le gouvernement face au chantier des aides sociales aux étudiants

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  • Rentrée universitaire : le gouvernement face au chantier des aides sociales aux étudiants, 31 août 2019
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    Le projet d’une « aide globale d’autonomie » sera examiné dans le cadre de la concertation sur le revenu universel d’activité. Beaucoup de questions restent à trancher.

    A quelques semaines du retour des étudiants sur les bancs des amphithéâtres, le gouvernement veut donner une tonalité sociale à la rentrée universitaire. Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, a annoncé le 20 août une revalorisation des bourses sur critères sociaux de + 1,1 %, soit une enveloppe de 46 millions d’euros. Un coup de pouce salué par les organisations étudiantes. Même s’il est jugé insuffisant, au regard de l’évolution du coût de la rentrée (+ 1,96 % d’après l’enquête de la FAGE) et de la vie étudiante (+ 2,83 % d’après l’UNEF).

    Mais, au-delà de cette annonce, c’est un chantier bien plus vaste qu’a décidé d’ouvrir le gouvernement cette année : celui de l’ensemble des aides destinées aux étudiants, dont les bourses ne sont qu’une partie. Elles représentent 2,1 des 5,7 milliards d’euros d’aides de l’Etat au titre de l’action sociale en faveur des étudiants, le reste allant pour une large part aux aides personnalisées au logement (APL).
    Les bourses étudiantes existeront-elles encore demain sous cette forme ? Une fusion avec les APL est-elle possible, alors que ces dernières, contrairement aux bourses, ne reposent pas sur le revenu de la famille mais sur celui de l’étudiant ? Un soutien financier universel – la revendication historique des syndicats étudiants – est-il envisageable ? Les questions techniques sont nombreuses. Et sensibles

    Une aide « universelle »

    L’une est désormais tranchée : la réflexion autour de cette refonte des aides propres aux étudiants va intervenir dans le cadre de la concertation autour du futur revenu universel d’activité (RUA), le projet de prestation unique regroupant les différents minimas sociaux lancé par Emmanuel Macron dans le cadre du « plan pauvreté ». Ouverte par le gouvernement en juin, celle-ci doit s’achever d’ici à la fin de l’année – avec un projet de loi promis à l’horizon 2020.

    Depuis son arrivée au ministère de l’enseignement supérieur, en 2017, Frédérique Vidal s’est à plusieurs reprises prononcée en faveur d’une « aide globale d’autonomie » pour les étudiants, sans en définir les contours – les premières années du quinquennat avaient été concentrées sur le rattachement des étudiants au régime général de sécurité sociale, avec la suppression des frais de 217 euros qu’ils versaient auparavant. Une ligne directrice est néanmoins avancée : celle de la simplification. « Il existe une multitude d’aides et de guichets, avec parfois un effet d’éviction, des étudiants qui n’ont pas recours à des aides qu’ils pourraient avoir, explique-t-on au ministère de l’enseignement supérieur. Il s’agit de rendre le système plus lisible et d’améliorer l’accès à ces aides. » Pour le reste, « rien n’est tranché », assure-t-on.

    Déjà, l’idée d’une aide véritablement « universelle » apparaît l’option la moins probable, s’inquiète-t-on du côté de l’UNEF, qui soutient ce projet. « On revendique une allocation d’autonomie pour tous, suffisante pour vivre, mais on voit que le revenu universel d’activité ne va pas dans ce sens », craint le syndicat étudiant de gauche.
    « La simplification est une très bonne chose, soutient Antoine Dulin, qui participe à la concertation sur le revenu universel dans le groupe dédié aux jeunes, au titre du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse. Mais si on veut lutter contre la pauvreté des étudiants, il faut absolument revaloriser les bourses, qui ne suffisent pas à couvrir la vie étudiante. » Il y a « urgence », tonnent les syndicats étudiants d’une même voix, réclamant une augmentation des montants des bourses et du nombre d’étudiants qui y ont droit.

    « Sacrifice » pour les parents

    D’un côté, la situation des publics les plus défavorisés s’aggrave : « On le voit avec l’augmentation du nombre des Agoraé [des épiceries sociales et solidaires] que nous ouvrons [trois de plus en cette rentrée], pour les étudiants qui ont moins de 7,60 euros de reste à vivre par jour », résume Orlane François, présidente de la FAGE. Un sentiment partagé chez les chefs d’établissements. En BTS, formation qui compte la plus grande part de boursiers dans le supérieur, « il y a de plus en plus de jeunes qui doivent prendre un petit boulot à côté, décrit Philippe Vincent, du syndicat des personnels de direction (SNPDEN). On le voit avec la montée de l’absentéisme. »

    « Les conditions matérielles sont souvent éludées, alors qu’il s’agit d’une question importante dans les études supérieures, devenues quasi-obligatoires pour de nombreux jeunes, avec la montée de la part de bacheliers dans une génération, le poids du diplôme ou encore le chômage, souligne le sociologue Mathias Millet. Or, les difficultés financières altèrent significativement la réussite. »

    « Même les classes moyennes ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts pour les études de leurs enfants », estime Franck Loureiro, secrétaire général adjoint du SGEN-CFDT

    Les 712 000 boursiers sur critères sociaux (sur 2,6 millions d’étudiants) vont des classes populaires aux classes moyennes modestes, avec des bourses qui s’échelonnent de 1 020 euros à 5 612 euros sur dix mois. Actuellement, le plafond du revenu brut global donnant droit à une bourse, pour une famille avec un seul enfant, en étude près de chez lui, s’élève à 33 100 euros. Soit environ 2,4 fois le smic, résume Olivier Bardon, sous-directeur de la vie étudiante au centre national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous).

    Il rappelle que la dernière forte progression du nombre de boursiers date de 2008, avec la réforme de Valérie Pécresse, qui a notamment élargi les barèmes en direction des classes moyennes, suivie sous le quinquennat Hollande d’une réforme donnant droit à une aide financière aux boursiers qui n’étaient jusque-là, qu’exonérés des droits d’inscription et des frais de sécurité sociale. Les points de charges, dépendant du nombre d’enfants qui étudient et de la distance entre le domicile et la formation, poussent actuellement le plafond pour accéder à une bourse à 95 600 euros.

    « Même les classes moyennes ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts pour les études de leurs enfants, estime Franck Loureiro, secrétaire général adjoint du syndicat des personnels du supérieur SGEN-CFDT. Elles doivent se saigner à blanc sur le quotidien, ce qui crée un fort sentiment d’injustice. »

    Victor, 22 ans, reconnaît que ses études représentent un « sacrifice » pour ses parents, « qui [l’]ont toujours soutenu », alors que son frère jumeau est également à la fac, ainsi que sa petite sœur depuis l’an dernier. Cet étudiant, qui fait sa rentrée en master 2 au Mans, touche une bourse de l’échelon 1 (l’un des plus faibles) de 160 euros par mois. Il a travaillé jusqu’ici tous les étés, et pendant l’année lors des petites vacances. « Mais sans la bourse, je n’aurais pas pu tenir, détaille-t-il. Il aurait fallu faire un emprunt. »

    Qui sont les boursiers du supérieur
    712 000 boursiers sur critères sociaux en 2018-2019
    Leur nombre a fortement augmenté durant la dernière décennie, avec la progression démographique, mais aussi plusieurs réformes, principalement celle de 2008, qui a élargi l’accès aux bourses. Ils étaient 528 000 en 2008.

    37 % C’est la part d’étudiants boursiers dans les formations ouvrant droit à une bourse du ministère de l’enseignement supérieur, d’après une note statistique ministérielle publiée en janvier. Ils se trouvent en premier lieu en sections de technicien supérieur (55 %), en IUT (44,4 %) et à l’université (39,2 %). Viennent ensuite les classes préparatoires (28,9 %) et les écoles de commerce (13,5 %).

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