En Louisiane, la chasse aux migrants ordonnée par Trump met leurs défenseurs à rude épreuve
Par Lucas Minisini
Le 3 décembre, l’ICE, la police fédérale de l’immigration, a lancé ses premiers raids sur La Nouvelle-Orléans, procédant à des arrestations en masse. Face à cette déferlante, les avocats sont dépassés. Confrontés à une justice expéditive qui les réduit à l’impuissance, ils peinent à croire encore en la force de la loi. Jusqu’au dernier moment, le lieu du rendez-vous devait rester secret. Ce 2 décembre, en fin de journée, des dizaines de personnes bravent le froid pour prendre place sur les bancs en bois de l’église protestante First Grace of the United Methodist Church, à l’ouest de La Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Pendant que le pasteur installe un écran sur les marches de l’autel, les quelque 200 habitants du quartier et militants pour les droits des réfugiés s’installent et chuchotent entre eux.
« Il faut à tout prix éviter d’attirer l’attention d’agents de la police aux frontières, qui pourraient attendre à la sortie de la réunion pour arrêter du monde », explique Lydia Prislovsky, 26 ans, avocate spécialiste de l’immigration et bénévole au sein de l’ONG Unión Migrante (« syndicat des migrants »). Aux Etats-Unis, les lieux de culte font partie des rares bâtiments où les forces de l’ordre ne peuvent pas pénétrer sans une autorisation explicite de l’autorité religieuse.
Ce soir-là, la jeune femme est venue assister à une formation organisée par la structure de défense des droits des réfugiés. Elle veut être parfaitement au fait des dispositions légales permettant d’aider les personnes arrêtées lors des opérations de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), la police fédérale de l’immigration, et de la Border Patrol (BP), la police aux frontières.
« Je me sens déjà traumatisée »
Ces neufs derniers mois, à travers les Etats-Unis, à la demande de l’administration Trump, les agents de ces deux entités ont arrêté environ 220 000 personnes accusées d’être en situation irrégulière, lors de violents raids, parfois filmés et diffusés sur les réseaux sociaux. Chargé de plusieurs dizaines de sessions comme celles-ci à travers la ville, le syndicat des migrants insiste : les enregistrer avec un smartphone est un « droit constitutionnel ». Les images peuvent ensuite être précieuses lors d’éventuelles procédures judiciaires, expliquent-ils.
Pendant la dernière demi-heure de la formation, une mise en situation est organisée sur les marches de l’autel. Des bénévoles, jouant le rôle d’agents fédéraux, hurlent sur des habitants du quartier qui incarnent les individus interpellés. D’autres sont recrutés pour jouer les policiers locaux appelés sur place ou les voisins qui filment la scène en tremblant. A la fin de la reconstitution, une jeune femme « interpellée » dans l’église confie : « Je me sens déjà traumatisée. »Lydia Prislovsky, « émue » de voir autant de personnes présentes ce soir-là, prend quelques notes sur un calepin. Depuis l’annonce, le 20 novembre, de l’arrivée imminente de 250 agents de la Border Patrol avec l’objectif d’arrêter 5 000 personnes sans papiers à La Nouvelle-Orléans (comme à Chicago ou à Los Angeles ces derniers mois), la jeune avocate reçoit plusieurs dizaines d’appels inquiets par jour.« Beaucoup ne connaissent pas bien leurs droits, explique celle qui a débuté dans la profession en février, deux semaines seulement après que Donald Trump a prêté serment pour son second mandat. Je leur rappelle d’abord qu’ils peuvent toujours garder le silence quand des agents insistent pour connaître leur statut légal ou leur pays d’origine. »
Car, sans infraction commise, les forces de l’ordre ne sont pas censées les arrêter. Pour faire face à l’afflux de dossiers consécutifs aux raids de la Border Patrol et de l’ICE, le cabinet Gasparian Spivey Immigration, spécialisé dans le droit et les procédures d’immigration et où Lydia Prislovsky travaille, a décidé de s’y consacrer complètement, refusant toute autre affaire.
Le 3 décembre, le département de la sécurité intérieure des Etats-Unis (United States Department of Homeland Security) lance son opération, surnommée par l’administration « Catahoula Crunch », du nom d’une race de chiens américains originaires de Louisiane (les militants font remarquer que ces chiens étaient ceux que détenaient les propriétaires d’esclaves aux XVIIe et XVIIIe siècles).
Au petit matin, des officiers cagoulés et armés patrouillent dans les rues et procèdent à plusieurs dizaines d’arrestations à travers La Nouvelle-Orléans. Ici, 6,5 % de la population est immigrée, principalement d’Amérique du Sud et du Vietnam. Dans cette ville démocrate au sein d’un Etat républicain, des dizaines de restaurants ont préféré fermer leurs portes plutôt que de prendre le risque de voir leurs équipes ou leurs clients interpellés. Des centaines de personnes évitent de se rendre au travail et se terrent chez eux. Après la diffusion d’images de raids dans des établissements scolaires dans d’autres Etats, certains parents n’envoient même plus leurs enfants à l’école.
En Louisiane, depuis plusieurs mois et davantage encore depuis les descentes de décembre, qui devraient durer plusieurs semaines, les avocats spécialistes de l’immigration sont débordés. Selon la section locale de l’American Immigration Lawyers Association (AILA), ils ne seraient pas plus de 30 à se consacrer à plein temps à cette spécialité quand 7 000 personnes sans papiers sont actuellement détenues dans l’Etat. Seul le Texas emprisonne davantage de migrants. Les activistes ont surnommé les plaines isolées du Sud américain, du Mississippi au Texas en passant par la Louisiane « Detention Alley », « allée de la détention ». Un territoire conservateur, de grands espaces disponibles… La géographie est parfaite pour emprisonner facilement et à moindre coût un grand nombre de personnes.
« Désormais, je précise aux réfugiés qu’il ne faut plus se demander s’ils vont se faire arrêter, mais plutôt quand », déclare Nora Ahmed, directrice du service juridique du bureau louisianais de l’Union américaine pour les libertés civiles (American Civil Liberties Union, ACLU), dans une tour du quartier d’affaires de La Nouvelle-Orléans.
Parmi les dizaines de milliers de personnes interpellées par l’ICE dans tout le pays ces neuf derniers mois, la majorité était en situation irrégulière, mais des milliers d’entre eux bénéficiaient d’un permis de travail, voire d’un visa étudiant leur donnant un droit de résidence dans le pays. Au mépris de la loi, l’administration actuelle considère que ces statuts temporaires ne suffisent plus toujours pour rester sur le territoire. Lors de son premier mandat (2016-2020), Donald Trump avait choisi la Louisiane, Etat républicain et rural, pour transformer d’anciens pénitenciers vides en centres de détention pour les sans-papiers, gérés par une puissante entreprise privée cotée à la Bourse de New York, Geo Group. Aujourd’hui, la Louisiane compte 11 prisons de ce type, où sont aussi incarcérés des migrants arrêtés dans d’autres Etats.
Le plus récent de ces centres a été inauguré en octobre dans les locaux déjà existants de l’établissement de haute sécurité de la ville d’Angola, où des criminels condamnés à de lourdes peines travaillent dans les champs sous la surveillance de gardes à cheval. Ces infrastructures ont transformé ce territoire en étendard de la politique anti-immigration de Donald Trump.
Selon Nora Ahmed, la responsable de l’ACLU, moins de la moitié des détenus bénéficient des services d’un cabinet juridique. La plupart n’ont pas les moyens de se payer une défense. En Louisiane, les avocats qui travaillent pro bono (sans faire payer leurs clients) se comptent sur les doigts d’une main. Dans la justice civile américaine, l’Etat n’a pas l’obligation de fournir un avocat commis d’office. La personne détenue devra donc débourser entre 5 000 et 10 000 dollars pour être défendue par un cabinet.Pour tenter de créer des précédents utilisables dans tous ces bras de fer légaux, l’ACLU de La Nouvelle-Orléans a déjà déposé 12 recours au niveau fédéral pour demander, entre autres, le respect de procédures de libération conditionnelle ou sous caution. Lancées pour certaines il y a dix mois, la plupart de ces requêtes sont toujours en cours d’examen par les tribunaux fédéraux, précise Nora Ahmed. « Face à une telle crise démocratique, même la loi semble impuissante », se désole-t-elle.
Cette situation plonge de nombreux avocats dans une profonde crise de sens. Seul employé de La Nouvelle-Orléans pour l’ONG de défense des réfugiés Al Otro Lado (« de l’autre côté »), Jeremy Jong, 39 ans, doute souvent de son utilité. Devant un sandwich chez Melba’s, une institution des quartiers populaires à l’ouest de la ville, l’avocat aux grandes lunettes rectangulaires se demande même si son travail n’est pas « contre-productif », car peu efficace pour s’opposer à un pouvoir toujours plus conservateur.L’année dernière, cet enfant né aux Etats-Unis d’immigrés taïwanais a été arrêté et placé en garde à vue plusieurs heures à la suite d’une manifestation en faveur de la Palestine, sur les marches du Congrès, à Washington. « Parfois, le changement doit passer par la radicalité et une certaine dose d’illégalité, soutient Jeremy Jong. Mais les avocats, eux, préfèrent toujours la prudence. » Il dit avoir vu les conditions de détention des sans-papiers emprisonnés s’aggraver depuis un an.
Dans ces établissements surchargés, la santé mentale des migrants se détériore du fait d’un suivi médical aléatoire, voire inexistant. Selon les dernières données rendues publiques dans la presse américaine, à travers le pays, 12 personnes sont mortes dans les prisons de l’ICE depuis janvier. Jeremy Jong assure aussi que des confrères ont constaté plusieurs tentatives de suicide. « Lors de l’un de mes récents passages dans le centre pénitentiaire de Pine Prairie, au centre de l’Etat, raconte-t-il, un garde m’a montré la nourriture servie aux réfugiés emprisonnés, avant de préciser que même son chien, auquel il avait tenté de refiler des restes, refusait de la manger. »
En ce jour de début décembre, à 9 h 30 précises, Nathalia Dickson, tailleur et coiffure impeccables, s’installe devant deux écrans, dans un bureau du cabinet d’avocats qu’elle dirige avec son mari, à Baton Rouge, au sud de la Louisiane. Depuis la pandémie de Covid-19, la justice américaine est souvent rendue en ligne, surtout dans les quatre tribunaux de l’immigration de Louisiane, où le grand nombre de cas impose un rythme soutenu.
Ce matin-là, la juriste de 38 ans pose son smartphone sur un support pour assister à une matinée d’audiences concernant les ordres d’expulsion de plusieurs dizaines de détenus. Elle est en visioconférence avec la prison de Pine Prairie. En bas, à gauche, un petit carré affiche la salle d’audience de l’établissement, remplie de rangées de détenus en combinaisons de diverses couleurs. Rouge pour les suspects visés par une enquête ou condamnés au pénal. Jaune pour les condamnés au civil. Vert ou bleu pour ceux qui n’ont jamais eu affaire à la justice américaine. En haut, à droite, un juge basé à Fort Worth, au Texas, où la Louisiane envoie une partie de son surplus de dossiers.
Les détenus défendus par un avocat bénéficient d’une audience personnalisée : chaque cas est expédié en à peine une minute trente, parfois moins. Place maintenant à ceux qui se représentent eux-mêmes et sont jugés par groupe. « Si vous voulez que ça soit votre dernière audience et votre dernier jour de prison avant de rentrer dans votre pays, levez-vous ! », ordonne le magistrat avec rudesse. La quasi-totalité des détenus saisissent la perche et plaident pour un « départ volontaire » des Etats-Unis.
A la différence d’une expulsion forcée, cette solution laisse la possibilité de revenir au bout de dix ans pour déposer une nouvelle demande d’asile. Aujourd’hui, toutes les autres options, comme un statut de réfugié politique ou une carte de résident pour candidater à la citoyenneté américaine ne sont « jamais accordées », explique Nathalia Dickson, Brésilienne arrivée en Louisiane pour un master de droit en 2011, où elle a rencontré son futur mari, avant d’y être naturalisée.Son client du jour, Hector (son prénom a été modifié), est un citoyen brésilien arrivé illégalement sur le territoire avec un enfant, en 2023. Il avait déjà été arrêté par la police aux frontières sous l’administration Biden. Un juge avait choisi de clore son dossier pour l’autoriser à rester aux Etats-Unis, sans statut de réfugié, afin de déposer une demande d’asile en bonne et due forme. En septembre, le père de famille d’une cinquantaine d’années a de nouveau été arrêté dans l’Etat du Massachusetts, sur le parking d’un magasin Home Depot, le Leroy Merlin américain, où il venait se fournir en outils pour des petits boulots dans la construction.
Nathalia Dickson lui a conseillé de ne pas déposer de demande d’asile et d’accepter un « départ volontaire » vers le Brésil. Son client, qui avait accepté cette stratégie, vient ce matin de changer d’avis. Il ne s’est donc pas présenté dans la salle de la prison pour l’audience et les gardes n’ont pas réussi à le trouver, du fait d’un trop grand nombre de prisonniers. D’ici à son prochain passage devant le juge, à la mi-décembre, l’avocate compte lui répéter que le traitement d’une demande d’asile l’obligerait à rester en détention de longs mois, peut-être même « plusieurs années », avant une probable expulsion forcée.
Pour les avocats spécialisés dans l’immigration, les victoires sont rarissimes. Le 31 octobre, Nathalia Dickson a pourtant réussi à obtenir qu’un de ses clients venu du Salvador ressorte libre après plusieurs mois de détention. Mais elle avait un argument de poids : son plus jeune fils était atteint d’un cancer du cerveau au stade 4. « Même quand je gagne lors d’un cas comme celui-ci, ce n’est pas un moment très joyeux », confie l’avocate, les larmes aux yeux.
Aux Etats-Unis, cette fille d’un vendeur de journaux du sud-est du Brésil espérait profiter d’une justice « éthique et respectueuse ». Depuis un an, elle a l’impression de vivre tout l’inverse. « Je me demande combien de temps je vais encore pouvoir encaisser ça ? Quelle est ma limite ? », réfléchit-elle à voix haute. Elle consulte régulièrement un psychothérapeute et ne lui parle que de son travail. Cette année, pour éviter un burn-out, elle a envisagé plusieurs fois de changer de spécialisation, avant de se raviser. Trop de gens « comptent sur ce soutien juridique » pour tenter de refaire leur vie aux Etats-Unis, se dit-elle.
Dans ce contexte politique très polarisé, la violence n’épargne pas les spécialistes de l’immigration. L’an dernier, au moment de la campagne présidentielle, à Shreveport, ville conservatrice du nord de la Louisiane, Frances Kelley, fondatrice de l’ONG Louisiana Advocates for Immigrants in Detention (« défenseurs de Louisiane des immigrants en détention »), raconte avoir subi de nombreuses attaques.« Des habitants venaient hurler des horreurs racistes ou nous filmer avec les migrants récemment libérés que nous accueillions dans une église de la ville », explique la militante de 39 ans. Elle officie aussi bénévolement comme secrétaire juridique auprès de plusieurs avocats surchargés de travail, dans un bâtiment attenant au lieu de culte. Pour ne prendre aucun risque, son organisation préfère désormais loger les rares sans-papiers libérés dans des hôtels de la région.
A La Nouvelle-Orléans, Homero López, avocat à la tête du département juridique de l’ONG Immigration Services and Legal Advocacy (ISLA), a été, en avril 2024, l’un des premiers Latinos nommés à la cour d’appel des affaires d’immigration de Washington. Dans la foulée, le père de famille de 41 ans a été placé sur une liste diffusée en ligne par l’extrême droite, ciblant 60 personnes accusées, au sein du département de la sécurité intérieure des Etats-Unis, « d’ouvrir les frontières ».Le 28 janvier 2025, une semaine après l’investiture de Donald Trump, il a été placé au chômage technique avant d’être démis de ses fonctions, sans explication. Il est lui-même fils d’une travailleuse mexicaine sans papiers. Depuis sa prise de pouvoir, Donald Trump a déjà limogé une centaine de magistrats, dont au moins 20 rien qu’en Louisiane. Les nouveaux juges nommés dans les tribunaux de l’immigration officiaient souvent auparavant dans des cours militaires ou parfois même au service juridique de l’ICE et de la police aux frontières.
Homero López, ancien juge limogé par l’administration Trump et désormais avocat pour l’ONG d’aide aux sans-papiers ISLA.Aujourd’hui, Homero López est redevenu simple avocat pour l’ISLA, la seule organisation humanitaire proposant une défense légale gratuite pour les migrants de La Nouvelle-Orléans. Pendant ce week-end de début décembre, l’ancien juge se rend dans le quartier de Gentilly, au nord de la ville, chez une cliente guatémaltèque. Elle possède un statut de résidente et est mère de trois jeunes enfants : les deux plus jeunes sont nés sur le territoire américain, avec un passeport, donc, mais la plus âgée, adolescente, est venue avec elle d’Amérique centrale.
Depuis une semaine, la collégienne n’ose plus se rendre dans son établissement scolaire. Sa mère a entamé des démarches pour transférer son autorité parentale à sa propre tante, qui a la nationalité américaine, afin que cette dernière puisse s’occuper des enfants (sans que cela règle la situation de l’aînée), si elle-même est arrêtée par l’ICE.Sous l’impulsion de Donald Trump, le minuscule aéroport international d’Alexandria, au nord de la Louisiane, est devenu le lieu le plus stratégique de la politique anti-immigration. Cas unique aux Etats-Unis, il accueille sur son tarmac l’Alexandria Staging Facility, un centre de détention de 400 places ouvert sous la présidence de Barack Obama. Ce sont dans ces anciens hangars que les sans-papiers arrêtés dans d’autres Etats sont d’abord regroupés. Une fois leur cas expédié par la justice, c’est également là qu’ils sont emprisonnés pendant deux à trois jours avant d’être embarqués, pieds et poings liés, dans un avion à destination de leur pays d’origine.
Contacté par M Le magazine du Monde pour une visite des lieux, le bureau de l’ICE à La Nouvelle-Orléans a décliné pour des « raisons opérationnelles », sans plus de précision. Sans justification légale, le nouveau pouvoir a également interdit l’accès au centre de détention à tous les avocats, soupire Christopher Kinnison, 46 ans, l’un des deux seuls professionnels spécialistes de l’immigration dans cette petite ville conservatrice. « Une fois qu’ils arrivent ici, on ne peut plus rien faire pour eux. » Le 4 décembre, au matin, sous une brume épaisse, l’aéroport international d’Alexandria a prévu sa dizaine de vols classiques vers Dallas, Chicago ou Memphis. Mais sur le tarmac une zone est toujours interdite aux voyageurs. Derrière un panneau « Zone restreinte, accès interdit », l’avocat pointe une enfilade de bus, phares et moteurs allumés, utilisés, explique-t-il, pour transporter les sans-papiers. Sur la piste, deux avions dont la carlingue semble en très mauvais état patientent.
Les engins appartiennent aux compagnies GlobalX Airlines et Eastern Airlines, sous contrat avec le département de la sécurité intérieure. Derrière un grillage entourant la piste, le quadragénaire observe quelques personnes qui « pourraient être des détenus » traverser la piste d’atterrissage jusqu’au second avion. A 10 h 50, le charter se met en position pour décoller. Ces derniers mois, Christopher Kinnison a compté entre trois à quatre vols d’expulsions par jour. Avec l’opération en cours à La Nouvelle-Orléans, ce triste ballet pourrait encore s’intensifier