• « La lenteur de la vaccination française est un symptôme de notre déclassement »
    Une tribune à lire absolument...
    Levy, Antoine
    https://www.lefigaro.fr/vox/politique/la-lenteur-de-la-vaccination-francaise-est-un-symptome-de-notre-declassemen

    FIGAROVOX/TRIBUNE - Le Royaume-Uni a déjà vacciné 1 million de personnes alors que la France au soir du 30 décembre n’en était qu’à 138, rappelle Antoine Levy. L’économiste et doctorant au MIT dresse une liste des différents dénis de notre administration qui expliquent ce retard ainsi que huit solutions potentielles pour le combler.

    Antoine Levy, normalien, diplômé d’HEC et de la Paris School of Economics, est économiste et doctorant au Massachusetts Institute of Technology, où il a reçu la Castle Krob Fellowship et la Kenan Sahin Presidential Fellowship.

    Au soir du 30 décembre, après 4 jours de vaccination, 138 personnes avaient reçu une dose d’immunisation contre le #Covid en France. En une dizaine de jours, les États-Unis ont vacciné près de 3 millions de personnes. Israël, dans le même temps, a administré la première dose du vaccin à 7.5% de sa population (l’équivalent de près de 5 millions de Français), dont près de 30% des plus de soixante ans, les plus fragiles, ce qui lui permet d’entrevoir la fin de l’épidémie pour le début du mois de février.

    Le Royaume-Uni, un pays comparable au notre en population, a déjà vacciné près d’un million de personnes. L’Allemagne, handicapée par la même lenteur d’approbation du vaccin que la France (celle de l’Agence Européenne du Médicament et de sa coupable négligence) et armée de doses attribuées de manière symétrique, a commencé sa campagne le même jour : elle a vacciné, en trois jours, près de 80 000 citoyens, à un rythme qui s’accélère chaque jour.

    L’ampleur surréaliste de l’échec français interroge ; elle ne devrait pourtant pas surprendre. La lenteur de la campagne de vaccination française, n’est que la suite logique de notre gestion des masques, des tests, du traçage, de l’isolation. C’est le symptôme d’un déclassement et d’un appauvrissement organisationnel et technologique effarant.

    C’est aussi le produit de l’arrogance d’un État imbu de lui-même et imperméable à la critique, de la suffisance d’une administration et d’une classe politique auto-satisfaites, boursouflées, et incapables de la dose d’humilité nécessaire pour faire machine arrière et s’inspirer simplement de ce qui fonctionne ailleurs. C’est en somme la révélation de la disparition totale de notre state capacity , la faculté de l’action publique à agir efficacement tout en préservant les libertés, la simple capacité d’accomplir quelque chose en commun. Cinq raisons s’imposent, d’évidence, pour expliquer cet échec, cinq dénis de réalité.

    Le premier des dénis, c’est celui du primat absolu de la logistique. « L’intendance suivra », aime-t-on à répéter en France depuis le Général, et l’on semble fier d’y confier son ignorance de ces questions bassement matérielles. Voilà que, comme un symbole, l’on entend le présumé grand ordonnateur de la stratégie vaccinale française, Alain Fischer, se gausser à la télévision en avouant, sans y voir la moindre contradiction avec son rôle, qu’il « ne connaît pas grand-chose à la logistique », comme s’il s’agissait là d’un domaine bien trop vulgaire pour un homme de sa trempe.

    Il faut voir dans ce mépris de l’organisation concrète l’origine de l’échec français dans l’approvisionnement en masques, qui n’a fonctionné que dès qu’il a été confié aux acheteurs de la grande distribution, dont c’est le métier ; ou dans la réquisition des laboratoires vétérinaires, dont on n’a pas su dès février inventorier la capacité en tests. La gestion publique de la Santé n’est pas organisée pour peser et arbitrer des contraintes de ressources en temps réel.

    Dans l’une des économies les plus administrées et socialisées du monde développé, où l’on aime à multiplier les commissariats au Plan et autres conventions citoyennes, on demeure parfaitement incapable de dépasser les incantations, et, si l’on sait bien y théoriser l’économie de guerre, on semble n’avoir aucune idée de comment en impulser la pratique.

    Le second déni, c’est celui des fautes par omission. À force de vouloir à tout prix éviter de commettre des erreurs spécifiques qui risqueraient de la mettre face à leurs responsabilités pénales (le syndrome du « sang contaminé »), l’administration et le gouvernement ont fait le choix délétère d’une inaction facile, mais non moins hautement coupable. Ne pas agir, et surtout ne pas agir à temps, c’est condamner à mort (du Covid, mais aussi d’autres pathologies non détectées par des hôpitaux encombrés) des dizaines de milliers de français supplémentaires, tout en se lavant les mains de la moindre culpabilité, puisque l’on n’a rien fait.

    Il est évidemment confortable de se rassurer en se convaincant que personne n’est mort des effets secondaires d’un vaccin que l’on n’a pas distribué, sans se rendre compte que cette non-assistance à un pays en danger est elle-même responsable de milliers de morts et de pathologies graves qui s’accumulent chaque jour.

    Le troisième déni, c’est celui des proportions. Quand il s’agit d’assigner des mois durant un pays à résidence, le « quoi qu’il en coûte » s’imposerait, et l’on n’aurait que faire des libertés publiques - mais l’on s’en préoccupe soudain de façon obsessionnelle pour refuser l’obligation vaccinale, pourtant la norme pour onze autres inoculations. Dans un plan de relance qui se chiffre en centaines de milliards d’euros, nul n’a jugé utile de dédier des investissements aussi immenses qu’indispensables à ce que des le mois de mars, l’on savait être la seule solution durable à la pandémie : le déploiement d’un vaccin aussi vite et efficacement qu’il est humainement possible sur l’ensemble du territoire.

    Si le vaccin ne permettait que d’en finir une journée plus tôt avec les confinements à répétition, il serait un investissement au rendement social chiffrable en milliards d’euros, mais après avoir dépensé sans compter pour financer chômage partiel et prêts garantis, on semble réticent a investir ne serait-ce que quelques centaines de millions dans le financement de l’infrastructure logistique indispensable à l’immunisation collective - congélateurs, centres de vaccination, transport réfrigéré, collecte informatisée des données.

    Cette absence totale de sens des proportions, ce refus de l’arbitrage coûts-bénéfices, c’est aussi la conséquence logique d’une inculture quantitative grandissante, dont témoignent les résultats du pays en mathématiques dans les enquêtes internationales, et qui se retrouve au plus haut niveau de l’État.

    Le quatrième déni, c’est celui de la responsabilité, qui a désormais laissé place à une omniprésente culture de l’excuse. Le Covid, c’était d’abord la faute des pangolins et des marchés en plein air. Puis ce fut celle la Chine, avant d’être celle du capitalisme. C’est la faute de la mondialisation, celle de Bruxelles, celle des Français eux-mêmes, querelleurs et indisciplinés… cette fois, plus d’excuse. Cet échec, il est celui de l’État, de notre État.

    Huit mesures simples à mettre en oeuvre

    Assumons-le pleinement, il n’y a plus d’arbre derrière lequel cacher la forêt de notre incompétence administrative, technique, industrielle, scientifique. La France est le seul parmi les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU (Chine, États-Unis, Royaume-Uni - sans compter l’Allemagne) à ne pas avoir développé son propre vaccin. Elle n’a pas su organiser un système de quarantaine centralisée, pas su se procurer à temps masques et tests pendant la première vague. Elle se place aujourd’hui en dernière position dans le déploiement des vaccins, parmi les pays ayant débuté leur campagne. Comment esquiver, cette fois encore, nos responsabilités ?

    Le dernier déni, le plus grave, c’est celui du réel. Le gouvernement, fasciné par la pédagogie, passionné par la communication, semble avoir oublié, tout à sa performativité obsessionnelle, que face à une crise véritable et non pas fantasmée, seule l’action sauve. Il faut, nous dit avec solennité le Ministre de la Sante, se battre contre la désinformation - et si on se préoccupait plutôt, d’abord, de se battre contre le Covid ? Le gouvernement semble tourner à vide dans une logorrhée sans adversaire clairement identifié.

    Les fameux « modèles » épidémiologiques, jamais mis à disposition du public, de l’institut Pasteur, qui motivent les confinements et re-confinements successifs, sont un exemple parmi d’autres de ces mantras discursifs. L’obsession maladive du discours poli et sans aspérités, pour ne jamais déplaire, au détriment de la sobre confrontation aux choix que le réel impose dans toute sa difficulté, est le plus grave de nos oublis.

    Mais alors, que faire ? Voici huit mesures simples, sans aucune originalité, inspirées simplement de ce qui se pratique dans les pays qui ont su efficacement vacciner leur population.

    1. Affirmer le principe de « La première dose avant tout ». Les résultats des essais cliniques de tous les vaccins jusqu’ici mis sur le marché semblent confirmer que l’essentiel de l’immunité vaccinale est acquise après la première dose. Le rapport coûts-bénéfices est clair : il faut vacciner un maximum de citoyens avec une première dose, même si l’on n’est pas absolument certain de pouvoir leur administrer la seconde dans le délai initialement prévu.

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    Cette stratégie est d’ores et déjà celle du Canada et du Royaume-Uni, qui ont su avec agilité changer de braquet devant les données cliniques. Deux fois plus d’individus vaccinés avec une seule dose est infiniment préférable, du point de vue de la réduction de la mortalité et des pathologies graves, que de laisser des doses inutilisées par souci absurde de perfectionnisme sans justification scientifique.

    2. Rendre immédiatement la vaccination obligatoire pour les publics fragiles. La vaccination doit être rendue obligatoire pour les plus de 80 ans, et en particulier au sein des EHPAD, comme elle l’est déjà pour bien des maladies au sein des crèches et des écoles, puisque les non-vaccinés exercent dans ces lieux de rassemblement et de contamination une externalité négative. Le pays entier, au nom de la fameuse « nation d’individus solidaires », a accepté de mettre pendant un an sa vie en suspens pour sauver la vie des seniors, qui représentent l’essentiel des décès et des cas graves, en attendant l’arrivée d’un vaccin. Il est maintenant indispensable que les personnes âgées se mettent, elles aussi, au service du bien commun, et rendent au reste du pays la pareille.

    3. Simplifier radicalement la trajectoire vaccinale. Il faut sans attendre en finir avec l’obligation de consultation pré-vaccinale et le consentement écrit, deux absurdités technocratiques sans aucune justification scientifique ou médicale autre que de ralentir et d’encombrer les cabinets des généralistes, et qui ne font que céder un terrain précieux aux anti-vaccins. La remontée des données doit être transparente, intervenir en temps réel, et permettre a minima un suivi journalier de la progression de l’immunité collective.

    4. Mettre en place un principe de heap priority queue en fonction de la date de naissance et du numéro de sécurité sociale. En cas de refus par un citoyen de recevoir le vaccin, la queue de priorité nationale passe au suivant. Si un individu initialement prioritaire change d’avis après un premier refus, il peut reprendre sa place initialement attribuée dans l’ordre de priorité ; mais grâce à cette méthode, les refus de vaccination ne deviennent que très tardivement un facteur limitant de la vitesse de vaccination dans la population, puisqu’un individu disposé à prendre le vaccin peut se substituer à tous ceux qui l’ont refusé avant lui.

    Reconnaître l’ensemble des vaccins permettra plus d’efficacité

    5. Mobiliser l’ensemble des personnels productifs capables de vacciner. Confier un monopole de la vaccination aux médecins généralistes, c’est rendre impossible l’immunisation rapide de la population, du simple fait de la contrainte de ressources et de nombre : il faudrait pour vacciner la moitié du pays avant juin trois à cinq fois plus de médecins qu’il n’en existe. Pharmaciens, infirmiers, aides-soignants, étudiants en médecine, hôpitaux, cliniques vétérinaires, laboratoires d’analyse, armée, doivent pouvoir administrer des doses dès aujourd’hui. Si les vaccinateurs venaient à manquer, il faut d’ores et déjà lancer une formation éclair des personnels administratifs, et attribuer des primes financières aux soignants et vaccinateurs qui excèdent leurs objectifs.

    6. Permettre la reconnaissance mutuelle de l’ensemble des vaccins. Tout vaccin approuvé dans l’un des pays aux standards similaires à ceux de l’Agence Européenne du Médicament peut être approuvé et utilisé immédiatement en urgence en France. En particulier, les vaccins Astra Zeneca et Moderna, déjà approuvés dans plusieurs pays dont le Royaume-Uni, doivent pouvoir être immédiatement déployés sur le territoire français. Le rapport bénéfices-risque est, là encore, bien trop grand pour laisser la lenteur administrative des autorisations de mise sur le marché coûter leur vie à des dizaines de milliers d’Européens.

    7. Lancer des human challenge trials pour tout nouveau vaccin. Le vaccin Moderna existe depuis le mois de janvier. S’il avait été inoculé à cette époque, en même temps que le Covid lui-même, à des patients volontaires, jeunes et à faible risque de développer une pathologie grave, son efficacité aurait été démontrée dès le mois d’avril, et son déploiement aurait pu avoir lieu au printemps et à l’été, sauvant plusieurs centaines de milliers de vie en Europe. Ces volontaires existent, par dizaines de milliers. La France doit approuver le principe des human challenge trials pour tout nouveau vaccin après examen préliminaire de sa fiabilité.

    8. Instaurer une clause de revoyure. Il est essentiel, cette fois et contrairement à toutes les mesures précédentes, d’anticiper d’éventuels échecs. Le gouvernement doit prévoir, non seulement un horizon auquel il aura vacciné un certain pourcentage de la population ; mais il doit aussi définir dès aujourd’hui, en cas d’objectif non atteint, quels paramètres de la stratégie vaccinale devront être modifiés pour en permettre le succès.

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    De telles stratégies contingentes sont la norme en termes de planification militaire ou de gestion de désastres naturels. Par exemple, si l’objectif de 20% de la population vaccinée avant le mois de mars n’est pas atteint, couper les aides publiques à ceux qui refusent d’être vaccinés pourrait être envisagé et annoncé dès aujourd’hui.

    Une prise de conscience est indispensable. Elle devrait peut-être commencer par un mea culpa. Mais elle doit se poursuivre par une remise en cause radicale et immédiate des choix faits jusqu’ici, qui impose de revenir sur des dogmes auto-imposés comme autant de boulets aux pieds du pays, comme celui de s’interdire de rendre la vaccination obligatoire, ou de passer obligatoirement par les médecins généralistes.

    Elle requiert un renversement total des priorités du gouvernement, qui semble s’endormir dans une lente léthargie au gré de confinements successifs imposés à une population au bord de l’explosion sociale et politique, et elle impose la réquisition de l’ensemble des forces vives du pays pour accélérer le processus de #vaccination.

    • « notre déclassement » me semble en référence à ceci :

      La France est le seul parmi les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU (Chine, États-Unis, Royaume-Uni - sans compter l’Allemagne) à ne pas avoir développé son propre vaccin. Elle n’a pas su organiser un système de quarantaine centralisée, pas su se procurer à temps masques et tests pendant la première vague. Elle se place aujourd’hui en dernière position dans le déploiement des vaccins, parmi les pays ayant débuté leur campagne.

      Je m’interroge plutot sur cette proposition très macron-compatible :

      De telles stratégies contingentes sont la norme en termes de planification militaire ou de gestion de désastres naturels. Par exemple, si l’objectif de 20% de la population vaccinée avant le mois de mars n’est pas atteint, couper les aides publiques à ceux qui refusent d’être vaccinés pourrait être envisagé et annoncé dès aujourd’hui.

      Illes le feront probablement dans qq temps sans prévenir à l’avance pour évité les remous.

    • La France est le seul parmi les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU (Chine, États-Unis, Royaume-Uni - sans compter l’Allemagne) à ne pas avoir développé son propre vaccin

      un gars de Pasteur disait l’autre jour sur la radio exactement le contraire : Pasteur développe un vaccin - déjà en phase II ou III je sais plus - sur base (plateforme) classique du vaccin contre la rougeole, adapté pour la covid, qui stimule la fabrication d’anticorps spécifiques qui reconnaissent le même bout de spike que les vaccins Moderna ou BioNTech ; l’avantage du choix de la plateforme « rougeole » de Pasteur, c’est que c’est moins cher et plus facile à conserver - pas besoin de frigo à -80°C

    • Penser ça en terme de déclassement est à mon avis erroné. Il s’agit plus d’une tradition bien française, en tout cas peut-être plus prégnante qu’ailleurs, du côté de nos bourgeois, qui vivent entre eux et sont tous issus du même moule, de mépriser l’intendance et tous les aspects pratiques, tout cela se révélant de façon flagrante en cas de crise. Cela se termine en énorme décalage entre les grands discours présidentiels et la réalité sur le terrain. Le patronat français fait aussi partie du problème, ne l’oublions pas. Le MEDEF a poussé à en faire le moins possible pour « ne pas perturber l’économie ». Dans ma boîte il y a toujours des réunions physiques régulièrement, il y a même eu un repas de Noël, avec des salariés volontaires, comme s’il n’y avait aucun souci. C’est comme ça qu’on se retrouve être un des pires pays dans la gestion de cette pandémie.

  • Ils ne lâcheront rien | Frédéric Lordon
    Perspectives (2)
    https://blog.mondediplo.net/ils-ne-lacheront-rien

    Partout de salutaires appels, des tribunes, des textes : après devra être différent, nous ne retournerons pas à la normale, il faut ne pas redémarrer comme avant. C’est bien. L’ennui peut-être, c’est qu’on ne trouve pas la première analyse des conditions concrètes dans lesquelles ce « il faut » aura à se mouvoir. Disons-le tout de suite, elles sont adverses. En fait même : hostiles.

    Les Castors Juniors de 2022

    Des pour qui le problème n’existe même pas comme une possibilité d’inconvénient, ce sont les gens de partis « de gauche », excités comme poux dans la paille fraîche à l’idée de 2022, collés à Skype ou à Zoom pour un grand « brainstorming » sympa. Objectif : « le retour de la gauche (dont-les-idées-triomphent) ». « Les gars et les filles, voilà ce qu’on va faire : on va faire un chouette remue-méninge, tiens un Festival des idées où on se retrouvera tous, après on aura un programme, on trouvera un candidat, on sera tous unis autour de lui, du coup on va gagner les élections, et après, le monde, il sera plus comme avant ». Une vraie farandole — ils sont trop mignons.

    Sans surprise tous les organes du réformisme-démocratique poussent déjà à la roue avec le fol espoir de refaire un tas présentable avec les débris du PS, de liquider comme en 2017 la possibilité Mélenchon parce que, ça va sans dire, la gauche ne peut pas être europhobe et souverainiste, peut-être même donner la seconde chance qu’il mérite à Benoît Hamon, un ticket avec Yannick Jadot pour une belle alternative écologiste et solidaire, ou Julien Bayou, tiens, qui est jeune, ce serait formidable — une femme ce serait très bien aussi mais Sandra Regol est embêtée car « le mot “gauche” continue de [la] gêner » (c’est compréhensible). S’il le faut on ira chercher Christiane Taubira dont l’humanisme et le don de poésie ramèneront d’un coup l’union des gauches plurielles et le capitalisme à la raison...

    « Cul des ronces, sorti on n’est pas — dirait Yoda. »

    • Perspectives (1)
      Quatre hypothèses sur la situation économique
      https://blog.mondediplo.net/quatre-hypotheses-sur-la-situation-economique

      Alors c’est exact, à 25 % de taux de chômage en 2015, la société grecque n’a pas moufté non plus — manière de parler : les protestations n’avaient pas manqué. Était-ce parce que beaucoup estimaient que ce gouvernement « de gauche » ne pouvait pas être totalement mauvais, en tout cas qu’il était meilleur que les autres possibles ? Etait-ce parce que « moufter » aurait voulu dire — au moins — sortir de l’euro et que l’idée était encore trop vertigineuse ? Mais précisément : la société grecque se retapera-t-elle, tel quel, un taux de chômage à 25 % ? Car la deuxième fois n’est pas juste une deuxième première fois — surtout quand elles se suivent à si peu d’intervalle. À un moment tout de même, il y a les effets de cumul — et « la fois de trop ».

      Où en est la société française à cet égard, elle qui sort à peine des « gilets jaunes » et d’un mouvement social d’une longueur sans précédent — et ne donne donc pas d’indication d’une grosse réserve de sérénité pour encaisser un choc social supplémentaire ? Où se trouvent ses seuils à elle, ses limites de plasticité ? Quelles sont les tensions maximales qu’elle peut reprendre sans partir en morceaux ? — et quelles seront les tensions effectives qui vont lui être appliquées bientôt ?

      En réalité la question de savoir si, après, « tout sera différent » ou bien « pareil » n’a jamais eu beaucoup de sens. « Tout » sera ce que nous en ferons et rien d’autre. Évidemment, pour « en faire » quelque chose, il s’agit d’avoir l’idée de quoi — et puis après de monter les forces pour. Au moins dans la situation présente nous savons qu’il n’y a jamais eu autant sens à l’idée d’ajouter la puissance de renversement de la politique à l’impulsion renversante des choses.

      À suivre

    • L’Europe allemande frappe l’Europe latine

      Encore un mauvais coup de l’Europe allemande. La cour suprême de Karlsruhe vient d’interpeller la Banque centrale européenne. Elle lui reproche de sortir de son mandat en rachetant les dettes souveraines des États auprès des banques privées. Retenons d’abord l’essentiel. En mettant en cause cette politique du banquier central, la cour exerce une pression : elle laisse penser que ces décisions pourraient être remise en cause ou bien ne plus être possibles. Ce qui revient à pousser les agences de notation à dégrader la note des pays les plus endettés. Ce qui provoquera mécaniquement la hausse des taux d’intérêts auxquels l’argent leur est prêté par le « marché financier ».

      En pleine explosion des dettes souveraines, en pleine crise de la pandémie, c’est un énorme coup de poignard dans le dos des principaux concurrents économique de l’Allemagne en Europe. Car la France, l’Italie et l’Espagne qui seraient étranglées par cette politique sont les deuxième, troisième et quatrième économie du continent. Il est clair que l’Allemagne connait les conséquences de sa politique. On peut donc la lire soit comme une démonstration du caractère morbide de sa volonté de puissance en Europe, soit comme un acte conscient de contribution au démantèlement d’une Union européenne qui lui a désormais assez servi à restaurer sa domination pour qu’elle puisse s’en passer après détruit ses voisins.

      Un calcul nationaliste de cette sorte est naturellement désastreux à l’heure du suprême bras de fer qui se joue entre Chine et USA quand le continent européen est menacé d’être un simple terrain de jeu. Les Allemands, au contraire des Français, pensent avoir les moyens de jouer seuls leur partition dans ce jeu. Nous n’avons aucune chance dans cette partie avec des dirigeants comme nous en avons. Ni avec la « classe politique » dominante de notre pays eurobéate, incapable de lucidité ni de comprendre, fusse du point de vue de leurs objectifs, le fait national, la volonté de puissance qu’il ne comporte intrinsèquement ni le point d’appui que cela représente pour la sauvegarde de la France. La comédie va continuer : qui ne bée pas d’admiration sera classé comme nationaliste anti-européen et ainsi de suite. Comme depuis le début de l’hallucination collective et jusqu’à la disparition politique de notre pays.

      La démarche allemande est habile. Elle demande si la BCE applique les traités en pratiquant ces rachats. De cette façon, elle ne donne pas l’impression de continuer le jeu des pressions directes que son gouvernement exerçait sur le même thème. Mais il s’agit bel et bien d’une pression politique pourtant interdite par les traités. Pour la troisième fois dans l’Histoire longue, un gouvernement allemand détruit méthodiquement ses voisins et l’avenir politique du continent.

      https://melenchon.fr/2020/05/05/leurope-allemande-frappe-leurope-latine

    • Il nous faut donc aujourd’hui, de façon urgente, entamer un véritable dialogue avec l’Allemagne avec laquelle il faut parler franc. Nous avons les moyens de sortir par le haut de cette crise qui porte en elle de très graves dangers. Il faudra prendre des mesures audacieuses et faire preuve d’une grande hauteur de vue. Envisager de profonds changements dans le fonctionnement de l’euro si nous pensons qu’il doit être sauvé. Peut-être abandonner la monnaie unique pour passer à la monnaie commune afin de nous donner de véritables marges de manœuvre afin de faire vivre et de développer des économies profondément différentes.

      L’histoire s’accélère, ne la laissons pas nous échapper.

      https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-allemagne-veut-faire-de-l-euro-un-deutschmark-bis-20200506

  • StopCovid : « Il est contre-productif de proposer une solution techniciste à un problème qui ne l’est pas »
    https://www.lefigaro.fr/vox/politique/stopcovid-il-est-contre-productif-de-proposer-une-solution-techniciste-a-un

    FIGAROVOX/TRIBUNE - L’efficacité de l’application StopCovid est extrêmement discutable, alors même que la généralisation d’un tel dispositif pourrait aboutir à des atteintes irrémédiables aux libertés, estiment Pierre-Antoine Chardel, Valérie Charolles, Mireille Delmas-Marty et Asma Mhalla. Pierre-Antoine Chardel est philosophe et sociologue. Il enseigne à l’Institut Mines-Télécom Business School et est membre de l’Institut Interdisciplinaire d’Anthropologie du Contemporain (CNRS / EHESS). Valérie (...)

    #COVID-19 #surveillance #santé #discrimination #BigData #technologisme #géolocalisation #biopolitique #StopCovid #smartphone #Bluetooth #contactTracing (...)

    ##santé ##algorithme

  • Non, nous ne sommes pas en « guerre »
    https://www.lemondemoderne.media/non-nous-ne-sommes-pas-en-guerre

    L’utilisation du vocable martial n’est pas anodine. Elle permet au Président de faire passer une crise sanitaire de grande ampleur pour une guerre qui engage tous les Français contre l’ennemi. De fait, il en appelle à l’union nationale et utilise le statut du chef de l’Etat pour s’installer en chef de guerre et – selon certains commentateurs – en père de la nation.

    La machine de propagande tourne à plein régime, effectivement, comme en temps de guerre.

    Ainsi faisant, toute tentative de critiquer l’exécutif dans son action héroïque est vue comme un travail de sape d’ennemis de l’intérieur, une sédition. La peur que suscite le virus, liée à l’élan national stimulé par le discours martial rejette ainsi tout discours critique et empêche lé débat. Emmanuel Macron est le chef, ne pas être derrière lui serait être contre la nation.

    La guerre permet ainsi de réduire au silence les pacifistes, ceux qui demandent des solidarités réelles, l’arrêt des violences d’Etat. Les soignants ne sont pas des soldats, ils n’ont pas à aller mourir “au front” pour payer les manquement d’une gestion catastrophique d’une crise sanitaire. Pas plus que les populations devraient être sacrifiées pour des raisons d’économie budgétaire.

    Cette pirouette rhétorique fonctionne d’autant mieux que l’imaginaire martial permet de déclencher la machine de propagande : les « une » de la presse de cour se succède présentant les conseils de guerre, le gouvernement en confinement mais sur le pont ou encore le chef de l’Etat en commandant courage au cœur de la tempête. Pour assurer l’adhésion à la propagande de guerre, les sondages doivent aussi assurer l’effort de guerre et montrer le soutien retrouvé en le chef de l’Etat dont la côte de popularité était au plus bas après la catastrophique réforme des retraites. La machine de propagande tourne à plein régime, effectivement, comme en temps de guerre.

    Mais ne nous trompons pas. Nous ne sommes pas en guerre. Nous sommes au milieu d’une grave crise sanitaire dont la gestion par le gouvernement a été jusqu’à présent calamiteuse. Il a fallu quatre longues semaines pour que l’exécutif fassent le choix, pourtant simple, de suivre les recommandations de l’OMS, et les conseils et appels à la vigilance de nos voisins italiens. Toute l’énergie du gouvernement a été de rassurer, de minimiser, avec l’avis d’experts et d’encourager les Français à vivre comme si de rien n’était, évitant simplement les contacts rapprochés. La priorité était à l’économie et aux mesures minimales.

    Pendant ces semaines perdues, aucune commande de masques de protection, de gel ou de mise en fabrication de respirateurs. Un attentisme et une communication rassurante faite d’éléments de langage et de dissimulations a été la seule réponse à la crise. Le 4 mars, Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement disait à l’antenne d’une radio publique qu’au stade 3 « on en va pas arrêter la vie de la France. Si ça circule partout, on laisse les gens vivre et on protège les plus fragiles ». Le choix a l’époque était donc celui de l’immunité de groupe, qui permettrait de gérer les plus fragiles et de laisser 60 à 80 % de la population s’infecter.

    Or la France ne dispose pas des moyens de traiter et sauver les malades du coronavirus dans un tel scénario. Ce gouvernement de néo managers et de DRH qui parlait de « bed managers » pour gérer la pénurie de lits à l’hôpital n’avait pas prévu le scénario de la pandémie.

    Suite au changement de doctrine en 2011 au Ministère de la santé, dans une continuité logique, le stock de masque FFP2 a été soldé par soucis d’économie par Marisol Touraine en 2013. On retrouvait, à l’époque, au cabinet de la ministre, Benjamin Griveaux, Gabriel Attal et Jérome Salomon.

    Toute la logique dominante depuis des années dans la classe politique de l’Etat minimum et de l’hôpital de flux est tombé à l’eau et a montré au grand jour la stupidité des choix politiques de ces dernières années.
    Les soldeurs de l’Etat qui riaient au nez des soignants se rendirent alors compte qu’ils allaient devenir aux yeux de l’opinion publique, des génocidaires.

    Emmanuel Macron, appelait les Français à sortir au théâtre comme lui et Brigitte le 7 mars et les exhortait à aller voter en respectant les gestes barrières, avant de changer totalement de stratégie le lendemain du premier tour des élections. Le mal était fait, la courbe des morts et des infectés suit avec un mimétisme morbide la courbe italienne et les ordres contradictoires n’ont pas pu faire prendre conscience aux Français de l’ampleur du danger. Le conseil scientifique n’a été mis en place que le 10 mars et les avis des médecins conseils ont vite été unanimes : il fallait agir plus vite contre la propagation du virus.

    Alors, la seule stratégie possible pour ne passer pour le responsable du plus grave désastre sanitaire depuis un siècle a été de déclarer la guerre. La guerre a toujours été le dernier ressort de l’aristocratie financière pour se maintenir au pouvoir en temps de crise.

    Mais une fois encore, c’est la communication politique qui a pris le pas sur les actes. Voilà un Président qui envoient au front ses troupes sans armes : pénurie de masques pour les soignants, absence de tests et un système de santé public mis à mal par des années d’économie forcée pour « ne pas créer de la dette ».

    Qu’on ne se trompe pas de guerre. D’union nationale, il n’y a pas. Il y a d’un côté les confinés en résidence secondaire qui télétravaillent ou profitent de leurs rentes et de l’autre les sacrifiés au front : travailleurs précaires du BTP, de la grande distribution, de la santé. Il y a ceux qui applaudissent aux fenêtres et ceux qui doivent choisir dans un chaos grandissant qui a le droit de vivre ou de mourir, contre leur serment initial.

    Restez chez vous, sauf pour aller travailler, le pays ne doit pas s’arrêter. Or la propagation continue et l’Italie a décidé de mettre à l’arrêt tous les secteurs non stratégiques.

    Le moment orwellien est total. Avec un Président, destructeur des solidarités héritées du CNR, qui demande à tous de rester solidaire de chez soi et avec des politiques responsables de la casse des services publics qui applaudissent les travailleurs invisibles de la santé et découvrent un peu tard que la police n’est pas la seule colonne vertébrale de la République.

    La guerre a ceci de pratique qu’elle permet à la classe dirigeante d’asservir encore un peu plus les populations.

    Le gouvernement s’est ainsi empressé avec la loi “urgence coronavirus” de revenir sur les droits aux congés, les 35 heures, et ce, sans date limite. Le gouvernement va pouvoir prendre des ordonnances ayant valeur de loi dans le domaine du droit du travail pour imposer une nouvelle limite au droit aux congés payés. Il s’agit de “modifier les conditions d’acquisition de congés payés et permettre à tout employeur d’imposer ou de modifier unilatéralement les dates de prise d’une partie des congés payés dans la limite de six jours ouvrables, des jours de réduction du temps de travail“.

    L’article 7 de la réforme stipule également que le gouvernement pourra, toujours par ordonnance : “permettre aux entreprises de secteurs particulièrement nécessaires à la sécurité de la Nation ou à la continuité de la vie économique et sociale de déroger aux règles d’ordre public et aux stipulations conventionnelles relatives à la durée du travail, au repos hebdomadaire et au repos dominical“.

    Alors oui, nous sommes en guerre. Mais il s’agit d’une guerre continuelle contre le droit à la vie : guerre contre les retraites, guerre contre les salaires, guerre contre les services publics, guerre contre les acquis sociaux, guerre contre les solidarités, guerre contre les libertés individuelles.

    Les mesures pour la relance de l’économie du pays demanderont encore plus d’efforts et de sacrifices aux travailleurs qu’on envoie au front avec des applaudissements ou des primes au danger de 1000 euros.

    Oui il faut sauver nos entreprises, mais alors les efforts devront être consentis par tous, y compris les actionnaires ! Il serait peut être temps de revenir sur le CICE, les largesses fiscales du président Macron aux plus riches et d’aller chercher l’argent là où il dort le mieux : dans les paradis fiscaux. Et pourquoi ne pas relancer enfin au niveau de la gouvernance internationale la taxe sur les transactions financières ? Nationaliser le secteur bancaire et revoir la politique monétaire ? Ce ne sont pas les chantiers qui manquent pour se réapproprier les moyens d’un monde meilleur où la vie sera prioritaire sur le profit.

    Mais ne rêvez pas d’un jour d’après heureux, où le monde aurait changé. Non, tout continuera comme avant, en pire, si ceux qui sont responsables du massacre restent aux commandes des institutions nationales et internationales en l’état.

    Les discours déjà appellent au sacrifice dans l’unité. Le monde qui se dessine est celui d’un contrôle panoptique des populations et d’une dérégulation accélérée des droits des travailleurs.

    Il appartient maintenant aux peuples de faire mentir Orwell.

    • L’expert en communication Arnaud Benedetti estime que l’action du gouvernement n’est pas à la hauteur de sa rhétorique guerrière. Il déplore le manque d’audace de celui-ci sur des dossiers sensibles comme l’usage de la Chloroquine.

      https://www.lefigaro.fr/vox/politique/chloroquine-ce-que-revele-la-polemique-sur-la-com-et-l-action-du-gouverneme

      Nous devons entendre le Professeur Raoult. En ces temps de désarroi, sa voix porte et portera. Ce scientifique anticonformiste a le talent des hommes de crise. Et la crise, c’est le propre des moments de rupture, nous révèle les personnalités d’exception.

      De Marseille, il nous envoie un message qui au-delà des controverses scientifiques et des timidités académiques nous enjoint à agir vite, très vite. Si nous sommes en « guerre » comme le martèle notre jeune chef de l’État , qu’attendons-nous pour nous mettre en situation de faire la guerre ? Les mots du président de la République, s’ils ne sont pas suivis d’effets très vite, apparaîtront pour ce qu’ils sont : des éléments de langage qui visent d’abord à masquer des velléités d’État. Sur la ligne de crête où se trouve toute la société à l’arrêt, le pire serait de s’enfermer dans les conformismes routiniers.

      Le chercheur marseillais est reconnu internationalement, sa production scientifique parle pour lui. Tout le problème de l’action des pouvoirs publics depuis quelques jours est de sonner le tocsin mais de penser que confinée, Troie se sauvera. Le confinement est une drôle de guerre, une ligne Maginot à travers laquelle l’indiscipline des uns et la pénurie des moyens sanitaires se faufilent pour déstabiliser toujours plus la ligne de front. Le temps joue contre l’action de l’État : la course de vitesse est double, à la fois contre le virus qui progresse mais aussi contre la dépression collective qui guette.

      Nos dirigeants ont-ils mesuré les conséquences mortifères de la longue claustration, ponctuée d’un discours répressif, qu’ils entendent imposer aux Françaises et aux Français ? Les dégâts économiques seront considérables - c’est un fait avéré ; les implications sur l’esprit public, la cohésion de la société et les institutions le seront tout autant. Imposer des sacrifices à une Nation exige en retour de lui ouvrir des perspectives d’espoirs.

      Déjà les questions se posent : si nous devons faire la guerre, pourquoi ne pas mobiliser des moyens de production exceptionnels pour produire des masques en masse et généraliser les tests de dépistage ? Pas de guerre sans économie de guerre. Pas de mobilisation sémantique sans une mobilisation générale de l’appareil productif afin de combattre. Si nous sommes en guerre, pourquoi maintenir l’ouverture des frontières, quand nos voisins les ferment ? Comment adhérer au confinement de chacun d’entre nous quand le pays demeure ouvert sur ses marchés ? Il existe aujourd’hui un hiatus entre la rhétorique et l’action publique. Cette dernière est en deçà de sa communication. Et la communication est un pantin désarticulé si elle en reste au stade des intentions. À l’épreuve de la durée, l’unité nationale « fragilissime » se fissurera inévitablement , volera en éclat. Il ne suffit pas de dire, il faut faire maintenant. En s’abritant derrière la rationalité scientifique qui est toute nécessairement de débats et confrontations argumentaires, l’exécutif indexe sa capacité d’agir sur le temps de la science. Prendre, mutadis mutandis, la lente maturation de celle-ci, c’est s’empêcher d’agir.

      Clemenceau en son temps avait justement dit que « la guerre est une affaire trop sérieuse pour être confié aux militaires. » Le Tigre avait agi en politique . De Gaulle, en juin 1940 aussi. Qu’Emmanuel Macron agisse ainsi également et vite, car un peuple enfermé est comme « un roi sans divertissement ». C’est « un homme plein de misères »...

    • Le président du groupe « La France insoumise » a appelé à rompre avec le modèle de l’égoïsme social et à préparer un monde qui mettrait au sommet de sa hiérarchie des normes « l’intérêt général, le salut commun, l’entraide, la planification écologique ». Il a également expliqué qu’il fallait réquisitionner les entreprises nécessaires à produire les masques et respirateurs dont le pays a besoin et à laisser les ouvriers et salariés organiser les chaînes de la production.

      Jean-Luc Mélenchon a aussi invité à garantir le revenu, le logement et les fournitures de base nécessaires à la vie pendant le confinement. Mais aussi à faire contribuer les plus riches par le rétablissement de l’impôt sur la fortune et par la mise à contribution des revenus du capital.

      https://www.youtube.com/watch?v=tYL1c4jGrrQ

  • Pourquoi le coronavirus accentue les fractures sociales
    https://www.lefigaro.fr/vox/politique/pourquoi-le-coronavirus-accentue-les-fractures-sociales-20200306

    Enfin, nous savons que l’accès aux soins est fortement dépendant des conditions sociales, même dans un système considéré comme l’un des meilleurs au monde. Certaines études montrent, par exemple, qu’en temps normal les ouvriers consultent moins de médecins spécialistes que les cadres et les professions libérales. Et, outre ces consultations moins fréquentes, elles se font aussi plus longtemps attendre : quand les cadres attendent en moyenne 53 jours pour obtenir un rendez-vous chez un cardiologue, les ouvriers en attendent 70, soit 17 jours de plus. Dans le cas qui nous occupe, il y a fort à parier que lorsque les symptômes se déclareront, les catégories modestes seront moins promptes à appeler le 15 que les catégories supérieures…

  • « La majorité instrumentalise l’affaire Griveaux pour justifier son contrôle d’Internet »
    https://www.lefigaro.fr/vox/politique/la-majorite-instrumentalise-l-affaire-griveaux-pour-justifier-son-controle-

    Selon Jean-Baptiste Noé, le gouvernement prend prétexte de la polémique pour s’attaquer aux libertés sur Internet. Pourtant ni l’anonymat sur les réseaux sociaux, ni les dispositifs contre la « haine en ligne » n’ont de rapport avec l’affaire Griveaux, argumente-t-il.

  • Retraites : quand la mauvaise réforme chasse la bonne !
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/retraites-quand-la-mauvaise-reforme-chasse-la-bonne-834664.html

    La Tribune, après l’affirmation de l’intérêt d’unir les différents régimes, le bien-fondé intrinsèque de toute « réforme » et l’incontournable invocation à la « prise d’otage » par les grévistes, étrille la méthode retenue par E. Macron. Et y voit l’origine d’un échec annoncé (report de la mise en œuvre aux calendes grecques…)

    ÉDITO. […]
    Par Philippe Mabille, directeur de la rédaction.

    […]
    Pour autant, la communication du gouvernement est affaiblie par le flou dans lequel il a à dessein entretenu les Français. Flou sur les objectifs de la réforme dont le texte de loi n’est d’ailleurs toujours pas connu, sinon ce qu’en propose Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire aux Retraites. Et donc flou sur ses conséquences pour le plus grand nombre, qui entretient l’anxiété de l’opinion dans un climat social toujours marqué par une grande défiance à l’égard d’Emmanuel Macron. Alors que les « gilets jaunes » manifesteront de leur côté samedi pour l’anniversaire du 1er décembre 2018, celui de la «  prise de l’Arc de Triomphe  », les jours qui viennent seront un test majeur de la capacité du chef de l’État à remporter cette bataille de l’opinion et, pour cela, il va falloir sortir de l’ambiguïté une réforme dans laquelle rien n’est clair.

    À l’origine, l’objectif de remplacer les 42 régimes par un régime universel où chaque euro cotisé donnerait le même nombre de points pour tous était inattaquable sur le plan des principes. Mais tout a changé dès lors qu’il est apparu que cette manœuvre, sous couvert de revaloriser les petites retraites et d’assurer l’équité femmes-hommes, laissait dans l’ombre des objectifs plus sombrement budgétaires  : derrière l’unicité, en effet, Bercy cherchait à faire financer par les excédents des régimes complémentaires du secteur privé, 120  milliards d’euros quand même, un secteur public structurellement déficitaire.

    Mal maîtrisés, les effets induits par la réforme Macron ont réveillé 42 tigres dans chacun des 42 régimes et inquiété tous les futurs retraités du nouveau régime universel en mettant la valeur du point, donc leur future retraite, entre les mains d’une logique purement comptable. Résultat, auquel Emmanuel Macron ne s’attendait sans doute pas, tout le monde a peur d’être perdant, et a le sentiment confus que son intérêt est que la réforme soit, sinon abandonnée, du moins reportée dans le temps. Ce n’est plus la clause du «  grand-père  », mais celle du «  petit-fils  », que le premier ministre Édouard Philippe brandit pour se sortir de l’impasse, en envisageant de décaler dans le temps l’application du régime par points, à l’origine pensée pour la génération 1963 à partir de 2025, et désormais promise à être décalée à la Saint-Glinglin ! 

    • Grève : « La confusion entretenue par l’exécutif est un pari risqué »
      La bataille des images est au cœur de la mobilisation contre la réforme des retraites. Arnaud Benedetti décrypte la stratégie de communication du gouvernement face à cette grève plus politique que sociale...

      La bataille de l’opinion sera au cœur de la confrontation, car ce sera bien l’opinion qui constituera le juge de paix de cette « lutte finale » de l’immédiat. Pour l’exécutif l’enjeu est de taille, il l’est tout autant pour les syndicats. On rentre dans le dur, évidemment. Pour la macronie, c’est l’idée matricielle de son projet qui se trouve mise à l’épreuve, à savoir le crédit dont elle se pare pour transformer la société française. Le recul sur la réforme des retraites encalminerait définitivement le gouvernement à mi-mandat. Ses marges de manœuvre en seraient réduites à une obsolescence non-programmée. Les syndicats, vaincus lors de la réforme du code de travail et du changement de statut de la SNCF, jouent de leur côté la survie de la martingale qui leur a assuré depuis des décennies leur force de projection sociale : une culture de l’opposition frontale par gros temps, un mode d’action où le rapport de force est érigé en arme suprême de décantation des conflits sociaux.
      Le macronisme se convertit ainsi par opportunité à l’égalité, en projetant un leurre communicant qui sursature le débat.

      Par-delà cet « état extérieur du problème » dont parlait Max Weber lorsqu’il s’agit appréhender un objet social, les stratégies communicantes des acteurs en présence - gouvernement d’une part, syndicat d’autre part - visent tant à se jauger qu’à prendre à partie la société de l’opinion qui est aussi celle des médias permanents. L’exécutif gère au fil de l’eau la sismographie sociale, mais en activant l’idée-force du dépassement des régimes spéciaux, pointant le caractère inéquitable de ces derniers. Il s’agit en quelque sorte de fixer l’adversaire sur ce qui constitue son point de faiblesse essentielle au regard d’une culture politique rétive à toute forme de privilège. Le macronisme se convertit ainsi par opportunité à l’égalité, en projetant un leurre communicant qui sursature le débat pour mieux laisser hors champ le caractère systémique de la réforme. Mais il envoie dans le même temps Blanquer et Castaner pour donner des gages aux enseignants et aux policiers, laissant entrevoir des aménagements spécifiques pour chacune de ces professions, nonobstant le principe d’universalité qu’entend poser l’exécutif.
      Crédités d’un confortable matelas de soutiens, les syndicats visent à installer dans la durée une dramaturgie sociale.

      Ces tergiversations communicantes traduisent les fragilités du pouvoir sur ses fondamentaux, et in fine son absence de maîtrise d’une situation qu’il a laissé se décomposer en donnant toujours plus le sentiment de cacher sa copie, comme pour mieux contourner l’opinion la plus hostile à celle-ci. Or c’est bien à partir de cette dernière que les syndicats envisagent de bâtir leur mobilisation, en dénonçant le discours en chausse-trappes d’un gouvernement qu’ils estiment rejetés par une majorité de Français. Crédités d’un confortable matelas de soutiens, les appareils syndicaux visent à installer dans la durée une dramaturgie sociale dont ils imaginent qu’elle leur permettra de remporter une victoire par KO.

      Par la confusion qu’il a entretenue, sciemment ou par tétanie, sur le contenu de son projet, le pouvoir a pris le risque de cette « montée aux extrêmes » à un moment où la tectonique sociologique du pays s’est remise en mouvement. Il ne restera plus alors à l’exécutif qu’à spéculer sur un retournement des opinions lassées par les désagréments de la grève et des blocages. Un pari pour le moment très hypothétique...

      https://www.lefigaro.fr/vox/politique/greve-la-confusion-entretenue-par-l-executif-est-un-pari-risque-20191205