đŸ‡čđŸ‡· Turkey - President Addresses General Debate, 74th Session

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  • La Turquie au centre des questions migratoires

    Le plan de la Turquie est de crĂ©er dans le nord de la Syrie une vaste zone sĂ©curisĂ©e pour renvoyer les rĂ©fugiĂ©s. Mais au-delĂ  des obstacles politiques et militaires, un tel projet coĂ»terait des milliards d’euros. Ankara fait donc pression sur les EuropĂ©ens pour qu’ils mettent la main au porte-monnaie.

    ▻https://www.infomigrants.net/fr/post/19897/la-turquie-au-centre-des-questions-migratoires?ref=tw_i

    #safe_zones #zones_sures #réfugiés #réfugiés_syriens #Turquie #Syrie #renvois #expulsions #retour_au_pays #safe_zone #zone_sure

    ping @isskein

    • De zones sures, on en parlait dĂ©jĂ  en 2016 :
      Turkey thanks Merkel for support of #safe_zones in Syria
      â–șhttps://seenthis.net/messages/466387

      Mais on parlait aussi de leur inefficacitĂ©... comme l’ont dĂ©montrĂ© les exemples de l’#Irak et de la #Bosnie :
      Look back and learn : #Safe_zones in Iraq and Bosnia
      â–șhttps://seenthis.net/messages/471070

      2021, #Kaboul, #Afghanistan :
      France, UK to propose safe zone for people leaving #Afghanistan, submit resolution at UN meeting : Emmanuel #Macron
      ▻https://seenthis.net/messages/927759

    • Ce qui donc explique aussi ceci :
      ▻https://www.lemonde.fr/international/article/2019/10/07/en-syrie-les-troupes-americaines-vont-se-retirer-des-abords-de-la-frontiere-

      D’une pierre deux coups : ils se dĂ©barrassent des kurdes syriens qui les gĂȘnent politiquement (leur empressement Ă  les ranger dans la catĂ©gorie « terroristes » est un aveu), et ils font de la place pour entasser les rĂ©fugiĂ©s syriens qui les emmerdent.

      #cynisme

    • La Turquie veut-elle rapatrier deux millions de rĂ©fugiĂ©s au Nord de la Syrie ?

      À plusieurs reprises, le prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdogan a fait part de son souhait d’établir une zone de sĂ»retĂ© dans le Nord-Est du pays pour y rĂ©installer entre un et trois million de rĂ©fugiĂ©s syriens.

      Bonjour,

      Lors de son discours Ă  la tribune des Nations Unies, le 24 septembre 2019, le prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdogan a Ă©voquĂ© son plan pour l’établissement d’« un corridor de paix d’une profondeur de 30 kilomĂštres et d’une longueur de 480 kilomĂštres » dans le Nord-Est de la Syrie, oĂč il souhaite « permettre l’installation de 2 millions de Syriens avec l’appui de la communautĂ© internationale ». L’idĂ©e d’une zone de sĂ»retĂ© n’est pas neuve puisqu’elle est discutĂ©e entre la Turquie et les Etats-Unis depuis le mois de janvier 2019. Les 13 et 14 janvier, le prĂ©sident Donald Trump avait dĂ©jĂ  twittĂ© qu’il souhaitait crĂ©er une « safe zone de 20 miles », soit un peu plus de 30 kilomĂštres. DĂ©but aoĂ»t, les mĂ©dias turcs et amĂ©ricains, comme le Washington Post, rapportaient deux pays ont convenu de coopĂ©rer Ă  la crĂ©ation d’une « zone sĂ»re » dans le nord de la Syrie.
      Erdogan souhaite rapatrier entre 1 et 3 millions de rĂ©fugiĂ©s syriens dans une « zone de sĂ»retĂ© » au Nord-Est de la Syrie

      Lors de son intervention Ă  l’ONU (Ă  partir de 15 minutes et 33 secondes dans la vidĂ©o suivante, en anglais), ainsi que quelques jours plus tĂŽt en Turquie, le prĂ©sident Erdogan a accentuĂ© sa volontĂ© de mettre en place une telle zone de sĂ©curitĂ©, en avançant qu’elle pourrait permettre la relocalisation d’un Ă  trois millions de rĂ©fugiĂ©s syriens, selon la taille de la zone. Ainsi Ă  New York, le chef d’État turc a exposĂ© une carte, oĂč l’on distingue la zone de sĂ»retĂ© planifiĂ©e, tout en dĂ©taillant : « Si cette zone de sĂ»retĂ© peut ĂȘtre dĂ©clarĂ©e, nous pouvons rĂ©installer en toute confiance entre 1 et 2 millions de rĂ©fugiĂ©s [
] Les rĂ©fugiĂ©s peuvent ĂȘtre rĂ©installĂ©s en les sauvant de camps de tentes ou de camps de conteneurs. Nous pouvons prendre ensemble [avec les États-Unis, les forces de la coalition, la Russie et l’Iran] les mesures qui s’imposent pour aller de l’avant. Ce n’est pas un fardeau que nous pouvons supporter exclusivement en tant que RĂ©publique de Turquie. Nous devons prendre les mesures nĂ©cessaires dĂšs que possible. Si nous pouvions Ă©tendre la profondeur de cette rĂ©gion jusqu’à la ligne Deir Ez-Zor, Raqqa, nous pourrions augmenter le nombre de Syriens jusqu’à 3 millions qui reviendront de Turquie, d’Europe et d’autres parties du monde vers leur patrie. Nous sommes trĂšs rĂ©solus dans la rĂ©alisation de ce programme et nous sommes impliquĂ©s dans les prĂ©paratifs nĂ©cessaires ».
      ▻https://www.youtube.com/watch?v=Bve1yt0SEb4

      Selon les donnĂ©es du Haut-commissariat aux rĂ©fugiĂ©s des nations unies, plus de 3,6 millions de rĂ©fugiĂ©s syriens vivent actuellement en Turquie. Selon une Ă©tude prĂ©liminaire pour l’installation 1 million de rĂ©fugiĂ©s dans la zone tampon, qui a Ă©tĂ© partagĂ©e par Ankara avec d’autres pays lors du sommet de l’ONU en septembre et que le site amĂ©ricain Bloomberg a pu consulter, la Turquie souhaite construire des villages et des villes pour les rĂ©fugiĂ©s pour un coĂ»t estimĂ© d’environ 26 milliards de dollars, qui seraient rĂ©glĂ©s par la communautĂ© internationale.

      Cependant, la zone de sĂ»retĂ© souhaitĂ©e par Ankara et convenue avec Washington tarde Ă  se concrĂ©tiser rapidement, puisqu’une telle aire nĂ©cessiterait de repousser vers le Sud les forces kurdes de l’YPG, alliĂ©es des AmĂ©ricains. Mercredi 2 octobre, d’Hulusi Akar, le ministre de la dĂ©fense turque, faisant part de l’impatience d’Ankara, a dĂ©clarĂ© que le « but ultime [de la Turquie] est de mettre fin Ă  la prĂ©sence terroriste du PKK, du PYD de l’YPG dans le nord de la Syrie, d’établir un corridor de paix et de faire en sorte que nos frĂšres et sƓurs syriens dans notre pays rentrent chez eux. »
      La position du Quai d’Orsay

      ContactĂ©e par CheckNews pour connaĂźtre la position de la France sur cette « zone de sĂ»retĂ© » souhaitĂ©e par la Turquie, une source diplomatique française au Quai d’Orsay rĂ©pond que « des discussions sont en cours entre les États-Unis et la Turquie pour Ă©tablir un mĂ©canisme de sĂ©curitĂ© frontaliĂšre. Nous souhaitons que ces discussions permettent d’apaiser les tensions sur la frontiĂšre syro-turque et d’éviter toute action unilatĂ©rale. Le retour des rĂ©fugiĂ©s syriens doit ĂȘtre sĂ»r, digne et volontaire, conformĂ©ment au droit international. Comme exprimĂ© dans la dĂ©claration conjointe des ministres des affaires Ă©trangĂšres du Small Group sur la Syrie du 26 septembre dernier, nous saluons les efforts remarquables des voisins de la Syrie qui accueillent sur leurs territoires la grande majoritĂ© des rĂ©fugiĂ©s syriens. Nous encourageons la communautĂ© internationale Ă  apporter une assistance humanitaire ainsi qu’un soutien financier Ă  ces pays afin d’apporter une rĂ©ponse collective Ă  la crise des rĂ©fugiĂ©s syriens, jusqu’à ce que ces derniers puissent revenir volontairement dans leurs rĂ©gions d’origine, dans la dignitĂ© et en sĂ©curitĂ©. La France continuera d’Ɠuvrer pour une solution politique crĂ©dible en Syrie, conforme Ă  la rĂ©solution 2254 du Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies, pour que les conditions d’un tel retour soient rĂ©unies. »

      ▻https://www.liberation.fr/checknews/2019/10/06/la-turquie-veut-elle-rapatrier-deux-millions-de-refugies-au-nord-de-la-sy

    • Turquie : Expulsion de Syriens vers leur pays en dĂ©pit des dangers

      Les autorités ont menacé, détenu et parfois battu des réfugiés syriens avant de les contraindre à retourner dans leur pays.

      Les autoritĂ©s turques Ă  Istanbul et Ă  Antakya ont arbitrairement expulsĂ© des dizaines de rĂ©fugiĂ©s syriens ou plus vers le nord de la Syrie entre janvier et septembre 2019, en dĂ©pit des combats qui se poursuivent dans ce pays, a dĂ©clarĂ© Human Rights Watch aujourd’hui. Les Syriens expulsĂ©s ont dĂ©clarĂ© que les autoritĂ©s turques les avaient forcĂ©s Ă  signer des formulaires qu’ils n’étaient pas autorisĂ©s Ă  lire, et dans certains cas les ont parfois battus ou menacĂ©s, avant de les expulser vers la Syrie.

      Fin juillet, le ministre turc de l’IntĂ©rieur, SĂŒleyman Soylu, avait niĂ© que la Turquie ait « dĂ©portĂ© » des Syriens, mais avait ajoutĂ© que toute personne qui le souhaitait pouvait « volontairement » rentrer en Syrie en bĂ©nĂ©ficiant de procĂ©dures lui permettant de retourner dans des « zones de sĂ©curitĂ© » non spĂ©cifiĂ©es. Toutefois, les recherches de Human Rights Watch indiquent que la Turquie a illĂ©galement expulsĂ© des Syriens vers le gouvernorat d’Idlib, l’une des rĂ©gions les plus dangereuses de Syrie. Les attaques de l’alliance militaire syro-russe ont tuĂ© au moins 1 089 civils dans cette rĂ©gion depuis le mois d’avril, selon l’ONU, y compris au moins 20 personnes lors d’une frappe aĂ©rienne menĂ©e le 16 aoĂ»t.

      « Les responsables turcs affirment que tous les Syriens qui rentrent dans leur pays sont heureux de le faire, mais ceci ne correspond pas Ă  la rĂ©alitĂ© sur le terrain », a dĂ©clarĂ© Gerry Simpson, directeur adjoint de la division Crises et Conflits Ă  Human Rights Watch. « La Turquie a accueilli un nombre quatre fois plus Ă©levĂ© de Syriens que l’Union europĂ©enne, mais ne devrait toutefois pas les renvoyer vers une zone de guerre. »

      La Turquie est un État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et Ă  la Convention europĂ©enne des droits de l’homme, qui interdisent les arrestations ou dĂ©tentions arbitraires.

      La Turquie est Ă©galement tenue de respecter le droit coutumier international du non-refoulement, qui interdit l’expulsion de personnes vers un pays oĂč elles seraient exposĂ©es au risque de persĂ©cution, de torture ou d’autres mauvais traitements, ou de menace Ă  leur vie.

      CommuniquĂ© complet en anglais :

      www.hrw.org/news/2019/10/25/turkey-syrians-being-deported-danger

      ▻https://www.hrw.org/fr/news/2019/10/25/turquie-expulsion-de-syriens-vers-leur-pays-en-depit-des-dangers

    • Unbearable to hear Erdogan talking about « resettlement » syrians in zones they « cleared » in Syria and plea to all to help TK in this task. This has nothing to do with resettlement. It is returns to unsafe country in an area invaded by turkey where killings of Kurds occurred.

      source :
      ▻https://twitter.com/AmandineBach/status/1206885923402780672

      –-> dĂ©clarations de Erdogan lors du Global Refugee Forum Ă  GenĂšve, dĂ©cembre 2019 : ▻https://www.unhcr.org/global-refugee-forum.html

    • RĂ©fugiĂ©s syriens : non, il n’est pas encore temps de rentrer

      Les rĂ©cents combats dans la province d’Idlib ont remis un coup de projecteur sur le calvaire des civils syriens. Neuf ans aprĂšs le dĂ©but de la guerre, on estime Ă  plus de 6,6 millions le nombre de personnes dĂ©placĂ©es Ă  l’intĂ©rieur de la Syrie et Ă  5,6 millions celui des rĂ©fugiĂ©s syriens dans le monde. Autant d’exilĂ©s que d’aucuns aimeraient voir retourner dans leur foyer
 L’activiste syro-britannique Leila al-Shami alerte ici sur le danger de la politique du retour dans un pays oĂč la rĂ©pression et la brutalitĂ© du rĂ©gime n’ont jamais cessĂ©.

      « Personne ne quitte son domicile volontairement, Ă  moins que sa maison soit la bouche d’un requin. »
      (Warsan Shire, poétesse britannico-somalienne)

      *

      La traversĂ©e de MĂ©diterranĂ©e est pĂ©rilleuse. Rien qu’en 2018, 2 277 personnes sont ainsi mortes en tentant de rejoindre l’Europe [2].

      Ceux qui ont survĂ©cu au voyage ont dĂ» faire face Ă  un accueil mitigĂ©. D’une part, l’afflux de rĂ©fugiĂ©s et de migrants en Europe (ainsi que dans d’autres pays du monde) offre des boucs Ă©missaires parfaits aux classes dirigeantes incapables de rĂ©gler leurs problĂšmes internes, tout en alimentant un climat de xĂ©nophobie et des sentiments nationalistes croissants. D’autre part, il existe des Ă©lans de solidaritĂ©, qui vont de l’organisation d’un accueil effectif aux manifestations scandant « Refugees welcome ». Ces efforts vitaux mĂ©ritent d’ĂȘtre poursuivis. Mais la solidaritĂ© qui ne commence qu’aux frontiĂšres de l’Europe a ceci de problĂ©matique qu’elle ne se penche pas sur les raisons principales qui poussent les demandeurs d’asile Ă  fuir leur pays.
      La moitié de la population syrienne chassée de chez elle

      Depuis 2011, date Ă  laquelle l’État syrien a commencĂ© sa guerre contre un soulĂšvement pro-dĂ©mocratique, plus de la moitiĂ© de la population a Ă©tĂ© chassĂ©e de chez elle. MĂȘme si d’autres acteurs du conflit, parasites djihadistes ou forces d’opposition, ont eux aussi provoquĂ© des dĂ©placements, la responsabilitĂ© principale revient Ă  la violence de l’État et de ses bailleurs de fonds Ă©trangers [Russie, Iran, Hezbollah libanais [3] ]. Le rĂ©gime a eu recours Ă  d’incessants bombardements aĂ©riens des villes et Ă  des arrestations massives d’opposants. De nombreux observateurs Ă©voquent le chiffre d’un demi-million de morts [4] (selon un bilan qui date de plus de deux ans). Avec 27 % des logements et deux tiers des Ă©tablissements scolaires et mĂ©dicaux endommagĂ©s ou dĂ©truits, le pays est un champ de ruines. L’effondrement des services publics et de l’économie, qui ont plongĂ© prĂšs de 80 % de la population dans la pauvretĂ©, sont d’autres causes Ă©videntes de dĂ©placement.

      En dĂ©pit d’un consensus mondial croissant sur le fait que la guerre semble toucher Ă  sa fin, les Syriens continuent de s’exiler pour sauver leur vie. Depuis dĂ©cembre 2019, prĂšs d’un million de personnes [80 % sont des femmes et des enfants] ont fui la province d’Idlib face aux assauts incessants du rĂ©gime et de la Russie pour reprendre l’enclave rebelle. Peu de possibilitĂ©s de secours leur Ă©taient offertes, car la frontiĂšre syro-turque est fermĂ©e. Ces rĂ©fugiĂ©s s’entassent donc dans des camps insalubres ou dorment en plein air. Avec l’inexistence des soins, une Ă©ventuelle propagation du coronavirus parmi les populations dĂ©placĂ©es pourrait avoir des consĂ©quences dĂ©vastatrices.
      Entre « crise » et arme migratoire

      Bien qu’en Europe, on Ă©voque sans cesse la « crise migratoire », seuls 11,6 % des dĂ©placĂ©s syriens se sont rĂ©fugiĂ©s sur le Vieux Continent. La plupart demeurent dans la rĂ©gion, accueillis en premier lieu dans les pays limitrophes, oĂč ils sont de plus en plus considĂ©rĂ©s comme un problĂšme. En Turquie, qui accueille plus de 3,6 millions de Syriens sur son sol (plus que tout autre pays), l’incitation au renvoi des immigrĂ©s a constituĂ© un argument-clĂ© lors des Ă©lections municipales de 2019. Sur les mĂ©dias sociaux, des campagnes de dĂ©sinformation ont rĂ©pandu la haine et la division, provoquant rassemblements anti-syriens et attaques contre leurs commerces. En juillet dernier, des milliers de rĂ©fugiĂ©s syriens, lĂ©gaux ou illĂ©gaux, dont des enfants, ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s dans tout le pays – Ă  Istanbul en particulier, la rafle a Ă©tĂ© massive. Ces exilĂ©s ont Ă©tĂ© contraints de signer des formulaires de rapatriement « volontaire » puis ont Ă©tĂ© expulsĂ©s vers le nord de la Syrie.

      Ces derniers mois, la Turquie a utilisĂ© les rĂ©fugiĂ©s comme une arme, arguant du fait que l’Union europĂ©enne (UE) n’avait pas versĂ© l’intĂ©gralitĂ© des paiements convenus pour les maintenir sur son territoire. Les autoritĂ©s ont incitĂ© des milliers de personnes [majoritairement des Afghans, mais aussi des Irakiens, des Syriens, des Somaliens, etc.] Ă  traverser sa frontiĂšre avec la GrĂšce, les plaçant dans une situation d’extrĂȘme prĂ©caritĂ© puisque la frontiĂšre Ă©tait bouclĂ©e du cĂŽtĂ© grec. AmassĂ©s le long des barbelĂ©s, des rĂ©fugiĂ©s ont Ă©tĂ© maltraitĂ©s par les gardes-frontiĂšres grecs, aspergĂ©s par des canons Ă  eau et des gaz lacrymogĂšnes [5]. L’UE a multipliĂ© les rĂ©unions d’urgence pour faire face Ă  cette « crise » et envisager de rĂ©pondre aux demandes de la Turquie. C’est la menace de voir s’échouer sur les cĂŽtes europĂ©ennes des milliers de cadavres basanĂ©s qui l’a poussĂ©e Ă  « agir » – ce que les images quotidiennes d’enfants syriens pris au piĂšge sous les dĂ©combres de leurs maisons dĂ©truites et les cris angoissĂ©s de leurs parents n’ont jamais rĂ©ussi Ă  faire.

      ParallĂšlement, l’hostilitĂ© grandit envers les rĂ©fugiĂ©s au Liban, oĂč ils constituent aujourd’hui un tiers de la population, la plupart d’entre eux se trouvant dans une situation prĂ©caire sans rĂ©sidence lĂ©gale. Un dĂ©cret gouvernemental a donnĂ© la prioritĂ© Ă  l’emploi aux travailleurs libanais, ce qui a conduit au licenciement de nombreux Syriens. Les incitations au racisme se sont multipliĂ©es de la part de politiciens de premier plan qui dĂ©crivent les rĂ©fugiĂ©s comme une menace existentielle pour la stabilitĂ© et la prospĂ©ritĂ© du Liban et appellent Ă  leur retour en Syrie, arguant que le pays est dĂ©sormais « sĂ»r ». Les camps de rĂ©fugiĂ©s ont fait l’objet de rafles. ManiĂšre de pousser les Syriens Ă  rentrer chez eux
 Selon Human Rights Watch, au Liban aussi des formulaires de rapatriement « volontaire » ont Ă©tĂ© utilisĂ©s pour mener des expulsions expĂ©ditives.
      Le mensonge d’un pays sĂ»r et stable

      L’idĂ©e que la guerre touche Ă  sa fin et que la Syrie est dĂ©sormais un endroit « sĂ»r » est une petite musique qui monte en puissance Ă  mesure que l’empathie pour les souffrances des Syriens s’amenuise. L’un des principaux promoteurs de ce rĂ©cit est le rĂ©gime lui-mĂȘme. En septembre 2018, le vice-premier ministre Walid Al-Mouallem a dĂ©clarĂ© devant l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies que la « guerre contre le terrorisme » Ă©tait « presque terminĂ©e », que la Syrie Ă©tait « devenue plus sĂ»re et plus stable » et que « les portes Ă©taient ouvertes Ă  tous les rĂ©fugiĂ©s syriens pour qu’ils rentrent volontairement et en toute sĂ©curitĂ© ».

      Le rĂ©gime utilise la question du retour comme un levier par lequel il espĂšre obtenir des fonds pour la reconstruction du pays. Mais cet argent sera dĂ©tournĂ© par le rĂ©gime pour « financer ses atrocitĂ©s, Ɠuvrer pour son propre intĂ©rĂȘt, rĂ©primer ceux qui sont perçus comme des opposants et profiter Ă  ceux qui lui sont fidĂšles », s’alarme Human Rights Watch. En Europe, des groupes d’extrĂȘme droite ont Ă©galement relayĂ© le rĂ©cit du retour post-guerre en toute sĂ©curitĂ©. AprĂšs leurs visites Ă  Damas, des politiciens allemands de l’AfD et des militants de la mouvance identitaire ont appelĂ© au rapatriement des rĂ©fugiĂ©s syriens.
      RĂ©sister aux appels au retour

      Il faut rĂ©sister Ă  ces appels au retour. D’ores et dĂ©jĂ , des exilĂ©s sont contraints de rentrer en raison de la prĂ©caritĂ© et de l’hostilitĂ© qu’ils rencontrent dans les pays d’accueil ; dĂšs leur arrivĂ©e en Syrie, certains sont enlevĂ©s de force par les services de sĂ©curitĂ©. Le RĂ©seau syrien des droits de l’homme (SNHR) rapporte qu’entre dĂ©but 2014 et aoĂ»t 2019, 1 916 rĂ©fugiĂ©s, dont 219 enfants, ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s Ă  leur retour au pays. Parmi eux, on compte 638 disparus et 15 morts sous la torture.

      Par ailleurs, la guerre fait toujours rage dans certaines parties du pays et mĂȘme celles qui ne subissent plus de bombardements quotidiens sont loin d’ĂȘtre « sĂ»res et stables ».

      Une autre ONG, la Syrian Association for Citizens Dignity, a examinĂ© la situation dans les zones anciennement tenues par l’opposition, mais repassĂ©es sous le contrĂŽle du rĂ©gime aprĂšs des bombardements aveugles et une guerre de siĂšge. Des « accords de rĂ©conciliation » avaient Ă©tĂ© conclus dans la plupart des cas sous les auspices de la Russie : les personnes affiliĂ©es Ă  l’opposition se voyaient garantir la protection de leurs droits, pendant au moins six mois, y compris contre la persĂ©cution, et Ă©taient exemptĂ©es d’enrĂŽlement au sein des forces du rĂ©gime.

      Ces garanties n’ont pas Ă©tĂ© respectĂ©es. De nombreux jeunes ont Ă©tĂ© incorporĂ©s de force dans les milices pro-Bachar et envoyĂ©s comme chair Ă  canon sur les lignes de front, oĂč ils ont Ă©tĂ© amenĂ©s Ă  se battre contre d’anciens camarades. Les rĂ©fractaires ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, ont disparu ou ont Ă©tĂ© tuĂ©s par les services de sĂ©curitĂ©. Dans le viseur du rĂ©gime : les membres de l’opposition armĂ©e et politique et leurs familles, les media activists et les travailleurs humanitaires [6].
      S’attaquer aux causes profondes

      Si l’UE considĂšre toujours officiellement que la Syrie reste un pays peu sĂ»r pour le retour des rĂ©fugiĂ©s, le climat europĂ©en se fait de plus en plus dĂ©lĂ©tĂšre pour ces derniers, comme pour les autres migrants. Les pays de l’Union ont mis en place des contrĂŽles frontaliers plus stricts et des systĂšmes de quotas. Ils ont mis fin Ă  leurs opĂ©rations de sauvetage en mer et tendent Ă  criminaliser la solidaritĂ©. Les groupes d’extrĂȘme droite gagnent en puissance, cherchant Ă  diaboliser les migrants comme une menace existentielle pour les EuropĂ©ens (blancs). Il est vital de continuer Ă  rĂ©sister Ă  ces phĂ©nomĂšnes afin que ceux qui fuient la guerre, la persĂ©cution et la pauvretĂ© bĂ©nĂ©ficient d’un refuge et d’un soutien pour reconstruire leur vie dĂšs leur arrivĂ©e en Europe.

      Alors que leur nombre reste relativement faible aujourd’hui, les rĂ©fugiĂ©s servent dĂ©jĂ  de prĂ©texte pour restreindre la libertĂ© d’aller et venir, construire des murs et des frontiĂšres impĂ©nĂ©trables, accroĂźtre les dispositifs sĂ©curitaires de l’État et exploiter des divisions fondĂ©es sur la race, la religion ou l’origine nationale. Que se passera-t-il demain lorsque les effets du changement climatique et de l’effondrement Ă©cologique provoqueront de vastes mouvements de population Ă  travers le monde ?

      La solidaritĂ© doit aussi s’attaquer aux causes profondes. Une pression accrue doit ĂȘtre exercĂ©e sur le rĂ©gime syrien pour qu’il mette fin aux violations systĂ©matiques des droits humains, notamment les dĂ©tentions arbitraires et le bombardement permanent des populations et des infrastructures civiles. Tous ceux qui ont commis des crimes de guerre doivent ĂȘtre mis face Ă  leurs responsabilitĂ©s. Il faut s’opposer aux appels au rapatriement des rĂ©fugiĂ©s, Ă  moins qu’ils ne soient vraiment volontaires, sĂ»rs et dignes – et contrĂŽlĂ©s par des acteurs indĂ©pendants.

      Un moyen concret de solidaritĂ© est de soutenir les organisations de la sociĂ©tĂ© civile syrienne, qui tentent collectivement de mettre en lumiĂšre les souffrances de ceux qui ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©s de force de leurs maisons. C’est l’objectif de la campagne intitulĂ©e #HalfofSyria [7], qui documente l’expĂ©rience du dĂ©placement et les raisons pour lesquelles les Syriens craignent toujours de rentrer chez eux. Car au bout du compte, l’équation est simple : tant que les gens ne seront pas protĂ©gĂ©s des massacres dans leur propre pays, ils continueront Ă  chercher la sĂ©curitĂ© Ă  l’étranger.

      ▻http://cqfd-journal.org/Refugies-syriens-non-il-n-est-pas

      via @cqfd