Rose d’acier | ARTE Radio

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  • Roses d’acier

    Depuis la naissance de notre fille, Rose, d’improbables bonnes fées veillent sur elle. Elles sont chinoises, travailleuses du sexe et font partie de notre vie. Car mon homme, Tim, bosse depuis dix ans avec elles à Médecins du Monde. Il y a quatre ans, j’étais enceinte quand elles ont créé leur propre association, #Les_Roses_d'acier. Quelques mois plus tard, notre fille est née et on a décidé de l’appeler Rose. Notre Rose et les #Roses_d'acier ont en commun une chanson de pop chinoise, un goût prononcé pour les gâteaux d’anniversaire gonflés à la chantilly, et des histoires de résistance. Entre soirées de karaoké endiablées et manifs de travailleur.se.s du sexe, c’est le récit de cette rencontre miraculeuse et de combats communs. « Nous sommes les Roses d’acier, aux quatre coins du monde, notre sourire s’étend sans jamais rien céder. »

    https://www.arteradio.com/son/61660901/rose_d_acier
    #prostitution #femmes #migrations #France #Chine #audio

    • 21 juin 2015 - Les Roses d’Acier sortent de l’ombre - 铿锵玫瑰

      Extraits de l’intervention d’Aying, présidente des Roses d’Acier, lors de l’Assemblée Générale unitaire qui s’est tenue ce jeudi 18 mai : Je m’appelle Aying, je suis une travailleuse du sexe à Belleville, je suis la présidente de l’association « Roses d’acier », et je suis également sans papier. Aujourd’hui, je représente plus de 300 travailleuses du sexe à Belleville, nous vous remercions d’être là. Le 20 mai au matin, beaucoup de policiers sont arrivés à Belleville, et ont commencé à faire partir des femmes qui travaillaient sur le trottoir. Ils contrôlaient systématiquement les papiers, ils ont pris des photos avec leurs portables privés, certains ont déchiré la copie des papiers pour que les femmes ne puissent plus rester sur le trottoir. Ils ont dit à certaines femmes qu’elles ne pourraient plus travailler ici désormais. Jusqu’à aujourd’hui, tous les jours de 9 heures à 23 heures, les policiers viennent pour empêcher les femmes de travailler. [...] Les policiers ont appris le mot « Pute » en chinois, et ils disent : « Pute ! Dégage ! » Ils contrôlent les femmes même quand elles ne travaillent pas. Les femmes sans papiers ont peur de sortir pour faire leurs courses ou même aller à la pharmacie. Jusqu’à aujourd’hui, 6 femmes parmi nous ont été conduites au centre de rétention. Nous sommes à peu près 300 femmes à travailler à Belleville. Certaines sont là depuis plus de 10 ans. Nous sommes pour la plupart des mères, et même des mères célibataires. Les femmes sont responsables et elles assument cette responsabilité pour leurs familles, leurs enfants. Nous ne voulons simplement pas que nos enfants connaissent les mêmes difficultés. [...] Quelques semaines auparavant, avec quelques femmes travailleuses du sexe nous avons participé à un conseil de quartier du 19e arrondissement, Les élus présents ont énoncé leur engagement à éradiquer les travailleuses du sexe du quartier. Nous y avons été présentées comme des victimes de réseaux de proxénètes et comme une menace pour la sécurité du quartier. Nous aurions aimé dialoguer avec les élus en tant que représentantes des femmes travailleuses du sexe, mais malheureusement, on ne nous a pas offert cette opportunité. Certains partis politiques ont formulé des vœux pour un travail plus social et inter-associatif pour résoudre ces problèmes, mais tout cela a été refusé. Comme si nous éliminer devenait la seule solution. Certains élus ne veulent pas prendre une seconde pour écouter ce que nous avons à dire. Est-ce parce que nous sommes des travailleuses du sexe ? J’aimerais demander de prendre un instant pour nous écouter, même si nous sommes travailleuses du sexe, pour expliquer qu’actuellement les femmes ont plus peur de la police que des agresseurs éventuels. Nous sommes des travailleuses du sexe, mais nous sommes également des mères, des femmes, des chinoises migrantes, et des êtres humains avant tout. Le désir de certains de nous réduire à une seule identité totalisante, nous faire porter toutes ces idées négatives, nous considérer comme une menace et inciter d’autres associations à ne pas travailler avec nous est de la discrimination. Nous sommes également des habitantes du quartier, notre voix doit être considérée, même si c’est une voix de femme, de prostituée, de migrante, refuser de dialoguer avec nous, de prendre en compte notre difficulté, c’est aussi de la discrimination. Nous n’avons jamais demandé de l’aide, et nous sommes responsables de nous-mêmes, de ce que nous faisons de nous-mêmes, pourquoi nous faire subir ce traitement ? La discrétion est primordiale pour les chinoises qui exercent ce métier. Mais maintenant les femmes prennent le risque de sortir de l’ombre, nous avons créé un collectif pour justement dialoguer, avec une dimension sociopolitique, nous allons dans la rue pour manifester et répondre aux médias, tout ça pour dire que nous sommes là, et nous sommes prêtes à regarder les problèmes ensemble. Nous, les femmes chinoises, avons la capacité de réfléchir à la situation et à nos comportements. [...] Mais nous ne pouvons pas réaliser tout cela sans vous ni sans votre soutien. Ce dont nous avons besoin actuellement, ce n’est pas d’argent, d’un bureau, ni d’un regard de pitié, ni de leçons morales, ni d’une curiosité sur nos vies privées, ni du sauvetage de nos âmes mais d’un espace social, sécurisé, non-discriminant, et tolérant ! Un espace social qui nous permette de regarder les problèmes ensemble, de les résoudre ensemble, et de reconstruire ensemble.

      https://www.youtube.com/watch?v=1ji1Cu9zErw