Qui sommes-nous ? Nous sommes les Blancs des banlieues, qui y ont grandi, qui sommes d’origine ouvrière, et qui y vivons toujours ! Blancs car l’histoire coloniale nous a fabriqués comme blancs. Nombre de Blancs de banlieues sont issus des immigrations portugaise, italienne, espagnole, polonaise... ou des migrations régionales internes à l’Hexagone, et d’ailleurs, peu importe. Certains vivent, ou ont vécu, ou ont grandi dans des quartiers populaires, d’autres davantage dans les quartiers dits « pavillonnaires » et ces derniers aussi sont divers et multiculturels. Il n’y a pas que des Blancs qui habitent ces pavillons, et il faut refuser la polarisation ethnique de nos lieux d’habitation !
[...] Des Blancs les plus « autochtones » que, paraît-il, nous serions jusqu’aux travailleurs migrants dernièrement arrivés, un peuple est en train d’émerger. Nous habitons ensemble, grandissons ensemble, travaillons ensemble, partageons des souffrances et des joies communes. Ce vécu commun et ces expériences partagées sont le ferment de ce que l’on tendrait à appeler « un peuple », aussi imprécis ce concept soit-il. Il a en tout cas plus d’ancrage matériel et donc de sens pour nous que la carte nationale d’identité dont dépendent notre appartenance nationale et donc nos droits. Droits arrachés lors des générations passées, droits dont il faudrait voir exclues certaines personnes qui partagent nos territoires, nos quartiers, nos espaces de travail et notre quotidien, au prétexte qu’ils et elles ne seraient pas nés sur le bon sol ou avec la bonne culture.
Avec eux, nous avons, en revanche, des conditions et des expériences de vie différentes, les leurs étant frappées du sceau des discriminations et d’une histoire différente. Nous exécrons les inégalités fabriquées entre nous, qui produisent des destins, des conditions de vie et des droits différents et surtout inégaux entre nous. Vous nous divisez. Votre droit national, votre République soi-disant une et indivisible, nous divise en réalité.
[...] Non, nos territoires, nos quartiers ne sont pas « sous la coupe islamiste », non nous ne nous faisons pas insulter parce que nous ne ferions pas le Ramadan et nous ne nous faisons pas piquer nos pains au chocolat, on n’essaie pas non plus de nous imposer la charia, non on ne lynche pas les Juifs ou les homosexuels dans nos quartiers. Nous ne sommes pas plus angoissés par l’insécurité en nous baladant dans nos rues qu’ailleurs, et les femmes n’y sont pas plus harcelées que dans d’autres espaces de ce pays malade de son sexisme, comme il l’est de l’antisémitisme et des LGBTphobies, mais aussi des racismes anti-asiatique et anti-rom, bien au-delà des frontières de nos « territoires ».