• Olivier Da Lage : « L’Inde est déjà un régime autoritaire » - Asialyst
    https://asialyst.com/fr/2019/09/17/olivier-da-lage-inde-deja-regime-autoritaire

    Comment est-il possible juridiquement d’exclure de la citoyenneté des Indiens musulmans qui sont des citoyens comme les autres ?
    Je vais faire une comparaison qui va peut-être vous surprendre. Quand la France a introduit la carte d’identité sécurisée, biométrique, un grand nombre de personnes âgées ont découvert qu’il leur fallait prouver qu’elles étaient françaises en cherchant des papiers très anciens. La France ne connaît pas les tremblements de terre, les inondations, les incendies qui détruisent les mairies, donc c’était une situation difficile mais pas inextricable. En Inde, où tous ces genres de catastrophe peuvent arriver et où l’état-civil ancien n’était pas tenu, beaucoup de gens ne seront tout simplement pas en mesure de prouver leur citoyenneté. Elles ne sont donc pas exclues parce qu’elles sont musulmanes ou parce qu’elles ne sont pas considérées comme de « bons citoyens », mais parce que l’examen ne permettra pas de prouver que ces personnes-là sont citoyens indiens. Donc, d’un manière douce en quelque sorte, une politique en réalité extrêmement brutale risque d’être mise en œuvre. Sur le terrain, beaucoup d’autorités locales comprennent très bien dans quelle direction on va. On sera indulgent pour certains et pas pour d’autres.
    Le pays se dirige-t-il vers une chasse aux musulmans généralisée ?
    Oui, et elle est encouragée de façon extrêmement ouverte par toute une série de personnalités dans les journaux, sur les réseaux sociaux, dans des déclarations lors de meetings. Je ne dis pas que cette chasse aura lieu. Il se peut que la Cour suprême et d’autres autorités judiciaires arrivent à restreindre les excès. Il se peut aussi que certaines personnes résistent. Mais ce qu’il faut bien comprendre, c’est que dans l’Inde d’aujourd’hui, tout ne vient pas d’en haut. Des instincts qui ont longtemps été bridés justement parce que les autorités véhiculaient d’une façon pas toujours sincère une image de laïcité et de respect du droit, eh bien aujourd’hui, les messages qui sont envoyés d’une manière directe ou subliminale, c’est : « Vous pouvez y aller ! On vous couvre ! » Et quand vous voyez les lynchages qui ont eu lieu sans être condamnés par les autorités ou qui n’ont été condamnés qu’un ou deux ans après, on peut comprendre vers quoi on va.

    Ça me rappelle un truc, ces élites et ce populo qui glissent ensemble...

    Un grand nombre d’Indiens se rappellent que le Congrès a terminé comme un parti corrompu avec des scandales épouvantables et qui veulent bien voir dans le gouvernement Modi certains excès mais avant tout, des gens très pragmatiques qui savent faire des affaires et même des politiques bonnes pour l’économie. On verra si cela fonctionne car pour l’instant, les réalités économiques ne sont pas au rendez-vous.

    Tous les voyants sont au rouge. Les derniers sont les chiffres de la croissance, qui ne sont que la résultante de tous les autres. Les investissements étrangers ont chuté après avoir été décollé de façon assez spectaculaire après l’arrivée au pouvoir de Modi en 2014, et sa campagne du « Make in India ». La démonétisation de 2016 a été un échec. Les autorités se défendaient en affirmant avoir lutté contre la corruption. Or tous les billets qui avaient disparu sont revenus dans le circuit. En revanche, cela a considérablement déstabilisé l’économie informelle qui compte énormément dans les productions indiennes.

    Le coup d’accélérateur sur la politique nationaliste n’est-il donc qu’une diversion pour faire oublier cette réalité économique mauvaise ?
    Ce n’est pas seulement une diversion parce que cela correspond à des convictions profondes du parti au pouvoir. Mais c’est en effet utilisé comme une diversion pour cacher des résultats économiques décevants. C’est pour cette raison qu’il y a une accélération de l’agenda idéologique, puisque si Modi avait pu faire campagne sur des résultats économiques très satisfaisants, je pense qu’il l’aurait fait davantage en 2019.

    C’est pas un article tout récent. #Inde

    • Et celle-là encore :

      Donc on est déjà dans un pays autoritaire, « illibéral » pour reprendre un terme qui a connu un succès depuis quelques années. Je comparerais Modi à Recep Tayyip Erdogan en Turquie. La démocratie n’est pas remise en cause, mais elle change de nature. Celui qui a la majorité a tous les pouvoirs. La démocratie n’est alors plus le respect des minorités mais le droit de la majorité.

      #macronisme indien ?

  • Podcast : « Xinjiang : quel avenir pour la population ouïghoure ? » - Asialyst
    https://asialyst.com/fr/2019/11/23/podcast-xinjiang-quel-avenir-ouighours

    « Système orwellien », « région la plus surveillée du monde », « laboratoire du contrôle social chinois »… les qualificatifs ne manquent pas pour décrire la situation politique dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang.
    Située dans l’Extrême-Ouest chinois, frontalière de huit pays (dont le Pakistan et l’Afghanistan), la zone a toujours a fait l’objet d’une surveillance massive des autorités chinoises. Mais la pression sur les communautés musulmanes turcophones, principalement composées de Ouïghours (environ 10 millions d’habitants), semble atteindre un niveau jamais vu. L’utilisation de technologies de pointe (fichage génétique, recours massif à l’intelligence artificielle) s’associe à la mise en place d’un immense système de camps d’internement. Jusqu’à 1 million d’habitants, majoritairement ouïghours, pourrait y être détenus selon le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale. Depuis les « Xinjiang Papers », ces documents confidentiels impliquant Xi Jinping et révélés par le New York Times le 16 novembre dernier, le projet concentrationnaire de la Chine contre les Ouïgours ne peut plus être nié. Officiellement, Pékin, qui ne donne pas de chiffres, les décrit comme des « centres de formation professionnelle » destinés à combattre le séparatisme et l’Islamisme.

    #vidéo #documentaire #conférence #Chine #Ouïghours

  • Hong Kong : « Nous sommes tous au front » - Asialyst
    https://asialyst.com/fr/2019/11/09/hong-kong-nous-sommes-tous-au-front-frontliner

    La police de #Hong_Kong a annoncé ce samedi avoir arrêté trois parlementaires pro-démocratie et a demandé à quatre autres de se présenter au commissariat pour être placés en état d’arrestation. Tous sont accusés de violences lors d’échauffourées au Conseil législatif en mai dernier, au moment où la dirigeante tentait de faire adopter en urgence une loi autorisant les extraditions vers la #Chine populaire. Depuis, la cheffe de l’exécutif hongkongais a retiré son texte, mais les #manifestations ont continué. La confrontation avec la #police s’est installée dans une violence systématique. David Bartel s’est entretenu avec un « frontliner », parmi ceux qui montent en première ligne au contact direct des forces de l’ordre.

  • Tuberculose : l’Inde face au fléau de l’antibiorésistance - Asialyst
    https://asialyst.com/fr/2019/10/26/inde-tuberculose-fleau-antibioresistance

    Le 9 octobre dernier s’ouvrait la conférence internationale du Fonds mondial contre le paludisme, le sida et la tuberculose. On le sait peu, mais c’est aujourd’hui cette dernière qui tue le plus dans le monde. Alors qu’elle concentre 27 % des malades, l’Inde fait face à un phénomène aggravant : la bactérie a muté et résiste aux antibiotiques. Enquête au cœur de cette nouvelle menace à Bombay.

    #santé #antibiotiques #Inde #it_has_begun

  • La Chine maritime et navale (7/7) : les touristes chinois sur tous les océans - Asialyst
    https://asialyst.com/fr/2019/10/12/chine-maritime-navale-7-7-touristes-chinois-sur-tous-oceans

    Le plus étonnant dans le tourisme maritime des Chinois, ce n’est pas seulement qu’ils inondent les plages de Qingdao à Phuket. Mais c’est à quel point la hausse du niveau vie et l’émergence d’une classe de super riches en Chine populaire ont fait exploser toutes les limites des océans. Du tourisme « patriotique » sur les îles disputées de la mer de Chine du Sud au tourisme en Antarctique, seul compte le besoin d’expérience ultime mêlé à la recherche de l’air le plus pur.

    Un article intéressant sur le #tourisme, cette manière de dépenser son fric quand on bénéficie d’une distribution inéquitable des richesses. (Détail : ça parle de la #Chine.)

    #mer_de_Chine aussi

  • Luttes pour la défense de l’environnement : les mômes font le job ... et se laissent manipuler.

    Lilly, 11 ans, veut débarrasser la Thaïlande du plastique - Asialyst
    https://asialyst.com/fr/2019/07/05/lilly-11-ans-veut-debarrasser-thailande-plastique

    « Le directeur de Central a été le premier à m’écouter, raconte Lilly tout sourire. L’année dernière, il a accepté de mettre en place des « journées sans plastique », une fois par mois, pendant lesquels il ne distribue aucun sac jetable. Maintenant, ces « journées sans plastique » auront lieu une fois par semaine et l’enseigne ne donnera plus systématiquement de sac à la caisse. C’est génial ! » Dans la foulée de cette annonce, fin mai, d’autres grandes enseignes ont pris le pas comme Big C ou Villa. La petite fille ne compte néanmoins pas s’arrêter là. « Mon objectif maintenant, c’est de les convaincre de supprimer les sacs plastiques complètement ! »

    #storytelling #plastiques

  • Sommet Trump-Kim au Vietnam : un vague accord de paix à la place de la dénucléarisation ? - Asialyst
    https://asialyst.com/fr/2019/02/23/sommet-trump-kim-vietnam-vague-accord-paix-denuclearisation

    Du reste, son patron, que l’on a connu à maintes reprises plus exalté sinon ouvertement inconséquent, semble se montrer inhabituellement plus mesuré. « J’espère, a déclaré Donald Trump, que nous serons aussi chanceux que lors du premier sommet [de Singapour]. Mais, je ne suis pas pressé [vis-à-vis des avancées de la dénucléarisation du régime nord-coréen]. Nous ne voulons simplement plus qu’il y ait d’essais [nucléaires, balistiques]. »* Le président américain est bien loin de ses positions maximalistes entrevues un an plus tôt. Moins un sursaut de lucidité que l’évidence de devoir rabattre ses improbables prétentions face à un interlocuteur sur lequel le monde extérieur possède toujours fort peu de prises. Kim, de son côté, semble se targuer d’une position allant tranquillement en se renforçant. Selon Siegfried Hecker, professeur à Stanford et parmi les meilleurs spécialistes du dossier nucléaire nord-coréen, Pyongyang pourrait – sur la base de la production toujours en cours de matières fissiles – avoir fabriqué l’équivalent de sept armes nucléaires supplémentaires en 2018 alors même que le régime négociait sa « dénucléarisation » avec les États-Unis

    #vietnam #Corée #Géopolitique #nucléaire #trump

  • Chine : le pari de la voiture autonome, rêve ou cauchemar ? - Asialyst

    https://asialyst.com/fr/2019/01/07/chine-pari-voiture-autonome-reve-ou-cauchemar

    Super article très informatif.

    En Chine, les champions du numérique se livrent à une course de vitesse pour tester sur les routes leurs véhicules autonomes. Malgré la circulation engorgée et chaotique des mégalopoles chinoises, les investissements s’accélèrent avec le soutien du gouvernement. Le premier marché automobile de la planète pourrait bien, d’ici quelques années, mettre un logiciel dans le siège du conducteur. La route chinoise s’en trouverait transfigurée : pour les optimistes, l’automatisation favorisera les transports en commun et réduira les émissions de gaz à effet de serre. Pour les pessimistes, elle pourrait saturer les villes de voitures et aggraver une urbanisation déjà frénétique.

    #mobilité #transport #voiture_autonome #automobile

  • Kazakhs et Ouïgours dans l’enfer du goulag chinois
    https://www.lemonde.fr/international/article/2018/12/28/au-xinjiang-dans-l-univers-concentrationnaire-des-camps-chinois_5402864_3210


    Une femme tient le portrait d’un de ses proches disparu en Chine, dans les locaux de l’association Atajurt, à Almaty (Kazakhstan), le 4 décembre 2018.
    ROMAIN CHAMPALAUNE POUR LE MONDE

    Le régime chinois déporte en masse ces minorités dans des camps. « Le Monde » a pu recueillir les rares témoignages d’anciens détenus.

    En rangée, deux par deux, ils sont 500 détenus, que des gardes font monter dans des bus, cagoule sur la tête. Au bout du trajet, ils découvrent un nouveau camp d’internement, assez similaire à celui d’où ils viennent :
    « Il y avait des bâtiments neufs, et d’autres qui n’étaient pas finis. Il devait y avoir 3 000 personnes, beaucoup de Kazakhs comme moi, qui étaient nés en Chine et à qui on disait qu’ils n’auraient pas dû changer de nationalité. Des gens qui avaient utilisé WhatsApp. D’autres qui avaient dit “Assalamu alaykum” [“Que la paix soit sur vous” en arabe]. »

    Orinbek Koksebek, 38 ans, a passé cent vingt-cinq jours en détention en Chine début 2018 – mais il est incapable de dire combien dans l’un et l’autre des deux camps où il a été envoyé, à Tarbaghatay (Tacheng, en chinois), une sous-préfecture de l’ouest de la Région autonome ouïgoure du Xinjiang, là où la frontière chinoise avec le Kazakhstan fait un angle droit.

    Lui qui parle très mal le mandarin doit apprendre par cœur trois chansons : La Marche des volontaires (l’hymne national chinois) et deux chants maoïstes, L’Orient est rouge et Sans le Parti communiste, il n’y a pas de Chine nouvelle. Sinon, lui disent ses interrogateurs, il restera cinq ans en détention. A six reprises, il est envoyé au cachot, un espace noir, très étroit, pour vingt-quatre heures, nourri d’un seul beignet, sans eau.

    #paywall