POINT DE VUE. Justice pour les migrants

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    Jacques LE GOFF, professeur émérite des Universités Publié le 07/10/2019

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    À l’approche des élections municipales, le thème des migrations revient sur l’avant-scène avec un objectif affiché : ne pas laisser la droite extrême en faire son miel.

    Sous l’impulsion de son chef, l’État vient de se mettre en ordre de marche en prenant pour cible prioritaire les Albanais et les Géorgiens.

    Nul ne discute la réalité d’un problème auquel sont confrontés tous les pays développés. Par contre, on ne peut que s’étonner de la manière de le présenter. La France serait à la pointe en matière d’accueil des exilés, avec 115 400 demandes, de la mi-2018 à la mi-2019, derrière l’Allemagne (152 500).

    Les chiffres sont exacts mais, selon François Héran, expert en migrations, professeur au Collège de France, l’interprétation qu’on en donne est erronée. « La France est loin, très loin d’être le premier pays d’Europe pour la demande d’asile ». Il ajoute que « raisonner en chiffres absolus est aussi absurde que comparer le prix des appartements sans tenir compte de leur surface ». Rapporté à la population totale, à la superficie et à la richesse, notre pays arrive au 15e rang des pays d’Europe.

    Le pire dans l’affaire est que ces chiffres, qui ne disent d’ailleurs rien des autorisations accordées, sont censés légitimer une politique de plus grande rigueur. Qu’importent les textes internationaux et nationaux protecteurs, seule compte l’application qu’on en fait, systématiquement restrictive jusqu’au déni de droit.

    On en a une illustration exemplaire avec la population migrante albanaise qui quitte en masse le pays, pour des raisons variées, souvent économiques. (...)