Pays-Bas : plusieurs arrestations après des manifestations anti-migrants et l’incendie d’un centre d’accueil - InfoMigrants
▻https://www.infomigrants.net/fr/post/71391/paysbas--plusieurs-arrestations-apres-des-manifestations-antimigrants-
Pays-Bas : plusieurs arrestations après des manifestations anti-migrants et l’incendie d’un centre d’accueil
Par Louise Huet Publié le : 14/05/2026
Aux Pays-Bas, plusieurs manifestants ont été arrêtés ces derniers jours après des rassemblements anti-migrants parfois violents devant des centres d’accueil pour demandeurs d’asile. Ces manifestations interviennent alors qu’une nouvelle loi, qui oblige les municipalités de tout le pays à se répartir une part proportionnelle de demandeurs d’asile, doit entrer en vigueur le 1er juillet.
Depuis plusieurs jours, les manifestations anti-migrants s’enchaînent aux Pays-Bas, certaines émaillées de violences. Mercredi 13 mai, la police néerlandaise a arrêté quatre hommes et dispersé des manifestants avec des canons à eau, après une nouvelle soirée de protestations contre l’arrivée de demandeurs d’asile dans un centre d’accueil d’urgence à Loosdrecht, à 35 km au sud d’Amsterdam. Selon le média Dutch News, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées à proximité du centre d’hébergement pour demandeurs d’asile. D’abord pacifique, la manifestation a ensuite dégénéré lorsque des feux d’artifice ont été lancés sur les forces de police.La veille, mardi, Loosdrecht a été le théâtre d’une autre violente contestation. D’après la chaîne publique néerlandaise NOS, environ 400 personnes ont manifesté devant le centre d’hébergement d’urgence. Un incendie s’est déclaré après que des émeutiers ont lancé des feux d’artifice dans les buissons situés devant le bâtiment.
Les manifestants ont d’abord tenté d’empêcher les pompiers d’éteindre le feu et ont lancé des projectiles sur les forces de l’ordre, qui ont, de leur côté, arrêté plusieurs personnes. À Loosdrecht, une partie de la population proteste contre le projet d’hébergement de 70 hommes demandeurs d’asile pendant six mois, dans une partie inoccupée du bâtiment municipal de la ville. L’objectif initial était de loger 110 personnes mais le nombre a finalement été ramené à 70 le mois dernier, après les manifestations à répétition contre leur arrivée. En début de semaine, les 15 premiers demandeurs d’asile ont rejoint le centre et étaient à l’intérieur au moment de l’incendie mardi. Aucun d’entre eux, ni le personnel du lieu, n’a été blessé.Dans la foulée, le maire de Loosdrecht, Mark Verheijen a décrété l’état d’urgence en raison de « graves troubles à l’ordre public devant la mairie, liés au centre d’hébergement d’urgence temporaire », et a déployé la police anti-émeute pour disperser la foule, qui se rassemble de manière répétée devant le centre d’accueil depuis plusieurs jours, indique la chaîne NOS. Il a pris plusieurs mesures pour empêcher de futures émeutes, notamment le contrôle des voitures entrant dans la ville et l’interdiction de se couvrir le visage.Ces tensions ont un « impact profond » sur les résidents du centre d’accueil et sur les habitants du quartier, a déclaré Mark Verheijen, qui accuse en outre les manifestants de créer un sentiment d’insécurité au sein de la communauté.
Ces tensions répétées ont suscité une vague d’indignation du côté des autorités néerlandaises. Le Premier ministre néerlandais Rob Jetten a qualifié cette nouvelle manifestation violente anti-migrants de « tout à fait scandaleuse » dans un message sur X."Ce que nous avons vu ce soir n’a rien à voir avec une manifestation", a affirmé de son côté le ministre de l’Asile et des Migrations, Bart van den Brink, qui a également annoncé ouvrir une enquête sur ces rassemblements violents pour déterminer les personnes et groupes à leur initiative. « Il s’agit d’actes de vandalisme et de violence, totalement inacceptables », a-t-il condamné. À l’origine de la colère des manifestants : une nouvelle loi qui oblige les municipalités de tout le pays à accueillir une part proportionnelle de demandeurs d’asile, et qui doit entrer en vigueur le 1er juillet.
L’agence néerlandaise qui gère l’hébergement des réfugiés, l’Organe central d’accueil des demandeurs d’asile (COA), doit trouver des places pour 103 000 demandeurs d’asile cette année. Environ 80 000 places ont déjà été attribuées, laissant encore un déficit de 23 000 places, rapporte Dutch News. Des bâtiments désaffectés ou peu utilisés dans certaines villes ont été trouvés comme solution temporaire.Aux Pays-Bas, les délais d’attente moyens pour obtenir l’asile sont longs. Un demandeur peut attendre 11 semaines pour le premier entretien et jusqu’à 79 semaines pour le deuxième. Le COA gère environ 300 centres d’accueil pour les demandeurs d’asile dans le pays. Le principal centre se trouve à Ter Apel, dans le nord-est, près de la frontière allemande. C’est là-bas qu’une personne doit se présenter pour déposer sa demande avant d’y être hébergée pendant trois à dix jours. Après avoir passé un examen médical, les demandeurs peuvent être transférés et répartis vers d’autres centres plus adaptés dans différentes communes. En 2024, les Pays-Bas ont reçu 3,3 % de toutes les demandes d’asile déposées en Europe. Mesuré par rapport au nombre d’habitants, le pays se classe au 14e rang.
Geert Wilders, le leader du parti anti-immigration et d’extrême droite PVV, a appelé à l’abrogation de cette nouvelle loi et a exhorté les conseils municipaux à refuser de s’y conformer. Simon Ceulemans, député du parti d’extrême droite JA21, a pour sa part déclaré que le gouvernement confrontait les habitants « du jour au lendemain à quelque chose qu’ils ne veulent pas ». De son côté, le député Ismail el Abassi du parti Denk, anti-raciste et anti-discrimination, a dénoncé un climat de haine et des violences attisées par les députés de droite et d’extrême droite.
Des rassemblements contre cette mesure ont éclaté dans tous les Pays-Bas. Mardi, à Apeldoorn, au centre du pays, une manifestation d’une centaine de personnes a eu lieu pour la cinquième soirée consécutive à un rond-point du quartier de De Maten, où la municipalité prévoit d’héberger 240 demandeurs d’asile dans un ancien bâtiment scolaire. Selon la police locale, au moins cinq personnes ont été arrêtées pour avoir allumé des feux d’artifice. Les jours précédents, 41 autres personnes avaient déjà été arrêtées lors d’émeutes violentes dans la ville. À La Haye, des groupes anti-migrants et d’autres groupes pro-asile se sont fait face devant un centre d’hébergement mardi. Même constat à Ter Apel, où une contre-marche en faveur de l’immigration s’est déroulée samedi devant le centre d’enregistrement pour demandeurs d’asile. En septembre dernier, une manifestation anti-immigration, à l’appel d’une activiste et influenceuse d’ultradroite de 26 ans, à l’approche des élections de fin octobre, avait déjà causé de nombreux dégâts à La Haye.
Le gouvernement néerlandais a adopté plusieurs mesures migratoires strictes et a durci sa politique en termes d’immigration ces derniers mois. Fin avril, le Sénat a validé le double statut de protection internationale, qui aura pour conséquence de restreindre le regroupement familial. Le taux de protection des Syriens - la première nationalité demandeuse d’asile dans le pays (35 %) - a aussi drastiquement chuté en un an. En outre, en septembre 2025, Amsterdam et Kampala, la capitale ougandaise, ont signé une lettre d’intention, en vue d’un prochain accord pilote, qui prévoit d’envoyer les sans-papiers présents aux Pays-Bas vers l’Ouganda. Le plan vise les personnes déboutées de l’asile et originaires de pays voisins de l’Ouganda. Ces derniers mois, des manifestations du même type, contre les demandeurs d’asile et leurs hébergements, se sont multipliées dans d’autres pays européens : dans plusieurs villes du Royaume-Uni, comme à Epping pendant l’été 2025, pour protester contre les hôtels logeant des demandeurs d’asile, ou encore en Irlande, à Dublin, en octobre 2025, où un déferlement de violence d’extrême droite a également pris pour cible un hôtel pour demandeurs d’asile
#Covid-19#migrant#migration#paysbas#politiquemigratoire#asile#asile#ouganda#sante#droit


















