fascistovirus, les atteintes à nos droits…

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  • Webinaire avec Omar Barghouti et Stephanie Fox
    Campagne BDS France, le 3 avril 2020

    Je pense à cette importante victoire de BDS il y a quelques jours, après une bataille menée d’abord par JVP, avec plusieurs partenaires également. Cela a vraiment été une grande victoire pour BDS que Microsoft désinvestisse plus de 70 millions de dollars de la compagnie israélienne de sécurité AnyVision, avec son système de reconnaissance faciale « testé sur le terrain » sur les Palestiniens dans les territoires occupés, et utilisé par les autorités israéliennes d’occupation pour espionner les Palestiniens. Microsoft a fait ce qu’il devait en désinvestissant complètement Anyvision.

    #Palestine #coronavirus #Omar_Barghouti #Stephanie_Fox #BDS

    Voir compile des effets délétères indirects de la pandémie :
    https://seenthis.net/messages/832147

  • Coronavirus : à Singapour, TraceTogether permet de remonter les chaînes de contamination sans géolocalisation
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/08/coronavirus-a-singapour-tracetogether-permet-de-remonter-les-chaines-de-cont

    L’application, étudiée de près par le gouvernement français, utilise la fonction Bluetooth afin d’identifier avec qui l’usager a passé plus de trente minutes à moins de 2 mètres de distance.

    Lancée le 20 mars par le gouvernement de Singapour, l’application TraceTogether développe le principe du contact tracing (« suivi des contacts »). En laissant l’application ouverte et en ayant activé le Bluetooth, le programme stocke pendant vingt et un jours les données des personnes avec lesquelles le porteur du smartphone a été à « moins de 2 mètres, durant au moins 30 minutes ». Si, plus tard, l’une de ces personnes se révèle positive au Covid-19, et que l’application a repéré un risque de contamination, l’utilisateur du smartphone est contacté, pour éventuellement passer un test. Si c’est lui qui est infecté, il peut autoriser le personnel du ministère de la santé à accéder à l’application pour identifier les individus qui ont été à moins de 2 mètres de lui pendant au moins 30 minutes.

    L’usage de TraceTogether est basé sur le volontariat à Singapour, mais fortement encouragé : l’appli ne peut produire des résultats que si un grand nombre y a recours.
    Conçue par l’agence pour la technologie et par le ministère de la santé, TraceTogether met son logiciel à la disposition gratuite de tout pays ou développeur souhaitant l’utiliser et le modifier. Son site officiel décrit l’application comme un « outil crucial » pour retracer les chaînes de contamination : « Essayez de vous rappeler toutes les personnes que vous avez rencontrées les deux dernières semaines. Pouvez-vous nommer chacun de ceux avec qui vous avez parlé ? Sans doute pas. Et, même si vous le faites, vous n’avez peut-être pas leur contact », peut-on y lire. Il est précisé que le ministère de la santé n’accédera pas à vos données sans votre consentement : le numéro de téléphone de l’utilisateur n’apparaît pas directement dans le téléphone des personnes croisées – mais un identifiant, attribué de manière aléatoire.

    L’utilisation du Bluetooth permet « d’éviter la géolocalisation avec les coordonnées GPS, système qui fonctionne mal quand les gens sont à l’intérieur et à des étages différents d’un immeuble, par exemple », explique sur le site Internet Jason Bay, le directeur des services gouvernementaux numériques au sein de l’agence de technologie de Singapour. Par ailleurs, le GPS « poserait des questions de vie privée et de sécurisation des données ».

    L’usage de TraceTogether est basé sur le volontariat à Singapour, mais fortement encouragé : l’appli ne peut produire des résultats que si un grand nombre y a recours. Un million de personnes, sur les 5,6 millions que compte la cité-Etat, l’avaient téléchargée à la date du 1er avril. « Tout le monde en parle. Quand j’ai dit à mes amis singapouriens, lors d’un dîner, que je ne l’avais pas téléchargée, tout le monde m’a regardé d’un drôle d’air. Je l’ai fait tout de suite après », confie une expatriée française. Même si, à ce stade, TraceTogether n’a pu empêcher la mise en place, mardi 7 avril, de nouvelles mesures de quasi-confinement conduisant à la fermeture des commerces non essentiels et à un rappel à l’ordre pour rester chez soi, à la suite d’une remontée des contaminations. Le 7 avril, 106 nouveaux cas d’infection ont été déclarés, portant le total à 1 481 cas, pour six morts.

    Applications de pistage

    Ailleurs en Asie, d’autres modèles fonctionnent. En Corée du Sud, les éditeurs de logiciels proposent des applications de pistage. Corona Baeksin (« 100 mètres », en coréen), de l’éditeur Handasoft, alerte un utilisateur s’il se trouve à moins de 100 mètres d’un endroit préalablement visité par une personne contaminée. Il signale aussi la nationalité, le genre et l’âge des personnes positives et la date à laquelle elles ont été testées. Le système n’a pas recours au GPS des téléphones, mais à la triangulation par les opérateurs. Les autorités coréennes ont également facilité l’accès, pour les enquêteurs des centres de prévention et de contrôle des maladies, des données concernant les personnes positives, qui nécessitaient des autorisations préalables, comme l’utilisation des cartes de crédit et la vidéosurveillance.

    En Chine, Alipay, une filiale du géant du commerce Alibaba, a développé, en coopération avec plusieurs provinces et les services de police, un programme dit « code de santé », attribuant à leur utilisateur un code vert, jaune ou rouge, selon les voyages qu’il a effectués, les personnes qu’il a pu croiser et le formulaire de santé en ligne qu’il a rempli. Au moins deux cents villes l’utilisent. Un code-barres jaune ou rouge limite l’entrée dans certaines villes et commerces – si ceux-là ont décidé de les exiger pour les scanner. Cette donnée, ainsi que la localisation de l’usager, est alors envoyée vers des serveurs. Un code jaune peu induire de se mettre sept jours an autoquarantaine, et un code rouge quatorze jours. Mais des utilisateurs se sont plaints du fait qu’ils n’avaient aucune information sur les critères les ayant amenés à recevoir la couleur jaune ou rouge.

    #contact_tracing

  • « C’est de l’enfumage ! » : Israël célèbre ses médecins palestiniens mais néglige les zones arabes face au coronavirus
    Par Clothilde Mraffko – JÉRUSALEM – Mercredi 8 avril 2020 | Middle East Eye édition française
    https://www.middleeasteye.net/fr/reportages/cest-de-lenfumage-israel-celebre-ses-medecins-palestiniens-mais-negli

    (...) « Au lieu de dénoncer les politiques racistes dans les autres domaines, ils mettent l’accent sur cette magnifique coexistence : Arabes et juifs qui travaillent ensemble ! Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Rien ! C’est juste du maquillage pour camoufler un système raciste, qui l’a toujours été et va continuer à l’être, et qui ne peut pas intégrer les Palestiniens ! », estime-t-il.

    Sa voix fait écho à celle de nombreux citoyens palestiniens en Israël : le problème ne réside pas seulement dans les discours haineux du Premier ministre Benyamin Netanyahou ou de ses alliés politiques, qui ont qualifié les députés palestiniens de « cinquième colonne » ou de « terroristes ».

    « Le racisme est ancré dans les politiques et les pratiques quotidiennes d’Israël », souligne le Dr Tanous, « car ce pays a choisi qu’il ne serait pas l’État de tous ses citoyens mais celui des juifs uniquement ». (...)

  • Et voilà le travail : le titre original de l’article (voir l’URL, mais c’est encore dans le cache des référencements Twitter) était The US Department of Defense delivers one million surgical masks to be used by the IDF. Désormais c’est : Israel brings 1 million masks from China for IDF soldiers, et la mention du rôle du DoD américain a disparu de l’article (il ne subsiste que dans la légende de la photo) :
    https://www.jpost.com/israel-news/us-department-of-defense-give-1-million-masks-to-idf-for-coronavirus-use-6239
    https://images.jpost.com/image/upload/f_auto,fl_lossy/t_JD_ArticleMainImageFaceDetect/456229

    Dis Seenthis, il me semble avoir vu passer, il y a bien longtemps, un outil permettant de retrouver les différentes versions des articles des grands médias. Quelqu’un serait capable de le retrouver ?

  • Traçage des données mobiles dans la lutte contre le Covid-19
    https://medium.com/@mounir/tra%C3%A7age-des-donn%C3%A9es-mobiles-dans-la-lutte-contre-le-covid-19-e718b

    LE NUMÉRIQUE AU SERVICE DE LA SANTÉ ET DES LIBERTÉS Le monde compte désormais plus de 3,4 milliards de personnes confinées. Bien que coupées physiquement de leur famille, de leurs proches et de leurs collègues, elles n’en demeurent pas moins connectées à leurs communautés. Les liens sociaux et le sentiment d’appartenance survivent grâce à Internet et à la téléphonie. En cette période d’isolement, ces technologies n’ont jamais été aussi précieuses pour l’Humanité. Et elles peuvent le devenir plus encore par (...)

    #Bluetooth #smartphone #GPS #éthique #géolocalisation #métadonnées #BigData #santé #surveillance (...)

    ##santé ##CNIL

  • Coronavirus revives Gaza’s sewing sector as tailors turn out PPE
    https://www.al-monitor.com/pulse/originals/2020/04/gaza-sewing-factory-masks-coronavirus-export-israel.html

    La #pandémie du #Covid-19 n’a pas de frontières Des sociétés israéliennes commandent des masques à #Gaza... (Je suis plus critique que l’article du Monitor...) #palestine

    Gaza clothing manufacturers have ventured into the production of personal protective equipment (PPE) amid the coronavirus outbreak in the region — and they’re making the products for Israel.

    Tailors in Gaza are working with Israeli companies and factories started to export protective masks, coveralls, shoes, gloves and other clothing to Israel in early March.

    The garment sector used to be one of the most prosperous in the Gaza Strip, but business significantly deteriorated after Israel imposed a blockade in 2007 and prevented clothing exports from Gaza. Nearly 90% of the 928 facilities, which had employed about 35,000 workers, had to close, said Abdel Naser Awwad, director general of the Department of Industry at the Ministry of National Economy in Gaza.

    Last year, Israel allowed Gaza to export limited quantities of clothing and textiles to the West Bank and Israel, in accordance with truce understandings between Hamas and Israel reached that March. As a result, about 6,000 workers regained their factory jobs. “The number of licensed factories operating [in Gaza] has currently reached 165," Awwad told Al-Monitor.

    These factories, which are advanced and can compete in global markets, immediately responded to the region’s PPE needs, he said.

    Awwad said Israeli companies are subcontracting work directly to two main Gaza factories run by Unipal 2000 and National Textile Industries Co. These two major manufacturers distribute orders to smaller factories based on delivery deadlines, helping revive some inactive businesses.

  • « les gens préfèrent les courts déplacements à pied, ce qui favorise les supermarchés et les commerces de proximité par rapport aux hypermarchés »
    http://www.leparisien.fr/societe/coronavirus-bouclage-leve-a-wuhan-record-de-morts-aux-etats-unis-suivez-l

    8h10. Les hypermarchés ne font pas le plein. Alors que de nombreux magasins alimentaires connaissent une très forte affluence, les plus grands n’en bénéficient pas. « Les ventes des très grands hypermarchés, qui sont des poids lourds de la distribution française, étaient en recul de 16% sur la deuxième semaine du confinement », détaille Daniel Ducrocq, du cabinet d’études Nielsen. Celles des hypermarchés de taille modeste (moins de 7500 m²) ont baissé de 7%. En revanche, tous les autres modèles de distribution sont « en forte hausse ». Yves Marin, associé de Bartle, une agence de conseil en distribution, explique que « dans la situation actuelle, les gens préfèrent les courts déplacements à pied, ce qui favorise les supermarchés et les commerces de proximité par rapport aux hypermarchés ».

  • #Roms. « Ils vont mourir de #faim, pas du #coronavirus », s’alarment les associations

    Manque de nourriture, pas d’accès à l’eau : la situation sociale et sanitaire des 19 000 personnes vivant dans des #bidonvilles s’aggrave. « La vie est encore plus dure depuis le coronavirus », témoigne Tarzan. Habitants et bénévoles des associations venant en aide à la communauté rom se sentent complètement délaissés.

    « La vie est encore plus dure depuis le coronavirus. » Habitant dans une caravane à Toulouse, Tarzan est inquiet pour son avenir et celui de ses enfants. Lui qui s’est débrouillé jusqu’à présent grâce à la revente de ferraille, se voit désormais contraint d’arrêter. « Je ne peux plus travailler, ni acheter à manger pour ma famille. Et mes petits ne vont plus à l’école », déplore le père de famille. Il ne s’est pas aventuré en dehors du terrain depuis trois semaines.
    Un manque de volonté des élus

    Depuis le confinement, la situation sanitaire des 19 000 personnes vivant dans des bidonvilles s’aggrave. Ils manquent de tout. « En matière d’aide alimentaire, les premières semaines, c’était dramatique, affirme Clémentine Sinquin, déléguée générale du Collectif national droits de l’homme Romeurope. Les gens avaient très faim, l’aide n’était pas structurée. » Désormais, la distribution alimentaire s’organise un peu partout sur le territoire, à l’exception de certaines zones. À Bordeaux, par exemple, « il y a une véritable crise alimentaire, alerte Jean-Luc Tari, responsable de la mission bidonvilles de Médecins du monde (MDM). Environ 500 personnes, parmi lesquelles il y a des enfants et des femmes enceintes, n’ont plus rien à manger. Les gens vont mourir de faim, pas du coronavirus ».

    Mais les autorités politiques locales ne bronchent pas, regrette le militant, qui fustige le manque de volonté des élus. La situation reste aussi tendue à Toulouse, Nantes et dans plusieurs départements d’Île-de-France, dont les Hauts-de-Seine.

    À l’échelle nationale, il aura fallu plusieurs semaines pour que les associations aient enfin des informations. Une instruction ministérielle du 27 mars, adressée aux préfets, indique les mesures à prendre pour protéger les plus démunis. Sans écrire une seule fois le mot « bidonville »… Le passage sur l’eau s’adresse visiblement plus aux personnes isolées et à la rue qu’aux familles des terrains. « Près de 80 % des personnes vivant en bidonville n’ont pas accès à l’eau, dénonce Clémentine Sinquin. Sans eau, les populations ne peuvent pas boire, se laver les mains, cuisiner, etc. C’est donc impossible de respecter les mesures d’hygiène et de prévention. » Le réseau militant rappelle que l’État et les collectivités locales ont des obligations envers ces populations. « À Stains, le point d’eau du cimetière qui permettait à 220 personnes d’avoir de l’eau est aujourd’hui fermé, les gens restent sans solution », regrette-t-elle.
    Tous attendent des mesures fortes

    Informer les populations face aux risques épidémiques, c’est le travail harassant des associations, qui organisent des maraudes sanitaires. À Toulouse, Geneviève Molina, médecin et membre de MDM, est sur le front : «  Nous allons sur le terrain pour alerter sur le virus, expliquer les gestes barrières, mais également fournir des attestations à ces populations très anxieuses face aux risques de propagation du virus. Le surpeuplement, la grande promiscuité et le manque d’hygiène sont des conditions très difficiles. » « Il faut tout faire pour mettre en place une veille sanitaire. Si le Covid-19 se répand sur un bidonville ou un squat, ça sera une catastrophe », prévient-elle.

    Les habitants et bénévoles se sentent complètement délaissés. « Si une personne est contaminée, que fait-on ? demande Liliana Hristache, de l’association Rom Réussite, à Montreuil. Rien n’est prévu pour pouvoir mettre des familles entières en isolement. Et si une maman est seule, avec ses enfants, comment agir ? J’aimerais bien que l’État réagisse. » Tous attendent des mesures fortes pour affronter la crise sanitaire. « Il n’y a toujours pas de maraudes de prévention de l’épidémie dans une grande partie de l’Île-de-France, tandis qu’une personne est décédée du coronavirus dans un squat dans le Val-d’Oise », alerte Clémentine Sinquin. La crise du coronavirus a déjà convaincu des Roms de quitter la France.

    À Montreuil (Seine-Saint-Denis), l’annonce du confinement a vidé deux campements. Et deux autres, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et Bonneuil-sur-Marne (Val-de-Marne), ont connu un scénario identique.

    https://www.humanite.fr/roms-ils-vont-mourir-de-faim-pas-du-coronavirus-salarment-les-associations-
    #France

    signalé par @isskein

    ping @karine4

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    J’ajoute à la métaliste coronavirus et faim :
    https://seenthis.net/messages/838565

  • « Il faut redouter un basculement culturel en faveur d’une surveillance massive de nos comportements hors ligne »
    https://www.bastamag.net/covid19-coronavirus-sortie-confinement-surveillance-application-smartphone

    Pour préparer la sortie du confinement, le gouvernement envisage la possibilité d’une application mobile, téléchargeable, qui permettrait d’être informé si l’on a croisé une personne touchée par le virus. Arthur Messaud, juriste à la Quadrature du net, décrypte l’intérêt d’une telle solution mais également les lourdes menaces qu’elle fait peser. « Ferons-nous reposer la #Santé_de la population sur notre « robotisation » ou, au contraire, sur notre humanité ? » Les projets de traçage numérique contre le virus se (...) #Débattre

    / #Surveillance_et_biométrie, Santé , #Discriminations

    • Une contrainte sociale

      Les injonctions sanitaires ne viennent pas que du gouvernement, mais aussi d’une large partie de la population. Difficile de critiquer les injonctions actuelles qui invitent au confinement, mais que penser des injonctions futures, qui viendront après, lorsque la fin du confinement sera amorcée ?

      Dans un monde déjà hyper-connecté, mis sous tension par la crise sanitaire, comment seront accueillies les personnes qui refuseront d’utiliser l’application ? Et celles qui, pour des raisons économiques, politiques ou en raison de handicap, n’ont tout simplement pas de smartphone ? Pourra-t-on aller travailler ou faire nos courses sans pouvoir attester de la bonne santé de nos fréquentations ? Nous laissera-t-on entrer dans tous les restaurants, centres d’accueil, bars, hôtels de jeunesse, boites de nuit, lieux de prière ou cinémas ?

      De ces tensions sociales, il faut redouter un basculement culturel en faveur d’une surveillance massive de nos comportements hors ligne. Il faut redouter l’exclusion sociale de celles et ceux qui refuseront de céder leur sociabilité et leur corps au contrôle et à l’efficacité biologique. De celles et ceux qui refuseront de devenir semblables à des machines, traçables et auditables en tout lieu.

      Hélas, une telle évolution ne serait pas que sociale : l’industrie la prépare déjà depuis des années en déployant la reconnaissance faciale et la vidéo-surveillance automatisée dans nos villes. La Technopolice pourrait trouver dans cette crise sanitaire l’assise culturelle qui lui manquait tant.

      Encore une fois, notre peur naturelle de mourir serait instrumentalisée, non plus seulement contre le terrorisme, mais désormais aussi contre la maladie. Nous sommes habitués à ces faux chantages et ne sommes pas dupes. Dans le futur, notre société pourraient connaître des crises bien pires que celles en cours et, quelles que soient les menaces, la mort nous fera toujours moins peur que leurs futurs dystopiques – qu’une vie sans liberté.

      Dans tous les cas, ce choix n’a pas lieux d’être aujourd’hui. La défense des libertés ne s’oppose pas à notre santé. Au contraire, elles vont de pair.

  • Germany Launches Smartwatch App to Monitor Coronavirus Spread - The New York Times
    https://www.nytimes.com/reuters/2020/04/07/technology/07reuters-health-coronavirus-germany-tech.html

    The Corona Data Donation app, available for download in the Google Play Store and Apple App Store, is voluntary and data would be processed anonymously. To register, users should enter their postcode, age, sex, height and weight.

    Data shared by their connected devices would be monitored on an ongoing basis, with telltale readings such as a high temperature or disturbed sleep indicating whether an individual may have come down with COVID-19.

    Project leader Dirk Brockmann said he hoped 100,000 people - or 10% of Germany’s smartwatch and fitness tracker users - would sign up.

    Dirk Brockmann est un des chercheurs que je suis depuis longtemps, j’aime beaucoup son travail. Cf. par exemple https://visionscarto.net/visualiser-les-reseaux

  • The NHS coronavirus app could track how long you spend outside | WIRED UK
    https://www.wired.co.uk/article/nhs-coronavirus-tracking-app

    The NHS is drawing up plans that could see it expand the remit of its coronavirus contact-tracing app to enforce social distancing by warning people if they spend too much time outside.

    The smartphone app, currently under development at the health service’s innovation unit NHSX, is expected to be released within weeks. Its main purpose has been reported as “contact-tracing”: it would keep tabs of users’ encounters with their contacts through Bluetooth, and then automatically notify those people if a user is infected with coronavirus.

    Internal documents seen by WIRED reveal that the people working on the project are exploring whether the app could be retooled with extra functions that could allow it to boost social distancing measures that have been in place since March 23.

    These distancing measures could be accomplished by using the app to notify users if they spend more than one hour out of their houses by nudging them to go back home, or to warn them if they are coming too close to other groups of people who have downloaded the app.

    WIRED understands that the decision to assess the potential addition of these features was taken following a meeting between health secretary Matt Hancock, the government’s chief scientific Adviser Patrick Vallance, and NHSX CEO Matthew Gould.

    At this stage, the inclusion of such features is still only hypothetical. NHSX is currently in the process of assessing all the possible ways the app might be harnessed to support social distancing; later this week the health secretary will draw upon that assessment to make a decision, and possibly start working out the legal and policy details of how such functionality could be implemented. The final call on a roll-out will have to involve several governmental organisations, most notably the Cabinet Office.

    The documents seen by WIRED suggest that, when the lockdown is relaxed, the app might also play a role in a system providing “immunity passports” to people who have contracted and recovered from the novel coronavirus.

    An NHS spokesperson said the suggestion that the app might include social distancing elements was “not true”. They did not offer any further comment.

    Rachel Coldicutt, a technology expert and ethicist who runs the technology consultancy Careful Industries – and the first signatory of an open letter calling on NHSX to follow “ethical best practices” in designing the app – says it unlikely that the plans to use the app to enforce social distancing will ultimately be adopted.

    “For that to happen in the UK, we would have to be quite in a very bad position indeed. I can’t imagine a Tory government announcing that,” Coldicutt says. She adds that, since downloading the NHS app will be voluntary, the lurch to a more nagging vibe might hinder adoption.

    “When you start layering in things that might be monitoring people’s whereabouts – especially with a voluntary app – the likelihood of people downloading it would be extremely low. People will leave their phones at home when they plan to stay out for longer than an hour,” she says.

    “On the other hand, there would be certain ways of framing [these features], if you want to make it more attractive. For instance, you could add a feature showing if nearby supermarkets are busy or not,” a concern which she says several people have been voicing in the past few weeks.

    Silkie Carlo, director of the pro-privacy campaign group Big Brother Watch, criticises the plan, saying that “a government-backed location tracking app risks the most insidious mission creep.”

    “If authorities use this crisis as an opportunity to extend surveillance, they will haemorrhage trust and undermine important public health measures.”

    News that the government – through NHSX – was planning the launch of a contact-tracing app first emerged last week, in a report by Sky News. The report revealed that the technical side of the development had been contracted out to US technology firm VMware, while the algorithm had been designed by the University of Oxford’s Nuffield Department of Medicine.

    #Coronavirus #Surveillance #Géolocalisation #Nudge

  • À Gaza , nous sommes passés d’une prison ouverte à une prison fermée | Ziad Medoukh
    https://agencemediapalestine.fr/blog/2020/04/06/a-gaza-nous-sommes-passes-dune-prison-ouverte-a-une-prison-ferm

    Alors qu’ils sont solidaires des peuples endeuillés, les Palestiniens de Gaza se disent que pour la première fois, la planète entière, ou presque, est en train de vivre le confinement et l’isolement dont ils souffrent depuis longtemps. Source : Middle East Eye via Agence Media Palestine

  • Coronavirus : « Les applications de “contact tracing” appellent à une vigilance particulière »
    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/04/05/coronavirus-les-applications-de-contact-tracing-appellent-a-une-vigilance-pa

    Pour Marie-Laure Denis, la présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), « ne doivent être collectées que les données nécessaires à des finalités explicites ».

    Dans de nombreux pays, les initiatives destinées à utiliser les données personnelles pour lutter contre la pandémie de Covid-19 se multiplient. En France, l’un des comités scientifiques établis par l’Elysée doit réfléchir à « l’opportunité de la mise en place d’une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées ». Marie-Laure Denis, la présidente de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), l’autorité française de protection des données, explique quels sont les principaux points de vigilance pour limiter le potentiel intrusif de tels dispositifs.
    La CNIL a-t-elle été saisie par le gouvernement d’un projet en lien avec la pandémie ?

    Non. La CNIL se tient à la disposition des pouvoirs publics. Nous voulons faire preuve de pragmatisme tout en favorisant les éventuelles solutions les plus protectrices de la vie privée. Une de nos priorités, c’est d’être en phase avec la réalité du contexte sanitaire, afin de pouvoir apprécier si les mesures mises en œuvre sont proportionnées. Le collège de la CNIL a ainsi auditionné le 31 mars le président du comité scientifique, le professeur Jean-François Delfraissy.
    Que signifie le pragmatisme que vous évoquez ? Une lecture moins stricte des textes ?

    Aujourd’hui, le cadre réglementaire de l’Union européenne en matière de protection des données est à la fois souple et protecteur, et permet de tenir compte de situations d’urgence comme celle que nous traversons. Il exige néanmoins des garanties fortes. Si nous parlons de suivi individualisé des personnes, il y a deux solutions. La première, c’est que ce suivi repose sur le volontariat, c’est-à-dire le consentement libre et éclairé. Il ne faut pas qu’il y ait des conséquences pour celui qui refuserait de télécharger une application, par exemple.

    Il faut aussi qu’il respecte les principes de la protection des données : proportionnalité [que les dommages à la vie privée soient à la hauteur de l’efficacité du dispositif], durée de conservation, caractère provisoire, sécurité… Dans ce cas, il n’y a pas besoin de disposition législative. Pour le suivi individualisé des personnes qui ne reposerait pas sur le consentement, il faudrait, d’une part, une disposition législative et, d’autre part, que le dispositif soit conforme aux principes de la protection des données.
    Avez-vous des inquiétudes sur ce type de projets ?

    Il nous faut être particulièrement vigilants pour limiter leur potentiel intrusif. D’abord, ne doivent être collectées que les données nécessaires à des finalités explicites. S’agit-il d’informer celles et ceux ayant été en contact avec une personne porteuse du virus ou de vérifier le respect du confinement ? Il faut aussi respecter le principe du consentement. Les modalités techniques des dispositifs doivent, par ailleurs, être minutieusement analysées, parce qu’elles ont une incidence sur la protection de la vie privée. Il faut enfin que ce soit temporaire, c’est un point essentiel. Tout dispositif visant à limiter de manière importante et durablement la protection des données des individus pourrait, selon la situation, constituer une ligne rouge à ne pas dépasser.
    Que pensez-vous des projets d’applications de suivi des contacts qui enregistrent la liste des autres applications à proximité, afin qu’en cas de diagnostic positif, on puisse avertir tous les contacts d’un malade donné ?

    Il faut se garder de penser qu’une application va tout résoudre, même si les nouvelles technologies peuvent contribuer à une sortie sécurisée du confinement, dans le cadre d’une réponse sanitaire plus globale.

    Les dispositifs doivent intégrer le droit des personnes à leur vie privée, pas seulement pour respecter l’Etat de droit, mais aussi parce que c’est un gage de confiance, sans lequel les utilisateurs potentiels de ces technologies seront peu disposés à les adopter. S’agissant des applications de contact tracing, elles appellent à une vigilance particulière, car leur incidence sur le respect de la vie privée est très variable.

    Une application utilisant la technologie Bluetooth, pour détecter si un autre téléphone équipé de cette même application se trouve à proximité immédiate, apporte davantage de garanties qu’une application géolocalisant précisément et en continu.

    D’une façon générale, il faut privilégier les solutions qui minimisent la collecte des informations, par exemple en utilisant un identifiant plutôt que des données nominatives. Les solutions doivent aussi privilégier le chiffrement de l’historique des connexions et le stockage des données sur un téléphone, plutôt que de les envoyer systématiquement dans une base centralisée.

    Un élément déterminant pour l’appréciation que le collège de la CNIL pourrait porter sur un tel dispositif, outre l’assurance de son caractère provisoire, serait le recueil d’un consentement libre et éclairé de l’utilisateur. A ce jour, en France, les pouvoirs publics, lorsqu’ils ont évoqué une réflexion sur des dispositifs de suivi numériques, ont exclu que leur éventuelle mise en œuvre se fasse sur une autre base que le volontariat.

    #Coronavirus #Vie_privee #CNIL

  • Dans un #Liban confiné, les #violences domestiques explosent - Nada MERHI - L’Orient-Le Jour
    https://www.lorientlejour.com/article/1213569/en-ces-temps-de-coronavirus-la-violence-domestique-a-presque-double.h

    « Ce qui nous inquiète, c’est que les appels que nous avons déjà commencé à recevoir ne représentent que le sommet de l’iceberg, déplore Me Awada. Un plus grand nombre de #femmes #victimes de violence ne trouvent pas de moyen de nous joindre. Nous l’avons constaté avec celles qui, d’habitude, faisaient un suivi de leur situation de manière périodique. Depuis que la mobilisation générale est entrée en vigueur, elles n’ont plus donné signe de vie. »

    • 80 % des prostituées en France sont étrangères, souvent victimes de réseau de traite et donc sans aucun statut du tout. Toutes ces personnes sont évidemment dans des situations difficiles.

      On sait qu’il y a des clients prêts à sortir pour rencontrer les femmes. D’ailleurs, certains leur proposaient un peu plus d’argent pour qu’elles acceptent de les rencontrer. On pourrait se préoccuper de ces hommes-là qui mettent en danger la vie d’autrui. Les risques qu’ils prennent, ils ne les prennent pas que pour eux. Mais il y a tout de même beaucoup moins de clients. Les hommes ont peur, comme tout le monde, d’être contaminé. Comme quoi, on peut aussi réfléchir sur cette pratique et ce soi-disant besoin irrépressible qu’auraient les hommes de devoir trouver partout, tout le temps, des femmes pour assouvir leurs besoins sexuels. Cette crise pourrait permettre à certaines personnes de réfléchir sur leur comportement.

  • En psychiatrie, « avec le confinement, on revient à quelque chose d’asilaire » | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/060420/en-psychiatrie-avec-le-confinement-revient-quelque-chose-d-asilaire

    Comment se déroule le confinement pour des patients bien souvent déjà enfermés ? En psychiatrie, l’épidémie de Covid a réduit les espaces de liberté des malades et révèle crument les différences de pratiques selon les établissements.

    Le 8 mars, Patrick fait une tentative de suicide. De lui-même, il contacte le Samu, mais le numéro est saturé d’appels et sonne occupé « pendant trop longtemps ». Heureusement, il parvient à joindre les pompiers qui l’emmènent aux urgences. Dès le lendemain, il entre en hôpital psychiatrique. Il y reste dix jours. Le temps de vivre « le confinement de l’intérieur ». « J’ai vu les libertés se réduire, c’est pour ça que j’ai demandé à sortir, je ne voulais pas rester coincé là-bas comme sur un paquebot. »

    Il raconte par exemple le moment de la prise de médicaments, lors de laquelle les patients font la queue pour obtenir leur traitement : le premier jour, aucune distance de sécurité n’est respectée ; le lendemain, chaque personne se tient à 50 cm de l’autre ; le troisième, « la queue mesurait plus de 30 mètres de long tellement il y avait d’espace entre les gens, donc les portes restaient ouvertes, il n’y avait aucune intimité pour les soins ». Les sorties dans le parc de l’établissement sont encore autorisées lorsqu’il quitte l’hôpital, « mais elles ont dû être supprimées depuis, car on sortait un par un, il fallait attendre en file, avec les distances à respecter, ça relève de l’impossible. Mais enfermer les gens 24/24h, c’est compliqué… »

    De fait, « pour les patients hospitalisés en psychiatrie, on se retrouve à faire tout ce contre quoi on s’est toujours battus », résume le docteur Mathieu Bellahsen, chef de pôle à l’hôpital spécialisé Roger-Prévot à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Dans son établissement, la salle commune a été fermée, tout comme la salle de télévision. Le self est à l’arrêt, les balades suspendues, les visites interdites, les psychothérapies corporelles remises à plus tard. « L’enfer total », pour le psychiatre.

    Même son de cloche dans l’est de la France. « Pas de promenades dans le parc, arrêt des permissions pour les retours à domicile, fin des visites, cafétéria fermée, énumère le docteur Christophe Schmitt, président de la Commission d’établissement du centre hospitalier de Jury, à côté de Metz. C’est difficile à supporter pour les patients et leur famille. » Pour contrebalancer, les personnes hospitalisées peuvent contacter leur famille par téléphone et le logiciel Skype a été installé sur des ordinateurs dans l’unité des adolescents et celles des patients autistes. « Pour ceux qui restent sur une longue durée, qui vivent à l’hôpital, leur univers est construit autour de la cafétéria, des retours en famille le week-end, des visites… Tous ces repères-là n’existent plus. » 

    C’est pourquoi le 27 mars, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Adeline Hazan, a publié une série de recommandations relatives aux établissements de santé mentale. Parmi celles-ci, on peut notamment lire que « l’interruption des visites des familles est compensée en facilitant les relations par téléphone ou Internet. Le CGLPL recommande à ce titre que les patients disposent librement de leur téléphone personnel, les exceptions ne pouvant être justifiées que par l’état clinique du patient. Selon la disponibilité du personnel et la disposition des locaux, l’accès à l’air libre et les promenades dans le parc doivent rester possibles afin de prévenir les tensions ». Des recommandations diversement appliquées partout en France. Car, comme le rappelle Christophe Schmitt, « quand les choses ont démarré, il y a eu des préconisations sur les traitements, la réanimation, mais rien de ciblé pour la psychiatrie ». « Les consignes en psychiatrie ont été données avec beaucoup de retard, là où les établissements généraux en avaient reçu depuis longtemps, confirme Adeline Hazan. Chaque ARS a livré ses propres consignes, donc cela diffère selon les régions. Cette crise révèle ce qui existait déjà : la disparité des pratiques entre les hôpitaux, parfois même entre les services, c’est très frappant. »

    Effectivement, au sein de la même région, la situation peut varier du tout au tout. Ainsi, Bénédicte Chenu, dont le fils schizophrène est hospitalisé à Sainte-Anne, à Paris, considère qu’il est « limite mieux là-bas que dans son appartement ». Chaque matin, le personnel soignant lui prend la température, il peut se promener dans le parc, descendre fumer et appeler sa mère sur WhatsApp. Seul point noir : la fermeture de la cafétéria. « En dehors de ça, il est en sécurité, il reste dans son secteur avec des jeunes de son âge. Et moi je peux appeler les infirmières si j’ai la moindre inquiétude. » Mais la mère le sait bien, « tout ça dépend beaucoup des services. S’il était resté là où il était hospitalisé auparavant, j’aurais été catastrophée ».

    C’est justement l’état dans lequel se trouve Carmen, extrêmement inquiète pour son fils, sujet à des délires, des hallucinations et des crises de paranoïa, hospitalisé depuis août dans un autre établissement parisien. « Il n’est pas stabilisé, donc il doit effectuer un bilan sanguin chaque semaine pour vérifier son traitement. Mais l’hôpital vient de m’informer qu’avec le confinement, ils ne feront plus de bilan sanguin. Ça signifie qu’il va devoir rester avec un traitement qui ne lui convient pas. » Surtout, les trois coups de fil hebdomadaires, qui remplaçaient les visites, ont été supprimés pour son fils. « Il entend des voix. Mardi, il s’est battu, il a été puni, il n’a plus le droit de téléphoner pendant une semaine. Mais c’est à cause de sa maladie, ce n’est pas sa faute ! Je ne sais pas dans quel état je vais le retrouver… », s’alarme Carmen.

    D’après Christelle, infirmière dans un hôpital psychiatrique du sud-ouest de la France, « avec le confinement, on revient à quelque chose d’asilaire ». D’autant plus dans son établissement où, pour créer une unité dédiée aux patients atteints du Covid, il a fallu entièrement en vider une autre et répartir les patients dans d’autres services, plus petits. « On a déplacé plus de vingt personnes dans une unité beaucoup plus petite, déjà pleine, habituellement prévue pour 32 personnes. » Résultat : des chambres de deux sont passées à quatre ou cinq occupants, avec les WC à partager et 1,5 mètre d’espace entre chaque lit. Le tout sans salle commune d’activité. « Donc on a des gens très très confinés, sans aucun espace d’intimité. » Le seul espace individuel possible restant celui de l’isolement thérapeutique. Soit une pièce où la personne se retrouve enfermée à clé, séparée des autres patients, normalement utilisée en dernier recours lors d’une phase critique de la maladie, sur décision d’un psychiatre. « On en arrive à pratiquer ce soin avec des gens qui n’en auraient pas eu besoin en temps normal, souffle l’infirmière. C’est très violent. »

    Des chambres surchargées

    À Asnières-sur-Seine, « pour ne pas avoir de chambre double, on a fait sortir des gens qui auraient mérité une hospitalisation plus longue ou un accompagnement intermédiaire, avec d’abord quelques permissions. Une des personnes qu’on a fait sortir est revenue le lendemain après une tentative de suicide », raconte Mathieu Bellahsen. Au centre hospitalier Le Vinatier à Bron (Rhône), deuxième plus gros hôpital psychiatrique de France, il a aussi fallu fermer des lits. « Pour deux raisons, explique la docteure Natalie Giloux, cheffe de service. Anticiper le fait que les soignants seraient malades et donc absents. Et aussi libérer des lits pour les patients atteints du Covid. »

    En trois jours, 17 personnes sortent de son service. « Notre chance, c’est que les familles ont été prêtes à collaborer. Elles comprennent la situation, se rendent disponibles et solidaires. » Et les lieux de soins en ambulatoire n’ont pas été fermés, à l’exception des thérapies de groupe. Au Vinatier, les patients continuent de venir pour leur consultation, en étant systématiquement dépistés à l’entrée. Une rareté, puisque selon Adeline Hazan, « les centres médico-psychologiques (CMP) et les hôpitaux de jour ont globalement été fermés très vite ». Là-bas, comme souvent ailleurs, beaucoup de téléconsultations ont également été mises en place. « On a maintenu le contact de l’hôpital de jour par téléphone et grâce à des visites à domicile », confirme Christophe Schmitt. Mathieu Bellahsen sortait lui aussi justement d’une visite à domicile lorsque nous l’avons eu au téléphone.

    Car, pour les patients hors de l’hôpital, maintenir les soins et le contact s’avère essentiel. Du côté de Toulouse, Ingrid, dépressive et schizophrène, le reconnaît : en temps normal, en dehors de ses rendez-vous au centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP, prolongement du CMP), elle sort peu de chez elle. « J’y vais plusieurs fois par semaine, c’est le seul endroit où je vois des gens. Mais là, ils ne reçoivent plus. Quand dans la tête ça ne va pas, c’est compliqué. » Selon elle, « il n’aurait pas fallu fermer le CMP », sa « bouée de sauvetage ». Les consultations par téléphone ne lui suffisent pas. « On est un peu lâchés dans la nature », regrette-t-elle.

    Asma (le prénom a été modifié), dépressive chronique, ne se satisfait pas non plus des téléconsultations. « On ne va pas vraiment en profondeur. Et j’ai le sentiment d’une intrusion dans ma vie privée. Quand je vais en cabinet, je décide de ce que je donne. Là, ça me met mal à l’aise que les soignants voient chez moi. » Elle tire néanmoins du positif de la situation, elle qui devait justement réapprendre à vivre seule et à retrouver ses marques après plusieurs hospitalisations. Sur ce point, « ça a plutôt accéléré mon rétablissement ». La jeune femme a néanmoins dû affronter quelques crises, heureusement épaulée par son compagnon. « Sans lui, je me serais bourrée de médocs », admet-elle.

    Un accompagnement primordial dans la période actuelle, comme l’explique Dominique Laurent, présidente de la Maison bleue, un groupement d’entraide mutuelle (GEM) à Perpignan, structure autogérée par des usagers de la psychiatrie : « Vous savez, le confinement, on connaît. Quand on a passé plusieurs mois en hôpital psy, l’enfermement, on sait ce que c’est. La maladie fait que les gens se confinent aussi d’eux-mêmes, les usagers ont peu de relations. » Face à la crise, la Maison bleue a tout de même mis en place un relais téléphonique pour ses membres. Et les activités, menées par des adhérents, n’ont pas été interrompues : les ateliers chant et théâtre continuent par téléphone, l’informaticien dépanne tout le monde à distance, le cuisinier envoie des recettes, les usagers jouent aux échecs à distance… « Le constat que je fais, c’est que nous allons bien. En dehors de nous, les usagers sont souvent seuls. Là, on s’aperçoit que nos relations ont été solidement tissées, elles résistent. La trame de fond de la solidarité entre nous est bien installée. »

    Comment les soignants voient-ils la suite ? Beaucoup craignent « une hécatombe », selon les mots de Christophe Schmitt, à cause du Covid en psychiatrie. En effet, beaucoup de patients fument ou souffrent de problèmes cardiaques, notamment à cause de leur traitement médicamenteux – des facteurs de risque face au virus. D’autant plus qu’ils évoluent dans un milieu communautaire fermé, comme en Ephad. Et puis, à l’intérieur, « comment faire respecter les mesures barrières quand les patients partagent des sanitaires en commun ?, s’interroge le président de CME. Certains sont très tactiles, ils vivraient ces mesures barrière comme un rejet. »

    Christelle, infirmière dans le Sud-Ouest le rejoint : « On accompagne des personnes qui ont déjà du mal à faire leur toilette, alors imaginez se laver les mains plusieurs fois par jour… » Si, pour le moment, peu ont assisté à des crises ou de décompensations dues à la période actuelle, la plupart de nos interlocuteurs craignent l’après. « Nos patients sont habitués aux moments de crise, ils ont une carapace. Mais j’ai peur qu’à un moment donné, tout ça explose. On va assister à une vague de décompensation délirante, maniaque, suicidaire… On devra certainement faire face à une recrudescence des cas cet été », alerte Mathieu Bellahsen.

    #psychiatrie

  • Coronavirus : Facebook va partager des données anonymisées avec des équipes de chercheurs
    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/04/06/coronavirus-facebook-va-partager-des-donnees-anonymisees-avec-des-equipes-de

    En France, un consortium de onze universités et grandes écoles aura accès à ces informations, dont des géolocalisations agrégées. La société américaine Facebook a annoncé, lundi 6 avril, qu’elle étendait son programme Data for Good, mis en place en 2017, pour fournir à des équipes de chercheurs dans le monde entier des jeux de données issus du réseau social. En complément de cartes des mouvements de population, déjà accessibles à certaines organisations non gouvernementales (ONG) et associations, des (...)

    #métadonnées #Facebook #anonymat #géolocalisation #BigData #santé

    ##santé

  • A Gaza, la propagation du coronavirus risque d’être un désastre incontrôlable
    6 avril 2020 Par René Backmann

    Surpopulation, système de santé en ruine, naufrage économique, pauvreté massive : après treize ans de blocus israélien, l’enclave palestinienne redoute le cauchemar que pourrait être l’explosion de l’épidémie de Covid-19. Et la question n’est plus de savoir si elle aura lieu mais quand.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/060420/gaza-la-propagation-du-coronavirus-risque-d-etre-un-desastre-incontrolable

    • Le 21 mars, le coronavirus est officiellement entré dans la bande de Gaza, importé par deux prêcheurs de retour du Pakistan, via l’Égypte. Testés positifs à leur arrivée au poste frontière de Rafah, les deux religieux ont été conduits en quarantaine dans un hôpital de campagne ouvert à proximité, quelques jours plus tôt. Ils y ont été rejoints par les employés des douanes et quelques autres personnes avec qui ils avaient été en contact depuis leur entrée en Palestine.

      Dans la soirée, le ministère de la santé du gouvernement de Gaza, contrôlé depuis 2007 par les islamistes du Hamas, a confirmé l’information avant d’envoyer des camions de pompiers arroser d’eau chlorée les rues du quartier de Shuja’iyya, à l’est de la ville de Gaza, où vivent les familles des deux prêcheurs. Puis des voitures de police équipées de haut-parleurs ont commencé à circuler en ordonnant à la population de ne pas rester en groupe.

      Depuis la mi-mars, alors que le nombre de personnes contaminées croissait de jour en jour en Cisjordanie et en Israël, c’est-à-dire de l’autre côté du grillage qui cerne la bande de Gaza, le gouvernement du Hamas avait annoncé que les voyageurs entrant dans le territoire, en provenance d’Égypte par Rafah ou en provenance d’Israël par le passage d’Erez, seraient placés en quarantaine pour deux semaines.
      L’entrée en Égypte par Rafah était simultanément interdite par le gouvernement du Caire, qui imposait, dans l’autre sens, des horaires de passage à destination de Gaza si changeants que 400 Palestiniens étaient restés bloqués plusieurs jours du côté égyptien.

      Quant à l’entrée en Israël par Erez, elle avait été fermée par le gouvernement israélien dès le 12 mars, y compris pour les 5 000 Gazaouis détenteurs de permis de travail en Israël. Seuls continuaient à être admis en Israël, selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), les urgences médicales et les patients atteints d’un cancer qui suivent des soins réguliers dans des hôpitaux israéliens.

      5 avril 2020, Gaza City. Les règles de précaution et de distanciation sociale sont expliquées par le personnel médical aux personnes âgées. © Ashraf Amra / Anadolu Agency-AFP 5 avril 2020, Gaza City. Les règles de précaution et de distanciation sociale sont expliquées par le personnel médical aux personnes âgées. © Ashraf Amra / Anadolu Agency-AFP
      Une vingtaine d’hôtels, d’écoles, de gymnases, de salles de réunion avaient été réquisitionnés pour accueillir les confinés. Les points d’entrée et de sortie des marchandises, en revanche, restaient ouverts selon le régime habituel, c’est-à-dire aléatoire. Les marchés, les commerces, les restaurants restaient également ouverts.

      Alertés par les initiatives des autorités, quelques artisans avaient cependant décidé d’augmenter leur production de savon, de désinfectant sans alcool. D’autres, prévoyants, s’étaient lancés dans la confection de masques et de combinaisons. On croisait même sur les marchés quelques visages masqués et des personnes gantées de caoutchouc. Les thermomètres commençaient à manquer, comme quelques médicaments. L’argent aussi manquait. Mais ce n’était pas nouveau. Simplement plus pesant.

      Dans un territoire où 80 % de la population a besoin d’aide humanitaire pour vivre, où 70 % des jeunes sont sans emploi, le problème, pour la majorité des habitants n’est pas, aujourd’hui comme hier, de trouver les produits qui manquent dans les supermarchés, mais l’argent qui permettrait de les acheter. Et la crainte de l’épidémie n’a fait qu’aggraver la misère. Selon une enquête de l’International Crisis Group (ICG), les pharmaciens de Gaza ont commencé à vendre des comprimés de paracétamol, d’antibiotiques et d’anti-inflammatoires à l’unité plutôt qu’en boîte. Mais, jusqu’au 21 janvier, certains Gazaouis échangeaient encore des blagues sur les réseaux sociaux à propos du coronavirus. Blagues amères tournant le plus souvent autour du blocus israélien qui les coupe de tout depuis treize ans et qui pourrait peut-être, pour une fois, avoir du bon en les coupant aussi de la pandémie.

      Aujourd’hui, le temps des blagues est terminé. Depuis l’arrivée des deux prêcheurs contaminés, les autorités, visiblement très inquiètes, voire paniquées, ont multiplié les mesures de sécurité sanitaire pour tenter de contenir le fléau. Après avoir interdit les célébrations de mariages et de funérailles, les manifestations ou réunions publiques, le gouvernement a décrété la fermeture immédiate des cafés et restaurants, suspendu la grande prière du vendredi et fermé le port. Le 23 mars, le ministère de la santé a aussi suspendu, dans les hôpitaux, toutes les opérations chirurgicales non indispensables et les procédures de soins ordinaires.

      Le 25, nouveau tour de vis : le ministère des affaires religieuses ordonne la fermeture des lieux de prière et d’enseignement religieux et demande aux « pères et aux mères de transformer leurs foyers en mosquées et en écoles ». La célébration traditionnelle du « Jour de la terre », prévue comme chaque année le 30, est annulée. Le 31, dix jours après la détection des deux premiers cas, dix autres porteurs du virus sont placés sous surveillance médicale et 1 760 personnes mises en quarantaine dans les 25 centres désignés. Faute de tests en nombre suffisant, la durée des quarantaines est portée de 14 à 21 jours.

      Tandis qu’en Israël, sous confinement, 8 000 porteurs du virus avaient été identifiés dimanche et 47 morts recensés, et que l’Autorité palestinienne, également confinée, décompte en Cisjordanie 215 personnes contaminées et un décès, les agences spécialisées de l’ONU et plusieurs organisations humanitaires multiplient désormais les mises en garde sur la situation dans la bande de Gaza. De plus en plus alarmantes.

      « La propagation du Covid-19 dans la bande de Gaza sera un désastre massif, fruit des conditions exceptionnelles créées par plus d’une décennie de blocus, avertit B’Tselem, l’organisation israélienne des droits humains dans les Territoires occupés. Un système de santé défaillant, l’extrême pauvreté, la dépendance à l’aide humanitaire, des infrastructures désastreuses, des conditions de vie difficiles qui affectent la santé publique – même avant l’exposition au nouveau virus – se combinent avec la surpopulation pour créer le scénario d’un cauchemar. Un scénario produit par Israël. » « Pour une zone aussi densément peuplée que la bande de Gaza, déjà affaiblie par des années de blocus, le Covid-19 pourrait être un désastre », annonce de son côté Christian Saunders, commissaire général de l’Unrwa, l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens.

    • Dix-sept hôpitaux et dispensaires détruits par les frappes israéliennes

      « Quand on voit ce qui se passe en France, en Italie ou en Espagne, constate Ely Sok, coordinateur local de Médecins sans frontières, on imagine ce qui pourrait arriver à Gaza où tout manque, depuis les simples blouses jusqu’aux respirateurs, en passant par les kits de tests et les concentrateurs d’oxygène. Il y a de bons médecins, mais ils sont plus entraînés à la chirurgie de guerre, aux amputations, qu’à la lutte contre une pandémie virale. Nous sommes en train de préparer l’envoi d’un stock de matériel en renfort, mais avec la fermeture des aéroports et le manque d’avions-cargos disponibles, il est difficile de dire si le chargement arrivera avant ou après la propagation du virus à l’ensemble de la population. La seule chose sûre, c’est que la propagation aura lieu et qu’on peut s’attendre à des jours très difficiles. »

      « Dans un territoire surpeuplé, pratiquement sans eau potable, avec une alimentation électrique discontinue, où les hôpitaux manquent d’équipements de protection, d’installations de soins intensifs, d’ambulances, de médicaments essentiels, de respirateurs, de tests et même de personnel qualifié, la propagation du coronavirus peut provoquer une catastrophe majeure », s’inquiète le professeur Raphi Walden, chirurgien vasculaire, directeur adjoint de l’hôpital Sheba-Tel Hashomer à Tel-Aviv.

      Dirigeant de l’association Médecins pour les droits de l’homme, qui forme, depuis des années, du personnel médical palestinien en Cisjordanie, à Gaza et à Tel-Aviv, Raphi Walden connaît bien le réseau hospitalier de Gaza. « Sur les quelques dizaines de respirateurs dont disposent les hôpitaux de Gaza, explique-t-il, la quasi-totalité de ceux en état de marche doivent être mobilisés pour des affections pulmonaires classiques. [Ils sont] donc inutilisables pour les patients que le virus risque de faire affluer dans leurs services. Ce qui est très inquiétant aussi, c’est la proportion des rayons vides dans les pharmacies des hôpitaux. » L’armée israélienne elle-même juge la situation très critique. Au point que l’état-major a déjà pris discrètement contact avec l’Autorité palestinienne à Ramallah pour indiquer sa disposition à coopérer, notamment dans l’acheminement de l’aide humanitaire.

      3 avril 2020 à Gaza City. L’artiste palestinienne Rana al-Ramlawi devant une de ses œuvres. © Mohammed Abed / AFP 3 avril 2020 à Gaza City. L’artiste palestinienne Rana al-Ramlawi devant une de ses œuvres. © Mohammed Abed / AFP
      Cauchemar, désastre, catastrophe majeure : si les propos des experts sont aussi alarmistes, c’est que la bande de Gaza concentre pratiquement tous les facteurs de risques aggravants qu’une collectivité peut présenter face à une épidémie : manque d’hygiène, dénuement, extrême promiscuité, sous-équipement médical et sanitaire.

      Depuis les élections de 2006, remportées par le Hamas, et l’embryon de guerre civile interpalestinienne qui a suivi l’annonce des résultats, les islamistes ont pris le contrôle du territoire, tandis que le Fatah et l’Autorité palestinienne ont conservé celui de la Cisjordanie, qu’ils partagent, non sans tensions, avec Israël et ses colons. Confrontés à l’apparition, à moins de 100 km de Tel-Aviv, d’un bastion islamiste, les dirigeants israéliens, qui avaient retiré en 2005 leurs soldats de Gaza, ainsi que les 7 000 colons qu’ils protégeaient, ont mis en place à partir de septembre 2007 un blocus terrestre, maritime et aérien de cette « entité hostile ».

      Matérialisé sur le terrain par l’érection d’une barrière grillagée de 50 km, combinée à une « zone d’exclusion » qui occupe 25 % de l’enclave et rend inaccessibles 35 % de ses terres cultivables, ce blocus, qui s’applique aussi aux 40 km de côte, et auquel l’Égypte a contribué à sa façon sur les 12 km qu’elle partage avec le territoire palestinien, a littéralement détruit l’économie rustique de l’enclave, transformée en prison géante. Destruction aggravée par les trois guerres déclenchées par Israël en 2008, 2012 et 2014, officiellement pour répondre aux tirs de roquettes ou de missiles, depuis Gaza, sur le territoire israélien.

      Ajoutés à l’asphyxie continue du blocus, ces trois conflits, qui ont fait près de 4 000 morts palestiniens et une centaine du côté israélien, ont aussi joué un rôle majeur dans l’effondrement du système de santé local. Dès 2009, un rapport de l’OMS accusait Israël de limiter délibérément l’accès des approvisionnements en matériel médical et en pièces détachées, ce qui avait pour conséquence que la majeure partie de l’équipement de Gaza médical était en panne ou dépassé. En août 2014, peu après la guerre conduite par le général Benny Gantz, l’ancien rival politique devenu partenaire de Netanyahou, un autre rapport, d’Amnesty International celui-là, constatait que les frappes israéliennes avaient détruit 17 hôpitaux et dispensaires dans la bande de Gaza. Et en 2018, alors que 50 % des médicaments essentiels étaient encore manquants, une cinquantaine de patients sont morts faute d’avoir obtenu à temps un permis de sortie.

      Deux autres facteurs ont aggravé le dénuement du système de santé de la bande de Gaza. Les mauvais rapports entre le Hamas et l’Autorité palestinienne sont tenus pour responsables des livraisons parcimonieuses par Ramallah de matériel médical ou de carburant pour les générateurs d’électricité. Et la situation économique et sécuritaire désastreuse a poussé à l’émigration, depuis 2018, d’un nombre de médecins qui varie, selon les sources, entre 40 et 150. Exode facilité par l’allègement ces derniers mois – avant l’arrivée de la pandémie – des conditions d’entrée en Égypte par le poste-frontière de Rafah.

    • Une contagion massive pourrait tuer 50 000 personnes

      Mais l’effondrement du système de santé n’est pas la seule explication de l’alarmisme des experts. Pour Ely Sok, de MSF, comme pour Raphi Walden, pionnier des Médecins pour les droits de l’homme, la densité de population, le manque d’eau potable, les coupures de courant et l’absence d’un véritable réseau d’assainissement constituent autant de facteurs aggravants qui font courir le risque d’une prolifération explosive des contaminations.

      Les statistiques officielles, israéliennes comme palestiniennes, indiquent que la bande de Gaza compte environ 2 millions d’habitants, dont 1,3 million de réfugiés, pour une superficie de 365 km2. Cela correspond à une densité, déjà impressionnante, de 5 479 habitants au km2, se situant entre Gibraltar et Hong Kong (celle de la France est de 105,8 habitants an km2). Mais il suffit de traverser le territoire d’Erez à Rafah pour constater que les zones habitées ne couvrent qu’une très faible proportion de cette superficie, environ 40 km2 selon les géographes palestiniens. La véritable densité est donc d’environ 50 000 habitants au km2, supérieure à celle de Manille ou Bombay.

      Les chiffres les plus élevés sont atteints dans les camps de réfugiés, sortes de bidonvilles en dur, où s’entassent plus du tiers des habitants. Dans ces labyrinthes misérables, brûlants l’été, boueux l’hiver, de Shati, Rafah, Khan Younis, Deir El-Bala ou Jabaliya, où naquit en 1987 l’Intifada, des familles de dix personnes vivent dans quelques mètres carrés. Comment leur demander de respecter des jours et des semaines durant le confinement et la distance sociale ? Surtout si on mesure qu’à Gaza, les deux tiers de la population ont moins de 25 ans et près de 45 % moins de 15 ans.

      Lorsqu’on ajoute cette promiscuité de chaque instant à la situation désastreuse du système de santé, on comprend mieux pourquoi des médecins locaux redoutent un scénario de « contagion massive » incontrôlable qui pourrait tuer jusqu’à 50 000 personnes en quelques jours. Selon les estimations d’experts consultés par ICG, les hôpitaux de Gaza auraient besoin en cas de propagation du virus d’au moins 100 000 lits de soins et de réanimation. Ils n’en comptent pour l’heure qu’environ 2 500 disponibles. Le ministère de la santé affirme qu’il dispose seulement de 65 respirateurs, dont quelques-uns sont déjà utilisés et les autres en panne. Il évalue ses besoins urgents à 150 appareils.

      L’OMS a déjà acheté quelques respirateurs, des systèmes de surveillance des patients et quelques lits de soins intensifs. Plusieurs ONG ont remis à l’Autorité palestinienne, chargée de les répartir entre la Cisjordanie et Gaza, des gants, des combinaisons isolantes, des stocks de liquides désinfectants. Le ministère de la santé de l’Autorité palestinienne a transféré à Gaza une partie des kits de détection qu’il avait reçus. Mais au regard des besoins potentiels si une « propagation explosive » se produit, tout est insuffisant.

      « Le gouvernement du Hamas explique que nous n’avons que quelques cas et que tout est sous contrôle, confie sous le couvert de l’anonymat un médecin d’un grand hôpital de la ville de Gaza. C’est faux. Nous n’avons pratiquement pas d’équipements de protection et de désinfectants. Une partie des gens placés en quarantaine vivent dans des conditions d’hygiène inacceptables. Nous pouvons prendre en charge quelques dizaines de malades, mais pas davantage. En réalité, nous travaillons dans la peur. »

      Selon le dernier rapport du Bureau des affaires humanitaires de l’ONU, « la coopération étroite entre les autorités israéliennes et palestiniennes constatée depuis le début de la crise se poursuit ». Israël a ainsi facilité l’importation par le gouvernement de Ramallah de 10 000 kits de détection. Et organisé à l’hôpital Makassed, à Jérusalem-Est, une session de formation du département des urgences pour accueillir les patients victimes du coronavirus.

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      Avec le régime de Gaza, les relations, même en cette période de mobilisation planétaire contre l’ennemi commun viral, sont nettement moins cordiales. Pour l’instant, le Cogat, l’unité de l’armée chargée des relations avec les civils en Cisjordanie et à Gaza, s’est limité à autoriser l’entrée de 500 kits de détection et de 1 000 combinaisons de protection fournis par l’OMS. Mais il a interdit à 1 700 malades – sans rapport avec le coronavirus – de franchir le passage d’Erez pour recevoir des soins à Jérusalem-Est. « Avec nous, les Israéliens ont été plutôt bien disposés, constate cependant Ely Sok, de MSF. Ils nous ont déjà donné l’autorisation d’importer le matériel d’urgence que nous sommes sur le point d’acheminer depuis la France. »

      « Le système de santé israélien est sous-préparé et débordé », constate un rapport du Contrôleur de l’État invoqué par un responsable pour expliquer qu’Israël ne puisse pas faire plus et mieux que de laisser entrer, exceptionnellement, l’aide internationale destinée aux Palestiniens. « Ce qui est faisable, confiait récemment un officiel israélien à un visiteur étranger, c’est que les Palestiniens de Gaza demandent au Qatar d’acheter ce dont ils ont besoin et de livrer le tout à l’Autorité palestinienne. Nous ne nous opposerons pas au transfert de ces cargaisons à Gaza si c’est l’Autorité palestinienne qui les achemine. » Le ministre – sortant – de la défense, Naftali Bennett, chef de file du rassemblement d’extrême droite Yamina, a une conception très personnelle de ce dialogue humanitaire. Il suggère d’échanger le transfert de l’aide étrangère à Gaza via Israël, ou l’envoi d’une aide humanitaire israélienne, contre la remise par le Hamas des dépouilles de deux soldats israéliens tués en 2014.

      Adossés à leur retrait unilatéral de 2005, les dirigeants israéliens récusent en fait aujourd’hui toute responsabilité pour ce qui se passe dans l’enclave. Comme si les soldats et les marins qui assiègent la bande de Gaza sur plus de 90 km de sa périphérie terrestre et maritime (les 12 derniers kilomètres étant frontaliers de l’Égypte) n’étaient pas israéliens. Et comme si Israël ne contrôlait pas la majeure partie des entrées et des sorties des personnes comme des biens, grâce à sa maîtrise de tous les points de passage, sauf Rafah. L’accès maritime à Gaza est interdit par la marine israélienne. Et l’unique aéroport du territoire a été depuis longtemps détruit par l’aviation et les bulldozers de l’armée israélienne.

      « La position du gouvernement actuel, selon laquelle Israël n’a plus aucune obligation ou responsabilité dans la bande de Gaza, est sans aucun fondement, affirme une étude de B’Tselem. Certes, l’État d’Israël n’est plus responsable du maintien de la paix à l’intérieur du territoire, mais il façonne encore, par l’application du blocus, la vie quotidienne de ses habitants et conserve donc des responsabilités à leur égard. » Sans invoquer explicitement l’article 56 de la 4e Convention de Genève qui fait obligation à la « puissance occupante » de « combattre [dans le territoire occupé] la propagation des maladies contagieuses et des épidémies », le directeur des Territoires occupés au sein des Médecins pour les droits de l’homme souligne lui aussi les obligations légales d’Israël à Gaza. « En vertu du droit international, estime-t-il, Israël a la responsabilité de fournir au ministère de la santé de Gaza les moyens dont il a besoin. »

      « Le gouvernement d’Israël a le devoir légal et l’obligation morale d’aider Gaza dans un moment aussi critique, insiste Raphi Walden. Mais il y a aussi et peut-être surtout intérêt. Si l’épidémie se propage à Gaza, ce sera une catastrophe épouvantable. Et ce n’est pas la barrière qui nous en protégera. »

  • Au nom du coronavirus, l’État met en place la société de contrôle
    https://reporterre.net/Au-nom-du-coronavirus-l-Etat-met-en-place-la-societe-de-controle

    Couvre-feux, contrôles policiers multiples, toute-puissance de l’administration, emballement de l’industrie technosécuritaire : la pandémie de Covid-19 se traduit, en France, par un contrôle accru des populations, suspectées par principe de ne pas participer à la « guerre » contre le virus. « Nous ne renoncerons à rien, surtout pas à rire, à chanter, à penser, à aimer, surtout pas aux terrasses, aux salles de concert, aux fêtes de soir d’été, surtout pas à la liberté », affirmait Emmanuel Macron le 11 (...)

    #Orange #Two-I #DJI #drone #smartphone #géolocalisation #militaire #police #température #aérien #législation #violence #BigData #santé #surveillance #LDH-France (...)

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  • « Plus le confinement va durer, plus les tensions vont augmenter » : quand des contrôles d’attestations dégénèrent en violences policières
    https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/plus-le-confinement-va-durer-plus-les-tensions-vont-augmenter-quand-des

    Vérification des attestations, sanction des contrevenants… Leur principale mission actuelle est de faire respecter les règles de confinement, pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. Les forces de l’ordre ont renforcé les contrôles, vendredi 3 avril, au début des vacances scolaires de printemps, afin de limiter les départs entre régions, qui risqueraient de faire circuler le virus. Mais bien avant ce troisième week-end de confinement, plusieurs vidéos d’interpellations violentes ont circulé pour témoigner de tensions entre les policiers et la population dans certains quartiers.

    Le Monde qui dénonce les entreprises aux pratiques antisociales, France Info qui documente les violences policières… Mais qu’est-ce qui se passe dans ce pays ?