• Cas d’école - Newsletter de C&F éditions

    Bonjour,

    Un mois après la rentrée, alors que se profilent de nouvelles menace de confinement scolaire pour au moins une partie des classes, et que les universités sont confrontées à de grandes difficultés d’organisation, je voudrais vous parler aujourd’hui de l’école.

    Avec la collection « Les enfants du numérique », nous avons essayé depuis des années de réfléchir au pratiques adolescentes et de les confronter au cadre scolaire, aux injonctions parentales et à la réalité des difficultés rencontrées par les adolescents vis-à-vis du numérique. Entre le cyberharcèlement, les paniques morales des adultes et l’idée trop répandue qu’une génération Z aurait la science du web infuse, il est compliqué de trouver un bon regard sur la façon dont le numérique percute à la fois les modes de vie adolescents et l’institution scolaire.

    C’est à ce travail de recul, de regard critique, d’espoir dans les usages adolescents comme de confiance dans la relation éducative que se sont livrées les autrices de la collection « Les enfants du numérique ».

    Pour mémoire :

    Anne Cordier : Grandir connectés, les adolescents et la recherche d’information , ISBN 978-2-915825-49-7, octobre 2015.
    Non, les ados ne sont pas tous autonomes comme La petite Poucette. Ne pas les former à la recherche d’information sur le web, c’est laisser les inégalités sociales des origines l’emporter au sein de l’école. Un ouvrage d’ethnographie scolaire, qui laisse une large place aux paroles des élèves.
    https://cfeditions.com/grandirConnectes

    danah boyd : C’est compliqué, Les vies numériques des adolescents , ISBN 978-2-915825-58-9, juin 2016.
    À la rencontre des adolescents, la sociologue danah boyd démythifie les idées préconçues des parents et des médias sur leurs pratiques. Finalement, les ados sont accros à la relation avec leurs pairs bien plus qu’aux machines. Surtout quand le numérique devient le seul moyen d’avoir une vie sociale, ce que le confinement est venu confirmer.
    https://cfeditions.com/boyd

    Henry Jenkins, Mizuko Ito & danah boyd : Culture participative, Une conversation sur la jeunesse, l’éducation et l’action dans un monde connecté. ISBN 978-2-915825-73-2, octobre 2017
    Un livre à trois voix qui définit la culture participative et qui en montre l’importance dans le monde numérique. Une mise en avant des capacité des adolescents à s’engager dans des actions civiques via des pratiques culturelles.
    https://cfeditions.com/cultureParticipative

    Marion Carbillet & Hélène Mulot : À l’école du partage, Les communs dans l’enseignement. ISBN 978-2-915825-93-0, avril 2019.
    Partant des pratiques ouvertes menées dans leurs CDI, à la découverte des communs et d’une philosophie du partage, les autrices défendent une conception de l’école faite du plaisir d’apprendre ensemble et de la dynamique des échanges inter-personnels et des apprentissages par l’expérience. Un livre majeur à relire suite à l’expérience du confinement pour comprendre que l’école va bien au-delà de la transmission des connaissances.
    https://cfeditions.com/partage

    Bérengère Stassin : (cyber)harcèlement, Sortir de la violence, à l’école et sur les écrans. ISBN 978-2-915825-94-7. juillet 2019
    Oui, la violence entre élèves existe et avec le numérique elle prend des formes nouvelles et se poursuit en dehors de l’enceinte scolaire. De nombreux exemples, souvent dramatiques, sont là pour nous le rappeler. Mais l’intérêt d’en faire un livre est avant tout d’ouvrir des fenêtres pour trouver des voies de sortie, entre Éducation aux médias et à l’information et jeu de rôle, entre action des associations et écoute des victimes. "Sortir de la violence".
    https://cfeditions.com/cyberharcelement

    Nous avons pas mal d’ouvrages en chantier dans cette collection, alors en cette période de rentrée, je tenais à vous re-présenter les livres déjà publiés, avant de parler bientôt de ceux qui vont sortir. Notamment de l’ouvrage « L’École sans école », un ouvrage multi-autrices et auteurs qui essaie de tirer les fils d’analyse et de perspectives suite à la période de confinement du printemps. Et qui parle des "invisibles" de l’école, celles et ceux qui au delà de l’enseignement de spécialité font du lieu de l’école un élément de socialisation et d’apprentissage mutuel essentiel. Mais chuuut, c’est pour bientôt.

    Bonne lecture,

    Hervé Le Crosnier

  • Bérengère Stassin, (cyber)harcèlement. Sortir de la violence, à l’école et sur les écrans
    https://journals.openedition.org/questionsdecommunication/22022

    En France, 5 à 6 % des élèves du premier et du second degré sont victimes de harcèlement scolaire. C’est par ce chiffre éloquent que débute l’ouvrage de Bérengère Stassin, où l’auteure investigue les transformations du phénomène en lien avec l’émergence du cyberharcèlement. Elle apporte une contribution essentielle aux réflexions dans ce domaine, en nous livrant tout d’abord une synthèse de la littérature existante sur le sujet de la violence entre enfants, longtemps invisibilisé, ainsi qu’une définition précieuse du harcèlement scolaire, de la cyberviolence et du cyberharcèlement – dont elle étudie l’ensemble des manifestations. Si le harcèlement scolaire commence à faire l’objet de recherches en sciences humaines et sociales dans les années 1970, ce n’est qu’à l’aube des années 2010 qu’il devient un problème public. En effet, son prolongement via les médias sociaux attire l’attention des pouvoirs publics tandis que l’on découvre les chiffres des premières enquêtes de victimation. Par la richesse des exemples mentionnés, les chapitres I à III balayent un certain nombre de mythes et apportent un lot de résultats marquants. Non, le harcèlement et la cyberviolence ne sont pas qu’une affaire de jeunes, qui prendrait magiquement fin à l’issue du lycée : la violence se poursuit dans l’enseignement supérieur et dans le monde professionnel. Et elle n’affecte pas de la même manière les différents groupes sociaux, se colorant notamment d’une dimension genrée et d’une homophobie qu’il convient de prendre en compte. Une fois ces constats dressés, une partie conséquente du livre (chapitre IV) se consacre à un inventaire des moyens de lutte à disposition des acteurs de la prévention. S’appuyant sur les outils de l’éducation aux médias et à l’empathie, l’auteure montre la nécessité d’impliquer directement les jeunes dans ce processus, nous invitant aussi à dépasser les discours technicistes et catastrophistes en rappelant la richesse et la diversité de leurs activités en ligne.

    Cherchant à établir si les violences en ligne ne sont « qu’un “vieux vin […] dans une nouvelle bouteille” » (p. 91), l’auteure de l’ouvrage astucieusement nommé (cyber)harcèlement, situe à la fois le phénomène dans une logique de rupture et de continuité avec le harcèlement scolaire. D’un côté, les cyberviolences apparaissent comme le prolongement logique de rapports de sociabilité préexistants, constituant la trace d’une violence entre jeunes que personne ne voulait voir. Mais par les canaux de diffusion originaux qu’elle emprunte (smartphones, médias sociaux…), cette violence se prolonge en dehors du temps scolaire et pénètre le lieu du foyer, qui pouvait autrefois constituer un espace de répit et de repos. Reprenant à son compte le concept de chambre d’écho, Bérengère Stassin montre aussi très bien et à travers plusieurs cas concrets l’amplification démesurée des phénomènes violents que le web peut parfois induire.

    Pour lutter contre le harcèlement et le cyberharcèlement à l’école, Bérengère Stassin passe en revue les outils de l’éducation à l’empathie, couplés à ceux de l’éducation aux médias et à l’information. S’attachant à décrypter le rôle des émotions dans le déclenchement des violences, elle déconstruit l’image de tyran tout-puissant associée à la figure du bully (p. 136) : « Bien qu’il renvoie l’image de quelqu’un de fort et sûr de lui, le meneur souffre souvent, de par son histoire personnelle, d’une faille narcissique et d’une faible estime de lui-même ». Ses agissements sont liés à son incapacité de se mettre à la place d’autrui, et ceux des suiveurs, motivés par la peur des sanctions normatives exercées par le groupe. C’est dans le cas de ces derniers que la marge de manœuvre des équipes éducatives est la plus grande, certains d’entre eux pouvant changer de comportement une fois repérés. Le choix de conclure son ouvrage par un volet consacré à l’éducation aux médias dénote le caractère engagé et émancipatoire des recherches conduites par Bérengère Stassin, qui mobilise une approche compréhensive des cultures juvéniles. Après avoir souligné les nombreux risques des médias sociaux, elle rappelle la richesse des usages développés par les jeunes en ligne : le prolongement d’une sociabilité entre pairs et l’acquisition d’une forme d’autonomie, la recherche d’informations et d’apprentissages, la prescription et la création culturelles, ou encore la construction identitaire via l’appartenance à des communautés etc. Pour la chercheuse, « il ne s’agit donc pas de condamner les pratiques des adolescents ou le manque de recul que certains peuvent avoir, mais de renforcer leurs compétences numériques et de leur apprendre à publier et à partager de l’information de manière réfléchie et responsable » (p. 150).

    #Cyberharcèlement #Bérengère_Stassin #C&F_éditions

  • Bérengère Stassin, (Cyber)harcèlement
    https://journals.openedition.org/lectures/38358

    La réflexion de l’autrice pour « sortir de la violence, à l’école et à l’écran » s’articule autour de quatre chapitres dans lesquels elle décrit les phénomènes de harcèlement scolaire, de cyberviolence, de cyberharcèlement puis analyse les moyens de lutte contre ces fléaux à l’école. De grandes questions structurent le propos : harcèlement et cyberharcèlement sont-ils toujours liés ? Existe-t-il un profil type des agresseur/se·s et des victimes ? Quelles conséquences la cyberviolence a-t-elle sur les harcelé·e·s et leur(s) harceleur/se(s) ? De quels moyens dispose l’école pour endiguer ces violences ?

    Grâce à de nombreuses citations de chercheur/se·s, Bérengère Stassin montre que la définition du cyberharcèlement ne fait pas consensus dans la littérature scientifique : il est parfois défini comme l’envoi numérique de contenus violents, d’autres fois ce sont les critères propres au harcèlement appliqué à l’espace numérique qui sont mis en avant (p. 93). En prenant appui sur le slogan « Liker, c’est déjà harceler »10, l’autrice explique qu’en ligne, la fragmentation des actions peut conduire à la répétition : un contenu est posté, liké par d’autres jeunes, partagé et commenté à de multiples reprises. Même si chaque internaute n’a effectué qu’une seule action, chacune est un nouveau coup pour la victime. La répétition peut naître de l’exhumation de publications anciennes, qui sont autant d’éléments constitutifs de l’identité numérique d’un individu. L’exemple de Mennel lors de son passage dans The Voice atteste que la pérennité des contenus et des traces numériques peut aboutir, des mois plus tard, à des situations de cyberviolence ou de cyberharcèlement, et compromettre des ambitions personnelles11.

    Les compétences émotionnelles sont nécessaires à la socialisation d’un individu et lui permettent de s’adapter à son environnement et de développer sa sensibilité aux autres. Dans les situations de harcèlement les émotions jouent un rôle, aussi bien pour l’agresseur/se, les suiveur/se·s, la victime que les témoins. Éduquer à l’empathie, travail de fond qui doit être répété en classe et à la maison, permet de développer une bonne estime de soi et un goût pour les autres. À l’étranger, ces méthodes ont déjà fait la preuve de leur efficacité18.

    L’EMI, quant à elle, permet d’éveiller l’esprit critique, de former les élèves aux différentes sources d’information, de maîtriser leur identité numérique, de les amener à être des protagonistes réfléchi·e·s de l’usage du numérique (notamment en termes de publication). L’EMI est préconisée par le ministère de l’Éducation nationale pour faire des élèves des acteurs/trices responsables du web et de la lutte contre les cyberviolences.

    Bérengère Stassin propose ici une synthèse accessible à tous/toutes. Dans le cadre plus spécifique de l’école, c’est un livre qui trouvera toute sa place dans les CDI et qui peut, au travers des nombreux exemples actuels, servir de base à des activités pédagogiques pour parler, décortiquer et lutter contre le fléau du (cyber)harcèlement.

    #Bérengère_Stassin #Cyberharcèlement #Violences_scolaires #C&F_éditions