La scène dans laquelle Nicolas Grégoire se met en scène dans son livre est-elle un viol ?

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  • Culture du viol, culture du déni
    https://www.liberation.fr/checknews/2019/05/17/la-scene-dans-laquelle-nicolas-gregoire-se-met-en-scene-dans-son-livre-es

    Bonjour,

    Vous nous avez saisis sur Twitter au sujet d’un passage du livre de l’ancien journaliste Nicolas Grégoire. L’auteur, qui a travaillé à l’UDF de 1996 à 1997 affirme depuis 2017 avoir été rémunéré comme assistant parlementaire alors qu’il travaillait en réalité pour le parti. Malgré ses nombreuses relances auprès de journalistes, l’affaire n’a été couverte que par le Télégramme. Depuis, il accuse les médias (dont Libération) de censure et d’avoir voulu étouffer l’histoire. Checknews avait déjà répondu une question sur le sujet.

    Il raconte donc son histoire dans un livre, auto-édité « pour échapper à la censure et aux pressions ». La première partie a été mise en ligne gratuitement. Christophe Cécil-Garnier, journaliste pour Street Press et auteur, en 2017, d’un portrait de Nicolas Grégoire dans Slate, écrit le premier, jeudi soir, que Nicolas Grégoire y décrit une scène de viol, sans qualifier ses actes.

    C’est avec "la blonde" qu’arrive ce passage.

    Nicolas Grégoire, même s’il dit en avoir honte, ne nomme pas les choses : c’est un viol.

    Ne pas le nommer tel quel, ne pas le prendre en compte, ça s’appelle la culture du viol. pic.twitter.com/wPqlFDVHOx
    — Christophe-C Garnier (@ChrisCGarnier) 16 mai 2019

    L’auteur, lui, dément faire l’apologie du viol dans ce passage, et assure que la scène qu’il décrit n’est pas un viol.

    D’ailleurs, quand je me décris comme menteur et voleur, c’est aussi de l’apologie ? Non, subitement, c’est de la sincérité !

    Mais revenons au passage en question. J’ai demandé à des juristes. Personne ne m’a dit que, selon le Code pénal, c’était du viol. Mais peu importe.
    — Nicolas Grégoire (@nicolasgregoire) 16 mai 2019

    C’est faux, ce n’est pas un viol. Et si c’était un viol, je l’aurait écrit ! Et je me serais dénoncé moi-même !

    Je dénonce un comportement, et on me traîne dans la boue comme si j’en faisais l’apologie, sur des bases fausses, c’est absolument insupportable.
    — Nicolas Grégoire (@nicolasgregoire) 16 mai 2019

    Plusieurs juristes ont réagi, expliquant au contraire que les faits décrits relevaient effectivement du viol.

    Le viol se définit comme un acte de pénétration sexuelle (ça ne fait aucun doute), par contrainte, menace, violence ou surprise. Ici il s’agit de surprise.
    — secret (@jjalmad) 16 mai 2019

    L’article 222-23 du code pénal punit le viol de quinze ans de prison. Il définit le viol comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise ». Dans l’extrait en question, il est bien écrit que sa conjointe est endormie, « les yeux mi-clos, du ton geignard de ceux qu’on réveille », ce qui relève de la surprise, et qu’elle n’est pas consentante puisqu’elle répète à trois reprises : « Non…, non, non ». Par ailleurs, lorsqu’il est commis par le conjoint ou concubin, le viol est passible de 20 ans de réclusion.

    Si le livre est présenté comme un récit factuel, rien ne permet pour autant d’affirmer que la scène décrite s’est réellement passée. Les faits, censés s’être déroulés il y a plus de 20 ans, seraient prescrits.

    Sur Twitter, la police nationale a expliqué avoir été saisie via la plateforme de signalement pharos.

    Bonjour, les enquêteurs de la plateforme #Pharos ont été saisis. Merci pour votre vigilance. Pour signaler des contenus illicites sur le web, rendez-vous sur la plateforme #Pharos : https://t.co/cC9MlFxtoq pic.twitter.com/nrvvIEOfVw
    — Police nationale (@PoliceNationale) 17 mai 2019

    L’auteur a accusé les médias de se servir de cet extrait pour allumer un contre-feu.

    Comme pour le Bayrougate, désespérés que j’aie toutes les preuves, journalistes et politiques mis en cause m’attaquent sur ma personne.

    Contre-feu lâche et malheureusement efficace. Mais je ne lâcherai pas.#PasAvantLeDeuxiemeTour
    — Nicolas Grégoire (@nicolasgregoire) 17 mai 2019

    Rappelons par ailleurs que, quelques jours plus tôt, sous un tweet annonçant la réouverture de l’enquête sur Julian Assange ce même Nicolas Grégoire affirmait que l’accusation de viol contre le fondateur de Wikileaks ne tenait pas parce qu’il n’y avait « pas eu contrainte ». Or, dans ce cas aussi, la plaignante accuse Assange d’avoir engagé un rapport sexuel sans préservatif alors qu’elle dormait.

    Non, ce n’est pas un viol, parce qu’il n’y a pas eu contrainte.

    — Nicolas Grégoire (@nicolasgregoire) 13 mai 2019

    Mise à jour vendredi 17 mai à 18h15 : Dans un communiqué, Nicolas Grégoire est revenu sur le récit décrit dans son livre, affirmant que la femme était éveillée et consentante.
    Pauline Moullot

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