diaz) comme explorateur maritime

      L’incroyable périple de Magellan (jusqu’au 19/04/2026)
      https://www.arte.tv/fr/videos/RC-023013/l-incroyable-periple-de-magellan

      De 1519 à 1522, le navigateur portugais Fernand de Magellan et sa flotte réalisent le tout premier tour du monde par voie maritime. Une épopée hors du commun, empreinte d’erreurs et de trahisons mais aussi de rencontres. Cette série documentaire en quatre volets retrace un exploit maritime digne des plus grands romans d’aventure.

      #film #cinéma #esclavage (s) #mondialisation

    • Bonjour Philippines

      Avec « Magellan », le réalisateur philippin Lav Diaz voulait « offrir aux Philippins et aux Occidentaux un autre regard sur leur histoire »
      https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/12/30/avec-magellan-le-realisateur-philippin-lav-diaz-voulait-offrir-aux-philippin

      La religion a-t-elle joué un rôle important dans votre éducation ?

      Mon père était socialiste et ma mère catholique. Nous vivions dans les montagnes et dans la forêt avec les peuples autochtones du Sud. J’ai grandi dans une région musulmane et mes parents étaient comme des travailleurs sociaux. Mes frères, mes sœurs et moi avons été témoins de ce qui s’y passe. Pourquoi y a-t-il tant de pauvreté parmi les Philippins autochtones ? Pourquoi y a-t-il cette violence contre les chrétiens et les musulmans de la région ? Notre culture porte toujours cette complexité. Il est impossible d’y échapper.

      Cette histoire coloniale est encore instrumentalisée par le pouvoir aujourd’hui…

      L’ancien président Rodrigo Duterte a déclaré que Lapu-Lapu était le premier héros national. Même si personne ne l’a vu. Le dysfonctionnement de notre culture est dû en grande partie à la création de mythes. Regardez Hollywood. Ils dépeignent Alexandre ou Napoléon comme des grands personnages héroïques. Même les comics books et leurs super-héros. Attendre d’autres personnes qu’elles t’émancipent, c’est dangereux. C’est le début du fascisme. Vous ne résolvez plus vos problèmes, vous attendez qu’on le fasse pour vous.

      Que peut faire le cinéma alors ?

      Il peut être un outil de changement social. Pour moi, encore aujourd’hui, c’est d’abord un médium qui a à voir avec la culture et l’éducation. Magellan offre aux Philippins comme aux Occidentaux un autre regard sur leur histoire. Peut-être que nous pouvons ouvrir de nouveaux débats, créer d’autres discours. Aux #Philippines, certains m’ont accusé de révisionnisme historique. Je présente une possibilité, j’ouvre un dialogue.

      https://justpaste.it/mgifr

      son idée phare (auto-justificatrice), une nature humaine plus ou moins immuable que la culture (cinéma) pourrait rédimer, est moins intéressante que ses films.

  • Entre Joe Sacco et Art Spiegelman, une conversation dessinée sur Gaza
    Par Adrien Le Gal Publié le 23 décembre 2025
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/12/23/entre-joe-sacco-et-art-spiegelman-une-conversation-dessinee-sur-gaza_6659261

    Sur une planche de BD, sur un mur de la galerie Martel, à Paris, un homme dialogue avec une souris à propos de la guerre dans la bande de Gaza. « Tu dirais que c’est un génocide ? », demande l’un. « Génocidaire, disons », lui répond l’autre, comme si l’adjectif permettait d’introduire un quelconque euphémisme. L’homme est Joe Sacco, né à Malte et père du reportage en bande dessinée, connu pour son engagement en faveur de la cause palestinienne, auteur de Guerre à Gaza (Futuropolis, 2024), un pamphlet dénonçant le soutien de l’ancien président des Etats-Unis Joe Biden à Israël. L’animal est Art Spiegelman, auteur américain mondialement célèbre pour Maus (Flammarion, 1986-1991), l’œuvre dans laquelle il raconte le génocide des juifs par les nazis à travers le témoignage de son père, les premiers étant représentés par des souris, les seconds par des chats.(...)

  • Le Département et la Région suspendent leur coopération avec le Mucem à Marseille
    Par Victor Tillet | Publié le 12/12/25
    https://www.laprovence.com/article/culture-loisirs/16297158671168/le-departement-et-la-region-suspendent-leur-cooperation-avec-le-mucem-a-

    Dénonçant respectivement « l’importation du conflit » israélo-palestinien et « le diktat antisémite », Martine Vassal et Renaud Muselier ont annoncé sur X cette décision. Elle fait suite à la rupture du partenariat entre le musée national et Digital Realty.

    C’est le début d’une tempête autour du Mucem. Ce jeudi 11 décembre, le musée national annonçait la rupture de son partenariat avec un de ses mécènes : l’entreprise américaine Digital Realty, qui exploite quatre centres de données à Marseille. Et est par ailleurs associée à la compagnie israélienne d’immobilier Mivne Real Estate, qui porte de son côté des projets dans des colonies israéliennes situées en Cisjordanie et dans le Golan syrien. La coalition de collectifs marseillais « Divest from Digital Realty » l’accuse ainsi de soutenir la colonisation de ces territoires.

    En marge de cette annonce, Ariel Kenig, responsable des mécénats au Mucem, justifiait ainsi la fin du partenariat entre le Mucem et Digital Realty : « Cette décision a pour but de permettre au musée de poursuivre ses missions de service public et d’accueil des artistes dans un contexte apaisé. » Sauf que quelques heures plus tard, dans la soirée de jeudi, la sphère politique a vite mis à mal cette quiétude recherchée.
    Sur le réseau social X, Renaud Muselier et Martine Vassal ont annoncé chacun à leur tour la suspension de toute coopération avec le Mucem. Premier à dégainer, le président de la Région écrivait : « Quelle tristesse pour ce musée dont je fus le président du jury… La paix durable au Proche-Orient doit être l’objectif commun, et cette décision est une soumission au diktat antisémite ! Dès lors, la Région Sud suspend toute coopération potentielle avec cet établissement. »

    De son côté, la présidente du Département et de la Métropole Aix-Marseille-Provence, pointait : « Quand le militantisme antisémite s’infiltre dans l’un des emblèmes de Marseille. Importer le conflit du Proche-Orient au Mucem est insupportable et inadmissible. Le Département et la Métropole suspendent toute collaboration . » (...)

    • Victoire : le Mucem ne renouvelle pas son partenariat avec Digital Realty, complice de la colonisation israélienne en Palestine
      12/12/25
      https://www.bdsfrance.org/victoire-le-mucem-ne-renouvelle-pas-son-partenariat-avec-digital-realty

      (...) La campagne BDS France accueille avec une grande satisfaction l’annonce d’une victoire importante obtenue après plusieurs mois de mobilisation de la part de collectifs militants et associatifs, écologiques et d’artistes : le Mucem – Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, à Marseille – ne renouvellera pas en 2026 son partenariat de mécénat avec le géant étasunien des data centers, Digital Realty, mis en cause pour sa complicité avec la colonisation israélienne. (...)

      #BDS

    • – Je pense que la critique du génocide israélien, ainsi que la mise en scène d’un soutien hystérique à Israël, sont désormais les marqueurs les plus nets de la fracture politique entre la gauche et la droite (et la bourgeoisie barbarisée). Même plus que l’opposition entre soutiens et opposants aux « grands hommes artistes » accusés de violer des femmes. Donc la radicalisation des imputations d’antisémitisme à chaque fois qu’il s’agit d’Israël, ça va devenir industriel.

      – Mais au-delà, je me demande à quel point ça n’est pas ici un élément de la culture war de la droite contre toutes ces institutions (musées, centres culturels, associations…) qu’elle accuse d’être un peu trop « woke » à son goût. Le Mucem promeut une vision de la Méditerranée qui ne correspond vraiment pas au bon gros suprémacisme françaouis et anti-islam qui fleurit par ailleurs dans la région. Son approche critique de l’histoire coloniale scandalise régulièrement la droite nostalgique de l’Empire.

      Sur TripAdvisor, la lecture des mauvaises notes est un vrai bonheur : ça te me dénonce le marxisme culturel qui critique la colonisation (qui n’est pas un crime, je te le rappelle, contrairement à ces Européens qui pratiquent l’àpoilisme hippie).

      The typical discourse of cultural Marxism against the colonizing company of Europe, truffled in some interesting detail, but an eye to the bundle, an exhibition completely dedicated to naturism! Not to the “natural spaces” as we thought when we entered the room but “naturist spaces”, that is, hippie communities of people who go in balls. It was going into the room and out. I suppose it will be a phenomenon of great importance in the development of Mediterranean culture and in my ignorance I cannot see it.

      Our visit was the day after the opening of the Olympic Games. We were on notice. We were not surprised at all to see this display of moral and artistic decline in a France lost to the cause.

      Je me demande donc à quel point cette imputation soudaine d’antisémitisme, ça n’est pas un moment pratique, tout à fait trumpien, pour régler ses comptes avec un musée qui devrait un peu plus célébrer l’œuvre civilisatrice de la colonisation française tout autour de la Méditerranée.

    • Ce racisme est pas « simplement » pro-israélien. Il a ici plus qu’ailleurs ses propres raisons d’être anti Arabe. Marseille, c’est une « ville arabe » (oui, elle est aussi juive, corse, comorienne, etc.). Ce que vilipendent droite et extrême droite (autant dire département et région), pendant que d’autres, Arabes ou pas, apprécient Marseille aussi pour son arabité, ou/et la place prise par des minorités (d’écart en écart, la dernière en date, de plus en plus visible, pourrait être dite queer d’allure).

      Quant au superbe Mucem, c’est vrai qu’il a quelque de gauche, et de national. C’est l’étalon du musée de la pédagogie à la papa, au risque de rester fermé à la création et à la pensée en train de se faire. L’été dernier, pénultième muséification de Di Rosa, de l’art issu et inspiré du populaire, avec sa touche locale, ancrée et... paternelle (les appelants à canards fabriqués par le père pour l’étang de Thau). Oui, ça se veut pas colonial, un peu écolo, anti-discrimination. la charte Netflix, mais comme à l’époque où Netflix avait pas les budgets d’HBO et ne pouvait que se faire doubler.

      Pour sa part, la ville avait monté, hors les murs, sur le Vieux Port, une expo qui documentait les rafles et destructions de 1943 que j’avais aimé.
      https://www.marseille.fr/mairie/les-vieux-quartiers-apres-destruction

      Avec un musée national, des feuilletons en prime time, la CGA CGM, des vedettes du show biz, Marseille reste "la verrue de l’Europe" (©NSADP) ?

      #Marseille #diktat_pro_israélien

    • A Marseille, le MuCEM lâché par plusieurs collectivités territoriales, sur fond de conflit israélo-palestinien
      https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/12/16/le-mucem-lache-par-plusieurs-collectivites-territoriales-sur-fond-de-conflit

      La région #PACA, le département des Bouches-du-Rhône et la #Métropole_Aix-Marseille-Provence protestent contre la rupture par le musée d’un contrat avec un mécène, #Digital_Realty, accusé d’avoir des activités liées aux colonies en Cisjordanie. Une prise de position qui prend un tour politique à quelques mois des élections municipales.

      Siégeant au conseil d’administration du MuCEM sans voix délibérative, les collectivités ne sont pas des financeurs de premier plan de l’établissement, dont le budget s’élève à 22 millions d’euros. Elles font valoir, pour justifier leur prise de position, leur participation financière à hauteur de 40 % lors de la construction du musée et, depuis son ouverture, une aide de 550 000 euros en dix ans de la région et la mise à disposition des panneaux d’affichage électronique de la Métropole valorisée à hauteur de 100 000 euros. (...) Pour les observateurs marseillais, la #droite locale chercherait avant tout à reconquérir une communauté juive phocéenne de plus en plus courtisée par le Rassemblement national sur fond de montée de l’antisémitisme. Ni Renaud Muselier, président du conseil régional de PACA, ni Martine Vassal, présidente du département et de la Métropole, ni la mairie de Marseille n’ont donné suite à nos sollicitations.

      (...) Face à l’escalade [des actions de scandalisation de ce mécénat], la direction de l’établissement a interrogé Digital Realty sur la nature de ses intérêts dans les territoires palestiniens. Elle a aussi saisi le ministère de la culture, sa tutelle, qui lui a confirmé que les activités de cette société américaine ne contreviennent pas à la charte de mécénat des musées nationaux.

      [...]
      Le musée et son mécène ont fini par acter la fin de leur partenariat. « Cette décision vise à ce que le musée poursuive ses missions de service public dans un contexte apaisé », fait savoir un représentant de Digital Realty France. Le calcul, il est vrai, est rapide : si le soutien financier de la société américaine – environ 100 000 euros par an – n’est pas négligeable, il reste marginal au regard des 22 millions de budget de l’établissement. De son côté, Digital Realty, qui a déjà investi 400 millions dans quatre centres de données à Marseille, et prévoit d’en créer un cinquième pour un investissement de 300 millions d’euros, a préféré couper court à une polémique susceptible de ternir son image et de peser sur ses affaires.

      [...]

      ... la direction du MuCEM a répondu au CRIF : il ne s’agit pas d’une rupture, mais d’une « décision conjointe » du musée et du mécène. « Elle n’est ni unilatérale, ni brutale, ni idéologique », surligne Pierre-Olivier Costa, rappelant que, depuis huit mois, les activités du musée sont régulièrement interrompues par des militants, « sans d’ailleurs que le CRIF ne s’en soit ému à l’époque ».
      « Comme vous le voyez, ajoute le président du MuCEM, nous n’avons en rien cédé à la pression venant de groupes d’activistes. » Mais lorsque artistes et chercheurs menacent de boycotter le musée, ce dernier n’a pas d’autre choix. « Nous touchons là au cœur même de la mission qui est la nôtre : faire dialoguer artistes, chercheurs et publics dans la sérénité, la sécurité et la confiance. »

      https://justpaste.it/dhosb

      #Mucem #mécénat #RN #français_juifs #élections

  • Israël autorisé à l’Eurovision-2026, plusieurs pays annoncent leur boycott
    Publié le : 04/12/2025 Par : FRANCE 24
    https://www.france24.com/fr/europe/20251204-israel-autorise-eurovision-2026-espagne-irlande-pays-bas-annoncen

    Israël pourra participer à la prochaine édition de l’Eurovision à Vienne en mai, « une large majorité » des membres de l’Union européenne de Radio-Télévision (UER) ayant estimé jeudi 4 décembre qu’il n’était pas nécessaire de voter sur la question, déclenchant instantanément des annonces de boycott de plusieurs pays.

    Les diffuseurs de l’Espagne, des Pays-Bas, de l’Irlande et de la Slovénie ont immédiatement annoncé qu’ils ne participeront pas à l’édition 2026, sur fond de critiques de la guerre à Gaza et de controverse autour du soutien public massif aux candidats israéliens lors des précédentes éditions.

    D’autres boycotts pourraient être annoncés, comme celui du diffuseur islandais RUV, qui prévoit une décision « mercredi ». Les diffuseurs ont peu de jours pour se décider, la liste finale des participants devant être présentée « avant Noël », selon l’UER. (...)

    #Eurovision #BDS

    • Jean-Noël Barrot
      @jnbarrot
      8:06 AM · 5 déc. 2025
      https://x.com/jnbarrot/status/1996838623342125172

      Non au boycott d’Israël au concours de l’Eurovision.

      Jamais la France ne s’engagera dans la voie du boycott d’un peuple, de ses artistes ou de ses intellectuels. Tout s’y oppose dans l’âme et la tradition de notre pays, celle de l’humanisme des Lumières : par la culture, chacun apprend à comprendre l’autre et se retrouve dans ce qu’il y a de plus universel en lui, son humanité. Y a t il meilleur moyen de cultiver la paix ?

      Je me réjouis que l’Eurovision n’ait pas cédé aux pressions, et que la France ait contribué à empêcher un boycott d’Israël dans cette enceinte. Je regrette profondément que plusieurs chaînes de télévision européennes aient fait un autre choix.

      J’appelle au refus catégorique de l’obscurantisme promu par les tenants du boycott dans les salles de spectacles comme dans les universités. Faudrait-il, par opposition à la politique d’un gouvernement, pousser la bêtise jusqu’à interdire les romans de David Grossman, les films d’Amos Gitaï, les concerts d’Avishai Cohen et de Daniel Barenboïm ?

      Assumons sans fard les différends politiques et les désaccords gouvernementaux, si profonds soient ils. Mais laissons la poésie, le cinéma et la musique rapprocher les êtres. Ne laissons pas la brutalisation du monde s’emparer des consciences et dresser les peuples les uns contre les autres. Opposons lui les armes de l’esprit.

      #Honte

    • Rappelé par Rima Hassan : [14 septembre 2023] La suspension de la coopération culturelle avec les artistes du Mali, du Niger et du Burkina Faso suscite l’indignation du monde de la culture en France, dont le titre initial (révélé par l’URL) était : *Le Ministère des Affaires étrangères interdit aux scènes culturelles subventionnées toute collaboration avec les artistes du Mali, du Niger et du Burkina Faso_
      https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/09/14/le-ministere-des-affaires-etrangeres-interdit-aux-scenes-culturelles-subvent

      Sidération dans le spectacle vivant, où la crise qui sévit entre la France et le Niger, le Mali et le Burkina Faso vient de s’inviter sur un territoire artistique qui n’en demandait pas tant. « Sur instruction du ministère de l’Europe et des affaires étrangères », les établissements culturels subventionnés ont appris qu’ils devaient « suspendre, jusqu’à nouvel ordre, toute coopération avec les pays suivants : Mali, Niger, Burkina Faso ».

      Ce message, expédié par les directions générales des affaires culturelles (DRAC) aux structures culturelles qui dépendent de ses services (centres dramatiques et chorégraphiques nationaux et scènes nationales) a transité par le secrétariat du ministère de la culture. Les mesures préconisées sont radicales : « Tous les projets de coopération qui sont menés par vos établissements ou vos services avec des institutions ou des ressortissants de ces trois pays doivent être suspendus, sans délai, et sans aucune exception. Tous les soutiens financiers doivent également être suspendus, y compris via des structures françaises, comme des associations par exemple. De la même manière, aucune invitation de tout ressortissant de ces pays ne doit être lancée. A compter de ce jour, la France ne délivre plus de visas pour les ressortissants de ces trois pays sans aucune exception, et ce jusqu’à nouvel ordre. »

  • Blanche Gardin, dans « L’Incroyable Femme des neiges » : « Mon personnage a une lucidité sur un monde qui s’écroule »
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/11/12/blanche-gardin-dans-l-incroyable-femme-des-neiges-mon-personnage-a-une-lucid

    Depuis votre sketch controversé avec l’humoriste Aymeric Lompret en juillet 2024 dans le cadre d’une soirée « Voices for Gaza », vous avez dit dans « Télérama » ne plus recevoir aucune proposition. Est-ce toujours le cas ?

    Oui. J’ai tourné, quelques jours après le sketch et avant qu’il soit largement diffusé, Alter ego [sortie prévue le 4 mars 2026], de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, avec notamment Laurent Lafitte. Mais depuis, plus rien. Mon agente m’a tourné le dos après quinze ans de collaboration à cause d’un pin’s « Artiste pour le cessez-le-feu » que j’avais porté en février à la Berlinale lors de la présentation de L’Incroyable Femme des neiges.

    Après Berlin, j’ai eu une discussion avec elle, car je voulais comprendre. Elle m’a dit que plus personne ne voulait travailler avec moi, que je faisais peur à toute la profession. A cette occasion, elle m’a expliqué que la proposition ferme que m’avait faite [l’actrice et réalisatrice] Valérie Donzelli pour son prochain film avait été retirée non par elle mais par son producteur, Alain Goldman. Si j’en parle, ce n’est pas pour dire que j’ai subi une injustice, mais parce que je pense qu’il faut vraiment qu’on commence à grandir un peu.

    C’est-à-dire ?

    Je suis sortie de l’effet de sidération. Au-delà des répercussions médiatiques de ce sketch, j’ai reçu des menaces de viol, de meurtre, des campagnes de téléphone en provenance d’Israël, des tags sur ma porte, même mon frère a été agressé. Je ne dis pas ça pour me plaindre, mais c’est un état de fait. Il y a un déni sur ce qu’on a le droit de dire en tant que citoyen quand nos dirigeants soutiennent dans le discours et dans les actes un régime qui s’apprête à massacrer une population civile.

    Qu’est-ce qui nous arrive pour que se scandaliser de ça dans un sketch d’humour donne ce résultat-là ? Et pourquoi ce silence des artistes ?

    L’argument que j’ai souvent entendu a été : « Je n’ai pas envie qu’on m’oblige à choisir un camp. » Mais ils se taisent pour conserver leur mode de vie, leur carrière.

    Vouloir conserver les choses telles qu’elles sont, c’est extrêmement dangereux pour la génération à venir. Ne pas avoir le courage d’utiliser sa notoriété pour avoir un autre discours est pour moi un gros manquement à ma citoyenneté, et surtout à mon humanité.

  • À la lecture des journaux ce matin, je comprends qu’une bande de gentils fanatiques sionistes ont certes lynché violemment une poignée de gens qui manifestaient contre un soit-disant génocide qui se déroulerait on ne sait pas trop où, mais c’était uniquement pour se défendre contre une agression antisémite qui leur gâchait le plaisir d’un concerto de Beethoven.

    Témoignange : « je n’ai pris aucun plaisir à me défouler en rouant une femme pro-palestinienne de coups, mais quand il s’agit de Beethoven, un homme se doit de faire ce qu’il faut faire ».

    https://www.liberation.fr/societe/a-paris-un-concert-de-lorchestre-philharmonique-disrael-tourne-au-chaos-2

    Dans un message publié sur X, le rabbin Gabriel Farhi, qui se présente comme chroniqueur sur la radio communautaire juive Radio J, écrit qu’il ne « s’excuse pas » d’avoir « levé la main » sur une jeune femme lors du concert. « On ne se laisse pas faire », ajoute-t-il. Contacté par Libération, il confirme avoir « bousculé » la manifestante et déclare l’avoir « poussée de façon sèche vers la sortie ». « Je n’en suis pas fier. » Mais Gabriel Farhi assure n’avoir donné « aucun coup ». « Je n’ai pas à m’excuser de mon geste. Le fumigène était dirigé vers le cou de mon épouse, ses cheveux étaient en train de brûler », poursuit-il, tout en ajoutant ne pas avoir porté plainte.

    https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/11/08/reactions-indignees-apres-des-perturbations-lors-du-concert-parisien-de-l-or

    « Cinq, peut-être dix minutes plus tard, l’orchestre s’est interrompu de nouveau. J’ai vu un jeune homme brandir un fumigène depuis les gradins, il y avait des flammes, c’était impressionnant, raconte Valérie (elle a souhaité garder l’anonymat), venue assister au concert avec son fils. Ça aurait pu être très dangereux. Il y avait des cris, une ouvreuse était en pleurs, j’ai eu très peur. »

    Libération, le Monde et le Figaro mentionnent avec gourmandise « le Concerto pour piano n° 5, dit “L’Empereur”, de Ludwig van Beethoven », mais occultent sciemment ce que Télérama a pourtant relevé :
    https://www.telerama.fr/debats-reportages/que-s-est-il-passe-jeudi-soir-a-la-philharmonie-avec-l-orchestre-d-israel-r

    hymne israélien joué sur scène et chanté par une partie du public

    Ce qui permet de prétendre en toute bonne conscience que les militants ciblaient « les juifs » plutôt qu’Israël et les complices du génocide.

    • Les images rappellent ce match de foot durant lequel les supporters israéliens se sont allègrement lâchés en allant lyncher les gens dans les tribunes, avant d’être présentés comme les victimes, le lendemain, par l’ensemble de notre classe politico-médiatique. Et la même chose, une autre fois, dans les rue d’Amsterdam.

    • Le témoin de Libé, selon lequel « le fumigène était dirigé vers le cou de mon épouse, ses cheveux étaient en train de brûler », est le même dont l’agression « islamiste antisémite propalestienne » avait suscité « une très forte émotion » en 2003.

      Mais un article de 2015 du Parisien revenait sur cette « agression imaginaire » :
      https://www.leparisien.fr/faits-divers/ecole-d-aubervilliers-de-precedentes-agressions-imaginaires-en-france-14-

      Gabriel Farhi : le rabin qui s’était auto-poignardé

      Le 3 janvier 2003, Gabriel Farhi, 34 ans, rabbin du Mouvement juif libéral de France (MJLF), est blessé par un coup de couteau dans l’abdomen dans sa synagogue rue Pétion à Paris (11e arrondissement). Transféré à l’hôpital Saint-Antoine, il en sort le soir même. L’agression était survenue alors qu’il était seul dans la synagogue avant le début de l’office du shabbat. Il avait déclaré : « Quelqu’un a sonné à la porte. J’ai ouvert, un homme un peu plus petit que moi – environ 1,75 mètre –, la tête couverte d’un casque de moto intégral avec la visière opaque rabaissée, a prononcé Allahou Akbar – Dieu est grand – et m’a donné un coup de couteau. Son accent était très français. »

      Le matin même, une lettre anonyme était arrivée au siège du Mouvement juif libéral de France (MJLF), affirmant : « Nous aurons la peau du rabbin Gabriel Farhi et nous vengerons le sang de nos frères palestiniens [...] Après avoir mis le feu à sa synagogue, nous nous vengerons directement sur lui. »

      Immédiatement, le président de la République Jacques Chirac fait porter à la victime une lettre qui condamne l’agression et le rabbin Farhi est immédiatement placé sous protection policière et le ministre de l’Intérieur d’alors, Nicolas Sarkozy, fait part de sa « détermination » à élucider l’affaire. Cinq jours plus tard, une « prière pour la fraternité et la solidarité » est organisée à la synagogue. Sont présents : Nicolas Sarkozy, Bertrand Delanoë (maire de Paris), Jack Lang, Guy Béart, Mgr Jean-Marie Lustiger (archevêque de Paris), Dalil Boubakeur (recteur de la Mosquée de Paris), ainsi que quatre anciens premiers ministres : Édouard Balladur, Alain Juppé, Laurent Fabius et Lionel Jospin.

      Neuf jours plus tard, non seulement l’affaire n’est pas résolue, mais les enquêteurs de la PJ sont de plus en plus perplexes face à « une quinzaine d’éléments accréditant des zones d’ombre qui fragilisent la version de M. Farhi ». Les enquêteurs soulignent également les « déclarations contradictoires du rabbin ». La presse rapporte une note du médecin-chef des pompiers décrivant une « plaie hésitante pouvant correspondre à une automutilation »…

      Finalement, le 4 septembre 2008, la juge Marie-Antoinette Houyvet rendait une ordonnance de non-lieu, au terme de cinq ans d’instruction, au bénéfice de Charles Leselbaum, maître de conférence à la retraite qui connaissait la « victime », qui avait été mis en examen pour des faits de menaces de mort qu’il avait toujours contestés.

    • Aymeric Caron sur X :
      https://x.com/CaronAymericoff/status/1987143850641514545

      Le chef de l’orchestre philharmonique d’Israël a choisi de terminer son concert à Paris en jouant l’hymne israélien, ce que personne ou presque n’a jugé bon de préciser.

      C’est un acte politique, de soutien à un pays en train de commettre un génocide.

      Et après, la classe politique et médiatique, quasi unanime, ose qualifier les manifestants d’antisémites ?

    • Que s’est-il passé jeudi soir à la Philharmonie avec l’Orchestre d’Israël ? Récit d’un concert sous haute tension
      https://www.telerama.fr/debats-reportages/que-s-est-il-passe-jeudi-soir-a-la-philharmonie-avec-l-orchestre-d-israel-r

      VIDÉO - Fumigènes, évacuation musclée, hymne israélien joué sur scène et chanté par une partie du public… Nous étions au concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël à la Philharmonie de Paris jeudi soir, qui s’est terminé par quatre interpellations.

      Une quinzaine de véhicules de police s’est installée autour de la Philharmonie de Paris. Jeudi 6 novembre, le concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël s’annonce sous haute tension. Plusieurs organisations (Artistes pour la Palestine, BDS France, Snam-Île-de-France, Solidaires Sud Culture, Tsedek !, UJFP, Urgence Palestine) ont appelé à sa déprogrammation. Mais la Philharmonie maintient l’événement. Les spectateurs doivent patienter de longues minutes avant d’entrer dans la salle, qui a pour l’occasion intensifié les contrôles de sécurité.

      Le concert commence avec une demi-heure de retard. Aucune prise de parole, comme le demandait la CGT dans son communiqué, appelant à une « contextualisation » du concert. L’Orchestre philharmonique d’Israël, sous la direction de Lahav Shani et avec le pianiste András Schiff, se lance dans le Cinquième Concerto pour piano et orchestre de Beethoven. Mais au bout de quelques minutes, une spectatrice se lève, en criant « Israël assassin » et en lançant des dizaines de trac intitulé « Pas de musique pour les colons, mort à l’occupation ». Ce trac dénonce le contexte de « guerre culturelle » : « Cet orchestre est au service de la respectabilité et de la normalisation de l’apartheid. » La militante est rapidement sortie de la salle par la sécurité.

      Le concert va à nouveau être interrompu par un autre spectateur, qui allume cette fois-ci un fumigène. « Où est la police ? » hurle une personne. La scène est bien plus violente. Le militant va être agressé à plusieurs reprises par différents individus. Il sort de la salle la tête ensanglantée. Dans un communiqué, la Philharmonie de Paris constate que « des spectateurs se sont interposés et des affrontements ont eu lieu ». Le concert reprend avant d’être à nouveau stoppé par une spectatrice, envoyant une boule puante. Les invectives fusent dans la salle : « antisémites », « il y a des complices à l’intérieur »…

      À l’entracte, un spectateur confie : « C’est pesant, je ne sais pas si je vais rester jusqu’au bout. » Une petite partie du public a déjà quitté les lieux après l’incident avec le fumigène. La deuxième partie du concert se déroule plus calmement, avec la Cinquième Symphonie de Tchaïkovski, acclamée par la salle. Mais après avoir joué en premier bis « Nimrod », extrait des Variations Enigma d’Edward Elgar, l’Orchestre se lance dans un autre rappel. Les musiciens se lèvent et interprètent l’hymne israélien. Une partie du public chante les paroles. Un spectateur se félicite de voir « un orchestre aussi courageux ». Mais un autre nous interpelle : « Est-ce le rôle d’une institution publique de laisser jouer l’hymne d’un pays en guerre ? »

      Contacté par Télérama, Olivier Mantei, directeur général de la Philharmonie de Paris, précise : « L’hymne israélien n’était pas prévu dans le programme de l’orchestre. Il a été interprété sans que la Philharmonie en soit préalablement informée. C’est donc la responsabilité de l’orchestre et de lui seul. » À la sortie, un groupe d’une dizaine d’activistes sont fouillés par les CRS. L’Orchestre philharmonique d’Israël poursuit sa tournée en Europe, se produisant le 11 novembre à Munich. La Philharmonie de Paris a annoncé porter plainte à la suite de ces graves incidents.

  • Avec la nouvelle Fondation Cartier, le centre de Paris poursuit sa mue au service du luxe | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/241025/avec-la-nouvelle-fondation-cartier-le-centre-de-paris-poursuit-sa-mue-au-s

    « Abandonner [bd Raspail] l’un des plus beaux lieux du Paris des dernières années, une réussite qui a marqué l’histoire de l’architecture récente, l’un des bâtiments les plus radicaux de Jean Nouvel, un manifeste de ses réflexions sur la transparence, pour un édifice un peu bâtard, à la façade assez austère, régulière, plus ou moins perçu comme une dépendance du Louvre… Je n’ai pas tout de suite compris. » [comme on le verra, ça va s’arranger].

    « Cela en dit long sur l’effet magnétique de l’axe qui s’est solidifié du Centre Pompidou jusqu’au-delà de la Samaritaine. » « Le lieu où il faut être, pour toutes ces fondations privées d’art liées à de grandes entreprises de luxe, c’est désormais l’axe Bastille-Champs-Élysées, renchérit Françoise Fromonot, architecte et critique d’architecture. Tout ce monde s’agrège sur cet axe-là, qui est une voie très ancienne, un ancien decumanus [mot latin qui désigne une voie orientée est-ouest – ndlr] du temps de Lutèce, qu’avait ensuite réaffirmé Louis XIV. »

    « Les JOP ont présenté Paris comme la ville universelle, qui appartient à tout le monde, quand la majeure partie des lieux qui ont été mis en évidence sont des lieux désormais privés. C’est un coup de maître d’avoir privatisé le centre de Paris, tout en le faisant passer comme universel, qui plus est dans une fête d’ouverture des JOP de gauche. »

    Jean-Louis Violeau ne voit pas de contradiction entre ces deux mouvements, centrifuge et centripète : [avant, on trouvait tout à la Samaritaine, mais] « À mesure que le Grand Paris se fabrique et s’élargit, on ramène au centre tout un tas d’activités, un centre qui devient dévitalisé en termes d’habitat, mais qui reste un gisement de beauté. Plus personne n’y habite, mais beaucoup de choses s’y passent. »

    Et de poursuivre [car il n’y voit pas non plus de contradiction] : « On l’a peut-être un peu oublié sous le langage massif du marxisme, mais dans l’esprit du sociologue Henri Lefebvre [que je fais ici parler sous la torture], le “droit à la ville” – un “droit à” s’imposant souvent lorsque l’objet est menacé, comme l’on parle de “droit à l’eau” ou “droit à l’air”… –, c’était d’abord le “droit au centre” et donc aussi un “droit à la beauté”. »_

    avec ou sans droit, y a des gros coups de bottes qui se perdent.

    edit je connais mal les riches, y a erreur, c’est le groupe #Richemont qui possède #Cartier
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Richemont_(entreprise)

    m’enfin oui pourra pas nier que le luxe bénéficie d’un super appel d’air dans cette ville (et ailleurs)

    #Paris #LVMH alltogether : #Delanoé #Hidalgo #Aillagon #macron #mécénat #architecture #Jean_Nouvel #patrimonialisation #ville_décor #luxe #tourisme

  • Comment le tableau « Le Désespéré », de Gustave Courbet, s’est discrètement retrouvé propriété du Qatar
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/10/21/comment-le-desespere-de-gustave-courbet-s-est-retrouve-propriete-du-qatar_66


    Autoportrait, dit « Le Désespéré » (entre 1843 et 1845), de Gustave Courbet. COLLECTION PARTICULIÈRE

    Faute de moyens, et pour éviter de perdre la face, les musées français jonglent désormais avec des montages juridiques pour le moins acrobatiques. A l’image de cette garde alternée du Désespéré, de Gustave Courbet, entre le Musée d’Orsay et le Qatar, révélée à la surprise générale le 13 octobre, en pleine cérémonie d’hommage à Sylvain Amic, ancien président du musée, mort brutalement en août.

    [...]

    En 2014, Monique Cugnier-Cusenier, âgée de 86 ans et sans descendance, se résout à céder le tableau. « Elle a toujours cru qu’elle vendait à une Américaine, c’était inscrit dans l’acte notarié, et il était prévu que le tableau reste en France », assure Christine Martin-Veillet, qui s’étonne que la sortie du territoire de l’œuvre soit annoncée quelques mois après la mort de la vieille dame, en mars 2025.

    Le Qatar, à l’époque, rafle à prix d’or le nec plus ultra de l’art moderne et contemporain. Malgré le secret des transactions, quelques achats spectaculaires filtrent habilement dans la presse entre 2010 et 2017, un Paul Gauguin de la période tahitienne à 300 millions de dollars, une version des Joueurs de cartes, de Paul Cézanne, à 250 millions de dollars, un Mark Rothko à 70 millions de dollars… Suffisamment pour étaler la puissance du Qatar et soigner sa légende dans le monde de l’art.

    En France aussi, l’Emirat fait une razzia dans les grandes collections françaises, notamment chez les Durand-Ruel et les Rothschild, en emportant, selon les informations du Monde, des toiles majeures d’Odilon Redon, de Claude Monet, de Pablo Picasso ou d’Yves Klein. Une partie de la collection de Claude Berri a également été discrètement déroutée en 2010 vers le Qatar, au grand dam du Centre Pompidou qui devait en être récipiendaire par le biais d’une dation voulue par le cinéaste.

    A notre connaissance, l’Emirat possède aussi des pièces d’Edouard Manet et d’Edgar Degas, prêtées au Musée d’Orsay pour l’exposition des deux peintres en 2023, et au moins deux œuvres de Gustave Caillebotte, une version des célèbres Raboteurs de parquet, ainsi que Canotiers ramant sur l’Yerres, prêtés à l’exposition « Caillebotte. Peindre les hommes ».

    https://justpaste.it/6bpzd

    Si la France avait eu la sagesse de vendre les joyaux de la couronne au Qatar, il resterait aisé d’aller les contempler pour le prix d’un séjour.

    #Qatar #musées #Art_Mill_Museum #marché_de_l'art (dans le haut du panier)

  • Le musée du Louvre braqué à la disqueuse, des bijoux « d’une valeur inestimable » dérobés [ces blaireaux on repris le terme de Dati, mais c’est cambriolé, cassé]
    https://www.liberation.fr/culture/arts/braquage-au-musee-du-louvre-letablissement-ferme-pour-la-journee-20251019

    Les faits se sont déroulés, selon les premiers éléments de l’enquête, entre 9 h 30 et 9 h 40 ce dimanche matin. Selon une source proche de l’établissement culturel parisien, quatre personnes ont installé un monte-charge Quai François Mitterrand, afin d’accéder à la fenêtre du 1er étage, qu’ils ont ouverte au moyen d’une scie mécanique. Sur France Inter à midi ce dimanche, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a confirmé le modus operandi de « trois ou quatre auteurs » qui ont utilisé « une nacelle sur un camion » ainsi qu’une « disqueuse ».

    Le casse a duré 7 minutes

    Avec cette même disqueuse, les malfaiteurs auraient ouvert deux vitrines dans la galerie Apollon qu’ils ont vidées de leur contenu. Les deux vitrines ont pour nom « Bijoux Napoléon » et « Bijoux des souverains ». Elles abritent notamment des éléments précieux des parures des impératrices Marie-Louise puis Eugénie. « Le préjudice est en cours d’évaluation », fait savoir le parquet de Paris. Leur forfait accompli, les quatre auteurs ont pris la fuite sur deux puissants scooters T-max. Le casse « a duré 7 minutes », a assuré Laurent Nunez, signe d’« une équipe chevronnée qui avait fait des repérages ».

    #performance

    edit

    Un des bijoux dérobés a été retrouvé aux abords du musée, abandonné dans leur fuite par les malfaiteurs, a annoncé Rachida Dati sur TF1. Selon Le Parisien, il s’agit de la couronne de l’impératrice, qui a été brisée.

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/10/19/le-louvre-victime-d-un-braquage-et-ferme-pour-la-journee-des-bijoux-d-une-va


    1 354 diamants et 56 émeraudes

    « La criminalité organisée aujourd’hui s’attaque aux objets d’art » et « les musées sont devenus des cibles », a reconnu Rachida Dati.

    Fenwick au ministère, disqueuse un peu partout, monte-charge ici, qu’on ne dise pas que la réaproppriation de l’outil de travail a disparu du paysage. En revanche, sur ce coup, les commanditaires vont pas être jouasses de la perte de la couronne.

    #musées

    • Le spectaculaire cambriolage du Louvre met en lumière les failles de sécurité du plus grand musée du monde
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/10/20/le-spectaculaire-cambriolage-du-louvre-met-en-lumiere-les-failles-de-securit

      DÉCRYPTAGE Le collier de la parure de saphirs de la reine Marie-Amélie et de la reine Hortense, composé de huit saphirs et 631 diamants, et le diadème de l’impératrice Eugénie, qui compte près de 2 000 diamants, ont notamment été volés par un commando de quatre malfaiteurs, passé par une fenêtre de l’établissement parisien.

      Un cambriolage éclair d’une efficacité sidérante, perpétré avec une facilité déconcertante, en sept minutes et en plein jour, dans le plus grand musée du monde… Le Louvre (1er arrondissement de Paris) était ouvert au public depuis trente minutes, dimanche 19 octobre, vers 9 h 30, quand un commando de quatre malfaiteurs, peut-être inspiré par les audaces criminelles de Fantômas, en tous les cas éminemment bien préparé, lesté d’un aplomb saisissant, a atteint la galerie d’Apollon. Située au premier étage, elle abrite notamment les joyaux de la couronne de France.

      Une ascension effectuée en pleine rue, grâce à une banale échelle électrique de déménageur positionnée côté Seine, quai François-Mitterrand. Les cambrioleurs ont le temps de fracturer une porte-fenêtre, puis de fracasser deux vitrines haute sécurité pour dérober « huit objets d’une valeur patrimoniale inestimable », selon un communiqué du ministère de la culture publié dimanche. Avant de redescendre par le même chemin et de s’échapper à scooter.

      Dans le butin, figurent le collier de la parure de saphirs de la reine Marie-Amélie et de la reine Hortense, composé de huit saphirs et 631 diamants, et le diadème de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, qui compte près de 2 000 diamants. Seul loupé, pour le moment, des cambrioleurs toujours recherchés : après l’effraction, mis en fuite, selon le musée, par l’intervention des agents du Louvre, ils ont laissé tomber la couronne de l’impératrice Eugénie, composée de 1 354 diamants et 56 émeraudes. La parure a été récupérée, endommagée.

      Cambrioleurs « chevronnés »

      Une enquête pour « vol en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime » a été ouverte et confiée à la brigade de répression du banditisme. Le ministre de l’intérieur, ancien préfet de police de Paris, évoque des cambrioleurs « chevronnés » qui pourraient être « étrangers ».

      Selon Laure Beccuau, la procureure de la République de Paris, invitée dimanche par BFM-TV, la possibilité qu’une puissance étrangère soit la « commanditaire » du vol n’« est pas exclue »[thèse immédiatement reprise par Hollande]. « Nous retrouverons les œuvres et les auteurs seront traduits en justice », a promis Emmanuel Macron dimanche dans un message diffusé sur X.

      Le ministère de la culture a publié un communiqué en fin d’après-midi pour souligner une absence de dysfonctionnement du système de protection : « Les alarmes (…) se sont déclenchées. Au moment de l’effraction, particulièrement rapide et brutale, les cinq agents du musée, présents en salle et dans les espaces adjacents, sont immédiatement intervenus afin d’appliquer le protocole de sécurité. »

      Toutefois, l’enquête devra déterminer la chaîne de responsabilités qui a permis un cambriolage aussi spectaculaire, à l’ampleur quasiment inédite depuis le vol de la Joconde, en 1911, par un vitrier italien. Le tableau de Leonard de Vinci sera retrouvé en Italie deux ans plus tard. Le dernier vol recensé au Louvre a eu lieu en 1998 : une toile de Camille Corot, volée en pleine journée et jamais retrouvée.

      « Pièces invendables en l’état »

      Cette fois-ci, est-ce le casse du siècle ? « On dit que la valeur du butin est inestimable… Bien sûr qu’elle est estimable !, précise Alexandre Léger, expert agréé en joaillerie et montres de collection. Son montant est astronomique avec des milliers de diamants à plus de 500 euros le carat. Mais c’est la valeur patrimoniale qui rend ce vol insupportable. Les pièces sont invendables en l’état mais il y a de forts risques qu’elles soient démontées, l’or d’un côté, les diamants de l’autre. »

      Une fois le vol constaté, le musée a été immédiatement fermé au public tandis que Laurence des Cars, la présidente du Louvre, s’est adressée aux personnels, à 14 h 30, dans l’auditorium. Un discours mal accueilli par certains agents, qui ont hué la dirigeante et ont accusé l’administration muséale d’un manque d’anticipation.

      Soulignant que le plan « sûreté », qui doit moderniser le système de sécurité du musée, a été reporté dans le contrat de performance 2025-2029, les agents pointent un manque récurrent de moyens qui engendre des failles fatales dans la sécurité. Dans un communiqué publié dimanche, la CFDT-Culture appelle à « un audit complet et indépendant des dispositifs de sûreté et de prévention (…) à un renforcement des moyens humains de surveillance et d’accueil (…) et à une transparence totale sur les conclusions de l’enquête ».

      Le syndicat SUD-Culture, dans son propre communiqué, rappelle qu’il n’a eu « de cesse de dénoncer les arbitrages internes constatés depuis trois ans, ceux-ci ne prenant pas en compte la mission première de notre établissement : la préservation du patrimoine, du bâtiment, des collections et des personnes. (…) La responsabilité de la direction est écrasante, et il est grand temps que le président de la République et la ministre de la culture prennent en considération les alertes lancées par les personnels ».

      En outre, selon les informations du Monde, les travaux « Louvre nouvelle renaissance », visant à améliorer l’accueil et créer une nouvelle entrée dans la colonnade Perrault, ne concerneront qu’en 2034-35 l’aile Denon, qui abrite La Joconde ainsi que la galerie d’Apollon, lieu du cambriolage, la plus sensible pour les agents car la plus fréquentée. Ces mêmes agents déplorent, depuis longtemps, des effectifs globalement insuffisants et les conditions de travail problématiques de la galerie d’Apollon.

      « Grande vulnérabilité dans les musées français »

      Selon un salarié du Louvre contacté par Le Monde, cette galerie n’est plus surveillée que par cinq agents aujourd’hui, au lieu de six traditionnellement. Et ils ne sont que quatre lors de la première pause du matin qui dure trente minutes. Précisément le moment utilisé par les malfaiteurs pour agir. « On sait très bien qu’il y a une grande vulnérabilité dans les musées français », a convenu le ministre de l’intérieur qui a rappelé qu’un « plan de sécurité » récemment lancé par le ministère de la culture « n’épargnait pas » le musée du Louvre.

      Après son intervention chahutée par les personnels, Laurence des Cars leur a adressé un e-mail pour préciser que, depuis sa « prise de fonction, [elle a] été alertée sur la nécessité de renforcer notre architecture de sécurité. A cet égard, et à [sa] demande, des études précises ont été menées par la préfecture de police. Leurs conclusions [lui] ont été remises tout récemment. Elles viendront s’ajouter aux mesures déjà initiées ».

      L’affaire ravive le traumatisme des musées parisiens, qui n’avaient subi pareil cambriolage depuis un autre « casse du siècle » survenu en 2010 au Musée d’art moderne de Paris. Cinq tableaux de maître avaient été subtilisés par Vrejan Tomic, alias « l’homme-araignée ». Aucune de ces œuvres n’a été retrouvée. On assiste, depuis plusieurs mois, à une recrudescence de #cambriolages de musées. Mi-septembre, six kilos d’or natif d’une valeur de 600 000 euros étaient dérobés au Muséum d’histoire naturelle.

      En septembre encore, un musée de Limoges a subi un cambriolage dont le préjudice est estimé à 6,5 millions d’euros. La plupart du temps, les objets en or sont fondus et transformés par les malfrats. Mais parfois la chance sourit aux enquêteurs : mi-octobre, cinq des sept tabatières dérobées en novembre 2024 lors d’un braquage à main armée au musée Cognacq-Jay, à Paris, ont été retrouvées.

    • Cambriolage au Louvre : le préjudice des joyaux dérobés évalué à 88 millions d’euros, selon le musée
      https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/10/21/cambriolage-au-louvre-le-prejudice-evalue-par-le-musee-a-88-millions-d-euros

      La conservatrice du Musée du Louvre a évalué, mardi 21 octobre, le préjudice des joyaux dérobés dimanche dans la galerie d’Apollon, à 88 millions d’euros, selon la procureure de Paris, Laure Beccuau. Une somme « extrêmement spectaculaire » mais qui « n’a rien de parallèle et de comparable au préjudice historique », a ajouté sur RTL la procureure, précisant que les malfaiteurs « ne gagneront jamais cette somme considérable « s’ils avaient la très mauvaise idée de dessertir et faire fondre ces bijoux ».

      L’enquête progresse, selon la procureure, « les expertises sont en cours, quatre personnes ont été identifiées comme présentes sur les lieux, sans certitude qu’il n’y ait pas eu une équipe pour les aider », a-t-elle par ailleurs déclaré, sans écarter non plus « la piste d’une complicité à l’intérieur » du musée.

      [...]

      [Le] cabinet [de Dati] a, par ailleurs, reçu mardi les organisations syndicales (CGT, SUD, CFDT, CFTC, FSU) du musée pour leur annoncer que l’enquête administrative évoquée la veille était confiée à l’inspection générale des affaires culturelles (IGAC), selon les syndicats. Ceux-là ont à cette occasion déploré la baisse des effectifs consacrés à la sûreté et à la sécurité des musées, en diminution de_ « 25 % en dix ans »_, selon Elise Muller de SUD-Culture.

      #ADN #police #emploi_public

      edit

      ... Dati a [évoqué] la question de la surveillance de la voie publique alors que les voleurs ont pénétré dans l’institution muséale via une fenêtre à l’aide d’un monte-charge stationné sur la route côté Seine. « Peut-être qu’on devrait s’interroger, et c’est une réflexion que nous avons avec le ministre de l’intérieur [Laurent Nuñez], mais aussi avec la Mairie de Paris, s’agissant justement de la sécurité sur la voie publique, qui n’existait pas à ce stade »

      C’est le classement aux Monument historiques qui interdit ici le barreaudage des fenêtres.

      #surveillance #tourisme #patrimoine #ville

    • « Les bijoux volés au Louvre, qui ne valent que pour leurs métaux précieux, sont surtout des objets désuets et encombrants », Michel Guerrin, Réac en chef au « Monde », et pourtant...
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/24/les-bijoux-voles-au-louvre-qui-ne-valent-que-pour-leurs-metaux-precieux-sont

      Les bijoux volés, dimanche 19 octobre, au Louvre, dont personne ou presque ne connaissait l’existence , ont provoqué un émoi tutoyant l’hystérie, en France comme à l’étranger. Quand un sujet culturel déborde à ce point, c’est rarement pour enrichir le débat esthétique. C’est souvent pour nourrir un scandale, qui, en l’espèce, se voit dopé par le climat ambiant : il est idéologisé, identitaire même.

      Pour le dire autrement, ce ne sont pas seulement des bijoux qui ont été dérobés, mais l’âme française. Pas des bijoux mais le Louvre, le plus grand musée au monde et l’ancien palais des rois. C’est le hold-up de notre mémoire, d’une certaine idée de la nation, celle d’hier et d’aujourd’hui. Depuis dimanche, la droite et surtout l’extrême droite, notamment via des médias, multiplient les figures de style pour dire ce que signifie le braquage : « Jusqu’où ira le délitement de l’Etat ? » (Jordan Bardella, sur X) ; « Une nouvelle épreuve pour notre pays » (Marine Le Pen, sur X) ; « Une nation menacée » (Eric Ciotti, sur X) ; « Une France en décadence » (un anonyme cité par Europe 1) ; « Un désastre français » (Valeurs actuelles).
      Le croquis d’une nation humiliée, incapable de protéger sa population comme ses trésors, a fait tache d’huile. La photo de la nacelle dressée vers la fenêtre du palais est devenue virale, agrémentée de commentaires moqueurs. « L’assaut du Louvre dresse le portrait d’un pays conscient de ses problèmes, mais incapable de les résoudre », résume El Pais, le 21 octobre.

      Le moment est d’autant plus pénible qu’il est associé à un autre, survenu le 15 avril 2019, quand le pays a regardé, impuissant, la cathédrale Notre-Dame de Paris se consumer. Se retrouvent dans la même barque du discrédit nos deux plus importants fleurons patrimoniaux, au croisement de l’art et de l’histoire, du pouvoir et de la religion. C’est d’autant plus désastreux que leur public est en grande majorité constitué de touristes étrangers. Stewart Chau, directeur clientèle du groupe Verian et spécialiste de l’analyse des sentiments des Français, clôt l’affaire des bijoux dans L’Opinion du 22 octobre : « Les Français ont honte de ce qui s’est passé, mais surtout honte de l’image que cela produit de leur pays, et même d’eux-mêmes. »

      Diable ! Peut-on encore dire que l’avalanche des réactions est disproportionnée et qu’elle est alimentée par d’autres ressorts ? Hors des frontières, l’occasion est belle de titiller l’arrogance française, voire celle du Louvre. Chez nous, les mots s’inscrivent souvent dans le calendrier électoral. Ajouter un vernis identitaire à l’affaire, c’est faire l’impasse sur la nature des objets dérobés.

      Avant le vol, ces bijoux étaient exposés dans un océan d’indifférence. Chaque fois qu’on a mis les pieds dans la galerie d’Apollon, le peu de monde venait surtout pour l’exceptionnel éclat de la salle et ses 61 mètres de long. Sinon la France républicaine n’envoie pas ses écoliers communier devant des joyaux désuets. On ne va pas au Louvre pour des diadèmes, broches, colliers, boucles d’oreilles. On y va pour Léonard de Vinci, Poussin, Delacroix, Géricault. Pour Vermeer. Pour les arts d’Egypte ou de l’islam.

      Comme le dit avec son humour britannique Jonathan Jones, dans The Guardian, le 20 octobre, « heureusement que les voleurs du Louvre avaient un goût atroce en matière d’art ». Ils ont snobé tant de chefs-d’œuvre « au profit de bibelots royaux sans intérêt ». L’Anglais y va fort, mais vise juste. Outre la valeur symbolique, que d’autres transforment en parure identitaire, ces objets ont une « valeur inestimable », comme on a pu l’entendre, non au regard de l’art ou de l’histoire, mais du cours des métaux précieux – saphirs, émeraudes, or, diamants. « L’art est fragile, les diamants sont éternels », écrit Jonathan Jones.

      Les réactions au casse du Louvre ignorent une bascule qui tourmente les musées depuis une dizaine d’années, soulignée dans le New York Times du 20 octobre : au XXe siècle, on a beaucoup volé des tableaux, aujourd’hui, on vole des métaux rares. Les premiers sont invendables, les seconds recyclables.

      Inquiétude et vulnérabilité

      Les casses se répètent, portant à croire que le #grand_banditisme s’invite au banquet. Des bijoux d’une valeur dépassant les 100 millions d’euros sont volés, le 25 novembre 2019, au Musée de la Voûte verte, à Dresde (Allemagne). Le 22 novembre 2022, toujours outre-Rhin, 483 pièces d’or sont dérobées au Musée d’art celtique et romain de Manching, au nord de Munich. Le Royaume-Uni est également frappé par une vague de vols similaires depuis les années 2010. A Paris, le 16 septembre, des pépites d’or d’une valeur d’environ 1,5 million d’euros sont subtilisées au Muséum national d’histoire naturelle.

      Sécuriser des bijoux dans un lieu inadapté, qui plus est gigantesque, devenu un barnum à touristes, qui accueille 30 000 visiteurs par jour et près de 9 millions de personnes par an (de quoi, en passant, faire fuir les amateurs d’art), devient compliqué. Que les autres grands musées du monde restent très discrets, du moins publiquement, sur le vol à Paris, traduit leur inquiétude et leur vulnérabilité.
      Tous sont devant une équation complexe : une ouverture généreuse au public et la sécurisation d’objets encombrants, plus à leur affaire dans une banque. Mais « personne ne souhaite entrer dans un musée comme s’il entrait dans un coffre-fort », dit, le 20 octobre au New York Times, James Ratcliffe, un responsable, à Londres, de l’Art Loss Register, qui gère une base de données des objets volés.

      Laurence des Cars, la présidente du Louvre, est prête à installer un commissariat de police au sein de l’établissement, et ce serait une petite révolution. Mais aucun responsable ne veut transformer son musée en bunker, juste pour des bijoux.

      Alors que le Louvre va dépenser 400 millions d’euros pour creuser une salle consacrée à La Joconde, afin que le tableau ne vampirise plus la visite, les objets rehaussés de métaux précieux ne doivent-ils pas être externalisés ? Au Royaume-Uni, les joyaux de la couronne ne sont pas exposés à la National Gallery mais dans la Tour de Londres. Donc dans une prison. Il est vrai que, du côté d’Albion, l’affaire est sérieuse.

      #tourisme (ses faux frais)

    • Thomas Schlesser, historien de l’art : « Penser qu’un musée pourrait se défendre à coups de pistolet, c’est symptomatique d’une bêtise démagogique galopante »

      Pour l’auteur du roman « Les Yeux de Mona », le cambriolage au Louvre ne fait que rappeler la vulnérabilité du patrimoine.

      Lors de l’audition de la présidente-directrice du Louvre au Sénat, mercredi 22 octobre, l’élue UDI Annick Billon a interrogé Laurence des Cars : « Est-ce qu’il est question d’armer du personnel » dans le musée ? Cette piste de réflexion a été aussitôt écartée par Dominique Buffin, chargée de l’accueil et de la sécurité des lieux récemment dépouillés de huit bijoux estimés à 88 millions d’euros. Mais cette option faisait, de manière stupéfiante, un peu son chemin depuis le déclenchement de l’affaire.
      Ainsi, sans recevoir de démenti strict en plateau, Didier Giraud, une des « Grandes Gueules » de l’émission de débats de RMC, pouvait déclarer au mépris de toute réalité factuelle qu’au Royaume-Uni, « les mecs auraient pris une balle ». Le chroniqueur assume clairement son inclination pour un système de gardiennage avec des agents munis d’armes à feu. RMC a même cru bon d’isoler fièrement cette spéculation délirante sur ses réseaux.

      [Des Cars a évoqué l’implantation dune commissariat de police dans le Louvre, ndc]

      L’immense et légitime émoi du vol au Louvre, parce qu’il est en effet une catastrophe et qu’il y a eu des défaillances manifestes nécessitant des améliorations, offre sa surenchère d’idées douteuses, alors même que ces bijoux relèvent d’une histoire et d’une mémoire dont il serait d’abord honnête de dire qu’elles sont ignorées de la plupart. Interrogez donc quelqu’un au hasard sur la reine Hortense, le Second Empire ou même la définition d’un diadème… [Même le droitard] Sylvain Tesson a eu le mérite de la sincérité au micro de France Inter : « J’habite moi-même à 300 mètres du Louvre. Je n’étais jamais allé voir les joyaux de la Couronne. »

      Mais maintenant que les experts de la veille sont légion et que certains voudraient protéger les trésors nationaux avec des fusils dans les salles, il est temps de rappeler qu’un musée traduit la vulnérabilité ontologique de ce qui constitue un patrimoine. Celui-ci est d’autant plus à choyer, avec déférence et décence, sans imaginaire oppressif, qu’il est une matérialité fragile dont l’aura d’éternité est une pure illusion et, insistons, une illusion qu’entretient sa muséification. Le musée apparaît, fallacieusement, comme un sanctuaire existant depuis toujours et à jamais, capable de conserver des œuvres et des objets des contingences et des altérations du temps. D’où l’immense stupéfaction, d’ordre quasiment métaphysique et religieux, quand il y a une effraction en ses murs.

      Une invention récente

      En réalité, loin d’être immémoriaux, les musées sont une invention récente. Ils naissent entre la fin du XVIIIᵉ et le début du XIXᵉ siècle, dans le sillage des révolutions politiques et scientifiques qui, pour la première fois, organisent la conservation comme un acte public et rationnel. Le Louvre, dans sa forme moderne, est créé à la fois dans un climat d’iconoclasme révolutionnaire et avec l’ambition d’une transmission collective à travers les siècles. Comme l’écrit Krzysztof Pomian, historien majeur de l’institution muséale, il s’agit d’« une collection publique, s’adressant à tous, destinée à un avenir indéfiniment éloigné ». Mais cette pérennité absolue est évidemment un leurre.

      Dès la naissance du Louvre, l’artiste Hubert Robert avait matérialisé cette ambivalence, en peignant en 1796 un extraordinaire tableau montrant sa célèbre Grande Galerie en ruine, voûtes effondrées, sculptures décelées (pour les amateurs, le tableau est d’ailleurs… au Louvre, salle 932 de l’aile Sully). Comme si, à l’origine même de ce fantasme d’un patrimoine figé dans sa splendeur, il y avait la vision de sa finitude. Oui : même les musées, même La Joconde, de Léonard de Vinci, et La Liberté guidant le peuple, d’Eugène Delacroix, un jour, dans trois décennies ou dans cinq cent mille ans, redeviendront poussière.

      Ce que l’on croit conservé ne l’est pas indéfiniment. La conservation n’est jamais qu’un sursis qui n’ose pas dire son nom. Le musée n’est pas un refuge hors-sol, hors temps, hors d’atteinte ; il doit encore moins être une enclave sécuritaire. C’est un espace d’exposition au sens plein – où les œuvres sont à la fois montrées et exposées aux risques, irréductiblement.

      Penser qu’un musée pourrait se défendre à coups de pistolet, c’est symptomatique d’une bêtise démagogique galopante, et c’est trahir la vocation de tels lieux, qui appellent à la dignité et à la contemplation, et plus encore, à une prise de conscience humble et engageante. Ce que l’humanité a produit de plus beau, et de supposément impérissable, est un matériau précaire. Il convient de soigner ce patrimoine avec des regards instruits et aimants, du mieux que nous le pouvons, sans être les dupes d’un fantasme d’éternité, ni les complices de quelque brutalité que ce soit.


      Hubert Robert - Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines, Paris, Musée du Louvre

      #histoire_de_l'art

    • [ADN et pédigrée] Cambriolage au Louvre : ce que l’on sait des deux suspects interpellés
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/10/26/cambriolage-au-louvre-ce-que-l-on-sait-des-deux-suspects-interpelles_6649691

      L’un des suspects a été interpellé à l’aéroport de Roissy alors qu’il s’apprêtait à quitter le territoire pour l’Algérie. Les deux hommes étaient déjà connus des services de #police pour des faits de vols.

      Les enquêteurs de la BRB, qui surveillaient les deux suspects depuis quelques jours en espérant remonter jusqu’au butin et identifier leurs complices, ont alors précipité leurs opérations. Le deuxième suspect a été interpellé concomitamment en Seine-Saint-Denis.

      Agés d’une trentaine d’années, tous deux étaient connus des services de police pour des vols sophistiqués, précise une source au Monde. Leur garde à vue pour vol en bande organisée et association de malfaiteurs criminelle peut durer jusqu’à quatre-vingt-seize heures. A ce stade des investigations, les enquêteurs de la #BRB et de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC), chargés des investigations, sont toujours à la recherche du butin, estimé à 88 millions d’euros, et des autres complices.

      [...]

      Plus « de 150 prélèvements de traces ADN, papillaires et autres ont été réalisés » sur les lieux du cambriolage, avait annoncé jeudi Laure Beccuau. Dans leur fuite, les malfaiteurs avaient notamment abandonné des gants, un casque, deux disqueuses, un chalumeau, un gilet jaune et un talkie-walkie sur lesquels des prélèvements ont été effectués. Les voleurs n’ont pas eu le temps d’incendier le camion-élévateur, qui a aussi été examiné par les enquêteurs.

      La procureure avait également expliqué que la #vidéosurveillance avait « permis de suivre » le parcours des malfaiteurs à Paris et dans des départements limitrophes, évoquant aussi des images disponibles grâce aux caméras publiques ou privées (autoroutes, banques, entreprises…) à exploiter. Autant d’éléments qui ont permis d’identifier les deux suspects interpellés samedi.

      https://justpaste.it/a5bg6

    • Sans certitude aucune, il semble que c’est une parodie dans et contre l’IA (voir les légendes des portraits projetés). Il faudrait en détailler les composants (on nous dit IA low tech pour vanter un hacking où la technique la plus merdique/stérilisante est détournée à des fins créatives).
      En experts de la chose, les ex-Luther Blisset (Wu Ming) ont souligné dans Q comme complot le risque de la parodie : la contre révolution s’en nourrit pour modifier le réel (comme le beauf contemporain éternise du réel lorsqu’il nous dit blaguer pour couvrir ses immondices).

      Un groupe ordinaire, c’est à dire asphyxié de culture, courre un insaisissable et pesant présent où le premier degré (colossal manque de finesse) n’aurait plus cours que parmi les brutes au pouvoir, à la recherche, peut-être, d’une littéralité ?

      "la littéralité n’est pas le sens propre, mais l’en-deçà du partage entre le propre et le figuré"
      « La question de la littéralité », François Zourabichvili
      https://www.revue-klesis.org/pdf/F-Zourabichvili.pdf

      Je serait curieux de connaitre vos avis sur ce concert/discours.

      edit plusieurs référence ici à Q comme complot, dont
      https://seenthis.net/messages/1025400

    • J’ai donné le lien sans commentaires, mais cette provocation a bien sûr été faite pour dénoncer cette technologie. Le groupe est depuis longtemps versé dans la dénonciation de la technologie au service de la surveillance.

      Par ex. cette citation pour un concert en 2019  :
      «  To be honest, the centrifugal force of the show is irony. Irony can be that moment where everybody just goes, “Oh. Of course. How could I be so foolish not to see the big picture ?” The big picture gets revealed, and that can be a moment of great irony because you start questioning everything you thought. Irony is a powerful, sincere force. »
      https://www.thefader.com/2019/09/25/massive-attack-robert-del-naja-mezzanine-interview

      Ou encore ce fansite   :
      https://massiveattack.ie/articles/massive-attacks-political-voice-music-as-protest

      Il n’en demeure pas moins que la performance (j’aime bien utiliser des mots hype) pose problème  : les spectateurs n’ont jamais donné leur accord pour se faire filmer afin d’avoir leur visage projeté en gros plan, et le groupe n’a pas expliqué ce qu’ils allaient faire des enregistrements.

    • Je suis assez d’avis du rapprochement fait par @colporteur sur les conseils de Wu Ming. Ça a eu marché il y a plusieurs décennies (80, 90, 2000…) d’utiliser les outils des gens qu’on veut critiquer pour les utiliser « faussement » et les dénoncer ensuite. Et Wu Ming l’a grandement fait plein de fois (tout comme les Yes Men, etc). Mais de nos jours, il est peu probable que ça ait des conséquences bénéfiques/émancipatrices.

    • J’ai moi aussi d’abord été choqué : je refuserais qu’on affiche ma tronche en grand, même au nom d’une porosité accrue entre public et artistes, alors payer pour ça !

      Puis je me suis demandé quel était leur but, sans bien piger, car (bien que le moment de concert donné ici soit assez nul) c’est un bon groupe, dont les positions ne sont pas nulles.

      Le groupe Massive Attack refuse que sa musique soit streamée en Israël en raison de la guerre à Gaza
      https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/09/19/le-groupe-massive-attack-refuse-d-etre-streame-en-israel-en-raison-de-la-gue

      Le groupe britannique précise inscrire son action dans le cadre du mouvement No Music for Genocide, qui assure regrouper 400 artistes et labels appelant au boycott culturel d’Israël. Massive Attack veut aussi quitter Spotify à cause « d’investissements » de son PDG dans une société d’armement.

      #industrie_musicale

  • Rachida Dati ن on X : « Trop, c’est trop ! Ces appels au boycott répétés d’artistes, de spectacles, de conférences, de blocages d’établissements deviennent des prétextes à un antisémitisme caractérisé et assumé. Ce n’est plus une question d’opinion, c’est une question de justice et de politique pénale. https://t.co/piH787qAdq » / X
    https://x.com/datirachida/status/1966105507581796813

    https://pbs.twimg.com/media/G0kCiUeWwAA9c0G?format=jpg&name=900x900

    Réaction suite au désistement de 5 chercheurs pour un colloque organisé par le musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris.

    Gros succès dans nos médias. Ici, Le Monde : https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/09/11/au-musee-d-art-et-d-histoire-du-judaisme-cinq-universitaires-boycottent-un-c

    • https://archive.ph/20250911163957/https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/09/11/au-musee-d-art-et-d-histoire-du-judaisme-cinq-universitaires-boycottent-un-c

      En cause, la révélation au dernier moment, du soutien de l’Université de Jérusalem. Heureusement, le Monde a su nous proposer un article équilibré, avec des témoignages variés de pro-israéliens, de pro-israéliens et de pro-israéliens :

      « Ces universitaires mélangent tout, fustige-t-il au téléphone. Ils ont parfaitement le droit d’avoir des positions publiques extrêmement claires sur le conflit israélo-palestinien. Mais là, on est dans autre chose : une réunion de chercheurs sur un sujet qui n’a rien à voir avec ce qui se passe à Gaza. »

      « C’est typique de la mauvaise foi de belles âmes qui ne veulent pas mesurer la complexité de la situation académique en Israël, fustige l’historienne. Ce qui est frustrant, c’est l’impossibilité de dialoguer. Chacun s’enferme dans des arguments tautologiques. »

      « L’Université est l’une des forces les plus importantes contre le gouvernement actuel et contre la guerre, fait-elle valoir. En nous boycottant, nos collègues n’aident pas les Palestiniens de Gaza. Ils fragilisent ceux qui sont de leur côté. C’est incohérent et contre-productif. »~

  • « Papa, t’étais où en Algérie ? », sur France 3 : une fratrie plongée dans une guerre qui ne dit pas son nom
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/07/23/papa-t-etais-ou-en-algerie-sur-france-3-une-fratrie-plongee-dans-une-guerre-

    « Papa, t’étais où en Algérie ? », sur France 3 : une fratrie plongée dans une guerre qui ne dit pas son nom
    Marcel, Michel, Auguste et Yvon Aymé ont tous quatre été mobilisés pour partir « maintenir l’ordre » dans le premier pays de l’empire colonial français. François, leur neveu et fils, recueille leur parole soixante ans après les « événements ».

    Et, vers l’an 2090, "papa, tu faisais quoi pendant Gaza ?"

  • Nan Goldin enflamme le Théâtre antique d’Arles en dénonçant la guerre à Gaza : « 70 000 Palestiniens sont morts. Alors quels sont ceux dont les vies comptent ? »

    La photographe américaine, lauréate du prix Women in Motion, a profité de la soirée d’ouverture de mardi, avec l’écrivain Edouard Louis, pour projeter des images du territoire palestinien ravagé par le conflit mené par Israël et appeler à l’action.

    Par Claire Guillot (Arles (Bouches-du-Rhône), envoyée spéciale)
    Publié le 9 juillet | Le Monde
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/07/09/aux-rencontres-d-arles-nan-goldin-enflamme-le-theatre-antique-en-denoncant-l

    Capture d’écran de la remise du prix Women in Motion à Nan Goldin, lors des Rencontres d’Arles, le 8 juillet 2025. @RENCONTRESDARLES/INSTAGRAM

    Activiste et révoltée dans l’âme depuis ses débuts dans les années 1970, lorsqu’elle photographiait ses amis de l’underground new-yorkais, Nan Goldin est restée fidèle à sa réputation. Mardi 8 juillet, devant un Théâtre antique complet, la photographe américaine connue pour son militantisme contre le sida ou les ravages des opiacées, a profité de la soirée d’ouverture des Rencontres d’Arles pour dénoncer la guerre menée à Gaza par Israël.
    (...)
    Long texte en anglais
    Puis elle a convié l’écrivain Edouard Louis à la rejoindre pour une séquence d’une demi-heure entièrement consacrée à la guerre à Gaza. Dans un silence de mort ont défilé des images montrant la vie quotidienne dans l’enclave occupée, avant et après la guerre menée par Israël à la suite des attaques terroristes du Hamas du 7 octobre 2023 : les ruines, les camps de réfugiés, les enterrements de journalistes, les déplacements de population, la destruction des surfaces cultivées.

    Edouard Louis, appuyé par Nan Goldin, a lu un long texte, entièrement en anglais, affirmant qu’il ne suffisait plus de montrer des photos pour que les choses changent : « Où est le scandale, alors que les images [de Gaza] sont partout ? » La photographe a renchéri : « Si la Shoah avait été diffusée en live, est-ce que les gens auraient réagi ? »
    Et l’écrivain de prendre à partie le milieu culturel : « Le problème avec la culture, c’est que nous pensons que nous sommes du bon côté, nous pensons que dire “C’est horrible” est suffisant. Mais ce n’est pas assez. N’applaudissez pas nos paroles, c’est trop facile. » Et d’appeler le public à « agir », en prenant la parole, en manifestant, en boycottant certaines entreprises et en votant.

    Programmation engagée
    Dans le Théâtre antique, quelques voix isolées ont vivement protesté et interpellé l’artiste lorsqu’elle a dénoncé le « génocide » en cours, et la « culture de la victimisation qu’[Israël] utilise comme une arme. Ils reproduisent ce qui leur a été infligé ». Une femme a exigé que Nan Goldin parle des otages et des atrocités commises par le Hamas. « Il s’est passé des choses horribles le 7-Octobre, et 1 300 Israéliens ont été tués, a rétorqué la photographe. Mais 70 000 Palestiniens sont morts. Alors quels sont ceux dont les vies comptent ? [Whose lives matter ?] » Jusqu’à ce que le slogan « Free, Free, Palestine », dans le Théâtre antique, finisse par couvrir les contestations. La photographe, qui a reconnu que prendre la parole en faveur de Gaza était « difficile », a conclu la soirée par la phrase : « Nous ne sommes pas impuissants. »

    Ces débats houleux, inhabituels dans un Théâtre antique plutôt habitué aux remises de prix consensuelles, ont peut-être rappelé aux plus anciens festivaliers les empoignades des années 1990, pendant lesquelles les spectateurs n’hésitaient pas à prendre à partie voire à insulter les intervenants – même s’il s’agissait plutôt de débats esthétiques.

    L’intervention de Nan Goldin au Théâtre antique fait finalement écho à la programmation 2025, à la teinte politique et engagée. A l’heure où les conservatismes gagnent du terrain dans nombre de pays, plusieurs expositions prennent, en effet, le parti de donner à voir et à entendre des groupes ou des individus marginalisés et longtemps invisibilisés : populations autochtones australiennes ou canadiennes, personnes transgenres à La Réunion, communautés lesbiennes aux Etats-Unis, personnes LGBT+ au Brésil ou aux Etats-Unis.
    Claire Guillot (Arles (Bouches-du-Rhône), envoyée spéciale)

    #Culture_GAZA

  • « Tunisie, l’enfer des exilés », sur Arte : paroles de migrants traqués par les autorités
    https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/06/07/tunisie-l-enfer-des-exiles-sur-arte-paroles-de-migrants-traques-par-les-auto

    « Tunisie, l’enfer des exilés », sur Arte : paroles de migrants traqués par les autorités
    Par Mustapha Kessous
    Le reportage ouvre sur un camp de fortune, posé sur un champ d’oliviers quelque part dans le sud-est de la Tunisie, à une quarantaine de kilomètres de la grande ville portuaire de Sfax. Ibrahim, un Sierra Léonais de 25 ans, qui a étudié la médecine dans son pays, va se charger d’un événement particulier : un accouchement. La future maman a choisi de donner naissance à l’intérieur d’une tente recouverte de plastique, préférant s’allonger sur des tapis rudimentaires plutôt que de profiter du confort et de l’équipement d’une maternité. Se rendre à l’hôpital, c’était, selon elle, prendre le risque de se faire arrêter par les forces de l’ordre. « Les policiers nous chassent comme des animaux », dit-elle. Cette crainte s’inscrit dans un climat de répression accrue envers les migrants en Tunisie.
    Selon les autorités, quelque 20 000 exilés survivent dans les champs d’oliviers, non loin de Sfax. De là, ils espèrent prendre un jour la mer et rejoindre en bateau l’île italienne de Lampedusa. Mais ce voyage est devenu quasi impossible. Entre le 1er janvier et le 1er juin, seules 1 241 personnes ont atteint les côtes européennes, contre plus de 26 000 sur la même période il y a deux ans, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). L’accord conclu à l’été 2023 entre la Tunisie et l’Union européenne vise à freiner les migrations, mais à quel coût humain ?
    Depuis, la violence à l’encontre des migrants a décuplé. Le documentaire Tunisie, l’enfer des exilés s’attache à la montrer, sans filtre. Les journalistes donnent la parole à ces « voyageurs » rencontrés tout au long du tournage. A visage découvert, ils racontent les arrestations, les vols qu’ils subissent, la brutalité policière – qui irait jusqu’au viol –, leurs expulsions vers le désert près de la frontière algérienne… Les reporters ont même filmé certains d’entre eux errant dans cette zone, épuisés après plusieurs jours de marche sans eau. Ils seront par la suite aidés par des ouvriers tunisiens.
    Des scènes filmées par des migrants viennent appuyer les témoignages. Parmi les images choquantes : un gendarme frappant à l’aide d’un bâton des migrants en pleine mer, ou des bateaux de la garde nationale tunisienne semblant chercher à faire chavirer leurs embarcations. Le format court du reportage (vingt-quatre minutes) et les contraintes liées à un tournage clandestin ne permettent malheureusement pas de s’attacher aux personnages : il n’a pas été possible de les suivre sur la durée. Pour certains, on ignore même le pays d’origine, le parcours migratoire ou la durée de présence en Tunisie. Malgré ces limites, ce reportage reste un instantané qui expose le quotidien cauchemardesque des migrants, et dénonce les exactions des autorités tunisiennes. Aucun officiel tunisien n’intervient ; seule Dubravka Suica, la commissaire européenne pour la Méditerranée, répond à quelques questions, mais ses propos, trop évasifs, ne permettent pas de comprendre les enjeux. Tunisie, l’enfer des exilés, de Julien Goudichaud, Davide Mattei et Anne Thillet (Fr, 2025, 24 min).

    #Covid-19#migration#migrant#tunisie#subsahariens#routemigratoire#migrationirreguliere#sante#droit

  • Benzine Cyprine | Kamille Lévêque Jégo - Artiste Photographe
    https://kamille-levequejego.com/travaux/benzine-cyprine

    Benzine Cyprine

    Je veux que ma différence compte, qu’elle produise du symbolique, Liana Borghi, 1989.

    Benzine Cyprine est un documentaire au long cours (2014-2020) sur un gang de femmes du même nom. Il est aussi un symbole identitaire.

    À l’initiative de ce projet était un besoin impérieux de répondre à un malaise existentiel autour du fait d’être de sexe féminin. C’était un sentiment d’impuissance qui sourdait en moi, attisé par des incidents routiniers et dégradants à l’encontre de mon sexe.
    Comment évoquer l’insécurité consécutive à la convoitise du corps féminin souvent réduit à son potentiel érotisant ? Comment aborder les préconceptions qui tendent à maintenir le genre féminin comme vulnérable, infantile et dépréciable ? Comment remettre en question les stéréotypes moralisateurs sur celui-ci ? Comment rendre compte de cela en se gardant d’assener à la femme le statut de victime par nature ?

  • La commission d’enquête parlementaire sur les violences rend un rapport accablant pour la « grande famille » de la culture

    https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/04/08/commission-de-l-assemblee-nationale-un-rapport-accablant-pour-la-grande-fami

    Gestion des castings, encadrement des mineurs, droit de regard sur les scènes d’intimité… La commission d’enquête parlementaire sur les violences dans les milieux du cinéma, du théâtre ou de la publicité dresse une liste de 86 recommandations pour « assainir et sécuriser » le modèle français de création artistique.

    https://archive.ph/BlyQq

    • Lire les 313 pages de ce rapport et les comptes rendus des auditions, c’est aussi se confronter à des dizaines et des dizaines de récits décrivant des carrières avortées et des vies fracassées. « Contrairement à une idée encore largement répandue, très souvent les victimes parlent », écrit le rapporteur, en soulignant un paradoxe propre au secteur culturel : alors que les victimes s’ouvrent davantage des violences commises au travail que de celles subies dans la sphère privée, « les milieux culturels se caractérisent au contraire par l’omerta qui les entoure ».

    • Plusieurs recommandations suggèrent désormais la présence continue d’un responsable légal pour les enfants de moins de 7 ans, mais aussi pour les mineurs de moins de 18 ans, et ce dès le casting. Concernant les castings mêmes, les élus attendent des conditions plus strictes les encadrant : « Ils devraient avoir lieu uniquement en journée, dans des locaux professionnels, et non des chambres d’hôtel ou des appartements privés. (…) Les scènes d’intimité ou impliquant que les acteurs soient dénudés devraient évidemment y être prohibées en l’absence d’un coordinateur d’intimité. »

    • Mise en place après l’audition de Judith Godrèche par la délégation aux droits des enfants, en mars 2024, au cours de laquelle l’actrice avait dénoncé en mots très durs l’inaction du monde du cinéma face à ces violences – un « système féodal, aristocratique », où règne « l’oppression du plus faible » –, la commission a fait siens les mots de la réalisatrice. Au terme de six mois d’enquête et de 85 auditions, soit plus de cent dix-huit heures d’échanges avec 350 professionnels, auxquels s’ajoutent des centaines de témoignages reçus depuis le mois de novembre, elle conclut que « ce modèle français de création artistique doit être assaini et sécurisé ». Sans ironie aucune, le rapport rappelle que, si l’on parle fréquemment de la « grande famille » du cinéma ou du théâtre, le cercle familial est précisément l’un des lieux privilégiés de la commission des violences.

    • « Loi du silence »

      Le travail consistait à « analyser les mécanismes profonds qui permettent la survenue des violences et leur reproduction dans ces milieux » qui emploient un peu plus d’un demi-million de personnes, auxquelles il convient d’ajouter les 800 000 élèves et étudiants des établissements, publics et privés, des secteurs de la culture. Des professionnels trop souvent « précaires », soumis à une hiérarchie rigide qui dispose d’un « droit de vie ou de mort sur la carrière des acteurs et des actrices, en particulier les plus jeunes et les plus fragiles ».

      Selon le rapport, plusieurs éléments font de ces secteurs un terreau propice aux violences : la parité imparfaite ; le corps qui, dans sa fragilité, y est à la fois un outil et un objet – celui des femmes, en particulier ; la « loi du silence » instaurée dans un milieu où le droit du travail n’existe pas ou si peu.

      Le tableau brossé dans les 313 pages que compte le rapport est accablant. Si, au cours des auditions, Erwan Balanant a tenu à se montrer pondéré, sa conclusion est sévère : une « véritable machine à broyer les talents », écrit-il. Le profil des agresseurs a ainsi été résumé par Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol : le « tiercé perdant formé par le père, l’employeur et le professeur ».

      La célèbre formule de François Truffaut au sujet du cinéma, cet art qui « consiste à faire faire de jolies choses à de jolies femmes », qualifiée de « boutade » par Frédéric Bonnaud, le directeur général de La Cinémathèque lors de son audition, constitue, selon le rapporteur, « la vérité profonde du rapport au cinéma de certains réalisateurs ». « Lorsque les femmes sont filmées, mises en scène ou photographiées, l’érotisation est quasiment la règle. (…) Sans surprise, plusieurs des artistes cultivant un tel regard sur les très jeunes femmes ont également été accusés d’agressions sexuelles », poursuit-il, citant les cas des réalisateurs Christophe Ruggia, Jacques Doillon et Benoît Jacquot.