• Cure de silence
    Par Guillaume Lachenal
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/17/cure-de-silence_1782096

    Quelqu’un a déjà dû faire la remarque, mais la première chose qu’il aurait fallu fermer, à part les frontières, les écoles et les boîtes de nuit, ce sont nos bouches. Il aurait fallu ajouter un autre pictogramme sur les affiches : se laver les mains, tousser dans son coude, et tourner sept fois sa langue avant de parler. On aurait à peu près tous gagné à se taire, à ne pas épaissir l’archive future des pronostics ratés : la petite grippe, la Chine si lointaine, l’Italie si proche, la bise héroïque, #Jesuisenterrasse. L’histoire est un immense bavardage, la bêtise est démocratique et la stochastique de l’épidémie nous offre à tous, experts ou profanes, une chance égale de voir juste avant tout le monde ou d’avoir tort pour l’éternité. Le coronavirus joue aux quilles avec les petits et grands de ce monde, et l’ensorcellement est complet, puisqu’on ne peut plus parler que de lui et qu’on est à peu près sûr de se tromper.

    #Guillaume_Lachenal #épidémie #covid19 #Tuberculose

  • Coronavirus : les services de renseignement craignent l’embrasement après le confinement - Le Parisien
    http://www.leparisien.fr/faits-divers/coronavirus-les-services-de-renseignements-craignent-l-embrasement-apres-

    Ils ont baptisé leur collectif « Refusons le retour à la normale ». Depuis le 4 avril, ces militants de la mouvance contestataire rennaise préparent des actions chocs à coups de slogans et invitations Facebook à des rassemblements… dont l’heure est connue (11 heures) mais pas le jour. Épidémie de coronavirus oblige. « Notre colère ne sera pas confinée. Retrouvons-nous dans la rue dès la fin du confinement ! scandent-ils sur les réseaux sociaux. Mettons le pouvoir en quarantaine ! »

    Voilà le type de messages qu’analysent quotidiennement les policiers des renseignements français depuis la crise sanitaire. Dans des notes confidentielles sur le « suivi de l’impact du Covid-19 en France », les agents du service central du renseignement territorial (SCRT) alertent sur le risque d’embrasement de la contestation sociale à la sortie du confinement. « Le jour d’après est un thème fortement mobilisateur des mouvances contestataires, lit-on dans ces analyses datées du 7, 8 et 9 avril. Le confinement ne permet plus à la gronde populaire de s’exprimer, mais la colère ne faiblit pas et la gestion de crise, très critiquée, nourrit la contestation. »

    #paywall...

    • C’est pourquoi le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, avait évoqué jeudi « des réseaux d’ultra-droite et d’ultra-gauche très actifs, qui appellent à préparer un certain nombre d’actes », devant la mission parlementaire. Mais sans livrer plus de précisions.


      L’un documents appelant à des actions violentes qu’ont trouvé sur les réseaux les services de renseignement./DR

      Les notes du SCRT révèlent que des groupuscules de la mouvance autonome — tels « Nantes Révoltée » ou « Rouen dans la rue » — exploitent l’exaspération du monde médical face à la pénurie de masques et de matériel de protection. Et appellent ainsi « à une transversalité des luttes », qui associeraient « gilets jaunes et blouses blanches ».

      Des manifestations sont déjà prévues pour le premier samedi post-confinement ou le 21 juin, en hommage à Steve Maia Caniço, ce jeune mort en marge d’une opération de police controversée à Nantes l’an passé. Lors des grèves de novembre contre la réforme des retraites, des rapprochements avaient déjà été observés entre Gilets jaunes radicalisés et cheminots irréductibles.

      « Attestation de déplacement révolutionnaire »
      Dans l’attente de la sortie du confinement, les agents du renseignement anticipent « la création de comités de lutte entre personnes d’un même immeuble » ainsi « qu’une organisation commune à distance ».

      Ils ont constaté la diffusion d’une « attestation de déplacement révolutionnaire » éditée par un média alternatif bordelais se revendiquant des Gilets jaunes. Parmi les cases à cocher de ce document « à utiliser sans modération après le confinement » : « déplacements entre le domicile et le pouvoir indispensables à l’exercice d’émeutes », « participation à des commandos sur demande des assemblées populaires »…

      Selon les policiers du renseignement, ces mêmes collectifs d’ultra-gauche s’exaspèrent des modalités du confinement et y voient l’occasion d’afficher « leur hostilité envers les forces de l’ordre ». « La police représente une menace plus grande que le virus lui-même », assène un site militant radical, affirmant que « le confinement est utilisé pour harceler, humilier et parfois tuer ceux identifiés à risques pour le pouvoir : les habitants des zones pauvres. » Quand un autre site voit dans le projet de « tracking » des malades du Covid-19 « l’efficience de la techno-police » visant à « surveiller les corps et âme de la plèbe ».

      L’ultra-droite mobilisée
      Cette contestation trouve aussi un écho parmi les sympathisants de l’ultra-droite, dont les identitaires. « L’ultra-droite critique la politique anxiogène qui est menée depuis le début de la crise par des technocrates de l’Etat, visant selon elle à culpabiliser et à manipuler les Français », résument les agents du SCRT. Lesquels ont relevé des écrits appelant ouvertement à la révolte violente.

      « La France est une cocotte-minute […] Ce gouvernement macronien a-t-il conscience des sommes de haine et de colère qui s’accumulent ? […] Que les comportements collectifs pourraient se déchaîner contre lui avec toute la brutalité d’une mutinerie sanglante ? » prophétise par exemple un identitaire sur le site du groupuscule la Ligue du Midi. « Toutes les conditions sont réunies pour mettre à bas cette classe politique malfaisante », appuie un militant d’Égalité et réconciliation, estimant que « nous sommes en phrase prérévolutionnaire ».

      « Un risque avéré de rapprochement entre ultras radicaux et syndicats »
      Un membre des services de renseignement résume : « D’un côté, l’ultra-gauche interprète le confinement comme la mainmise de l’Etat et un supposé totalitarisme. De l’autre, l’ultra-droite nourrit fantasmes et théories du complot sur l’origine de la crise. Nous sommes très vigilants sur les formes que prendra cette contestation à l’issue. » D’un côté comme de l’autre de la mouvance, les sympathisants espèrent que la crise débouchera sur un nouveau modèle de société.

      Selon le SCRT, le concept de « jour d’après » séduit aussi les syndicats traditionnels, qui estiment « que la crise démontre les limites du néolibéralisme » où « seule la logique financière prime ». Les victimes économiques de la crise pourraient être tentées de descendre dans la rue.

      « Il y a un risque avéré de rapprochement entre ultras radicaux et syndicats dans les secteurs transport et énergie,° constate David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN). °Des pans entiers de l’économie sont à l’arrêt forcé et d’autres en profitent, comme les grands groupes, ce qui crée encore des raisons au complotisme. »

    • pour une fois :-)

      pas de code : ma connexion rame et le paywall met une bonne minute à se mettre en place après affichage de l’intégralité de l’article…
      il m’a suffi d’interrompre le chargement

      (c’était souvent comme ça au début pour la presse nationale et certains titres de la PQR « bloquent » encore ainsi leur contenu, avec quelques variantes…)

    • Covid ou manif, jamais sans mon masque
      https://seenthis.net/messages/835466
      https://expansive.info/Covid-19-Nous-ne-pouvons-compter-que-sur-nos-solidarites-et-nos-resistan
      https://expansive.info/Refusons-le-retour-a-la-normale-2-2173
      vous faites pas chier avec le paywall et leparisen (tête de chien, policier) @expansive et @nantesrevoltee sont sur seenthis.
      expansive affiche le lien www.facebook.com/pasderetouralanormale/
      ett cui-là aussi https://seenthis.net/messages/839048
      et n’oublie pas le meilleur vaccin contre le pouvoir c’est la rue !
      https://kickingrecords.bandcamp.com/track/la-france-dort

    • Ça commence déjà à craquer …

      Bruxelles : affrontements en plein confinement, plus de 40 personnes en garde à vue
      Le décès d’un jeune homme de 19 ans après une course-poursuite avec la police, vendredi soir, à Anderlecht, a provoqué des affrontements dans ce quartier populaire de la capitale.

      http://www.leparisien.fr/faits-divers/bruxelles-affrontements-en-plein-confinement-plus-de-40-personnes-en-gard

      Le 11 avril 2020 à 22h12

      C’est un scénario cauchemardesque en plein confinement. La police belge a arrêté samedi 43 personnes qui avaient pris part à des violences après une collision mortelle entre une voiture de police et un jeune homme à scooter.

      Vendredi, dans le quartier d’Anderlecht, ce garçon de 19 ans prénommé Adil a croisé une patrouille de police qui lui a demandé de s’arrêter, en vain. Alors que les fonctionnaires ont pris en chasse le deux-roues, celui-ci est entré en collision avec une deuxième voiture de police. Son conducteur est mort sur le coup. Un scénario qui rappelle celui qui avait abouti aux émeutes de Villiers-le-Bel en 2007.

    • Contrairement à sa légende, je ne vois aucun signe de violence dans cette image, si la simple phrase #retrouvons_nous_dans_la_rue est devenue synonyme de violence ça présage …

      L’un documents appelant à des actions violentes qu’ont trouvé sur les réseaux les services de renseignement./DR

      #avec_masques #avec_foulards #avec_lunettes

    • et oui ça se présage … ces étrons assermentés sont violentés par le simple fait qu’un médecin montre son caducé pour certifier qu’il est bien médecin.

      Je comprends, au fil de la conversation, que ce n’est pas d’une verbalisation insensée et abusive dont il s’agit, mais de mon attitude « incivique » car j’aurais « utilisé ma fonction comme d’un Graal pour circuler ! »

      https://www.liberation.fr/debats/2020/03/30/la-policiere-l-attestation-et-les-gens-comme-ca_1783580
      https://seenthis.net/messages/836341

      #leur_travail_de_nazi

    • Retrouvons-nous dans la rue dès la fin du confinement ! scandent-ils sur les réseaux sociaux. Mettons le pouvoir en quarantaine ! »

      Dubitatif je suis ... parce que
      a) il n’y aura pas de réel fin de confinement avant longtemps
      b) avec quoi affronterons-nous les milices (sur)armées du #Macronistan et l’#état_policier ?
      c) ce n’est pas sur les « rézosocios » qu’on pourra efficacement organiser la « résistance ».
      d) on pourrait bien tous·tes se retrouver en #GAV avant d’avoir pu bouger le petit doigt.

    • Se promettre de se retrouver dans la rue masqué au moment du déconfinement, c’est appeler à ruser avec la légalité qui proscrit de se dissimuler le visage dans l’espace public à un moment ou le manque de masques est su de tous, ressenti par un grand nombre de gens. C’est revendiquer de se jouer de la loi à partir d’une situation qui autorise un tel jeu. Un appel à un illégalisme bien éloigné de l’optimisation fiscale ou d’autres pratiques du genre mieux tolérées par l’État. Là est la violence dont il est question pour la police. Rien d’étonnant alors à ce qu’une perspective de maintien de l’ordre considère qu’une telle violence peut en appeler d’autres et que ce soit l’ensemble de ces violences qui doivent être prévenues et réprimées, car sinon comment en limiter la puissance ?
      En plus des méthodes les plus connues (face aux manifs, aux occupations, aux grèves, aux actions), on peut s’attendre à toute sorte de coups tordus répressifs (compter sur des rivalités entre oppositionnels et les développer, par exemple, comme le fit le FBI contre les Black Panthers).

      Par ailleurs, je trouverais pas mal de pas coller du nazi partout. Ça banalise. Et on risque de ne plus distinguer bien les modalités diverses de la délation, des abus de pouvoir, des pratiques policières, de punition, de lois d’exception, d’autoritarisme d’État. Il me semble que fascisme est plus plastique, variable historiquement. Et qu’à propos de la police, la qualifier de fascisante est bien suffisant.

      Pour prévenir et réprimer le désordre qu’occasionnerait un grand nombre de manifestants masqués, les civils, les caméras de surveillance, les drones, et les salles de contrôle préfectorales auraient sans doute à être suppléées comme à Baltimore de moyens d’"enquête aérienne", comme à Baltimore, avec ses « trois avions équipés de caméras haute résolution au-dessus de la ville [dont] les systèmes d’imagerie peuvent photographier jusqu’à 32 miles carrés par seconde, permettant la reconstruction au ralenti de pratiquement tous les mouvements extérieurs. »
      https://seenthis.net/messages/842103
      Restera plus pour dérouter la police qu’à passer comme l’armée israélienne à travers les immeubles ? Rien de marrant, et c’est pas près d’arriver, même si les passages par les toits surveillés par hélicoptère lors d’affrontations en banlieue y invite, mais pas grand chose de nazi non plus.

      Pour ce qui est des manifs sous le confinement, il y eu celle des soignants de l’hosto de je ne sais plus où dans le Nord (restée sur la parking de l’hosto), celles des travailleurs des Baras à Montreuil. J’ai pas connaissance d’autre exemple.

      Pour ce qui est des affrontements avec la police, il y en a sporadiquement dans divers quartiers en ce moment aussi. Après trois morts lors d’opération de police (Béziers, Angoulème, Bruxelles) liées au confinement, on a affaire à Bruxelles à une des rares villes ou la banlieue est dans la ville (comme à Marseille), le populaire non trié en coeur de ville. C’est pas fréquent du tout, sauf de manière dispersée, diffuse, y compris à Paris même, ou comme petites enclaves, dans plein de villes, ce qui permet de cantonner et réprimer aisément les manifestations d’hostilité. On a plutôt des villes policées et des quartiers que l’on dit relégués où si des ripostes à la présence et à l’action de la police ont lieu, elles sont le plus souvent vouées à rester locales voire invisibles (contre exemple novembre 2005), sauf à faire l’objet de campagnes politiques (collectifs des blessés par la police Comité vérité pour Adama Traoré).

      @tintin, la police (et le journal) dit « vous allez voir, on va essayer de gérer un truc qui risque d’être gros », ils sont pas dans le rabâché « les extrêmes se rejoignent » mais alertent sur une contestation qui a deux visages, celui de la gauche extraparlementaire (si on peut encore parler comme ça...) étant présenté comme potentiellement plus composite et donc susceptible d’être ingérable, et celui de l’extrême droite activiste. Par là il désignent un adversaire principal qui n’est pas de droite. Pas étonnant les flics sont plutôt fachos et le l’État-patron en redemande.
      Quand la fascisation répond plus à une poussée révolutionnaire (cf Lazzarato), elle s’invente des menaces (cf @sombre : le risque est faible, cf @arno : avec son « camp », Lallement se pignole), entre intox et auto-intox.

      #ennemi_intérieur #lejourd'après

    • Confinement : l’extrême gauche prépare la révolte du jour d’après
      https://www.letelegramme.fr/bretagne/confinement-l-extreme-gauche-prepare-la-revolte-du-jour-d-apres-14-04-2

      À Rennes (35) comme à Nantes (44), l’extrême gauche prépare l’après confinement. Les services de renseignement estiment que la rentrée sociale de septembre sera plus compliquée que jamais.

      Emmanuel Macron l’a annoncé lundi soir, le confinement est prolongé jusqu’au 11 mai. Pour les activistes membres de l’extrême gauche, cette prolongation sonne comme un nouveau coup de matraque permettant la poursuite d’une « expérimentation totalitaire » qui, sous couvert de bloquer l’épidémie de Covid-19, évite, en fait, « l’insurrection et la grève générale ». Pour contrer cela, les messages et les invitations se multiplient sur les réseaux sociaux.

      Les activistes appellent au rassemblement « insurrectionnel ». Créé le 4 avril à Rennes, le collectif « Refusons le retour à la normale » a déjà fixé le lieu et l’heure d’un premier rendez-vous de l’après confinement : 11 h - place de la République. Quant au jour, ce sera celui même du déconfinement.

      Le jour d’après, thème mobilisateur

      Dans le même registre, la reprise des « assemblées générales », censées faire converger les Gilets jaunes, les chômeurs et précaires en lutte, les membres du groupuscule d’ultra-gauche Défense collective, ainsi que des activistes féministes et des étudiants sont également programmées à 19 h à l’Hôtel-Dieu, le même jour.

      « L’interdiction de rassemblements a privé les militants d’extrême gauche de leur terrain de jeux, explique un policier rennais du service de renseignement territorial. C’est historique. Jamais, ils n’ont autant rongé leur frein. Donc, ils préparent le jour d’après. Après le confinement, la contestation sociale va reprendre, voire s’intensifier. Dans ce contexte, les propos de Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef sont une bêtise sans nom ! Des gens vont perdre leur travail, se retrouver au chômage, n’obtiendront pas leurs primes, toucheront un salaire amputé, devront liquider leurs congés sans partir en vacances, et lui, il incite à travailler plus sans contrepartie ? Autant jeter de l’huile sur le feu ! »

      Quelle sera l’intensité des mouvements sociaux, telle est la question. « Ça va dépendre de ce que décidera le gouvernement. Fera-t-il passer la réforme des retraites ? s’interroge ce policier spécialiste des mouvements sociaux. À seulement deux ans de l’élection présidentielle, cela paraît délicat. Autre inconnue : quelles seront les avancées pour les hospitaliers ? Les syndicats seront très attentifs à cela. » Le groupuscule autonome, Nantes révoltée, le sait. Il exploite d’ores et déjà l’exaspération du monde médical face à la pénurie de masques et de matériel de protection. Le but ? Faire « converger les luttes Gilets jaunes blouses blanches ».

      Enfin, quid de la manière dont le confinement sera levé. « Il y a fort à parier que tous les rassemblements resteront interdits afin d’éviter la propagation massive du virus, ajoute un autre spécialiste du renseignement. Si l’extrême gauche appelle à manifester, ce sera interdit par la préfecture. Le centre-ville sera barricadé par des cordons de CRS. Et les commerçants seront de nouveau privés d’activité. Et le cirque rennais recommencera. En septembre, assurément, la rentrée sociale sera compliquée. »

    • Dans un éclair de lucidité, « les agents du service central du renseignement territorial », autrement dit, la police politique du gouvernement, craignent un « embrasement après le confinement ». C’est un article du journal Le Parisien qui l’affirme. Il a fallu trois semaines aux enquêteurs pour en arriver à cette conclusion. Et des heures à glander devant des pages Facebook pour se faire peur.
      https://www.nantes-revoltee.com/%f0%9f%94%a5-lucide-le-gouvernement-craint-deja-la-revolte-lors-du-
      l’article du torchon parisien est disponible sur le site de @nantesrevoltee 12/4/2020

      Cet article démontre que le pouvoir craint d’avantage le déconfinement que la crise sanitaire. Avec des dirigeants pareils, on risque de ne pas être déconfinés avant le mois de juillet !

    • Contestation sociale : un printemps calme avant un automne chaud ? Anne Vidalie, le 17/04/2020 https://www.lexpress.fr/actualite/societe/contestation-sociale-un-printemps-calme-avant-un-automne-chaud_2123960.html


      Les policiers du renseignement parisien n’excluent pas quelques échauffourées le 1er mai. AFP / Hans Lucas

      Contrairement à leurs collègues du renseignement territorial, les policiers parisiens ne prévoient pas d’embrasement du front social avant la rentrée de septembre.

      #Paris #paywall

  • Plusieurs articles mentionnent un effet « révélateur » de la crise sanitaire. En particulier en ce qu’il concerne les inégalités, la précarité alimentaire et les rapports de forces dans la production.

    En Suisse :

    https://lecourrier.ch/2020/03/24/derriere-le-covid-19-les-inegalites-sociales
    https://www.letemps.ch/opinions/coronavirus-un-revelateur-lordre-social
    https://lecourrier.ch/2020/03/19/inegalite-devant-le-virus
    https://www.letemps.ch/suisse/coronavirus-linquietante-situation-apprentis
    https://lecourrier.ch/2020/03/31/les-sans-papiers-a-lheure-du-covid-19
    https://www.laliberte.ch/news/culture/litterature/le-virus-nous-revele-556462

    En France :

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/01/cette-crise-met-en-evidence-les-conditions-de-vie-tres-inegales-des-francais
    http://lmsi.net/Le-COVID-19-comme-revelateur
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/29/virus-les-privilegies-et-les-autres_1783489
    https://www.huffingtonpost.fr/amp/entry/avec-le-coronavirus-et-le-confinement-le-scandale-des-inegalites-sociales-eclate_fr_5e735534c5b63c3b648b2938/?ncid=other_twitter_cooo9wqtham

    Les catastrophes naturelles affligeant les Tikopias, les tensions dans les systèmes de parentés et de réciprocités : Marshall Sahlins parle de « crise révélatrice » (1972:124), pour désigner ces événements qui « mettent à nu » les contradictions structurelles dans les systèmes de parenté comme dans les modes de productions. Oliver-Smith précise : une mise à nue qui découle de « la réduction aux priorités les plus élémentaires de la vie sociale, culturelle et matérielle. » (1996:304).

    Marshall, S. (1972). Stone age economics . Aldino Do Gruyter/Now York.

    Oliver-Smith, A. (1996). Anthropological research on hazards and disasters . Annual review of anthropology, 25(1), 303-328.

  • A propos des contrôles kafkaïens liés aux autorisations de sortie en période de confinement :

    Rappel des faits des dernières semaines :

    Les flics se croient tous permis, et surtout d’utiliser leur intelligence imaginaire pour interpréter la loi, et décider de la punition qui s’impose.

    Je résume : il y a des gens verbalisés parce qu’ils avaient des gâteaux, jugés non essentiels. La même chose s’est reproduite avec du coca, du shampooing, mais aussi avec des serviettes hygiéniques et des tests de grossesse. Inutile de dire que pour un gros con de gendarme, il n’a aucune idée à quoi ça peut servir. Parfois il décide d’interdire la laverie ou la Poste. Parfois il interdit à une femme de saluer son mari à travers la fenêtre de l’Ehpad, ou à un homme de se rendre au chevet de son père mourant. Mais en revanche, si le barbecue est organisé par des collègues, il se contente de faire des gros yeux...
    https://twitter.com/isAshPsy/status/1242556982042791942
    https://www.elle.fr/Societe/News/Coronavirus-tests-de-grossesse-et-protections-periodiques-ne-seraient-pas-des-p
    https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/confinement/coronavirus-une-septuagenaire-verbalisee-devant-un-ehpad-ou-elle-venait
    https://www.franceinter.fr/justice/confinement-un-homme-contraint-de-faire-demi-tour-alors-qu-il-allait-voi
    https://www.marianne.net/societe/je-vois-trop-de-monde-dehors-en-mode-vacances-la-semaine-de-mickael-gendar

    Une femme a été tasée parce qu’elle n’a pas montré son attestation, un mec psychotique et un autre illétré ont été verbalisés parce qu’ils avaient mal rempli leurs attestations... Et que faire si on n’écrit pas le français ? Et que faire si on est Noir ou Arabe, parce que dans ce cas là, peu importe l’attestation, on a tort de toutes façons...
    https://actu.fr/ile-de-france/aubervilliers_93001/coronavirus-seine-saint-denis-est-tasee-frappee-ne-pas-avoir-montre-attestation
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/30/la-policiere-l-attestation-et-les-gens-comme-ca_1783580
    https://www.lechorepublicain.fr/dreux-28100/actualites/l-epiciere-de-vert-en-drouais-demande-grace-pour-son-client-illettr
    https://www.mediapart.fr/journal/france/280320/confinement-dans-les-quartiers-populaires-attention-aux-controles-sous-ten
    https://www.bondyblog.fr/societe/police-justice/ecoute-moi-bien-sale-arabe-tu-prends-ta-voiture-et-tu-vas-te-faire-enculer
    https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/plus-le-confinement-va-durer-plus-les-tensions-vont-augmenter-quand-des

    Il y a aussi d’autres questions autour de cette attestation : doit-elle être imprimée ou peut-elle être manuscrite ? Si manuscrite, doit-on recopier les mentions utiles ou toutes les mentions ? Peut-on la remplir au crayon ou au stylo ? Tous ces cas ont donné lieu à des verbalisations... (on peut alors remarquer que si chaque Français remplit une déclaration, deux fois par semaine, pendant trois mois, on approche déjà le milliard d’attestations, soit 60.000 arbres... bonjour le respect des normes écologiques...).
    https://www.service-public.fr/particuliers/actualites/A13952
    http://www.leparisien.fr/societe/coronavirus-doit-on-recopier-tous-les-motifs-sur-l-attestation-30-03-2020

    Il y a les dispositifs dignes de la traque de l’ennemi public numéro un (hélicoptères avec vision de nuit à infra rouge), mais aussi les questions du nombre de sorties par semaine, de durées de sorties, de distances maximales parcourues, du mode de transport, de l’évaluation sportive... toute la place à l’arbitraire qui fait la joie du petit con de flic qui n’a que ça dans la vie.... Il y en a même qui ont exigé que les mamans laissent leurs enfants seuls à la maison ou dans la voiture pendant qu’elle faisait des courses !
    https://www.nantes-revoltee.com/confinement-delire-totalitaire-un-helicoptere-nocturne-avec-vision-
    https://n.survol.fr/n/verbalise-parce-que
    https://www.letelegramme.fr/coronavirus/quand-faire-ses-courses-coute-cher-en-pv-27-03-2020-12532845.php

    Il y en a qui sont verbalisés sans avoir été contrôlés, et maintenant il n’y a pas que les flics qui pourront nous contrôler, mais aussi "les adjoints de sécurité, les gendarmes adjoints volontaires, les réservistes de la police et de la gendarmerie nationale ainsi que, et c’est important, les agents de sécurité assermentés dans les transports mais aussi les agents des services de l’autorité de la concurrence"
    http://www.leparisien.fr/essonne-91/essonne-des-centaines-d-amendes-pour-non-respect-du-confinement-etablies-
    https://actu.orange.fr/politique/non-respect-de-l-etat-d-urgence-sanitaire-le-pouvoir-de-verbalisation-el
    ========================
    Au total, on en est à plus d’1 million de verbalisations en sept semaines, qui ont rapporté plus de 140 millions d’Euros à ces escrocs qui nous "gouvernent"...
    https://www.lci.fr/sante/en-direct-coronavirus-covid-19-en-france-pres-de-500-deces-le-nombre-de-morts-de

    Si c’était ça le but, mieux valait rétablir l’ISF, non ? Ou au moins de ne pas "suspendre la lutte contre la fraude fiscale" ?
    https://www.lesechos.fr/economie-france/budget-fiscalite/coronavirus-les-controles-fiscaux-suspendus-incertitudes-sur-la-declaration
    ===============================
    Une fois l’argent récolté, la répression continue, des tabassages, des heures « de travaux d’intérêt général » (pour un homme qui vivait à sept personnes dans un deux-pièces) ou carrément de la prison ferme :
    https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-un-homme-condamne-a-105-heures-de-travaux-d-interet-general
    https://actu.orange.fr/france/condamne-a-deux-mois-de-prison-ferme-pour-avoir-viole-a-repetition-le-co
    https://www.laprovence.com/actu/en-direct/5980340/marseille-info-la-provence-trois-policiers-en-garde-a-vue-apres-un-contr

    Ou alors carrément des assassinats, à Toulouse, Béziers, Angoulême, Cambrais, Sorgues, Rouen, La Courneuve, Clermont-Ferrand, Albi, Saint-Denis, Grenoble, Bordeaux... :
    https://www.lecourrierdelatlas.com/faits-divers-beziers-etrange-deces-d-un-homme-au-commissariat-23
    https://www.charentelibre.fr/2020/04/10/drame-a-angouleme-mort-d-un-jeune-de-28-ans-qui-fuyait-la-police,35852
    https://www.lavoixdunord.fr/739028/article/2020-04-10/un-mort-et-un-homme-entre-la-vie-et-la-mort-apres-une-perte-de-controle
    https://rebellyon.info/Au-nom-de-la-lutte-contre-le-covid-19-la-22174
    https://www.nantes-revoltee.com/encore-un-deces-dans-un-commissariat-8-morts-en-un-mois-lors-dinter
    https://rebellyon.info/Meurtres-et-mensonges-d-Etat-la-police-22286

    Sans compter les blessés graves et les émeutes contre la violence policière qui s’ensuivent dans les quartiers populaires, y compris contre des enfants...
    https://www.nantes-revoltee.com/villeneuve-haut-de-seine-un-accident-grave-provoque-par-la-police
    https://www.bondyblog.fr/societe/police-justice/gabriel-14-ans-a-cru-quil-allait-mourir-en-garde-a-vue
    ==================================
    Pour se défendre de notre police, aussi bête que rendue puissante :

    Comment contester une amende pour non respect du confinement ?
    Marseille Infos Autonomes, le 30 mars 2020
    https://mars-infos.org/comment-contester-une-amende-pour-4952

    Les gestes barrières face au Coronapolice
    Marseille Infos Autonomes, le 31 mars 2020
    https://mars-infos.org/les-gestes-barrieres-face-au-4954

    Télécharger le “Point droit” sur l’inspection visuelle, la fouille des bagages, de vos sacs ou de vos poches :
    https://www.ldh-france.org/wp-content/uploads/2019/04/POINT-DROIT-Fouille-des-sacs-produits-de-1%C3%A8re-n%C3%A9cessit%C3%A9.p

    Confinement : courses, rendez-vous… jusqu’où peuvent aller les forces de l’ordre lors d’un contrôle ?
    Ronan Tésorière, Le Parisien, le 2 avril 2020
    http://www.leparisien.fr/faits-divers/confinement-courses-rendez-vous-jusqu-ou-peuvent-aller-les-forces-de-l-or

    Un appel afin de ne plus présenter l’attestation de circulation
    https://www.lasemainedespyrenees.fr/2020/03/31/bigorre-renaud-de-bellefon-ne-veut-plus-presenter-son-attestati

    Guide d’autodéfense juridique en temps de confinement
    https://mars-infos.org/guide-d-autodefense-juridique-en-5034

    Contestez une contravention abusive ou infondée pour non-respect du confinement
    https://pvconfinement.fr

    Autres articles :
    https://seenthis.net/messages/846688
    https://seenthis.net/messages/847142
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    Voir compile des effets délétères indirects de la pandémie :
    https://seenthis.net/messages/832147

    #fascistovirus #coronavirus #stratégie_du_choc #contrôles_kafkaïens #violence_policière #violences_policières #France #solidarité (manque de) #verbalisations #Banlieues #Quartiers_Populaires #racisme #assassinats

    • Aujourd’hui nous sommes partis à deux avocats, mari et femme, avec en poche nos attestations et nos convocations pour assister deux de nos détenus convoqués devant le juge des libertés et de la détention. Tout allait bien, il faisait beau, les familles nous avaient donné des promesses d’embauche et des attestations d’hébergement qui les faisaient espérer la liberté de leur mari, leur fils. Nous, de notre côté, chemin faisant, nous ferraillions dans la voiture pour affûter nos arguments respectifs. Nous sommes entrés dans un tribunal vide… Puis dans une salle d’audience vide… Et dressés comme nous le sommes à être au garde-à-vous selon le bon vouloir des magistrats, nous avons attendu… Et à un moment un de nos portables a sonné et un greffier nous a dit : « Euh, Maître, euh, on descend pas, y’a pas de débat, vous pouvez rentrer chez vous, z’avez vu la circulaire, toutes les détentions sont prolongées AU-TO-MA-TI-QUE-MENT. »

      En matière pénale, la loi et rien que la loi (pas une circulaire d’interprétation d’une ministre, une bafouille de la directrice des grâces à l’adresse des magistrats ou une décision de ma concierge) fixe les peines encourues pour les crimes et les délits. De même, la loi et rien que la loi, fixe les délais maximums de détention provisoire. En outre, tous les quatre mois en matière correctionnelle, tous les ans en matière criminelle, un détenu a le droit de voir son juge qui décidera si, oui ou non, les conditions sont réunies pour que soit mis fin à sa détention provisoire.

      Evidemment, avec le Covid, du fait du ralentissement de la chaîne pénale et des délais qui pètent, faudrait tout de même pas que les taulards s’égaillent dans la nature. Ainsi, l’ordonnance du 26 mars 2020 dans son article 16, est venue prolonger les délais maximums de détention provisoire de trois à six mois selon la gravité des infractions. Bon, nous avocats, on ne trouve pas ça cool : n’oublions pas que nous sommes champions d’Europe avec la Roumanie du taux de détention provisoire ; un tiers des détenus de nos prisons quand même. Tout ça ne va pas nous aider à faire baisser ces chiffres, mais bon, on comprend, y’a l’Covid.

      Les détentions provisoires, donc, peuvent désormais durer plus longtemps. Mais cela ne change rien au fait que le juge des libertés et de la détention, selon le rythme prévu par la loi, puisse statuer lors d’un débat contradictoire sur la prolongation ou non du mandat de dépôt. Voilà pourquoi nous, avocats, nous sommes venus au tribunal !

      Mais non, Nicole Belloubet, dans sa circulaire d’interprétation de l’ordonnance suivie par son séide Catherine Pignon (directrice des affaires criminelles et des grâces) dans sa bafouille « personnelle et confidentielle » à l’adresse des magistrats, ont décidé péremptoirement qu’en fait, TOUTES les détentions provisoires étaient « de plein droit » prolongées.

      Garder le plus de monde possible en détention
      Comprenons bien : d’un claquement de doigts, une circulaire vient de prolonger le titre de détention de 21 000 détenus . Exit les juges, exit les avocats, exit les audiences, exit tout ! La ministre sucre le droit acquis de tout détenu de voir sa situation réexaminée lors d’un débat permettant à son avocat de le sortir éventuellement au terme de son mandat de dépôt de l’enfer que seront dans quelques jours les prisons. C’est ça la réponse qu’a trouvé la chancellerie à la crise du Covid-19 : garder le plus de monde possible en détention. Cette circulaire viole une quantité incroyable de libertés fondamentales : le droit d’assurer de manière effective sa défense devant un juge, le droit d’assister à son procès, la présomption d’innocence, le droit à un procès équitable pour ne parler que de ceux-là…

      Dites-nous, Nicole, comment on va pouvoir expliquer un truc pareil aux familles : « Madame, pour une bonne administration de la justice, alors qu’il n’a plus le droit de cantiner, qu’il n’a plus le droit aux visites, on va garder votre mari, votre fils… un peu plus longtemps en prison sans qu’un juge le décide et sans que je puisse plaider… Pourquoi ? Ben, parce que c’est comme ça maintenant » ? Comment on va pouvoir leur expliquer ça, hein ? Et dans quelques jours on va effrayer le bon peuple de France avec des images de mutineries sur les toits des maisons d’arrêt.

      Hannelore Cayre, avocate pénaliste au barreau de Paris

      #rapt_de_masse #justice #détention #prison

  • Alain Damasio : « La police n’a pas à être le bras armé d’une incompétence sanitaire massive » - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/31/alain-damasio-la-police-n-a-pas-a-etre-le-bras-arme-d-une-incompetence-sa


    Quartier de La Plaine à Marseille, le 29 mars. Photo Yohanne Lamoulere.
    Tendance Floue pour Libération

    Pour l’auteur de SF, aucune épidémie ne devrait servir d’alibi pour détruire nos libertés. Il s’interroge sur l’après-Covid  : que restera-t-il de nos relations humaines après plusieurs semaines sans contact autre que via les écrans ?

    Cela fait bientôt deux décennies qu’Alain Damasio le martèle : la technologie ne remplace rien – ni les embrassades ni la chaleur humaine –, elle simule. Le confinement que nous impose l’épidémie liée au coronavirus ne saurait lui donner plus fortement raison : si les applications de visioconférence n’ont jamais été tant sollicitées, elles ne parviennent pas à nous faire oublier notre solitude. C’est que l’expérience du contact humain, le vrai, dont l’écrivain explorait la richesse dans la Horde du Contrevent (La Volte, 2004), déborde du cadre étriqué de l’écran d’ordinateur. Dans son dernier roman, les Furtifs (La Volte, 2019), l’auteur imagine une société de contrôle invasive à base de drones traqueurs et de géolocalisation permanente. Autant de mesures promues aujourd’hui comme des réponses au Covid-19. Sur ce sujet, le mastodonte de la SF est catégorique : les mesures sécuritaires ne doivent pas compenser l’incompétence sanitaire.

    #paywall

  • La policière, l’attestation, et « les gens comme ça » - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/30/la-policiere-l-attestation-et-les-gens-comme-ca_1783580

    Par naïveté sans doute, et parce que je considérais la démarche légitime, je suis saisie par l’absence absolue de discussion possible, la condescendance méprisante envers les patients. Le verdict est évidemment sans appel, rien à faire, « Je fais mon travail ». Je suis tellement sidérée par cette phrase que j’ai un mouvement de recul, je demande par la même occasion à l’agent de bien vouloir respecter la distance de sécurité, et également de me parler correctement. J’aurais dû m’y attendre, elle me répond : « C’est à vous de me parler correctement. » Je me résigne, mais avant de partir, je lui demande son RIO, elle dit d’abord, « bien sûr vous pouvez l’avoir ! » puis se ravise « et puis non, vous me parlez tellement mal, je ne vous le donnerai pas ! »

    Elle ne m’a pas touchée, elle ne m’a pas insultée, mais il y a une telle violence dans son attitude, dans son refus, dans son autorité injuste, que je finis par m’adresser à l’un des deux agents qui l’accompagnent, et qui reste silencieux, « Comment pouvez-vous laisser faire cela ? » Il ignore ma question. Je repars avec mon patient.

  • #L_après ne devra pas être un retour à la « normale » - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/30/l-apres-ne-devra-pas-etre-un-retour-a-la-normale_1783595

    L’ampleur de la #crise_économique dépendra de l’intensité et de la durée du confinement, qui elles-mêmes sont la conséquence de l’impréparation. Il faudra ensuite penser une économie capable de résister à de tels chocs.

    #Pollution : "Il faut que l’#après soit #différent de l’avant en termes d’émissions de gaz carbonique", déclare Jean Jouzel
    https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/pollution-il-faut-que-l-apres-soit-different-de-l-avant-en-termes-d-emi

    Pollution : « Il faut que l’après soit différent de l’avant en termes d’émissions de gaz carbonique », déclare Jean Jouzel
    Le climatologue Jean Jouzel appelle à changer les comportements et l’organisation de la société pour réduire la pollution de l’air alors que le confinement réduit les émissions de dioxyde d’azote dans toute l’Europe.

  • Coronavirus : les centres de rétention administrative se vident

    Bâtonniers, associations, contrôleur général des lieux de privation de liberté réclament la fermeture des CRA, alors que les risques de contamination sont élevés et les expulsions de plus en plus illusoires.

    « On va s’apercevoir qu’on peut vivre sans politique de lutte contre l’immigration irrégulière. » Dans la bouche d’un cadre du ministère de l’intérieur, la remarque a de quoi faire sourire. Depuis plusieurs jours, les centres de rétention administrative (CRA) se vident un à un. D’après les données de plusieurs associations, jeudi 19 mars au soir, environ 360 personnes en situation irrégulière se trouvaient encore enfermées, soit trois fois moins que la veille, alors que la capacité de rétention avoisine les 1 500 places sur le territoire, réparties sur une vingtaine d’établissements.

    Le plus grand de France, au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), était par exemple à moitié vide avec moins de 120 personnes retenues jeudi soir, tandis qu’elles étaient au nombre de neuf dans le CRA de Coquelles (Pas-de-Calais), sept à Bordeaux et deux à Metz. Certains établissements ont même fermé cette semaine, parmi lesquels ceux d’Hendaye (Pyrénées-Atlantiques), de Geispolsheim (Bas-Rhin) ou de Guadeloupe. « Dans un mois ou deux, ils seront tous vides », prédit le cadre de la police.

    Sollicité, le ministère de l’intérieur n’a pas donné suite, mais la principale explication à ce phénomène tient aux décisions de remise en liberté prises par les juges des libertés et de la détention, amenés à se prononcer sur les prolongations de placements.

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/21/les-centres-de-retention-administrative-se-vident_6033939_3224.html
    #détention_administrative #rétention #France #asile #migrations #réfugiés #coronavirus #centres_de_rétention_administrative

    • #Assignation_à_résidence avant #expulsion : les obligations de pointage doivent être suspendues

      Face au confinement, des personnes étrangères sont placées devant un dilemme : se déplacer en préfecture ou au commissariat pour respecter le pointage dans le cadre des procédures d’expulsion – s’exposant ainsi elles-mêmes ainsi que les autres au risque de propagation du virus – ou interrompre le pointage, au risque d’être déclarées « en fuite » par l’administration.

      Depuis le 16 mars, la France entière est placée en confinement, avec des restrictions de circulation prévues par un décret du même jour. Conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé de du conseil scientifique, l’objectif prioritaire des autorités françaises est en effet de réduire les risques de transmission du virus et de protéger toute la population, notamment les plus vulnérables.

      Par décret du 20 mars, les personnes étrangères qui faisaient l’objet, avant la déclaration de l’état d’urgence sanitaire, d’une mesure d’expulsion (obligation de quitter le territoire, décision de transfert Dublin) assortie d’une assignation à résidence (AAR), ont pourtant appris que le confinement ne leur est pas complètement applicable.

      Prévue à l’article L.561-2 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers, l’AAR « expulsion » prévoit en effet une obligation de pointer régulièrement (jusqu’à une présentation quotidienne, dimanches et jours fériés compris) auprès d’un commissariat ou d’un guichet de préfecture pour démontrer que la personne ne cherche pas à se soustraire à la surveillance de l’administration et à l’exécution de son renvoi du territoire. Le non-respect de cette obligation peut avoir de lourdes conséquences pour les personnes : peine de prison pouvant aller jusqu’à 3 ans et interdiction judiciaire du territoire.

      Il est aberrant que le gouvernement n’ait pas exempté ces personnes de déplacement dans le contexte actuel, alors même que les appels à la « responsabilité collective » et les slogans « sauvez des vies, restez chez vous » sont de mise dans le discours public et sur les réseaux sociaux.

      Les personnes concernées font face à une situation d’autant plus incompréhensible que l’exécution à court terme des mesures d’expulsion apparaît illusoire : les frontières se ferment les unes après les autres partout dans le monde. Quel intérêt à maintenir le contrôle sur ces personnes durant cette période, puisqu’elles sont de toute façon confinées comme une grande partie de la population ?

      Sur le terrain, tout le monde est désemparé face à l’injonction paradoxale : certaines préfectures (Loiret) interrogées par La Cimade affirment que les personnes doivent continuer à se présenter, sous peine d’être considérées « en fuite », alors que d’autres (Bouches du Rhône) indiquent que leurs guichets sont fermés et que les présentations doivent cesser. Les personnes étrangères comme les services de l’État ne savent donc plus à quel saint se vouer.

      Les personnes concernées – notamment beaucoup de familles avec enfants mineurs – sont soumises à une double anxiété, bien compréhensible : celle relative à la protection de leur santé et celle d’être exposées à des déclarations « en fuite » qui vont complexifier leur parcours administratif, voire des sanctions pénales légales en cas de non-respect des pointages.

      La Cimade demande donc au ministre de l’intérieur de prendre sans délai une instruction pour suspendre l’exécution des assignations à résidence en cours, afin de ne pas rajouter inutilement du stress aux personnes concernées et de mettre enfin pleinement en œuvre les consignes sanitaires nécessaires à la préservation de toute la collectivité.

      https://www.lacimade.org/assignation-a-residence-avant-expulsion-les-obligations-de-pointage-doiven

    • Le Conseil d’État refuse la fermeture des centres de rétention : protection au rabais pour les étrangers

      Par une ordonnance du 27 mars 2020, le juge des référés du Conseil d’État, saisi par l’ADDE, La Cimade, le GISTI, le SAF et le CNB, vient de refuser la fermeture temporaire des centres de rétention administrative pour cause d’épidémie de COVID-19. Le Conseil d’État impose cependant au Ministère de l’intérieur des limites dans l’utilisation de ces lieux de privation de liberté.

      L’ADDE, La Cimade, le GISTI, le SAF et le CNB regrettent que le Conseil d’État ait refusé de tirer les conséquences nécessaires de l’exceptionnelle gravité de l’épidémie de COVID-19, qu’il a pourtant longuement soulignée, et ceci, alors même que la Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, le Défenseur des droits, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté et le bureau de la Commission nationale consultative des droits de l’homme appellent à libérer tous les migrants en rétention administrative pendant la crise du COVID-19.

      Le juge des référés reconnaît pourtant que le droit de recevoir les traitements et les soins appropriés à son état de santé constitue une liberté fondamentale au sens des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative.

      Il considère en outre que le placement ou le maintien en rétention d’étrangers faisant l’objet d’une mesure ordonnant leur éloignement du territoire français ne saurait, sans méconnaître l’objet assigné par la loi à la mise en rétention, être décidé par l’autorité administrative lorsque les perspectives d’éloignement effectif du territoire à brève échéance sont inexistantes.

      Il ressort donc de cette décision qu’aucune rétention administrative n’est désormais possible en dehors du cas où le départ des personnes concernées peut être organisé à brève échéance.

      Cela suppose que l’administration soit en possession du passeport en cours de validité de la personne placée en rétention ou que la délivrance d’un laisser-passer consulaire soit donnée comme imminente et certaine, que les frontières du pays de destination soient ouvertes au transport international de voyageurs en provenance de France et qu’un mode de transport soit immédiatement disponible pour un départ effectif à brève échéance.

      La majorité des personnes actuellement encore enfermées en rétention ne remplissent pas ces conditions et doivent être libérées, leur expulsion étant impossible à brève échéance.

      Cela suppose également que le nombre de personnes enfermées dans les centres de rétention administrative soit drastiquement réduit, afin d’éviter toute forme de promiscuité qui serait manifestement incompatible avec la lutte contre l’épidémie, et que les personnes retenues ainsi que le personnel des centres de rétention aient un accès constant et effectif aux moyens d’hygiène permettant d’éviter la propagation du COVID-19.

      Nos organisations constatent que tel n’est pas le cas et rappellent que les centres de rétention ne sont pas destinés au confinement sanitaire des personnes qu’ils renferment.

      Puisque le Conseil d’État a pris sa décision en considération des « circonstances particulières du temps présent » (point 14), chacune des organisations signataires se réserve la possibilité de le saisir de nouveau, seule ou conjointement avec d’autres organisations, en fonction de l’évolution des circonstances.

      Au-delà de cette décision, nos organisations comme de nombreuses autorités administratives indépendantes réitèrent leur demande au ministère de l’intérieur de fermer les centres de rétention au regard de la crise sanitaire et compte tenu de l’impossibilité d’exécuter les expulsions de la plupart des personnes visées.

      https://www.lacimade.org/presse/le-conseil-detat-refuse-la-fermeture-des-centres-de-retention-protection-a

    • CENTRE DE RETENTION DE #CORNEBARRIEU : LA COUR EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME DEMANDE DES COMPTES AU GOUVERNEMENT FRANÇAIS

      Depuis le début du confinement, trois personnes retenues ont été successivement placées à l’isolement au #CRA de Cornebarrieu en raison de suspicion de #contamination au #COVID-19.

      Lundi 23 mars 2020, la Cour d’appel de Toulouse a remis en liberté 13 étrangers retenus au centre.

      Pour faire droit à leurs demandes, la Cour prenait acte de ce que le retour des intéressés à destination de leurs pays d’origine respectifs était rendu impossible par la situation sanitaire mondiale et la fermeture de nombreuses frontières.

      Pourtant aujourd’hui, 6 personnes sont toujours retenues dans ce centre.

      Cinq d’entre elles avaient vu leurs demandes de mise en liberté rejetées par le juge des libertés et de la détention puis par la Cour d’appel de Toulouse les 20 et 21 mars dernier.

      Les 26 et 27 mars 2020, elles ont saisi la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) pour demander leur libération immédiate, se fondant sur le caractère arbitraire de leur maintien en rétention en l’absence de toute possibilité de retour dans leurs pays d’origine et invoquant le traitement inhumain et dégradant caractérisé par un enfermement incompatible avec le respect des mesures de prévention de l’Organisation mondiale de la santé de nature à leur faire courir un
      risque accru de contamination au virus.

      La Cour européenne a laissé au gouvernement français jusqu’au 31 mars prochain pour s’expliquer sur les raisons et les conditions du maintien en rétention de personnes pour lesquelles il n’existe aucune perspective de retour.

      En parallèle, le 26 mars, un nouvel étranger était placé au centre de rétention à sa sortie de détention.

      Rien n’indique que des précautions particulières aient été prises alors l’intéressé était préalablement incarcéré à la maison d’arrêt de Seysses dans un contexte de surpopulation carcérale particulièrement propice à la propagation du virus.

      Cela démontre une fois de plus, qu’aucune mesure particulière n’est prise afin d’éviter la propagation du virus au centre, faisant courir un risque accru de contamination aux personnes retenues.

      Sans attendre la réponse de la Cour, l’ensemble des étranger.e.s placé.e.s en centre de rétention devront être immédiatement remis.e.s en liberté.

      Fait à Toulouse,
      Le 27 mars 2020

      https://www.cercledesvoisins.org/blog/index.php/rubriques/activite/comuniques/3305-centre-de-retention-de-cornebarrieu-la-cour-europeenne-des-dr

    • Coronavirus : Appel aux associations de la part des prisonniers du CRA de #Mesnil_Amelot

      La majorité des prisonniers du CRA de Mesnil Amelot sont en #grève_de_la_faim depuis deux jours (le 30 mars) pour demander la libération immédiate de tout le monde.
      Voici leur communiqué :
      https://abaslescra.noblogs.org/on-demande-notre-liberation-immediate-et-la-fermeture-du-centre-

      Ils ont également écrit un appel aux associations de soutien aux sans-papiers, qu’ils demandent de relayer au maximum :
      https://abaslescra.noblogs.org/appel-des-prisonniers-du-mesnil-amelot-en-lutte-aux-associations

      voici le texte :

      « Je vous écris au nom de tous les détenus du CRA2 du Mesnil-Amelot. On demande à la CIMADE ainsi qu’à toutes les associations de soutiens aux sans-papiers de nous défendre, de faire une demande auprès de la préfecture de la fermeture du CRA. On demande a l’ADE, l’association de défense des étrangers de nous défendre parce qu’on est jugé sans avocat, sans voir le juge. En fait on est jugé sans notre présence ou notre dossier.
      A toutes ces associations : s’il vous plait, aidez nous. On a peur de la suite. »

      –-> reçu via la mailing-list de Migreurop, le 01.04.2020

    • Solidarité aux prisonniers du Mesnil Amelot et de #Vincennes : appel à harceler les préfectures en ces temps de confinement !

      Le 30 mars au matin tous les prisonniers du bâtiment 9 et 10 et quelques prisonniers du bâtiment 11 du CRA du Mesnil Amelot ont entamé une grève de la faim pour exiger leurs libération immédiate ; les prisonniers de Vincennes sont également mobilisés. La situation dans ces prisons pour sans papiers, comme dans toutes les autres en France, est très dure :
      parloirs fermés, dégradation des problèmes sanitaires, aucune mesure sanitaire prise. Nous devons manifester notre solidarité aux personnes enfermées. Le confinement nous empêche de nous rassembler devant les CRA pour manifester cette solidarité, mais en envoyant massivement des mails aux adresses des préfectures on peut montrer qu’on est au courant de ce
      qui se passe à l’intérieur des CRA et qu’on est toujours là ; c’est aussi une manière de ralentir leur sale travail en saturant leurs boites mails et, si on est vraiment nombreux.euses, qui sait, en faisait bugger leur système ?

      On vous propose d’à partir du VENDREDI 3 AVRIL À 11H, de participer collectivement à l’envoi d’un e-mail (texte plus bas) aux adresses ci-dessous :

      pref-eloignement@seine-saint-denis.gouv.fr
      pref-eloignement@val-de-marne.gouv.fr
      pref-eloignement@hauts-de-seine.gouv.fr
      pref-astreinte-eloignement@seine-et-marne.gouv.fr

      Il faut envoyer le texte à chaque adresse séparément. Les envois collectifs finissent directement dans les spams. Copiez le texte dans le corps du message. Changer l’objet du mail peut être également une bonne technique.

      L’idée est de reproduire l’envoi de ces mails TOUS LES JOURS de 11H à 12H !

      Brisons le silence, ne laissons pas isolés les prisonniers en lutte !

      Texte à envoyer :
      “Au CRA du Mesnil Amelot, les retenus ont entamé une grève de la faim depuis le 30 mars pour protester contre l’enfermement et les conditions qui empirent avec le coronavirus ; les retenus de Vincennes restent également mobilisés. A l’intérieur comme à l’extérieur, on continuera à lutter contre vos politiques racistes et contre les CRA qui tuent, torturent, tabassent.

      On demande la libération immédiate de tous les retenus et la fermeture du CRA.

      Le communiqué des retenus :

      Y a tous le bâtiment 9, 10 qui fait grève de la faim, et quelques
      personnes du bâtiment 11.
      On demande notre libération immédiate et la fermeture du centre. On a
      peur de la contamination du coronavirus. Il y a encore de nouvelles
      arrivées Ici il n’y a pas d’hygiène, donc c’est plus risqué que dans
      d’autre endroit.
      On a contacté la CIMADE, et on lui demande de faire une DML pour tout le
      monde (demande de remise liberté).
      Y a pas de vol, y a rien ici. Pourquoi on est là encore ?
      Y a des gens qui se coupent pour sortir d’ici. La police est encore
      violente avec nous. Depuis qu’on est en grève de faim les policiers
      n’ont toujours pas répondu.
      On veut que des journalistes nous contacte, et que la préfecture décidé
      de nous libérer le plus rapidement possible.
      Les retenus de Mesnil-Amelot le 30 mars 2020

      https://abaslescra.noblogs.org/solidarite-aux-prisonniers-du-mesnil-amelot-et-de-vincennes-appe

    • Des témoignages audios et écrits de retenus des CRA de Mesnil-Amelot et Oissel

      Dans cette émission de l’actu des luttes, plusieurs témoignages de retenus des CRA de Mesnil-Amelot ou une grève de la faim à eu lieu la semaine dernière et de Oissel. Les prisonniers de Oissel parlent le lendemain du jour où le Conseil d’Etat explique que : “les conditions de fonctionnement des CRA dans ces circonstances particulières ne sauraient caractériser une carence dans l’accès au soins ou à la mise à disposition de produits d’hygiène dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19”.

      Voici ce qu’il se passe au centre de Oissel : tous les retenus sont malades et au lit. Ils expliquent qu’ils n’ont même plus la force de lutter contre leurs conditions d’enfermement. Voici le témoignage (sous le lien vers la radio) de deux d’entre eux. Ils devaient parler à plus nombreux mais n’avaient pas la force.

      Plus récemment, le 5 avril, un prisonnier de Oissel à donné quelques nouvelles de la situation ;

      “On est obligé de partager les cigarettes a 3 ou 4.”

      ” Ca va pas. On est 8 personnes, y a eu 3 libérations (un sénégalais, un tunisien et un géorgien). Je sais pas pourquoi ils ont été libéré, ils ont été voir le JLD et après ils ont été libéré .Hier ils ont ramené deux nouveaux, de prisons. Un à Renne et un à Caen. Ca va pour eux pour le moment c’est le début.
      Pour nous c’est trop compliqué. Les toilettes et les douches sont chambre.
      On a pas de france d’asile on a pas d’ofii. Ils viennent une fois par semaine. Mais une fois par semaine c’est pas beaucoup. On a obtenu le droit que les familles viennent poser de l’argent et que la paf le ramene. Mais si t’as pas de famille ou que ta famille peut pas venir à Oissel ? Parce que le centre il est loin de tout.
      Ils appellent sur les cabines pour savoir qu’est ce qui ce passe, c’est tout. Ils ont dit que tout le monde il va sortir, on sait pas.
      La situation est pas bien là. Ils nettoient juste les couloirs, et pas les chambre.”

      Retranscription du témoignage des prisonniers de Oissel qui parlent pendant l’émission :

      « Tout le monde ici on est malade, ya pas à manger, ya pas de femme de ménage, ya pas pour acheter quelque chose [L’Offi]. On est pas des humains ou je sais pas moi. […] L’Offi est pas là, il a dit il vient pas jusqu’à la fin du Coronavirus. On est malade, tout le monde il est malade, moi je suis malade. Même les policiers ils ont dit « on vient pas à la prochaine semaine ». On vient pas ? On reste ici tout seul ? ou je sais pas moi si y’a possibilité de rentrer chez nous chez nos familles ? On reste ici, 14 tous les détenus qui viennent de prison. Y’a pas de libération, les albanais, les géorgien ils ont été libéré un peu mais les noirs et les arabes pas de libération. On reste ici je sais pas pourquoi. Même les frontières pour nous ramener dans nos pays elles sont fermés pendant deux mois ou jusqu’à quatre mois peut-être je sais pas moi. Pour le Ramadan aussi je sais pas comment ça va etre.. Y’a pas de femme de ménage, ici l’odeur dans les cellules… […] je te passe mon ami. »

      « C’est bon je peux y aller ? Bon vas y moi je suis là depuis deux mois je sors de prison et peut importe ce que j’ai fait. Je fais du sport et tout, et au fur et à mesure que les jours passent je commence à me sentir mal et tout. J’ai commencé à voir différents symptômes sur les autres qui était là, ça veut dire des éternuements, des maux de tête, des écoulements du nez. Tous ces symptômes là qui ressemble au Corona tu vois ? Et on est tous ensemble dans la même pièce, quand on regarde la télé et y en a un qui va éternuer tout le monde va attraper le microbe, indirectement. Même au niveau de la ventilation y’a pas de ventilation ici y’a rien pour aérer, tous les microbes reste ensemble c’est comme ça que le microbe va se propager. Jour après jour j’ai vu tout se dégrader ici au niveau de notre santé, à l’heure ou je parle là j’ai mal à la gorge, j’ai mal à la tête je peux même plus faire mon sport. La situation c’est vraiment de pire en pire jour après jour. La santé de tout un chacun se dégrade. Même les policiers ils sont ni gantés ni masqué, eux aussi ils ont il éternuent, ils ont des écoulements, ils sont toujours avec du papier jetable. Ils se torchent tout le temps.Et suite à cela, on parle à moins d’un mètre de distance. Ça veut dire on a contracté le virus comme ça du Corona. Y’a un mec encore qui est arrivé ce matin de prison, ils sont systématiquement masqué, tu vois ? On a jamais vu notre santé se dégrader aussi vite ça veut dire que vraiment la maladie elle est ici et même la nuit on dort pas on arrive pas à dormir. Et que ça a éternue, et que il y a des maux de ventre, et que y’a des réels symptôme du Corona.

      […]

      La situation à l’heure actuelle : quand je parle là j’ai du mal à parler du mal à expliquer. Pour te faire comprendre un peu la dangerosité et la gravité de la situation actuellement au centre de Oissel…

      Tu disais tout à l’heure que là actuellement tout le monde est dans son lit la main sur la tête…

      J’ai fait un tour là dans le bâtiment tout le monde est… Tout le monde on dirait des cadavres. Tout le monde est K.O., tu vois que ça va vraiment pas, tu vois qu’il y a un virus qui les démange. Vraiment c’est un dérangement. Voilà tout le monde se fait démanger par le virus du Corona.

      Ça veut dire que hier, quand le conseil d’État à dit que les conditions en CRA, au niveau de l’hygiène ne justifient pas la libération des retenus c’est que..

      C’est vraiment ça, ils sont pas d’accord pour fermer l’établissement parce que déjà, de un c’est un vrai business pour eux, tout un chacun qui est venu ici, pour acheter des cigarettes, il faut dépenser, pour acheter des… pour tout faut dépenser. Ça veut dire tous les jours ils s’enrichissent et pendant ce temps notre santé elle se dégrade. Voilà c’est vraiment la réalité des choses de ce qui se produit actuellement au centre de Oissel.

      Quand hier j’ai fait une demande de remise en liberté, je l’ai fait à 16h 30. J’ai eu la requête qui rejette ma demande de mise en liberté à 19h 13 pile poil. C’est écrit noir sur blanc : « ne peut pas être libéré car ne présente pas de positivité du Coronavirus à l’heure actuelle ». Ce qui est strictement faux ! Vraiment aucun test de PCR ou de sérologie n’a été fait pour prouver que untel n’a pas de Corona et ne peut pas être libéré. Vraiment, c’est vraiment du faux noir sur blanc.

      […]

      Et du coup pour revenir là-dessus depuis les derniers jours il y a vraiment eu aucune libération ?

      Il y a eu quelques libération mais c’est les mecs du Maroc, la frontière elle a été fermée et il a été libéré. Mais sinon depuis il y a eu aucune libération. En fait les mecs qui ont été libérés c’est pour des raisons administratives, mais tous ceux qui sont là pour des raisons juridiques c’est-à-dire ceux qui sort de taule, non. [au CRA tout le monde est là pour des raison administratives (sans-papiers), mais les nouvelles personnes qui arrivent en ce moment en CRA sont le plus souvent des détenus qui viennent de finir leur peine de prison]

      C’est si divisé ? Ceux qui sortent de taule ils restent et ceux qui sortent pas de taule sont libérés ? Y’a personne là qui est dans le CRA, qui s’est fait choper dans la rue ou des trucs comme ça ?

      Exactement c’est que des taulards, que des mecs qui sortent de taule.

      Parce que dans les autres CRA c’est pas du tout si clair que ça, Genre au Mesnil-Amelot. ou à Vincennes il y en a qui sont là depuis avant le confinement et les interdictions de parloir et tout, et il y en a d’autres qui sont arrivés de taule depuis et qui ont été libérés.

      Ah, mais à Oissel c’est vraiment comme ca. En tout cas ici, la situation c’est pire, c’est grave, tout ce qu’on attend ici c’est un cadavre. Je crois qu’il faut qu’on crève d’abord et après… pour l’instant la plupart des gens ils ont les symptômes du Corona.

      Et du coup les équipes médicales tout ça les infirmières les médecins y’a rien ?

      Déjà y a pas de médecin OK ? Après il y a une infirmière, quand t’as mal, quand on a des symptômes tout ça, elle donne des doliprane c’est tout elle peut rien faire d’autre. Même elle, elle te dit : « Mais moi je suis en bas de l’échelle, même moi-même. Et moi aussi je peux vous contaminer parce que je vais chez moi, je vais voir mes enfants, je vais dehors et après je suis parmi vous tous les jours. »

      Et avec France Terre D’Asile [l’association présente dans le centre en temps normal] ça se passe comment ?

      On a plus de visites, on les voit plus, on les reçoit au téléphone. Que des coups de fil que des coups de fil. Mais le problème c’est qu’on utilise tous le même téléphone [cabines téléphoniques du centre] ça veut dire que quand y’a un mec qui décroche, qui parle, et qu’il y a un autre mec qui prend le téléphone après, et ben ya tous les microbes laissées par le premier mec. Et ainsi de suite ,et ainsi de suite, le virus, il se propage entre les divers mecs qui sont ici. Même pas de désinfectant pour nettoyer les cabines.

      Il y a autre chose que tu veux raconter ?

      Bah moi ça fait un moment que je suis là et personnellement je vois que ma santé elle se dégrade, jour après jour. Là je vous parle avec difficulté d’habitude je suis plus lucide que ça. Je peux même plus faire mon sport. Et même les fenêtres ici tout est fermé, tout. Y’a rien qui est aéré ya pas de vent qui sort dehors pour pouvoir aérer la cellule. Ça veut dire on est tous comme si on était dans un sac-poubelle fermé quoi ! Enfermé avec le virus qui se multiplient au lieu qu’il soit… Ouais ben j’ai dis ce que j’avais à dire. À l’heure ou je parle là j’ai mal à la tête et je vais… Je suis au bout là, vraiment je suis au bout, c’est la première fois que j’arrive au bout comme ça. Je suis vraiment à bout de souffle, et le nez qui coule, j’ai mal à la gorge, je suis vraiment en burnout comme ils disent…

      https://abaslescra.noblogs.org/des-temoignages-audios-et-ecrits-de-retenus-des-cra-de-mesnil-am

    • L’inégalité des vies en temps d’épidémie

      Exposés à un niveau élevé de risque de contamination, détenus et retenus sont des confinés forcés. Le « sens des responsabilités et de la solidarité » prôné par Emmanuel Macron s’arrête-t-il aux portes des établissements pénitentiaires et des centres de rétention surpeuplés ?

      En appelant, lundi, au « sens des responsabilités et de la solidarité » des Français, le président de la République leur a demandé de rester chez eux avec pour seul objectif de les « protéger face à la propagation du virus ». Il a également évoqué l’engagement de l’État « pour les plus précaires, pour les plus démunis, pour les personnes isolées ». A aucun moment, il n’a toutefois mentionné celles et ceux qui, en dehors des personnels soignants, se trouvent dans la situation la plus exposée parce qu’ils sont enfermés dans des établissements pénitentiaires ou des centres de rétention administrative. Il y a en effet aujourd’hui deux sortes de confinement, en France comme ailleurs : le confinement volontaire, qui protège, car il permet d’éviter les contacts avec des personnes possiblement infectées, et le confinement forcé, qui fragilise, car il rassemble en grand nombre, dans un même espace restreint, des personnes qui ne peuvent quasiment pas éviter la proximité des compagnons et des compagnes qu’on leur impose.

      Les conditions d’enfermement dans les prisons exposent à un risque particulièrement élevé. Au 1er janvier, on comptait 70 651 personnes détenues, dont 3 157 femmes, soit 10 000 de plus que dix ans auparavant, pour 61 080 places opérationnelles. La surpopulation affecte essentiellement les 40 848 personnes emprisonnées dans les 133 maisons d’arrêt, où la densité atteint 138%. En réalité, la suroccupation des cellules est bien plus forte que ce qu’indique ce taux en raison de celles réservées à des prisonniers devant rester seuls, souvent pour raison de santé. Presque toutes les cellules sont doublées, c’est-à-dire ont deux lits superposés, et dans 1 614 d’entre elles, on a été obligé d’ajouter un matelas. Dans neuf mètres carrés, trois détenus doivent alors cohabiter, bien que l’encellulement individuel soit inscrit dans la loi depuis 1875, ait été réitéré dans la loi pénitentiaire de 2009 et ait fait l’objet de rappel par la Cour européenne des droits de l’homme. Il faut ajouter que près d’un tiers de ces prisonniers sont des prévenus, autrement dit sont présumés innocents dans l’attente de leur procès, et que les deux autres tiers sont pour la plupart condamnés à de courtes peines, correspondant à des délits mineurs.
      Des enfermements non justifiés

      Parallèlement, ce sont chaque année plus de 45 000 étrangers, dont des enfants, qui se trouvent placés dans les 50 centres et locaux de rétention administrative, avec la perspective d’un éloignement du territoire ou d’une décision de justice qui les libérera. Depuis la loi du 10 septembre 2018, la durée maximale de rétention est passée de 45 à 90 jours, conduisant à un doublement du nombre de personnes retenues plus d’un mois et à un accroissement de moitié du nombre de places en métropole. Les conditions d’enfermement sont très dures, dans des bâtiments parfois délabrés et suroccupés, ne respectant pas des règles minimales d’hygiène. Les tensions résultant de ces conditions génèrent de fréquentes violences, automutilations et suicides. Victime d’une surenchère à l’expulsion, au demeurant inefficace, la population retenue dans ce dispositif comprend des ressortissants étrangers ayant de fortes attaches en France et des demandeurs d’asile affectés par la procédure de Dublin. Plus de la moitié est libérée par le juge judiciaire ou le juge administratif, preuve que l’enfermement ne se justifiait pas.

      Détenus et retenus sont ainsi des confinés forcés que leur enfermement dans des lieux surpeuplés expose à un niveau élevé de risque de contamination. Qu’un cas survienne, et c’est toute la population détenue ou retenue qui se trouve menacée. Mais pas seulement elle. Les personnels pénitentiaires, en détention, et les forces de l’ordre, en rétention, de même que l’ensemble des agents qui interviennent dans ces institutions sont eux aussi très vulnérables en raison de leurs contacts fréquents avec les détenus et les retenus. Les surveillants et, parfois, les policiers sont les premiers à se plaindre des conditions dans lesquelles ils travaillent, qui sont également les conditions dans lesquelles vivent les détenus et les retenus. Ils se sentent légitimement pénalisés par l’indignité du traitement fait à ceux qu’ils ont la charge de garder. Pour tous, le risque de contamination n’est assurément pas imaginaire.

      Les premiers cas de Covid-19 sont apparus à Fresnes, deuxième établissement pénitentiaire français par sa taille, avec 2 200 prisonniers pour 1 700 places. Un détenu âgé a développé une forme grave et au moins quatre membres du personnel ont fait l’objet d’un dépistage positif. On imagine sans peine l’inquiétude de la centaine de détenus confinés et la colère des autres prisonniers condamnés à une suroccupation des cellules plus grande encore. Et ce d’autant que les parloirs sont réduits, les promenades limitées, les activités sportives annulées, les visites d’avocats plus rares, et les sorties en permission difficiles, sinon impossibles. On se souvient que les restrictions apportées en Italie aux visites des familles avaient conduit à des mutineries faisant douze morts.

      La situation en France peut également devenir explosive, alors que plusieurs centaines de surveillants sont déjà en quarantaine, rendant les conditions de travail de leurs collègues plus contraignantes et les conditions de l’incarcération des prisonniers plus dégradantes encore. Quant aux centres de rétention administrative, plusieurs cas de Covid-19 y sont également apparus et la Cimade y a interrompu son activité en interpellant le ministre de l’Intérieur sur le danger encouru.
      Sortir de la spirale punitive

      Les solutions à cette situation intenable sont simples. Si elles étaient mises en œuvre, elles protégeraient les détenus et les retenus de la propagation de l’infection et donneraient à la France l’occasion de sortir de la spirale punitive dans laquelle elle s’est engagée depuis plusieurs décennies, tandis que les Pays-Bas, l’Allemagne, le Portugal inversaient la tendance.

      Dans les prisons, il faut appliquer la loi qui impose l’encellulement individuel et que plusieurs rapports parlementaires récents ont rappelée. Si le ministère de la Justice considère qu’il y a 13 887 détenus en surnombre et 21 075 prévenus en attente de jugement, auxquels s’ajoutent plus de 20 000 condamnés à des peines de moins d’un an d’emprisonnement, souvent de quelques mois, il est facile de comprendre que beaucoup de ces détenus n’ont pas leur place en prison, notamment dans les conditions épidémiologiques actuelles. Plusieurs pays européens ont cherché et trouvé des alternatives aux courtes peines d’emprisonnement, ce que la France applique d’ailleurs elle-même lorsque les condamnés sont des hommes politiques.

      Dans les centres de rétention, on doit se souvenir que les personnes enfermées ne sont accusées d’aucun autre délit que de ne pas être en situation régulière, ce qui se révèle de surcroît parfois inexact. La libération des personnes retenues, que certains centres ont commencée et que l’Observatoire de l’enfermement des étrangers demande, est une décision de bon sens, car il n’y a de toute façon plus moyen de les éloigner du territoire faute de transport possible.
      Exposés à l’infection

      La question se pose donc. L’Etat français peut-il continuer à se désintéresser du sort des personnes qu’il emprisonne, souvent sans les avoir jugées, et qu’il retient, souvent sans fondement juridique ? La vie des détenus et des retenus a-t-elle moins de valeur que celle des autres membres de la société pour qu’on accepte de les exposer à une infection dont on protège le reste de la population ? Le « sens des responsabilités et de la solidarité » s’arrête-t-il aux portes des établissements pénitentiaires et des centres de rétention ?

      Le gouvernement n’a pris aucune mesure en faveur de ces populations exposées que sont les détenus et les retenus. Mais il dit s’appuyer sur l’avis des chercheurs. Que les membres de son Conseil scientifique exigent donc que toutes les vies soient protégées de manière égale.

      https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

    • Personnes migrantes en centres de rétention et campements. #Désencamper pour protéger

      La situation inquiétante des centres de rétention et des campements montre la dangerosité de l’encampement pour la sécurité sanitaire des personnes migrantes, ce que confirme en creux l’intervention « urgentiste » de l’État qui concède un accès partiel et provisoire des exilé⋅e⋅s aux droits humains pendant la pandémie.

      Qu’en est-il du confinement comme protection sanitaire pour des populations qui vivent déjà une première sorte de confinement, leur enfermement dans les centres de rétention, les hotspots (en Grèce) ou les nombreux campements et bidonvilles ? Dans ces lieux de mise à l’écart et de promiscuité forcée, leurs occupants vivent « dans des conditions d’exiguïté et d’insalubrité particulièrement préoccupante » selon le Communiqué conjoint du Haut-commissariat des Nations unies pour les Droits de l’Homme (HCDH), de l’Organisation internationale des migrations (OIM), du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) du 31 mars 2020. Et le même communiqué poursuit : « Compte tenu des conséquences mortelles qu’aurait une épidémie de Covid-19 dans ce contexte, ils devraient être libérés sans délai. » Les premiers signes de diffusion du Covid-19 sont révélés début avril aussi bien dans les hotspots grecs qu’en France dans les campements et les Centres de rétention administrative (CRA). C’est cette urgence qui a motivé l’état des lieux présenté ici, une pièce au dossier de la dangerosité de l’encampement.

      Ce texte ne fait pas l’état d’une enquête de terrain, mais du recueil d’informations le plus à jour possible (début avril 2020) auprès des aidants et intervenants dans les CRA, les campements et les bidonvilles, principalement dans les régions parisienne et calaisienne.
      CRA, mineurs isolés et demandeurs d’asile

      Concernant les CRA, plusieurs décisions de justice ont libéré les retenus car, en l’absence d’expulsion possible, la rétention « en attente » d’expulsion ne se justifiait plus. Seule exception notable encore fin mars : le CRA de Paris-Vincennes avec une cinquantaine de personnes retenues. Si l’on constate ainsi une diminution de la population retenue en CRA (soit un total de 120 occupants environ pour 1 500 places), on note aussi que l’administration ne veut pas prendre de décision officielle telle que la fermeture de ces centres. La responsabilité de libérer les personnes retenues en rétention a ainsi été laissée aux juges (les Juges de la liberté et de la détention – les JLD). Les centres de rétention se sont donc vidés progressivement au gré de décisions judiciaires parfois contradictoires.

      La fermeture des CRA est une urgence évidente : plusieurs personnes par chambre, les réfectoires pleins, plus de personnels de nettoyage à cause du confinement, pas de masques ni de gel hydro-alcoolique. De nombreuses recommandations vont dans ce sens : Défenseur des droits, contrôleure générale des lieux de privation de libertés (CGLPL), Commissaire aux Droits de l’Homme de l’Union européenne. Des demandes de fermeture des CRA ont été faites par le Groupe d’information et de soutien aux immigrés (Gisti), le Syndicat des avocats de France, la Cimade et le Conseil national des barreaux — fermeture refusée par le Conseil d’État. Il est intéressant d’observer que, dans l’attente d’une reprise du cours « normal » des activités, l’administration semble décidée à ne mettre en rétention que les personnes sortant de prison, et ainsi de ne pas remettre en cause l’ensemble du dispositif. Cependant, début avril, des grèves de la faim de « retenus » ont lieu dans plusieurs CRA, dont ceux de Mesnil-Amelot et de Oissel. Dans ce dernier centre en particulier, les occupants déclarent être malades et ont peur.

      Concernant les démarches de la demande d’asile, presque toutes les procédures ont été suspendues. Les Guichets uniques pour demandeurs d’asile (Guda) ferment, par manque de moyens pour se protéger, et les entretiens de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) sont annulés et reportés. Étonnamment, à ce jour, l’obligation de pointage dans les commissariats et gendarmeries est maintenue pour les demandeurs d’asile faisant l’objet d’une procédure d’expulsion vers un autre État membre de l’Union européenne dans le cadre de la Convention Dublin, ce qui est contradictoire avec les recommandations concernant le confinement et a été contesté par différentes associations et journaux.

      Pour ce qui concerne les mineurs isolés, il y a une contradiction entre les déclarations faites au niveau national et leur mise en œuvre aux échelles locales. Depuis le 16 mars 2020, l’évaluation de minorité et de prise en charge via la Croix rouge est suspendue jusqu’à nouvel ordre. Officiellement, l’accès à leur accueil provisoire d’urgence se fait « via les commissariats ». En fait, département par département, les choses se passent plus mal. Ainsi, par exemple le 25 mars à Paris, 7 jeunes primo-arrivants ont trouvé la Croix rouge fermée, ont été conduits dans différents commissariats qui ne pouvaient rien faire… Le foyer d’urgence les a fait attendre, leur a finalement dit de retourner vers les commissariats… et ils ont passé la nuit dehors. Cette situation semble généralisée, et l’abandon concerne en premier lieu les personnes non reconnues mineures.
      Les campements
      À Paris

      Concernant les migrants à la rue et/ou en campements (déboutés, « dublinés », ou primo-arrivants sans aucun titre) dans la région parisienne, il est important de comprendre la situation actuelle au regard des dernières évolutions depuis début novembre 2019. Plus de 3 000 migrants se trouvaient à ce moment-là au nord de Paris entre Porte de la Chapelle et Porte d’Aubervilliers. Cette situation était le résultat de quatre années d’un « cycle infernal » de formation de campements, démantèlement, dispersion policière, reformation de campements, etc., dans des conditions sanitaires très dégradées. De novembre 2019 à février 2020, il y a eu trois séquences d’évacuation, un mot d’ordre de « fermeté » de la Préfecture de Police et un dispositif policier important visant à « évincer » les personnes qui arrivaient et à « contenir sur leur camp » celles qui étaient déjà installées.

      En février, un campement s’est reconstitué à Aubervilliers au bord du canal Saint-Denis. Au deuxième jour de confinement, le 17 mars, environ 500 personnes y étaient enfermées, dans une grande promiscuité, sans eau, ni sanitaires, ni nourriture. La police refoulait de force les personnes voulant en sortir. Selon l’ONG Médecins du Monde (MDM), aucun respect des « gestes barrières » n’était possible, ce qui signifiait une mise en danger des personnes et de leurs contacts. Le 24 mars, sur décision de la Préfecture d’Île-de-France, environ 730 personnes ont été mises à l’abri, principalement dans des gymnases, et pour une part dans des hôtels. Durant l’évacuation, aucune précaution sanitaire n’a pu être instaurée, laissant les 700 personnes collées les unes aux autres pour monter dans les bus, non désinfectés, etc.

      Si cette mise à l’abri est un soulagement, il faut cependant noter que, parmi les dispositifs d’hébergement retenus, les gymnases créent une nouvelle forme de promiscuité et facilitent la circulation du virus entre les personnes. Par ailleurs, des inquiétudes existent sur les moyens dont disposent les gestionnaires de ces centres pour protéger les personnes et pour les équipes associatives d’accompagnement. Il paraît important de faire des tests systématiques de dépistage du Covid-19 dans ces lieux.

      Enfin, on estime entre 50 et 100 le nombre de personnes ayant « raté » l’évacuation et restant à la rue sans prise en charge, étant donnée la suspension des dispositifs habituels. Elles se réunissent par petits groupes dans des micro-campements le long des canaux de l’Ourcq et Saint-Denis.
      Dans le Calaisis

      Dans la région littorale du Nord, la situation est contrastée entre les différentes communes de la région d’une part, et les villes de Calais et Grande-Synthe d’autre part.

      Ce qui se passe à Ouistreham est vu comme « l’exemple à suivre » bien qu’en l’absence d’une intervention de l’administration : la soixantaine de personnes exilées présentes dans la ville sont hébergées depuis fin mars dans un centre de vacances géré pour l’occasion par la Croix Rouge.

      D’une manière générale, dans plusieurs petites communes du littoral du Nord, où sont dispersées de nombreuses personnes exilées en petits groupes, la situation semble bien maîtrisée par un tissu associatif actif de longue date, très présent, et des hébergeurs qui offrent des logements quand c’est nécessaire. Cela concerne notamment les communes de Quernes, Saint-Hilaire Cottes, Angres, Cherbourg, Steenvoorde, où l’accueil et la mise en sécurité des personnes migrantes s’y fait localement sans intervention de l’État.

      À Calais et Grande-Synthe, en revanche, la situation est marquée par l’existence ancienne et répétée de campements dispersés dans la ville et ses alentours. Ils abritent de 800 à 1 000 personnes à Calais, et 500 à 600 à Grande-Synthe. Les conditions sanitaires sont dramatiquement insuffisantes, en particulier l’accès à l’eau, au savon, etc. Jusqu’au début du mois d’avril, il n’y a eu aucun signe des autorités, les collectifs, associations et ONG travaillant seules, et beaucoup ont dû cesser leurs activités compte tenu de leur propre confinement.

      Plusieurs cas de Covid-19 ont été diagnostiqués fin mars et début avril dans les campements de Calais, mais il a fallu attendre le 3 avril pour que la Préfecture du Pas-de-Calais annonce le démarrage d’une opération de « mise à l’abri », étalée sur deux semaines. Au 8 avril, 200 personnes avaient été effectivement sorties des campements de rue et réparties dans divers centres d’accueil. Enfin, c’est le 6 avril que la préfecture annonçait à Grande-Synthe le début de la mise à l’abri des personnes en campements.
      La situation des bidonvilles en région parisienne

      Il existe à ce jour à Paris et en région parisienne, six bidonvilles (ou « campements roms »), regroupant environ 370 personnes. Elles sont aidées dans la limite des possibilités actuelles par des voisins et des associations (Restos du cœur, Secours catholique) mais leurs conditions sanitaires dans le cadre du confinement inquiètent.

      D’autres données à jour, fin mars, sur l’ensemble des bidonvilles en France métropolitaine, réunies par la cellule de crise Covid-19 du Collectif National Droits de l’Homme Romeurope, montrent de nombreuses situations inquiétantes en campements (concernant un total d’environ 15 000 personnes) sur le plan sanitaire, d’accès à l’eau, à l’hygiène, etc. Il existe une forte mobilisation associative autour de ces campements mais la situation devient plus critique à cause du confinement des résidents et des aidants eux-mêmes, notamment pour la fourniture d’aides, alimentaire entre autres.
      Conclusion. Dangerosité de l’encampement

      Les populations exilées, circulant en Europe et en France et en situation précaire sont en grande majorité des personnes plutôt jeunes et robustes. Si elles sont, en principe, à moindre risque face au coronavirus, elles ont été considérablement fragilisées par leurs parcours migratoires. Dans tous les instants de la vie quotidienne des campements, le manque de moyens d’hygiène et de protection (eau, savon, mais aussi masques, lunettes, lingettes, etc.) représente un risque majeur pour ces exilé⋅e⋅s comme pour les aidants.

      Le confinement social et politique (l’encampement des migrants) ne représente évidemment pas une sécurité sanitaire pour les personnes, ce que les autorités publiques françaises reconnaissent implicitement lorsqu’elles « désencampent » celles et ceux qui ont été maintenus dans ces situations de mise à l’écart. Faute d’anticipation, elles le font dans l’urgence au moment où apparaissent les premiers cas de contamination.

      Ce qui est en train de se passer dans les hotspots des îles grecques donne effectivement à réfléchir. L’inquiétante propagation du virus, qui y entraîne davantage d’enfermement pour environ 40 000 exilé⋅e⋅s enfermé⋅e⋅s — une « double peine » selon certains commentateurs —, montre la dangerosité de ces dispositifs d’encampement du point de vue de l’accès aux soins et aux droits humains en général.

      Les mesures de mises à l’abri prises récemment par les autorités montrent que dès qu’il y a une volonté politique, les solutions de relogement et mise en sécurité sont rapidement possibles. L’administration française a aussi décidé de renouveler pour trois mois tous les titres de séjour qui arrivaient prochainement à expiration, ce qui revient à concéder un court accès aux droits humains, limité dans le temps et sans remise en cause du traitement habituel.

      Cependant l’attitude « urgentiste » de l’État semble avoir pour unique souci de ne pas étendre la crise sanitaire dans ou à partir des lieux de confinement habituels des migrants, mais sans remettre en cause le dispositif de leur rétention (CRA) et de leur maintien à l’écart (campements). Il en résulte un processus de désencampement partiel et inachevé, beaucoup de personnes restant livrées à elles-mêmes ou maintenues dans des conditions sanitaires et d’accès aux droits inquiétantes.
      Pour aller plus loin

      Communiqué de l’Observatoire de l’enfermement des étrangers (OEE), « Face à la crise sanitaire, l’enfermement administratif des personnes étrangères doit immédiatement cesser », blog de l’OEE, 18 mars 2020.
      Julien Mucchielli, « Les centres de rétention se vident, l’administration persiste », Dalloz actualités, 25 mars 2020.
      Communiqué de presse conjoint du HCDH, de l’OIM, du HCR et de l’OMS, « Les droits et la santé des réfugiés, des migrants et des apatrides doivent être protégés dans le cadre des efforts de lutte contre la Covid-19 », 31 mars 2020.
      Note d’information de la Cimade, « Rétention : comment la Cimade agit-elle en période de confinement ? », 6 avril 2020.
      Babels, De Lesbos à Calais : comment l’Europe fabrique des camps (sous la direction de Yasmine Bouagga), éditions Passager clandestin (Bibliothèque des frontières), 2017.

      http://icmigrations.fr/2020/04/07/defacto-018-01
      #désencampement #Paris #Calais #CRA

    • Fermeture des CRA : en temps de confinement, plus que jamais une exigence impérieuse !

      Dès le 18 mars 2020, l’Observatoire de l’enfermement des étrangers (OEE) [1] appelait le gouvernement à faire immédiatement cesser l’enfermement des personnes étrangères retenues dans les centres et locaux de rétention administrative, dans les zones d’attente et au poste de police de Menton pont Saint-Louis. Il soulignait déjà que leur libération s’imposait dans le contexte de lutte contre la pandémie du Covid 19 : d’une part, parce que la fermeture des frontières et la mise à l’arrêt du trafic aérien privent la rétention de sa justification – expulser les étranger.es –, d’autre part parce que ces lieux de privation de liberté sont propices à la propagation rapide du virus [2].

      Dans de nombreux cas, les juges chargé·es de vérifier les conditions d’enfermement des personnes retenues ont précisément refusé, pour ces deux raisons, de les maintenir en rétention [3].

      Le gouvernement est resté sourd à ces alertes : de nombreuses personnes ont continué d’être retenues ou placées dans des CRA, le plus souvent après avoir été transférées depuis un établissement pénitentiaire où elles avaient définitivement purgé leur peine. C’est pourquoi plusieurs organisations membres de l’OEE, accompagnées du Conseil national des barreaux (CNB), ont saisi le Conseil d’État d’une requête en référé liberté afin de voir ordonner la fermeture des centres de rétention administrative (CRA).

      Dans son ordonnance du 27 mars, le Conseil d’État a rejeté cette requête. Accordant un crédit inconditionnel aux affirmations du ministre de l’intérieur, il a considéré :
      – qu’il n’y avait "pas de carences dans l’accès aux soins des personnes retenues"
      – que des instructions avaient été diffusées pour "l’observation des mesures d’hygiène et une répartition spatiale de l’occupation à l’intérieur des centres" [4].

      Les informations et témoignages recueillis depuis lors sur la situation dans les CRA montrent que le Conseil d’État a entériné le principe d’une « protection au rabais pour les étranger.es » [5]. Les retenu·es aux CRA de Oissel et du Mesnil Amelot, les représentant·es des associations intervenant au CRA de Vincennes ou de soutien aux personnes qui y sont retenues, les député·es et élu·es qui ont visité les CRA de Cornebarrieu et du Mesnil-Amelot, [6] tous et toutes apportent un démenti formel aux assurances du ministre et établissent clairement :
      – que les retenu·es sont maintenu·es dans une promiscuité et dans des conditions d’hygiène déplorables, incompatibles avec les recommandations de distanciation sociale et de protection individuelle ;
      – que les mesures sanitaires de prévention contre la diffusion du Covid-19 ne sont pas et ne peuvent pas être mises en place compte tenu de la configuration des lieux et des modalités de fonctionnement des centres ;
      – que ni les retenu·es, ni les personnels de service, ni les effectifs de police ne sont doté·es de masques et de produits désinfectants ;
      – que la mise en danger de contamination de l’ensemble des personnes présentes est permanente ;
      – que plusieurs cas de contamination au Covid 19 ont au demeurant été confirmés, notamment de trois personnes retenues au CRA de Vincennes, dont une depuis le 7 mars.

      Dans son ordonnance du 27 mars, le Conseil d’État a également justifié l’inconcevable refus du gouvernement de fermer les centres de rétention au motif que l’administration avait pu procéder, dans la période récente, à des expulsions "en dépit des restrictions mises par de nombreux Etats à l’entrée sur leur territoire et de la très forte diminution des transports aériens". Depuis lors et selon nos informations, aucune expulsion n’a été réalisée - à l’exception d’une expulsion vers le Brésil … depuis la Guyane - faute de vols disponibles ou d’accord des pays de renvoi. Que les personnes encore retenues dans les CRA soient, ou non, d’ancien·nes détenu·es n’y changera rien : leur expulsion reste impossible et leur rétention privée de base légale.

      Les lettres ouvertes, les pétitions, les interpellations directes des préfets se multiplient. Les personnes retenues, excédées et désespérées, s’organisent pour lutter collectivement contre cette aberration. Il faut se rendre à l’évidence : l’obstination du gouvernement défie tous les principes aussi bien que le bon sens. Ni les centres et locaux de rétention ni les zones d’attente, ne sont des centres de confinement. En y maintenant coûte que coûte et côte à côte, dans des conditions matérielles honteuses, des étranger·es qu’il ne pourra pas expulser, le personnel assurant les services de livraison et d’entretien des locaux et des effectifs de police qui vont et viennent quotidiennement - tou·tes et tous privé·es des dispositifs de protection qu’il recommande ailleurs - il brave les principes de précaution sanitaire élémentaires et expose toutes ces personnes à des risques de contamination majeurs.

      C’est ce qu’a déjà admis, le 15 avril, le juge des référés du tribunal administratif de Paris en estimant que « le préfet de police (…) entretient le foyer de contamination qui a été récemment identifié au sein de ce centre, et méconnaît de ce fait les impératifs de santé publique qui s’imposent à lui en vertu de l’état de catastrophe sanitaire mettant en péril la santé de la population ».

      L’état d’urgence sanitaire doit agir comme un révélateur : les CRA et autres lieux où sont parqués les étranger·es, sont incompatibles avec le respect des droits. Sans plus attendre, leur fermeture s’impose. Mais au-delà de la période de crise que nous traversons, qui en démontre de façon criante le caractère discriminatoire et mortifère, il faut en finir avec l’enfermement administratif des étranger·es.
      Paris, le 16 avril 2020

      ANNEXES
      (1) TÉMOIGNAGES

      Témoignages de retenus aux CRA de Oissel (29 mars)
      – « Ici tout est fermé, tout. Y’a rien qui est aéré ya pas de vent qui sort dehors pour pouvoir aérer la cellule. Ça veut dire on est tous comme si on était dans un sac-poubelle fermé quoi ! Enfermés avec le virus qui se multiplie. On utilise tous le même téléphone [cabines téléphoniques du centre], ça veut dire que quand y’a un mec qui décroche, qui parle, et qu’il y a un autre mec qui prend le téléphone après, et ben y’a tous les microbes laissées par le premier mec. Et ainsi de suite, et ainsi de suite, le virus, il se propage. Même pas de désinfectant pour nettoyer les cabines ».
      – « Il n’y a pas de médecin. Il y a une infirmière, quand t’as mal, quand on a des symptômes tout ça, elle donne des doliprane c’est tout, elle peut rien faire d’autre. Même elle, elle te dit : « Mais moi je suis en bas de l’échelle. Et moi aussi je peux vous contaminer parce que je vais chez moi, je vais voir mes enfants, je vais dehors et après je suis parmi vous tous les jours. »

      Témoignages de retenus au CRA du Mesnil-Amelot, 30 mars
      « On a peur de la contamination du coronavirus. Il y a encore de nouvelles arrivées. Ici il n’y a pas d’hygiène, donc c’est plus risqué que dans d’autres endroits. Y a pas de vol, y a rien ici. Pourquoi on est là encore ? »

      Visite du député européen Manuel Bompard au CRA de Cornebarrieu, 2 avril
      « (...) l’organisation physique des bureaux ne permet absolument pas aux agents, pourtant nombreux, de respecter les distances sociales nécessaires. J’ai ensuite constaté qu’aucun des membres du personnel nous accueillant ne portait de masque. Ce ne sera finalement le cas d’aucune des personnes que j’ai croisées au cours de la visite. Aux dires des gardiens, seul le personnel médical du centre, que je n’ai pas pu rencontrer, dispose d’un tel équipement qui lui a été fourni par le centre hospitalier de Toulouse. Il m’a été indiqué que les sous-traitants travaillant sur les lieux ne disposaient pas non plus de protocoles sanitaires particuliers. Les salariés de l’entreprise en charge de la préparation et de la livraison des repas ne disposent par exemple pas de masques. Seule la personne servant les repas en dispose d’un … qu’elle s’est procuré elle-même (…) Bref, j’ai pu constater sur place que les conditions sanitaires n’étaient pas acceptables. Elles constituent bien sûr une mise en danger des retenus, mais aussi des personnes travaillant sur les lieux. »

      Témoignage de retenu au CRA du Mesnil-Amelot, 6 avril
      Y a des gros problèmes sanitaires : c’est sale. Y a des gens qui toussent donc c’est bizarre comme ambiance ici. On vit tous dans le même pays mais pas dans la même situation. On confine les gens dehors. Ici, le coronavirus le virus n’existe pas : vous mangez dans la salle à manger où vous êtes plus de 25. Les policiers sont en face de vous et ne sont pas masqués. Ils viennent de l’extérieur eux. Tous les jours il y a des gens qui arrivent.

      Selon l’Assfam, à propos de la situation au CRA de Vincennes, 9 avril
      « Une personne retenue vient d’être testée positive au Covid-19 dans les CRA de Paris-Vincennes, où 54 personnes sont encore enfermées (…) La santé et la vie des personnes retenues sont mises en danger dans ces centres, où les mesures sanitaires de prévention et protection contre le Covid-19 ne sont pas, et ne peuvent pas, être mises en place ».
      (Infomigrants, 10 avril)

      Plainte déposée par l’association Sôs Soutien Ô sans-papiers à propos de la situation dans le CRA de Vincennes, 10 avril
      « Les conditions sanitaires dans ce centre sont déplorables. Il n’y a pas de gel hydroalcoolique et quelques masques sont arrivés il y a trois jours seulement. Le confinement et la distance entre les retenus sont impossibles à respecter du fait de la configuration des lieux.
      Au vu de la chronologie, il est plus que probable que la majorité des personnes infectées l’ont été pendant leur séjour au centre de rétention. Il est d’ailleurs surprenant qu’aucun retenu n’ait été hospitalisé malgré la présence de plusieurs facteurs de comorbidité tels que des affections respiratoires chroniques. Les retenus ne disposent pas d’un réel accès aux soins et n’ont pas la possibilité de recourir aux services d’un interprète ».

      Visite de deux élus, Pascal Troadec et Éric Coquerel, au CRA du Mesnil-Amelot, 12 avril
      Les élus ont également eu confirmation que les consignes minimales de sécurité ne peuvent être observées. Personne ne porte de gants ni de masques, ni les retenus ni les policiers. L’adjoint avait emporté avec lui soixante masques, il raconte que les fonctionnaires étaient aussi contents que les retenus de les récupérer. « Par ailleurs, nous avons pu vérifier que, dans plusieurs cellules, les hommes sont à deux, voire à trois. Dans la salle de télévision, impossible d’observer les distances et je ne vous parle pas du risque de transmission dans les toilettes avec leur état. »
      (Mediapart, 13 avril)
      (2) DÉCLARATIONS, APPELS ET PÉTITIONS POUR LA FERMETURE DES LIEUX D’ENFERMEMENT ADMINISTRATIF DES PERSONNES ÉTRANGÈRES

      Commissaire aux droits de l’Homme Conseil de l’Europe
      La Commissaire appelle à libérer les migrants en détention administrative pendant la crise du Covid-19
      https://www.coe.int/fr/web/commissioner/-/commissioner-calls-for-release-of-immigration-detainees-while-covid-19-crisis-c

      Tribune : Coronavirus : « Sauvegardons les droits fondamentaux pendant la crise sanitaire »
      Par Jacques Toubon, Défenseur des droits, Adeline Hazan, Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Burguburu, Président de de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme.
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/20/coronavirus-sauvegardons-les-droits-fondamentaux-pendant-la-crise-sanitaire_

      Défenseur des droits
      Covid-19 - Face aux risques de contamination, le Défenseur des droits demande la fermeture des centres de rétention administrative
      https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/actualites/2020/03/covid-19-face-aux-risques-de-contamination-le-defenseur-des-droit),

      Contrôle général des lieux de privation des libertés
      Situation sanitaire des prisons et centres de rétention administrative : le CGLPL demande la prise de mesures pour la protection des personnes privées de liberté
      https://www.cglpl.fr/2020/situation-sanitaire-des-prisons-et-centres-de-retention-administrative-le-cglp

      États généraux des migrations de Rouen
      Pétition pour la fermeture du Centre de Oissel et de tous les CRA
      https://www.change.org/p/préfecture-de-la-seine-maritime-fermeture-des-centres-de-rétention-administr

      Cercle des Voisins du Centre de Rétention de Cornebarrieu
      Fermez les Centres de Rétention !
      https://www.change.org/p/emmanuel-macron-fermez-les-centres-de-rétention-557ca213-75a5-4c64-9710-bbbf

      Le Paria
      Urgent : Fermez les centres de rétention administratives !
      https://fermez-les-cra.wesign.it/fr

      Appel de mail bombing par A bas les CRA
      Les prisonniers des CRA crient Liberté, faisons de même !
      https://abaslescra.noblogs.org/les-prisonniers-des-cra-crient-liberte-faisons-de-meme

      Communiqué des retenus du CRA du Mesnil-Amelot, 12 avril
      https://leparia.fr/urgent-appel-de-sos-emeutes-et-repression-au-centre-de-retention-du-mesnil-a
      (3) QUESTIONS ÉCRITES AU GOUVERNEMENT DES PARLEMENTAIRES EN FAVEUR DE LA FERMETURE DES CRA

      Question écrite n° 28344 de M. Michel Larive
      Date de dépôt : 14/04/2020
      étrangers - Rétention des étrangers dans les centres de rétention administrative (CRA)

      Question écrite n° 28343 de Mme Elsa Faucillon (GDR) sur le CRA de Vincennes
      Date de dépôt : 14/04/2020
      étrangers - Fermeture des centres de rétention

      Question écrite n° 28109 de M. Ugo Bernalicis (LFI)
      Date de dépôt : 07/04/2020
      lieux de privation de liberté - Situation des centres de rétention administrative face à l’épidémie de covid-19

      Question écrite n° 27839 de M. Adrien Quatennens (LFI)
      Date de dépôt : 31/03/2020
      lieux de privation de liberté - Risques sanitaires pour les personnes retenues au sein des CRA

      Question écrite n° 27712 de Mme Muriel Ressiguier (LFI)
      Date de dépôt : 24/03/2020
      santé - Covid-19 : faire face à l’urgence !

      Situation des personnes migrantes retenues dans les centres de rétention administrative du territoire français
      Question n° 15149 posée par Mme Esther Benbassa (CRCE)
      En attente de réponse du Ministère de l’intérieur

      Fermeture des centres de rétention administrative et épidémie de Covid-19
      Question n° 15230 posée par Mme Laurence Cohen (CRCE)
      En attente de réponse du Ministère de l’intérieur
      (4) INTERPELLATIONS DU MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

      lors de son audition le jeudi 9 avril dernier
      par la mission d’information Covid-19 de l’Assemblée nationale

      M. Bertrand Pancher (député Libertés et de Territoires de la Meuse) : Par ailleurs, pourquoi continuez-vous, en cette période de crise, à vous acharner sur les migrants ? Quelle logique guide votre action ? Les CRA continuent de fonctionner alors qu’il est impossible de renvoyer quiconque à l’étranger ; ils contribuent donc à propager la maladie. Au CRA de Vincennes, une personne a été testée positive au coronavirus, tandis qu’on a remis en liberté son voisin de chambre, hospitalisé quelques semaines auparavant. Une telle inconséquence est dramatique. De même, le Gouvernement n’a pas suspendu l’obligation de pointer dans les préfectures pour les personnes assignées à résidence. Il n’a pas non plus prolongé les visas de court séjour des personnes dont la santé réclame des soins urgents. Je ne saurais, enfin, ne pas évoquer la situation catastrophique de Mayotte, où l’eau se vend au marché noir.

      M. Pierre Dharéville, député GDR des Bouches-du-Rhône : S’agissant des étrangers, lorsque des procédures judiciaires ne sont pas envisagées et en l’absence de perspectives d’éloignement du territoire, il paraît incompréhensible de poursuivre les mesures de placement et de maintien en rétention.

      [1] Organisations membres de l’OEE : ANAFE, Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), COMEDE, Droits d’urgence, FASTI, Genepi, GISTI, La Cimade, Ligue des droits de l’homme, MRAP, Observatoire citoyen du CRA de Palaiseau, Syndicat de la magistrature (SM), Syndicat des avocats de France (SAF)

      [2] OEE, Face à la crise sanitaire, l’enfermement administratif des personnes étrangères doit immédiatement cesser, 18 mars 2020

      [3] Cour d’appel de Rouen, 31 mars 2020 : « la privation de liberté ne peut perdurer sans perspective minimum d’éloignement. Au surplus, M. X se trouve en France où le virus est actif et la pandémie n’a pas atteint son pic ; il est placé en rétention depuis le 23 mars 2020 après avoir été détenu depuis le 27 février 2020 en maison d’arrêt où les mesures contre la contamination ne sont pas optimales ».

      [4] Conseil d’État, ordonnance du 27 mars 2020, Gisti et autres, N° 439720.

      [5] ADDE, CIMADE, GISTI, SAF et CNB, Le Conseil d’État refuse la fermeture des centres de rétention : une protection au rabais pour les étrangers, 30 mars 2020

      [6] Voir le détail de leurs témoignages et déclarations en annexe

      https://www.gisti.org/spip.php?article6370

    • COVID–19 : Le #Défenseur_des_droits recommande à nouveau la fermeture immédiate de tous les centres de rétention administrative en activité

      Dès le 18 mars, le Défenseur des droits faisait part au ministre de l’Intérieur de son inquiétude au sujet de la situation des personnes étrangères actuellement retenues dans les centres de rétention administrative (#CRA). Il l’interrogeait sur la pertinence et la légalité du maintien en activité de ces centres alors que les perspectives d’éloignement de ces personnes avaient disparu à court terme du fait de la fermeture des frontières.

      Le Défenseur des droits relevait que les étrangers retenus et les personnels intervenant en centres de rétention se trouvaient, du fait de la promiscuité inhérente aux lieux et de l’impossibilité d’y mettre pleinement en œuvre les gestes barrières préconisés, exposés à un risque sanitaire particulièrement élevé. Il demandait au ministre de l’Intérieur de procéder à la fermeture immédiate de tous les CRA ainsi qu’à la libération des étrangers encore retenus, dans l’attente de l’amélioration du contexte sanitaire français.

      Le 21 mars, le Défenseur des droits réitérait cet appel à la fermeture provisoire des lieux de privation de liberté conjointement avec la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, et le président de la CNCDH, Jean-Marie Burguburu.

      Le 25 mars, le Défenseur des droits défendait cette même position devant le juge des référés du Conseil d’Etat dans le cadre d’un contentieux introduit par plusieurs associations (Décision n° 2020-82 du 25 mars 2020).

      Par ordonnance du 27 mars, le Conseil d’Etat considérait que la situation ne portait pas une atteinte suffisamment grave aux droits à la vie et à la santé pour justifier la fermeture temporaire de l’ensemble des CRA, notamment parce que le nombre des nouveaux placements en rétention devait devenir marginal à l’avenir et que la carence dans l’accès aux soins des étrangers retenus ou dans la mise à disposition de produits d’hygiène n’était pas avérée.

      Depuis cette date, d’une part, les placements se sont poursuivis dans des proportions non marginales, ce qui n’est d’ailleurs pas contesté par le ministre de l’Intérieur dans son courrier au Défenseur des droits en date du 9 avril, d’autre part, la situation sanitaire n’a cessé de se dégrader et plusieurs étrangers et personnels du CRA de Vincennes ont été testés positifs au COVID-19, si bien que le tribunal administratif de Paris, par décision du 15 avril 2020, a reconnu la carence des autorités et leur a enjoint de ne plus placer d’étrangers, pour une durée de 14 jours, dans le centre de Vincennes.

      Cette carence atteste que les mesures de protection fixées par le ministre de l’Intérieur et mises en œuvres dans les CRA sont insuffisantes pour éviter la propagation du virus. Or, ces mesures étant sensiblement les mêmes d’un CRA à l’autre, le choix des autorités de reporter les placements en rétention vers le centre du Mesnil-Amelot apparait comme une option dangereuse pour la santé des personnes retenues comme des personnels qui y travaillent.

      Les constats opérés par la CGLPL lors de ses visites du 15 et 17 avril aux CRA de Vincennes et du Mesnil-Amelot confortent les informations portées à la connaissance du Défenseur des droits ainsi que son analyse.

      Dans la mesure où Il existe aujourd’hui, dans l’ensemble des CRA français, un risque indéniable de contamination, tant pour les retenus que pour les personnels, portant au droit à la vie et à la protection de la santé une atteinte disproportionnée et alors même qu’il n’existe pratiquement aucune perspective d’éloignement à bref délai, le Défenseur des droits, par une nouvelle décision n°2020-96 du 18 avril 2020 :

      Réitère ses recommandations tendant à la fermeture de tous les CRA encore en activité et à la libération de tous les étrangers actuellement retenus dans l’attente de l’amélioration du contexte sanitaire français. Cette fermeture devrait intervenir immédiatement s’agissant du CRA du Mesnil-Amelot, la situation dans ce centre étant tout à fait préoccupante.

      Demande, à défaut :

      L’arrêt immédiat de tous les placements en rétention administrative dans tous les CRA
      Le renforcement des mesures prises pour protéger les étrangers encore retenus ainsi que l’ensemble des personnels mobilisés pour assurer la surveillance et le suivi médical de ces personnes ainsi que l’entretien des locaux :
      Distribution à tous et en quantité suffisante de masques, gels hydro-alcooliques, et tenues de protection adéquates ;
      Tests de toutes les personnes susceptibles d’avoir été exposées au virus ;
      Isolement systématique de toutes les personnes symptomatiques dans des conditions dignes et de nature à garantir un plein accès aux soins ;
      Libération et, le cas échéant, prise en charge médicale des personnes testées positives au COVID-19.

      https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/communique-de-presse/2020/04/covid-19-le-defenseur-des-droits-recommande-a-nouveau-la-fermetur

  • « Le confinement se décline différemment selon sa place dans la société » - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/25/le-confinement-se-decline-differemment-selon-sa-place-dans-la-societe_178

    Pour le sociologue Antonio Casilli, la crise du coronavirus est révélatrice des inégalités entre ceux qui peuvent télétravailler et les employés en fin de chaîne, caissiers, livreurs ou transporteurs, dont les métiers sur le terrain s’avèrent indispensables. Malgré les promesses du tout-numérique. Le confinement lié au coronavirus met au jour les limites de la société du tout-numérique : les visioconférences ne remplacent pas les amis, le télétravail devient pesant sans aucun contact réel, les ordinateurs (...)

    #algorithme #discrimination #GigEconomy #santé #travail

    ##santé

  • Une colère qui résonne.
    #onnoublierapas
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/24/j-ai-la-rage_1782912

    Je suis en colère et j’ai la rage, quand ils défilent dans les médias, montrent leur trogne à la télévision, font entendre leur voix parfaitement maîtrisée à la radio, livrent leur discours dans les journaux. Toujours pour nous parler d’une situation dont ils sont un facteur aggravant, toujours pour pérorer sur la citoyenneté, sur le risque de récession, sur les responsabilités des habitants, des adversaires politiques, des étrangers… Jamais pour nous présenter leurs excuses, implorer notre pardon, alors même qu’ils sont en partie responsables de ce que nous vivons.

    Je suis en colère et j’ai la rage, car en tant que psychologue dans l’hôpital le plus touché, celui de Mulhouse, je vois toute la journée des dizaines de personnes arriver en urgence dans nos locaux, et je sais que pour une bonne partie d’entre elles, elles n’en ressortiront pas vivantes, souriantes, insouciantes, comme ce pouvait être le cas il y a encore deux semaines.

    Je suis en colère et j’ai la rage, car je sais que ces personnes, ces êtres vivants, ces frères et sœurs, pères et mères, fils et filles, grands-pères et grands-mères, mourront seules dans un service dépassé, malgré les courageux efforts des soignants ; seules, sans le regard ou la main de ceux et celles qui les aiment, et qu’ils aiment.

    Je suis en colère et j’ai la rage, devant cette situation folle qui veut que nous laissions nos aînés, nos anciens, ceux et celles qui ont permis que notre présent ne soit pas un enfer, ceux et celles qui détiennent un savoir et une sagesse que nul autre n’a ; que nous les laissions donc mourir par grappes dans des maisons qui n’ont de retraite que le nom, faute de pouvoir sauver tout le monde, disent-ils.

    Le deuil impossible des familles

    Je suis en colère et j’ai la rage, en pensant à toutes ces familles qui vivront avec la terrible douleur d’un deuil impossible, d’un adieu impossible, d’une justice impossible. Ces familles auxquelles on ne donne pas accès à leur proche, ces familles qui appellent sans cesse les services pour avoir des nouvelles, et auxquelles aucun soignant ne peut répondre, trop occupé à tenter une intervention de la dernière chance. Ces familles qui sont ou pourraient être la nôtre…

    Je suis en colère et j’ai la rage, quand je vois mes collègues soignants se battre, tous les jours, toutes les minutes, pour tenter d’apporter de l’aide à toutes les personnes qui se retrouvent en détresse respiratoire, y perdre une énergie folle, mais y retourner, tous les jours, toutes les minutes. Je suis en colère et j’ai la rage, devant les conditions de travail de mes collègues brancardiers, ASH, secrétaires, aides-soignants, infirmiers, médecins, psychologues, assistants sociaux, kinés, ergothérapeutes, cadres, psychomotriciens, éducateurs, logisticiens, professionnels de la sécurité… car nous manquons de tout, et pourtant, il faut aller au charbon.

    Je suis en colère et j’ai la rage, car, lorsque je me rends à mon travail, et lorsque j’en pars, je croise en quelques minutes trois ou quatre véhicules d’urgence, transportant une personne pleine de l’espoir d’être sauvée… Comment ne pas avoir confiance dans nos hôpitaux ? Ils sont à la pointe, ils sont parfaitement en état de fonctionner, de protéger, de guérir… et pourtant, combien de ces ambulances mènent leur passager vers leur dernier lieu ? Combien de ces patients refranchiront la porte sains et saufs ?

    Je suis en colère et j’ai la rage, car cela fait des années que nous crions notre inquiétude, notre incompréhension, notre dégoût, notre mécontentement, devant les politiques de santé menées par les différents gouvernements, qui ont pensé que l’hôpital était une entreprise comme une autre, que la santé pouvait être un bien spéculatif, que l’économie devait l’emporter sur le soin, que nos vies avaient une valeur marchande.

    Je suis en colère et j’ai la rage quand je constate que nos services d’urgences demandent de l’aide depuis si longtemps, quand je pense que les personnes qui arrivent avec le Samu posent leur regard (souvent le dernier sur l’extérieur) sur ces banderoles disant « URGENCES EN GRÈVE », qu’elles se trouvent face à des médecins traitants à la retraite du fait du départ des urgentistes, ces spécialistes de l’urgence qui seraient tant nécessaires en ces jours sombres…

    De l’exploitation des étudiants infirmiers

    Je suis en colère et j’ai la rage devant la manière dont on exploite nos étudiants en soins infirmiers ou aides-soignants, qui se retrouvent à faire des travaux d’une dureté que je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi, qui, a à peine 20 ans, doivent mettre les corps de nos morts dans des sacs mortuaires, sans préparation, sans soutien, sans qu’ils et elles aient pu se dire volontaires. Pourquoi demander ? Cela fait partie de leur formation, voyons ! Et ils devraient s’estimer heureux, ils reçoivent une gratification de quelques centaines d’euros, vu qu’ils interviennent en tant que stagiaires.

    Je suis en colère et j’ai la rage, car la situation actuelle est le fruit de ces politiques, de ces fermetures de lits comme ils aiment le dire, oubliant que sur ces lits, il y avait des humains qui en avaient besoin, de ces putains de lits ! De ces suppressions de postes, parce qu’un infirmier, c’est cher, ça prend de la place sur le budget prévisionnel ; de ces externalisations de tous les métiers du soin, puisqu’un ASH en moins dans les chiffres du nombre de fonctionnaires, c’est toujours un fonctionnaire en moins dont ils peuvent s’enorgueillir.

    Je suis en colère et j’ai la rage, car celles et ceux qui sont au boulot tous les jours, malgré la peur ancrée au ventre, peur d’être infecté, peur de transmettre le virus aux proches, peur de le refiler aux autres patients, peur de voir un collègue sur le lit de la chambre 10 ; celles-ci et ceux-là se sont fait cracher dessus pendant des années dans les discours politiques, se sont retrouvés privés de leur dignité lorsqu’on leur demandait d’enchaîner à deux professionnels tous les soins d’un service en quelques minutes, bousculés dans leur éthique et leur déontologie professionnelle par les demandes contradictoires et folles de l’administration. Et aujourd’hui, ce sont ces personnes qui prennent leur voiture, leur vélo, leurs pieds, tous les jours pour travailler malgré le risque continu d’être frappées par le virus, alors que ceux qui les ont malmenés sont tranquillement installés chez eux ou dans leur appartement de fonction.

    Je suis en colère et j’ai la rage, parce qu’aujourd’hui, mon hôpital fait face à une crise sans précédent, tandis que celles et ceux qui l’ont vidé de ses forces sont loin. Parce que mon hôpital a été pris pour un putain de tremplin pour des directeurs aussi éphémères qu’incompétents qui ne visaient que la direction d’un CHU et qui sont passés par Mulhouse histoire de prouver qu’ils savaient mener une politique d’austérité bête et méchante… Parce que mon hôpital a été la cible d’injonctions insensées au nom d’une obscure certification, pour laquelle il semblait bien plus important de montrer une traçabilité sans faille plutôt qu’une qualité de soin humain.

    Parce qu’en gros, mon hôpital ne fut rien de plus qu’un cobaye pour des administrateurs dont seule l’autovalorisation égoïste avait de l’importance. Parce qu’au-delà de mon hôpital, ce sont les personnes qui y sont accueillies qui ont été considérées comme des valeurs négligeables, des chiffres parmi d’autres, des variables sur la ligne recettes/dépenses. Parce que dans l’esprit bêtement comptable de la direction générale de l’organisation des soins, patients et soignants sont tous dans le même panier d’un lean management des plus écœurants…

    Les premiers de cordée et leur respirateur

    Je suis en colère et j’ai la rage, quand je me souviens des premiers de cordée censés tenir notre pays, censés être le fer de lance de notre pays, censés nous amener, nous, petites gens, vers des sommets ; et que ce sont ces petites gens, ces caissières de supermarché, ces éboueurs dans nos rues, ces ASH dans nos hôpitaux, ces agriculteurs dans les champs, ces manutentionnaires amazone, ces routiers dans leurs camions, ces secrétaires à l’accueil des institutions, et bien d’autres, qui permettent aux habitants de continuer de vivre, de se nourrir, de s’informer, d’éviter d’autres épidémies… Pendant que les premiers de cordée lorgnent leur respirateur artificiel personnel, le prospectus de la clinique hi-tech dernier cri qui les sauvera au cas où, regardent les fluctuations de la Bourse comme d’autres comptent les cadavres dans leur service.

    Je suis en colère et j’ai la rage envers ces hommes et ces femmes politiques qui n’ont eu de cesse de détruire notre système social et de santé, qui n’ont eu de cesse de nous expliquer qu’il fallait faire un effort collectif pour atteindre le sacro-saint équilibre budgétaire (à quel prix ?) ; que « les métiers du soin, c’est du sacrifice, de la vocation »… Ces politiques qui aujourd’hui osent nous dire que ce n’est pas le temps des récriminations et des accusations, mais celui de l’union sacrée et de l’apaisement… Sérieux ? Vous croyez vraiment que nous allons oublier qui nous a mis dans cette situation ? Que nous allons oublier qui a vidé les stocks de masques, de tests, de lunettes de sécurité, de solutions hydroalcooliques, de surchaussures, de blouses, de gants, de charlottes, de respirateurs (de putain de respirateurs tellement primordiaux aujourd’hui) ? Que nous allons oublier qui nous a dit de ne pas nous inquiéter, que ce n’était qu’une grippe, que ça ne passerait jamais en France, qu’il ne servait à rien de se protéger, que même pour les professionnels, les masques, c’était too much ?

    Que nous allons oublier l’indifférence et le mépris pour ce qui se passait chez nos sœurs et nos frères chinois, chez nos sœurs et nos frères iraniens, chez nos sœurs et nos frères italiens, et ce qui se passera sous peu chez nos sœurs et nos frères du continent africain et chez nos sœurs et nos frères latino-américains ? Nous n’oublierons pas ! Tenez-le-vous pour dit…

    Je suis en colère et j’ai la rage, car je vis depuis une semaine avec cette satanée boule dans la gorge, cette envie de me prostrer, de pleurer toutes les larmes de mon corps, quand j’écoute la détresse et la souffrance de mes collègues, quand ils et elles me parlent du fait de ne pas pouvoir embrasser leurs enfants parce que personne ne peut être sûr de ne pas ramener le virus, lorsque s’expriment les moments de craquage dans la voiture avant et après la journée de travail, quand je pense aux ravages à venir, psychiquement parlant, lorsque tout ça sera derrière nous, et qu’il y aura le temps de penser…

    Je suis en colère et j’ai la rage, mais surtout un désespoir profond, une tristesse infinie…

    Je suis en colère et j’ai la rage, et je ne peux pas les laisser sortir pour le moment. Elles se tapissent au fond de mon âme, me consumant à petit feu. Mais sous peu, une fois que ce sera calme, je les laisserai jaillir, cette colère et cette rage, comme tous ceux et toutes celles qui les ont enfouies. Et croyez-moi, ce moment viendra. Elles flamberont, et nous exigerons justice, nous demanderons des comptes à tous ceux qui nous ont conduits dans ce mur terrible. Sans violence. A quoi bon ? Non, avec une humanité et une sagesse dont ils sont dépourvus. Entendez-vous cette petite musique ? Celle qui se murmure tout bas mais qui monte en puissance ? Ce refrain des Fugees : « Ready or not, here I come ! You can hide ! Gonna find you and take it slowly ! » Nous arrivons…

    • CFM :

      J’ai lancé quelques réflexions sur ce que nous vivons dans une perspective féministe, écartelées entre le pire (le sort des femmes précaires, isolées, battues) et le meilleur (la redéfinition des rôles de genre et la fin des diktats esthétiques)

    • Tribune
      Féminisme et confinement, du pire vers le meilleur ?

      Par Camille Froidevaux-Metterie , professeure de science politique et chargée de mission égalité-diversité à l’université de Reims — 24 mars 2020 à 08:22

      Qu’elles soient soignantes, caissières, auxiliaires de vie ou victimes de violences conjugales, les femmes sont en première ligne. Le confinement pour tous changera-t-il la donne ? Incitera-t-il à une prise de conscience masculine pour modifier la distribution des rôles de genre ?


      Au quatrième jour de confinement, en France. Photo Bastien Santanoceto. Hans Lucas

      Tribune. Si l’on réfléchit au confinement dans une perspective féministe, on est d’abord saisi d’un vertige à l’idée de toutes ces femmes qui vont subir la double, voire la triple peine, ces femmes isolées, sans abri et/ou victimes de violences conjugales. Vulnérables et déjà menacées, elles sont en première ligne de la pandémie. Il y a celles qui n’ont même pas de chez soi où rester et qui errent dans les villes désertées. Il y a celles qui se trouvent désormais à la merci permanente des hommes violents et qui ne peuvent plus compter sur les dispositifs d’aide dont on réduit la voilure. Il y a celles qui élèvent seules leurs enfants et qui se trouvent à devoir les occuper sans l’aide des fabuleux outils numériques dont les plus favorisés disposent.

      Et puis il y a toutes ces autres à qui on demande de continuer à travailler au risque quotidien de l’infection : les soignantes, les auxiliaires de vie, toutes les travailleuses de l’aide à la personne, mais aussi les ouvrières et, bien sûr, les caissières. Autant de métiers dévalorisés dont on semble découvrir l’importance vitale sans pour autant assurer la sécurité de celles qui les exercent. Qui portera la voix de ces femmes que l’on n’entend jamais ? Combien de temps à attendre avant que les décisions qui s’imposent soient prises, notamment par le ministère dédié ?

      Retournement de situation

      A un deuxième niveau, moins dramatique, le confinement nous invite à considérer cet immense bouleversement des rapports de genre que nous vivons à l’échelle de la société tout entière : des millions d’hommes sont appelés à rester chez eux, confinés dans cette sphère domestique à laquelle les femmes ont été assignées depuis l’aube des temps. Ce très soudain retournement de situation produira des effets. Car ce dont les hommes vont s’apercevoir très vite, c’est que le soin aux enfants, les tâches ménagères et la préparation des repas pour toute la famille, tous ces impératifs du quotidien qui sont largement assumés par les seules femmes pèsent d’un poids vraiment très lourd.

      Dans la Révolution du féminin (2015, Folio Essais 2020), je postulais une dynamique de « convergence des genres » par laquelle la féminisation de la sphère sociale rendue possible par les conquêtes féministes des années 70 allait s’accompagner d’une masculinisation de l’intime, soit un phénomène d’investissement par les hommes du domaine de la vie privée et familiale. On m’a souvent opposé les statistiques, celles qui montrent de façon têtue que le partage égalitaire des tâches domestiques n’est qu’un horizon lointain. Mais voilà qu’un triste et fâcheux concours de circonstances contraint les hommes à demeurer chez eux. Ne vont-ils pas devoir affronter enfin ce à quoi ils ont si longtemps échappé, la vie domestique ?

      Dans bien des cas, je n’en doute pas, l’ordre patriarcal des choses ne sera pas ébranlé, les femmes récupérant au mieux un conjoint velléitaire, au pire un enfant supplémentaire. Mais je veux croire aussi en la possibilité d’un changement des habitudes et des pratiques. Nous en faisons tou·te·s l’expérience, le confinement a généré un grand chambardement de nos emplois du temps synonyme d’une réflexion sur la distribution des rôles de genre et d’âge. Il va de soi que l’on ne modifiera pas d’un coup de virus fatal des siècles de hiérarchisation sexuée du monde, mais pourquoi ne pas espérer une prise de conscience masculine face aux revendications de celles qui n’accepteront pas sans rien dire la condition de servante à laquelle elles sont de nouveau réduites malgré elles ? Un peu de wishful thinking ne fait pas de mal.

      Plus de talons plus de jupes

      Et puis, troisième niveau de réflexion, il y a un domaine où les choses me paraissent pouvoir changer de façon certaine. Être confinées, pour les femmes, cela signifie aussi être débarrassées des regards qui, chaque jour et depuis toujours, se posent sur leurs corps dès lors qu’elles sortent de chez elles. Si nous prenons soin de nos apparences, c’est parce que nous savons que, dans le monde, nous serons regardées, c’est que nous avons intériorisé ces regards d’hommes, mais aussi de femmes, qui jaugent et critiquent. Tous nos efforts pour paraître au mieux s’expliquent par l’impossibilité de faire abstraction de cette scrutation.

      Eh bien la bonne nouvelle, c’est que nous en sommes débarrassées ! Dès lors, rester chez soi, c’est aussi pouvoir faire enfin de nos corps ce que nous voulons, à distance des prescriptions commerciales et patriarcales. Chacune fera comme bon lui semble. Certaines profiteront de l’occasion pour ne plus porter les talons, jupes et soutiens-gorge qui les entravent ; d’autres cesseront de se maquiller, de s’épiler ou de se tartiner de crèmes de perlimpinpin ; d’autres encore voudront maintenir leur routine quotidienne, voire l’augmenteront de ce qu’elles n’avaient pas le temps de faire, des masques capillaires, des séances de yoga, l’amour… Dans tous les cas, et c’est ce qui importe, nous voilà allégées du poids des sommations extérieures, libres de nous présenter à nous-mêmes (puisque plus aux autres) comme nous le souhaitons. Nos corps pourraient bien, pour un temps, vraiment nous appartenir.

    • Merci @gata et @odilon !

      des millions d’hommes sont appelés à rester chez eux, confinés dans cette sphère domestique à laquelle les femmes ont été assignées depuis l’aube des temps

      Dans bien des cas, je n’en doute pas, l’ordre patriarcal des choses ne sera pas ébranlé, les femmes récupérant au mieux un conjoint velléitaire, au pire un enfant supplémentaire. Mais je veux croire aussi en la possibilité d’un changement des habitudes et des pratiques. Nous en faisons tou·te·s l’expérience, le confinement a généré un grand chambardement de nos emplois du temps synonyme d’une réflexion sur la distribution des rôles de genre et d’âge. Il va de soi que l’on ne modifiera pas d’un coup de virus fatal des siècles de hiérarchisation sexuée du monde, mais pourquoi ne pas espérer une prise de conscience masculine face aux revendications de celles qui n’accepteront pas sans rien dire la condition de servante à laquelle elles sont de nouveau réduites malgré elles ? Un peu de wishful thinking ne fait pas de mal.

      Ici à la maison j’assiste à la prise de responsabilité de deux ados qui jusqu’ici avaient été cantonnées à quelques tâches domestiques enfantines. On partage à égalité entre trois adultes des deux genres et ados.

      La tribune est sympa...

  • Le confinement, une question politique - par Eric Charmes dans Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/20/le-confinement-une-question-politique_1782450

    Hors des questions sanitaires, sur lesquelles je n’ai guère de compétences, un tel confinement a des coûts très élevés. Des coûts économiques d’abord. Les milliards qui pleuvent ces derniers jours en donnent une idée. Des coûts sociaux et humains ensuite. Beaucoup de personnes, de ménages ne tiendront pas longtemps. Tout le monde en effet n’a pas les moyens d’être confiné dans sa résidence secondaire en bord de mer. Les prisons commencent déjà à bouillir. Des personnes seules s’angoissent. Des couples mal assortis suffoquent. Les personnes âgées sont isolées de leurs proches. Dans les logements suroccupés des familles pauvres, des tensions montent. Dans les quartiers populaires, ceux qui vivent de l’économie informelle savent que le gouvernement ne compensera pas leurs pertes (1). Et ceux qui sortent tous les jours pour travailler se posent aussi des questions. Ils s’interrogent sur leur droit de retrait, car ils ont peur d’être malades et ils ont raison, vu le peu de moyens de se protéger et de protéger les autres qu’on leur donne. Pourrons-nous tenir, devons-nous nous demander ? La Chine a eu les moyens d’imposer un confinement extrêmement dur. Nos démocraties libérales le pourront-elles sans se renier ?

    Ces questions ne visent pas à désespérer. Elles doivent être posées, car d’autres options existent. D’abord, trouver un traitement ou un vaccin, mais rien n’est garanti et ce n’est de toute façon pas pour tout de suite, disent les experts. En attendant, l’option consistant à laisser le virus se diffuser en espérant obtenir une hypothétique immunité collective était il y a peu privilégié par de nombreux pays (dont semble-t-il la France, même si le gouvernement ne semble pas avoir eu le courage de ses convictions, contrairement à Boris Johnson). Cette option a l’avantage de ne guère affecter l’activité économique, d’autant que la maladie touche avant tout des personnes âgées et des personnes déjà malades, qui, d’un point de vue strictement économique, sont des charges pour la société. Cette considération a probablement pesé, au moins inconsciemment, lorsque les pays occidentaux ont décidé de laisser le virus venir, plutôt que de tenter de le stopper. Mais les populations ont fort heureusement d’autres considérations. Elles sont attachées à leurs aînés et ne semblent pas prêtes à consentir à ce qu’ils disparaissent en masse. En outre, la maladie ne fait pas que des morts, beaucoup de ceux qui sont atteints subissent une rude épreuve avant de guérir. L’un des premiers malades en Italie, un homme de 38 ans très sportif, a passé dix-huit jours en soins intensifs. La perspective est assez dissuasive.

    Une autre option, inspirée des expériences singapouriennes et coréennes notamment, suscite aujourd’hui un intérêt croissant. Le cas de la Corée du Sud est sans doute le plus intéressant, car ce pays revendique la compatibilité de son approche avec la démocratie. Dès le départ en effet, le gouvernement sud-coréen a considéré qu’une démocratie ne pouvait pas suivre la voie choisie par la Chine. La Corée a certes fermé ses écoles, interdit les rassemblements, confiné des « foyers » épidémiques, mais dans ce pays de 52 millions d’habitants, les gens continuent à vivre comme la France avant le confinement qui a débuté mardi. Outre les désormais célèbres « mesures barrières » (complétées par le port du masque) et la distanciation sociale, le pays a mis en place une politique de contrôle strict de la diffusion du virus, avec notamment un suivi très intrusif des déplacements des personnes qui apparaissent contaminées. Par ailleurs, les personnes malades, mais ne nécessitant pas une hospitalisation, sont strictement confinées chez elles si leurs symptômes sont très légers ou regroupées dans des bâtiments dédiés à leur accueil. Le résultat est que le pays a très fortement aplati la courbe de diffusion du virus. Très loin devant la France en nombre de cas début mars (la Corée du Sud a été prise par surprise par la membre d’une secte très contagieuse et refusant d’être contrôlée, aujourd’hui connue sous le nom de « patiente 31 »), elle est désormais derrière.

    Ce modèle sanitaire est aujourd’hui défendu par l’Organisation mondiale de la santé, l’OMS, mais est-il transférable en France ? Difficile de le dire. Les politiques sanitaires suivent par exemple des trajectoires très différentes depuis des années, avec aujourd’hui un nombre de lits d’hôpitaux par habitant très supérieur en Corée. D’après les données de l’OCDE, la Corée du Sud a aujourd’hui 12 lits de tous types pour 1 000 habitants, deux fois plus que la France, ceci alors que les deux pays en avaient encore le même nombre en 2007. Voilà un sujet dont on reparlera quand il faudra faire le bilan de la crise. Mais la question n’est pas seulement affaire d’équipements de santé : les rapports à l’autorité et aux organisations collectives ne sont aussi pas les mêmes. En outre, face à l’épidémie, la France est partie sur une autre voie que la Corée du Sud. Est-ce que le confinement actuel peut permettre de changer de trajectoire pour rejoindre la voie coréenne ?

    Les politiques coréennes ont de toute façon aussi été appliquées à Wuhan. Il faut donc se préparer à ce qu’elles soient reproduites en France et pour cela en débattre en termes politiques. Deux débats semblent d’ores et déjà importants à lancer. Le premier est que penser de la gestion par la Corée des cas les moins graves ? Les lieux de rassemblement ne risquent-ils pas de vite ressembler à des « camps » ? Comment organiser ces lieux avec humanité ? Le second concerne le respect de la vie privée. En effet, pour rationaliser l’usage des tests (dont le nombre est limité) et mieux repérer les personnes potentiellement contaminées, la Corée utilise toutes les traces laissées par entre autres les téléphones ou les cartes de crédit pour retrouver les contacts des malades. Comment peut-on donner un tel pouvoir à un gouvernement ?

    S’il se confirme que la Corée du Sud peut être un modèle à suivre, il est urgent que notre pays se saisisse de ces questions. Pour cela, notre gouvernement devra écouter non seulement celles et ceux qui ont un savoir spécialisé mais aussi la société civile. Le conseil scientifique constitué par le gouvernement l’a souligné dans son avis du 12 mars, la crise a des dimensions politiques, sociales et économiques majeures. Ces questions ne peuvent être confisquées par les experts. Il faut donner la parole à la population, lui permettre de débattre en connaissance de cause des mesures d’une ampleur coercitive inédite auxquelles elle doit déjà se soumettre. C’est cela rester une démocratie. La convention citoyenne pour le climat ou le « grand débat » qui a suivi le mouvement des Gilets jaunes l’ont montré, la population sait se montrer pertinente quand on lui donne la parole. D’ailleurs, en Grande-Bretagne, c’est la population qui oblige Boris Johnson à réorienter progressivement sa stratégie face à la crise sanitaire. Reste à savoir l’écouter. La confiance demandée par le gouvernement est à ce prix.

    #Corée_du_Sud #Chine #coronavirus #immunité_collective #autorité #société_civile

  • Pour le boycott d’Amazon ! Pour un soutien massif au secteur du livre ! - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/23/pour-le-boycott-d-amazon-pour-un-soutien-massif-au-secteur-du-livre_17827

    N’en déplaise au ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, face à la concurrence des mastodontes du secteur, il ne faut pas rouvrir les librairies mais les soutenir à tout prix.

    Pour le boycott d’Amazon ! Pour un soutien massif au secteur du livre !

    Tribune. Au quatrième jour de confinement, deux déclarations ministérielles sont venues tour à tour révéler les incohérences de la politique sanitaire et la confusion entretenue par le gouvernement. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, s’est dite « scandalisée » que le syndicat des artisans du bâtiment ait appelé à fermer les chantiers. Or, ce qui est scandaleux, c’est justement que la ministre s’en indigne. Car c’est bien ce qu’il y a à faire : le confinement. Les démonstrations scientifiques solides et salutaires se multiplient pour démontrer son efficacité exemplaire afin d’enrayer l’épidémie. La protection de la santé vaut aussi pour les ouvriers. Au même moment, le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a déclaré réfléchir à rouvrir les librairies. Le Syndicat de la librairie française (SLF) a pourtant indiqué qu’il ne le souhaitait pas. La protection de la santé vaut aussi pour les libraires.

    Nous aimons les livres. Et nous aimons les libraires : leur accueil, leur savoir, leurs partages enthousiasmants. Elles et ils nous manquent, évidemment. La joie ne sera que plus grande de les retrouver quand l’épidémie sera vaincue. Notre solidarité envers les librairies et les maisons d’édition sera alors sans faille : elles en auront bien besoin. Peut-être cette crise grave permettra-t-elle de « changer de base » ? Peut-être sera-t-elle le révélateur décisif d’un système délétère qu’il faudra briser ? Nous l’espérons.

    A lire aussiCommerces essentiels ou pas ? Les libraires divisés

    D’ores et déjà, les débrayages, les grèves, le droit de retrait s’exercent en maints endroits. Et c’est le cas évidemment chez Amazon, cette terrible machine qui, elle, fonctionne à plein régime aux dépens de ses salarié·es, dont la santé est mise en danger. Des enquêtes serrées ont déjà largement démontré les conditions de travail effarantes qui y règnent en temps normal. Elles ont levé le voile sur une situation jugée critique tant les risques psychosociaux sont élevés. Les trois quarts du personnel souffrent de douleurs physiques et déclarent être en état de stress ; un tiers souffre d’insomnies ; un quart reconnaît qu’il lui arrive de pleurer en raison du travail. Au quotidien, la santé de celles et ceux qui travaillent dans l’entreprise d’e-commerce était déjà considérée comme abîmée par un management implacable avec traumatismes à la clé, d’humiliations en brimades et surveillance acharnée. Lors des « pics » de livraisons, comme pour les fêtes de fin d’année, l’entreprise exige de « surperformer », au mépris des règles élémentaires de sécurité. L’agression faite aux conditions de travail tel qu’il se mène aujourd’hui, en temps d’épidémie, est comme le prolongement exponentiel de ce scandale humain au nom d’une logique productiviste à tous crins.

    Amazon employees on strike gather outside the Amazon distribution center warehouse in Saran, near Orleans, France, March 18, 2020. Several hundred Amazon workers in France protested at one of its sites on Wednesday, calling on the online retailer to cease operations or make it easier for employees loath to work during the coronavirus (COVID-19) outbreak to stay away. REUTERS/Mourad Guichard NO RESALES. NO ARCHIVES

    Employés de l’entrepot Amazon de Saran en grève contre leurs conditions de travail face au coronavirus le 18 mars 2020. Photo Mourad Guichard. REUTERS

    Nous voulons dire à Bruno Le Maire : il ne faut pas rouvrir les librairies mais soutenir à toute force le secteur du livre contre cette concurrence monstrueuse qui côtoie l’indignité. Le soutenir bien au-delà des quelques promesses. Les chiffres annoncés sont bien maigres : 5 millions, vraiment ? Alors que les librairies et les maisons d’édition vont tellement souffrir de cette crise grave. Nous ne sommes pas experts en matière budgétaire mais nous connaissons quelques chiffres qui nous font réfléchir à l’ordre des priorités. De grosses entreprises, dont certaines émargent au CAC 40, engloutissent annuellement quelque 5 milliards via le CICE. Cinq millions pour le livre, nous dit-on ? Encore une fois, comparons : l’entreprise Total, dont les profits s’élèvent chaque année à 4 milliards environ et dont le PDG touche à lui seul entre 3 et 4 millions, empoche près de 30 millions grâce au fameux CICE. Nous pourrions aussi parler exonérations fiscales ou bien encore évasion du même nom, et tant d’autres milliards encore. Ou bien, pour évoquer les répartitions budgétaires aux hiérarchies confondantes, rapprocher les 5 millions aux 5 milliards que coûtera le prochain porte-avions.

    Comme lectrices et lecteurs, nous ferons tout pour aider les libraires et les maisons d’édition, par le boycott de mastodontes comme Amazon, par les précommandes, par nos retours heureux en librairie après l’épidémie. Mais cette solidarité élémentaire ne suffira pas. C’est aux pouvoirs publics de prendre des responsabilités à la hauteur de la crise et de faire des choix dignes. Toutes et tous, nous sommes en droit non pas seulement de l’espérer mais de l’exiger.

    Parmi les signataires : Michèle Audin, Étienne Balibar, Ludivine Bantigny, Esther Benbassa, Bertrand Bernard (Les éditions du Détour), Judith Bernard, Éric Beynel, Laurent Binet, Thomas Bout (Rue de l’échiquier), José Bové, Dominique Cabrera, Sophie Caillat (éditions du faubourg), Isabelle et Frédéric Cambourakis (éditions Cambourakis), Patrick Chamoiseau, Johann Chapoutot, Stéphanie Chevrier (La découverte), Vincent Charbonnier, Yves Citton, Dominique Cabrera, Déborah Cohen, Francis Combes (Le Temps des Cerises), Alexis Cukier, Clara Laspalas et Marina Simonin (La Dispute et Les Éditions Sociales), François Cusset, Pierre Dardot, Christine Delphy, Annie Ernaux, Johan Faerber, Dan Franck, Camille Froidevaux-Metterie, Bernard Friot, Anne-Marie Garat, Sylvain George, François Gèze (La découverte), Valentine Goby, Nacira Guénif, Béatrice Guillemard (Chant d’orties), Samuel Hayat, Edmond Janssen (Éditions Delga), Neil Jobard (La magicieuse), Bernard Lahire, Benoît Laureau (éditions de l’Ogre), Charles-Henry Lavielle (Anarchasis), Pierre Lemaitre, Camille Louis, Michael Löwy, Christian Mahieux (Syllepse), Juliette Mathieu (Les éditions du Détour), Gérard Mordillat, Corinne Morel Darleux, Fred Morisse (Le bas du pavé), Olivier Neveux, Gérard Noiriel, Ugo Palheta, Chloé Pathé (Anamosa), Joël Pommerat, Amalia Rama ( eXcès) , Denis Robert, Christian Salmon, Benjamin Stora, Françoise Vergès, Nicolas Vieillescazes (Amsterdam), Sophie Wahnich, Louis Weber (Les éditions du croquant).

    #Librairies #Amazon

  • Liens d’information et de réflexion sur la #crise_sanitaire actuelle et ses enjeux
    À compléter et à partager !

    Informations pratiques sur le coronavirus COVID-19 et sur les consignes sanitaires : https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus
    https://www.franceinter.fr/coronavirus-voici-des-sources-fiables-pour-vous-informer-en-evitant-les-

    Un directeur de recherche et spécialiste des coronavirus dénonce le #désengagement dans la #recherche_publique :
    https://universiteouverte.org/2020/03/04/coronavirus-la-science-ne-marche-pas-dans-lurgence
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/specialiste-coronavirus-chercheur-marseille-regrette-ma
    https://www.humanite.fr/bruno-canard-le-chercheur-qui-avait-alerte-en-2015-sur-le-risque-de-coronav

    Les #personnels_soignants face au coronavirus :
    https://www.youtube.com/watch?v=C5B6DqQ5Ye8


    https://www.youtube.com/watch?v=7ObyOFpsHBw

    https://www.youtube.com/watch?v=APjQoMta8Ic

    Les hôpitaux en détresse bien avant la crise sanitaire : https://www.franceinter.fr/politique/le-medecin-qui-a-interpelle-macron-il-fallait-qu-il-recoive-le-message-d

    #Collectif_Inter-Hôpitaux : https://www.collectif-inter-hopitaux.org/revue-de-presse
    https://www.facebook.com/lecollectifinterhopitaux

    Livre (téléchargeable) sur la destruction de l’#hôpital_public : http://www.raisonsdagir-editions.org/wp-content/uploads/Casse_siecle_pages.pdf

    Ce que cette crise sanitaire révèle de notre #système_économique : https://www.liberation.fr/debats/2020/03/13/coronavirus-briser-le-tabou-budgetaire_1781447
    https://france.attac.org/se-mobiliser/que-faire-face-au-coronavirus/article/un-monde-instable-et-imprevisible-a-l-heure-du-coronavirus
    https://www.lesinrocks.com/2020/03/18/actualite/societe/coronavirus-comment-les-reformes-liberales-ont-casse-le-service-public-h

    https://www.franceculture.fr/emissions/coronavirus-radiographies-podcast

    Reçu par mail (22.03.2020) de la part de Vanessa Pinto, via la mailing-list Facs et labos en lutte, avec ce message :

    Je me permets de partager un document collaboratif destiné à mes étudiant.e.s (notamment en licence Sciences sanitaires et sociales). Il contient quelques liens d’information et de réflexion sur la crise sanitaire et sur les #services_publics (#hôpitaux, enseignement supérieur et recherche, etc.). Les étudiant.e.s pourront y ajouter leurs propres liens, puisque je vais le leur transmettre sous forme de wiki. L’idée est de les inciter à s’informer sur la situation actuelle et sur les enjeux qu’elle révèle et à exercer leur #esprit_critique vis-à-vis des #réformes en cours. Dans la continuité de cours alternatifs qui concernaient la réforme des retraites et la LPPR, il s’agit ainsi de sensibiliser aux différents enjeux actuels les étudiant.e.s peu informé.e.s et de fournir aux autres davantage de ressources, en espérant que cette période de confinement deviendra un moment d’ouverture (et que, bien sûr, leur état sanitaire, matériel et psychologique le leur permettra).

    #coronavirus #covid-19 #ressources_pédagogiques #économie

  • De l’#évaluation au doigt mouillé du #capitalisme (Johann Chapoutot, Libération, 04.03.2020)
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/04/de-l-evaluation-au-doigt-mouille-du-capitalisme_1780586

    Les bureaux d’études ont ensuite pris leur indépendance […] dans un mouvement d’autonomisation de la raison #technocratique qui aboutit au fantasme d’un gouvernement de la société, de l’économie et de la politique par les #experts. Ce fantasme, très présent dans les régimes autoritaires et totalitaires, de Vichy - avec son école des cadres d’Uriage - au IIIe Reich, ne fut pas boudé par les démocraties d’après-guerre.
    […]
    Les agents économiques toutefois (entendez : les investisseurs) ont besoin d’#information pour agir : les « agences de notation » ont ainsi émergé, pour « évaluer » les titres, les obligations, les Etats, les entreprises… Pour donner des repères, dans un monde économique qui les détruisait en masse.
    […]
    Rendant des verdicts au doigt mouillé, ces agences se sont à peu près tout le temps trompées sur tout (souvenons-nous qu’elles recommandaient avec ferveur les subprimes à l’été 2008 !), mais elles sont le couronnement de cet édifice évaluateur qui coiffe (ou étouffe) nos vies actives : avant même de noter notre prestataire Uber (qui nous note également), nous sommes (auto-)évalués partout, et tout le temps, sous l’injonction impérieuse de millions de personnes dont c’est le métier principal. Des gens qui ne font rien de concret, donc.

  • Le coronavirus révélateur d’une démocratie grippée - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/19/le-coronavirus-revelateur-d-une-democratie-grippee_1782353

    À la question de Claire Servajean (France Inter) sur une démocratie « maltraitée », Laetitia Avia, porte-parole de La République en marche répondit pourtant : « Les faits nous montrent que cette élection a été bien gérée, que dans les bureaux de vote, le risque sanitaire a été extrêmement contenu, mais qu’en dehors de ces bureaux de vote, parce que je l’ai constaté aussi, eh bien oui, les comportements hasardeux se sont multipliés à nouveau. […] Ce comportement que nous avons eu dans les bureaux de vote doit avoir lieu également dès que nous en sortons. » D’un côté, le citoyen dans son exemplarité démocratique, effectuant son devoir dans l’enceinte « hygiénisée » de la République et participant à la jouvence électorale ; de l’autre, l’individu égotiste de la modernité tardive rompant le pacte civique du fait de sa défection devant les urnes. Réduite à son essence électorale, en une époque où la démophilie et la démopédie tertio-républicaines sont rangées au magasin des accessoires politiques, la citoyenneté aurait toujours du mal à excéder sa dimension suffragière.

    Je m’étais dit « ce xxx mec a fait une tribune qui a l’air pas mal, lisons-la quand même », mais elle est un peu nulle. cc @b_b !
    #élections

  • Le premier tour des municipales n’a pas eu lieu - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/le-premier-tour-des-municipales-n-a-pas-eu-lieu_1782174

    [le maintien] résulte d’un pacte « faustien » entre le pouvoir en place d’Emmanuel Macron et les représentant.e.s des principales associations d’élus locaux qui ont poussé en ce sens. Un pacte dont les termes sont aujourd’hui transparents : la formation d’une union sacrée et la mise en sourdine de la critique, si l’exécutif cédait à la demande des élus en place et des principaux partis politiques de maintenir les élections, et de préserver ainsi les intérêts des sortants (et du Sénat). La pression des élus, des intérêts corporatistes de leurs associations et des partis les plus municipalisés (Les Républicains au premier chef), anticipant dans ce contexte troublé une « surprime » aux sortants, a été méthodique et cynique.

    #in_retrospect

    • COVID-19 isolation could create ‘fertile ground for domestic violence’

      On the day that France’s President Emmanuel Macron announced sweeping plans to go into a 15-day period of enforced lockdown from Tuesday, concerns also arose as to the potential increase in cases of gender-based domestic violence, following a previous surge in China under similar conditions.

      “The crisis that we are going through and the quarantine could unfortunately create a fertile ground of domestic violence,” read a statement from France’s Secretary of State in charge of Gender Equality, Marlène Schiappa, adding that with the new quarantine measures in France, “the situation of emergency shelters for female victims of domestic violence is a major concern.”

      The statement also recognised that although courts in France are on lockdown, domestic violence cases are still open and being dealt with, and that the government website, Arretons Les Violences is still online, but that the ‘3919’ emergency hotline service for domestic violence victims will be operating under a reduced service.

      It is understood the state department will hold talks with the Fédération Nationale Solidarité Femmes on Wednesday to discuss the possibility of keeping the line open.

      The French Feminist collective NousToutes also recently highlighted the potential risk of domestic violence cases rising as a result of enforced isolation and called upon victims to make use of the 3919 emergency hotline.

      “Being confined at home with a violent man is dangerous. It is not recommended to go out. It is not forbidden to flee. Need help? Call 3919,” a statement from the group on Twitter read.

      Not forgetting the victims

      Due to the potential stress on public services as part of France’s ongoing battle against the coronavirus outbreak, some in Europe have been calling for the authorities to make sure that the authorities do not lose sight of the work they do in tackling domestic violence.

      Amandine Clavaud, policy adviser on Europe and gender equality at the Fondation Jean-Jaurès in Paris told EURACTIV that there is a need for an increase in vigilance on behalf of public bodies, with regards to these types of issues.

      “We have to be very attentive to the risks towards women and children amid this crisis, because the work of associations will possibly slow down with the quarantine,” she said.

      “In the case where public services reach saturation point, the treatments of domestic violence cases should definitely not be left-behind, but fully part of the whole strategy in dealing with the crisis.”

      Crisis abuse cases

      Concerns have arisen both in the United States and China with regards to the increase in domestic violence cases that could occur as a result of people in abusive relationships being forced to isolate together, and rights groups in Europe have now started to sound the horn over potential blindspots in this area.

      “In times of crisis and natural disasters, there is a documented rise in domestic abuse. As normal life shuts down, victims – who are usually women – can be exposed to abusers for long periods of time and cut off from social and institutional support,” the European Institute for Gender Equality’s Jurgita Pečiūrienė told EURACTIV.

      “The financial insecurity that often prohibits domestic violence victims from leaving abusers can also worsen in the aftermath of a crisis,” Pečiūrienė, who specialises in gender-based research, said.

      She added that there is a worrying deficit of data in the EU with regards to information sharing in the context of home-based violence amid national crises.

      “A lack of data in Europe prevents countries from learning from each other to ensure police and other support services can adapt to changing patterns of domestic violence in times of crisis,” she said.

      China & the US

      The measures imposed by the Chinese government in response to the COVID-19 outbreak for citizens to self-isolate for 14 days led to a surge in the recorded instances of domestic violence, according to reports from activists working in the country, as well as employees as women’s shelters.

      Meanwhile stateside, a statement released by the US National Domestic Abuse Hotline over the weekend noted that domestic violence abusers may seek to capitalise on the forced measures for domestic violence sufferers to isolate themselves.

      “Abuse is about power and control. When survivors are forced to stay in the home or in close proximity to their abuser more frequently, an abuser can use any tool to exert control over their victim, including a national health concern such as COVID-19,” the statement read.

      “In a time where companies may be encouraging that their employees work remotely, and the CDC is encouraging “social distancing,” an abuser may take advantage of an already stressful situation to gain more control.”

      https://www.euractiv.com/section/coronavirus/news/covid-19-isolation-could-create-fertile-ground-for-domestic-violence

      signalé par @isskein

    • Je partage ici les pensées d’une amie. Je ne sais pas si elle veut que son nom soit dévoilé, je laisse donc son témoignage (que j’ai reçu par email, le 18.03.2020) de manière anonyme, car elle pose des pensées qui sont très importantes à mes yeux et que ça vaut la peine qu’elles soient partagées...

      Voici son message :

      J’avais aussi dans ma liste « conséquences dramatiques du confinement » : la hausse des IVG, IST, dépressions, pétages de plombs des plus isolé.es, des santés mentales fragiles, etc... mouarf.

      En fait, en gros, pour moi, la question principale est : si on pense que le confinement est la seule manière de combattre la pandémie, alors il faut le faire de façon responsable, c’est à dire en mettant en place des mesures CONCRETES pour éviter la création de conséquences graves en parallèle... parce que sinon, pour moi ça donne une situation paradoxale : on sauve effectivement des vies d’un côté, et d’un autre, on envoie d’autres à des situations de souffrance extrêmes et aussi à la mort... comment on tient les comptes alors ? Combien seront « sauvé.es », pendant que d’autres mourront d’autre chose que du coronavirus ?

      Annoncer un confinement :
      – sans garantir de revenu minimum pour un tas de professions / gens (notamment les gens comme moi qui ne sont pas salarié.e mais intermittent.es du spectacle, ou artisans, etc...)
      – sans garantir une protection des personnes (enfants y compris !) victimes de violences
      – sans garantir une prévention / un suivi des réductions des risques...
      – sans regarder en face qu’on va « sauver » des milliers de vies d’un côté oui, mais envoyer des milliers de gens vers des souffrances extrêmes , à aussi à la mort d’un autre côté ...

      ça me semble étrange et irresponsable.

      J’en parle très peu autour de moi, parce que c’est un sujet brûlant, je sens qu’il y a comme une sorte de consensus hyper général (comme après les attentats de Charlie)... et ça semble difficile d’émettre une opinion un peu critique...

      En vrai, j’applique les « gestes barrières » et les consignes de sécurité, parce que je suis pas débile, XXX et moi on fait au mieux pour nous et pour les autres, et on a je crois un sens aïgue de la solidarité...

      et c’est justement parce que je me sens solidaire que j’ai aussi conscience que c’est pas une bonne idée pour des tonnes de gens, pour une tonne de situations sociales, ce confinement.
      Donc, prenons en compte tous les aspects de cette situation de pandémie : les données sanitaires ne sont pas les seules à prendre en compte il me semble. Il faut les croiser avec les données sociologiques, sociales, psychologiques. Nan ?

      Et puis, aussi, je trouve ça un peu « gros » quand Macron, dans son allocution guerrière d’hier soir, culpabilise les « inconscient.es » qui se baladent dans les parcs un dimanche après-midi dans un contexte de pandémie, alors qu’ils maintiennent les élections municipales, ou que bon nombre d’entreprises/banques/institutions ne sont pas obligées de fermer. Pourquoi ma voisine continue à aller bosser dans son usine de production d’objets inutiles, voir nuisibles à la planète et à la société alors que je ne peux pas aller faire courir mes gosses dans le parc en bas de chez moi ???
      Il faudrait peut être tenir une ligne claire et cohérente non ?

    • For some people, social distancing means being trapped indoors with an abuser

      As more cities go under lockdown, activists are worried that attempts to curb coronavirus will inadvertently lead to an increase in domestic violence.

      Coronavirus is fuelling domestic violence

      Home is supposed to be the safest place any of us could be right now. However, for people experiencing domestic violence, social distancing means being trapped inside with an abuser. As more cities go under lockdown, activists are worried that attempts to curb the coronavirus will inadvertently lead to an increase in domestic violence.

      Domestic violence is already a deadly epidemic. One in three women around the world experience physical or sexual violence, mostly from an intimate partner, according to the World Health Organization (WHO). As the WHO notes: “This makes it the most widespread, but among the least reported human rights abuses.” Gender-based violence tends to increase during humanitarian emergencies and conflicts; “women’s bodies too often become battlefields”.
      Coronavirus: the week explained - sign up for our email newsletter
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      Reports from China suggest the coronavirus has already caused a significant spike in domestic violence. Local police stations saw a threefold increase in cases reported in February compared with the previous year, according to Wan Fei, the founder of an anti-domestic violence not-forprofit. “According to our statistics, 90% of the causes of violence are related to the Covid-19 epidemic,” Wan told Sixth Tone, an English-language magazine based in China.

      A similar story is playing out in America. A domestic violence hotline in Portland, Oregon, says calls doubled last week. And the national domestic violence hotline is hearing from a growing number of callers whose abusers are using Covid-19 to further control and isolate them. “Perpetrators are threatening to throw their victims out on the street so they get sick,” the hotline’s CEO told Time. “We’ve heard of some withholding financial resources or medical assistance.”

      With all attention focused on curbing a public health crisis, the problem of private violence risks being overlooked or deprioritized by authorities. In the UK, for example, schools are now closed to everyone except for the children of key workers performing essential services. Domestic violence professionals have been left off this list; apparently preventing abuse at home isn’t an essential service. Dawn Butler, Labour’s women and equalities spokeswoman, has asked the prime minister to “urgently reconsider” this classification and consider implementing emergency funding to help people in danger escape domestic abuse during the crisis. “[T]wo women are killed every week by a partner or former partner,” Butler tweeted. “If the Govt fails to prepare and plan more people will die.”

      Now more than ever we need to look out for the most vulnerable in our society; activists are calling on neighbors to be extra aware and vigilant of possible cases of domestic violence. Retreating into our homes doesn’t mean cutting ourselves off from our communities. We’re all in this together.
      Harvey Weinstein begins his 23-year sentence

      The convicted rapist was transferred to a maximum-security prison in New York on Wednesday. New York’s governor, Andrew Cuomo, recently announced that New York will produce its own hand sanitizer, manufactured by prison inmates making as little as $0.16 an hour – so it’s possible that Weinstein might end up making state sanitizer.
      Remembering the Latina who invented hand sanitizer

      Did you know hand sanitizer was invented by a woman? In 1966 a student nurse named Lupe Hernandez realized that alcohol in gel form could be used to wash hands when there was no access to soap and water. Hernandez, who was based in California, quickly called an inventions hotline to patent the idea.
      Four men executed over Delhi rape and murder

      In 2012 a 23-year-old medical student was brutally gang-raped and murdered in a Delhi bus; a crime which shook the world and sparked unprecedented protests in India. On Friday four of the men convicted of the crime were hanged, the first time in five years capital punishment has been used in the country. One family may have got closure but the situation for Indian women remains bleak. “[I]n India, where a rape of a woman is reported every 16 minutes, this is no time for celebration,” argues a CNN op-ed. Since the attack India has introduced tougher sexual assault laws but rapes have continued to go up; in 2018, the last year for which there are statistics, they were significantly higher than in 2012.
      New Zealand passes law to decriminalize abortion

      “For over 40 years, abortion has been the only medical procedure considered a crime in New Zealand,” the country’s justice minister said in a statement. “But from now abortions will be rightly treated as a health issue.”
      Catherine Hamlin, trailblazing doctor, dies at 96

      The Australian gynecologist devoted much of her life to treating Ethiopian women with obstetric fistula – an injury sustained in childbirth that leaves women incontinent and often ostracized by their community.
      Marvel unveils its first black non-binary superhero: Snowflake

      Snowflake has a twin brother called Safespace. The reaction to these names has been less that ecstatic.
      The average woman gets mansplained to 312 times a year

      That’s according to a study of 2,000 employed women commissioned by a financial app called Self. I’m sure a helpful man somewhere will be happy to tell you exactly what is wrong with this study.
      The week in penguinarchy

      The best thing by far on the internet this week was a video of a penguin called Wellington marching around Chicago’s deserted aquarium and marveling at the fish. Coronavirus has caused most of us to go under lockdown, but at least Wellington got a nice day out.

      https://www.theguardian.com/commentisfree/2020/mar/21/coronavirus-domestic-violence-week-in-patriarchy?CMP=Share_iOSApp_Other

    • Le confinement cause une hausse des violences familiales, déplore la FCPE

      Marlène Schiappa avait alerté sur ce risque en période de confinement lié au coronavirus. La FCPE confirme ses craintes.

      C’était une des conséquences malheureusement prévues par le gouvernement en temps de confinement face au coronavirus. Le secrétaire d’État à l’égalité entre les hommes et les femmes Marlène Schiappa avait alerté dès le 16 mars et l’instauration de ces mesures exceptionnelles sur le fait qu’elles pouvaient “hélas générer un terreau propice aux violences conjugales”.

      La FCPE confirme ses craintes, ce dimanche 22 mars. Invité d’Europe1, Rodrigo Arenas, co-président de la principale fédération de parents d’élèves, a expliqué avoir une recrudescence d’appels liés à des situations de “violences familiales.”

      “Il y a deux choses qui rendent dingues les gens : la chaleur et la promiscuité. On n’a pas la chaleur, mais on a la promiscuité. On a énormément de remontées de violences conjugales et les enfants qui sont au bout de la chaîne s’en prennent plein la figure”, a-t-il indiqué à la radio comme vous pouvez l’entendre ci-dessous.

      Problème supplémentaire, contrairement à ce que promettait Marlène Schiappa au début du confinement, le numéro d’information dédié aux violences conjugales 3919 ne répond plus. Ou du moins plus beaucoup.

      Comme L’Obs, ou BFMTV vendredi, Le HuffPost a tenté de contacter le service ce samedi 22 mars sans succès. Un message pré-enregistré nous invite à renouveler notre appel plus tard.

      Joint par RTL samedi, le cabinet de Marlène Schiappa précise que le numéro “fonctionne toujours” mais que la migration -provoquée par le télétravail- de la plateforme prend du temps et entraîne des bugs. “Au plus tard lundi tout sera fonctionnel”, promet l’entourage de la ministre.

      https://www.huffingtonpost.fr/entry/confinement-la-fcpe-deplore-une-hausse-des-violences-familiales_fr_5e

    • Coronavirus Covid-19 : violences conjugales et femmes en danger, comment les aider en période de confinement ?

      Marlène Schiappa et son homologue italienne Elena Bonetti ont annoncé « agir ensemble » pour protéger les femmes contre les violences sexistes et sexuelles en cette période de confinement. Mais en application, comment ça se passe ?

      https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/cote-d-or/dijon/coronavirus-covid-19-violences-conjugales-femmes-danger

    • Le confinement va augmenter les #violences_intra-familiales et en particulier les #violences_conjugales, c’est déjà ce qu’a révélé l’expérience du #Wuhan (https://www.bbc.com/news/world-asia-51705199). Là encore, ces violences seront encore moins prises en charge qu’avant puisque le 3919 ne fonctionne plus pendant cette crise contrairement à ce qu’avait annoncé Marlène Schiappa (https://www.nouvelobs.com/droits-des-femmes/20200319.OBS26314/le-39-19-ne-repond-plus.html). Au sixième jour du confinement, cette tendance est d’ailleurs aussi relatée par la FCPE ce dimanche (https://www.europe1.fr/societe/face-au-confinement-on-a-enormement-de-remontees-de-violences-conjugales-rap).

      https://npa2009.org/idees/societe/le-confinement-la-destruction-du-lien-social-et-ses-consequences

    • Concernant les violences conjugales et familiales, les procès en cours d’assises, que ce soient viols ou « féminicides », sont reportés. Ce qui constitue une non-réponse à la situation de fait. Mais certains tribunaux maintiennent des permanences au civil où des Juges aux Affaires familiales (JAF) peuvent décider d’éloigner par exemple un mari violent. Il appartient aux magistrats d’apprécier l’urgence des situations.

      https://www.franceculture.fr/droit-justice/denis-salas-la-justice-se-trouve-confrontee-a-un-phenomene-totalement-

    • For Abused Women, a Pandemic Lockdown Holds Dangers of Its Own

      As millions across the U.S. stay home to help flatten the curve, domestic violence organizations and support systems are scrambling to adapt to the rapidly shifting landscape.

      Early last week, as the novel coronavirus exploded from state to state, a woman called the National Domestic Violence Hotline in a crisis: Her partner had tried to strangle her and she needed medical help, but feared going to the hospital because of the virus.

      Another woman was being forced to choose between work and home. “He threatened to throw me out if I didn’t work from home,” she said. “He said if I started coughing, he was throwing me out in the street and that I could die alone in a hospital room.”

      In another call, a girl — aged between 13 and 15 (specific identifiers have been removed to protect the callers) — said that her mother’s partner had just abused her mother, then gone on to abuse the girl herself. But with schools shut, turning to a teacher or a counselor for help was not an option.

      These instances, gleaned from the hotline’s first responders, highlight two important facets of things to come during the coronavirus crisis. First, as lawmakers across the country order lockdowns to slow the spread of the virus, the lives of people stuck in physically or emotionally abusive relationships have — and will — become harder, which has already been seen in the pandemic hotspots of China and Italy.

      Second, the virus raises the stakes for domestic violence services across the country as they scramble to adapt to a patchwork of new government policies and restrictions that shift day by day and vary from state to state.

      “We know that any time an abusive partner may be feeling a loss of power and control — and everybody’s feeling a loss of power and control right now — it could greatly impact how victims and survivors are being treated in their homes,” said Katie Ray-Jones, chief executive of the hotline.

      She expects to see the intensity and frequency of abuse escalate, even if the number of individual cases doesn’t — a pattern that experts witnessed during the economic downturn of 2008 and immediately after 9/11, Hurricane Sandy and Hurricane Katrina.

      In the U.S., more than one in three women has experienced rape, physical violence, and/or stalking by an intimate partner (defined as current or former spouses or partners) in their lifetime, according to a 2010 survey by the Centers for Disease Control and Prevention. And in recent years, the number of domestic violence cases (which includes assault by intimate partners and family members) has spiked, making up more than half of all violent crimes in the U.S. in 2018, according to the Justice Bureau.

      Spending days, weeks or even months in the presence of an abusive partner takes an immense emotional toll too, said Teresa Burns, who manages the Casa de Esperanza shelter in St. Paul, Minn. And that’s exactly the conditions that the coronavirus lockdown has set up.

      Many of Burns’s clients are undocumented individuals whose immigration status can become a means of control by abusive partners. It’s not uncommon for abusers to claim that survivors will be deported if they seek help.

      She fears these types of threats will escalate during the coronavirus crisis, and with information about the government’s response changing nearly by the hour, survivors may not know who or what to believe.

      Those who may have felt safe once their partner left for work or their children were at school now live without any window of relief as businesses and schools shutter. “When the mind is constantly in fight, flight, freeze [mode] because of perpetual fear, that can have a lasting impact on a person’s mental health,” Burns said.

      Shelters across the country are adapting as best they can while trying to keep pace with constantly changing virus regulations, including implementing social distancing practices on site, taking temperatures of newcomers and regularly cleaning and disinfecting common spaces.

      In New York, now considered the epicenter of the virus in the U.S., shelters are categorized as essential services and are encouraged to keep functioning as normally as possible, even though many are at or almost at capacity, said Kelli Owens, executive director of the state’s Prevention of Domestic Violence office.

      But several organizations have started to cut back on certain services and may have to turn away newcomers soon to avoid overcrowding at shelters. Drop-in counseling centers are shut down and in-person support groups are suspended.

      One survivor, Maggie, 25, who spoke to The Times via Twitter, and is working to heal from an abusive relationship she left five years ago, said that in recent weeks, her weekly therapy appointment moved online and her support group was canceled altogether, which has made it even more difficult for her to cope with her increased isolation. As a result, she’s fallen back into unhealthy coping mechanisms, like drinking and smoking, she said.

      “I imagine many survivors, even if they are safe in their home, are experiencing long hours of sitting alone with traumatic thoughts and nightmares due to increased anxiety,” Maggie said.

      Advocates, who are often the first responders in cases of domestic violence, are fielding questions remotely, preparing those who can’t flee for worst case situations, known as safety planning.

      “We’re having really difficult conversations, running through horrific scenarios,” Ray-Jones said.

      “What that could mean is, OK, if an argument breaks out, where is the safest place in your house? Keep arguments out of the kitchen, out of the bathroom, which can be really dangerous spaces. If you need to go sleep in your car, is that a possibility?”

      Organizations most often take these kinds of questions over the phone, but being in such proximity with an abuser can turn the simple act of a phone call into such a dangerous gamble that many are preparing for fewer calls on their hotline and more questions via their text and online chat services that are available around the clock.

      Meanwhile, with courts closing across the country and advocates, who would typically help survivors navigate the judicial system, working remotely, yet another avenue of support for people experiencing abuse is further complicated, said Susan Pearlstein, the co-supervisor of the Family Law Unit of Philadelphia Legal Assistance.

      Still, the public should know that obtaining a legal protection order is considered an essential service by most jurisdictions and “many courts are trying to have access open for domestic violence survivors and to allow order petitions of abuse or restraining orders to be filed,” either over the phone or electronically, Pearlstein said.

      “This is a really heartbreaking time,” said Ray-Jones, speaking to the overall heightened anxiety during this uncertain period.

      Resources for victims and survivors:

      Anti-Violence Project offers a 24-hour English/Spanish hotline for L.G.B.T.Q.+ experiencing abuse or hate-based violence: call 212-714-1141

      The National Domestic Violence Hotline is available around the clock and in more than 200 languages: call 1-800-799-SAFE or chat with their advocates here or text LOVEIS to 22522.

      New York State Domestic and Sexual Violence Hotline is available in multiple languages: call 1-800-942-6906 for English. For deaf or hard of hearing: 711

      For immediate dangers, call 911.

      https://www.nytimes.com/2020/03/24/us/coronavirus-lockdown-domestic-violence.html

    • Warning over rise in UK domestic abuse cases linked to coronavirus

      Manchester deputy mayor says police beginning to classify incidents connected to virus.

      There has been a rise in domestic abuse incidents directly related to the coronavirus outbreak, according to a police leader.

      Beverley Hughes, Greater Manchester’s deputy mayor for policing and crime, said there had been reports of abuse linked to the lockdown, and said authorities were preparing for serious incidents.

      After a meeting of the region’s Covid-19 emergency committee, Lady Hughes said: “I think we are beginning to see a rise in domestic abuse incidents. We anticipated this might happen in the very stressful circumstances for many families.”
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      Charities and police forces across the country have been warning of a potential rise in cases of domestic violence. In China there was a threefold increase in cases reported to police stations in February compared with the previous year.

      The justice secretary, Robert Buckland, told the Commons justice committee this week that there may be more cases of domestic abuse, online crime and fraud during the lockdown.

      Hughes later said the overall level of domestic abuse cases was as expected, but officers had begun to classify incidents believed to have a connection to the virus.

      She said families were being asked to stay at home and many had significantly less money as a result of the restrictions.

      Hughes said: “The potential for tension to arise in the home as a result of what we are asking people to cope with, in order to suppress the virus, is going to increase and therefore we would be right to think this might display itself in an increase in the number of domestic incidents we are called to.

      “We are preparing for that. Some of those most serious incidents will be challenging to deal with, particularly if the victim needs to be moved to a refuge, but the police specialise in these kind of cases and the local partners, local authorities, they’re working together really closely to prepare for that.”

      Avon and Somerset police reported a 20.9% increase in domestic abuse incidents in the last two weeks, from 718 to 868. Police in Cumbria have asked postal workers and delivery drivers to look out for signs of abuse.

      DCI Dan St Quintin, of Cumbria police, said: “In the coming weeks and months we ask for everyone to look out for each other as much as possible. We would also like to extend this plea to those such as postal workers, delivery drivers, food delivery companies and carers who will still be visiting houses, to keep an eye out for any signs of abuse and to report any concerns to us.”

      Quintin said the Bright Sky app, which can be disguised for people worried about partners checking their phones, provided support and information for victims.

      The National Centre for Domestic Violence said it fully supported the plea and warned of “huge dangers lurking for victims”..

      Its chief executive, Mark Groves, said: “While the whole country grapples with the consequences of Covid-19, there are huge dangers lurking for victims of domestic abuse and violence. We fully support Cumbria police’s plea to key workers to help the police investigate suspicions or concerns surrounding victims or perpetrators.”

      The Thames Valley chief constable, John Campbell, said his force expected to see a rise in the number of domestic abuse calls He said domestic violence and fraud would become a priority for his force as “criminals decide to change their behaviours’ to take advantage of coronavirus”.

      “We are seeing and monitoring very closely the issues around domestic abuse, we anticipate that it might increase and we will deal with that robustly in a way that you would expect us to,” Campbell said.

      Shanika Varga, a solicitor at Stowe Family Law, who specialises in domestic abuse cases, said: “Being stuck in a house together for two weeks or longer means the risk of a situation becoming violent is much higher. Lots of people – whether they realise it or not – are in abusive relationships, and abusers will typically manipulate any situation to take advantage of their perceived position of power.”

      Varga urged victims to start thinking of a contingency plan for escaping their abusers. “Knowing your options and making sure people are informed and fully prepared to take action if need be is vital. Don’t forget that help is out there,” she said.

      https://www.theguardian.com/society/2020/mar/26/warning-over-rise-in-uk-domestic-abuse-cases-linked-to-coronavirus?CMP=

    • Coronavirus en #Nouvelle-Aquitaine : Les violences intrafamiliales en forte hausse avec le confinement

      Si la délinquance est en baisse, dans la région, les forces de l’ordre multiplient les interventions dans les foyers depuis une semaine.

      Avec le confinement, les violences intrafamiliales explosent selon les policiers et gendarmes en Nouvelle-Aquitaine. Le phénomène est national.
      Les disputes sur fond d’alcool se multiplient alors que les victimes se retrouvent prises au piège dans les foyers.
      L’Etat maintient ses services face à cette recrudescence. Les forces de l’ordre elles n’hésitent pas à reprendre contact avec les victimes après leurs interventions.

      C’était un scénario prévisible et malheureusement, il se vérifie un peu plus chaque jour. Les violences conjugales et intrafamiliales augmentent voire explosent depuis le début du confinement en France. Les policiers et gendarmes de la Gironde sont à l’unisson sur le sujet : « Si la délinquance (vol, cambriolage, trafic…) est en forte baisse, expliquent leurs responsables départementaux, les interventions pour des violences familiales se multiplient même si elles ne déclenchent pas forcément à chaque fois des procédures. » Ce mercredi soir, leurs collègues du Périgord ont par exemple interpellé un trentenaire qui menaçait sa famille avec un fusil et tentait de mettre le feu à la maison.

      Dès le 18 mars, les recours à police secours dans le département étaient déjà en forte hausse avec 1.200 appels ce jour-là contre 600 habituellement. Une semaine plus tard, le nombre de demandes sur la plateforme arretonslesviolences.gouv.fr aurait augmenté de 40 % selon les policiers girondins. En effet comme le soulignait le gouvernement en début de semaine, « le contexte particulier du confinement constitue malheureusement un terreau favorable aux violences » en raison de « la promiscuité, des tensions et de l’anxiété » qu’il entraîne.

      Encore plus difficile de se signaler pour les victimes

      Les gendarmes soulignent des interventions toujours plus nombreuses pour « des disputes familiales sur fond d’alcool et souvent la nuit. » A ce sujet, la réponse de Fabienne Buccio, la préfète de Gironde et de Nouvelle-Aquitaine, est claire : il n’y aura pas d’interdiction de ventes d’alcool « à ce stade » comme a pu tenter de le faire son homologue dans l’Aisne. La représentante de l’Etat préfère soulever un problème beaucoup plus important :

      « Je ne veux pas stigmatiser qui que ce soit mais en ce moment les hommes sont bien plus présents au domicile familial que d’habitude avec le confinement et c’est donc encore plus difficile pour les victimes de se signaler auprès des autorités. »

      Une situation face à laquelle, la plupart des associations se disent « désemparées » à l’image de l’Union nationale des familles de féminicides. « Être confiné, c’est déjà compliqué pour des gens qui s’entendent bien. Alors, pour les victimes de violences conjugales, elles vont vivre un véritable calvaire », rappelait il y a quelques jours sa présidente Sandrine Bouchait. Sans oublier, les enfants, eux aussi en première ligne face à la violence.

      Les forces de l’ordre n’hésitent pas à rappeler après leurs interventions

      Alors comment faire pour limiter au maximum les violences intrafamiliales ? Il y a les moyens connus avec les services de police ou de gendarmerie (17 ou 112), les pompiers (18 ou 112) ou le Samu (15) qui restent mobilisés pour les situations d’urgence. Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a annoncé que les numéros d’écoute, les plateformes gouvernementales, l’accompagnement dans des hébergements d’urgence et les procès au pénal contre les agresseurs seraient maintenus. Le 3919 est notamment de nouveau opérationnel depuis lundi.

      Les forces de l’ordre sont également mobilisées sur le terrain : « Après certaines interventions, nous n’hésitons pas à rappeler les personnes et à reprendre contact avec elles. Nous sommes vraiment très attentifs à ce phénomène », explique la gendarmerie de la Gironde.

      De son côté, le secrétaire d’Etat auprès du ministre des Solidarités et de la santé en charge de l’enfance Adrien Taquet « appelle à nouveau chacun à redoubler de vigilance pendant cette période, et à composer le 119 si l’on est témoin, même auditif, même dans le doute, de violence commise sur un enfant, quelle que soit sa nature. » Le gouvernement va également réactiver une campagne de sensibilisation à la question des violences faites aux enfants cette semaine.

      https://www.20minutes.fr/societe/2748663-20200326-video-coronavirus-nouvelle-aquitaine-violences-intrafamil

    • Coronavirus et confinement : femmes et #enfants en danger

      Plus d’une centaine de sénatrices et de sénateurs demande au gouvernement de protéger les familles victimes de violence que le confinement expose à des dangers encore plus graves.

      Sans nier la gravité de la crise sanitaire et la nécessité absolue du confinement, nous ne devons pas occulter les risques auxquels sont exposés les femmes et les enfants dans les foyers violents. Le confinement peut être un piège terrible quand il enferme une famille dans la terreur permanente des insultes, des cris et des coups. En cette période où nous déployons une immense énergie pour essayer de dominer nos frustrations et notre angoisse, il faut imaginer ce que peut être le quotidien des victimes de violences, a fortiori quand le drame se joue dans un logement exigu : l’#enfer.

      En annonçant la mise en place d’un plan de continuité pour protéger les victimes de violences conjugales, la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre la discrimination Marlène Schiappa a anticipé ce danger. Le maintien du numéro d’appel 3919 est une excellente initiative et il faut remercier les écoutants qui continuent d’exercer cette mission dans des conditions beaucoup plus complexes.

      Face à l’isolement de la victime

      De nombreuses questions persistent cependant : comment fuir un conjoint violent – surtout avec des enfants – quand les parents et amis susceptibles d’offrir un refuge sont loin, quand les transports sont aléatoires et quand les hébergements d’urgence, structurellement débordés, peuvent difficilement garantir des conditions de sécurité correctes face au virus ? Quelles mesures prendre pour protéger les victimes établies habituellement hors de France ? Comment les victimes confinées chez elles peuvent-elles joindre le 3919 ou la plateforme en ligne dédiée aux victimes de violences, alors que l’on sait que le premier signe de violences conjugales est l’isolement de la victime, privée de tout moyen de communication autonome par son compagnon violent qui lui a souvent confisqué son téléphone et s’acharne à traquer ses mails ?
      Si l’accompagnement des victimes peut toujours être assuré par les services de police et si le dépôt de plainte demeure possible, comment envisager qu’une victime puisse, sans courir un danger accru, porter plainte contre un conjoint violent avec lequel elle est condamnée à cohabiter à cause du confinement ? Est-il encore possible, compte tenu de l’état de nos hôpitaux, d’y faire établir des constats médicaux de coups et violences sexuelles ?

      Enfin, ne peut-on craindre que, malgré le renforcement récent, dans le sillage du Grenelle de lutte contre les violences conjugales, des efforts de formation et de sensibilisation des personnels de police et de gendarmerie, ceux-ci aient le réflexe de minimiser ces violences et de les considérer comme un effet compréhensible, voire excusable, du stress lié au confinement ? Chaque jour, le décompte glaçant des victimes du coronavirus a remplacé celui des féminicides qui avait marqué l’année 2019. L’épidémie a fait disparaître les violences conjugales et intrafamiliales de l’actualité mais pas de la réalité.
      Tous concernés

      Nous, sénatrices et sénateurs, demandons solennellement au gouvernement de continuer à assurer la protection, en cette période de crise sanitaire majeure, des femmes et des enfants victimes de violences, que l’exigence de confinement expose à des dangers encore plus graves. Malgré l’épreuve exceptionnelle que traverse notre pays, les femmes et les enfants qui subissent des violences ne doivent en aucun cas être sacrifiés.

      Le gouvernement peut compter sur les collectivités territoriales – les départements comme les communes – déjà très impliquées en temps normal dans les missions d’aide aux personnes vulnérables, de protection de l’enfance et de lutte contre les violences, pour apporter les solutions adaptées à chaque territoire pendant cette période exceptionnelle. La question des moyens alloués à ces missions et à leurs acteurs reste d’actualité.

      Engageons-nous, ensemble, pour que le nombre de ces victimes n’alourdisse pas le bilan, d’ores et déjà effroyable, de la crise sanitaire. Violences intrafamiliales : citoyens, voisins, amis, parents, collègues, tous concernés, tous acteurs, tous mobilisés, tous vigilants. C’est notre responsabilité collective.

      https://www.liberation.fr/debats/2020/03/28/coronavirus-et-confinement-femmes-et-enfants-en-danger_1783279

    • Violences conjugales : Schiappa annonce des « points contacts éphémères » dans les centres commerciaux

      https://www.lefigaro.fr/flash-actu/violences-conjugales-schiappa-annonce-des-points-contacts-ephemeres-dans-le

      La secrétaire d’État à l’Égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, a annoncé samedi l’installation de « points d’accompagnement éphémères » dans des centres commerciaux pour accueillir des femmes victimes de violences en temps de confinement où les déplacements sont limités. « Comme il est plus difficile de se déplacer, nous faisons en sorte que les dispositifs d’accompagnement aillent aux femmes », explique Mme Schiappa dans un entretien au Parisien.

      Créés « en partenariat avec des associations locales, les services de l’État et Unibail-Rodamco-Westfield, gestionnaire de centres commerciaux », ces « points d’accompagnement éphémères » seront installés dans des locaux « permettant la confidentialité mais assez vastes pour accueillir les femmes en respectant les mesures barrières », détaille-t-elle.

      La secrétaire d’État cite « dans un premier temps » pour la région parisienne So Ouest à Levallois-Perret, les 4 Temps à la Défense, Carré Sénart à Lieusaint, le Forum des Halles à Paris, ou les Ulis, et, dans le Nord, V2 à Valenciennes. « Dans un deuxième temps, Dijon, Rennes, Lyon... là où il y a un hypermarché ouvert », ajoute-t-elle, affirmant viser « une vingtaine de points dans les prochaines semaines ». « En allant faire les courses, ces femmes trouveront une oreille attentive et un accès à leurs droits d’une manière innovante et efficace », estime-t-elle.
      Fonds spécial et dépôt de plainte

      Parallèlement, Mme Schiappa annonce un « fonds spécial financé par l’État d’un million d’euros pour aider les associations de terrain à s’adapter à la période ». Elle promet également de financer « jusqu’à 20.000 nuitées d’hôtel pour que les femmes puissent fuir l’homme violent ».

      Interrogée sur l’absence de « motif ’’dépôt de plainte’’ », dans l’attestation de sortie obligatoire en période de confinement, la secrétaire d’État a répondu que « les juridictions pour les violences conjugales » avaient été laissées ouvertes.
      À lire aussi : "Une petite augmentation mais rien de significatif" : les violences conjugales à l’heure du confinement

      Elle a avancé le chiffre de « deux » meurtres de femmes par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le début du confinement, le 17 mars. « Le confinement est une épreuve collective qui vient percuter l’histoire familiale et personnelle de chaque personne, la situation peut dégénérer à tout moment quand on vit avec une personne violente », rappelle-t-elle, inquiète que « les femmes se disent qu’elles doivent subir pendant le confinement ». « Non ! Les dispositifs de l’Etat ne sont pas mis sur pause, ils sont même renforcés », assure-t-elle.

      À VOIR AUSSI - Violences conjugales et confinement : un dispositif d’alerte mis en place dans les pharmacies

      Espérons que les flics n’en profite pas pour verbaliser les femmes dans ces point éphémères.

    • Coronavirus. Les associations craignent une augmentation des violences conjugales
      À Nantes, avec les mesures de confinement, l’association Solidarités Femmes double ses écoutantes au téléphone. Elle craint une augmentation des violences conjugales.
      Depuis mardi 18 mars, l’association Solidarité Femmes a renforcé sa ligne d’écoute téléphonique, destinée aux femmes victimes de violences conjugales. La ligne est ouverte du lundi au vendredi, de 10 h à 17 h, au 02 40 12 12 40.

      https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/coronavirus-les-associations-craignent-une-augmentation-des-violences-c

    • « En Belgique, plusieurs associations féministes ont également lancé un message d’alerte à ce sujet, comme l’association Femmes de Droit. L’asbl Vie Féminine a adapté ses activités : elle a renforcé ses permanences juridiques et sociales et a reçu l’autorisation de la Région Wallonne de les effectuer par téléphone, ce qui n’est pas le cas en temps normal où il leur est demandé de les organiser physiquement. »
      https://www.rtbf.be/info/dossier/les-grenades/detail_coronavirus-le-risque-de-violences-conjugales-augmente-a-cause-du-confin

    • Les violences conjugales à l’épreuve du confinement

      Depuis le début de la période de confinement, les collectifs féministes alertent sur les risques d’augmentation des violences conjugales. Les pouvoirs publics doivent prendre au sérieux une situation compliquée, comme celle où l’on se retrouve enfermée pour plusieurs semaines avec un conjoint violent.

      Le foyer, dans lequel il s’agit de se réfugier pour se protéger de la pandémie, n’est pas synonyme de réconfort et de sécurité pour de nombreuses femmes en France. La violence conjugale, souvent physique, mais également verbale, émotionnelle ou économique, pourrait se manifester plus fortement pendant la période de confinement. En Chine, les violences physiques au sein des couples ont augmenté pendant l’épidémie du coronavirus. La France n’est pas à l’abri de voir ses statistiques s’élever.
      Des femmes abandonnées

      Alors que le système d’aide aux victimes de violences conjugales ne fonctionne pas toujours correctement en période normale, le confinement et les bouleversements qui l’accompagnent n’arrangent pas les choses. Le numéro d’écoute national 3919 destiné aux femmes victimes de violences et à leur entourage ne fonctionne plus depuis l’annonce du confinement. Il rouvre avec des horaires réduits à partir de ce lundi 23 mars 2020. Pour Léonor Guénoun, du collectif féministe Nous toutes : « C’est très grave, et c’est vraiment un comble que ce numéro soit réduit, surtout en période de confinement, alors qu’il devrait être ouvert 24 heures sur 24. »

      Les centres d’hébergement ont du mal à accueillir de nouvelles personnes. Nous Toutes « demande des places dans des hôtels qui sont fermés ou peu occupés comme en Espagne » pour pallier ces foyers surchargés. L’absence de moyens spécifiques alloués empêche la prise en charge rapide et efficace des femmes victimes de violences conjugales. Pour Mohamed Jemal, président de l’association Un Toît pour elles, une association qui aide les femmes en grande précarité à se trouver un logement, « des promesses faites par le gouvernement n’ont pas été tenues pour la mise à disposition de chambres d’hôtel et la mise à l’abri des SDF ».

      Il regrette également qu’il n’y ait pas eu de « consignes claires pour mettre à l’abri des femmes en danger ». De plus, l’hébergement solidaire chez des particuliers ne fonctionne plus en raison du confinement. Les centres sociaux font face à des problèmes sanitaires supplémentaires à celui de l’épidémie. Les masques, les gants et le gel hydroalcoolique qui doivent parvenir aux associations sont répartis selon des schémas complexes, peu accessibles à des petites structures, comme celle gérée par Mohamed Jemal.
      Un climat propice à la violence

      Selon Léonor Guénoun, « trois risques principaux d’augmentation des violences » existent : dans des couples sans violence où un conjoint commence à être violent, dans un passage à un cran supérieur -de la violence verbale à la violence physique par exemple- et enfin « la tragédie d’un féminicide ».

      L’avocate Isabelle Steyer, référence dans la défense des victimes de violences conjugales, explique que le climat de surveillance constante se renforce étant donné que l’on peut vérifier les appels, les sorties, les occupations de chacun·e. Le confinement, selon elle, se vit comme une situation particulière car « on a jamais eu l’habitude de vivre tout le temps ensemble ». Être constamment ensemble peut déclencher des actes insoupçonnés parce que « la violence arrive à un moment où on ne s’y attend pas ».

      D’après l’avocate, le risque de ne plus avoir de vie intime et de tout partager pour la femme est de ne plus pouvoir « appeler qui l’on veut et penser à élaborer le départ ». Léonor Guénoun explique que la « fuite du domicile » doit pouvoir rester une option possible pour les femmes victimes.
      Des actions rapides et de l’aide collective

      Pour remédier à cette situation et prévenir tout acte violent, Nous toutes met en place des campagnes de sensibilisation et diffuse des visuels « pour que les femmes sachent qu’elles peuvent fuir et être aidées« . Le collectif féministe rappelle aussi les numéros à contacter, en cas d’urgence la police par le 17 ou le 114 pour les SMS, ou le 08.00.05.95.95. qui peut aider les femmes victimes. L’avocate Isabelle Steyer encourage également les femmes à prévenir et à « utiliser des espaces que l’on avait pas l’habitude d’utiliser pour téléphoner ».

      Pour les personnes qui ne seraient pas confrontées à de la violence conjugale, il faut rappeler à son entourage que le confinement n’autorise pas à être violent. Il convient également prendre régulièrement des nouvelles des personnes pouvant subir des situations violentes. Enfin, selon l’avocate, « le côte très positif est que tout les voisins sont là », ce qui facilite l’appel au secours et la demande d’aide rapide car « les relations sont beaucoup plus proches avec ce confinement ».

      https://radioparleur.net/2020/03/24/violences-conjugales-epreuve-du-confinement

    • Sur la mesure donnant la possibilité de signaler des violences en pharmacie, j’ai eu une discussion avec une personne (une femme, je crois) qui trouvait la mesure cheap et ridicule mais les pharmacies ne sont pas que des commerces, ce sont aussi des lieux de soin, plus accessibles et qui offrent un meilleur accueil que les poulaillers, et l’Espagne fait ça depuis vingt ans avec un certain succès.

    • Domestic abuse cases soar as lockdown takes its toll

      Some charities can no longer ‘effectively support’ women because of lockdown and staff sickness.

      More than 25 organisations helping domestic violence victims have reported an increase in their caseload since the start of the UK’s coronavirus epidemic.

      One group, Chayn, said that analysis of online traffic showed that visitors to its website had more than trebled last month compared with the same period last year. An audit of 119 organisations by the domestic abuse charity SafeLives found, however, that even as pressure on frontline services increased, most were being forced to reduce vital services.

      The groups were surveyed during the last week of March, with 26 of them able to confirm increased caseloads owing to Covid-19. Three-quarters said they had had to reduce service delivery to victims.

      Most domestic abuse organisations provide face-to-face or phone support, but a quarter say they can not “effectively support” adult abuse victims owing to technical issues, inability to meet victims, and staff sickness.

      A separate study highlights the plight of domestic-violence survivors. SafeLives interviewed 66 survivors, and the women were asked to score themselves from zero to 10, with 10 denoting “safe”. More than half offered a score of five or less, with three saying they felt “not safe at all”.

      One said: “I’m in a controlling, emotionally abusive relationship and fear it could escalate due to heightened stress surrounding the current virus situation.” Another added that she was having to sit in her car to get away from the perpetrator.

      There is growing pressure on the government to announce emergency funding to help victims. Suzanne Jacob, chief executive of SafeLives, said: “We know the government is thinking about what extra support might be needed for victims and their families during this difficult time, and this research shows that helping services to stay afloat and carry on doing their vital lifesaving work will be key.”

      Hera Hussain, founder of Chayn, said: “Survivors of domestic abuse are walking on eggshells, scared of having no support if tensions escalate.”

      Evidence suggests that domestic abuse is likely to increase as a result of the pandemic. In China’s Hubei province, where the virus was first detected, domestic violence reports to police more than tripled during the lockdown in February.

      https://www.theguardian.com/world/2020/apr/04/domestic-abuse-cases-soar-as-lockdown-takes-its-toll?CMP=Share_iOSApp_O

    • In Italy, support groups fear lockdown is silencing domestic abuse victims

      MILAN: Italy has seen a sharp fall in official reports of domestic violence as it approaches a month under coronavirus lockdown, raising concern among some support groups that forced confinement is leaving victims struggling to seek help.

      Citing official data, a parliamentary committee into violence against women said last week that reports to police of domestic abuse dropped to 652 in the first 22 days of March, when Italy went into lockdown, from 1,157 in the same period of 2019.

      Telefono Rosa, Italy’s largest domestic violence helpline, said calls fell 55per cent to 496 in the first two weeks of March from 1,104 in the same period last year. Other help groups said they had seen similar declines.

      The parliamentary committee’s report said the trend did not mean a decline in violence against women but was rather a signal that “victims of violence risk being even more exposed to control and aggression by a partner who mistreats them.”

      “There are a lot of problems in this situation, maybe not the least of them is the difficulty of asking for help when everyone is obliged to stay at home,” said Alessandra Simone, director of the police criminal division in Milan.

      Successive Italian governments have passed reforms aimed at improving protections, but 13.6per cent of women have suffered violence from a partner or ex-partner, according to national statistics bureau Istat.

      The country has seen more than 100,000 cases of COVID-19 and accounts for almost a third of worldwide deaths. It was the first European nation to go into lockdown.

      “We’re seeing a drastic fall in calls by women because they have less freedom in this situation of forced confinement,” said Chiara Sainaghi, who manages five anti-violence centres in and around Milan for the Fondazione Somaschi, a social assistance foundation. She said calls to her group had fallen by as much as 70per cent.

      Some help groups and the authorities say they have tried to launch other forms of contact, including messaging services like WhatsApp, whose use has surged during lockdowns in many countries. Users in Italy are placing 20per cent more calls and sending 20per cent more messages on WhatsApp compared to a year ago, the company said in mid-March.

      Italian police have in recent days adapted an app originally designed to allow young people to report bullying and drug dealing near their schools to report domestic violence by sending messages or pictures without alerting their partner.

      In Spain, where police said they had also seen a fall in calls for help, authorities launched a WhatsApp service for women trapped at home which the Equality Ministry said had seen a 270per cent increase in consultations since the lockdown began.

      Valeria Valente, the senator who chairs the Italian parliamentary committee, said cultural and social factors in Italy already made it hard for many to report domestic violence.

      But she said the shutdown appeared to be leading some women who might otherwise try to leave their partners to stick it out.

      “How is a woman who wants to report violence supposed to move? With the lockdown (she) can only contact the anti-violence centres when she goes to the pharmacy or buys food,” Valente said.

      https://www.channelnewsasia.com/news/world/in-italy--support-groups-fear-lockdown-is-silencing-domestic-abuse-

    • Domestic abuse killings ’more than double’ amid Covid-19 lockdown

      Pioneering project identifies at least 16 suspected incidences in UK over three-week period

      At least 16 suspected domestic abuse killings in the UK have been identified by campaigners since the Covid-19 lockdown restrictions were imposed, far higher than the average rate for the time of year, it has emerged.

      Karen Ingala Smith, the founder of Counting Dead Women, a pioneering project that records the killing of women by men in the UK, has identified at least 16 killings between 23 March and 12 April, including those of children.

      Looking at the same period over the last 10 years, Smith’s data records an average of five deaths.

      Her findings for 2020, which are collated from internet searches and people contacting over social media, were raised during evidence to the home affairs select ommittee on Wednesday.

      Dame Vera Baird QC, the victims’ commissioner for England and Wales, told MPs at the remote session: “Counting Dead Women has got to a total of 16 domestic abuse killings in the last three weeks. We usually say there are two a week, that looks to me like five a week, that’s the size of this crisis.”

      A number of domestic abuse charities and campaigners have reported a surge in calls to helplines and online services since the lockdown conditions were imposed, reflecting experiences in other countries.

      Smith, who is also chief executive of a domestic abuse charity, said: “I don’t believe coronavirus creates violent men. What we’re seeing is a window into the levels of abuse that women live with all the time. Coronavirus may exacerbate triggers, though I might prefer to call them excuses. Lockdown may restrict some women’s access to support or escape and it may even curtail measures some men take to keep their own violence under control.

      “We have to be cautious about how we talk about increases in men killing women. Over the last 10 years, in the UK, a woman has been killed by a man every three days, by a partner or ex-partner, every four days. So if this was averaged out, we might expect to see seven women killed in 21 days. In reality, there are always times when the numbers are higher or lower.

      “But we can say that the number of women killed by men over the first three weeks since lockdown is the highest it’s been for at least 11 years and is double that of an average 21 days over the last 10 years.”

      Smith’s research shows at least seven people have been allegedly killed by partners or former partners during the period, while three people have been allegedly killed by their father.

      The committee also heard evidence from Nicole Jacobs, the domestic abuse commissioner for England and Wales. She said time limits on investigating crimes would need to be relaxed to allow survivors of violence in the home to report perpetrators once the coronavirus restrictions were eased.

      “I have heard from police about the need to extend the time by which people can report crimes. There are people who are experiencing abuse right now who aren’t able to call the police because it wouldn’t be safe for them,” said Jacobs.

      “But they may well want to report a crime later so we need to allow for some extension to what the normal timescales would be for that kind of thing.”

      Crimes that are “summary only”, which means that they can only be tried at a magistrates court, including common assault and harassment, must be prosecuted within six months.

      Jacobs said services must prepare for the “inevitable surge” of domestic abuse victims seeking support when the lockdown lifts.

      She said there were concerns that some of the millions of pounds of government funding announced for the charity sector may struggle to reach small local charities that supported specific groups.

      “We need to allow those charities to quickly and very simply bid in and get the funds they need to sustain what they are doing, but also plan for the inevitable surge that we will have.“There will be people that are waiting and trying to survive every day and then will access support as quickly as they can when some of the lockdown is lifted,” she told MPs.

      https://www.theguardian.com/society/2020/apr/15/domestic-abuse-killings-more-than-double-amid-covid-19-lockdown?CMP=Sha

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      Sur Counting Dead Women:
      https://seenthis.net/messages/843847

    • Les violences conjugales et la crise du Covid-19

      Les politiques publiques menées en réponse à la crise sanitaire ont eu des conséquences lourdes sur les victimes de violences conjugales, en particulier en termes spatiaux puisque le confinement est venu renforcer le contrôle spatial exercé par les hommes violents. La recherche présentée dans ce blog scientifique vise à interroger la dimension spatiale des politiques publiques menées pendant la crise et leurs effets sur les pratiques spatiales des victimes de violences et de surveillance conjugale, en vue d’accompagner l’élaboration de politiques publiques à venir, d’éviter qu’une réponse à une crise sanitaire se traduise par une mise en danger des personnes les plus vulnérables.

      Le projet fait l’objet d’un financement ANR / Fondation de France. Il se déroulera pendant une période d’un an à compter de septembre 2020. Il a été lancé par une équipe de quatre membres : #Marion_Tillous (coordinatrice scientifique), Eva San Martin Zapatero, Julie Bulteau et Pauline Delage. Pour en savoir plus sur l’équipe, voir la page « A propos ».

      https://anrcovico.hypotheses.org/1

    • Violences conjugales, un « confinement sans fin »

      La période d’assignation à domicile au printemps a provoqué une hausse importante du nombre de signalements. Augmentation liée à une aggravation des faits de violence mais aussi à une plus grande mobilisation des proches, et en particulier du voisinage.

      Si l’on comprend les violences faites aux femmes comme une « guerre de basse intensité » (Falquet, 1997), alors le confinement instauré au printemps en réponse à l’épidémie de Covid-19 a marqué une nouvelle bataille, sur un terrain bien particulier. L’assignation à résidence et les restrictions de déplacement ont renforcé l’auteur de violences conjugales dans ses exigences de contrôle. En retour, le fait pour la femme victime de ne pas pouvoir sortir n’a pas seulement restreint la possibilité pour elle de trouver des relais et des témoins aux violences qui lui étaient faites, elle a aussi réduit les interactions dans lesquelles elle était considérée comme une personne à part entière. Le fait que les écoles et la plupart des services publics soient restés fermés après la fin du confinement a prolongé cette situation.

      La violence conjugale exercée par les hommes n’est pas soudaine ou ponctuelle. Elle s’inscrit dans une stratégie d’emprise : non seulement la victime est surveillée en permanence, mais également progressivement coupée des liens avec ses proches, et placée dans une dépendance matérielle et affective vis-à-vis de son agresseur. La question spatiale est cruciale dans ce processus de contrôle et d’isolement, ce que la chercheuse Evangelina San Martin Zapatero a mis en évidence à travers le terme de « déprise spatiale » (2019). S’inspirant du concept développé en sociologie du vieillissement, elle montre que les violences conjugales ont notamment pour conséquence une forte restriction des déplacements, une perte de compétence spatiale et une dépendance au conjoint pour la réalisation des déplacements.

      L’instauration du confinement en réponse à l’épidémie de Covid-19 a inévitablement été un atout pour les agresseurs dans leur stratégie d’emprise. C’est ce que montre l’augmentation considérable du nombre de signalements de faits de violence intraconjugaux pendant la période, que ce soit en France ou dans les autres pays concernés par des mesures de confinement. Dès le 5 avril, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à un cessez-le-feu dans les violences faites aux femmes. L’organisation a estimé à la fin du mois d’avril que chaque nouveau trimestre de confinement se traduirait par 15 millions de cas supplémentaires de violence basée sur le genre (projections de l’Unfpra). Le rapport de la mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et pour la lutte contre la traite des êtres humains paru au cours de l’été fait état également d’une forte hausse des signalements de violences sur les plateformes d’écoute des victimes, en particulier via les modes de communications « silencieux ». Ainsi, « les tchats de la plateforme de signalement des violences sexistes et sexuelles "Arrêtons les violences" ont été multipliés par 4,4 par rapport à 2019 pour tous les faits de violences et par 17 pour les faits de violences intrafamiliales ».

      Comme l’indique le rapport, cette hausse des signalements est liée à une aggravation des faits de violence plutôt qu’à un déclenchement de nouvelles violences dans des couples non concernés avant le confinement. Elle est aussi imputable à une plus grande mobilisation des proches, et en particulier du voisinage. Car si le confinement assigne à résidence les victimes et leurs agresseurs, il transforme aussi les voisin·e·s en témoins à temps complet. Et grâce au colossal travail de sensibilisation des organisations de lutte contre les violences conjugales et au mouvement #MeToo, ces témoins ne se contentent plus de vous glisser entre deux paliers que les murs sont fins comme du papier à cigarettes, mais assument de plus en plus la responsabilité d’alerter les associations ou les forces de l’ordre.

      Si le confinement a donné des oreilles aux murs, il a aussi ôté des yeux aux institutions et aux professionnels de la protection, comme le souligne Edouard Durand, juge des enfants au TGI de Bobigny, dans son audition par la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes du Sénat. Il a également considérablement compliqué le travail des associations qui accompagnent les femmes victimes de violence et assurent leur hébergement d’urgence (Delage, 2020). Et révélé à quel point les moyens manquent pour offrir des solutions concrètes : favoriser le recueil des témoignages tourne court si les écoutant·e·s ne peuvent pas diriger les victimes vers des lieux d’accueil d’urgence. Les 2 millions d’euros gouvernementaux issus du Grenelle contre les violences conjugales et du redéploiement des crédits du secrétariat d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes pendant le confinement sont bien maigres pour imaginer des solutions de logement à la hauteur des besoins. Et le financement de nuitées d’hôtel destinées à l’éloignement des hommes agresseurs sur cette enveloppe et non sur celle de la justice grève encore le budget.

      Les politiques publiques menées (ou non menées) pendant la crise du Covid-19 au printemps 2020, en premier lieu le confinement, ont révélé l’ampleur des violences conjugales et la dimension proprement géographique de l’emprise des hommes violents. Elles ont montré que les violences conjugales ne sont pas autre chose, pour reprendre les termes d’Annick Billon (présidente de la délégation sénatoriale évoquée plus haut), qu’« un confinement sans fin ». En 2000, la philosophe Marilyn Frye définissait déjà l’oppression comme un ensemble de forces et de barrières qui produisent des « vies confinées et contraintes ». C’est ce qui rend si impérative une loi-cadre qui réponde de manière coordonnée aux différentes dimensions de l’oppression patriarcale.

      https://www.liberation.fr/debats/2020/10/01/violences-conjugales-un-confinement-sans-fin_1801102