Charles Derry : Misandrie | Scènes de l’avis quotidien

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    https://scenesdelavisquotidien.com/2019/05/06/charles-derry-misandrie

    Au premier abord, il semblerait que les hommes ne se sentent pas concernés quand les femmes sont violées, battues, blessées, bousculées, frappées, giflées, cognées, mordues, fauchées, attachées, enfermées, suivies, harcelées, humiliées, mutilées, torturées, terrorisées, tuées, frappées, étranglées et matraquées à mort par leurs maris, petits-amis et ex. A première vue, c’est comme si on s’en moquait tout simplement. Mais si on regarde de plus près, on s’aperçoit que le silence ou l’apathie généralisée dont font preuve la plupart des hommes concernant la violence masculine envers les femmes n’est qu’une façade. C’est un masque qui tombe au premier soupçon de résistance des femmes. Dès la moindre suggestion que les hommes ne devraient pas attaquer ou terroriser les femmes, la fine couche de désintérêt silencieux qui protège le privilège des hommes à abuser des femmes disparait.

    A la place, se déploie tout un arsenal de résistance masculine souvent assez ahurissant par son envergure, non seulement par le simple nombre de tactiques employées mais également par la sophistication avec laquelle elles sont exécutées. Ce qui semblait de prime abord être du désintérêt masculin s’avère alors être plutôt l’opposé. Les appels au secours passionnés et plein de colère lancés par les femmes se heurtent à un mur. Les hommes s’intéressent vraiment à la violence contre les femmes. Mais ils s’y intéressent d’une façon dont ils préfèrent ne pas parler. Les hommes ont intérêt à ce que la violence se produise et ils ont intérêt à ce qu’elle continue. Et franchement, ils en ont marre d’avoir à en entendre parler. Quand le sujet est abordé, les hommes se mettent en colère, peut-être pas immédiatement mais toujours à la fin, car en dernière instance ce sujet est un défi moral qui implique que nous abandonnions les privilèges qui découlent de notre position de pouvoir. Cela signifie que le sexisme doit cesser et peu d’hommes soutiendront cette idée. Le sexisme, après tout, est une bonne affaire pour les hommes.

    • Quand j’avais 17 ans, j’ai commencé à sérieusement me demander ce que cela signifierait si les femmes étaient vraiment mes égales. Au bout de deux minutes de réflexion j’ai atteint le cœur du problème. « J’aurais à renoncer à des trucs ». J’ai considéré cette éventualité pendant environ 30 secondes et puis j’ai décidé que « Nan, pourquoi je ferais ça ? ». En faisant ça, je décidais de continuer à adopter les attitudes, comportements et croyances culturellement acceptés chez les hommes et dans lesquelles j’avais déjà été complètement et confortablement endoctriné. Personne ne m’a vu prendre cette décision. Personne n’a questionné la justesse ou l’erreur de celle-ci. Je n’ai d’aucune manière été identifié comme criminel ou déviant. J’ai repris le cours normal de ma vie en ayant un peu plus conscience qu’il valait mieux être un gars qu’une fille. On me faisait peu de reproches. Les femmes étaient des femmes et j’étais un jeune gars cherchant d’abord un accès sous leurs jupes. (Je voulais aussi apprendre à les connaître, bien sûr. Moi je n’étais pas un « animal », après tout, contrairement à certains types que je connaissais). En gros, je me considérais comme un « type bien ».

      D’une certaine façon, nous (les hommes) sommes tout simplement meilleurs que vous (les femmes). C’est notre prérogative divine ou naturelle d’être obéi et écouté et craint, si nécessaire, pour poursuivre notre route ou simplement pour l’amusement que ça procure. En fait, si on résume, il s’agit d’obtenir tout ce qu’on veut et de passer un bon moment en même temps. Nous ne faisons que prendre du plaisir. Souvent les hommes l’exprimeront explicitement dans leur résistance aux plaintes des femmes face aux comportement sexiste. Les hommes diront, « Pfff, t’as pas d’humour ? C’était juste pour rire ». Et ils le pensent. Nous faisons ces choses aux femmes parce que c’est drôle. On crée du lien avec les autres hommes de cette façon. Mais on le fait sur le dos des femmes.

      Le rôle clé que jouent la violence et la contrainte dans le maintien du patriarcat est tellement ancré dans nos psychés individuelles et collectives que nous percevons toute remise en question de la violence masculine comme une menace vis à vis notre virilité individuelle. Et donc nous résistons.

      Le premier privilège du dominant est d’être dans le confort. Cela inclut de tranquillement violenter et « si nécessaire » de tuer celles qui ont moins de pouvoir. Si celles qui sont violentées se plaignent ou vont jusqu’à s’attaquer au pouvoir, c’est-à-dire mettent inévitablement mal à l’aise les puissants, ce sont celles qui génèrent cette confrontation qui finalement cassent « les règles » et donc « victimisent » les puissants. C’est depuis cette position de privilège confortable que les hommes répondent émotionnellement à la critique féministe.

      J’aime le fait que le sentiment de honte surgisse. Je pense que c’est toujours un bon signe. Je pense qu’il est assez commun, pour les hommes confrontés à la réalité de l’oppression masculine envers les femmes, d’éprouver de la honte. La honte s’associe à la responsabilité. Quand un homme ressent de la honte, c’est parce que, d’une certaine façon, il identifie sa responsabilité soit dans la perpétration des violences décrites ou dans leur soutien.

      Beaucoup d’hommes profitent du beurre et de l’argent du beurre à ce niveau. Ils sont les gars gentils – surtout auprès de leurs amies femmes. Ils peuvent jouir des privilèges accordés en vertu de leur genre sans avoir à violer ou à frapper une seule femme (enfin, sauf peut-être une fois il y a bien longtemps). Ils peuvent se poser et jouir des privilèges que le viol et les coups leur procurent. Pendant ce temps ils sont sûrs de participer au maintien de l’idéologie et du contexte nécessaires à la continuation de la violence, même s’ils déplorent sa fréquence. Pour leurs amies femmes, ils sont scandalisés par la violence des autres hommes, mais avec leurs amis hommes ils font toujours des « blagues de cul » ou continuent d’en rire. Et, bien évidemment, ils ne s’opposent pas à ce genre de blagues avec leurs potes. Le beurre et l’argent du beurre… c’est bon d’être le type bien. Tout le monde l’aime bien.

      Elle va me demander d’arrêter le porno et de faire la vaisselle et de sortir les poubelles et de faire la lessive des gamins, et bientôt elle voudra avoir maintenant son mot à dire sur les dépenses ou elle voudra la moitié des ressources, ce qui, je le sais, m’en laissera moins au bout du compte. Et bientôt je serai en compétition avec elle pour mon prochain entretien d’embauche ou ma prochaine promotion et c’est déjà assez galère d’être en compétition avec une seule moitié de la population, alors avec tout le monde c’est pire, donc c’est mort. Peut-être que je ferais mieux de me rassoir tranquille avant qu’on me voie en train de penser à ça.

      Quand vous vous « vous remuez pour agir contre le sexisme » en tant qu’homme, la première chose que vous voyez c’est votre privilège. Beaucoup, beaucoup d’hommes se rassoient simplement et reprennent leurs esprits quand ils réalisent à quel point ils ont dangereusement failli tout perdre. Et donc ils ne dépassent pas leur colère ou leur impression de victimisation. Ils s’assoient confortablement et se détendent.

      #proféministe #violence_masculine #patriarcat

      Ça me rappelle ce copain qui prenait souvent mon parti quand je m’en prenais plein la gueule de la part d’autres hommes mais quand lui n’a pas assuré en me laissant galérer devant un groupe très masculin et arc-bouté sur ses privilèges et quand je l’ai mis devant ses contradictions, il m’a rétorqué : « Tu ne me parles plus jamais comme ça. » Je n’ai rien dit mais en deux secondes il a cessé d’être mon ami. Quelques mois plus tard, il s’est reproduit et m’a envoyé un faire-part qui est parti direct à la poubelle. Il m’a relancé, tiens, je lui ai dit qu’il était arrivé chez mes parents. Et on a eu un dernier échange aussi trash, avec des relents d’#homophobie. Et ça y est, j’ai trouvé le texte à faire lire à cette petite raclure.