/2019

  • « La panique décoloniale a saisi beaucoup de milieux, y compris psychanalytiques », Sophie Mendelsohn
    https://www.youtube.com/watch?v=R7IaxDRZXPQ

    Sophie Mendelsohn est psychanalyste. Ses travaux portent sur les théories critiques du genre et de la race et elle vient de publier avec Livio Boni La vie psychique du racisme - L’empire du démenti aux Editions de La Découverte.

    https://www.editionsladecouverte.fr/la_vie_psychique_du_racisme-9782348066702
    S’il n’est plus cautionné par la biologie ou l’anthropologie, comme il l’était à l’apogée de la période coloniale, le racisme est loin d’avoir disparu. Son énigmatique persistance puise ses ruses et ses raisons dans l’inconscient et dans les effets de croyance qui l’accompagnent. Ce livre part à la recherche des traces d’une vie psychique collective héritière d’une histoire largement tributaire des grands partages coloniaux, rendue illisible dans notre actualité postcoloniale.
    Pour s’orienter dans ces voies parfois tortueuses, il a fallu miser sur l’apport sous-estimé d’#Octave_Mannoni. Philosophe venu tardivement à la psychanalyse, il a évolué pendant un quart de siècle dans les colonies avant d’entamer un processus de « décolonisation de soi » coïncidant avec une tentative de décrire l’envers inconscient de la scène coloniale : sa cruauté mais aussi ses fragilités intimes, donnant à penser leurs effets de longue durée tant chez les anciens colonisés que chez les anciens colonisateurs.
    En redonnant une visibilité à ce trajet, ses échos, ses critiques et ses reprises, les auteurs explorent à partir de la mécanique du démenti les ressorts inconscients du racisme. Se dessine ainsi une histoire mineure de la #psychanalyse française, qui avait affaire à la question raciale avant même que #Fanon s’en saisisse ouvertement, et que Lacan annonce, une fois le cycle des décolonisations achevé, que « le racisme a bien de l’avenir ».

    #racisme

    • La psychanalyse française a longtemps refoulé les questions raciales et coloniales
      http://www.slate.fr/story/205043/bonnes-feuilles-vie-psychique-racisme-livio-boni-sophie-mendelsohn-la-decouver

      Cela paraît d’autant plus étonnant qu’on trouve déjà chez les surréalistes, entre les années 1920 et 1940, des tentatives d’allier opposition au colonialisme et psychanalyse.

      (...) pour Mannoni, le prototype anthropologique de l’homme colonial n’est pas Christophe Colomb, ou d’autres figures de conquistador, mais Robinson Crusoé, cet homme naufragé, resté seul au monde, qui ne put pallier sa solitude sidérale que par la rencontre avec l’Autre « sauvage », chargé de conjurer son esseulement, c’est-à-dire de le confirmer et d’y remédier à la fois.

      Le racisme de matrice coloniale se présente dès lors, dans l’enquête méta-analytique de Mannoni, comme une formation névrotique visant à affirmer l’exceptionnalité de l’homme blanc moderne –seul homme au monde, car supposé être le seul à s’être émancipé de tout lien transcendant– mais ayant besoin de l’Autre « primitif » pour asseoir cette même exceptionnalité et s’en consoler en même temps, en projetant sur le « sauvage » tout ce à quoi il est censé avoir renoncé pour gagner son autonomie : l’infantile, les pulsions, la féminité, l’irrationnel, la croyance, la magie, désormais versés au compte de l’Autre colonisé.

    • Panique décoloniale chez les psychanalystes ! le 3 octobre 2019
      https://www.liberation.fr/debats/2019/10/03/panique-decoloniale-chez-les-psychanalystes_1755259

      Plus de 150 psys et intellectuels répondent aux 80 psychanalystes qui, la semaine passée dans une tribune, s’inquiétaient de l’emprise croissante des revendications identitaires et communautaristes. C’est le rôle même de la discipline, répliquent-ils, de travailler à connaître la diversité du corps social en intégrant de nouvelles perspectives critiques. Afin de déconstruire et de déjouer les assignations identitaires.

      On a pu lire dans les pages du journal le Monde le jeudi 26 septembre une curieuse tribune, signée par 80 psychanalystes, suivant ainsi à la lettre « l’exemple » des 80 intellectuels qui s’étaient insurgés contre une hégémonie supposée de la pensée décoloniale (le Point, 28 novembre 2018). Moins d’un an plus tard, la critique s’est transformée, avec l’aide de ces nouveaux signataires, en une mise en garde générale à l’intention des sciences humaines et sociales, des universités et de tou·te·s les citoyen·ne·s, visant rien moins qu’à préserver les esprits d’une « emprise » qui les mettrait à la merci de « revendications totalitaires » niant « la spécificité de l’humain » en imposant l’« identitarisme », le « particularisme » et le « communautarisme ». A l’heure où les pensées racistes circulent massivement et sans complexe dans l’espace public, où les discours d’extrême droite et de celles et ceux qui les accompagnent ou les reprennent, ne cessent de promouvoir la lutte des races et les affirmations identitaires, où les « dérives sectaires » qui menaceraient « nos valeurs démocratiques et républicaines » en rattachant « des individus à des catégories ethnoraciales ou de religion » sont évoquées presque quotidiennement dans les médias et les partis, on pourrait presque ironiser que des psychanalystes aient voulu voir la bête immonde et le mal qui vient chez les représentants de la pensée « décoloniale ». Passons aussi sur l’ignorance des rédacteurs de la tribune qui interprètent un questionnement scientifique d’abord sud-américain comme une idéologie politique et confondent études décoloniales, approches postcoloniales, intersectionnalité, multiculturalisme, « racialisme », autant de noms repoussoirs, diaboliques, identifiables au risque de « totalitarisme » qu’ils promettent. Pourquoi enrôler la psychanalyse dans une croisade idéologique qui lui est étrangère ? A quoi aura servi plus d’un siècle de réflexion sur le transfert, le désir, les ruses de la raison et de la déraison, et la prise en compte de la singularité des sujets, si c’est pour en faire les victimes programmées d’une « emprise » maléfique et d’une manipulation mentale ? La psychanalyse ne se réduit pas à ce discours outragé et outrancier qui donne le sentiment d’un rejet pur et simple du débat avec les courants critiques contemporains.

      Ecoutons plutôt ce qui se dit là où elle s’exerce au lieu de céder à la panique morale antidécoloniale. Car la clinique psychanalytique offre à ceux qui la pratiquent, analysant·e·s ou analystes, la possibilité de construire ensemble un champ de coexistence et de conflictualité où les manières toujours singulières de s’expérimenter soi-même comme désirant, dans le plaisir et la souffrance, s’entre-affectent. Faire exister cette hétérogénéité d’existences est l’exigence propre de cette pratique qui ne vit pas de dogmes mais de plus d’un siècle d’expériences et de récits de vie accumulés. Le racisme n’est pas un problème moral, c’est une politique qui s’appuie sur des institutions, une expérience vécue quotidiennement par celles et ceux que les psychanalystes rencontrent. En démentir l’impact interdit d’en mesurer les conséquences sur la vie psychique. Il y a « race » à partir du moment où la diversité de trajectoires biographiques, dépassant largement et depuis longtemps le cadre hexagonal, est raturée ; c’est depuis cette prise en considération que la psychanalyse peut accéder aux logiques les plus intimes de la séparation et de la ségrégation. L’universalisme « humaniste » républicain érigé en idéal abstrait ne peut pas devenir le principe au nom duquel il serait légitime de se faire le censeur de la vie des autres, réduits à n’être plus des semblables. Si les études décoloniales et postcoloniales inquiètent tant certains psychanalystes, à l’instar des études de genre il n’y a pas si longtemps, c’est qu’appliquées à notre société, elles en montrent certains impensés et contestent son grand récit national unitaire. Au lieu de se faire la complice de ce mauvais combat, et de favoriser le morcellement identitaire en réduisant l’inconscient au silence, la psychanalyse doit travailler à connaître et à reconnaître la plasticité du corps social en intégrant ces nouvelles perspectives critiques dans le projet, qui est le leur pour qui sait les lire, de déconstruire et de déjouer les assignations identitaires. Voilà pourquoi nous pensons aussi que la psychanalyse doit être attentive aux lieux où s’expérimentent, toujours collectivement, d’autres subjectivations que celles promues par le modèle majoritaire, et où l’on peut entendre des paroles qui n’ont été ni instituées ni authentifiées. Voilà aussi pourquoi il est nécessaire de s’intéresser aux circulations mondiales de la psychanalyse, aux séquences historiques et aux conjonctures politiques et culturelles dans lesquelles elle a pu être mobilisée dans des espaces imprévus et éloignés de ses foyers d’origine et où elle a, en retour, pu se laisser travailler de l’intérieur, par son dehors géographique et anthropologique. C’est à ce prix qu’elle pourra renouer avec sa créativité fondatrice et émancipatrice.

      Premiers signataires : Kader Attia Artiste, fondateur de la Colonie, Thamy Ayouch Psychanalyste, université Paris-Diderot, Livio Boni Psychanalyste, Collège international de philosophie, Boris Chaffel Psychanalyste, Michel Feher Philosophe, Guy Lérès Psychanalyste, Charlotte Hess Performeuse, Pierre Kammerer Psychanalyste, Leslie Kaplan Ecrivaine, Yala Kisukidi Philosophe, université Paris-VIII, Karima Lazali Psychanalyste, Laurie Laufer Psychanalyste, Patrice Maniglier Philosophe, université Paris-Ouest-Nanterre, Pascale Molinier Professeure de psychologie sociale, Paris-XIII, Marie-Rose Moro Pédopsychiatre, hôpital Cochin, Sophie Mendelsohn Psychanalyste, Heitor O’Dwyer de Macedo Psychanalyste, Toni Negri Philosophe, Esteban Radiszcz Psychanalyste, université du Chili, Marie-Caroline Saglio Anthropologue et psychologue, Inalco, Felwine Sarr Duke University, Alexandra de Séguin Psychiatre psychanalyste, Valentin Schaepelynck Sciences de l’éducation, université Paris-VIII.

  • Résistance à l’épilation | Du poil sous les bras
    http://www.radiosaintfe.com/emissions/societe/335-du-poil-sous-les-bras

    Entretien avec avec Miléna Younès-Linhart, autrice de la thèse « Epiler, s’épiler, ne plus s’épiler : socialisation et résistance à la norme ». À propos de poils, de femmes et de domination. Où l’on apprend que détester son corps, ça s’apprend jeune et que c’est dur-dur de sortir de l’hétéronormativité à moins d’être une lesbienne féministe (et encore) ! Durée : 55 min. Source : Radio Saint Férréol

    http://www.radiosaintfe.com/media/com_podcastmanager/ACTU/PAD_ACTU_POILSOUSBRAS/PAD_POILSOUSBRAS_2020_04_06_Rsistancelpi.mp3

    • Epilation, corps sous contrainte
      Miléna Younès-Linhart, Libération, le 27 août 2019
      https://www.liberation.fr/debats/2019/08/27/epilation-corps-sous-contrainte_1747601

      « La première fois que je me suis épilée, j’ai pris l’épilateur de ma mère, j’étais sur le carrelage blanc de la salle de bain. Je m’arrêtais toutes les trente secondes parce que ça fait trop mal ce truc. Ça a duré des heures… et t’intériorises ça comme étant une situation normale, pas étonnant que t’aies une si faible estime de toi après. » (1)

      Pourquoi les femmes se dépilent (2) de manière quasi généralisée dans notre société, et ce malgré le caractère à la fois douloureux, chronophage et coûteux de cette pratique ? Les injonctions débutent dès l’enfance, et d’abord dans la famille. Les normes dépilatoires que transmettent les mères contribuent à un contrôle de la sexualité des jeunes filles de deux façons : d’un côté, pour contrôler le moment d’entrée dans la sexualité, en interdisant aux jeunes filles de se dépiler avant un certain âge.

      D’autre part, une fois l’âge d’entrée dans la sexualité atteint, les filles doivent se dépiler pour que leur corps soit conforme à la norme de séduction et à la sexualité hétérosexuelle. L’intériorisation de la pratique passe par un apprentissage du contrôle de la douleur : « Je pensais que j’étais nulle de pas être assez endurante à la douleur parce que ma mère me disait : "Mais non ça fait pas mal." » La socialisation à la dépilation passe ensuite par les pairs, dès l’école primaire et ce jusqu’à l’âge adulte. « J’ai entendu des garçons se moquer des filles en disant qu’elles ne se rasaient pas [le sexe, ndlr]. Et à ce moment je me suis dit : donc il faut le faire ! Après j’ai demandé à ma mère : "Est-ce que je peux me raser ?" J’ai pas dit où, mais elle m’a dit non. […] Elle veut pas. Elle dit que je suis trop petite. Je le fais quand même, mais je lui dis pas. Quand je le fais, je la laisse pas rester dans la salle de bain, je dis que je fais autre chose. » (3) Les insultes sur la pilosité et sur l’absence de pratiques dépilatoires des jeunes filles participent d’un contrôle du genre et de la sexualité. « T’as une moustache de garçon ! », « t’as les bras vraiment poilus pour une fille » (4) ; en particulier, elle permet aux garçons d’installer leur position de pouvoir. Certaines enquêtées expliquent même avoir été harcelées pendant leur scolarité par le biais des poils. « Mon surnom, c’était King Kong. » En outre, les insultes peuvent prendre la forme d’agressions verbales sexistes et racistes, lorsque la pilosité ne paraît pas conforme à la norme blanche de la pilosité. Les injonctions par les pairs à la dépilation participent donc de l’intériorisation de ce à quoi doit ressembler un corps de jeune fille dans une société où la norme hétérosexuelle et le racisme sont imbriqués.

      Les violences verbales vécues dans la jeunesse jouent ainsi un rôle important dans cette socialisation. Les poils deviennent pour les femmes la marque de ce sexisme ou racisme vécus dans la jeunesse. Cette marque de domination ainsi que la peur de revivre les insultes confère ensuite aux poils un aspect dégoûtant et humiliant. S’engage alors une obsession de la dépilation pour retirer cette marque. « C’était une bataille permanente contre les poils. J’étais très poilue, du coup je m’épilais, du coup ça faisait des poils incarnés, du coup je passais mon temps à me défoncer la peau, à me faire des gommages. » Les femmes en viennent à organiser leur vie mais aussi leurs postures physiques autour de la dépilation, ne pouvant montrer leurs poils ni publiquement ni dans leur vie intime. C’est là toute la force de l’intériorisation, par laquelle les systèmes de domination, pour se perpétuer, peuvent produire un autocontrôle du corps. Au sein des couples hétérosexuels, les injonctions à la dépilation de la part du partenaire ont pour effet d’instaurer son pouvoir ; elles participent en effet de la construction des modalités de la sexualité, dans laquelle les femmes sont supposées être désirables plutôt que désirantes, et donc vulnérables. Même lorsqu’elles s’épilent le sexe à la demande du partenaire, il arrive que celui-ci, par des remarques, humilie sa partenaire : « Le mec qui m’avait fait "oula, bah bravo l’épilation" de façon un peu ironique, il se foutait un peu de ma gueule. » Parfois même, des violences verbales sous forme d’injonctions à la dépilation viennent appuyer des violences sexuelles - manifestations extrêmes de prise de pouvoir et d’appropriation du corps des femmes -, participant ainsi du maintien de la domination masculine.

      Mais les femmes ne se contentent pas de subir la norme dépilatoire, et utilisent l’outil social qu’est la dépilation pour tenter de renverser des rapports de pouvoir. « [Les garçons de ma classe] peuvent parler des heures de ma moustache : je m’en fous ! » m’explique une lycéenne dont la mère lui a interdit de s’épiler les sourcils. Face à des injonctions contradictoires, elle utilise l’injonction maternelle pour résister à une injonction à s’épiler de camarades de classe et montrer qu’elle ne se soumet pas à leur point de vue sur son corps.

      D’autres s’épilent les sourcils en classe pour remettre en question la position de pouvoir d’un professeur, si elles la trouvent illégitime. D’autres encore vont faire valoir leurs connaissances dans les techniques dépilatoires dans leur groupe amical. Ainsi, la dépilation fonctionne comme un outil de contrôle du genre et de la sexualité des femmes. Mais c’est aussi un outil dont peuvent s’emparer les femmes pour tenter de résister aux rapports de domination. Certaines féministes, qui politisent par leur féminisme leur expérience personnelle de la domination, entreprennent d’arrêter de se dépiler dans une démarche de résistance à la domination. Une sociabilité féministe, et en particulier avoir pour partenaires intimes des personnes féministes, sont les conditions de possibilité de cette non-dépilation. Mais elle n’est jamais stabilisée, car montrer ses poils dans un lieu public, c’est s’exposer à des remarques ou à des agressions.

      Le contexte et la position sociale jouent également un rôle important. Dans une position subordonnée au travail par exemple, il est compliqué de révéler ses poils, tandis qu’occuper une position de pouvoir le rend possible. De plus, il est difficile de se défaire de la socialisation. Là encore, la logique raciale redouble la difficulté : pour certaines femmes racisées qui ont vécu des discriminations par les injonctions à la dépilation, il est encore plus difficile d’arrêter de se dépiler, les poils étant devenus une marque du racisme. Etre féministe antiraciste semble donc être une condition de possibilité de la non-dépilation, car cela permet de penser une critique des systèmes de domination dont la dépilation est un outil social. Ainsi, plus la socialisation à la dépilation a été violente et plus elle a fonctionné comme l’outil de multiples rapports de dominations, plus il est dur d’arrêter, et en même temps, plus il est subjectivement et politiquement nécessaire, pour elles, d’arrêter.

      (1) Extrait d’entretien avec une femme de 30 ans, féministe. (2) Dépilation : action d’enlever les poils en les épilant ou les rasant. (3) Extrait d’entretien avec une lycéenne de 15 ans. (4) Idem.

      #Miléna_Younès-Linhart

  • « Même si Macron ne le veut pas, nous, on est là ! »
    Clyde Marlo-Plumauzille, Libération, le 18 décembre 2019
    https://www.liberation.fr/debats/2019/12/18/meme-si-macron-ne-le-veut-pas-nous-on-est-la_1769981

    Parce qu’elles peuvent émouvoir et faire se mouvoir, les chansons populaires donnent le « la » au mouvement de contestation qui les entonne, des supporteurs de foot, aux cheminots en passant par les gilets jaunes.

    Sur le lien entre #chants_sportifs et #chants_militants, en France :
    https://seenthis.net/messages/787193
    https://seenthis.net/messages/798701

    En Algérie et au Maroc :
    https://seenthis.net/messages/787328
    https://seenthis.net/messages/790734
    https://seenthis.net/messages/826164

    #Foot #Football #Sport #hymne #chant #chanson #Musique #Musique_et_politique #Gilets_Jaunes #manifestations

  • #confinement
    #super bouquin
    #cérales ont #domestiqué l’#humain

    https://www.contretemps.eu/homo-domesticus-scott
    #homo_domesticus
    #james_c_scott
    #livre

    Ce livre à l’air super, ca fait longtemps que je me dis que j’ai envie
    de le lire,

    comme l’auteur est #anarchiste (et donc anti #copyright ?!) et que le
    premier ministre n’a pas mis en oeuvre sa promesse, un peu ambitieuse,
    d’ouverture des librairies
    (https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/coronavirus-librairies-sont-fermees-restent-fermes-1805),

    je me permet de partager le #fichier #epub :

    https://1fichier.com/?7185q5xlhckovhje1lzg

    et une interview de l’auteur :

    https://www.liberation.fr/debats/2019/06/21/james-c-scott-on-ne-se-debarrassera-pas-de-l-etat-notre-seul-espoir-c-est

    et pour ceux qui s’ennuient encore, un super #docu sur les #blobs, les
    plantes et l’#intelligence chez les #organismes ("Le blob, un génie sans
    cerveau (Documentaire complet) | Le Vortex & ARTE") :
    https://www.youtube.com/watch?v=B1DCzlWB1lM&t=663s

    • interview libé, james C schott

      Des petits pas insuffisants : n’atteint-on pas les limites de l’infrapolitique ?

      Je suis d’accord, et la question est donc de savoir comment mener des actions d’ampleur. L’hypothèse la plus probable est sans doute que quelque chose se produise, qui rendrait impossible de poursuivre avec nos modèles politiques habituels. Une catastrophe majeure, par exemple. On pourrait ainsi considérer qu’il suffit d’attendre cet événement, mais ce serait une faillite de notre sens du devoir. Ce n’est pas ce que ferait le médecin de la #Peste. (cf. post précédent)

    • Dans ce cas, faut-il revenir à #Marx plutôt qu’à #Lénine ?
      Dans la mesure où nos problèmes actuels ne relèvent pas uniquement de l’exploitation des classes, mais aussi de la destruction du monde naturel, ce n’est pas nécessaire. Je choisirais plutôt Karl Polanyi et son idée de grande transformation. Il a expliqué ce que recouvrent en réalité les trois facteurs de production que sont le capital, la terre et le travail : l’exploitation capitaliste de la « terre » et du « travail » est en fait, plus largement, une forme de prédation sur la « nature » et les « vies humaines » tout entières. Si vous saisissez cela, alors vous comprenez les logiques de la marchandisation, la déviation centrale du capitalisme moderne.

  • Le Liban à trois voix
    https://www.franceculture.fr/emissions/lexperience/le-liban-a-trois-voix



    https://www.liberation.fr/debats/2019/11/12/liban-vous-avez-voulu-nous-enterrer-vous-ne-saviez-pas-que-nous-etions-de

    Le Liban à trois voix raconte l’histoire d’un retour au #Liban, pour cause de révolution, de l’écrivain Sélim Nassib, sa femme, la cinéaste Yolande Zauberman et leur fille de vingt et un ans, Assia Turquier-Zauberman. Longtemps correspondant du journal Libération à #Beyrouth, Sélim Nassib n’avait plus mis les pieds dans son pays natal depuis une vingtaine d’années. Porté par trois voix, le récit de ce retour mêle l’histoire intime à la grande histoire du soulèvement libanais actuel.

    https://www.liberation.fr/auteur/7545-selim-nassib

  • À Marseille, le candidat LREM dérape face à un journaliste : « Je vais te mettre la tête dans le cul »

    https://www.lefigaro.fr/elections/municipales/a-marseille-le-candidat-lrem-derape-face-a-un-journaliste-je-vais-te-mettre

    Malgré les gros câlins de Macron, les LaRem toujours très subtils) n’arrivent pas vraiment à se détendre.

    À Marseille, le candidat LREM dérape face à un journaliste : « Je vais te mettre la tête dans le cul »

    Yvon Berland, qui avait perdu ses nerfs à la suite d’un article des Échos, s’est excusé, reconnaissant une réaction « disproportionnée ».

    • Pour ceux qui TLDR :

      Il a finalement fini par lui envoyer un SMS lapidaire : « Je vais te mettre la tête dans le cul... »

      et :

      Yvon Berland, qui est également l’ancien président de l’université Aix-Marseille

      Bref : le type ne se contente pas de gueuler en direct, il envoie des menaces passibles de poursuites pénales par SMS. Mais ce n’est pas le premier abruti venu, il a une longue carrière de président d’université.

      Ce qui confirme ce que faisait remarquer Todd : le niveau de bêtise de nos élites est proprement terrifiant.

    • Sinon, de manière quasiment unanime dans les médias dignes de Google News : le terme approprié est « pète les plombs » ou, plus fréquemment encore : « dérape ».

      Si un individu d’origine plus clairement, euh, arabo-musulmane avait envoyé un SMS à un journaliste sur le thème « Je vais te mettre la tête dans le cul », je n’ai aucun doute que ce serait déjà devenu un sujet de société aux enjeux nationaux, sur lequel tout le monde serait invité à se positionner.

    • Ahlala, on montre son vrai visage de #sale_type quand on est à la traine dans tous les sondages : 8% seulement d’intention de votes à Marseille pour LREM, ça plombe.

      Dommage, LREM ne va pas pouvoir annuler les élections et dire que Marseille est une petite commune, c’est la 2em de France.

      Et puis, à Toulouse, je me réjouis de voir des personnes ayant voté avec ferveur Macron qui me disaient il y a encore 6 mois qu’ils voteraient encore pour lui, m’expliquer leur dégout. (J’ai la victoire modeste, j’ai fait ah bon)

    • Berland : ancien président d’Aix-Marseille Université (il a terminé son mandat en juin dernier).

      Ahlala, parier sur le mauvais cheval après avoir du lâcher le pouvoir universitaire pour raison d’âge, ça rend aigri, c’est moche...

    • @touti Oh ! excellente idée d’affichage pour la permanence de la candidate LREM de ma commune qui a planté son QG de campagne juste devant chez moi ! Ça fait des semaines que je me dis qu’il faudrait faire quelque chose justement.

    • @sombre Merci et oui, mais la brutalité, ce n’est pas seulement la violence policière, c’est aussi la violence verbale, l’attitude méprisante et ordurière, c’est la violence avec laquelle les LaRem imposent leurs mensonges récurents, leur vision du monde et leur projet de société bien pourri de la gueule. Cette violence là serait aussi à déconstruire.

    • @reka :

      Cette violence là serait aussi à déconstruire.

      C’est bien ce à quoi je pensais :)
      Mais cette violence verbale, ce mépris de classe a trop longtemps infusé dans leur mental et la plupart des « marcheurs » et « marcheuses » sont devenu·es des grand·es malades qui se sentent dans une totale impunité.

  • Nous manquons tellement d’audace…
    Aurélien Barrau, Libération, le 26 décembre 2019
    https://www.liberation.fr/debats/2019/12/26/nous-manquons-tellement-d-audace_1771120

    Je sais qu’il est de coutume ici de critiquer #Aurélien_Barrau, mais je met quand même cette tribune pour archive, et dès que j’aurai un peu de temps, je l’ajouterai à la quatrième compilation :
    https://seenthis.net/messages/818991

    #effondrement #collapsologie #catastrophe #fin_du_monde #it_has_begun #anthropocène #capitalocène

  • J’accuse - ♀ le genre & l’écran ♂
    https://www.genre-ecran.net/?J-accuse

    J’accuse, 12 nominations aux Césars, un record ! Le dernier film de Polanski est-il esthétiquement éblouissant ? S’agit-il d’un regard d’une complexité inédite sur l’affaire Dreyfus ? Le scénario témoigne-t-il d’une habileté particulière ? Est-ce qu’il nous touche par la peinture subtile des relations humaines ? Assiste-t-on à des performances d’acteur/trice hors du commun ? Si je suis obligée de répondre négativement à toutes ces questions, qu’est-ce qu’il reste pour expliquer cette unanimité de la profession ? Serait-ce la manifestation du soutien indéfectible à un cinéaste dont le prestige arrive de moins en moins bien à camoufler des comportements qui tombent sous le coup de la loi ? Serait-ce une façon de rappeler que, malgré #MeToo, les (grands) artistes en France sont au-dessus des lois ?

    • Au-delà de l’académisme de ce film historique, qui nous fait nous interroger sur les véritables raisons du soutien qu’il a reçu de la part de la critique cinéphilique, d’habitude si soucieuse de la forme et de l’originalité esthétique, le personnage qu’incarne Dujardin renvoie à un type de masculinité qu’on peut qualifier d’hégémonique, pour reprendre le concept élaboré par la sociologue australienne R.W. Connell [2]. En effet, il a tous les attributs qui permettent de légitimer le patriarcat. Droit dans ses bottes, vêtu d’uniformes impeccables, la moustache conquérante, il n’a jamais besoin de personne pour mener sa barque, rien ni personne ne peut l’impressionner, et même sa maitresse est une présence contingente. Jamais la moindre manifestation de vulnérabilité, pas la moindre faille : il traverse la tempête qu’il a déclenchée sans jamais plier, même en prison. Il prend ses décisions seul, uniquement mu par la recherche de la vérité (et de l’efficacité : c’est un militaire moderne). Un homme, un vrai ! Inutile de préciser que la mise en scène ne prend jamais la moindre distance avec ce parangon de masculinité héroïque et solitaire.

      Quel est l’intérêt, plus d’un siècle après l’Affaire, et après les dizaines d’ouvrages historiques écrits sur ses aspects les plus complexes, de faire un film parfaitement linéaire, totalement focalisé sur un seul protagoniste transformé en héros, aussi monolithique, aussi univoque, aussi hagiographique, et aussi académique, esthétiquement parlant ? Je ne vois qu’une véritable raison : faire oublier la face obscure de son réalisateur, et suggérer son identification avec un autre « persécuté », une autre victime illustre d’une « erreur judiciaire », alors même que les innombrables appuis complaisants qui lui permettent de continuer à faire des films depuis des décennies, peinent de plus en plus à entretenir sa légende. Mais au-delà de cette raison de circonstances, ce qui transparaît dans ce film, c’est une adhésion aux « valeurs » masculines les plus désuètes, les plus réactionnaires, les plus sexistes…

      #Geneviève_Sellier

      J’en profite pour poster ça :

      (4) Pour en finir avec la domination masculine dans le cinéma - Libération
      https://www.liberation.fr/debats/2019/12/06/pour-en-finir-avec-la-domination-masculine-dans-le-cinema_1767218

      Si les coups d’éclats des censeurs reçoivent l’attention médiatique, la fin de la domination masculine dans le cinéma passera par un travail de fond pour changer les regards et les représentations.

      Et au milieu des preuves de #proféminisme, l’auteur en profite pour une belle #mecsplication de ce que les féministes devraient penser de Polanski !
      (Je connais le mec depuis quinze ans, mes amies depuis trente ans, nous avons découvert son proféminisme à cette occasion !)

  • Retraites amères pour les #classes_populaires

    Le projet de réforme ne permet pas de garantir une réduction des #inégalités. Il existe au contraire de bonnes raisons de penser que celles-ci risquent de s’accroître.

    Bien sûr, il existe encore de nombreuses inconnues sur le fonctionnement du futur système de retraite liées à l’#âge_pivot à 64 ans, aux règles sur l’évolution de la #valeur_du_point, aux conditions concrètes de prise en compte de la #pénibilité, aux conditions de #revalorisation des #salaires des #enseignants et des autres #fonctionnaires, à l’avenir des #pensions_de_réversion ou encore au devenir des 24 milliards d’euros de recettes annuelles de la #Cades [Caisse d’amortissement de la dette sociale] à partir de 2024… Tous ces sujets sont encore sur la table après deux ans de concertation dont on peut se demander à quoi elle a servi pour en arriver à un tel gâchis : mis à part le Medef, plus aucun partenaire social n’a confiance en la parole du gouvernement. Mais pour celles et ceux qui sont attachés au système par #répartition tout en considérant qu’il doit être unifié et amélioré, le cœur du sujet, c’est qu’un #système_universel par points n’est pas forcément juste, ni même plus juste que l’actuel.

    L’#universalité est un moyen, pas un but. Les points ou les trimestres sont des outils, pas des formules magiques. Or, en l’espèce, le mantra « un euro cotisé donne les mêmes droits à tous » pour séduisant qu’il puisse paraître dans sa simplicité conduit à des #injustices difficilement justifiables. Tout d’abord parce qu’il ne tient aucun compte des différences d’espérances de vie suivant la #trajectoire_sociale, et en particulier des espérances de vie en bonne santé. Dans notre société où l’#héritage_social est celui qui est le mieux partagé, cette #fausse_égalité conduirait à ce que les #classes_moyennes et populaires continuent plus que jamais de payer massivement pour les retraites bien plus longues des plus aisés. La mise en place d’un âge pivot à 64 ans, comme le veut le gouvernement, aggraverait encore ce défaut.

    On nous explique que ce serait un progrès de passer du système actuel qui prévoit la prise en compte des 25 meilleures années dans le privé ou des 6 derniers mois dans public pour le calcul de la retraite, à un calcul sur la totalité de la carrière grâce au système par points. C’en serait indéniablement un pour celles et ceux qui ont travaillé longtemps moins de 150 heures par trimestre dont les cotisations ne leur donnent aucun droit aujourd’hui. Mais fallait-il absolument changer de système pour y parvenir ? Non, il suffirait de modifier cette règle.

    Qu’en sera-t-il pour les autres ? Si, pour les « carrières plates » en termes de rémunération, il n’y aura pas de pertes et que, au contraire, les grandes fulgurances de fin de carrière seront moins profitables, aucune simulation ne permet aujourd’hui de garantir une réduction des inégalités si on prend en compte l’ensemble des situations. Il existe au contraire de bonnes raisons de penser que celles-ci risquent de s’accroître. Les #cadres sortis à 23 ou 24 ans d’une grande école, avec tout de suite un CDI bien payé en poche, n’auront plus à travailler jusqu’à 67 ans pour percevoir une retraite à taux plein et seront à coup sûr gagnants. Ainsi que les #hauts_fonctionnaires, de Bercy et d’ailleurs, qui reçoivent des #primes conséquentes. Ils n’ont par nature jamais de trous dans leur carrière et pourront eux aussi s’arrêter de travailler plus tôt.

    Ce ne sera pas le cas pour les plus nombreux. Bien entendu pour les enseignants et toutes les autres catégories de fonctionnaires qui reçoivent peu de primes, sauf revalorisation improbable massive de leurs rémunérations. Mais aussi pour les ouvrier·e·s, les employé·e·s, les technicien·ne·s qui ont commencé à travailler à 20 ans en étant mal payés, qui ont connu le chômage à plusieurs reprises, avant de décrocher un CDI vers 30 ans et commencer alors une carrière un peu plus rémunératrice. Ce ne sera pas le cas non plus pour les employé·e·s sous statut privé pendant des années dans les services publics avant d’être titularisé·e·s. Ni pour les #mères_célibataires obligées de travailler moins pour éduquer plus. Tous verront leur retraite amputée du fait que la règle des meilleures années ne permettra plus d’effacer les années de galère pour le calcul du niveau de leurs pensions.

    Ceux-ci et celles-ci sont pour l’essentiel les enfants des classes populaires et moyennes. Ils vont, d’une génération à l’autre, devoir travailler au-delà de 64 ans pour glaner suffisamment de points afin de rendre leurs pensions tout juste acceptables. Il ne nous a pas échappé bien sûr que ce fonctionnement par points était déjà celui des régimes complémentaires actuels du secteur privé. Il n’en reste pas moins que sa généralisation dans le cadre du nouveau système universel renforcerait beaucoup les injustices qu’il engendre déjà. En prenant en compte de la même manière les rémunérations perçues à l’âge de 25 ans et à 60 ans, les systèmes par points dénaturent la fonction sociale fondamentale d’un système de retraite par répartition : offrir aux retraités une pension qui reflète leur niveau de vie en fin de carrière ou durant les meilleures années de celle-ci.

    Au lieu de promouvoir une telle injustice à travers la retraite par #capitalisation, la majorité actuelle réussit à le faire en prétendant défendre et améliorer la retraite par #répartition. Tout en parachevant l’étatisation de la #protection_sociale et en dotant le pays d’un mécanisme qui permettrait, en jouant sur la valeur du point, de réduire peu à peu les retraites futures sans avoir besoin de changer les règles du jeu. C’est un exploit qu’il convient de saluer, mais à force de détourner de leur sens les #valeurs de la République, cela conduit le pays dans une #impasse.

    https://www.liberation.fr/debats/2019/12/19/retraites-ameres-pour-les-classes-populaires_1770224

    –-> un ami économiste me signale que cette analyse de la réforme des #retraites est très intéressante...

  • Barbara Stiegler : « Pour le néolibéralisme, l’idée que l’on puisse se retirer est un archaïsme » - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2019/12/20/barbara-stiegler-pour-le-neoliberalisme-l-idee-que-l-on-puisse-se-retirer

    Ce qui est en question, c’est le maintien de la pensée politique dominante qui répète depuis un demi-siècle qu’« il faut s’adapter » à un nouvel environnement, désormais régi par une compétition mondiale aux rythmes accélérés. Selon ce grand récit inventé par le néolibéralisme dans les années 1930 et qui a gagné la bataille politique et culturelle à partir des années 1970, tel serait en effet le sens inéluctable de l’histoire, conférant à l’Etat une mission révolutionnaire : celle de faire table rase de tous les héritages du passé et de réquisitionner tous les temps de la vie pour les inclure dans ce grand jeu de la compétition mondiale. Or, ce sont très exactement les conséquences de cette politique que les professionnels d’éducation et de recherche, mais aussi de soin et de santé éprouvent aujourd’hui de plus en plus durement, et c’est ce qui explique l’ampleur de leur mobilisation dans ce mouvement. Enfants, élèves, étudiants, chercheurs, mais aussi chômeurs, précaires, malades chroniques, handicapés ou personnes âgées : tous ceux que l’on encourageait jusque-là à vivre selon d’autres rythmes, que l’on mettait à l’abri derrière la clôture des institutions et que l’on plaçait sous la protection de certains statuts doivent désormais prendre, comme tous les autres, le train de la compétition mondiale, qui défait toutes les clôtures et qui refuse tous les statuts. C’est une question de justice, nous dit-on. Et c’est cela aussi que tout le monde entend désormais derrière l’injonction à travailler toujours plus, toujours plus tard et toujours plus longtemps.

    (…)

    A partir de là, et comme dans le sport de compétition, le but est que le meilleur gagne. Puisque chacun est soumis aux mêmes règles du jeu, les inégalités s’en trouvent automatiquement légitimées.

    (…)

    L’idée est en effet d’imposer un certain récit sur l’avenir de nos vies : celle d’une espérance de vie toujours plus longue, dans laquelle le travail et la compétition feront indéfiniment reculer la mort et toujours plus triompher la justice. Mais cette vision prophétique se fracasse aujourd’hui sur une tout autre réalité : celle de l’explosion des inégalités, qui se décuple à la fin de nos vies, quand les plus défavorisés cumulent une fin de carrière au chômage et l’irruption précoce de la maladie et de la dépendance. A l’aune de la crise écologique et de la dégradation de nos modes de vie, tous les rapports internationaux en santé publique nous annoncent une explosion des maladies chroniques qui contredit violemment le récit néolibéral sur la vie et la santé. C’est certainement ce contre-diagnostic qui explique la puissante contestation qu’il affronte aujourd’hui. Plutôt que d’adapter nos vies aux exigences d’un environnement dégradé par la mondialisation, c’est aux ressources de nos écosystèmes, de nos corps et de nos psychismes, bref c’est à nos conditions de vie que l’ancien monde doit désormais s’adapter.

  • (15) Antisémitisme et antisionisme : une confusion délétère - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2019/12/03/antisemitisme-et-antisionisme-une-confusion-deletere_1766993

    Alors que les députés doivent se prononcer ce mardi sur une résolution visant à lutter contre l’antisémitisme du député LREM Sylvain Maillard, la sénatrice EE-LV Esther Benbassa rappelle que la critique politique du sionisme d’Etat doit pouvoir exister sans être taxée d’antisémitisme.

    Critiquer la politique du gouvernement israélien n’est pas une manifestation d’antisémitisme et n’implique nullement d’en rendre responsables les Juifs de France ou les Juifs en général. Si c’était le cas, nombre d’Israéliens seraient considérés comme antisémites. Et à lire la liste des signataires de l’appel paru dans le Monde daté du 3 décembre, il faudrait reconnaître qu’il y a beaucoup de Juifs antisémites…

    En tant qu’historienne des Juifs, je voudrais lui rappeler que les autonomistes socialistes juifs appartenant au mouvement du Bund, dès la fin XIXe siècle, n’étaient assurément pas sionistes. Que les masses juives ultraorthodoxes d’Europe orientale furent longtemps vigoureusement antisionistes (et leurs héritiers, en Israël ou ailleurs, le sont encore souvent). Or beaucoup des uns comme des autres périrent dans les camps nazis. Devra-t-on les tenir rétroactivement pour des antisémites qui s’ignoraient ?

    De même, le Crif, créé dans la clandestinité en 1944, a longtemps rassemblé les différentes composantes idéologiques de la judaïcité française. Et après la guerre, les dissensions furent également très vives sur la manière de formaliser les rapports du Crif avec le jeune Etat d’Israël.

    L’histoire de l’antisémitisme est ancienne et l’histoire du sionisme commence à l’être aussi. Ce dernier aussi évolua dans le temps. La tournure que prit le sionisme avec l’arrivée au pouvoir de la droite nationaliste du Likoud, en 1977, dont le dernier représentant est Benyamin Nétanyahou, n’a au fond que peu à voir avec le sionisme des fondateurs au XIXe siècle, ni avec celui de ses chevilles ouvrières travaillistes, tel Ben Gourion.

    Le sionisme étatique d’aujourd’hui, le sionisme des implantations juives dans les territoires occupés sont à mille lieues du sionisme de ceux qui rêvaient d’émancipation, qui voulaient un Etat pour les Juifs cibles des antisémites en Europe ou de ceux qui voulurent garantir un refuge sûr aux rescapés de la Shoah. La définition contemporaine d’Israël comme Etat juif, récemment votée par la Knesset, entérine clairement le refus de considérer ses citoyens arabes comme des citoyens égaux.

    #Israël #antisémitisme #antisionisme #sionisme #histoire_juive #Esther_Benbassa #Bund (pour l’illus)

  • (4) On ne sauvera pas le Web en dînant avec ses assassins - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2019/12/02/on-ne-sauvera-pas-le-web-en-dinant-avec-ses-assassins_1766848

    Par Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes — 2 décembre 2019 à 18:21

    Le principal inventeur d’Internet, Tim Berners-Lee, est à l’origine d’un « contrat pour le Web » afin de le sauver des dérives qui le menacent. Un texte soutenu par les Gafam, qui en ont méthodiquement tué tous les principes fondateurs.

    On ne sauvera pas le Web en dînant avec ses assassins

    Tribune. La dernière croisade de Tim Berners-Lee pour sauver le Web laisse un goût amer.
    Celui qui fut le premier à dénoncer clairement l’emprise et la menace de ceux qu’il appelait « les Jardins fermés » entend aujourd’hui leur proposer un « contrat ». Contrat qui réunirait aussi gouvernements et citoyens. Contrat suffisamment vague pour n’avoir précisément aucune valeur contractuelle. Et contrat donc immédiatement approuvé, soutenu et signé par… Google, Facebook, Twitter et Microsoft.
    On ne sauvera pas le Web avec ceux qui en ont méthodiquement tué tous les principes fondateurs.
    En avril 1993, quatre ans après avoir inventé le Web, Berners-Lee fit à l’humanité son plus grand cadeau : il décida de verser cette invention dans le domaine public. Si le Web a connu un tel succès, s’il a révolutionné nos pratiques informationnelles, nos rapports sociaux, nos connaissances, c’est d’abord par son inscription dans le domaine public. Architecture technique, protocoles de communication, langages de publication, nul ne pouvait alors prétendre détenir à son seul bénéfice privé cette entité et ce réseau, cette infrastructure et ces contenus.

    Or, ce qui est en train de tuer le Web aujourd’hui, c’est sa préemption par ces acteurs privés que l’on nomme Gafam ou Natu en Europe, ou bien encore BATX en Chine.
    Ce qui tue le Web aujourd’hui, c’est la privatisation de ce que son inventeur nous a légué en 1993 comme une volonté délibérée et politique d’en faire un bien commun de l’humanité.
    Ce qui tue le Web aujourd’hui, c’est l’extinction de la part publique de son usage, de son langage et de son architecture technique.
    Il n’y a aujourd’hui plus rien à attendre des Gafam qui sont devenus des grands groupes capitalistes comme les autres, ne cherchant que le rendement et la rente, n’ambitionnant qu’une spéculation sans fin sur un marché dont ils sont à la fois les acteurs et les régulateurs.
    L’habit ne fait pas le moine, et les open spaces remplis de baby-foot et de poufs aux couleurs pastel ne font ni la vertu ni l’éthique.

    Facebook représente un danger mortel pour nos démocraties comme le scandale Cambridge Analytica l’a démontré. Google utilise pour faire taire toute contestation sociale les méthodes de lutte contre les syndicats qui remontent aux années 30. La lutte contre les discours de haine dans toutes ces plateformes est totalement indigente et en dehors du droit car en vérité ces plateformes et leurs architectures techniques toxiques prospèrent sur la dimension spéculative et inflationniste de tels discours. Toutes ces plateformes s’abritent derrière un credo algorithmique qui n’est qu’un leurre et qui leur sert d’alibi pour toutes leurs manipulations et leurs malversations dans la hiérarchisation ou l’invisibilisation d’expressions publiques ou de paroles privées. Toutes ces entreprises sous-traitent la modération de leurs contenus les plus violents à des travailleurs pauvres à l’autre bout du monde dans des conditions indignes. Et faut-il rappeler la réalité des conditions de travail dans les entrepôts déshumanisés d’Amazon partout en Europe ou aux Etats-Unis ? Le retour à un modèle social qui est celui du travail à la tâche (« Gig Economy ») et des travailleurs pauvres de la fin du XIXe siècle ? Est-il encore nécessaire de rappeler que toutes ces plateformes échappent à l’impôt dans des proportions et des modalités qui relèvent du grand banditisme et de l’escroquerie en bande organisée ? Et c’est avec elles que l’on pourrait prétendre sauver le Web alors que chaque jour elles dénaturent sa fonction et salissent son ambition ? A l’aide d’un contrat qui n’engage rien d’autre que la capacité de dire que l’on veut sauver le Web ?

    Il faut pour sauver le Web non pas un contrat, mais la création d’un index indépendant (des pages, des profils), qui permette de réinstaurer la part commune de nos interactions sociales et discursives dans une sphère publique non marchande.
    Il faut pour sauver le Web non pas un contrat, mais une régulation étatique forte et contraignante, qui doit pouvoir aller jusqu’au démantèlement de ces Béhémots calculatoires et qui doit réaffirmer que leur code ne sera jamais notre loi.
    Il faut pour sauver le Web non pas un contrat, mais lutter pied à pied pour que « les algorithmes » qui ne sont rien d’autre que des décisions humaines au service d’un système de valeurs morales et politiques déterminées, que ces algorithmes-là soient transparents à l’inspection, robustes contre toute manipulation et prévisibles pour ceux qu’ils gouvernent, comme l’ont écrit nombre de scientifiques et comme le demandent aujourd’hui tous les défenseurs des libertés numériques.
    On attendait du fondateur de la promesse émancipatrice du Web autre chose qu’une molle ambition contractuelle qui serve de clause de bonne conscience à des entreprises prédatrices de nos libertés et de nos droits. On attendait de Tim Berners-Lee qu’il continue de désigner les coupables, et non qu’il leur fournisse un alibi commode. Car tant que la table des négociations se trouvera dans la salle des marchés, le Web continuera de mourir.

    Olivier Ertzscheid enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes

    #Web #Tim_Berners_Lee #Olivier_Ertzscheid

  • Féminazies | Paul B. Preciado
    https://www.liberation.fr/debats/2019/11/29/feminazies_1766375

    Si, un jour, nous vous soumettons, nous vous exotisons, nous vous violons et vous tuons, si nous accomplissons une tâche historique d’extermination, d’expropriation et de soumission comparable à la vôtre, nous serons alors tout simplement comme vous. Alors, oui, à ce moment-là, nous pourrons partager avec vous l’adjectif « nazi ». Source : Libération

  • Etendre l’assurance maladie obligatoire pour lutter contre les refus de soins discriminatoires - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2019/11/05/etendre-l-assurance-maladie-obligatoire-pour-lutter-contre-les-refus-de-s


    Les refus de soins : encore une pratique qui touchent en priorité les femmes et qui n’est jamais sanctionnée.

    Jusqu’à présent, aucune solution n’a réellement été mise en œuvre par les pouvoirs publics, préférant faire le pari de l’autorégulation par les professions. Force est de constater que cette approche ne fonctionne pas.

    Une approche plus conséquente, proposée depuis plusieurs années, viserait à rendre les sanctions réellement dissuasives et à simplifier les voies de recours. Parmi les affaires qui, malgré la lourdeur et l’empilement des procédures préalables et de conciliation, sont portées en recours, très peu aboutissent à des sanctions. Une voie juridictionnelle en dehors des ordres professionnels paraîtrait plus directe et plus efficace pour mettre la pression sur les praticiens. Elle ne réglera cependant pas la question du refus de soins, l’objectif des victimes étant d’abord de trouver un professionnel et non d’entrer dans une procédure juridique incertaine.

  • #Achille_Mbembe : peut-on être étranger chez soi ?

    L’#Afrique doit être la première à libérer les circulations, à élaguer les frontières héritées de la colonisation, à refonder entièrement la politique des visas d’un pays à l’autre du continent. Pour ne plus dépendre des diktats de l’Europe et fonder enfin un droit à l’#hospitalité.

    De nos jours, l’une des manières de vulnérabiliser des millions de gens est de les empêcher de bouger.
    De fait, la structuration contemporaine de notre monde est de plus en plus fondée sur une répartition inégale des capacités de mobilité et de circulation, ainsi que de cette ressource qu’est désormais la vitesse.
    De ce point de vue, l’Afrique est doublement pénalisée, du dehors comme du dedans.
    Elle est pénalisée du dehors parce que les Africains ne sont les bienvenus nulle part dans le monde. Il n’y a pas un seul pays au monde où des Africains ou des gens d’origine africaine arrivent, peu importe par quels moyens, et sont accueillis au son des tambours et des trompettes. Partout où ils font leur apparition, ils sont les plus exposés à toutes sortes d’entraves, à l’incarcération et à la déportation (1). En vérité, très peu de pays au monde veulent des Africains ou des personnes d’origine africaine parmi eux.
    Elle est pénalisée du dehors parce qu’un nouveau régime global de mobilité est en train de se mettre en place. Il participe d’une nouvelle partition de la Terre. Il est une dimension fondamentale de la nouvelle course pour la domination du cosmos (des régions polaires, des océans, des déserts, des continents extraterrestres).
    Un pacte continental

    Ce nouveau régime de gouvernement des mobilités humaines repose sur des dispositifs de sécurité qui sont de plus en plus électroniques, biométriques, de plus en plus militarisés. Ces dispositifs sont aussi et de plus en plus somatiques, dans le sens où leurs cibles principales, ce sont des corps rendus abjects, jugés de trop, qui ne comptent pas, et que l’on est en droit de neutraliser. De gré ou de force, ces corps sont donc appelés à déguerpir des espaces qu’ils occupent.
    Ce nouveau régime repose enfin sur l’externalisation des frontières. Ainsi de l’Europe dont les frontières s’étendent désormais bien loin de la Méditerranée. En étendant ses frontières au-delà de la Méditerranée et en les rendant mobiles, l’Europe cherche en réalité à abroger la souveraineté des Etats africains sur la gestion de leurs populations, qu’il s’agisse de la gestion du nombre (d’où la relance des débats sur la démographie africaine) et de la gestion des mouvements (qui peut bouger, qui ne doit pas bouger, qui ne peut bouger qu’à certaines conditions).
    Mais l’Afrique est aussi pénalisée du dedans par le fait que nous sommes le continent au monde qui compte le plus grand nombre de frontières internes. C’est ici que la taxe sur la mobilité est la plus chère au monde. Il faut donc élaguer les frontières.
    Libérer les circulations est devenu un impératif. Il y va non seulement de la survie de millions de nos gens, mais aussi de la réaffirmation de notre souveraineté. Comment le faire de façon pragmatique ?
    Il faut rouvrir le débat sur le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Ce principe fut ratifié par les Etats africains en 1963 au moment de la fondation de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Ce faisant, les Africains endossèrent la partition du continent opérée lors de la conférence de Berlin en 1884 par les puissances européennes.
    Il faut rouvrir ce débat dans la mesure où ce principe d’intangibilité, qui était supposé consacrer la souveraineté des Etats nationaux, est désormais un facteur d’émasculation de cette souveraineté dans le contexte des politiques antimigratoires poursuivies par l’Europe.
    Il faut le rouvrir non pas pour abolir dans l’immédiat les frontières héritées de la colonisation, mais pour définir des étapes concrètes visant à atteindre cet objectif d’ici à 2050.
    Nous avons besoin de définir, pour nous, notre propre politique migratoire. Celle-ci ne doit pas dépendre des diktats de l’Europe. Ceci exige la mise en place d’un pacte continental sur les migrations intra-africaines. L’objectif de ce pacte serait de transformer le continent en un vaste espace de circulation pour tous ses enfants.
    Des expériences ont déjà cours et vont dans ce sens, notamment dans plusieurs parties de l’Afrique de l’Ouest.
    Dans l’immédiat, il nous faut déclarer un moratoire sur les déportations. Il nous faut mettre un terme à la longue histoire des déportations et des déplacements forcés sur ce continent. Il faut arrêter les déportations. Nous devons, en ce siècle, mettre un terme à cette horrible pratique qui aura confiné les Africains à ne jamais se déplacer que dans des chaînes. Il faut désenchaîner les corps noirs, arrêter de les souiller, et ouvrir, pour nous-mêmes, une nouvelle page de notre longue lutte pour l’affranchissement et la dignité.
    Plus concrètement encore, nous devons procéder à une refonte générale de la politique des visas à l’intérieur de l’Afrique. Les nouvelles technologies nous permettent, par exemple, de passer à un nouveau stade où chaque détenteur d’un passeport africain qui voyage à l’intérieur du continent se verrait octroyer un visa à l’arrivée.
    Il nous faut encourager les Etats à passer des accords réciproques qui permettent d’abroger les visas entre eux.
    Cette phase de détente devrait ouvrir la voie à des changements plus structurels et à long terme. Elaguer puis moderniser les frontières, dans le sens de les rendre plus fluides, afin qu’elles puissent favoriser le passage et la flexibilité.
    Un énorme travail est à faire de ce point de vue en matière de modernisation des régimes d’identité. Que d’ici à 2050 chaque Africain puisse disposer d’un acte de naissance, d’une carte d’identité, bref de documents biométriques virtuellement infalsifiables. Si au passage un tel effort aboutit à élargir le champ des surveillances, ce sera le modique prix à payer pour intensifier les circulations internes.
    Aller au-delà des lumières

    Le recours aux nouvelles technologies nous permettra également de mettre en place des bases de données que les Etats pourront partager entre eux dans le but de diminuer les risques, car ceux-ci existent. En matière d’échanges commerciaux, l’une des priorités est l’instauration de postes douaniers uniques qui permettraient d’alléger la contrebande aux frontières.
    L’Afrique doit sortir du paradigme de la clôture et de l’enfermement qui anime la politique antimigratoire de l’Union européenne. Nous devons aller au-delà des notions héritées des Lumières, à l’instar du « droit d’hospitalité ». En matière de traitement des étrangers et des hôtes, nos traditions philosophiques ont toujours reposé sur un socle anthropologique élargi. Le sociologue marocain Mehdi Alioua a ainsi montré comment, dans les oasis du désert saharien, une tradition multiséculaire d’hospitalité a longtemps prévalu.
    Elle reposait sur une agriculture qui soutenait cette hospitalité. Faute de palmiers, arbres fruitiers et légumineuses étaient mis à contribution. Une partie des récoltes était toujours épargnée. Des protéines et calories étaient réservées pour les voyageurs, mais aussi les oiseaux et les insectes qui arrivaient à l’improviste, surtout en cas de disette.
    Que dire du droit à une demeure (right of abode) inscrit dans la Constitution ghanéenne ? Il s’agit du droit à un abri, le droit sinon à un chez-soi, du moins à un lieu que l’on peut habiter en tout repos.
    Dans le cas ghanéen, les bénéficiaires d’un tel droit sont essentiellement des personnes de descendance africaine dont les ancêtres furent autrefois déportés à l’époque de la traite des esclaves. Il s’agit donc de personnes qui, à un titre ou à un autre, sont nos parents, des êtres humains avec lesquels nous lient des liens de parenté lointains et, au besoin, fictifs. Ces parents ne sont pas des allogènes. Mais ils ne sont pas non plus des autochtones ou des natifs d’un lieu.
    Il existe donc dans nos traditions des bases pour élargir le débat contemporain sur les migrations et le sortir des impasses philosophiques d’une Europe qui tourne en rond. Le droit à l’hospitalité suppose un visiteur qui vient d’ailleurs, qui n’est pas un parent, qui est un allogène, et un hôte, un autochtone, qui le reçoit, l’héberge et au besoin prend soin de lui. Ce droit est supposé bénéficier non seulement aux visiteurs, mais aussi aux réfugiés, à ceux et celles qui fuient une menace. Dans ses considérations sur la paix perpétuelle, Kant affirme que ce droit à l’hospitalité est un droit universel.
    Il est inconditionnel dans le sens où, à supposer qu’un étranger frappe à notre porte et demande à rentrer, nous sommes dans l’obligation de lui ouvrir la porte et de lui accorder un abri si, en le renvoyant chez lui, il risque de perdre sa vie. Kant précise cependant que nous ne sommes pas obligés de faire de cet étranger un membre à part entière de notre communauté. Son séjour parmi nous ne peut pas être permanent par définition. Ce séjour est appelé, à un moment donné, à prendre fin car il est de la nature de l’étranger de devoir repartir à un moment donné.
    Le droit ghanéen à une demeure peut être élargi au-delà des parents réels ou fictifs. Le rêve est que chacun puisse affirmer : « Le chez-moi, c’est le cosmos. » C’est l’ensemble de l’univers dont je suis l’un des habitants parmi d’autres habitants. Alors que notre monde devient chaque jour plus petit et que le temps nous est désormais compté, il nous faut réhabiliter cette appartenance première à l’univers. Elle doit primer sur l’appartenance seconde à un Etat territorial donné.

    https://www.liberation.fr/debats/2019/11/13/achille-mbembe-peut-on-etre-etranger-chez-soi_1763182
    #Mbembe #frontières #ouverture_des_frontières #immobilité #vulnérabilité #vulnérabilisation #immobilisation #capacité_de_mobilité #capacité_de_circulation #Africains #contrôles_frontaliers #corps #externalisation_des_frontières #externalisation #frontières_internes #liberté_de_mouvement #liberté_de_circulation #souveraineté #colonisation #intangibilité_des_frontières #déportation #visas #régimes_d'identité #circulation_interne #droit_d'hospitalité #droit_à_une_demeure (#right_of-abode) #chez_soi #chez-soi

    En lien avec le thème de #faire_monde :

    Le rêve est que chacun puisse affirmer : « Le chez-moi, c’est le cosmos. » C’est l’ensemble de l’univers dont je suis l’un des habitants parmi d’autres habitants. Alors que notre monde devient chaque jour plus petit et que le temps nous est désormais compté, il nous faut réhabiliter cette appartenance première à l’univers. Elle doit primer sur l’appartenance seconde à un Etat territorial donné.

    ping @karine4

    • Nous, collectifs d’habitants des quartiers populaires, ne cessons de dénoncer les inégalités de fait et les discriminations subies et installées sur le plan économique, social et éducatif, et ce malgré les différentes politiques publiques de la Ville, qui se sont succédées (oups, pas de SR à Libé ? même mon correcteur d’ortho tique) depuis plusieurs décennies.

      Les dernières annonces du gouvernement ne sont clairement pas à la hauteur des problématiques existantes, notamment sur la question de l’Education.

      #école #enfants #banlieue #inégalités

  • Du Bois, l’œuvre au noir - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2019/11/20/du-bois-l-oeuvre-au-noir_1764563

    Près de 120 ans après sa parution aux Etats-Unis, le classique de l’enquête sociologique « les Noirs de Philadelphie » est enfin traduit par Nicolas Martin-Breteau. Fondateur oublié de la sociologie aux côtés de Durkheim et Weber, Du Bois est un précurseur des « black studies » ou de l’intersectionnalité.

    #WEB_Du_Bois #livre #sociologie

  • « On ne peut plus rien dire », une expression passée au crible - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2019/11/17/on-ne-peut-plus-rien-dire-une-expression-passee-au-crible_1763925

    Se déverse tout le catalogue des sujets de diversion qui emplissent les grilles de #LCI à longueur d’année. Toute l’émission tourne (pour la démentir ou la confirmer) autour de la ritournelle « on ne peut plus rien dire ». Examinons cette paresseuse proposition. Chaque mot y est #mensonge, truquage, #manipulation, omission.

  • Et maintenant, le gouvernement s’attaque aux compensations du travail de nuit
    https://www.marianne.net/societe/et-maintenant-le-gouvernement-s-attaque-aux-compensations-du-travail-de-nu

    La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, planche sur le report à minuit le début du travail de nuit dans les commerces alimentaires. Les syndicats dénoncent un « cadeau » aux grandes enseignes.

    #travail #guerre_aux_pauvres