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  • Ballon brun - Le Courrier
    https://lecourrier.ch/2019/12/16/ballon-brun

    De fait, le joueur ukrainien de 30 ans ne cache guère ses sympathies pour l’extrême droite et notamment son leader historique, Stepan Bandera. En 2015, Román Zozulya avait ainsi affiché sa ressemblance avec le collaborateur des nazis dans un tweet qu’il n’a jamais effacé. Ce « patriote », comme il se désigne, est aussi fondateur et financier d’une milice engagée au Donbass, baptisée Narodna Armiya (Armée du peuple), délicate référence à l’armée homonyme de Symon Petlioura, responsable de dizaines de milliers d’assassinats de juifs en 1919-1920.

    Un lourd passif qui n’empêche pas M. Zozulya d’apparaître en victime de la « violence » des supporters. Dans une communication digne de 1984, la Fédération espagnole de football (RFEF) a soutenu la décision arbitrale, en insistant sur sa « condamnation » du « racisme » et de la « xénophobie » dont aurait été victime le joueur ukrainien. Les dizaines de footballeurs de couleur jouant chaque week-end en Espagne sous les cris de singes des « supporters », sans que jamais un match n’ait été stoppé, apprécieront à sa juste mesure le plaidoyer fédératif. Dommage également que ces belles paroles n’aient jamais été appliquées aux chants ouvertement racistes (« quel dommage que ton canot n’ait pas crevé »), aux drapeaux fascisants, aux insultes homophobes et aux banderoles sexistes, qui polluent régulièrement les stades espagnols.

  • #Conférence_de_presse « La solidarité n’est pas un crime »
    https://www.facebook.com/sosf.fanpage/videos/786198595185108/?hc_location=ufi
    #délit_de_solidarité #statistiques #chiffres #asile #migrations #réfugiés #frontières #Suisse

    Pétition
    La solidarité n’est pas un crime ! Pour une modification de l’article 116 de la Loi fédérale sur les étrangers et l’intégration

    Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

    De plus en plus, des individus venant en aide à des personnes en situation de très grande détresse se retrouvent face à un tribunal, parce qu’ils n’ont pas respecté l’article 116 de la Loi fédérale sur les étrangers et l’intégration (LEI) qui interdit l’aide à l’entrée, à la sortie et au séjour illégaux. Lisa Bosia, Norbert Valley ou encore Anni Lanz sont des exemples emblématiques de l’acharnement des autorités à casser l’élan de solidarité envers les réfugié·e·s qui grandit au sein de la population. Au lieu de rendre des comptes à propos de leur pratique de renvoi plus que discutable, elles se servent du droit pénal pour s’attaquer aux personnes qui agissent de manière critique.

    La solidarité n’est pas un crime. Elle doit être encouragée et non réprimée. Alors que toujours davantage d’exilé·e·s se retrouvent dans une grande précarité en raison des politiques xénophobes des gouvernements européens, l’assistance à autrui doit aller de soi, peu importe les papiers.

    Mesdames et Messieurs les Parlementaires, vous aurez bientôt une occasion de faire honneur à la tradition humanitaire de la Suisse et à des personnages dont nous pouvons être fiers comme Paul Grüninger ou Carl Lutz : soutenez l’initiative parlementaire 18.461 « En finir avec le délit de solidarité », qui vise à modifier l’article 116 de la LEI « pour ne plus criminaliser des individus prêtant assistance, dès lors que l’acte est désintéressé et que ces personnes n’en retirent aucun profit personnel ».


    http://article116.mystrikingly.com

    Pour télécharger la pétition en pdf :


    https://www.sosf.ch/cms/upload/pdf/Petition_Article116_Nouveau.pdf

    #Anni_Lanz #Solidarité_sans_frontières

    ping @isskein @karine4

    • Ouvrons les fenêtres

      La solidarité n’est pas un crime. Quelque 30’000 signatures ont été déposées mercredi pour que les amendes frappant des personnes venant en aide aux migrants cessent. L’an passé 972 personnes se sont retrouvées devant la justice… pour avoir fait preuve de générosité !

      La logique voudrait que soient condamnés des malhonnêtes qui exploitent la misère du monde : les passeurs, les usuriers, les marchands de sommeil. Mais, aujourd’hui, sous-louer à prix coûtant une chambre à une personne en détresse, aider un proche ou une personne frappée de non entrée en matière vous exposent à subir le marteau de la loi.

      Notre monde crève de son manque d’humanité ; mais il semble plus urgent à certains de combattre celles et ceux qui ne se résignent pas à vivre dans un monde sans cœur… Il est indispensable de biffer de la loi sur les étrangers et l’intégration ces dispositions liberticides.

      D’autant plus que, juridiquement, on ne comprend pas très bien à quoi correspond cette volonté de criminaliser des personnes qui n’ont rien fait de mal, à part écouter leur conscience. Ou plutôt, si on suit la logique profonde de cette législation, il semble urgent à d’aucuns de protéger la société contre l’aide désintéressée. Dans un monde fondé seulement sur le fric et le pouvoir, une démarche altruiste est en effet hautement suspecte et dangereuse pour l’ordre établi.

      Une initiative parlementaire demandant qu’il soit mis fin à ce dispositif légal va être débattue au printemps. Une nouvelle majorité est sortie des urnes cet automne. Il suffirait qu’une douzaine de députés de droite se rallient à ce texte pour faire bouger les lignes de crête. Ce serait là une belle occasion de montrer qu’un climat nouveau s’est effectivement installé au Palais fédéral.


      https://lecourrier.ch/2019/12/04/ouvrons-les-fenetres

  • Bolivie: un canevas serbe?

    https://lecourrier.ch/2019/11/26/bolivie-un-canevas-serbe

    Pour le conseiller en « révolution », il s’agit d’identifier le bon « momentum », le moment qui fera basculer l’opinion publique et favorisera ensuite la chute du « régime autoritaire » visé. En Bolivie, les incendies géants de cet été semblent avoir joué ce rôle.

    Le 25 août, le chef de Canvas retweetait une publication de son ancienne étudiante sur les incendies géants dans la Chiquitania (entre le Chaco et l’Amazonie), s’indignant que « la mauvaise gouvernance mène aux catastrophes environnementales ». Le 27, Jhanisse Vaca Daza lançait #SOSBolivia sur le compte Twitter de son ONG, Rios de Pie, qui est vite devenu un hashtag très utilisé par les opposants à Evo Morales.

    #Bolivie #CoupDEtat #putsch #SantaCruz #RévolutionsOranges #ExtrêmeDroite

    • Srda Popovic est un habitué de ce « Davos de la dissidence », comme il le décrit, orchestré par la Human Rights Foundation (HRF), où exerce Jhanisse Vaca Daza depuis quatre ans. Cette ONG de défense des droits humains, dont le siège social se situe dans l’Empire State Building, a été fondée en 2005 par Thor Halvorssen Jr., militant libéral issu de la grande bourgeoisie vénézuélienne. Son cousin Leopoldo López est un opposant notoire au gouvernement de Nicolás Maduro, sur une ligne anticommuniste.

      sinon momentum signifie impulsion (quantité de mouvement en mécanique).

  • « La Suisse doit réagir au coup d’Etat en Bolivie »

    https://lecourrier.ch/2019/11/20/la-suisse-doit-reagir-au-coup-detat-en-bolivie

    Quelque quatre-vingt personnalités de la gauche et des Verts demandent au Conseil fédéral de suspendre toute coopération économique, et de veiller à la protection des droits humains sur place. La démission forcée du président Evo Morales, selon eux, est un coup d’Etat.

    Le communiqué en PDF : https://drive.google.com/file/d/1LOfotFrm7CBSxRj7_VPbInxNEBH1JAy9/view

  • Pour une #révolution du #désir - #Le_Courrier
    https://lecourrier.ch/2019/11/17/pour-une-revolution-du-desir
    #despentes

    "Ces révolutions récentes, Virginie Despentes ne pensait pas les voir arriver : « On n’a jamais vu à ce point fléchir le patriarcat. J’ai passé ma vie en citoyenne de seconde zone : tout ce qui pouvait arriver de mal à quelqu’un de ‘différent’ était normal. Aujourd’hui, toutes les gamines savent que c’est possible d’être lesbienne et ça change tout. Et les jeunes qui refusent d’être d’abord des ‘ils’ ou des ‘elles’ existent. »

    Paul B. Preciado rappelle ce moment clé de 1947, lorsque le discours médical produit la notion de genre pour intégrer les corps des enfants intersexes, qui échappent à la distinction unique féminin/masculin. « Aujourd’hui, la possibilité d’une nouvelle épistémologie existe : il faut absolument être optimiste – et multiplier les modalités d’action. »"

  • #Extinction_Rebellion bloque le terminal des #jets_privés

    Les militants écologistes ont décidé de s’en prendre aux voyageurs les plus fortunés. Samedi, pendant près de trois heures, ils ont bloqué les entrées du bâtiment de Blandonnet en musique.


    https://lecourrier.ch/2019/11/17/extinction-rebellion-bloque-le-terminal-des-jets-prives
    #Genève #Suisse #résistance

  • #Polanski : l’homme, l’artiste et la critique

    Vendredi dernier, une nouvelle accusation de #viol contre Roman Polanski a mis un terme prématuré à la promotion de son nouveau long métrage, exercice délicat en pareilles circonstances. Jean Dujardin et Emmanuelle Seigner ont notamment annulé leur venue au JT de TF1 et à l’émission Boomerang sur France Inter. Les révélations de Valentine Monnier ne sont pas seulement embarrassantes pour le cinéaste et les comédiens de J’accuse. Deux semaines après le témoignage d’Adèle Haenel, elles acculent aussi la presse culturelle à une nécessaire remise question.

    Dans la tourmente, la critique s’accroche encore à son mantra : il faut distinguer l’homme et l’artiste. Dans les médias, la séparation s’opère par rubriques – les affaires à l’info, le cinéma à la culturelle. « Il y a l’homme et il y a le film, et la rédaction de France Inter fait son boulot par rapport aux accusations portées contre l’homme », tranchait sa directrice Laurence Bloch. Parti pris pour le moins surprenant, quand la politique des auteurs chère à la critique promeut les analyses biographiques. Chaque article souligne ainsi que ce film sur l’affaire Dreyfus est l’œuvre d’un cinéaste juif dénonçant l’antisémitisme, mais la plupart ignorent ou réfutent le parallèle évident avec la situation judiciaire et médiatique de Polanski – alors que lui-même encourage à mots couverts une telle lecture (lire notre exergue).

    Une critique schizophrène continue ainsi à célébrer aveuglément le cinéaste, toujours poursuivi par la justice étasunienne pour le viol de Samantha Geimer en 1977 et accusé de faits similaires par une dizaine de femmes depuis 2010. Une position devenue indéfendable après les enseignements de MeToo et l’électrochoc Haenel. Taire la « part d’ombre » de Polanski, ou refuser de la voir dans ses films, participe à la culture du viol, qui nie la parole des victimes et accorde l’« immunité artistique » aux créateurs de génie. Il faut en prendre conscience – ou l’assumer.

    Auteure d’un article dithyrambique sur Jean-Claude Brisseau1 en mai dernier, Camille Nevers semble l’avoir compris aujourd’hui : « Les planètes se sont alignées on ne sait par quelle belle aberration, des forces et des coïncidences se sont liguées pour nous empêcher, nous critiques aux mains blanches, de traiter sereinement la sortie de J’accuse en salles – son évaluation en tant que plus ou moins bon film dont le commentaire devrait se contenter. On peut toujours faire comme si, mais il faut beaucoup se contorsionner maintenant, ou y mettre beaucoup de dédain obstiné, pour feindre qu’il ne se passe rien à côté – et dedans. »

    https://lecourrier.ch/2019/11/14/polanski-lhomme-lartiste-et-la-critique

  • Revanche en Bolivie | Benito Perez
    https://lecourrier.ch/2019/11/11/revanche-en-bolivie

    Coup de tonnerre (ou d’Etat) : le président bolivien Evo Morales a démissionné hier en fin d’après-midi. Confronté depuis trois semaines à un mouvement de plus en plus insurrectionnel, l’ancien syndicaliste cocalero avait tenté plus tôt dans la journée d’apaiser la situation en annonçant de nouvelles élections et la rénovation complète du Tribunal électoral. Sans parvenir à calmer la fronde menée par la droite radicalisée. Source : Le Courrier

  • Vers une histoire de la violence , Le Courrier Suisse, 3 novembre 2019, par Francois Cusset
    https://lecourrier.ch/2019/11/03/vers-une-histoire-de-la-violence

    Vers une histoire de la violence
    La violence parle le langage du pouvoir. Le terme a toujours été le pivot d’un « tour de magie ancestral », selon ­l’historien François Cusset, qui consiste à agiter le « fantasme d’une violence imminente » pour justifier une violence « présente, dûment rationalisée ». L’histoire de la violence ? « Une histoire de la stigmatisation et de l’asservissement des populations. »
    dimanche 3 novembre 2019 François Cusset
    Vers une histoire de la violence
    Déploiement de la police montée lors des manifestations du 1er mai 2019 à Paris. FLICKR/CC/JEANNE MENJOULET
    Analyse

    Quand l’oligarchie athénienne qualifie de « barbare », il y a 2500 ans, l’immense majorité de la population extérieure à l’oligarchie – femmes, non-propriétaires, esclaves, étrangers, ennemis –, ce mot suffit à justifier par avance la violence d’Etat qui pourra être exercée contre eux. Et l’opération est plus explicite encore quand le conseiller à la sécurité nationale du président George W. Bush déclare en 2002 : « Un Etat voyou est n’importe quel Etat que les Etats-Unis déclarent tel ». Au-delà de la paranoïa belliqueuse post-11 septembre, l’arbitraire revendiqué de la formule sert à soumettre la justice à la puissance, ancestral coup de force rhétorique qui rappelle que si, comme le posait jadis (Blaise) Pascal le janséniste, « la justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique », l’équilibre de ces deux pôles reste une vue de l’esprit, et l’usage officiel de la force sera toujours le meilleur moyen de s’arroger les vertus de la justice.

    Les exemples ne se comptent plus de cette vieille prestidigitation des pouvoirs, consistant à agiter le fantasme d’une violence imminente, et archaïque, pour justifier une violence présente, dûment rationalisée. Les migrants qu’on rafle et qu’on expulse pour le danger supposé de certains d’entre eux ou juste, à mots de moins en moins couverts, pour les emplois et les allocations qu’on ne peut pas distribuer sans limites, ni faire violence à ceux qui y auraient vraiment droit. Le missile israélien qui déchiquette quelques familles dans les territoires palestiniens pour l’attentat terroriste qu’ils seraient là-bas, d’après les services secrets, en train de fomenter dans l’ombre.

    Ou encore, moins spectaculaire, le militant écologiste qu’on jette en prison pour avoir arraché des plants de maïs, comme si les pesticides et les OGM n’exerçaient pas la plus grande des violences sur les corps et les biotopes. Et le jeune punk délogé avec brutalité de sous une porte cochère parce que sa forme de vie ou ses atours sont associés par la bien-pensance publique au parasitisme, au vandalisme ou à l’égoïsme anti-social. On n’est jamais très loin de l’autre bout du spectre, où la jeune femme venue déposer plainte pour agression sexuelle et le citadin gay pour insulte homophobe se voient reprocher plus ou moins implicitement un accoutrement ou des choix d’existence qui feraient violence à la bienséance voire à l’ordre public. Par cette inscription, cette façon de légitimer les arbitraires d’Etat, par les méfiances et les rancœurs qui relient les uns et les autres, la violence, bien plus que la déflagration d’un instant, est une chaîne de conséquences, une émotion circulatoire, le piège d’un circuit sans fin.

    C’est le premier problème que posent le mot et le concept de violence, qui rend difficile le travail nécessaire, mais délicat pour historiciser ces questions. Faire une histoire de la violence, pour en comprendre les formes d’aujourd’hui et l’usage tactique dans les luttes de résistance, est donc hautement problématique. Car si la violence légitime est exercée au nom d’une violence antérieure, pour « pacifier » les sociétés comme on le dit depuis la Seconde Guerre mondiale, alors tout dans une telle histoire risque bel et bien d’être à double lecture. Et de fait, le grand tournant historique ici, autour des conquêtes coloniales et de la naissance de l’Etat moderne, sur une longue période qui va du XVIe au XIXe siècles, nous a toujours été présenté comme celui d’une atténuation et d’un encadrement juridique et politique (voire « civilisationnel ») de la violence – alors que l’historiographie récente a pu enfin démentir cette approche et démontrer que les violences d’Etat et les violences coloniales ont été bien pires, par leur bilan quantitatif comme leur ordre normatif, que la conflictualité ordinaire, celle de la vie sociale traditionnelle ou des luttes intercommunautaires, qu’elles étaient censées réduire.

    A l’insécurité résiduelle, avant le Code pénal et l’éclairage nocturne, de nos villes et nos villages, où en effet on pouvait impunément détrousser le visiteur ou occire le manant, l’Etat moderne a substitué ses cadres coercitifs, normalisateurs et centralisateurs, et sa passion punitive légale, à mesure que se creusait le fossé entre le danger objectif et la sanction pénale : entre les années 1980 et aujourd’hui, par exemple, pendant que chutaient en France les taux d’homicides, mais aussi de délits pénaux moindres, la population carcérale a été multipliée par 2,3, « inutilement » en somme.

    Pour compléter ces deux axes majeurs de l’histoire politique moderne – conquête coloniale et formation de l’Etat – on peut ajouter que celle-là s’est prolongée, une fois acquises les indépendances nationales sur les continents concernés (de 1802 pour Haïti à 1962 pour l’Algérie), sous la forme d’un endocolonialisme1 du cru, entretenu par la tutelle économique et morale des anciennes métropoles, ou des nouvelles puissances. Quant à celle-ci (la formation de l’Etat), elle est ce qui a permis aux guerres entre nations voisines, qui avaient toujours existé, d’acquérir une forme rationnelle et systématique et une échelle absolument inédite, qui culminèrent avec les deux guerres mondiales et leur mobilisation totale des corps et des esprits – pas besoin d’être un naïf anarchiste pour y voir une conséquence directe de l’inflation de la forme-Etat, d’un Etat « paroxystique ». Plus simplement dit : Napoléon fait édicter les codes civil et pénal, mais il ravage l’Europe ; les papes de la Renaissance sauvent les âmes des autochtones, mais en en faisant massacrer les corps ; la France apporte en Afrique du Nord l’éducation publique et quelques infrastructures, mais aussi la torture et le racisme d’Etat ; et si lois et normes se sont imposées peu à peu dans les foyers et les rues, d’Occident d’abord, y limitant les risques de désordres imprévus, ce fut avant tout sur les cadavres, innombrables, des insurgés de 1848, des communards de 1871, des mineurs de 1947 ou des refuzniks les plus têtus des années 1970 – ou encore, pour que nous vivions en paix à l’ère du « zéro mort » policier, sur les cadavres de Malik Oussékine, Carlo Giuliani ou Rémi Fraisse. Ou juste les 3000 blessures graves infligées par les policiers français en 30 samedis de « gilets jaunes ».

    En plus de la colonisation qui aurait sorti les peuples primitifs de l’arriération guerrière, et de l’Etat moderne qui aurait pénalisé les arbitraires locaux et les violences interindividuelles (jusqu’aux duels, dont la pratique disparaît enfin au début du XXe siècle), le troisième pilier de cette histoire de la modernité comme pacification sociale et restriction de la violence est à trouver du côté de la civilité. A partir du XVIIe siècle, la civilité est diffusée par les manuels de savoir-vivre et les nouvelles règles descendantes, prônées par l’aristocratie puis la bourgeoisie, ces règles neuves qui recommandent de ne pas se moucher dans la nappe, de discuter au lieu de frapper, d’être pudique et mesuré en toutes occasions.

    C’est la grande thèse du sociologue Norbert Elias sur le « processus de civilisation » comme intériorisation des normes et autorépression de la violence. Sauf qu’elle a été mal comprise, et que même Elias, plus subtil que ses exégètes, en énumérait les limites : la violence des barrières sociales qu’instaurent ces normes ; le mal-être et les complexes imputables à cette privatisation de l’existence ; et surtout les exceptions de taille que sont, au fil de ce processus de trois siècles, les mouvements sociaux qu’on massacre, l’Etat qui punit injustement, les peuples colonisés qui n’ont pas droit à un traitement aussi civil, les guerres de plus en plus longues et sanglantes qui dérogent à tout cela. Difficile, en un mot, de tracer ici le fil continu d’une histoire unidirectionnelle, qui verrait quand même, grosso modo, dans l’ensemble, réduite la violence collective et pacifiées les mœurs communes.

    La pire violence est rationnelle

    Une histoire de la violence à l’ère moderne doit donc être surtout une histoire de la stigmatisation et de l’asservissement des populations sous le prétexte, multiforme et récurrent, d’en prévenir, d’en punir, d’en empêcher ou d’en « civiliser » la violence première – autrement dit, la violence instinctuelle, barbare, inéduquée, infantile, subjective, incontrôlable, là où la violence punitive, parce que légitime, et ne s’appelant donc plus violence, serait rationnelle, légale, élaborée, légitime, adulte, objective, mesurée.

    Certitude intemporelle : le pouvoir n’existe que pour pointer et endiguer une violence qu’il dit originelle. Et que celle-ci soit ou non un mythe, son discours infini sur elle et ses actes officiels contre elle finissent par la faire exister, au moins dans nos esprits rompus à l’idée qu’à l’origine est la violence (du Big Bang, de l’accouchement, ou du sauvage que personne encore n’a sauvé de lui-même) et qu’au terme d’une évolution digne, se trouverait l’apaisement (par les lois, l’éducation, l’ordre, la culture, les institutions, sans même parler du commerce).

    C’est précisément ce postulat profondément ancré, ce postulat d’une violence chaotique des origines à endiguer et à prohiber, qu’une véritable contre-histoire de la violence, ou une histoire des usages de la catégorie de violence, doit avoir à cœur de démonter – de mettre à nu. C’est aussi capital, et moralement faisable, que de démonter, sous l’occupation, le mensonge des affiches de propagande nazie qui présentaient la résistance comme violence sauvage et terrorisme meurtrier. Car ce récit des origines nous voile les vérités de l’histoire, à l’instar des fictions sur « l’état de nature », bien sûr introuvable dans l’histoire réelle, qui sous-tendent les simplismes de droite, avec leur méchant Léviathan venu encadrer le chaos effrayant où « l’homme est un loup pour l’homme », aussi bien que les angélismes de gauche, avec leur bon sauvage rousseauiste et leur civilisation venue corrompre l’humain pacifique. Il n’y a pas de bon sauvage ni de loup-pour-l’homme qui tiennent : loin de ces mythes, il y a les dialectiques de l’histoire, qui ont fait de l’Etat moderne comme de la civilité partout promue des forces à double effet, émancipatrices et répressives, autorisant une rupture avec la tradition aussi bien qu’une re-normalisation coercitive.

    Pendant ce temps, les violences insurrectionnelles décriées et brutalement réprimées, au présent de leur irruption, par les classes dirigeantes, furent la seule communauté réelle d’un peuple que tout divisait par ailleurs et, bien souvent, le seul moyen d’obtenir des avancées effectives sur le terrain du droit, des conditions de vie et de travail, de l’égalité sociale et des libertés civiles – au fil de trois siècles d’émeutes et d’insurrections noyées dans le sang, mais sans lesquelles les quelques progrès de l’histoire moderne n’eurent jamais été obtenus.

    La violence instinctuelle existe évidemment, mais elle n’est que ponctuelle, là où la violence instituée, rendue invisible par les dispositifs de justification étatico-normatifs, dévaste et tue partout et en continu. « Le plus dangereux, dans la violence, est sa rationalité », concluait Michel Foucault en 1979. Les montages financiers ultra-complexes qui mettent en faillite des pays lointains, les exploits technologico-industriels qui mettent en danger la pérennité de la vie sur Terre, ou les trésors d’intelligence stratégique et de créativité esthétique déployés pour produire à l’excès et vendre n’importe quoi ne cessent, aujourd’hui, d’en apporter la désolante illustration – outre qu’ils rappellent que derrière les guerres et les massacres, les sexismes qui tuent et les racismes qui assassinent, la violence la plus dévastatrice aujourd’hui est sans conteste la violence de l’économie. Et ce, d’abord sur les psychés, exsangues, humiliées, pressurisées, réduites à la haine de soi et à l’horizon bouché des rivalités constantes, dont on ne se libère qu’en sautant par la fenêtre.

    Notes
    1. ↑ Forme de néocolonialisme où, malgré l’indépendance nationale, le pays colonisé reste économiquement et politiquement sous l’emprise du colon.

    L’auteur est historien des idées et professeur à l’Université de Nanterre. Récente publication : Le déchaînement du monde : logique nouvelle de la violence, La Découverte, 2018.

    Article paru (version longue) dans Moins !, journal romand d’écologie politique, dossier : « La violence en question », n°43, oct.-nov. 2019.

  • #Suicide au centre de requérants

    Un jeune homme s’est suicidé au centre pour demandeurs d’asile de #Boudry. Des organisations dénoncent un manque d’accompagnement et d’accès aux soins médicaux.


    https://lecourrier.ch/2019/11/03/suicide-au-centre-de-requerants
    #centre_fédéral #centres_fédéraux #mort #décès #mourir_dans_la_forteresse_europe #Suisse #asile #migrations #réfugiés

    • Les Kurdes de Syrie ont commencé à payer le prix de la trahison de l’Occident. Une pluie de bombes s’est abattue mercredi après-midi sur les villes frontière, précédant de peu une offensive terrestre de l’armée turque et de ses alliés islamistes de Syrie. Le macabre décompte des victimes peut débuter. On imagine l’effroi qui a saisi les habitants du #Rojava déjà durement éprouvés par plusieurs années de guerre contre les djihadistes.

      Le tweet dominical de Donald Trump avait annoncé la trahison ultime des Etats-Unis. Mais l’offensive turque répond à une logique plus profonde. A force de voir l’Union européenne lui manger dans la main, à force de jouer sans trop de heurts la balance géopolitique entre Moscou et Washington au gré de l’opportunisme des deux grandes puissances, Recep Tayyip Erdogan a des raisons de se sentir intouchable. Lorsqu’en 2015 et 2016, il faisait massacrer sa propre population dans les villes kurdes de Cizre, Nusaybin, Silopi ou Sur, le silence était de plomb.

      L’offensive débutée hier, le sultan l’annonce de longue date, sans provoquer de réaction ferme des Européens. La girouette Trump a bon dos : en matière d’allégeance à Ankara, les Européens sont autrement plus constants.

      Il faudra pourtant stopper Erdogan. Laisser le #Kurdistan_syrien tomber aux mains des milices islamistes et de l’armée turque reviendrait à cautionner un crime impardonnable. A abandonner des centaines de milliers de civils, dont de très nombreux réfugiés, et des milliers de combattants de la liberté à leurs bourreaux. Ce serait également la certitude d’une guerre de longue durée entre la Turquie et sa propre minorité kurde, environ un cinquième de sa population.

      Plusieurs pays européens ont réclamé une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU. Le signe d’un sursaut ? L’espoir d’un cessez-le-feu rapide ? Ou des jérémiades d’arrière-garde, qui cesseront dès que la Turquie aura atteint ses objectifs ?

      Comme souvent, la superpuissance étasunienne détient les cartes maîtresses. Et Donald Trump n’en est pas à son premier virage intempestif. S’il a donné son feu vert à Erdogan, le républicain se retrouve coincé entre les interventionnistes et les isolationnistes de son propre parti. Hier, le premier camp s’indignait bruyamment. Exerçant une pression redoutable pour un président déjà affaibli par le dossier ukrainien.

      Il faudra qu’elle pèse aussi sur les dirigeants européens. La solidarité avec le Rojava doit devenir une priorité du mouvement social et des consciences.

      https://lecourrier.ch/2019/10/09/il-faut-stopper-erdogan

    • Rojava : une guerre de classe !

      L’invasion du Nord de la Syrie par l’armée turque marque non seulement le retour à la pratique des guerres coloniales mais c’est aussi et surtout une riposte létale du capitalisme à toute initiative d’émancipation sociale et d’autonomie des peuples asservis...


      ... et on est tous bien obligés de constater que la soi-disant « construction européenne » reste immobile et impuissante devant des événements qui laissent malheureusement pressentir une catastrophe humanitaire.

      Comme si nous étions replongés à la veille de la deuxième guerre mondiale, avec le « Mourir pour Dantzig ? » de Marcel Déat publié à la une de « l’Oeuvre » le 4 mai 1939, qui n’était que la réaction d’un pacifisme dévoyé au « lâche soulagement » des « accords de Munich » donnant les mains libres à Hitler pour s’emparer du minerai de fer tchécoslovaque...

      Aujourd’hui où le sultan-dictateur Erdogan profite du dérangement mental du maître américain pour déclencher une guerre impérialiste, il ne s’agit pas de « mourir pour le Rojava » mais de sauver les Kurdes d’un massacre annoncé et programmé de longue date par le capitalisme ottoman qui redoute la contagion politique et sociale diffusée par le municipalisme libertaire du Rojava dont les idées, reprises par le PKK, seraient susceptibles de se répandre en Turquie même !

      Le rouleau-compresseur de l’armée turque est donc l’instrument d’une guerre de classe.

      Alors est-il possible de tolérer que la Turquie soit encore membre de l’OTAN ?

      Par ailleurs, cette offensive ne va-t-elle pas profiter aux hordes barbares de l’ex califat DAESH pour se regrouper afin de poursuivre le djihad ?

      En 1871, l’armée prussienne qui assiégeait Paris, avait autorisé le passage de plusieurs divisions versaillaises pour qu’elles prennent les Fédérés à revers. Et ensuite, elle avait assisté, impassible, aux massacres de la Semaine Sanglante !

      Allons nous, aujourd’hui, rester indifférents à cette opération génocidaire ?

      Un crime contre l’humanité.

      https://blogs.mediapart.fr/vingtras/blog/111019/rojava-une-guerre-de-classe-0

  • Syria-Turkey briefing: The fallout of an invasion for civilians

    Humanitarians are warning that a Turkish invasion in northeast Syria could force hundreds of thousands of people to flee their homes, as confusion reigns over its possible timing, scope, and consequences.

    Panos Moumtzis, the UN’s regional humanitarian coordinator for Syria, told reporters in Geneva on Monday that any military operation must guard against causing further displacement. “We are hoping for the best but preparing for the worst,” he said, noting that an estimated 1.7 million people live in the country’s northeast.

    Some residents close to the Syria-Turkey border are already leaving, one aid worker familiar with the situation on the ground told The New Humanitarian. Most are staying with relatives in nearby villages for the time-being, said the aid worker, who asked to remain anonymous in order to continue their work.

    The number of people who have left their homes so far remains relatively small, the aid worker said, but added: “If there is an incursion, people will leave.”

    The International Rescue Committee said “a military offensive could immediately displace at least 300,000 people”, but analysts TNH spoke to cautioned that the actual number would depend on Turkey’s plans, which remain a major unknown.

    As the diplomatic and security communities struggle to get a handle on what’s next, the same goes for humanitarians in northeastern Syria – and the communities they are trying to serve.

    Here’s what we know, and what we don’t:
    What just happened?

    Late on Sunday night, the White House said that following a phone call with Turkish President Recep Tayyip Erdogan, “Turkey will soon be moving forward with its long-planned operation into Northern Syria,” adding that US soldiers would not be part of the move, and “will no longer be in the immediate area”.

    The Syrian Democratic Forces (SDF) – the Syrian-Kurdish-led militia that until now had been supported by the United States and played a major role in wresting territory back from the so-called Islamic State (IS) group in Syria – vowed to stand its ground in the northeast.

    An SDF spokesperson tweeted that the group “will not hesitate to turn any unprovoked attack by Turkey into an all-out war on the entire border to DEFEND ourselves and our people”.

    Leading Republicans in the US Congress criticised President Donald Trump’s decision, saying it represents an abandonment of Kurdish allies in Syria, and the Pentagon appeared both caught off-guard and opposed to a Turkish incursion.

    Since then, Trump has tweeted extensively on the subject, threatening to “totally destroy and obliterate the economy of Turkey” if the country does anything he considers to be “off limits”.

    On the ground, US troops have moved out of two key observation posts on the Turkey-Syria border, in relatively small numbers: estimates range from 50 to 150 of the total who would have been shifted, out of around 1,000 US soldiers in the country.
    What is Turkey doing?

    Erdogan has long had his sights on a “safe zone” inside Syria, which he has said could eventually become home to as many as three million Syrian refugees, currently in Turkey.

    Turkish Interior Minister Süleyman Soylu said in August that only 17 percent of Turkey’s estimated 3.6 million Syrian refugees come from the northeast of the country, which is administered by the SDF and its political wing.

    Turkish and US forces began joint patrols of a small stretch of the border early last month. While Turkey began calling the area a “safe zone”, the United States referred to it as a “security mechanism”. The terms of the deal were either never made public or not hammered out.

    In addition to any desire to resettle refugees, which might only be a secondary motive, Turkey wants control of northeast Syria to rein in the power of the SDF, which it considers to be a terrorist organisation.

    One of the SDF’s main constituent parts are People’s Defense Units – known by their Kurdish acronym YPG.

    The YPG are an offshoot of the Kurdistan Workers’ Party, or PKK – a Turkey-based Kurdish separatist organisation that has conducted an insurgency against the Turkish government for decades, leading to a bloody crackdown.

    While rebels fight for the northwest, and Russian-backed Syrian government forces control most of the rest of Syria, the SDF currently rules over almost all of Hassakeh province, most of Raqqa and Deir Ezzor provinces, and a small part of Aleppo province.
    How many civilians are at risk?

    There has not been a census in Syria for years, and numbers shift quickly as people flee different pockets of conflict. This makes estimating the number of civilians in northeast Syria very difficult.

    The IRC said in its statement it is “deeply concerned about the lives and livelihoods of the two million civilians in northeast Syria”; Moumtzis mentioned 1.7 million people; and Save the Children said “there are 1.65 million people in need of humanitarian assistance in this area, including more than 650,000 displaced by war”.

    Of those who have had to leave their homes in Raqqa, Deir Ezzor, and Hassakeh, only 100,000 are living in camps, according to figures from the International Committee of the Red Cross. Others rent houses or apartments, and some live in unfinished buildings or tents.

    “While many commentators are rightly focusing on the security implications of this policy reversal, the humanitarian implications will be equally enormous,” said Jeremy Konyndyk, senior policy fellow at the Center for Global Development, and a former high-ranking Obama administration aid official.

    “All across Northern Syria, hundreds of thousands of displaced and conflict-affected people who survived the horrors of the… [IS] era will now face the risk of new violence between Turkish and SDF forces.”
    Who will be first in the firing line?

    It’s unlikely all of northeast Syria would be impacted by a Turkish invasion right away, given that so far the United States has only moved its troops away from two border posts, at Tel Abyad (Kurdish name: Gire Spi), and roughly 100 kilometres to the east, at Ras al-Ayn (Kurdish name: Serê Kaniyê).

    Depending on how far into Syria one is counting, aid workers estimate there are between 52,000 to 68,000 people in this 100-kilometre strip, including the towns of Tel Abyad and Ras al-Ayn themselves. The aid worker in northeast Syria told TNH that if there is an offensive, these people are more likely, at least initially, to stay with family or friends in nearby villages than to end up in camps.

    The aid worker added that while humanitarian operations from more than 70 NGOs are ongoing across the northeast, including in places like Tel Abyad, some locals are avoiding the town itself and, in general, people are “extremely worried”.
    What will happen to al-Hol camp?

    The fate of the rest of northeast Syria’s population may also be at risk.

    Trump tweeted on Monday that the Kurds “must, with Europe and others, watch over the captured ISIS fighters and families”.

    The SDF currently administers al-Hol, a tense camp of more than 68,000 people – mostly women and children – deep in Hassakeh province, where the World Health Organisation recently said people are living “in harsh and deplorable conditions, with limited access to quality basic services, sub-optimal environment and concerns of insecurity.”

    Many of the residents of al-Hol stayed with IS through its last days in Syria, and the camp holds both these supporters and people who fled the group earlier on.

    Last week, Médecins Sans Frontières said security forces shot at women protesting in a part of the camp known as “the annex”, which holds around 10,000 who are not Syrian or Iraqi.

    The SDF also holds more than 10,000 IS detainees in other prisons, and the possible release of these people – plus those at al-Hol – may become a useful bargaining chip for the Kurdish-led group.

    On Monday, an SDF commander said guarding the prisoners had become a “second priority” in the wake of a possible Turkish offensive.

    “All their families are located in the border area,” General Mazloum Kobani Abdi told NBC News of the SDF fighters who had been guarding the prisoners. “So they are forced to defend their families.”

    https://www.thenewhumanitarian.org/news/2019/10/08/syria-turkey-briefing-fallout-invasion-civilians
    #Syrie #Turquie #guerre #conflit #civiles #invasion #al-Hol #Kurdistan #Kurdes #camps #camps_de_réfugiés
    ping @isskein

    • Il faut stopper Erdogan

      Les Kurdes de Syrie ont commencé à payer le prix de la trahison de l’Occident. Une pluie de bombes s’est abattue mercredi après-midi sur les villes frontière, précédant de peu une offensive terrestre de l’armée turque et de ses alliés islamistes de Syrie. Le macabre décompte des victimes peut débuter. On imagine l’effroi qui a saisi les habitants du #Rojava déjà durement éprouvés par plusieurs années de guerre contre les djihadistes.

      Le tweet dominical de Donald Trump avait annoncé la trahison ultime des Etats-Unis. Mais l’offensive turque répond à une logique plus profonde. A force de voir l’Union européenne lui manger dans la main, à force de jouer sans trop de heurts la balance géopolitique entre Moscou et Washington au gré de l’opportunisme des deux grandes puissances, Recep Tayyip Erdogan a des raisons de se sentir intouchable. Lorsqu’en 2015 et 2016, il faisait massacrer sa propre population dans les villes kurdes de Cizre, Nusaybin, Silopi ou Sur, le silence était de plomb.

      L’offensive débutée hier, le sultan l’annonce de longue date, sans provoquer de réaction ferme des Européens. La girouette Trump a bon dos : en matière d’allégeance à Ankara, les Européens sont autrement plus constants.

      Il faudra pourtant stopper Erdogan. Laisser le #Kurdistan_syrien tomber aux mains des milices islamistes et de l’armée turque reviendrait à cautionner un crime impardonnable. A abandonner des centaines de milliers de civils, dont de très nombreux réfugiés, et des milliers de combattants de la liberté à leurs bourreaux. Ce serait également la certitude d’une guerre de longue durée entre la Turquie et sa propre minorité kurde, environ un cinquième de sa population.

      Plusieurs pays européens ont réclamé une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU. Le signe d’un sursaut ? L’espoir d’un cessez-le-feu rapide ? Ou des jérémiades d’arrière-garde, qui cesseront dès que la Turquie aura atteint ses objectifs ?

      Comme souvent, la superpuissance étasunienne détient les cartes maîtresses. Et Donald Trump n’en est pas à son premier virage intempestif. S’il a donné son feu vert à Erdogan, le républicain se retrouve coincé entre les interventionnistes et les isolationnistes de son propre parti. Hier, le premier camp s’indignait bruyamment. Exerçant une pression redoutable pour un président déjà affaibli par le dossier ukrainien.

      Il faudra qu’elle pèse aussi sur les dirigeants européens. La solidarité avec le Rojava doit devenir une priorité du mouvement social et des consciences.

      https://lecourrier.ch/2019/10/09/il-faut-stopper-erdogan

    • #Al-Hol detainees attack guards and start fires as Turkish assault begins

      Camp holding thousands of Islamic State suspects thrown into ’chaos’, says Kurdish official

      The Turkish assault on northeast Syria has prompted Islamic State group-affiliated women and youth in al-Hol’s camp to attack guards and start fires, a Kurdish official told Middle East Eye.

      Kurdish-held northeastern Syria has been on high alert since the United States announced on Sunday it would leave the area in anticipation of a Turkish offensive.

      Over the three days since the US announcement, chaos has broken out in the teeming al-Hol camp, Mahmoud Kro, an official that oversees internment camps in the Kurdish-run autonomous area, told MEE.

      Some 60,000 people suspected of being affiliated or linked to the Islamic State (IS) group, the majority women and children, are being held in the camp.

      “There are attacks on guards and camp management, in addition to burning tents and preparing explosive devices,” Kro told MEE from Qamishli.

      The status of al-Hol’s detainees has been a major concern since Turkey began making more threats to invade northeast Syria this year.

      In the phone call between Recep Tayyip Erdogan and Donald Trump on Sunday that precipitated the United States’ pullout, the US president pressed his Turkish counterpart on the fate of foreign IS suspects in Kurdish custody, MEE revealed.
      ‘Targeting our existence as Kurds’

      Turkey launched its assault on northeastern Syria on Wednesday alongside its Syrian rebel allies, aiming, it says, to push the Kurdish YPG militia at least 32km from the border.

      Ankara views the YPG as an extension of the outlawed PKK militant group.

      However, the YPG is a leading component of the Syrian Democratic Forces (SDF) militia, which has been Washington’s principal partner on the ground in the fight against IS.

      SDF fighters guard al-Hol, but Kro said the Turkish attack would draw them away to join the battle.

      “Any war in the region will force the present forces guarding the camp to go defend the border,” he said. “This will increase the chance of chaos in the camp.”

      Kro said that the administration in al-Hol has not made any preparations for a war with Turkey because the SDF’s priority is protecting northeast Syria and Kurds.

      “In terms of preparations, our first priority is protecting our region and existence,” he said. “The Turks are targeting our existence as Kurds to the first degree.”

      Some officials from the Syrian Democratic Council (SDC), the political wing of the SDF, agree with Kro’s assessment that the detainees in al-Hol could get out.

      “If fighting breaks out between the SDF and Turkey, security at prisons will relax and prisoners could escape,” Bassam Ishak, the co-chair of the SDC in the US, told MEE ahead of the offensive.

      Meanwhile, SDC spokesman Amjad Osman said, as other Syrian Kurdish officials have, that a Turkish attack on northeast Syria would negatively affect the continuing war on IS in the country.

      “We are committed to fighting terrorism,” he told MEE. “But now our priority is to, first of all, confront the Turkish threats. And this will have a negative effect on our battle against Daesh,” using the Arabic acronym for IS.

      However, Turkey has bristled at the suggestion that the camps and fight against IS will be endangered by Ankara’s offensive.

      “This blackmail reveals the true face of the YPG and demonstrates how it has no intent of fighting against IS,” a Turkish official told MEE.

      Some residents of northeast Syria are already starting to flee. Many fear yet another war in the country that is still dealing with the conflict between government and rebel forces, and lingering IS attacks.

      Osman stopped short of saying the SDF would pack up and leave al-Hol. However, it will be hard for the group to keep holding the Syrian, Iraqi and international detainees during such a war, he said.

      “We are trying as much as possible to continue protecting the camps,” Osman said. “But any attempt to drag us into a military battle with Turkey will have a dangerous impact.”

      https://www.middleeasteye.net/news/al-hol-detainees-attack-guards-and-start-fires-turkish-assault-begins
      #ISIS #Etat_islamique #EI

    • « Des dizaines de milliers de personnes de tous âges et de tous horizons. » Le lendemain matin, cruelle déception, France Culture m’apprend que seules 7 000 personnes ont défilé aux Invalides devant la dépouille de l’ancien président.

      #lol #Jacques_Chirac

      Depuis des jours que les télés nous saoulent avec son amour de la Corona, c’est forcément bouleversant de voir le président mis en bière.

      Quel exploit… Démagogie, clientélisme et passe-droits : le portrait du plus populaire des présidents français ne sera pas mieux brossé que par ses adorateurs.

      « C’est vrai que l’héritage économique de Chirac président n’est pas très conséquent », persifle l’économiste de TF1. Mais le président en question n’y est pour rien : « Il a subi une longue cohabitation avec Lionel Jospin… » Maudits socialo-communistes. « Et puis il a difficilement navigué entre explosions sociales (les grèves de 1995, les émeutes de 2015) et contraintes financières. » Si le social « explose », la finance « contraint ».

      « En réalité, c’est à Matignon que Chirac a marqué l’économie entre 1986 et 1988. Libération totale des prix pour favoriser le consommateur grâce à la concurrence. » Ah oui, cette fameuse concurrence qui, récemment, a vertigineusement fait chuter les prix de l’électricité. « Jusqu’alors, c’était l’Etat qui fixait le prix d’un café. » Souvenez-vous : sitôt son tarif libéré, le prix d’un café chutait de moitié.

      « Modernisation du marché du travail avec le développement du temps partiel… » Quoi de plus moderne que le temps partiel ? Sans parler des facilités accordées aux employeurs pour licencier et aux propriétaires pour augmenter les loyers, comme le rappelle l’historienne Ludivine Bantigny. « … Privatisation de soixante-cinq entreprises dans l’industrie et dans la banque… » Et dans le secteur de l’audiovisuel : Bouygues achète TF1 sous couvert de « mieux-disant culturel ». « … Baisse des impôts pour tous… » Sauf pour les plus modestes, exonérés de l’impôt sur le revenu. « … Et suppression de l’impôt sur les grandes fortunes. » Déjà ! Chirac avait trente ans d’avance.

      « Je voudrais qu’on réécoute les mots de Jacques Chirac en 2007 quand il quitte l’Elysée », propose la présentatrice. Extrait : « Ne composez jamais avec l’extrémisme, le racisme, l’antisémitisme ou le rejet de l’autre. Dans notre histoire, l’extrémisme a déjà failli nous conduire à l’abîme. C’est un poison. »

      #le_bruit_et_l'odeur, quoi
      So #80s ! #libéralisme #backlash_libéral
      J’ai beaucoup d’empathie pour ce monsieur qui s’oblige à regarder la télévision et voir toutes ces merdes...

    • Jacques Chirac, avec Bill Clinton, porte une lourde responsabilité dans le massacre de 8000 civils musulmans par les Serbes en Bosnie en 1995 :

      À la fin du mois de mai 1995, six semaines avant l’assaut sur Srebrenica, Bill Clinton et Jacques Chirac, respectivement présidents des États-Unis et de la France, ainsi que le
      Premier ministre britannique John Major se mettent d’accord pour suspendre les frappes aériennes de l’Otan contre les force serbes. Une décision majeure qu’ils ne transmettent pas aux autorités néerlandaises, et qui s’avère contraire à l’engagement qu’ils avaient pris de répliquer en cas d’attaque.

      « Le commandant néerlandais des forces de maintien de la paix à Srebrenica avait demandé une aide aérienne rapprochée à neuf reprises et on me l’avait par ailleurs promise. Mais rien ne s’est passé avant qu’il ne soit trop tard », confie à France 24 Joris Voorhoeve, ministre néerlandais de la Défense de l’époque. « J’ai découvert que derrière cette promesse, il y avait cet accord passé entre le Royaume-Uni, la France et les États-Unis de ne plus déclencher de frappes aériennes… Les trois alliés auraient dû discuter de cette décision avec les autorités des Pays-Bas. Nous avons été tenus dans l’ignorance », poursuit-il.

      C’est grâce à la déclassification de documents américains, il y a deux ans, que Voorhoeve peut aujourd’hui être aussi affirmatif. Dans ces notes, issues d’une réunion du 18 mai 1995 qui a réuni les principaux décideurs de l’administration Clinton, il est écrit : "L’administration a décidé de suspendre « discrètement » l’usage de frappes aériennes contre les Serbes dans un avenir proche, dans la mesure où les forces de maintien de la paix de l’ONU ont été trop exposées à la riposte serbe. Cette décision a reçu le soutien de Chirac et Major (comme ils en ont tous deux informé le président Clinton la veille)".

      Cette « vulnérabilité » des forces de l’ONU évoquée dans la note fait référence à la capture, quelques jours auparavant, de vingt-et-un casques bleus français et de treize observateurs militaires de l’ONU par les Serbes de Bosnie. Les otages avaient été déplacés et utilisés comme boucliers humains sur des sites stratégiques, afin de contraindre l’Otan à cesser ses frappes aériennes.

      https://www.france24.com/fr/20150710-nouveaux-documents-accusation-occidentaux-massacre-srebrenica-gue

      #Jacques-Chirac #Bosnie #Serbie #Epuration-ethnique

  • #Absolument_modernes ! de #Jérôme_Meizoz

    Absolument modernes ! est la chronique caustique et navrée de la #modernité suisse des années 1970 et 1980 : le pari sur la #croissance_illimitée, le culte du #marché et de la #technique. Entre satire et récit intime, un certain Jérôme Fracasse conte les #Trente_Glorieuses traversées par son père, ouvrier convaincu de l’« #avenir_radieux ». Documents, slogans et tracts d’époque autant que souvenirs de famille dessinent une période exaltée et ambiguë : la construction de l’#autoroute du Rhône, l’ouverture des #supermarchés, le règne de la #télévision et de la #voiture, le développement massif du #tourisme dans les #Alpes.

    La croyance heureuse du père dans le « #régime_des_promesses », la volonté de s’arracher à un passé de pénurie et le tourbillon de la #société_de_consommation : tels sont les grands traits de cette fresque où drôlerie et gravité sont indissociables.


    https://www.editionszoe.ch/livre/absolument-modernes

    #livre #Suisse #progrès #croissance #modernité

  • Stopper un génocide | Christophe Koessler
    https://lecourrier.ch/2019/09/17/stopper-un-genocide

    Lundi, les Nations Unies ont prévenu l’ensemble de la communauté internationale. Les quelque 600 000 Rohingya vivant encore en Birmanie sont sous la menace d’un génocide. Les experts de l’ONU ont des « motifs raisonnables de conclure que les éléments de preuve qui permettent de déduire l’intention génocidaire de l’Etat […] se sont renforcés ». Source : Le Courrier

  • Le vent se lève contre les #GAFA

    Nous assistons peut-être au début de la fin d’une toute-puissance. Ou, du moins, à un certain contrôle des pratiques et de l’emprise globale des géants du #Web. Avec l’avènement d’#internet et la digitalisation accélérée de nos vies et de l’économie, les monstres du secteur que sont #Google, #Apple, #Facebook et #Amazon – les GAFA – ont développé d’immenses #empires en surfant sur le manque de #régulation d’un business totalement nouveau et a priori sans frontières. Au point de rendre une partie de l’humanité captive de leurs services et de leurs politiques commerciales.

    Mais, après des années de laisser-faire au nom de la libre entreprise, les Etats veulent enfin sonner la fin de la récréation. Les chantiers ne manquent pas, tant les GAFA ont su contourner les lois pour étendre leurs tentacules.

    D’abord, la collecte massive de données qu’ils effectuent à des fins publicitaires, voire politiques. Ensuite, leur « optimisation fiscale » poussée au paroxysme. Les géants du net payent, en moyenne, deux fois moins d’impôts que les entreprises traditionnelles, grâce à des délocalisations de bénéfices déclarés dans des pays aux taux minimes. Enfin, les monstres du digital se sont illustrés par leur agressivité visant à s’assurer de quasi-monopoles. Ceci en rachetant presque toutes les jeunes sociétés qui pourraient leur faire de la concurrence.

    C’est ce dernier point qui fait l’actualité aux Etats-Unis. Une cinquantaine de procureurs d’Etat se sont réunis lundi à Washington devant la Cour suprême. Ils ont annoncé l’ouverture d’une enquête antitrust contre Google, qui accapare 92% des recherches en ligne, et les détournerait à son bénéfice.

    Cet été, la France a pour sa part lancé une nouvelle taxe sur les activités des géants d’internet, qui devrait être suivie par la création d’une imposition mondiale du numérique, négociée au sein de l’OCDE. De son côté, Facebook a été condamné en juillet à une amende de 5 milliards de dollars par les autorités étasuniennes pour ne pas avoir protégé les données de ses utilisateurs. Quant au maintien annoncé mardi de la Danoise Margrethe Vestager, célèbre pour avoir amendé les GAFA, à la tête de la Concurrence à la Commission européenne, il semble confirmer un mouvement de fond.

    Il était temps que les Etats sonnent la rébellion. Et il ne faut pas qu’ils en restent là. Car l’idéal d’un internet « libre » est bien mort depuis longtemps, étouffé par le rouleau compresseur de l’ultralibéralisme à outrance incarné par les GAFA.

    https://lecourrier.ch/2019/09/10/le-vent-se-leve-contre-les-gafa
    #résistance

    • Sur les traces en plastique de Magellan

      Le plastique c’est fantastique dit la chanson, et le caoutchouc super doux. Mais ce chimiste anonyme qui connaît bien « la chose » dit aussi que ce matériau symbole de modernité n’aurait jamais dû sortir des laboratoires ! Et pourtant, il en est sorti, et bien sorti, telle une créature du docteur Frankenstein hyper cool car tellement pratique… Il sert pour tout, modelé par l’humain à l’infini. Il s’est répandu partout jusqu’aux confins des mondes terrestres et sous-marins. Et voilà qu’à son tour, c’est lui qui modèle l’humain de ses effets environnementaux et désormais sanitaires.

      L’installation graphique et photographique proposée par la Fondation Pacifique et l’association Oceaneye raconte une petite partie de cette histoire cauchemardesque qui ne fait que commencer, la colonisation du monde par le plastique, et éclaire l’ambivalence de notre relation avec ce matériau devenu indispensable dans notre vie de tous les jours. Sous l’oeil du photographe genevois Fred Merz, qu’ils sont étonnants, ces fragments magnifiés de microplastiques, dans leur foisonnement de formes et de couleurs chatoyantes. N’appartiendraient-ils pas au monde végétal ? Animal ? Minéral ?

      Non, ils sont bel et bien des débris plastiques, trouvés dans quasiment chacun des 208 échantillons d’eau de mer collectés par le voilier Fleur de Passion et analysés par les biologistes d’Oceaneye dans le cadre de The Ocean Mapping Expedition, tour du monde de 4 ans et demi dans le sillage de Magellan, d’avril 2015 à septembre 2019.

      Si bien que 500 ans après la première circumnavigation, force est de constater que la plastique du monde a cédé la place à un monde de plastique. L’idée d’une planète Terre que l’on pourrait modeler selon notre bon vouloir et en toute impunité s’efface devant la réalité d’une pollution - plastique - à grande échelle. Avec quelles conséquences environnementales, voire sanitaires ?

      https://www.theatreorangerie.ch/index.php/hors-scene/expositions/157-sur-les-traces-en-plastique-de-magellan

      #art_et_politique