« On ne fait pas de croche-pied à l’éthique », demande Castaner aux policiers

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  • « On ne fait pas de croche-pied à l’éthique », demande Castaner aux policiers
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    L’exécutif réfute toujours le terme de « violences policières » mais a infléchi, ces derniers jours, son discours alors que les accusations visant les forces de l’ordre se multiplient.

    Les accusations de violences policières sont devenues habituelles en France mais, fait nouveau, le gouvernement tend, ces derniers jours, à infléchir son discours sur la question.

    L’exécutif réfute toujours le terme de violences policières. Mais, lundi 13 janvier, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a consacré une bonne partie de ses vœux à la police nationale au devoir « d’exemplarité » et à « l’éthique ».

    « L’usage juste et proportionné de la force est ce qui sépare la démocratie de l’arbitraire, ce qui distingue l’ordre et la brutalité, c’est le fondement, aussi, de notre confiance avec les Français », a-t-il souligné, à l’école nationale supérieure des officiers de police (Ensep) de Cannes-Ecluse (Seine-et-Marne).

    S’il a célébré l’engagement quotidien des policiers, il a également fait une référence explicite à une vidéo montrant un policier faisant un croche-pied à une manifestante à Toulouse :
    « C’est l’honneur de la police qui est en jeu, on ne fait pas de croche-pied à l’éthique, sauf à s’abaisser, à abaisser la police. »

    Christophe Castaner a également souligné l’obligation du port du numéro d’identification, dit RIO.

    « Le ministre a toujours tenu un discours équilibré sur la question de l’usage de la force, même si son propos a parfois été caricaturé. (…) Ce matin encore, il a voulu mettre l’accent sur l’exigence d’exemplarité après plusieurs interventions litigieuses », a assuré son entourage.

    « Indispensable de ne jamais trahir la doctrine »
    Dimanche soir, le premier ministre, Edouard Philippe, tout en affichant sa « solidarité » et sa « confiance » aux forces de l’ordre, a lui aussi rappelé que lorsqu’il est « fait un usage disproportionné [de la force], alors il doit y avoir enquête, et sanction le cas échéant. »

    En août, Emmanuel Macron avait déjà évoqué les « blessures inacceptables » de certains manifestants.

    Alors qu’il doit prochainement passer la main, le directeur général de la police nationale (DGPN), Eric Morvan, s’est lui aussi fendu d’un avertissement à ses troupes lors des vœux de ce lundi.

    « Je suis inquiet de l’affaiblissement de l’image de la police nationale qui s’installe à la faveur des opérations de maintien de l’ordre », a-t-il déclaré.

    « Le maintien de l’ordre ne produit jamais de belles images même quand il est conduit avec une extrême rigueur mais (…) il est plus que jamais indispensable de ne jamais trahir la doctrine », a-t-il souligné, au risque selon lui, d’être « entraîné dans un cercle vicieux ».

    « La lettre de Maurice Grimaud n’a jamais été aussi actuelle », a-t-il averti en référence à la missive envoyée par l’ex-préfet de police de Paris aux policiers en 1968, restée célèbre par la phrase : « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même. »

    Enquête ouverte après des coups de matraque
    Des images de violences, captées lors des récentes manifestations contre la réforme des retraites, ont provoqué une nouvelle vague d’accusations contre les violences policières, plus d’un an après le début de la contestation des « gilets jaunes ». Lundi, le parquet de Paris a annoncé avoir ouvert une enquête sur les coups de matraque portés par un policier contre une syndicaliste de la RATP, frappée alors qu’elle souhaitait ramasser son téléphone, lors de la manifestation du 9 janvier.

    A cela s’ajoute la mort d’un père de famille de 42 ans, victime d’un malaise cardiaque le 3 janvier aux abords de la tour Eiffel après avoir été plaqué au sol, casque sur la tête, par plusieurs policiers lors d’un contrôle routier houleux.

    Ces nouveaux cas viennent renforcer l’argumentaire de manifestants, militants, partis politiques d’opposition et défenseurs des libertés publiques qui, dans le sillage du mouvement « gilets jaunes », dénoncent l’omerta et l’inaction du gouvernement sur les violences policières.

    Outre le décompte réalisé par le journaliste David Dufresne depuis le début du mouvement des « gilets jaunes » de 24 personnes éborgnées, deux personnes sont mortes en marge d’épisodes de maintien de l’ordre controversés ces derniers mois : Zineb Redouane à Marseille, le 1er décembre 2018, et Steve Caniço, lors de la Fête de la musique à Nantes.