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  • Comment fait-on pour que les hommes cessent de violer ?
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/01/comment-fait-on-pour-que-les-hommes-cessent-de-violer.html

    C’est le dernier shitstorm en date sur Twitter. Les comptes (initialement militants et féministes) qui ont publié cette phrase se sont trouvés bloqués ou suspendus. En suspens la phrase : « Comment fait-on pour que les hommes cessent de violer ? » Pourtant cette phrase n’est pas agressive, pourtant elle n’est pas insultante, pourtant elle est même conforme à la réalité sociologique du viol (bah oui, la majorité des violeurs sont des hommes, voir - notamment - les travaux que mène la sociologue (...)

    #Twitter #algorithme #féminisme #censure #modération #religion #sexisme #violence #discrimination #femmes (...)

    ##viol
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef026bdeb90331200c-600wi

  • Il n’y aura pas de rentrée en Septembre 2021 à l’université.

    Le 21 Janvier 2021, Olivier Véran, le ministre de la santé, a déclaré :

    « Même avec la meilleure organisation et tous les approvisionnements, nous ne pourrions avoir vacciné tous les publics fragiles d’ici l’été. Raison pour laquelle nous demandons la poursuite des mesures sanitaires jusqu’à l’automne. »

    Traduction à l’échelle des universités et de leurs étudiant.e.s, de nos étudiant.e.s : cela veut tout simplement dire que cette année universitaire est définitivement flinguée. Et que pour la suivante, même la rentrée de Septembre 2021 se fera, au mieux, en mode dégradé.

    Tout le monde commence non seulement à en prendre conscience mais également à l’accepter. Comme nous prenons conscience et acceptons l’idée qu’un prochain confinement « strict » va être mise en place (mi-février ? début Mars ?).

    Alors qu’Emmanuel Macron vient d’éructer à Saclay une nouvelle série de mesures aussi notoirement insuffisantes qu’impraticables en termes de calendrier pour colmater la crise désormais médiatiquement ouverte de la détresse étudiante, alors que Vidal Frédérique continue de s’enfoncer dans sa doudoune et de hoqueter laborieusement les pathétiques et pénibles sécrétions langagières qui lui tiennent lieu de projet politique, alors qu’Anne-Sophie Barthez à la direction du bateau ivre de l’enseignement supérieur et de la recherche valide docilement les injonctions les plus paradoxales sans s’interroger une seule seconde sur la simple faisabilité des directives, décrets et autres circulaires qui suintent de son bureau comme du pus de la gueule d’un lépreux, pendant ce temps ... Pendant ce temps sur le terrain et de la base au sommet, c’est à dire des équipes techniques, administratives, enseignantes jusqu’aux présidences d’université, tout le monde, absolument tout le monde est catastrophé devant ce naufrage total. Certain.e.s font le choix de gueuler ou de désobéir, d’autres n’ont d’autre choix que de se résigner.

    Je veux ici rappeler, pour documenter l’imbécilité crasse et le mépris qui sont les seuls guides des décisions politiques concernant tout de même plus de 2 millions de jeunes gens et de jeunes filles à l’université, je veux ici rappeler tout ce que l’on nous a demandé ou interdit de faire, ainsi que les délais de mise en oeuvre qui accompagnaient ces interdictions ou ces vagues permissions. Pour mémoire et pour une meilleure compréhension de la manière dont on flingue consciencieusement une génération tout entière.

    Fin Octobre 2020. Le 2ème confinement est annoncé. Emmanuel Macron sacrifie et humilie en direct à la télévision une génération entière : les universités reprendront au mieux début février. Les étudiant.e.s sont les derniers de cette putain de cordée. Après tout le monde y compris les messes et les restaurants (à l’époque ...) Les universités reprendront début février. Comme nous le verrons juste après, Jupiter ne cède jamais. C’est son orgueil, c’est sa folie.

    Mi-décembre 2020, à force de lutte et de début de médiatisation nous obtenons de pouvoir de nouveau accueillir nos étudiants en présentiel à la rentrée, le 4 Janvier. Nous attendons alors désespérément un cadre, une circulaire, un décret. Il tombera deux jours ... après le départ en vacances de Noël. Nous sommes alors supposés organiser pendant les vacances la rentrée du 4 Janvier, avec l’accueil uniquement en première année, uniquement par groupes de 10, sur convocation, et uniquement les plus fragiles. Et démerdez-vous. Inapplicable, totalement hors-sol et hors délais.

    Jeudi 21 Janvier 2021. Lors d’une rencontre avec des étudiant.e.s à Saclay, Emmanuel Macron au prix d’un syllogisme rhétorique qui est aussi un crachat au visage de toutes les universités, annonce devant sa ministre Vidal totalement médusée dans la doudoune de son indifférence, que tous les étudiants de tous les cycles et cursus devront pouvoir reprendre un jour par semaine, y compris en cours magistraux sans dépasser 20% de la capacité d’accueil globale. La circulaire est publiée le 22 Janvier (vendredi soir) pour une application dès le 25 Janvier (le lundi matin ... hahaha ... avertir les étudiant.e.s ... hahaha ... mettre en place les emplois du temps ... hahaha ... organiser les services techniques pour le ménage ... hahaha ...) mais on pourra attendre jusqu’au 8 février au plus tard. Le 8 février au plus tard. Cela ne vous rappelle rien ? Et oui. La déclaration de fin Octobre 2020. Les universités reprendront après tout le monde. C’est le coup de pied de l’âne. La manière qu’à trouvé Emmanuel Macron de nous rappeler qui avait la plus grosse. Détermination s’entend. « Voyez ! » nous dit-il, « Voyez malgré toutes vos bravades, voyez malgré la doudoune de Vidal qui est à l’image de sa détermination, rose et molle, voyez malgré toutes les errances de mon gouvernement, voyez nation de procureurs, voyez je reste le maître, je ne me dédis pas, quoi qu’il vous en coûte ».

    Ce qu’il nous en a coûté est clair. Deux années sacrifiées. 3 tentatives de suicide la même semaine. Des milliers de cas de souffrance psy et de potentiels effondrements et passages à l’acte qui ne surviendront, comme la littérature scientifique l’atteste dans pareils cas, que des années plus tard. Et un message. Implacable. Vous ne comptez pas. Vous n’êtes rien. Vous ne méritez pas d’être sauvés, même comme les derniers de cordée. Vous n’êtes pas la priorité. Et vous ne pouvez vous en prendre qu’à vous-mêmes : vous prenez les bonbons qui traînent sur les tables, vous refusez d’écouter les consignes et d’aller manger là où on vous dit de le faire. C’est votre faute. Tout est de votre faute. Vous n’êtes pas étudiants comme en classe prépa, et l’on vous traitera comme des travailleurs car vous n’êtes même pas bons à étudier.

    Entre chacun des trois temps et des différentes annonces ou reculades, toutes les universités (la mienne en tout cas) ont fait ... ce qu’elles ont pu. La pression mise sur l’ensemble des étages décisionnels des composantes est ahurissante. Tout le monde est en flip total et se paluche sur des injonctions à remplir des tableaux Excel changeants au gré des errances du ministère en ayant l’impression de s’assurer à défaut de se rassurer. Les équipes sont à bout. Les responsables d’emploi du temps et directeurs des études en PLS depuis bien plus de 4 semaines. Les secrétariats généraux et directions de composantes et d’UFR sont à la jonction de tirs croisés entre les messages d’étudiant.e.s désespéré.e.s, les consignes débiles, idiotes ou totalement approximatives du ministère, l’extrême lassitude qui s’empare même des plus combattifs, et l’envie des équipes de revenir à ce que tout le monde sait être la seule solution raisonnable mais que personne n’ose appliquer ou mettre en oeuvre jusqu’au bout :

    envoyer chier l’ensemble de la chaîne décisionnelle,
    gérer au plus près du terrain en gardant le registre des étudiant.e.s présent.e.s sur site pour pouvoir tracer et isoler si nécessaire (faire l’appel quoi)
    ne pas saturer les espaces de cours (salles de TP, TD et amphis) en se limitant à des accueils en demi-jauge
    et improviser sur le reste (mode hybride quand on est équipé, planning une semaine sur deux pour les campus et/ou les formations avec des étudiants éloignés, sans logement, etc.)

    L’amour dure trois ans. Le Covid à l’université aussi.

    Je ne sais pas si à l’instar du roman éponyme, « L’amour dure trois ans », mais je sais que la crise du Covid à l’université durera au moins trois années universitaires. On parle souvent du « cycle licence », L1, L2 et L3 comme étant déterminant non seulement pour les études et la formation intellectuelle mais aussi pour l’épanouissement social et l’ancrage dans sa vie d’adulte dans l’ensemble de ses aspects. Et on a parfaitement raison. Les étudiant.e.s arrivé.e.s à l’université en L1 lors du premier confinement sont aujourd’hui en L2 pour ce second confinement et vont très certainement en vivre un troisième dans quelques semaines. Leur entrée en L3 se fera également en mode « dégradé » au moins jusqu’en décembre 2021 si l’on en croit les déclarations d’Olivier Véran et les analyses sur la disponibilité des vaccins pour l’ensemble de la population. Et c’est une hypothèse optimiste puisqu’elle ne prend pas en compte la possibilité de mutations résistantes aux vaccins actuels et imposant de nouveaux délais de recherche et développement, de production et d’acheminement logistique.

    Il faut le redire et le répéter non pour jouer les pleureuses ou les défaitistes mais pour rappeler l’urgence de proposer à la jeunesse des solutions simplement décentes leur permettant d’aller en cours entre deux visites chez le psy et trois paniers repas dans les soupes populaires que sont en train de devenir nos campus.

    Cette crise a commencé, en France en tout cas, en Janvier 2020. En Mars 2020 nous avons dit adieu et pas au revoir à tou.te.s nos étudiant.e.s pour les années en cours, de la première année de licence à la dernière année de Master. Nous avons repris (pour très peu d’entre nous) en Septembre 2020 et pour quelques semaines à peine. Beaucoup n’ont repris que début Octobre et donc pour moins de 4 semaines. Et Fin Octobre 2020 nous avons de nouveau été contraints de nous séparer de nos étudiant.e.s et de les renvoyer à la seule expérience de leur détresse ou de leur chance d’être bien né. Nous sommes aujourd’hui fin Janvier 2021. Un an déjà, s’étalant sur 2 années universitaires fracassées, démantelées, atomisées, pulvérisées. Nous, les enseignants, les équipes techniques et administratives, nous y survivrons. Personne n’est par contre capable d’affirmer la même chose pour les étudiant.e.s qui sont notre seule raison de nous mobiliser.

    Déjà deux ans et deux années universitaires bien plus que simplement « dégradées ». Et désormais une troisième qui se profile à l’horizon. Trois ans. Un cycle complet de licence. Ou le temps d’une thèse. Trois ans qui lorsque du haut de mes 49 ans je me retourne, trois ans qui me semblent une vie. Qui sont une vie. Le gouvernement d’Emmanuel Macron n’est pas responsable de la maladie du Covid et de la situation de pandémie. Mais il est aujourd’hui clairement coupable de la gangrène qui touche en retour l’université et ses étudiant.e.s et que rien ne justifie.

    J’ai déjà, avec d’autres, documenté et décrit le mépris, l’incurie, et au final le seul projet de ce gouvernement et de la ministre qui en incarne physiquement toute la morne morgue et la mortifère détermination : accompagner l’effondrement de l’université publique dans un ricanement managérial de demi-mesures ajoutant de la précarité sur de l’incertitude en s’imaginant agir.
    Ils n’ont rien fait pour sauver le droit d’étudier à l’université.

    Je veux avec cet article rappeler qu’absolument rien de ce qui pouvait permettre à l’université de fonctionner n’a été mis en oeuvre. Rappeler qu’à part les repas de resto U à un euros pour les boursiers, absolument rien de ce qui pouvait permettre de raccrocher plus de 2 millions de jeunes au vague espoir d’un horizon ou ne serait-ce que d’un traitement équitable n’a été mis en place. Les mesures conjoncturelles se limitent à faire l’aumône d’un repas et d’une visite chez le psy, les mesures structurelles sont simplement absentes. Je vous donne cinq exemples.

    Premier exemple. Depuis le début de la crise, depuis le premier confinement de Mars 2020, il y a déjà presque un an, on ne compte plus les tribunes, les analyses, les articles scientifiques expliquant et démontrant la nécessité d’équiper les universités de systèmes de filtration et d’analyse d’air HEPA. D’avoir à tout le moins une réflexion sur la question de la ventilation et de l’aération. Ce ne sont pas des mots, ce sont des faits. On nous envoie balader à chaque fois. J’avais posé la question directement à mon université. Réponse : « une commission se penche sur la question ». Et quelques mois plus tard : « c’est bon, tout va bien, on ne change rien ». Ahurissant. Mais c’est partout la même chose. De toute façon cela coûterait beaucoup trop d’argent et les universités autonomes sont exsangues. Le « dialogue de gestion » a depuis déjà bien longtemps viré au monologue.

    Deuxième exemple. Depuis le début nous expliquons qu’il faut ouvrir une réflexion sur les calendriers universitaires pour permettre, a minima, de les adapter aux contraintes de saisonnalité qui permettent de fonctionner avec des étudiant.e.s sur les campus, « toutes portes ouvertes ». Depuis le début nous avons parfaitement compris que cette crise sanitaire durerait bien au-delà de l’année horrible que l’on nous promettait. Absolument rien n’a été fait ni même envisagé.

    Troisième exemple. Aujourd’hui nous savons que même la rentrée de septembre 2021 est compromise. Et que met-on en place qui permette d’y surseoir dans des conditions dignes pour les étudiant.e.s ? Rien. Pas une thune, aucun plan d’équipement massif, aucun signe des opérateurs de téléphonie ou de l’état pour assurer à chaque étudiant au moins un distanciel possible, simplement des bouts de chandelle, de vagues « pass numériques » qui n’arrivent pratiquement jamais. Aucun geste en faveur d’un revenu minimum ou RSA qui permettrait au moins à la jeunesse de cesser de crever de faim devant leurs écrans même plus connectés. Bruno Lemaire l’a affirmé : « À 18 ans, ce que l’on veut c’est un travail et la rémunération de ce travail. On construit sa vie par l’emploi, c’est ce qui vous fait grandir, pas une allocation ». Sinistre et pathétique connard dans l’ombre exacte de son maître qui sait ce que vivre chichement veut dire puisque souvenez-vous, lorsqu’il était étudiant, lui aussi a connu les fin de mois difficiles, pauvret, il n’avait à sa disposition pour survivre que 1000 euros par mois lorsqu’il donnait des cours particuliers tout en étudiant en classe préparatoire. Emmanuel Macron si le Covid avait frappé à l’époque où il était étudiant, n’aurait pas été confiné. Il faut imaginer Sisyphe privilégié.

    Quatrième exemple. Depuis le début nous demandons qu’un refonte de l’ensemble des conditions (et des calendriers) d’examen soit mise en oeuvre, pour éviter les situations dramatiques ubuesques et bien plus qu’anxiogènes où l’on convoque en présentiel des cohortes entières pour les renvoyer suivre des cours en distanciel le jour suivant, et où l’on oblige des étudiant.e.s à choisir entre se présenter malade (positif) ou cas contact à des examens au risque de contaminer des promos entières, ou renoncer à l’obtention de leur année. Ce ne sont pas des mots, ce sont des faits. Il aura fallu attendre la circulaire parue hier après le discours de Macron à Saclay pour que les universités aient désormais l’obligation et non la simple recommandation d’organiser des sessions non de rattrapage mais de compensation pour les étudiant.e.s positifs au cas contact. Mais cela ne sera pas rétroactif et ne concernera que les prochaines sessions du 2nd semestre. La session du premier semestre aura donc été celle d’une mise en danger délibérée de la population étudiante par le ministère (certaines universités, comme celles de Nantes, ont eu l’intelligence et l’humanité de proposer cette session de compensation mais d’autres, hélas, non).

    Cinquième exemple. Et puis il y a ce que nous n’obtiendrons jamais de tou.te.s ces baltringues mais que nous ne cesserons jamais de demander à chaque fois avec plus de force : des postes pérennes de titulaires. Par exemple pour que la médecine universitaire ne soit plus digne d’un pays du tiers-monde. Un psy pour 30 000 étudiants. Plus de 6 mois d’attente pour un rendez-vous quand tu as des idées suicidaires. La réponse de ce gouvernement ? On double le nombre de psy (ça fera 2 pour 30 000 ...) mais juste pour cette année et après retour à la misère ordinaire. Allez et puis un chèque psy pour faire le bon compte hein. Qui arrivera et sera disponible ... bon bah bientôt. Enfin peut-être. Tout en sachant la difficulté de la démarche pour se rendre chez un psy à cet âge et l’intérêt, précisément, de disposer de psychologues résidents sur les campus. Bref. Merci de ne pas prévoir de passage à l’acte avant de recevoir votre chèque, début février si tout va bien.

    Lorsque l’on est capable d’annoncer cela en pleine crise, avec déjà un an de recul, la semaine où trois étudiant.e.s ont commis des tentatives de suicide, ce n’est pas que l’on fait face à une nation de procureurs, c’est que l’on est au point exact où s’arrête l’humanité en politique et où commence la barbarie à visage managérial.

    L’université des EHPAD : Étudiant.e.s Harassé.e.s et Prêt.e.s À Décrocher.

    Il n’y aura pas de rentrée normale en Septembre 2021 à l’université. C’est Olivier Véran qui vient de l’annoncer. Nous sommes en train de parler de plus de 2 millions de jeunes gens et de jeunes filles qui depuis déjà deux années universitaires sont, avec les EHPAD et le 4ème âge, la seule classe d’âge autant privée d’autant de sociabilités élémentaires et pendant une aussi longue durée. Mais les EHPAD et le 4ème âge au moins, ont la promesse d’une vaccination prochaine et surtout ils ont les souvenirs d’une vie. Elles et eux n’ont rien d’autre que l’espoir de maigres sociabilités retrouvées. Donnons-leur quelque chose. Moi je donne des cours. Nous ne sommes pas des sauvages. Laissez-nous faire. Laissez-nous faire. Vite.

    Je suis entré par nécessité ce samedi dans une étrange université. Le parking du campus déjà grouillait de monde. Quelqu’un à l’entrée de l’amphithéâtre faisait attendre celles et ceux qui arrivaient, probablement pour respecter une sorte de jauge. On pouvait prendre un peu de gel si on voulait. Mais une fois à l’intérieur de l’amphi j’avoue avoir été saisi. La jauge s’il y en avait une devait donc être largement supérieure en nombre à celles des directives, décrets et circulaires applicables à l’université. Il y avait dans cet amphi un nombre tout à fait ahurissant de gens qui se croisaient, qui touchaient à tout un tas de choses disposées entre chaque travée puis les remettaient plus ou moins en place ; si tous portaient le masque beaucoup d’entre eux n’avaient visiblement pas compris l’intérêt de le porter sur le nez et non en-dessous du nez. Ces étranges étudiants avaient à peu près tous les âges, les plus jeunes auraient du se trouver à la maternelle et beaucoup devaient être retraités. Ce n’est qu’au moment de payer que je compris que je n’étais pas à l’université mais dans un grand magasin de sport en période de soldes, dans lequel m’avait conduit une soudaine déchirure de pantalon de jogging de l’un de mes enfants, à remplacer d’urgence avant le cours d’EPS de Lundi matin 8h en plein air ... vivifiant.

    Début Janvier je pensais et écrivais qu’il nous restait une fenêtre de quelques semaines, un mois au mieux, pour retrouver nos étudiant.e.s et pour qu’ils et elles retrouvent un horizon de socialisation. Il semble que je me trompais. Nous n’avons plus que quelques jours. Après il sera trop tard. Leur année terminée pour beaucoup d’entre eux. S’il faut monter des soupes populaires nous les monterons. S’il faut désobéir pour faire cours nous désobéirons. Nous nous ensauvagerons. Nous le ferons. Pour qu’il y ait un après, à l’université.

    https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/01/pas-de-rentree-universite.html

    #septembre_2021 #rentrée_2021 #France #université #universités #covid-19 #coronavirus #chronologie

    • Titanic : Frédérique Vidal a parlé, et l’université a coulé.

      Frédérique Vidal a parlé. C’était hier soir lors de la conférence de presse désormais presqu’habituelle et qui rythme nos vies consenties comme une respiration dont on craint à chaque fois qu’elle soit plus oppressante que la précédente.

      Frédérique Vidal a parlé. Depuis le début de la crise en Janvier dernier, depuis le premier confinement de Mars dernier, c’est la première fois, la première fois qu’elle apparait ainsi et qu’avec elle apparaissent un peu les plus de 2,5 millions d’étudiant.e.s qui sont nos avenirs et nos destins communs.

      Pour cette apparition, pour qu’au moins symboliquement la ministre des étudiant.e.s apparaisse enfin et pas uniquement les ministres des transports, de l’économie, de la santé ou des collèges, écoles et lycées, pour que Frédérique Vidal ait l’autorisation d’avancer au pupitre il aura fallu deux tentatives de suicide à Lyon en moins de trois jours et des alertes constantes depuis des semaines sur la #détresse_étudiante émanant de l’ensemble de la communauté universitaire. Alors voilà.

      Frédérique Vidal a parlé. Elle a dit à quel point elle était consciente de la détresse des étudiant.e.s. La preuve ? Elle a doublé le nombre de #psychologues universitaires (en tout cas elle dit qu’elle va le faire). Nous étions avant ce doublement à 1 psy pour 30 000 étudiant.e.s. Nous aurons donc désormais 2 psys pour 30 000 étudiants. Sachant que d’après la dernière étude de Santé Publique France datée du 9 Janvier 2021 (https://www.santepubliquefrance.fr/docs/stress-isolement-avenir-des-etudiants), « un étudiant sur trois a des difficultés à gérer son #stress et un sur dix présente des signes de #dépression de par son #isolement. » Je vous laisse faire la règle de trois et vous réjouir que devant tant de munificence les délais d’attente pour des urgences psy sur les campus soient potentiellement ramenés de plus de 6 mois à plus de 3 mois. La dernière fois que Frédérique Vidal a osé prétendre que cette mesure était exemplaire devant un journaliste (Thomas Sotto sur RTL, réécoutable ici à partir de 3’30 : https://www.rtl.fr/actu/politique/universites-pour-vidal-ce-n-est-absolument-pas-une-annee-blanche-7800954693) et qu’il lui a rappelé ces chiffres qui font des services psychologiques à l’université et plus globalement de la médecine universitaire un service digne d’un pays du tiers-monde, Frédérique Vidal a bafouillé que oui bon ben non mais faut aussi ajouter le « temps de psychologues mis à disposition des étudiants et qui ne sont pas des titulaires » (https://www.rtl.fr/actu/politique/universites-pour-vidal-ce-n-est-absolument-pas-une-annee-blanche-7800954693). Car oui bien sûr hein, ce doublement sera provisoire, les psys recrutés en contrats précaires le temps que cette épidémie passe car c’est bien connu dès que la crise sera passée les symptômes et syndromes dépressifs et compulsifs accumulés depuis deux années (universitaires) s’effaceront comme par enchantement (et je ne vous parle même pas du salaire des psys titulaires qui est à lui seul un invitation à se pendre).

      Frédérique Vidal a parlé. Et après la « bonne » nouvelle du doublement des psychologues sur les campus, elle a annoncé une autre « bonne nouvelle ». Les étudiant.e.s, mais seulement de première année, pourront retourner à l’université à partir du 25 Janvier, pour les TD (travaux dirigés, soit des groupes équivalents à une classe de lycée, une trentaine ou une quarantaine d’étudiant.e.s), mais seulement en demi-groupes (donc pas plus de 15 ou 20 étudiants soit toujours 2 fois moins que dans la plupart des classes préparatoires qui ont toujours cours en présentiel total depuis le début de l’année).

      Alors bon dans l’état où sont les étudiant.e.s de première année c’est bien sûr déjà un horizon et déjà en effet une presque bonne nouvelle. Nous allons leur annoncer avec les précautions d’usage car personne hélas n’est dupe des réserves et restrictions qui ne manqueront pas d’être émises à l’issue des réunions techniques se tenant aujourd’hui au ministère avec la conférence des présidents d’université. D’autant que bien sûr pour la mise en place, on se démerde « à moyens constants » (on a l’habitude ...) vu que rien n’est prévu pour permettre de dédoubler concrètement (bah oui, quand on a la moitié des étudiant.e.s en présentiel, faut aussi proposer un truc à l’autre moitié ...)

      Frédérique Vidal a parlé. Mais il manque un truc non ? Attendez je cherche. Ah ça y est j’ai trouvé. Il manque les étudiant.e.s de 2ème année, et de 3ème année, et puis aussi les étudiant.e.s en master 1 et en master 2. Ah ben oui c’est ballot. Il manque tou.te.s les étudiant.e.s sauf celles et ceux en première année. Tout.te.s ces étudiant.e.s à qui la ministre des gymnases (https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/01/gymnases-brulent-etudiants-defenestrent-bonbons.html) a dit hier soir qu’ils reprendraient « plus tard » et bien sûr « si les conditions sanitaires le permettent ». C’est con quand même.

      C’est con parce qu’ils n’ont toujours pas trouvé le totem d’immunité de #santé_mentale qui les dispense de troubles anxieux, de comportements compulsifs, et d’idées suicidaires.

      C’est très con parce que pour beaucoup de ces étudiant.e.s l’année universitaire sera terminée en Mars (ils partent ensuite en stage), c’est à dire pile au moment où la ministre leur indique qu’il pourraient potentiellement revenir un peu en présentiel (puisqu’il y a entre temps les vacances de février).

      C’est super con parce que beaucoup des promotions de master 1 et de master 2 sont de toute façon des promotions avec (beaucoup) moins de 20 étudiant.e.s et que donc il n’y aurait même pas eu besoin de les accueillir en demi-groupes ...

      Il y avait à la rentrée 2020, 284’800 nouveaux bacheliers inscrits en première année de cursus licence à l’université. 284’000 étudiant.e.s en première année (https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid155524/inscriptions-des-nouveaux-bacheliers-entrant-en-premi). Il y avait à la rentrée 2020, 1’675’100 étudiant.e.s à l’université publique (https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid156061/les-etudiants-inscrits-dans-les-universites-francaise), le reste des 2,5 millions d’étudiant.e.s en France se répartissant entre les écoles privées, les BTS, les classes préparatoires, etc.

      Frédérique Vidal propose donc un horizon à 284’000 étudiant.e.s. Il reste donc 1’390’300 étudiant.e.s à l’université sans horizon ni perspective autre que « bon bah continuez d’attendre et puis on verra bien ». La réalité la voilà.

      Alors bien sûr personne (et surtout pas moi) n’explique qu’il fallait accueillir tout le monde et tout de suite. Personne. Mais il y avait d’autres solutions proportionnées à mettre en place. A l’échelle de la réalité des campus. Je les ai notamment indiquées dans cet article : https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid156061/les-etudiants-inscrits-dans-les-universites-francaise

      Et puis merde.

      Tout honte bue, comment une femme qui a tout de même été une (très décriée) présidente d’université (à Nice) peut-elle imaginer un seul instant que proposer un maigre horizon a à peine 15% de la totalité des étudiant.e.s à l’université, comment peut-elle un instant s’imaginer être à la hauteur de la tâche et se regarder dans un miroir ?

      Tout honte bue comment cette femme et les services et directions du ministère peuvent-ils s’imaginer que l’on ne va tenter de sauver que les premières années et que cela suffira ?? D’où sortent-ils l’idée parfaitement stupide et hors-sol que seul.e.s les premières années seraient en souffrance à l’université et en attente d’une bouée de sauvetage ? Bien sûr que la violence et l’injustice de la situation est éreintante pour les premières années qui ont déjà vécu une année de terminale chaotique. Mais nos 2èmes années ?? Et les licence pro (3èmes années) dont beaucoup débarquent pour un an dans un nouveau campus, sans repères et sans ami.e.s ? Et les master ? Faut-il leur rappeler que l’étudiant qui s’est défenestré à Lyon samedi dernier était étudiant en Master ?

      On utilise souvent l’image du Titanic et de l’orchestre qui continue de jouer pour dépeindre les systèmes régaliens qui s’effondrent. L’université publique est aujourd’hui un Titanic. Depuis le mois de Mars dernier nous avons trouvé notre iceberg comme tant d’autres secteurs et services. En capitaine du Titanic universitaire Frédérique Vidal a choisi, mais elle n’a pas choisi de tenter de sauver « les femmes et les enfants d’abord », seulement « les femmes de moins de 35 ans et les enfants de moins de 5 ans ». Les autres, prenez une grande inspiration.

      Bonus Tracks.

      Je suis un peu monomaniaque en ce moment. C’est certainement ma manière à moi de continuer à pouvoir regarder en face mes étudiant.e.s, en visio ou en présentiel. Mais je ne désespère pas de pouvoir vous reparler d’autres choses, comme l’anniversaire (20 ans) de Wikipédia. En attendant, j’étais l’invité hier de la Midinale de Regards.fr pour évoquer la situation que vivent les étudiant.e.s. A regarder et écouter par ici : « Il faut rouvrir les facs, sinon il faudra désobéir (http://www.regards.fr/la-midinale/article/olivier-ertzscheid-il-faut-rouvrir-les-facs-sinon-il-faudra-desobeir). »

      Et l’émission n’étant pas disponible en replay, j’ai mis en ligne l’une des toutes premières interventions que j’avais faite sur le sujet, avant mon cours de rue, dans l’émission de Christophe Beaugrand sur LCI, a regarder et écouter par ici : https://www.youtube.com/watch?v=iZ_gtDDpmnI

      https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/01/titanic-universite.html

      #Frédéric_Vidal #Vidal #université #France #confinement

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      Sommes-nous encore une communauté ?
      https://seenthis.net/messages/894951

    • La ministre n’a rien dit pour les morts dans l’université et la recherche. Pas un mot. Ils sont en dessous de tout. Ils n’ont plus le minimum d’humanité que l’on attend de responsables politiques. Ils ont perdu l’intelligence et la décence, ils ont perdu la compétence et ils ne sont plus que des technocrates, des stratèges qui ne pensent qu’à leur survie politique. Ce sont des communicants, sans éthique. La politique sans l’éthique, c’est ça le macronisme.

      Aujourd’hui, les universitaires ont à l’esprit deux choses. D’une part la mise en pièces du statut des enseignants-chercheurs avec la LPR qui conduit à la destruction du Conseil national des universités : nous avons appris cette semaine que la fin de la qualification pour devenir professeur des universités étaient effective pour les maîtres de conférences titulaires, là immédiatement, sans décret d’application. Des centaines de collègues ont envoyé leur demande de qualification au CNU. Ce pouvoir bafoue tous nos droits, il bafoue le droit en permanence. D’autre part, bien sûr, les conditions calamiteuses et l’impréparation de cette rentrée. Aujourd’hui, on ne sait pas si l’on va pouvoir rentrer la semaine prochaine. On ne sait rien ! Rien n’a été préparé et je pense que c’est volontaire. Cette impréparation est politique, elle est volontaire et criminelle. Je pèse mes mots et j’assume. C’est criminel aujourd’hui de ne pas préparer une rentrée quand des milliers d’étudiants et d’enseignants sont dans la plus grande souffrance qui soit !

  • Covid-19 : Olivier Véran annonce un « protocole » pour dépister massivement le Covid-19 chez les élèves et enseignants
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/01/14/covid-19-olivier-veran-annonce-un-protocole-pour-tester-massivement-eleves-e

    Le premier ministre, Jean Castex, avait expliqué, le 7 janvier, qu’il faudrait « vraiment que la situation sanitaire soit gravissime pour fermer des écoles », car les conséquences sont « absolument dramatiques ».

    Car c’est bien connu, les contaminations n’ont lieu qu’au sein du cercle familial.

  • Les gymnases qui brûlent, les étudiants qui se défenestrent et les bonbons sur la table
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/01/gymnases-brulent-etudiants-defenestrent-bonbons.html

    Au moment où je commence la rédaction de cet énième article sur la situation alarmante des étudiant.e.s dans nos universités, le hashtag #etudiantsfantômes est en Trending Topic sur Twitter. Cela veut dire qu’on en parle. Qu’en tout cas elles et ils nous parlent d’eux. De ce qu’ils et elles vivent. Et que l’on commence à peine à les entendre et à les écouter. A peine. Source : affordance.info

  • Universités : le temps de désobéir est venu.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/01/universites-le-temps-de-desobeir.html

    Nos étudiant.e.s n’en peuvent plus. Celles et ceux qui n’ont pas encore abandonné, celles et ceux qui n’ont pas encore sombré dans la dépression ou dans des comportements compulsifs nous le disent chaque jour : ils et elles ne s’attendent plus à rien. Et c’est peut-être ce qu’ils nous disent de plus terrible. Ils et elles ne s’attendent plus à ... rien. Ils se refusent même à espérer vu que chacun de leurs (minces) espoirs est douché, rincé, lessivé, soit par l’absolu et souverain mépris du gouvernement qui n’a jamais un mot pour eux, soit par l’incurie des directives ministérielles qui prétendent ordonner un impossible, soit par la parole même des équipes administratives et pédagogiques qui ne peuvent qu’annoncer une consigne la veille et l’annuler le lendemain. Nous ne fabriquons plus rien d’autre que du renoncement et de la résignation. C’est encore plus qu’insupportable, c’est au-delà de l’anormal, et ce sera désormais sans moi...
    Et si on vient m’expliquer que c’est irresponsable, alors je prendrai mes étudiant.e.s et mes étudiants et je ferai ce que racontait l’année dernière le président : je traverserai la rue. Simplement ça. Car de l’autre côté de la rue de l’IUT où j’enseigne à des jeunes gens et jeunes filles entre 18 et 20 ans qui sont 60 par promo mais dans des amphis de 120 places, de l’autre côté de la rue de l’IUT où j’enseigne, il y a un lycée disposant de BTS et de classes prépa ou d’autres enseignants donnent depuis septembre sans jamais aucune interruption des cours en présentiel à des jeunes gens et des jeunes filles entre 18 et 20 ans dans des classes de 35 places peuplées de parfois plus de 35 élèves.

  • Les ouailles du Capitole.
    affordance.info : https://www.affordance.info/mon_weblog/2021/01/les-ouailles-du-capitole.html
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef026bdeb3e418200c-600wi

    A lui seul, Trump fut pendant toutes ces années, la fenêtre d’Overton non pas de la capacité d’être élu ou de gouverner dans le mensonge - d’autres l’avaient été avant lui - mais de la capacité de gouverner dans une forme consensuelle de délirium. Il a rendu acceptable aux yeux de l’opinion, et pas uniquement américaine, le fait qu’une personnalité délirante pouvait présider une nation et bâtir l’ensemble de sa politique sur des faits pour l’essentiel « alternatifs ». C’est à cela qu’il va nous falloir continuer de réfléchir tant d’autres démocraties, dont la notre, semblent aujourd’hui perméables au même genre de scénario.

    Pour le reste, « Internet a facilité l’organisation des révolutions mais en a compromis la victoire », comme l’explique patiemment Zeynep Tufekci depuis des années. Et l’épisode d’hier soir au Capitole n’échappe pas à cette règle. Gil Scott Héron le chantait également déjà en 1970 : « The Revolution Will not Be Televised. » Certaines révolutions en tout cas, ne le seront pas.

  • Loopsider
    @Loopsidernews
    https://twitter.com/Loopsidernews/status/1339163869676232705

    De nombreux étudiants, privés de cours à la fac, dépriment.
    Alors ce prof a eu une idée géniale : réquisitionner une rue pour enseigner, dans le respect des gestes barrières.
    @Affordanceinfo2 tire un signal d’alarme devant l’autre urgence sanitaire : celle du moral des étudiants

    https://video.twimg.com/amplify_video/1339162851454357504/vid/720x720/pEvvP-TYCQ1fELY2.mp4?tag=13


    #coursderue

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    affordance.info
    Le blog d’un maître de conférences en sciences de l’information.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/12/cours-de-rue-on-continue-.html

    « Cours de rue. | 15 déc 2020
    Cours de rue : on continue !

    [Voilà le texte que j’ai lu aujourd’hui aux étudiant.e.s présent.e.s, en préambule de mon ... premier cours de rue.]

  • Pourquoi un cours de rue ?
    Les « signaux » qui remontent du terrain sur la situation des étudiant.e.s sont de plus en plus affolants et inquiétants.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/12/cours-de-rue.html
    Pourquoi un cours de rue ? Parce que l’image la plus partagée par les étudiant.e.s suite aux annonces de Castex de ce Jeudi, c’était celle-là.

    Pourquoi un cours de rue ? Parce que les prières de rue ont permis d’ouvrir les églises. Quoi d’autre ? Et qu’un référé de la conférence des évêques de France a suffi pour que le conseil d’état oblige le gouvernement à exploser le seuil de 30 personnes pour le ramener à un nombre de personnes au mètre carré. Mais que notre référé à nous, universitaires, n’a rien donné. Parce que le jeune président de la startup nation qui était en fait un vieux con comme les autres a décidé que 2,5 millions d’étudiant.e.s seraient les derniers de sa putain de cordée. J’ai juste besoin de comprendre pourquoi des gens démographiquement plutôt bardés de comorbidités et de fragilités diverses (sociologie de la messe hein, pas de jugement) peuvent se retrouver à plus de 6 par mètre carré pour chanter et manger des osties distribuées à la main dans des églises mal ventilées, et pourquoi des jeunes gens et jeunes filles de 18 à 25 ans ont interdiction jusqu’en Février de se retrouver dans des amphis ou dans des salles de cours avec les mêmes jauges et l’ostie en moins, et avec des conditions sanitaires déjà efficaces (la rentrée de Septembre l’a démontré). C’est en gros la réponse à cette question que je vais aller chercher (et j’espère n’être pas le seul) en faisant mon cours de rue devant l’église Saint-Louis à La Roche sur Yon.

    Juste pour vous donner une idée de mon niveau d’incompréhension au lendemain de l’annonce par Emmanuel Macron de la réouverture des universités en février, soit presque deux mois après l’ouverture des messes et autres lieux de culte, j’en suis venu au point où j’ai carrément écrit aux diocèses de Loire-Atlantique et de Vendée pour leur demander de me prêter une église pour y accueillir mes étudiant.e.s. La preuve avec la réponse (mignonne) du curé local.

    Pourquoi un cours de rue ? Parce que seul.e.s près de 2,5 millions d’étudiantes et d’étudiants sont privés de sociabilités essentielles. Tout le monde, absolument tout le monde a repris une activité quasi-normale, les commerces - essentiels ou pas essentiels, les lycéens et collégiens, les salariés (qui sont très loin de tous télétravailler), les employés, les professions libérales, tout le monde vous dis-je. Sauf les étudiantes et les étudiants, qui sont littéralement en train d’en crever avec leurs maux à elles et à eux, qui s’appellent dépression, angoisse, isolement, perte de repère, de confiance, de sommeil, de poids, niveau de stress constant, et tant d’autres maux encore.

    Pourquoi un cours de rue ? Parce qu’en tant qu’enseignant c’est absolument insupportable de n’avoir rien d’autre à leur offrir que de longues heures de cours en visio, des partiels de fin d’année et un peu de commisération. Et que leur détresse est uniforme : elle les touche tous et toutes, les très bons et les plus fragiles, les plus motivés et les plus démotivés, les mieux confinés et les plus isolés, de la 1ère année de licence à la dernière année de master. Tous et toutes.

    Pourquoi un cours de rue ? Parce qu’il va finir par y avoir un drame et que ce jour là il faudra être capable de continuer de se regarder en face dans une glace. Parce que nous, leurs parents, leurs enseignants, leurs aînés, nous nous devons de faire autre chose que de les regarder crever à petit feu. Et si vous pensez que j’exagère vous êtes très loin du compte. Y compris dans des lieux d’études plutôt protégés comme Sciences Po, près de la moitié des étudiants présentent aujourd’hui des symptômes dépressifs graves au regard de l’échelle HAD (la méthodologie et les résultats complets de l’étude sont disponibles en ligne) Tous les enseignants chercheurs travaillant sur le sujet sont unanimes, la santé mentale des étudiant.e.s est en danger grave et imminent. Et ils et elles le disent, l’écrivent, le hurlent partout et tout le temps. Ils et elles n’ont pas besoin de psychologues mais ils et elles ont besoin de se voir et de se retrouver.

    Voir aussi
    https://www.nouvelobs.com/idees/20201211.OBS37400/les-facs-sont-fermees-faisons-cours-dans-la-rue.html

    • Pourquoi des cours de rue ? Parce que face à tout cela, et dans un contexte sanitaire grave dont il ne s’agit à aucun moment de nier la réalité, les réponses du gouvernement apportées à la question étudiante sont pathétiques, indignes, méprisantes. Toutes les universités (par ailleurs « soi-disant » autonomes ...) sont en capacité d’accueillir tou.te.s les étudiants dans des conditions sanitaires parfaitement adaptées. Elles étaient prêtes dès Septembre, elles n’ont jamais cessé de l’être. Pas la peine d’attendre le 20 Janvier, le 5 février ou les calendes grecques.

      L’annonce de Castex selon laquelle des plans étaient à l’étude pour dès Janvier accueillir « des étudiant.e.s ciblé.e.s » n’a aucun sens, absolument aucun sens. Irréalisable, irréalisable, infaisable. Ciblés sur quel critère ? Les plus pauvres ? Les plus dépressifs ? Les plus jeunes ? Les étudiants étrangers ? Celles et ceux-là même dont le même gouvernement multipliait par 16 les frais d’inscription à l’université ? Et quel mépris supplémentaire pour celles et ceux qui ne seront pas dans le coeur de « cible » de cette bande de communicants d’opérette. Et surtout quelle putain de méconnaissance de la réalité du malaise en milieu étudiant. Tou.te.s les étudiant.e.s ont un besoin vital, vital, de retrouver immédiatement le chemin de leurs sociabilités universitaires. Oser prétendre le contraire une fois de plus, oser insinuer qu’il en serait de prioritaires à « cibler » est un non-sens absolu, ce n’est pas une simple erreur d’appréciation mais c’est une faute politique qui ne se résoudra pas par le lancement d’un énième putain de numéro vert.

      Pourquoi un cours de rue ? Parce qu’il faut aussi parler de l’organisation des examens. Et pour en dire quoi ??? Que penser de l’idée même d’obliger des étudiant.e.s contraint.e.s à des confinements mortifères à revenir s’entasser dans des amphis ou dans des gymnases pour passer ... des examens le temps d’une ou deux journées ???

      Le point ultime du mépris et de ce doigt d’honneur adressé à la jeunesse étant atteint du côté de la fac de médecine de Saint-Etienne où il faudra choisir entre mentir sur son état de santé (si l’on a le Covid ou que l’on est cas contact), créer un cluster, ou redoubler. Même chose à Brest, et toutes les facs de médecine vont être concernées. Toutes parce que c’est le ministère lui-même via une note de service du 1ere Décembre de la DGESIP qui a créé cette situation ubuesque et d’une violence symbolique absolument inouïe. C’est le ministère de l’enseignement supérieur lui-même qui organise et décrète ainsi une rupture d’égalité dans l’accès à un concours. C’est totalement dingue. Ces gens sont totalement dingues et totalement dépassés. Mais les étudiant.e.s, nos étudiant.e.s n’ont pas à subir cette incurie, ce mépris et cette violence.

      Pourquoi un cours de rue ? Probablement aussi parce que la misère galope : en France, dans la 6ème puissance économique mondiale, il n’y aura bientôt plus une seule université, plus un seul campus sans son épicerie solidaire ou sa distribution alimentaire aux étudiants nécessiteux. Rennes, Nantes, Bordeaux, Paris, Marseille, et tant d’autres. Et les « petits » sites délocalisés n’y font pas exception : nous sommes en train d’en ouvrir une à l’échelle du campus de La Roche sur Yon. Les étudiant.e.s qui restent sont dans des situations financières et sanitaires de plus en plus précaires, les autres ont renoncé et vont, comme ils peuvent, se jeter sur des emplois de la gig-économie et autres précariats. D’autres enfin cumulent précariat économique et précarité étudiante pour espérer que ce qu’ils gagnent mal dans un monde leur permettre d’à peine survivre dans l’autre. Jusqu’à quand considérerons-nous que la mise en place d’épiceries solidaires est une fin en soi et qu’il n’est d’autre moyen de gérer la misère ? La création annoncée en fanfare de 60 (!) postes d’assistantes sociales dans les universités pour un public de 2,5 millions d’étudiants dont 20% vivaient déjà en dessous du seuil de pauvreté avant le premier confinement, cette annonce est parfaitement indigne et relève non pas d’une politique d’accompagnement mais d’une opération de communication de cache-misère. La médecine universitaire en France est digne de celle d’un pays du tiers-monde, quand à l’accompagnement psychologique qui en est une des composantes, il est en dessous de tout : la France dispose d’un psychologue pour 30 000 étudiant.e.s soit 20 fois moins que le taux recommandé par l’IACS (Accréditation internationale des services de santé mentale universitaires). Ce n’est pas simplement consternant, dans la période actuelle c’est criminel. Alors oui, voilà pourquoi, aussi, des cours de rue. Parce que si même le droit d’assister à des cours est ôté à ces étudiantes et à ces étudiants, comment voulez-vous que nous, enseignants et personnels universitaires, puissions encore nous regarder dans une glace sans l’envie de nous gifler et sans éprouver un immense sentiment de honte et de gâchis ?

      Pourquoi un cours de rue ? Parce que tout le monde voit bien que Macron ne changera pas d’avis. Les étudiant.e.s reprendront en dernier, s’ils reprennent un jour. Il ne se dédira pas. Il prétextera l’évolution de la condition sanitaire dont tout le monde sait qu’elle sera probablement pire après les fêtes pour s’en tenir à ce qu’il avait indiqué initialement, c’est à dire que que les universités ouvriront ... 15 jours après tout le monde, y compris les restaurants. Nous serons alors en février, les vacances arriveront aussi, pour 15 jours, viendra ensuite le mois de Mars qui marque la fin de beaucoup de cycles et d’années universitaires (avec le départ en stage des étudiant.e.s). Et alors pour la deuxième année consécutive, une génération verra l’espoir d’une vie sociale s’étouffer une nouvelle fois. They Can’t Breathe.

      Alors je vais faire un cours de rue. Un premier. Puis probablement un deuxième, et un troisième. Vous vous souvenez peut-être d’un magnifique film sorti il y a quelques années : « Être et avoir ». Et bien voilà. Nous étudiant.e.s n’ont pas besoin « d’avoir » des cours, ils et elles ont un besoin vital d’être en cours. D’être en cours. Et puis j’espère que nous serons nombreuses et nombreux à en faire. Des cours de rue. Partout. Sur les places. Sur les marchés. Dans les rues. Nous en profiterons pour faire un clin d’oeil à Sahar Varèse, personnage du roman « Les furtifs » d’Alain Damasio, une « proferrante » (concaténation de « professeur » et « errante »). Et surtout, nous en profiterons pour offrir à nos étudiant.e.s ce dont ils ont le plus besoin et ce sans quoi nous-mêmes ne sommes rien sans eux pour le vivre ensemble : un gai savoir.

  • affordance.info : L’homme qui a vu des données. Nuit de la publication et brouillard de l’intentionnalité.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/10/homme-qui-a-vu-des-donnees.html
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0263e9707839200b-600wi

    Tout tient dans ces quelques lignes. Plus de quinze ans de débat sur la responsabilité éditoriale des plateformes. Tout tient dans ces quelques lignes. La solution et le problème. Zuckerberg n’a pas décidé de bannir les discours de négation ou de remise en question de l’Holocauste parce qu’ils étaient contraire à la morale ou démentis par la vérité de l’Histoire. Il l’a décidé. Seul. Parce qu’il avait vu, seul, « des données ». Tout tient dans ces quelques lignes. Le problème Mark Zuckerberg. Le problème de 2,5 milliards d’utilisateurs. Et la solution Mark Zuckerberg. La solution d’un seul.

    Quelles données ? Nul le le sait sauf Zuckerberg lui-même. Que disaient elles ces données ? Que les violences antisémites augmentaient.

    Mais ce choix de Zuckerberg est aussi et avant tout une épiphanie. Celle de ce qu’Antoinette Rouvroy nomme « gouvernementalité algorithmique » : « La gouvernementalité algorithmique est l’idée d’un gouvernement du monde social qui serait fondé sur le traitement algorithmique des données massives plutôt que sur la politique, le droit et les normes sociales. » Quelle preuve plus éclatante - et alarmante - que celle là ?

    Zuckerberg est à la responsabilité éditoriale ce que le chat de Schrödinger est à la mécanique quantique. Il est responsable et en même temps il ne l’est pas. Au nom du premier amendement et du modèle économique de sa plateforme il doit garantir que tout puisse être dit et il doit rassurer sur le fait que tout ne peut pas l’être, en tout cas publiquement. Et toute la mécanique quantique de cet équilibre tient dans ces 12 lettres. « Publiquement ».

    Au final, plus la bulle Facebook gonfle et plus celle de l’espace public authentique et sincère se dégonfle. Ce n’est pas un hasard si cette plateforme se demande en Octobre 2021 s’il faut bannir les comptes négationnistes. Pas un hasard non plus si à chaque attentat ou crime terroriste - et celui de Samuel Paty vient encore de nous le rappeler - la frénésie médiatique sombre dans la même pantomime ridicule où l’on s’écharpe sur le non problème de l’anonymat et sur la capacité de censure directe et discrétionnaire comme alpha et oméga d’un débat qui évite soigneusement de mettre en cause les fonctionnalités techniques des plateformes qui produisent des conditions d’énonciation dégradées et toxiques au même titre que les conditions de production chez Marx produisent et fabriquent et déterminent des conditions d’exploitation.

    #Olivier_Ertzscheid #Facebook #Espace_public

  • Salut à toi le professeur. Salut à toi Samuel Paty.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/10/salut-a-toi-le-professeur.html

    Les actes de déséquilibrés ou de fanatiques répondant aux injonctions d’appels à la haine préexistaient aux réseaux sociaux. A ce titre là, la responsabilité de ces réseaux est plus corrélative que causale. En revanche et de tous temps, les actes de déséquilibrés ou de fanatiques répondant aux injonctions d’appels à la haine ont à peu près toujours été causés structurellement par des formes de publicitarisation en amont comme en aval de leurs crimes. Ce sont des formes primaires et primales de publicitarisation qui concourent à leur passage à l’acte, et c’est la conviction qu’ils ont que leur crime sera publicitarisé et non pas simplement « rendu public », c’est cette conviction qui est l’un des moteurs essentiels de leur passage à l’acte. Parvenus à la fin de cet article, vous comprendrez, j’espère, pourquoi je ne vous mets pas de liens.

    Reste la question des caricatures, de ce que l’on peut en faire et comment, dans un cadre éducatif. La question de la performativité de ces dessins. Qui malgré la bouillie intellectuelle qu’en font les éditorialistes à écharpe et autres exégètes de leur propre vacuité, remplissent un rôle et une fonction parfaitement définie. Et qu’expliquait très bien André Gunthert dans ce thread sur Twitter (je souligne) :

    "Il y a un paradoxe étrange à voir les gens se plaindre constamment des réseaux sociaux à cause de la violence des échanges, et prétendre que les caricatures sont les outils ultimes de la liberté. Ce qui définit une caricature, c’est qu’elle produit une violence. En termes linguistiques, on dit qu’il s’agit d’une expression performative, c’est à dire qu’elle a un effet, comme une insulte ou un coup. Parce que la caricature est puissante, l’exercice de cette violence ne peut pas s’effectuer sans règle, ni de façon gratuite, dans l’espace public. La règle qui régit la caricature est simple : elle punit un travers, elle réagit à une action ou un propos coupable. Cette sanction visuelle fait évidemment l’objet d’une surveillance, comme n’importe quelle expression dans l’espace public. Comme n’importe quel jugement journalistique, un dessin peut être inapproprié ou non pertinent, et il existe des instances pour en juger. Il n’existe donc aucune exception particulière à la forme dessinée, qui donnerait droit à une critique essentialiste d’un groupe, d’une opinion ou d’une croyance. La satire n’est légitime que si elle concerne un fait critiquable."

    Encore une fois, si l’on veut comprendre la chaîne des responsabilités, il faut s’entendre sur le périmètre et la nature de l’espace public dans lequel elles prétendent s’exercer. Je vous propose de le nommer, cet espace particulier. Les réseaux sociaux sont intrinsèquement, structurellement et architecturalement des espaces « publi-cides », « publi-cidaires ». Des espaces « publi-cidaires » qui ne dévoilent, ne révèlent ou n’autorisent des lieux commus de discours que pour mieux tuer la question de l’espace public de leur résonance.

    Parvenus à la fin de cet article, vous avez j’espère compris pourquoi je ne vous ai pas mis certains liens.

    Salut à toi le professeur
    Salut à toi Samuel Paty
    Salut jeunesse du monde entier

    https://twitter.com/oliviertesquet/status/1318235520825176065

    • Je trouve pas terrible ce texte - d’abord il est inutilement compliqué, ensuite ses jeux de mots sur « publicide » "espace public" « publicité » "publici..." sont mauvais, et surtout il me semble pas que le pbl soit les réseaux sociaux. A ce compte là autant accusé le téléphone d’avoir cause la première guerre mondiale.
      « si l’on veut comprendre la chaîne des responsabilités » ca serait pas mal de se souvenir que ce prof à demandé de l’aide à l’institution qui l’as envoyé boulé, le laissant sans protection alors qu’il en a demandé. Un peu comme toujours en ce moment que les institution ne sont plus que des comptables avides de rentabilité.

      Je trouve aussi obscène ce ramdam autour d’un mort, un fait divers anecdotique qui n’est pas du tout un fait de société - par contre il y a des terroristes de la bite qui tuent une femme tous les 2-3 jours et pas de grande manif ni d’arrestation chez les assos mascu, les proxo, les pornocrates et autres groupes de zobards.

  • affordance.info : Tadata ou la prostitution comme business model
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/10/tadata-ou-la-prostitution-comme-business-model.html
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef026be41884ed200d-600wi

    C’est un frémissement si caractéristique de Twitter, une onde d’abord calme puis un déchaînement. L’objet du débat s’appelle « Tadata ».

    C’est une start-up. Qui permet à des jeunes, dès leur majorité numérique (fixée à 15 ans pour la France), à des jeunes de 15 ans donc, de vendre (oui oui) leurs données personnelles à des tiers et d’en tirer (plus que maigre) bénéfice à base de bons d’achats, coupons de réductions et - parfois seulement - contre (très peu) d’espèces sonnantes et trébuchantes.

    [Edit] La réaction à cet article de l’un des deux fondateurs du service est à lire en commentaire et à la fin du billet
    Se prostituer pour ses données.

    Le pitch est simple : « les méchants GAFAM te volent tes données ? Tu en as marre que ce soit gratuit et d’être le produit ? Deviens entrepreneur de toi-même et vends tes données pour te faire de l’argent de poche. » [vous pouvez vomir ici]

    Quand la CNIL devient un argument marketing des voleurs de données... on croit rêver.

    Cette entreprise de Data prostitution pour mineurs, la première en France, a été créé par Alexandre Vanadia et Laurent Leboucher Pomiès. Un temps justement cornérisée par la CNIL, elle se vante désormais d’avoir obtenu le feu vert d’icelle, ce qui m’avait passablement irrité avant que Lionel Maurel ne me rappelle justement que « le RGPD ne prévoit plus d’autorisation préalable par la CNIL ». L’application de prostitution de données pour mineurs s’est donc en effet « mise en conformité » sur quelques fondamentaux purement techniques et s’est ensuite empressée de communiquer par voie de presse sur ce « validé par la CNIL » qui n’a rien validé d’autre que le fait qu’elle existait.

    De fait, la CNIL avait initialement été saisie sur la base d’une plainte, et actuellement la CNIL ne fait « que » vérifier la validité du consentement recueilli et les conditions de désinscription du service. Et basta.

    #Tadata #Olivier_Ertzscheid #Affordance.info #Grosse_colère

  • « #Tadata ou la #prostitution comme business model [...] C’est une start-up. Qui permet à des jeunes, dès leur majorité numérique (fixée à 15 ans pour la France), à des jeunes de 15 ans donc, de vendre (oui oui) leurs données personnelles à des tiers et d’en tirer (plus que maigre) bénéfice à base de bons d’achats, coupons de réductions et - parfois seulement - contre (très peu) d’espèces sonnantes et trébuchantes. »

    https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/10/tadata-ou-la-prostitution-comme-business-model.html

    Très bon article sur cette activité de proxénète des données.

    #vie_privée

  • La 5 (re)G. Nous sommes tous des enfants connectés.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/09/5-g-rejet-tous-enfants-connectes.html

    « 1ère, 2ème, 3ème génération, nous sommes tous, des enfants d’immigrés connectés. » Voilà ce que l’on aurait pu scander dans des manifestations défendant le déploiement de la 5G. Pendant que dans le camp d’en face, des hordes d’Amish rigoristes décroissants scanderaient en retour « les femmes au logis, les technologies aussi ». Maintenant qu’enfin le sujet du déploiement de la 5G suscite un débat de société, il résonne philosophiquement avec les horizons décroissants de la sobriété numérique et autres (...)

    #5G #technologisme #écologie #InternetOfThings

    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef026bde94ac72200c-600wi

  • affordance.info : Universités : l’autonomie et l’épidémie.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/09/universites-autonomie-epidemie.html

    Universités : l’autonomie et l’épidémie.

    Alors que le gros de troupes étudiants arrive la semaine prochaine dans les universités françaises (près de 3 millions ...) beaucoup de sites universitaires et de formations en accueillent déjà depuis 2 ou 3 semaines. C’est notamment le cas des IUT qui ont fait leur rentrée en même temps que le primaire et le secondaire, et ont même, dès la dernière semaine d’Août accueilli des étudiants dans le cadre de leur soutenances de fin d’étude.

    Je travaille de mon côté à l’IUT de La Roche sur Yon, site délocalisé de l’université de Nantes. Et je suis en effet en présence d’étudiants depuis le 24 août.

    La doctrine universitaire de gestion de gestion sanitaire est un habit d’Harlequin, bariolé de bonnes intentions et rapiécé de précautions élémentaires mais à peu près totalement hors-sol pour une gestion concrète de l’épidémie à court terme et tout à fait délétère dans une perspective de moyen ou de long terme.

    On aimerait bien lire d’autres analyses concernant les autres établissements de l’éducnat : lycées, collèges, et surtout écoles primaires où les enfants ne portent pas de masques.

    #universités #enseignements #impéritie #incurie

  • affordance.info : Rentrée à l’université : irrespirable et sans filtre.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/08/rentree-universite.html
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0263e95d81fe200b-600wi

    Comment se fait-il qu’à une semaine des rentrées scolaires et universitaires, en plein regain de l’épidémie, aucune étude publique sur ces questions n’ait été commanditée, aucune réflexion menée, aucune solution proposée ? Comment se fait-il qu’en France, à une semaine des rentrées scolaires et universitaires qui vont se dérouler dans des environnements humains saturés et plus ou moins bien « masqués », et alors même qu’aucun poste supplémentaire ne sera accordé, qu’aucun équipement dédié ne sera financé autrement qu’à la charge des établissements eux-mêmes**, comment se fait-il que cette question absolument centrale de l’aération, de la ventilation et de la filtration ne soit inscrite dans aucun agenda alors même qu’en plus de répondre à une des questions centrales que pose cette épidémie planétaire, elle répondrait aussi aux normes environnementales qui restent à inventer à l’heure d’une asphyxie globale de la planète ?

  • Stains : le préfet met en demeure le maire de retoucher la fresque contre les violences policières
    https://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/le-prefet-met-en-demeure-le-maire-de-stains-de-retoucher-la-fresque-contr

    Le préfet de Seine-Saint-Denis, Georges-François Leclerc, a annoncé ce lundi après-midi, après avoir reçu une délégation du syndicat de police Alliance en marge d’une manifestation à Bobigny, qu’il allait mettre en demeure le maire (PCF) de Stains Azzedine Taïbi de retirer la mention « policières » de la fresque réalisée dans sa commune en hommage à George Floyd et Adama Traoré.

    Le préfet de Seine-Saint-Denis accède ainsi au souhait des policiers, ulcérés par cette œuvre murale représentant les portraits des deux hommes avec la mention « Contre le racisme et les violences policières ».

    Après, je doute que la « mise en demeure » soit même vaguement légale. Je suis persuadé que le maire peut lui dire de se la rouler et de la ranger au frais en attendant qu’un tribunal invalide cette saloperie.

    • J’imagine que la mise en demeure est basée sur l’article L2215-1 du code général des collectivités territoriales :

      La police municipale est assurée par le maire, toutefois :
      1° Le représentant de l’Etat dans le département peut prendre, pour toutes les communes du département ou plusieurs d’entre elles, et dans tous les cas où il n’y aurait pas été pourvu par les autorités municipales, toutes mesures relatives au maintien de la salubrité, de la sûreté et de la tranquillité publiques.
      Ce droit ne peut être exercé par le représentant de l’Etat dans le département à l’égard d’une seule commune qu’après une mise en demeure au maire restée sans résultat

      https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006070633&idArticle=LEGIART

    • Oui, c’est aussi ce que je me suis dit. Et c’est tout à fait parlant : parce que c’est qui, ici, qui menace de troubler l’ordre public, sinon les syndicats de flics eux-mêmes ? Il est tout de même assez saugrenu d’arguer de la menace du trouble à l’ordre publique, alors qu’ici très clairement, ceux qui menacent de foutre le bordel, ce sont les flics eux-mêmes…

      Ce qui malgré cela ne résout pas le problème de la légalité. Le préfet ne peut décréter qu’une peinture politique, inaugurée en présence du maire lui-même, trouble l’ordre public. La liberté d’expression, et surtout l’expression d’opinions politiques, est elle aussi protégée dans ce pays.

    • https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/06/la-fresque-la-phrase.html

      La fresque ou la phrase. Ce que l’on veut garder. Ce que l’on veut effacer ou recouvrir. Ce dont on veut se souvenir. Ce qui reste et ceux qui ne sont plus là. Ce ne sont que des mots. Mais ils sont essentiels. Comme sont essentiels les noms de Georges Floyd et d’Adama Traoré. Comme est légitime et nécessaire l’interrogation sur les violences policières, deux autres maux. Effacer des mots c’est effacer des réalités. N’effaçons rien de ce que nous sommes. Parce que nous sommes la somme de nos mots. Et que chaque respiration est une humanité en devenir. La contraire de l’étouffement. We can breathe. Nous qui pouvons respirer librement le devons encore davantage en partage à celles et ceux pour qui chaque respiration est un risque.

      Et si la démocratie est en effet un exercice de rendu public, dans cette démocratie là, chaque publication est aussi une respiration. Et doit pouvoir le rester.