« đŸšš IOM Libya is working with @UNHCRLibya and WFP on the ground to provide much needed emergency assistance including food and relief items to migrants released yesterday from Abu Slim detention centre. »

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  • Des centaines de migrants abandonnĂ©s Ă  leur sort devant le centre du HCR Ă  Tripoli

    Des centaines de migrants sans abri patientent sous la pluie devant le centre de rassemblement et de dĂ©part (GDF) – gĂ©rĂ© par le HCR dans la capitale libyenne - sans avoir l’autorisation d’y entrer. Ils avaient Ă©tĂ© libĂ©rĂ©s mardi en fin d’aprĂšs-midi d’un centre de dĂ©tention du sud de Tripoli, #Abu_Salim.

    PrĂšs de 24 heures aprĂšs leur arrivĂ©e, des centaines de migrants patientent toujours devant le centre de rassemblement et de dĂ©part (GDF) du Haut-Commissariat des Nations unies pour les rĂ©fugiĂ©s (HCR), Ă  Tripoli. Les portes du centre restent, pour l’heure, fermĂ©es.

    Les migrants, au nombre de 400, selon la police libyenne, ont donc passĂ© la nuit dehors, sans pouvoir s’abriter de la pluie, comme en tĂ©moignent des images transmises Ă  la rĂ©daction d’InfoMigrants. Aucune femme et aucun enfant ne se trouvent parmi eux.

    “Quelle mascarade, quelle catastrophe humanitaire, 400 personnes passent la nuit sous la pluie, sans aucune couverture. OĂč sont les organisations humanitaires ? OĂč est la communautĂ© internationale ?”, a demandĂ© l’un des migrants devant le centre, Ă  InfoMigrants.

    Le #GDF "déjà surpeuplé", selon le HCR

    Selon le HCR - qui parle de 200 personnes Ă  ses portes -, la situation "est tendue", le centre Ă©tant "dĂ©jĂ  surpeuplĂ©". Impossible donc d’accueillir de nouveaux rĂ©sidents.

    L’Organisation internationale pour les migrations (#OIM) assure faire son maximum. "Nos Ă©quipes travaillent maintenant sur le terrain, en coordination avec le #HCR et le #PAM (Programme alimentaire mondial), pour dĂ©livrer une assistance d’urgence [...] aux migrants libĂ©rĂ©s hier du centre de dĂ©tention d’Abu Salim", ont-ils Ă©crit sur Twitter mercredi 30 octobre.
    ▻https://twitter.com/IOM_Libya/status/1189468937538412544?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E11

    ContactĂ©e par InfoMigrants, une source au sein de la police libyenne s’est Ă©tonnĂ©e de la position "incomprĂ©hensible" du HCR.

    Pour tenter de trouver un abri aux migrants abandonnĂ©s Ă  leur sort, les forces de l’ordre libyennes ont proposĂ© de les emmener dans d’autres centres de dĂ©tention, mais ces derniers ont refusĂ©.

    Marche à pied du centre de Abu Salim jusqu’au GDF

    La veille en fin de journĂ©e, ce groupe avait Ă©tĂ© relĂąchĂ© du centre de dĂ©tention libyen d’Abu Salim, au sud de la ville de Tripoli. Les migrants libĂ©rĂ©s ont alors marchĂ© jusqu’au centre GDF de Tripoli. Les raisons de leur dĂ©part sont cependant vagues. Certains migrants assurent ĂȘtre sortis d’eux-mĂȘmes. D’autres expliquent avoir Ă©tĂ© relĂąchĂ©s en raison de la situation sĂ©curitaire dans cette zone de la capitale.
    ▻https://twitter.com/sallyhayd/status/1189166848002187264?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E11

    Le centre de dĂ©tention d’Abu Salim est situĂ© Ă  proximitĂ© des zones de conflits [entre le gĂ©nĂ©ral Haftar, l’homme fort de l’Est libyen et le gouvernement de Fayez al-Sarraj]. "La situation dans les centres de dĂ©tention est inacceptable et l’accĂšs aux produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ© est difficile. La libĂ©ration d’hier Ă©tait inattendue et suscite des inquiĂ©tudes quant Ă  la sĂ©curitĂ© des migrants", a dĂ©clarĂ© l’OIM Ă  InfoMigrants.
    Les chiffres restent Ă©galement flous. Selon l’OIM, ce sont prĂšs de 600 personnes qui ont Ă©tĂ© "relĂąchĂ©es" du centre de dĂ©tention d’Abu Salim.

    Quitter plus rapidement la Libye ?

    En se rendant au GDF, les migrants pensent pouvoir quitter plus rapidement le pays. Ils espĂšrent que l’étude de leur demande d’asile sera examinĂ©e plus vite et leur rĂ©installation accĂ©lĂ©rĂ©e.

    En juillet, environ 300 migrants du centre de dĂ©tention de Tajourah, Ă  l’est de Tripoli, avaient parcouru 45 km Ă  pied afin de rejoindre le centre du HCR.

    Le GDF Ă  Tripoli a ouvert ses portes au mois de dĂ©cembre 2018. GĂ©rĂ© par le ministĂšre libyen de l’IntĂ©rieur, le HCR et LibAid (un partenaire du HCR), il a pour objectif de transfĂ©rer les rĂ©fugiĂ©s vulnĂ©rables vers un lieu sĂ»r, en Europe, notamment, via les programmes de rĂ©installation. Ou de les diriger vers d’autres structures d’urgence dans des pays tiers (au Niger ou au Tchad).

    Il peut Ă©galement proposer des retours volontaires aux migrants qui souhaitent rentrer chez eux. Il arrive toutefois que certains des migrants du GDF ne soient pas Ă©ligibles aux programmes de rĂ©installation. En octobre, en l’espace de deux semaines, deux demandeurs d’asile avaient tentĂ© de mettre fin Ă  leurs jours dans le centre GDF aprĂšs avoir Ă©tĂ© priĂ©s de quitter le centre.

    Plusieurs milliers de migrants sont détenus dans des centres de détention, officiellement gérés par les autorités libyennes. Dans la pratique, ces centres sont contrÎlés par des groupes armés et les abus fréquents.

    Au total, “plus de 669 000" migrants ont Ă©tĂ© recensĂ©s par les Nations unies en Libye depuis le mois d’aoĂ»t 2018. Parmi ce nombre important de migrants prĂ©sents sur le sol libyen figurent 12% de femmes et 9% d’enfants.

    ▻https://twitter.com/sallyhayd/status/1189239816694751232?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E11

    ▻https://www.infomigrants.net/fr/post/20497/des-centaines-de-migrants-abandonnes-a-leur-sort-devant-le-centre-du-h

    #abu_slim #Tripoli #migrations #réfugiés #SDF #abandon #centre #HCR #centre_du_HCR #détention #prisons #prison #centre_de_détention

    • Migrants en Libye : « Je sais qu’il y a une chance sur deux de mourir »

      A Tripoli, les exilĂ©s africains qui espĂšrent rejoindre l’Europe sont pris en tenaille entre les institutions – voies lĂ©gales mais lentes -, les rĂ©seaux de passeurs - option coĂ»teuse et dangereuse - et les centres de dĂ©tention des autoritĂ©s locales.

      Ils sont plusieurs centaines de milliers d’exilĂ©s Ă  ĂȘtre pris au piĂšge en Libye. Leur geĂŽle a quatre murs, contre lesquels ils se fracassent tour Ă  tour. D’abord la MĂ©diterranĂ©e, cette mer qui les sĂ©pare de l’Europe, surveillĂ©e par les gardes-cĂŽtes. Puis le DĂ©partement de lutte contre la migration illĂ©gale et ses centres de dĂ©tention aux mains des milices. Il y a aussi le rĂ©seau des passeurs et des trafiquants qui reprĂ©sentent Ă  la fois leur pire cauchemar et l’espoir, jamais Ă©teint, d’un ticket de sortie de l’enfer. Le dernier mur, enfin, est celui du Haut Commissariat aux rĂ©fugiĂ©s des Nations unies (HCR). Une issue de secours lĂ©gale, mais bouchĂ©e (lire page 9). Les quotas de rĂ©installation dans des pays d’accueil, ridiculement bas par rapport aux besoins, ne permettant pas d’évacuer les rĂ©fugiĂ©s Ă  un rythme suffisant.

      Michel Vumbi Mogambi a presque 70 ans. Quand il est arrivĂ© en Libye, voilĂ  vingt ans, il n’avait aucune intention de poursuivre sa route jusqu’en Europe. Le Congolais fuyait les combats dans son pays : la riche Libye de Kadhafi offrait Ă  l’époque du travail et un bon salaire. Aujourd’hui, ruinĂ© et rattrapĂ© par la guerre, il prie pour sortir d’ici, silhouette voĂ»tĂ©e parmi les fidĂšles de l’église San Francesco de Tripoli. A la sortie de la messe, le vieil homme est agitĂ©, sa chemise tachĂ©e de sang. La nuit derniĂšre, des hommes en treillis ont dĂ©foncĂ© sa porte, l’ont dĂ©shabillĂ©, battu pour qu’il leur donne son argent. Son ami Peter, le mĂ©canicien, s’est fait voler 1 800 dinars (environ 400 euros au marchĂ© noir). Leur voisin de chambrĂ©e, le Soudanais Habib Ali, 500 dinars. Et le vendeur Ă©gyptien du bout de la cour 5 000 dinars. Michel n’avait pas d’argent. Il a tentĂ© de se cacher dans les toilettes, nu.
      « Vers qui voulez-vous vous tourner ? »

      La vingtaine d’hommes cĂ©libataires venus de toute l’Afrique qui partagent cette petite allĂ©e du quartier de Gargaresh ont tous Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, frappĂ©s, embarquĂ©s, puis relĂąchĂ©s au petit matin. Chacun a des blessures Ă  montrer. RĂ©centes, aprĂšs la bastonnade de la veille ; anciennes, qui racontent une vie d’exil ; parfois cruelles, marques Ă©videntes de tortures. Les serrures de leurs habitations ont Ă©tĂ© dĂ©foncĂ©es Ă  coups de crosse. Les petites chambres taguĂ©es ont Ă©tĂ© retournĂ©es, Ă  la recherche d’un billet, un bijou ou d’un tĂ©lĂ©phone dissimulĂ©. « Les policiers Ă©taient encagoulĂ©s, mais j’ai pu lire "DĂ©partement de lutte contre la migration illĂ©gale" sur leurs uniformes noirs, dit Habib Ali. Quand ce sont les autoritĂ©s elles-mĂȘmes qui vous rançonnent et vous kidnappent, vers qui voulez-vous vous tourner ? »

      Michel est officiellement demandeur d’asile, enregistrĂ© au HCR. Mais sa petite carte plastifiĂ©e de l’ONU, qu’il sort sans arrĂȘt de sa pochette, ne le protĂšge pas : la Libye n’a jamais ratifiĂ© les conventions de GenĂšve. Sur son territoire, les rĂ©fugiĂ©s n’ont aucune existence officielle.

      Ayoub Qassem est le porte-parole de la marine nationale libyenne. Il n’y a pas d’électricitĂ©, ce jour-lĂ , dans la base navale d’Abou Sitta, sur la rive de Tripoli : son bureau est plongĂ© dans la pĂ©nombre. Les lourds rideaux laissent tout juste filtrer une lumiĂšre bleutĂ©e qui donne au militaire formĂ© en URSS un aspect de crĂ©ature des profondeurs. « La migration clandestine est la derniĂšre facette du colonialisme, assĂšne-t-il. Partout, il y a des pions qui travaillent pour les intĂ©rĂȘts de l’Occident. C’est l’Europe qui a crĂ©Ă© un rĂȘve dans la tĂȘte des Africains, afin d’éviter qu’ils ne dĂ©veloppent leurs pays. Ils sont comme des papillons attirĂ©s par la flamme ! Mais qui va nous protĂ©ger, nous, les Libyens, contre cette invasion ? » Le vieil officier triture sa moustache, fulmine, soudain inarrĂȘtable dans sa logorrhĂ©e complotiste et anti-impĂ©rialiste : « L’ONU est complice, elle a besoin de ces crises pour faire sa propagande et se lamenter sur le sort des migrants. »

      Depuis 2012, affirme-t-il, 80 000 personnes ont Ă©tĂ© « secourues », c’est-Ă -dire interceptĂ©es, par ses gardes-cĂŽtes. Une activitĂ© qui occupe 90 % de leur temps et de leurs ressources. Les Ă©quipages ont Ă©tĂ© en partie formĂ©s par Sophia, la mission de l’Union europĂ©enne, mais aussi par des experts espagnols. « Notre partenaire le plus sĂ©rieux est l’Italie, affirme Ayoub Qassem. Quand le pays ferme ses portes, cela nous aide. »
      Torture et viols systématiques

      La majoritĂ© des dĂ©parts, en cette pĂ©riode de l’annĂ©e, a lieu depuis les plages Ă  l’est de Tripoli, Ă  proximitĂ© de la ville de Khoms. PrĂšs de 6 000 migrants ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s en 2019 dans les eaux libyennes. Plus de 600 sont morts noyĂ©s. « Quand on critique les ONG, on donne l’impression qu’on est contre les migrants en tant que personnes, soupire Massoud Abdelsamad, Ă  la tĂȘte du Centre de sĂ©curitĂ© maritime. Mais je vous parle simplement en technicien : plus il y a de bateaux de sauvetage en mer, plus il y a des tentatives de traversĂ©e. On sait que des passeurs surveillent la position des navires humanitaires sur les sites de trafic maritime et qu’ils envoient leurs embarcations de migrants dans leur direction. »

      Ella (1) a pris la mer Ă  deux reprises. A chaque fois, la jeune ErythrĂ©enne a Ă©tĂ© refoulĂ©e vers cette Libye qu’elle « ne veut plus voir ». ChĂ©tive, le regard brĂ»lant, elle dit : « Je suis venue jusqu’ici ici pour aller en Europe. C’est mon rĂȘve, personne n’a le droit de me l’arracher. Peu importe ce qui m’arrive, je ne renoncerai pas. » Ella est aujourd’hui enfermĂ©e dans le centre de dĂ©tention de Tariq al-Sikka, Ă  Tripoli, gĂ©rĂ© par le DĂ©partement de lutte contre la migration illĂ©gale.

      Autour d’elle, dans un coin de la piĂšce, trois femmes se sont serrĂ©es sur les blocs de mousse qui servent de matelas, et jettent des regards obliques en direction de l’encadrement de la porte : le gardien y fume sa cigarette. Cette prison « modĂšle » est la seule que le gouvernement libyen laisse les journalistes visiter. On y sert deux repas par jour et les demandeuses d’asile ont le droit de possĂ©der un tĂ©lĂ©phone portable.

      « Le centre est dur, on devient folles Ă  force de patienter, mais on est tellement en danger dans les villes libyennes que c’est prĂ©fĂ©rable d’ĂȘtre dedans plutĂŽt que dehors. On a la sĂ©curitĂ©. MĂȘme si on risque autre chose ici
 » Quoi exactement ? Coup de menton vers la silhouette masculine de la porte, ses amies lui ordonnent de se taire. « Vous allez partir d’ici dans une heure, mais nous, on va rester lĂ  pendant des mois, on doit se protĂ©ger », se fĂąche Beydaan (1), une jeune Somalienne enfermĂ©e depuis cinq mois ici, mais coincĂ©e depuis trois ans en Libye. Sa voisine Sanah (1) est soudanaise, c’est l’une des plus anciennes du centre : elle est arrivĂ©e en mai 2018 et a passĂ© plusieurs entretiens avec des fonctionnaires du HCR. Depuis, elle attend une hypothĂ©tique place dans un pays d’accueil. « Au mois de mars, quatre femmes, mĂšres de famille, ont Ă©tĂ© envoyĂ©es au Niger, rĂ©pĂšte-t-elle. Il paraĂźt qu’aprĂšs elles sont arrivĂ©es en Europe. »

      Mariam (1) l’Ethiopienne regarde avec des yeux fixes mais ne parle pas. Les autres racontent pour elle. Son mari a Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© par un passeur Ă  Bani Walid, plaque tournante du trafic d’ĂȘtres humains en Libye. La torture, les viols y sont systĂ©matiques. Elle a passĂ© plus d’un an dans un centre de dĂ©tention « officiel » - la plupart sont en rĂ©alitĂ© gĂ©rĂ©s par des milices - Ă  Khoms, avant d’ĂȘtre transfĂ©rĂ©e Ă  Tariq al-Sikka.

      « Le HCR s’oppose Ă  la privation de libertĂ©, les migrants ne devraient pas ĂȘtre enfermĂ©s, c’est notre position de principe, rappelle Paula Barrachina, porte-parole du HCR Ă  Tripoli. Mais on se rend quand mĂȘme dans les centres pour dĂ©tecter les personnes les plus vulnĂ©rables et prodiguer des soins. C’est un dilemme permanent : faire de l’humanitaire sans participer Ă  la pĂ©rennisation de ces lieux. »
      Places allouées au compte-gouttes

      Le HCR coadministre - avec le ministĂšre libyen de l’IntĂ©rieur - Ă  Tripoli son propre « centre de rassemblement et de dĂ©part », un site de transit oĂč patientent les migrants « validĂ©s » pour obtenir l’asile en Occident. Mais les places dans les pays d’accueil Ă©tant allouĂ©es au compte-gouttes, le lieu est dĂ©bordĂ©. Quelque 1 500 personnes y vivent, dans un lieu amĂ©nagĂ© pour 700. Surtout, les dĂ©parts sont bien trop lents. ConsĂ©quence : les personnes vulnĂ©rables qui pourraient obtenir le statut de rĂ©fugiĂ©s croupissent dans des centres de dĂ©tention insalubres, eux-mĂȘmes saturĂ©s. Mais ils sont des dizaines de milliers d’autres Ă  errer en Libye Ă  la recherche d’une porte de sortie.

      « J’ai perdu patience. On ne peut pas continuer comme ça, tonne Ghassan SalamĂ©, l’envoyĂ© spĂ©cial des Nations unies en Libye. Il faut fermer ces centres de dĂ©tention. Il y a des sĂ©vices, des directeurs qui sont suspectĂ©s de faire du trafic, des entreprises qui bĂ©nĂ©ficient de contrats de fournitures [de nourriture et entretien]
 » Trois prisons du DĂ©partement de lutte contre la migration illĂ©gale ont officiellement cessĂ© leur activitĂ© cet Ă©tĂ©, mais plusieurs ONG affirment que les migrants interceptĂ©s en mer continuent d’y ĂȘtre envoyĂ©s. « La communautĂ© internationale et l’opinion publique europĂ©enne sont malheureusement obsĂ©dĂ©es par ces centres, alors qu’en rĂ©alitĂ© nous avons un problĂšme bien plus sĂ©rieux, qui ne concerne pas que 5 000 migrants, mais 700 000 Ă  800 000 personnes illĂ©galement entrĂ©es en Libye, explique le diplomate. C’est sur elles que nous voulons nous concentrer, sur le grand nombre d’expatriĂ©s illĂ©gaux, essayer de les aider de maniĂšre humanitaire, les soigner, les aider Ă  accĂ©der au marchĂ© du travail, les protĂ©ger. » Pour mettre son plan Ă  exĂ©cution, SalamĂ© a demandĂ© un programme de 210 millions de dollars (188 millions d’euros) au Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies : « Je suis fĂąchĂ© car nous n’en avons obtenu qu’un peu moins de 40 millions. Si nous devons faire ce pas supplĂ©mentaire, il faut vraiment que les pays qui le peuvent mettent la main Ă  la poche. »
      « Un mois et demi pour traverser le dĂ©sert »

      L’errance a fini par dĂ©poser Souleymane, 44 ans, sous le toit en tĂŽle d’un hangar d’une administration Ă  l’abandon, dans un quartier excentrĂ© de Tripoli. A sa suite, onze familles Ă©parses, venues comme lui des monts Nouba, rĂ©gion en guerre du sud du Soudan. AllongĂ© sur une natte en plastique, ses longues jambes repliĂ©es, le chef de la colonie dĂ©crit : « Nous sommes arrivĂ©s en Libye il y a un an. Nous habitions une maison dans la banlieue Sud de Tripoli dans une zone proche de la ligne de front. On entendait les tirs qui se rapprochaient, on est partis Ă  pied. AprĂšs cinq jours Ă  dormir sur la route, devant le HCR, un Libyen nous a trouvĂ© cet abri. »

      Les autres hommes du campement se sont rassemblĂ©s en silence pour Ă©couter la voix grave de l’ancien chauffeur de camion. « Je voyage avec ma femme et mes sept enfants, entre 1 an et demi et 16 ans. Je suis passĂ© par le Tchad. Nous avons mis un mois et trois jours Ă  traverser le dĂ©sert, Ă  cause des pannes. Le petit qui est lĂ , Ă  5 ans, il marchait dix heures par jour. Nous Ă©tions vingt dans un camion de transport de bĂ©tail. A Sebha, j’ai Ă©tĂ© battu et torturĂ©. Je suis arrivĂ© au HCR Ă  Tripoli le 28 fĂ©vrier. Dix jours plus tard, j’étais enregistrĂ©. »

      A l’évocation de la chute du rĂ©gime d’Omar el-BĂ©chir, dans son pays, Souleymane sourit. « Au Soudan, le changement va prendre beaucoup de temps. Dans mon village, il n’y aura pas d’eau et d’école avant au moins quinze ans : mes enfants ne peuvent pas attendre. » Souleymane joue avec la cheville du garçon qui s’est installĂ© contre lui. « Si j’avais assez d’argent, je pai erais la traversĂ©e Ă  mon fils. Pour ma famille, cela coĂ»te 3 500 euros de prendre la mer, environ 500 euros par personne, les bĂ©bĂ©s ne paient pas. Je sais qu’il y a une chance sur deux de mourir. »

      Il se redresse, calmement, insiste. « Je vois que vous ne comprenez pas. Pour des gens qui ont quittĂ© une vie vraiment horrible, qui ont traversĂ© le dĂ©sert, le reste est dĂ©risoire, ça n’a pas d’importance. » Faute d’argent, comme 45 000 autres demandeurs d’asile enregistrĂ©s par le HCR, il attend le miracle onusien d’une place d’accueil pour sa famille en Occident. « On dit qu’une famille de Soudanais est dĂ©jĂ  partie pour la NorvĂšge, aprĂšs un an et demi d’attente. C’est bien, la NorvĂšge ? »

      (1) Les prénoms ont été modifiés.

      ▻https://www.liberation.fr/planete/2019/10/31/migrants-en-libye-je-sais-qu-il-y-a-une-chance-sur-deux-de-mourir_1760873