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  • Ça fait des mois que j’en suis convaincu, et je l’ai enfin entendu ce matin évoqué à la radio : le fondement des mensonges de Blanquer, et le tabou absolu qu’est devenue l’école pour le gouvernement, c’est pour une raison et une seule : à la moindre concession de sa part désormais, c’est sa responsabilité pénale qui sera engagée.

    Donc ça va continuer à mentir et à assumer un « choix » aberrant et mortel. Non les scientifiques n’ont jamais été clairs sur le fait que les écoles avaient un rôle dans la transmission du virus, non personne ne nous a dit le contraire… non les capteurs de CO2 dans les classes ne servent à rien… non personne n’a jamais établi que l’aérosolisation était le principal mode de transmission… puis une fois que tout le monde admet que les écoles sont importantes dans la transmission, prétendre qu’on continue à les laisser ouverte uniquement pour le bien-être des enfants…

    On l’a déjà eu en décembre : il y a eu la proposition de prolonger les vacances. Non, ce serait reconnaître que l’école joue un rôle, et donc si on laisse les écoles ouvertes on devient pénalement responsable de la mort des gens. (Ils ont d’ailleurs ressenti immédiatement le risque : en « autorisant » les enfants à manquer la classe la dernière semaine, ils ont laissé apparaître qu’ils avaient conscience que les enfants pouvaient attraper le virus à l’école et provoquer la morts des grands-parents la semaine suivante – risque médiatique gérable, mais implication juridique immédiate). Puis aux vacances d’hiver : beaucoup de propositions de fusionner les 3 zones pour imposer des « vacances » de quatre semaines, sans avoir à reconnaître qu’on « ferme » les écoles. Non, ça non plus. Et hier Véran a réaffirmé que le gouvernement ne fermerait les écoles qu’en dernier recours.

    On a déjà eu ça avec les masques. Absolument tout le monde a bien conscience que le gouvernement a menti sur les masques et a prétendu qu’ils n’étaient pas utiles, pour l’unique raison qu’ils n’avaient pas renouvelé les stocks. Mais à aucun moment un responsable ne peut le dire explicitement (on va continuer à dire que la science a progressé depuis, et qu’on sait maintenant ce qu’on ignorait à l’époque…), sinon immédiatement c’est le pénal pour toute la bande.

    Et de la même façon, toute déclaration ou décision qui laisserait accroire que le gouvernement sait que les écoles sont des moteurs de l’épidémie et a sciemment décidé de faire autrement, implique que chaque responsable devient illico personnellement responsables au pénal. L’affaire du sang contaminé, avec encore plus de morts.

    Les conséquences politiques, ils s’en contrefoutent, évidemment. Mais des poursuites pénales qui te poursuivent à titre personnel pendant 20 ans, ça c’est vraiment embêtant.

  • "Cette « architecture générale » pourra toujours être chamboulée dans les deux semaines qui viennent, en fonction de l’évolution de l’épidémie." : Edouard Philippe s’engage dans un déconfinement à reculons
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/28/edouard-philippe-s-engage-dans-un-deconfinement-a-reculons_6038057_823448.ht

    Le premier ministre a présenté un plan de déconfinement partiel à partir du 11 mai, par étapes et différencié selon les territoires. Sa préparation a révélé des tensions au sommet de l’Etat.

    Emmanuel Macron avait vanté les « jours heureux » de la Libération. Il faudra finalement attendre « des jours meilleurs », a prévenu Edouard Philippe. C’est un plan de déconfinement en mode progressif qu’a présenté le premier ministre à l’Assemblée nationale, mardi 28 avril, après deux semaines de tergiversations au sein de l’exécutif sur la manière d’appréhender cette nouvelle phase de la lutte contre l’épidémie due au coronavirus.

    Lors de sa dernière allocution, le 13 avril, le président de la République avait promis que la France redémarrerait à compter du 11 mai. « Progressivement, prudemment », cette promesse sera tenue, a juré M. Philippe, mais il faudra d’abord passer par des paliers de décompression, car « le risque d’une seconde vague est sérieux », a-t-il mis en garde. Quitte à donner le sentiment de diluer dans le temps le plan initial.

    Progressive, la rentrée des classes le sera, tout d’abord. Les écoles maternelles et primaires rouvriront le 11 mai, une partie des collèges, le 18 mai, et pour les lycées, la décision sera prise « fin mai », a annoncé le chef du gouvernement, précisant que, dans tous les cas, la reprise se fera « sur la base du volontariat ».

    De même, pas question pour les entreprises de redémarrer dans deux semaines comme si de rien n’était. La priorité restera au télétravail ou, a minima, à des « horaires décalés » pour éviter l’engorgement aux heures de pointe dans les transports publics. Si la reprise de l’activité est indispensable pour éviter « l’écroulement » de l’économie du pays, a souligné M. Philippe, elle ne pourra se faire que progressivement, « semaine après semaine », afin de « vérifier que nous maîtrisons le rythme de circulation du virus ».

    Masques, tests et circulation

    Progressif, l’équipement de tous les Français en masques le sera aussi. Dorénavant, son port sera « obligatoire » dans les transports publics et dans tous les commerces qui le souhaitent. « Grâce à la mobilisation de tous, il y en aura assez dans le pays pour faire face aux besoins à partir du 11 mai », a promis le premier ministre, incitant par ailleurs les entreprises à équiper leurs salariés.

    L’Etat prendra en charge 50 % du coût de l’achat de masques par les collectivités locales, qui sont aussi invitées à participer à l’effort. « Progressivement, nous parviendrons à une situation classique, où les Français pourront, sans risque de pénurie, se procurer des masques grand public dans tous les commerces », a-t-il assuré, reconnaissant avoir dû faire face à une « pénurie » au début de la crise.

    « Au moins 700 000 tests virologiques par semaine » seront effectués par ailleurs à partir du 11 mai pour toute personne symptomatique, ainsi que pour ses contacts, a annoncé le chef du gouvernement. Les cas positifs seront invités à rester chez eux ou dans un lieu dédié pendant quatorze jours, pour casser les fameuses « chaînes de contamination » qui effraient tant les épidémiologistes.

    Enfin, ce plan de déconfinement se déploiera de manière différenciée en fonction des territoires. Tous les soirs, à partir du 30 avril, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, présentera une carte actualisée de la circulation du virus par département. Ces indicateurs « seront cristallisés le 7 mai, afin de déterminer quels départements basculent le 11 mai en catégorie rouge, circulation élevée, ou vert, circulation limitée », a informé Edouard Philippe.

    La doctrine fixée au niveau national sera appliquée localement par les maires et les préfets en fonction de ces données, au risque d’une concurrence baroque entre les collectivités. Le premier minsitre devait s’entretenir à ce sujet, mercredi, avec les associations d’élus locaux puis les préfets de région. Il doit aussi échanger avec les partenaires sociaux jeudi.

    Tensions entre l’Elysée et Matignon

    Cette « architecture générale » pourra toujours être chamboulée dans les deux semaines qui viennent, en fonction de l’évolution de l’épidémie. « Je le dis aux Français : si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai, ou nous le ferons plus strictement », a averti M. Philippe. « Ces derniers temps, nous avons vu une forme de relâchement dans le confinement qui nous inquiète. Nous marchons sur une glace très fine », confie-t-on dans son entourage.
    Le chef du gouvernement a tout de même donné rendez-vous pour une étape suivante, le 2 juin. « C’est en gravissant des marches de trois semaines que nous allons avancer », a-t-il expliqué, donnant le sentiment d’un déconfinement sans fin.

    Une autre phase « ira jusqu’à l’été ». Sans attendre, certains événements, comme les rencontres sportives, les festivals ou les salons professionnels regroupant plus de 5 000 personnes sont d’ores et déjà reportés à septembre. Si nécessaire, M. Philippe n’exclut pas un « reconfinement » dans les semaines à venir.

    L’accouchement de ce plan ne s’est pas fait sans douleur au sommet de l’Etat. Dès le départ, l’annonce par Emmanuel Macron d’un déconfinement du pays à partir du 11 mai avait pris de court le gouvernement. Si Edouard Philippe a finalement respecté l’injonction émise par le chef de l’Etat, le 13 avril, de dévoiler un plan « d’ici à quinze jours », l’exercice a révélé de singulières tensions entre les deux têtes de l’exécutif. Sur les délais à respecter, d’abord, mais aussi quant au caractère régionalisé ou non de l’exercice, les maisons Elysée et Matignon ont parfois tiré à hue et à dia.

    Dernier épisode en date : l’avis favorable émis par Emmanuel Macron d’un report de vingt-quatre heures du scrutin à l’Assemblée nationale sur ce plan, afin de contenter les oppositions et d’affermir une unité nationale branlante. La révélation de présumés échanges privés à ce sujet entre le chef de l’Etat et des journalistes – ce que l’Elysée dément – a agité le microcosme politique et médiatique pendant quarante-huit heures. « Ce n’était pas par volonté de mettre en difficulté le premier ministre, simplement par volonté de construire le rassemblement de la France unie », justifie un habitué du palais.

    Matignon n’ayant pas voulu entendre parler d’un changement de date, le vote a bien eu lieu mardi, comme prévu : 368 députés ont approuvé le plan présenté par Edouard Philippe (100 l’ont rejeté et 103 se sont abstenus). Mais le premier ministre s’est engagé à ce que le traçage numérique fasse l’objet d’un débat et d’un vote ultérieurs, ce que réclamaient nombre de députés y compris de la majorité.

    Remaniement en perspective ?

    Lors du conseil des ministres, mardi matin, Emmanuel Macron a tenté d’éteindre l’incendie qui a pris au sein de son camp, niant toute dissension avec son premier ministre. « Je n’aurai aucune complaisance à l’égard de ceux qui, par des bruits et des rumeurs, tentent de diviser le gouvernement, et singulièrement le premier ministre et le président de la République », a-t-il assuré selon des participants.

    « Le président dément catégoriquement avoir passé des appels à des journalistes, a fortiori pour dire du mal de son premier ministre », ajoute-t-on à l’Elysée. Les deux hommes, raconte d’ailleurs un proche de M. Macron, auraient travaillé en bonne intelligence plus de six heures durant, lundi après-midi, sur le plan de l’après-11 mai.
    Il n’en fallait néanmoins pas plus pour relancer les spéculations quant à l’avenir d’Edouard Philippe à Matignon. « Ce clash va entraîner, à très court terme ou moyen terme, des décisions », juge un interlocuteur régulier du chef de l’Etat, qui s’agace de la rigidité du premier ministre : « Un report du vote, qu’est-ce que ça pouvait faire ? »

    La perspective d’un remaniement en juillet, lancinante, est une fois encore murmurée au sein de la Macronie. « Ce couple est stable, confiant, le reste, c’est de la rumeur », évacue-t-on à Matignon. Un président machiavélique qui affaiblit volontairement son premier ministre, « c’est un fantasme House of Cards », ajoute-t-on à l’Elysée.
    « La France est dans un moment où ceux qui l’aiment et la servent doivent être à la hauteur », a plaidé pour sa part Edouard Philippe à la tribune de l’Assemblée nationale. Avant de rappeler le sens de la « vertu », cette « antique qualité dans laquelle les Romains ont puisé leur force », qui mêle « rectitude, honnêteté et courage ». Une référence déjà utilisée lors de son premier discours de politique générale, en juillet 2017. Comme une volonté de boucler la boucle.

    #Déconfinement

  • Je te rappelle la « grande ligne » d’il y a tout juste 5 jours : Emmanuel Macron dresse les grandes lignes du déconfinement en France
    https://www.lepoint.fr/societe/emmanuel-macron-ecarte-l-hypothese-d-un-deconfinement-par-region-23-04-2020-

    À l’issue d’une rencontre avec les maires, Emmanuel Macron a dressé les grandes lignes du déconfinement en France. S’il écarte l’idée d’une approche régionalisée, le président de la République considère en revanche qu’il est nécessaire que le processus soit « adapté aux territoires ». Le déconfinement doit se préparer avec les maires, a insisté Emmanuel Macron, selon des propos rapportés par l’Élysée, et le cadre national devra être adapté et « territorialisé », mais pas par régions, « qui ne correspondent pas aux réalités des territoires ».

    Et donc aujourd’hui : Annonces d’Edouard Philippe : déconfinement par département, tests massifs et déplacements limités
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/28/plan-de-deconfinement-le-point-sur-les-mesures-annoncees-par-edouard-philipp

    Autre spécificité, le déconfinement sera différencié, entre les départements « [en catégorie] vert », où il sera appliqué largement, et « [en catégorie] rouge », où il prendra une forme plus stricte.

  • En ouvrant un vieux placard dans la cave grâce au confinement : La gauche et les syndicats retrouvent les bienfaits de l’Etat-providence , Abel Mestre, Raphaëlle Besse Desmoulières et Sylvia Zappi
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/23/la-gauche-retrouve-les-bienfaits-de-l-etat-providence_6037572_823448.html

    Dans un contexte d’épidémie due au coronavirus, qui remet tout en question, de nombreuses voix plaident pour un retour de la puissance publique en France.
    « Il ne faut pas tout attendre de l’Etat. » La phrase prononcée par Lionel Jospin en 1999 serait-elle devenue le symbole de l’ancien monde ? A l’époque, le premier ministre socialiste reconnaissait son impuissance à empêcher les 7 500 licenciements décidés par Michelin. Un aveu douloureux pour ce défenseur d’un Etat stratège.
    Depuis, l’allégement de l’intervention de la puissance publique est devenu la grammaire commune des partis de gouvernement. Même en ayant appartenu à des gouvernements de gauche, certains en ont fait une marque de fabrique. Emmanuel Macron n’a ainsi jamais caché son prisme libéral, par lequel on ne doit « pas tout attendre de l’autre », selon ses propres termes quand il était ministre de l’économie. Aujourd’hui, il évoque régulièrement le rôle salvateur d’un Etat plus interventionniste. Comme si la crise liée au coronavirus avait ébranlé ses convictions passées.

    Mais, depuis quelques semaines, la gauche et les syndicats veulent croire qu’un changement de paradigme est en cours. Avec l’épidémie, tout semble avoir basculé. Aides massives aux entreprises, directives répétées aux banques et assurances, mesures de chômage partiel, prolongation des droits aux allocations de chômage, soutien à l’emploi et aide aux plus démunis… C’est par le gouvernement et les administrations centrales que les décisions vitales pour la survie économique du pays sont prises. Oubliée la règle des 3 % de déficit à ne pas dépasser et la peur des dépenses, les robinets sont ouverts.
    Avec la crise sanitaire, les services publics, notamment les hôpitaux, tiennent la première ligne, même affaiblis. Dans ce contexte, la critique de l’austérité a pris de l’ampleur et est redevenue audible.

    « Ça fait du bien »
    Avec le Covid-19, la « première gauche » – jacobine, centralisatrice, interventionniste – semble enfin tenir sa revanche : ses idées redeviennent à la mode. En premier lieu, celle de l’Etat protecteur. Une notion critiquée encore récemment par une grande partie du spectre politique, y compris l’aile droite du Parti socialiste (PS), qui vantait les bienfaits du social-libéralisme, de la « troisième voie » chère à Tony Blair, l’ancien premier ministre britannique. Il faut dire que les principaux tenants de cette ligne ont quitté les rives de la gauche pour rejoindre La République en marche (LRM) et Emmanuel Macron. Quelques années auparavant, déjà, les plus libéraux – comme Jean-Marie Bockel – avaient choisi Nicolas Sarkozy. Ces défections ont donc laissé la gauche sans contradiction interne.

    « La difficulté est que l’on doit avoir des serviteurs de l’Etat à la hauteur de la tâche, mais ils sont ravagés par l’idéologie néolibérale et managériale, comme Emmanuel Macron » [et nous mêmes,ndc]

    « On vient de subir trente ans d’idéologie de haine de l’Etat [ah ah ah] . Cela a commencé dans les années 1980, et peut-être que ça se termine aujourd’hui. Toutes les sphères sociales ont été contaminées », explique l’eurodéputé Emmanuel Maurel, proche de La France insoumise, (LFI). Il estime que l’heure des néolibéraux triomphants est passée. Un sentiment partagé par Clémentine Autain. La députée (LFI) de Seine-Saint-Denis l’a expliqué dans un texte publié sur son compte Facebook : « Les services publics sont plébiscités. L’obsession de la rentabilité pour notre système de soins, visiblement criminelle, n’est plus à l’ordre du jour. (…) L’idée de nationalisation ou de réquisition s’énonce sans susciter des cris d’orfraie. (…) Oui, ça fait du bien. » Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti communiste français, partage cet avis : « L’heure est venue de tourner radicalement la page d’un néolibéralisme (…) et de prendre le pouvoir sur la finance (…), de défendre et d’étendre les services publics, de prendre le contrôle des secteurs-clés de l’économie. »

    Peu de voix dissonantes dans ce concert interventionniste. Même du côté de ceux qu’on appelle les « sociaux-libéraux », qu’ils soient des anciens proches de Manuel Valls ou d’ex-partisans de Dominique Strauss-Kahn, le ton a changé. Il faut dire que l’ancien directeur du Fonds monétaire international a lui-même publié, le 5 avril, dans la revue Politique internationale, un long texte dans lequel il plaide pour l’émission massive de droits de tirage spéciaux – sorte de réserve de monnaie mondiale – pour les pays pauvres et une relocalisation des économies nationales. « Tout responsable politique, une fois l’état de sidération face au virus passé, a une responsabilité d’ouvrir les robinets [de vin rouge ? ndc] pour répondre à l’urgence sanitaire, économique et sociale et accompagner tout le monde », reconnaît Luc Carvounas, député du Val-de-Marne et ancien vallsiste.

    « Une fiscalité juste »
    Pour la première gauche, c’est le moment d’avancer ses pions et de porter un coup majeur au néolibéralisme. Plus question de laisser passer des réformes qui vont dans le sens d’un affaiblissement des autorités publiques ou même de réduction des coûts et d’investissements dans les domaines comme la santé, l’éducation ou la sécurité. [on a qu’à mettre la Garde nationale danse sures de Paris, Hidalgo] Boris Vallaud, député socialiste des Landes, confirme : « La première urgence est le retour de l’Etat protecteur face à l’insécurité sanitaire et sociale. Il faut mettre en place une sorte de caisse d’amortissement de la dette sociale. » Arnaud Montebourg ne s’y trompe pas : le moment actuel est propice pour défendre ses positions favorables à des pouvoirs publics interventionnistes. « En organisant l’austérité, on a affaibli l’Etat. Son réarmement sera le moyen par lequel les Français vont retrouver le chemin de la décision collective, avance l’ancien ministre du redressement productif. Et dépasser la remise en question et la contestation de la décision publique. » [good luck...]

    De même, ils sont nombreux à réclamer qu’on rémunère mieux ceux que la CGT appelle les « #premiers_de_corvée », les professions « les plus modestes », souvent en première ligne aujourd’hui. « Il faut revoir la politique salariale de l’Etat dans la fonction publique et revaloriser le smic dans le privé, sur lequel est appuyée l’échelle des salaires », plaide Fabrice Angei, membre de la direction de la confédération de Montreuil (Seine-Saint-Denis).

    « La première urgence est le retour de l’État protecteur face à l’insécurité sanitaire et sociale »
    Problème : comment financer cette générosité sans trop creuser la dette du pays ? « Si on veut réinvestir, il faudra le faire par l’impôt : ce nouvel Etat social demandera une fiscalité juste et un registre financier tant au plan national qu’international, afin de pouvoir mettre à contribution les plus riches et les grandes entreprises autant que nécessaire », estime Thomas Piketty, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et à l’Ecole d’économie de Paris, auteur d’une chronique dans les colonnes du Monde.

    Un avis partagé par Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, pour qui « il faudra redistribuer les richesses ». Dans une interview à Ouest-France, mardi 21 avril, ce dernier propose de créer « un impôt exceptionnel sur des entreprises liées à des secteurs qui n’ont pas été impactés par la crise, voire qui ont réalisé des bénéfices ».

    Retour du revenu universel dans les débats
    La crise sanitaire et économique actuelle oblige le personnel politique à réfléchir à de nouvelles protections. L’idée d’un revenu universel – très éloignée de la culture de la première gauche et chère à Benoît Hamon – revient dans le débat. L’ancien candidat socialiste à la présidentielle a défendu la mise en place de cet « antidote social » dans une tribune au Monde [c’est vous dire...] . D’autres pistes sont également explorées.
    Le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts, Julien Bayou, prône « une garantie universelle des loyers, sorte de cinquième pilier de la protection sociale » [pas mal cette reprise du 5eme pilier, qui devait être le chômage..., ndc] . Ce dernier n’a jamais fait des nationalisations l’alpha et l’oméga de sa pensée : « Nationaliser ne rime pas forcément avec intelligence », affirme-t-il. Mais il souhaite, malgré tout, une intervention publique.

    D’autres cherchent à adapter les réponses étatiques à une économie qui a muté. « On a vu avec cette crise que notre système social est inadapté : construit au XXe siècle quand les carrières étaient linéaires et sécurisées par des CDI, il est inapte à aider des salariés précaires, intérimaires ou autoentrepreneurs qui ne peuvent bénéficier du chômage partiel et qui souffrent , assure Julia Cagé, économiste à Sciences Po, par ailleurs présidente de la Société des lecteurs du Monde. On doit mettre en place un mécanisme de revenu minimal automatique, immédiat et sans démarche administrative. » [ça alors]

    Ne pas laisser faire le seul marché
    Au-delà de cette mission de pompier [ces journalistes sont vraiment...] , le débat tourne autour du rôle stratégique de l’Etat. Des mots comme « planification » ou « nationalisation » ont refait surface. La puissance publique doit retrouver sa place centrale, plaident économistes comme politiques. « En matière industrielle, il faut être en capacité de restaurer une approche planifiée et stratégique et ne pas s’en remettre aux marchés. Dans un contexte mondialisé, ça ne peut fonctionner que s’il y a une approche coordonnée au niveau européen », assure ainsi Yves Veyrier, secrétaire général de Force ouvrière.
    « L’État en tant qu’actionnaire doit jouer son rôle dans les entreprises où il est présent », relève l’économiste et porte-parole du PS, Gabrielle Siry
    Les autorités publiques doivent donc orienter les choix majeurs de développement et ne pas laisser faire le seul marché. Au risque, sinon, de voir partir des filières stratégiques et de se rendre trop dépendants des pays fournisseurs, comme on l’a vu avec les médicaments, les masques ou les respirateurs. « On doit aller vers un Etat entrepreneur qui affiche un volontarisme, pour regagner de la souveraineté économique par des sociétés publiques d’investissement dans les secteurs des énergies, du stockage, des transformations écolos », explique ainsi M. Vallaud.

    Les leviers d’intervention sont là, il suffirait de s’en servir. « L’Etat en tant qu’actionnaire doit jouer son rôle dans les entreprises où il est présent. Il peut aussi renforcer la réglementation et agir en soutien financer avec la BPI. Et, enfin, il y a le levier de la commande publique nationale et de celle des collectivités locales pour faire pression sur les grandes entreprises pour qu’elles relocalisent et réduisent leur impact environnemental », relève Gabrielle Siry, chargée d’enseignement en économie à l’université Paris-Dauphine et membre de la direction du PS.

    A la différence des années 1980, l’urgence climatique s’est ajoutée à l’équation. En clair, la puissance publique doit anticiper l’avenir. Un point de vue partagé par Mme Cagé : « Réinjecter de l’argent de manière aveugle serait un contresens, il faut réorienter les investissements vers le moins de carbone », prévient l’économiste. En clair, on ne doit pas relancer l’industrie automobile sans se préoccuper de la conversion des chaînes de production vers la voiture propre ni engager de plan de soutien à l’aérien sans engagement ferme à moins polluer [d’ailleurs Bruno Le Maire, l’a dit : Air France, on paie, ok, mais ça doit être écolo] . M. Bayou reprend la « théorie du donut », développée par l’économiste britannique Kate Raworth, selon laquelle il est impératif de ne laisser personne tomber dans un trou, sans les éléments essentiels à la survie, tout en respectant la nature : « On agit dans un espace avec un plancher social de droits élémentaires [étiques] et un plafond environnemental des ressources à préserver. Entre les deux, c’est la société vivable. » [puisque j’aurais un gros ministère, comme Emmanuelle Cosse, mais en plus réussi car j’ai pas de mari].

    Les conséquences de cette crise peuvent être considérables. Certains espèrent que ce traumatisme provoquera un changement des règles du marché, une volonté d’investir dans les écoles ou d’anticiper les conséquences du réchauffement climatique [des climatiseurs ?]. « L’histoire nous a montré que des crises financières ou sociales peuvent transformer le rôle de l’Etat et sa conception », souligne encore Thomas Piketty.

    Les Français, en tout cas, veulent plus de protection. Selon une étude de Viavoice pour Libération, publiée le 31 mars, la « souveraineté collective », nationale et européenne, le « dépassement de la société de marché » et la défense des biens communs, rencontrent une adhésion inédite (entre 70 % et 85 % d’opinions favorables, selon les items). En affirmant, le 13 avril, qu’il souhaitait « sortir des sentiers battus, des idéologies » et se « réinventer », Emmanuel Macron a, peut-être, ouvert une brèche.

    Bel effet de surprise pour ne pas conclure et inciter à méditer la politique et ses bifurcations intempestives, en pleine conscience, il fallait oser.

    #revenu_universel #étatisme #minables
    Un seen pour mémoire sur cette « #gauche » morte qui court après un électorat qui ne vote pas.

  • Aide alimentaire : le gouvernement annonce une enveloppe de 39 millions d’euros
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/24/aide-alimentaire-le-gouvernement-annonce-une-enveloppe-de-39-millions-d-euro


    Distribution de nourriture à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 15 avril. GUILLAUME HERBAUT POUR LE MONDE

    Alors que le nombre de personnes en demande d’aide alimentaire augmente chaque jour, les associations se félicitent d’une « respiration notable et bienvenue » pour faire face à la crise liée au coronavirus, mais s’inquiètent pour la situation à long terme.

    Les semaines passent et les files d’attente ne cessent de s’allonger. Avec la crise sanitaire liée au Covid-19, le nombre de personnes en demande d’aide alimentaire augmente chaque jour. Pour faire face à cette croissance, le gouvernement a annoncé, jeudi 23 avril, une enveloppe de 39 millions d’euros à destination des associations – à hauteur de 25 millions d’euros – et des territoires – 14 millions.
    Afin de permettre aux « familles les plus modestes » de « vivre en toute dignité » , selon les mots du ministre chargé de la ville et du logement, Julien Denormandie, il faut « adapter notre modèle social », a enchaîné la secrétaire d’Etat auprès du ministre des solidarités et de la santé, Christelle Dubos, lors d’une conférence de presse.

    Aux 5,5 millions de personnes qui reçoivent ponctuellement ou régulièrement une aide alimentaire en France, viennent désormais s’ajouter les travailleurs précaires, saisonniers et non déclarés privés d’emploi pendant le confinement, les parents dont le budget nourriture explose avec la suspension des cantines scolaires, les salariés au chômage partiel, les travailleurs indépendants au chômage technique, les étudiants… « Ce qui nous saute à la figure, c’est la rapidité avec laquelle les ménages précaires basculent dans la pauvreté » , souligne Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre.
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    Distributions multipliées par trois

    Patrice Blanc, le président des Restos du cœur, salue « une respiration notable et bienvenue » qui « répond à nos multiples alertes » . Depuis trois semaines, l’association fondée par Coluche a multiplié par trois les distributions de rue dans certaines villes. A Paris, place de la République, 600 personnes viennent désormais chaque soir chercher un panier-repas, contre 200 en moyenne auparavant.
    Certains montants du plan d’urgence de soutien à l’aide alimentaire du gouvernement sont déjà fléchés en direction de territoires particulièrement « en souffrance ». Ainsi, 2,6 millions d’euros vont être alloués à 25 000 foyers en Seine-Saint-Denis et 4 millions d’euros pour les outre-mer – Mayotte, la Guyane et Saint-Martin.

    Ces aides prendront notamment la forme de chèques d’urgence alimentaire dont la gestion sera confiée aux préfectures, avant d’être distribuées par les centres communaux d’action sociale (CCAS). « De l’art de créer des usines à gaz, les préfectures ne sont pas des bureaux d’aide sociale », tique Henriette Steinberg, secrétaire générale du Secours populaire, qui se félicite malgré tout que « l’Etat réagisse à l’urgence ».

    Si les 25 millions permettront aux associations d’acheter directement des produits alimentaires, ils financeront également « des achats de denrées centralisés par l’Etat et pour le compte des associations » . « Alors ça, non merci ! réagit Mme Steinberg. Il faudrait qu’on interroge nos 1 300 structures locales – dont la fréquentation a augmenté de 25 % à 30 % ces dernières semaines – pour qu’elles listent leurs besoins, que ça nous remonte et qu’on fasse ensuite remonter à l’Etat, qui ensuite va acheter pour nous et redistribuer localement, c’est absurde. »

    Entre le manque de bénévoles et l’augmentation rapide de la demande, les associations « tirent » sur tout, décrit le président de la Fédération française des banques alimentaires, Jacques Bailet, « et beaucoup sur les stocks de denrées, principalement les produits secs » , précise-t-il. L’antenne située à Nantes, par exemple, a l’habitude de distribuer 6 tonnes de nourriture par semaine. Désormais, c’est 11 tonnes. Dans le même temps, les collectes et les « ramasses » (dons) diminuent, confinement oblige, tandis que les industriels, bénéficiant d’une forte demande marchande, « donnent moins », constate M. Bailet.

    « La crise va durer »

    Cette enveloppe de 39 millions vient compléter une première série de mesures : versement automatique des minimas sociaux, ouverture de 10 000 places d’hébergement, émission de chèques-services à destination de 90 000 personnes (dont la moitié en Ile-de-France) et versement le 15 mai d’une aide exceptionnelle de solidarité pour « les familles modestes afin de leur permettre de faire face à leurs besoins essentiels », soit 4,1 millions de foyers, pour un coût de 1 milliard d’euros. Chaque famille bénéficiaire du RSA ou de l’allocation de solidarité spécifique (ASS) recevra 150 euros, plus 100 euros par enfant, et les familles touchant des aides au logement percevront également 100 euros par enfant à charge.

    « Ces aides ponctuelles, c’est important, mais ce qui nous préoccupe, c’est le long terme » , alerte Patrice Blanc, des Restos du cœur, qui demande un premier moratoire d’un an sur la suspension de la trêve hivernale et un second sur la mise en application de la réforme de l’assurance-chômage.

    « Il faut par ailleurs relancer d’urgence le dispositif des emplois aidés , plaide Jacques Bailet, des Banques alimentaires. Cela va être le seul moyen pour nous de faire face à la pénurie de bénévoles. » « La crise va durer, il va falloir élargir le périmètre de l’aide exceptionnelle et anticiper sa reconduite dans le temps » , abonde Christophe Robert, de la Fondation Abbé Pierre, qui milite pour la création d’un fonds exceptionnel d’aide au paiement des loyers et des charges.
    Il s’inquiète également de l’absence de mesures destinées aux étudiants et jeunes précaires. « Les travaux pour finaliser cette aide sont en cours » , a déclaré M. Denormandie. Jeudi, à Marseille, le Stade-Vélodrome a ouvert ses portes à la distribution alimentaire pour trois jours : à la mi-journée, 500 étudiants s’étaient déjà inscrits, souligne M. Blanc, des Restos du cœur, organisateurs de cette opération en partenariat avec l’OM Fondation.

    #aide_alimentaire #crise_sanitaire

  • La réforme des retraites plombée par le Covid-19
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/20/la-reforme-des-retraites-plombee-par-le-covid-19_6037177_823448.html


    Le premier ministre, Edouard Philippe, lors des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale, le 14 avril. STEPHANE LEMOUTON / AFP

    Au sein de la majorité parlementaire et des organisations syndicales et patronales, beaucoup plaident pour l’abandon du texte.

    La réforme des retraites a résisté à l’une plus longues grèves de notre histoire – six à sept semaines d’arrêt de travail à la SNCF et à la RATP. Succombera-t-elle au Covid-19 ? Depuis plusieurs jours, une petite musique monte dans les allées du pouvoir, instillant l’idée que ce grand dessein du quinquennat pourrait être déclaré mort et enterré.
    Edouard Philippe a contribué à donner corps à une telle hypothèse. Le 3 avril, sur le plateau de TF1, le premier ministre lance : « Nous devons suspendre au maximum les désaccords. Le chef de l’Etat a demandé une union nationale. Il a annoncé la suspension d’un certain nombre de réformes qui n’ont plus lieu d’être dans la situation actuelle. »

    Matignon refuse de commenter plus avant ce dossier, arguant se concentrer exclusivement à la gestion de la crise sanitaire et à la récession économique qui en découle. Idem dans l’entourage du secrétaire d’Etat chargé des retraites, Laurent Pietraszewski.
    Mais nombreux sont ceux qui, au sein de la majorité et du gouvernement, n’hésitent pas à dessiner la perspective d’une fin prochaine de ce projet, approuvé, début mars, en première lecture à l’Assemblée nationale. Une adoption dans la douleur, avec l’aide de l’article 49.3 de la Constitution, qui permet de faire passer un texte sans vote.

    « Notre devoir est de rassembler tous les Français autour d’un petit nombre de priorités, et dans un délai très court, estime Gilles Le Gendre, président du groupe LRM du Palais-Bourbon. Nous devrons donc faire des choix. Entre deux réformes également utiles, il faudra privilégier celle qui rassemble le mieux. »

    La tonalité est la même du côté de Cendra Motin, députée LRM de l’Isère et rapporteuse de l’un des deux textes – le projet de loi organique – instituant le système universel promis par Emmanuel Macron : « Même si nous n’avions pas le choix, tout le monde est traumatisé par le 49.3. Reprendre la réforme telle qu’elle a été votée, ce n’est pas une bonne idée. Et je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de collègues qui aient envie de la défendre telle quelle, même si cela ne veut pas dire qu’il ne faille rien faire. » « Sur ce sujet, je ne sais rien de définitif, glisse un pilier de la majorité. Mais j’ai du mal à croire que ce débat reprenne de sitôt. »

    Confidences saisissantes

    Un ministre se montre beaucoup plus expéditif : « Cette réforme était devenue un boulet et je ne suis pas certain que dans le pays, il y ait volonté pour qu’on y revienne. Cela peut être remis à un prochain quinquennat. » Le même souligne qu’il vaut mieux se focaliser sur l’ « investissement dans les services publics et l’hôpital » . « Plusieurs chantiers sont totalement plombés politiquement, abonde un député LRM. L’assurance-chômage, les retraites : toutes ces réformes doivent être abandonnées. »

    De telles confidences sont saisissantes, comparées à la détermination dont faisait preuve, il y a quelque temps encore, le pouvoir en place. Le 4 mars, M. Philippe assurait que les textes seraient définitivement adoptés « avant l’été » . Après deux longues années de gestation, il ne manquait plus que quelques étapes : l’examen au Sénat et la prise en compte, éventuelle, des recommandations faites par la conférence sur le financement. Cette instance informelle, à laquelle participent les partenaires sociaux, devait formuler, en avril, un « éventail » de recommandations pour – entre autres – apurer le déficit du système de pensions, qui pourrait atteindre 12 milliards d’euros en 2027.

    Cet agenda, dont le gouvernement se prévalait-il y a un mois et demi, semble aujourd’hui dater d’il y a un siècle, voire tenir de la fiction. Car un seul impératif compte, désormais : la lutte contre le Covid-19. Le 16 mars, en même temps qu’il annonçait le confinement de la population, M. Macron a décidé que « toutes les réformes en cours seraient suspendues, à commencer par la réforme des retraites ». De la suspension à la mise en bière, il n’y aurait donc qu’un pas ?

    Négatif, répond, en substance, Guillaume Gouffier-Cha, rapporteur général LRM du projet de loi, pour qui tout n’est qu’une question de patience et de « calendrier ». Si ce chantier ne constitue pas « la priorité des priorités » , il ne faut, à ses yeux, pas le renvoyer aux calendes grecques. « J’ignore si on peut reprendre le texte cet été mais il a été adopté à l’Assemblée nationale et doit poursuivre son chemin au Sénat, assène le député du Val-de-Marne. La crise du coronavirus n’a pas fait disparaître les enjeux sur l’équilibre budgétaire et la simplification portés par la réforme. »

    « Certains doivent être soulagés »

    Président du groupe MoDem de l’Assemblée nationale, Patrick Mignola considère que l’ambition initiale « reste plus que jamais d’actualité » , du fait de « l’objectif de justice sociale » qu’elle poursuit. « L’une des intentions de départ est d’augmenter les petites pensions des agriculteurs, des indépendants et d’améliorer celles des femmes, très présentes dans les professions qui sont montées en première ligne contre l’épidémie, souligne le député de Savoie. Cette volonté de réparation doit se traduire par des mesures, inscrites dans les prochaines lois de finances pour 2021. »

    Les avis sont partagés, parmi les technocrates qui connaissent la thématique sur le bout des doigts. L’un d’eux pense que l’affaire est entendue. « La réforme des retraites est une des premières victimes – et pas la plus grave – du Covid-19, tranche-t-il. Je me demande à quel point ça arrange l’exécutif. Leur histoire était mal partie. Certains doivent être soulagés… » Un autre trouve, au contraire, que la crise actuelle « valide totalement l’idée d’un système universel » , parce qu’elle concourt à l’instauration d’un « pilotage globalisé » et permet une solidarité entre toutes les catégories d’actifs.

    Du côté des partenaires sociaux, la volonté est de tourner la page – y compris chez les syndicats dits « réformistes », qui soutiennent ou regardent avec bienveillance le principe d’un système universel. « Le sujet, quand on sortira de la crise, ce sera celui de la cohésion sociale, de l’emploi, de l’évolution du travail, de la lutte contre les inégalités, indique le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger. Nous ne mobiliserons pas notre énergie sur la question des retraites. Il est exclu de se mettre sur la figure pour ce dossier, ça n’aurait pas de sens. »

    Le président de la CFTC, Cyril Chabanier, « doute » , pour sa part, que « l’on redémarre là-dessus à l’automne, compte tenu de toutes les autres questions qui se poseront à ce moment-là, qu’il s’agisse de la probable montée du chômage, du creusement de la dette publique ou de la dégradation des comptes de la Sécu » .

    « La réforme n’ira pas au bout »

    Au sein des confédérations hostiles à la réforme, le propos est encore plus définitif. « L’urgence, dans les mois qui viennent, n’est pas de remettre de la controverse sur ce sujet » , dit Yves Veyrier, le dirigeant de FO. « Il ne faut absolument pas ressortir ce projet de l’armoire, il y aura bien d’autres problèmes à gérer, renchérit François Hommeril, le président de la CFE-CGC. Sinon, ça tiendrait de la provocation. » « La réforme n’ira pas au bout » , prophétise Catherine Perret, la numéro deux de la CGT.

    Même le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, juge que, « très franchement, ce n’est pas la priorité. Quand l’épidémie aura été maîtrisée, dans un contexte de récession inédite, le sujet numéro un sera de faire survivre les entreprises et de sauver les emplois » .
    « Il me semble que l’on aura bien d’autres choses à faire que de reprendre cette réforme qui n’était, à l’origine, pas motivée par l’urgence mais par un choix politique d’une organisation plus équitable du système » , enchaîne Eric Chevée, vice-président de la Confédération des petites et moyennes entreprises.

    « Je le dis sans hésitation : cette réforme est morte » , certifie Alain Griset, président de l’Union des entreprises de proximité, pour qui il convient de construire « une sorte d’union nationale » , plutôt que d’alimenter la discorde.
    Le projet sera-t-il exhumé sous une autre forme un peu plus tard ? Des figures de la majorité veulent le croire. « Je suis convaincu que les fondements de la réforme – créer un système universel par points –, sont bons, défend Stanislas Guerini, délégué général de LRM. Le projet de refondation que l’on devra proposer pour l’après-crise nous permettra peut-être de lui donner davantage de sens encore, en liant le sujet des retraites à celui des mutations du marché du travail. Dans ce cadre, je pense qu’il faut rester très ouverts sur le calendrier. »

    « Tout le monde est redevenu keynésien »

    Tôt ou tard, la question devra de nouveau être débattue. Avant la présidentielle ? L’initiative serait plus que téméraire, « mais vous verrez que dans deux ans, on fera la retraite à 65 ans [au lieu de 62, aujourd’hui], parce qu’il y aura besoin de faire des économies… » , pronostique un député macroniste. Un autre, issu de l’aile droite de la majorité, suggère d’ailleurs de ne pas attendre : « A titre personnel, j’arrêterais cette réforme de retraites à points et je ferais une réforme avec une mesure d’âge ! » Précisément ce que souhaitait au départ M. Philippe.

    L’idée fait bondir le numéro un d’une centrale syndicale : « Vous pensez qu’en sortant de la crise, il y en a qui vont proposer 65 ans ? Il faudrait être dingo ! » M. Roux de Bézieux, dont l’organisation a toujours défendu une disposition de ce type, ne plaide pas en ce sens, du moins pas à court terme : « Les problèmes financiers n’ont pas disparu avec le Covid mais la crise va nous mobiliser à 100 % et durablement. »

    « Pour le moment, tout le monde est redevenu keynésien donc pendant un ou deux ans, on va laisser couler, décrypte une source proche du dossier. Mais après la présidentielle on fera les comptes et on s’apercevra que les déficits sont beaucoup plus élevés que prévu… » Avec le risque que la volonté du retour à l’équilibre prenne le pas sur les grands principes portés par M. Macron avant son arrivée à l’Elysée.

    #réformes #retraites #mesure_d’âge #assurance-chômage #compromis_biopolitique (provisoire) #keynésien

  • Le gouvernement envisage d’organiser le second tour des élections municipales après l’été
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/19/le-gouvernement-envisage-d-organiser-le-second-tour-des-elections-municipale

    La ministre de la cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, a affirmé dimanche que « le réalisme conduit » à ce que le second tour des élections municipales ait lieu « sûrement après l’été ».

    « Nous pensons qu’il sera difficile de tenir les élections au mois de juin », a affirmé dimanche sur France 3 la ministre de la cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, qui a ajouté : « Le réalisme conduit » à ce que le second tour des élections municipales ait lieu « sûrement après l’été », et non le 21 juin, comme envisagé dernièrement.

    « Vous avez vu que l’AMF [Association des maires de France] demande à ce que ça soit fin septembre, alors je ne sais pas si ça sera fin septembre ou octobre mais en tout cas le réalisme conduit à ce que ça sera sûrement après l’été », a-t-elle précisé. « Avant, il y aura la mise en place des conseils municipaux des 30 000 communes où ils ont été élus au premier tour qui se fera avant l’été », « au mois de juin et même si c’était possible un peu avant », a ajouté Mme Gourault.

    Le président de l’AMF, François Baroin, a exprimé vendredi son souhait que le second tour des élections municipales puisse se tenir « dans la deuxième quinzaine de septembre ».

    L’hypothèse du 21 juin pas encore totalement écartée
    Le second tour des municipales, prévu le 22 mars, a été reporté au lendemain du premier tour en raison de la crise du coronavirus. La date du report doit être fixée en fonction d’un rapport scientifique sur la situation sanitaire qui doit être remis le 23 mai au gouvernement. Emmanuel Macron n’a pas évoqué la question lundi dernier lors de son allocution.

    Début avril, le premier ministre Edouard Philippe avait évoqué un décalage « peut-être en octobre », même si l’hypothèse d’un vote le 21 juin n’était pas totalement écartée. « J’ai quelques doutes » sur la tenue du second tour en juin « car si une partie de la population était encore confinée », la concomitance avec ce scrutin serait « contradictoire », a jugé dimanche le président du MoDem François Bayrou, lors du grand jury RTL-Le Figaro-LCI.

    « Je ne suis pas sûr que septembre soit la meilleure date, pour une raison simple, c’est que nous serons dans une situation de grave crise économique et ce sera l’urgence du moment », a réagi la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, sur France 3. La députée du Pas-de-Calais préférerait que les municipales aient lieu « peut-être un peu plus tard, peut-être au mois de mars [2021] avec les départementales », avant les régionales au mois de juin.

  • Coronavirus : la crise sanitaire exacerbe la fracture sociale et politique, Daniel Cohen, Yann Algan, Bruno Cautrès et Luc Rouban
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/18/coronavirus-la-crise-sanitaire-exacerbe-la-fracture-sociale-et-politique_603

    Selon le baromètre du mois d’avril du Cevipof, seule la moitié des sondés considèrent que les Français sont traités à égalité par les mesures gouvernementales.

    Les résultats de la vague d’avril 2020 du Baromètre de la confiance politique du centre de recherche de Sciences Po (Cevipof) montrent que, si l’épidémie a suscité une mobilisation massive des Français et des services publics, l’unanimité de façade masque bien des failles. En France, plus encore qu’au Royaume-Uni et en Allemagne, la crise sanitaire a révélé et exacerbé les fractures sociales. Le confinement, « fait social total » pour reprendre une formule chère aux sociologues, n’a pas fermé la porte aux inégalités et aux tensions politiques. Dans de nombreux domaines, il les a aiguisées.

    L’#emploi est un indicateur très révélateur pour expliquer ces tensions. L’enquête confirme tout d’abord les résultats déjà collectés par l’Insee et Pôle emploi. Un tiers des personnes interrogées sont au chômage partiel auquel s’ajoutent 6 % de commerçants qui doivent fermer boutique, un autre tiers doit continuer à travailler sur place, malgré le confinement, tandis que presque 30 % des sondés peuvent travailler de chez eux.

    Inégalités territoriales

    Le télétravail est sans surprise la marque des catégories favorisées, les cadres notamment. Ils sont 44 % à pouvoir le faire. A l’autre bout, seulement 3 % des ouvriers y ont accès, 55 % d’entre eux étant au chômage partiel. Les inégalités territoriales sont de même ampleur : 47 % de ceux qui vivent à Paris ou dans son agglomération sont passés en télétravail contre 20 % de ceux qui vivent dans le Nord-Est. Cette configuration de l’espace social est parfaitement reflétée dans les préférences partisanes des personnes. Les électeurs de Marine Le Pen ne sont que 14 % à télétravailler. Les électeurs d’Emmanuel Macron et de Benoît Hamon sont respectivement 41 % et 44 % à pouvoir le faire. Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon sont, à l’aune de ce critère, dans la moyenne nationale.

    44 % des cadres peuvent télétravailler. Alors que seulement 3 % des ouvriers y ont accès, 55 % d’entre eux étant au chômage partiel.
    Si 58 % des personnes interrogées déclarent que la crise due au coronavirus a renforcé la solidarité entre les Français, ce sentiment se vit très différemment selon la situation en emploi : ils sont 62 % à le penser parmi ceux qui sont au télétravail, mais 54 % parmi ceux qui travaillent in situ. Deux blocs bien distincts s’opposent sur le partage des efforts face à la crise. Si 92 % des électeurs de Mme Le Pen et 94 % des électeurs de M. Mélenchon soutiennent les mesures économiques, le chômage partiel notamment, seule la moitié des sondés considèrent que les Français sont traités à égalité par les mesures gouvernementales, et cette part tombe à 34 % parmi les électeurs de La France insoumise et 45 % parmi les électeurs de Marine Le Pen.
    Forte demande de protectionnisme économique

  • « Le gouvernement français a peut-être déjà perdu la bataille de la confiance »
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/18/le-gouvernement-francais-a-peut-etre-deja-perdu-la-bataille-de-la-confiance_

    Le moral des Français et leur confiance en l’exécutif ont été affectés par la crise liée au coronavirus. Un phénomène plus marqué en France qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni, selon un sondage.

    • rien que "bataille de la confiance" ça fait peur,
      bon, si on évite ce terme épouvantable de bataille (ou bien c’est la guerre des poumons un titre à la libé) lemonde pourrait réduire le titre à
      « Le gouvernement français a peut-être déjà perdu de la confiance » ce journal ne va plus toucher de crédits d’état ni les instituts de sondages et on risque de se demander pourquoi ils sont aller promener leur confiance au parc alors que c’est confinement, et tout ça pour la perdre. Nan, je peux leur conseiller « Le gouvernement français a peut-être déjà perdu la confiance de zezette et marcel » parce que j’ai l’impression qu’il manque quelqu’un dans ce titre, quelque chose comme Le peuple ou bien La populace, les sous-fifres, les riens, les merdeux, les chieurs, les gilets jaunes, les extrêmis, les pessimis, les optimis, les travailleur·es de 60h, les gros·ses, les vieux maigres, les vieux gros, les enfants, les gros enfants vieux, les infirmières, les médecins, les laissé·es pour compte, les qui ont votés aux ordres, les qui ont pas voté, les marins, les flics, l’armée, le navire, les concierges, les garagistes, les boulangères et toutes les femmes de toutes les couleurs, les arabes, les noir·es, et les migrants.
      Partie sur une trottinette un jour de printemps, la confiance.

    • Ah ben, c’est le yoyo du côté de Zézette et Marcel,…

      News Letter du Journal du Dimanche :

      La confiance repart à la hausse pour l’exécutif
      Faut-il y voir un effet allocution présidentielle ou une conséquence du nombre en baisse des personnes en réanimation ? Après plusieurs semaines de baisse, la confiance envers l’exécutif remonte, selon notre sondage Ifop à paraître demain dans le JDD : 46% des personnes interrogées lui font confiance pour lutter efficacement contre le coronavirus, soit huit points de plus qu’il y a une semaine, et un niveau quasiment identique à la situation d’il y a quinze jours. Il y a un mois (les 19 et 20 mars), juste après le début du confinement, ils étaient 55% à lui faire confiance.

    • Je reviens ici, car l’interprétation de ce qu’est la confiance et comment elle se gagne, voire est une notion qui doit être avant tout transitive est très bien documentée ici
      https://www.linkedin.com/pulse/parcs-bond%C3%A9s-%C3%A0-berlin-vs-rues-d%C3%A9sertes-paris-qui-raison-cel

      cc @reka https://seenthis.net/messages/845167

      mon interprétatio, est qu’à force d’infantilisation de la population, traitée comme une bande de délinquant·es abrutis et égoïstes, ce qui signifie sans aucune confiance de l’Etat envers les habitants, la france gagne le statut de pays le plus coercitif et le moins apte à assurer la survie de sa population.

  • Les salariés en arrêt de travail pour garde d’enfants et les personnes vulnérables vont passer au chômage partiel
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/04/17/les-salaries-en-arret-de-travail-pour-garde-d-enfants-et-les-personnes-vulne

    Les 2,1 millions de salariés se trouvant actuellement en arrêt de travail pour garde d’enfants ou en raison de leur vulnérabilité au Covid-19 seront placés en activité partielle à partir du 1er mai.

    Plus de 2 millions de Français sont concernés par la mesure. Les salariés se trouvant actuellement en arrêt de travail pour garde d’enfants ou en raison de leur vulnérabilité au Covid-19 (qui présentent donc un risque accru de développer des formes graves de la maladie) seront placés en activité partielle à partir du 1er mai.

    Ces salariés percevront ainsi une indemnité à hauteur de 70 % du salaire brut, soit environ 84 % du salaire net. Ces montants seront portés à 100 % du salaire pour les salariés rémunérés au niveau du smic. Le basculement est prévu dans un amendement du gouvernement qui sera discuté vendredi à l’Assemblée, dans le cadre de l’examen du projet de budget rectificatif. Ce changement de régime « ne concerne pas les travailleurs indépendants, les fonctionnaires et les agents contractuels de droit public en arrêt de travail », a précisé le gouvernement.

    Depuis le début du confinement, le 17 mars, les personnes qui ne peuvent pas télétravailler et doivent garder leurs enfants, pouvaient se mettre en arrêt maladie et touchaient des indemnités journalières à hauteur de 90 % du salaire brut. Le même système s’applique aux salariés (ou leurs conjoints) dits vulnérables, qui ont notamment une affection de longue durée. Ces derniers sont près de 400 000 et les arrêts pour garde d’enfants concernent 1,7 million de personnes, selon des chiffres communiqués par le ministère du travail.

    Eviter la baisse des indemnités journalières

    Selon le ministère du travail, ce nouveau système va permettre d’éviter le problème du passage au bout d’un mois des indemnités journalières à 66 % pour les personnes ayant entre un an et cinq ans d’ancienneté (au bout de quarante jours entre cinq et dix ans d’ancienneté, et cinquante jours pour plus de dix ans d’ancienneté).

    Par ailleurs, « on ne pouvait pas demander aux seuls employeurs de supporter le coût », notamment ceux à la tête de petites entreprises, car ils paient des cotisations sur le complément employeur des indemnités journalières, ce qui risquait « d’accélérer des faillites », a expliqué l’entourage de la ministre du travail, Muriel Pénicaud.

    Les entreprises pourront déclarer de manière individuelle ces salariés. Celles qui n’ont pas fait de demande de chômage partiel jusqu’à présent devront le faire. Une ordonnance sera prise en ce sens afin « d’individualiser » le chômage partiel, après avis conforme du CSE (comité social et économique) ou du conseil d’entreprise, ou après accord collectif. Actuellement, 9 millions de salariés sur quelque 20 millions sont en chômage partiel.

    11,1 millions de salariés payés hors emploi.

    #arrêt_de_travail #chômage_partiel #arrêt_de_travail_pour_garde_d’enfants #revenu_garanti #pénurie_de_main_d'oeuvre #pognon_de_dingue

    • La crise du coronavirus génère un préoccupant déficit de l’assurance-chômage
      https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/22/la-crise-du-coronavirus-genere-un-preoccupant-deficit-de-l-assurance-chomage

      Explosion des charges, baisse des cotisations… L’épidémie met à mal les comptes de l’Unédic. La dette pourrait atteindre entre 50 et 60 milliards d’euros fin 2020.

      L’assurance-chômage est en train de subir un choc financier d’une violence sans précédent, à cause de la crise liée à l’épidémie de Covid-19. Surveillés quasi en temps réel, ses comptes se dégradent à une vitesse spectaculaire.

      Selon nos informations, la dette du régime atteint désormais 42,5 milliards d’euros, contre un peu plus de 37 milliards en décembre 2019. Et elle risque fort de poursuivre sa dérive, plusieurs administrateurs évoquant un montant compris entre 50 et 60 milliards d’euros, en fin d’année. Une situation préoccupante, qui pourrait se traduire par des difficultés pour faire face aux besoins de trésorerie.

      Les évolutions en cours sont déprimantes pour l’Unédic, l’association paritaire copilotée par les partenaires sociaux qui gère le dispositif. Après avoir accumulé les déficits au cours de la décennie écoulée, elle espérait renouer avec les excédents à partir de 2021 et engager, grâce à ce retour à meilleure fortune, son désendettement. C’est le scénario inverse qui se joue aujourd’hui, pour plusieurs raisons.

      D’abord, les dépenses s’emballent, sous l’effet de la généralisation de « l’activité partielle » – terme officiel pour désigner le chômage partiel. Ce dispositif, qui concerne 10,2 millions de travailleurs, selon les chiffres communiqués, mercredi 22 avril, par le gouvernement, couvre la majeure partie (voire, dans certains cas, la totalité) de la rémunération des bénéficiaires. L’Unédic assure un tiers du financement, soit un coût d’environ 1 milliard d’euros par semaine, qui est susceptible de progresser, car ce filet de protection va couvrir ceux qui, jusqu’à maintenant, étaient en arrêt-maladie pour garder leurs enfants ou s’occuper d’une personne vulnérable.

      Tarissement des recettes

      S’y ajoute l’allongement de l’indemnisation pour les demandeurs d’emploi arrivés en fin de droit à compter du 1er mars – une mesure récemment prise par l’exécutif. Enfin, le volume des allocations versées s’accroît aussi avec la hausse du nombre de salariés, qui se retrouvent ou vont très vite se retrouver sans activité (fin du contrat à durée déterminée ou de la mission d’intérim, licenciement, etc.).

      Le chômage pourrait toucher 460 000 individus supplémentaires « pendant la période de confinement », d’après une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques, diffusée lundi.

      Du côté des recettes, la tendance est au tarissement, notamment à cause des cotisations dont le règlement a été repoussé, afin d’aider les entreprises. Il est très possible qu’une partie de ces contributions soient finalement annulées (notamment celles dues par le secteur de la culture et de l’hôtellerie-restauration) et donc perdues à tout jamais.
      Lire les témoignages : « Il faut se serrer un peu plus la ceinture » : quand chômage partiel rime avec fiche de paie amputée
      « Nous sommes dans une gestion de crise », confie Eric Le Jaouen, président (Medef) de l’Unédic, en soulignant que le régime est « au rendez-vous » pour, à la fois, payer les prestations aux demandeurs d’emploi et apporter son écot en faveur du chômage partiel.

      « Nous assumons notre rôle dans un contexte d’urgence », renchérit Patricia Ferrand, vice-présidente (CFDT) de l’association paritaire. La dette en hausse « demeure un sujet de préoccupation, mais n’inspire pas d’inquiétude de court terme », notamment parce que l’Etat vient de relever sa garantie pour les emprunts contractés par l’assurance-chômage.

      Des agences de notation plus incisives

      Mais d’autres administrateurs font part de leurs interrogations. « L’Unédic est confrontée à un changement de paradigme si elle endosse durablement une partie de l’enveloppe consacrée à l’activité partielle, puisque aucune ressource n’est prévue à cet effet, dit Michel Beaugas (FO). Il faut que nous nous emparions de cette problématique. » Jean-François Foucard (CFE-CGC) plaide, de son côté, pour que soit revu le « modèle » économique du régime, si les missions assignées à celui-ci sont étendues de façon pérenne.

      Jusqu’à maintenant, les marchés financiers ont toujours répondu présent quand l’assurance-chômage s’adressait à eux pour lever des fonds, par exemple à travers des émissions obligataires. Mais il existe désormais un risque à ne pas sous-estimer : celui de voir la confiance des investisseurs s’éroder, face à un endettement dont le niveau est supérieur aux recettes perçues en un an par le régime. « A force d’utiliser la carte bleue de l’Unédic, le plafond de dépenses pourrait vite être dépassé », résume un fin connaisseur du dossier.
      Lire aussi : Le gouvernement promet des aides et une prolongation du chômage partiel pour faire face à la crise
      Selon nos informations, les agences de notation se montreraient, aujourd’hui, plus incisives quand elles réclament des éclaircissements sur les perspectives financières du système d’indemnisation des demandeurs d’emploi.
      C’est pourquoi certains aimeraient que le gouvernement, le patronat et les syndicats se réunissent très vite pour réfléchir au devenir de notre protection sociale. Faute de quoi, la tentation pourrait être grande pour l’Etat de renforcer son emprise sur le dispositif, en invoquant l’incapacité des partenaires sociaux à gouverner l’Unédic.

      #Unedic #allocation_chômage #chômage #chômeur #déficit #agences_de_notation

    • Avec plus de la moitié des salariés au chômage : En France, la facture du chômage partiel encore largement sous-estimée
      https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/22/chomage-partiel-la-facture-du-coronavirus-encore-largement-sous-estimee_6037

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      A Paris, le 9 avril 2020. JOEL SAGET / AFP

      Le nombre d’heures chômées demandées par les entreprises à l’administration pourrait coûter bien plus que les 24 milliards d’euros prévus par le gouvernement, si elles étaient intégralement déclarées.

      C’est l’une des principales mesures de soutien à l’économie française depuis la crise liée à la pandémie de Covid-19, et ce n’est pas fini. Le coût du dispositif massif de chômage partiel mis en place mi-mars par le gouvernement, à travers lequel l’Etat et l’Unedic prennent en charge la majeure partie, voire la totalité, de l’indemnisation des salariés qui en bénéficient, est sans doute encore largement sous-estimé par rapport à la réalité.

      Dans une lettre adressée le 21 avril à Eric Woerth, le président (Les Républicains) de la commission des finances de l’Assemblée nationale, et que Le Monde a pu consulter, la ministre du travail, Muriel Pénicaud, fait le point sur le dispositif. Elle précise notamment qu’au 20 avril le nombre d’heures chômées demandées par les entreprises à l’administration était de 4,2 milliards d’heures pour une durée totale de trois mois. Or, dans le premier projet de loi de finances rectificatif (PLFR, voté le 18 mars), l’exécutif estimait à 13,90 euros le coût moyen de l’indemnisation d’une heure chômée.

      « Madame Soleil »

      « Le coût total du dispositif sur la base de ces heures demandées serait donc de plus de 58 milliards d’euros, bien supérieur aux 24 milliards d’euros budgétés par le gouvernement dans le deuxième PLFR, qui augmentait déjà nettement l’enveloppe initiale de 8,5 milliards d’euros » , indique M. Woerth.

      Certes, relève-t-il, « les entreprises ne seront remboursées que sur le nombre d’heures déclarées a posteriori, pas sur celles autorisées. Mais les chiffres du PLFR voté en ce moment sont forcément une version minorée. La vérité se situe vraisemblablement entre 30 et 40 milliards d’euros. » Le député de l’Oise joue « un peu à madame Soleil » , relativise une source proche du dossier, qui ajoute qu’ « en toute humilité la vérité est que personne ne sait exactement combien ça coûtera ».

      « Le nombre des heures indemnisées ne serait que de 40 % [24 milliards d’euros au lieu de 58 milliards] des heures demandées ? Ce n’est pas crédible » , renchérit pourtant Charles de Courson, député centriste de la Marne. D’autant que « le gouvernement a donné consigne aux directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi d’accepter toutes les demandes et de vérifier après », indique l’élu, craignant des abus : « Il y aura un gros problème de contrôle a posteriori. »

      821 000 entreprises concernées par le chômage partiel

      Ces montants sont susceptibles d’évoluer. Mercredi 22 avril, la ministre du travail a annoncé que la barre symbolique des 10 millions de salariés au chômage partiel a été franchie – soit plus d’un sur deux . Ce sont désormais 821 000 entreprises qui sont concernées. Un chiffre qui n’a cessé d’augmenter ces dernières semaines à mesure que le gouvernement élargissait le champ des catégories professionnelles éligibles.

      Vendredi 17 avril, un décret avait par exemple ouvert cette possibilité aux intermittents du spectacle ainsi qu’aux journalistes pigistes. Et le gouvernement a adopté en conseil des ministres, mercredi 22, une ordonnance pour permettre, entre autres, d’adapter les modalités du chômage partiel à certaines professions comme les assistantes maternelles qui travaillent jusqu’à 45 heures par semaine.

      A partir du 1er mai, ce filet de protection sera également étendu à celles et ceux qui étaient jusqu’à présent en arrêt maladie pour garder leurs enfants ou s’occuper d’une personne vulnérable. L’objectif étant qu’ils ne subissent pas de pertes de revenus supplémentaires dues à la dégressivité des indemnités journalières versées par la Sécurité sociale. Selon le ministère du travail, plus de 2 millions de personnes bénéficient actuellement de ce dispositif.

  • Déconfinement le 11 mai : Philippe mis devant le fait accompli par Macron
    https://www.latribune.fr/opinions/editos/deconfinement-le-11-mai-philippe-mis-devant-le-fait-accompli-par-macron-84


    Le Premier ministre, Edouard Philippe.
    Crédits : Reuters

    CHRONIQUE. L’intervention du chef de l’Etat lundi 13 avril a montré qu’il se déchargeait de la crise du coranavirus et de sa gestion cacophonique sur le Premier ministre. En se retrouvant en première ligne, Edouard Philippe sert désormais de fusible, dans la plus pure tradition de la Ve Répubique.

    Dans la guerre contre l’épidémie du Covid-19, le commandant en chef a finalement décidé de faire mouvement : le « déconfinement » de la France est désormais programmé pour le 11 mai. Face aux Français, Emmanuel Macron ne s’est pourtant guère étendu sur la mise en musique d’une telle décision. Quid des masques, des tests, de la dette, des faillites d’entreprise ? Sur tous ces sujets, la balle est renvoyée au gouvernement, dans la plus pure tradition de la Ve République. Alors que la colère gronde contre les autorités, Edouard Philippe se retrouve donc en première ligne, tel un fusible idéal : « À la fin, qui paiera les pots cassés ? Ce sera bien sûr Philippe, car juridiquement, il sera responsable, ce qui n’est pas le cas de Macron. Son statut de président le protège en partie... », constate un observateur.
     
    Relations particulièrement tendues
    Depuis longtemps, les relations entre le président et son Premier ministre sont particulièrement tendues. Dès l’été 2018 - au moment de l’affaire Benalla -, la confiance avait été mise à rude épreuve entre les deux têtes de l’exécutif. Mais aux dires de nombreuses sources dans leur entourage respectif, les tensions se sont multipliées, et sont même montées de plusieurs crans au fur et à mesure de l’avancée du coronavirus : « Entre les deux hommes, les tensions sont désormais définitives », assure un proche d’Edouard Philippe. « Au point qu’un départ du Premier ministre dans les prochaines semaines n’est plus une simple hypothèse de travail ».

    Depuis le 12 mars, la cacophonie de communication au sujet du Covid-19 entre l’Elysée et Matignon a frappé tous les commentateurs. Macron et Philippe ont multiplié les interventions télévisées et autres opérations de communication sans grande concertation. L’annonce par Edouard Philippe de la fermeture des lieux non essentiels à quelques heures de la tenue des élections municipales n’avait pas été particulièrement coordonnée avec l’Elysée. Tel un match retour, la décision d’annoncer un déconfinement pour le 11 mai a été prise par Emmanuel Macron lui-même, c’est-à-dire seul : « Edouard Philippe a été littéralement mis devant le fait accompli, ce qui explique aussi l’improvisation du gouvernement dans les heures qui ont suivi », nous décrypte un initié de Matignon.

    « Lundi midi, le président a réuni le Premier ministre et plusieurs ministres. Après, il a décidé, et c’est normal. Il a posé l’objectif et le cadre, nous confirme un proche du chef de l’Etat. Il va envoyer vendredi ou samedi le Premier ministre pour refaire une conférence de presse d’explication. » Une mise au point, semble-t-il, nécessaire car, dès le lendemain de l’intervention présidentielle, le ministre de l’Interieur, Christophe Castaner, bredouillait que le président n’avait pas annoncé « le déconfinement le 11 mai », mais « le confinement jusqu’au 11 mai ». Ajoutant même que cette date « est un objectif, pas une certitude ». Concernant la reprise des cours à l’Éducation Nationale, le ministre Jean-Michel Blanquer a également eu le plus grand mal à expliciter sa mise en oeuvre. Bref, par ses décisions, le président a mis sous pression l’ensemble du gouvernement.

    • version du Monde derrière #paywall

      Coronavirus : Emmanuel Macron impose sa cadence au gouvernement et aux scientifiques
      https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/16/coronavirus-emmanuel-macron-impose-sa-cadence-au-gouvernement-et-aux-scienti

      Faudra-t-il déconfiner par régions ? A partir de quel âge ? Le président a décidé que le gouvernement présenterait « d’ici quinze jours » le « plan de l’après-11 mai ». Mais rien n’est vraiment prêt.

      Lundi 13 avril, 19 h 45. Dans un quart d’heure, Emmanuel Macron prendra la parole pour annoncer aux Français la prolongation du confinement jusqu’au 11 mai et la réouverture progressive des écoles à partir de cette date.

      A Matignon, Edouard Philippe se penche vers sa pieuvre téléphonique, nouvel objet star du pouvoir confiné qui permet d’appeler des dizaines de personnes à la fois. Tous les ministres et secrétaires d’Etat, ainsi que plusieurs dirigeants de la majorité, se trouvent au bout du fil. Le chef du gouvernement les informe de la teneur de l’allocution à venir du président de la République. Hormis les rares ministres pleinement impliqués dans la gestion de crise du coronavirus, « tout le monde a découvert à ce moment-là ce qu’elle contenait », relate un membre du gouvernement. Comme n’importe quel Français, un quart d’heure plus tard, devant sa télévision.

      Est-ce pour cette raison qu’il règne depuis comme un sentiment de flottement ? Le lendemain, le brouillard, en tout cas, planait. « C’est une date d’objectif : ce n’est pas le déconfinement le 11 mai », assurait ainsi le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner. « Toutes les écoles ne seront pas ouvertes le lundi 11 mai », ajoutait son collègue ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, précisant que cela ne se fera « pas du jour au lendemain ». « On va élaborer toute une méthodologie », a précisé le ministre.

      Rien n’est vraiment prêt
      Car, si Emmanuel Macron a décidé que le gouvernement présenterait « d’ici quinze jours » le « plan de l’après-11 mai », rien n’est vraiment prêt. Edouard Philippe, d’ailleurs, se montre plus vague que le locataire de l’Elysée sur la question du calendrier de ce plan. « J’aurai l’occasion de le présenter quand il sera prêt, largement avant la date du 11 mai », a-t-il simplement assuré, mardi, à l’Assemblée nationale, expliquant que le déconfinement « doit être travaillé en consultation avec beaucoup d’acteurs pour être véritablement à la hauteur des enjeux ».

      L’Elysée […]

  • Coronavirus : à Mayotte, « c’est impossible de rester à l’intérieur »
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/07/coronavirus-a-mayotte-c-est-impossible-de-rester-a-l-interieur_6035837_82344

    Chamsiddine Foulera est éducateur en prévention spécialisée dans une des structures des Apprentis d’Auteuil, qui gère plusieurs dispositifs d’accueil et d’accompagnement en faveur de la jeunesse dans le département le plus pauvre de France, où la moitié des 279 000 habitants recensés par l’Insee a moins de 18 ans mais où plusieurs milliers de jeunes sont déscolarisés et sans emploi. Il intervient dans le Grand-Mamoudzou, là où les « bangas » – les baraquements précaires faits de tôle et de matériaux de récupération – rongent les flancs des collines, là où des milliers d’immigrés, pour la plupart en provenance des Comores voisines, survivent dans des conditions indignes, mais qu’ils préfèrent cependant à l’idée de retourner dans leur pays d’origine.

    #Paywall #Mayotte #Covid19

  • Coronavirus : Emmanuel Macron en première ligne face à l’opinion
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/12/covid-19-emmanuel-macron-en-premiere-ligne-face-a-l-opinion_6036391_823448.h
    Photo du pet de la nation avec masque, main dressée, « lors de sa visite d’un centre médical à Pantin (Seine-Saint-Denis ), le 7 avril »

    Lundi, le président s’adressera une nouvelle fois aux Français et pourrait annoncer une prolongation du confinement d’ « un mois minimum » , selon un conseiller de l’exécutif.

    Depuis le début de la crise du coronavirus, un rituel est en passe de s’installer dans le quotidien des Français : s’asseoir devant sa télévision pour écouter parler Emmanuel Macron. Le soir de sa première allocution consacrée à l’épidémie, le 12 mars, 25 millions de téléspectateurs étaient massés devant leur poste. Pour la deuxième, quatre jours plus tard, 35 millions de personnes − près d’un Français sur deux − étaient cette fois à l’écoute. Un record d’audience absolu. De quoi réjouir un homme qui ne conçoit l’exercice de sa fonction que dans une dimension verticale, « jupitérienne », selon son expression, utilisée pour critiquer et se différencier de François Hollande. Un rôle assumé de « père de la nation », dixit un proche. « Emmanuel Macron considère que la fonction de président est une fonction paternante, qu’il faut accepter comme telle, quand bien même on a toujours envie de tuer le père » , assure un autre. Depuis le début de la crise, M. Macron n’a de cesse que de vanter le concept de « France unie », comme François Mitterrand lors de sa campagne présidentielle de 1988 ; le socialiste avait alors été réélu triomphalement. Le rendez-vous donné aux Français, lundi 13 avril, pour une nouvelle allocution, représente une occasion de plus d’essayer de se couler dans le moule.
    Selon son entourage, le président de la République doit profiter de cette adresse pour fixer « un cap et un horizon : mettre en perspective, nous projeter, mais sans démobiliser sur le confinement, au moment où il commence à produire ses effets » . Samedi 11 avril au soir, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a annoncé que le nombre de patients en réanimation a diminué pour le troisième jour d’affilée. De quoi permettre, en théorie, de desserrer − un peu − l’étau. Néanmoins, Emmanuel Macron compte annoncer une prolongation du confinement au-delà du 15 avril, et pourrait dessiner une perspective de fin. « Ce serait dans l’ordre des choses que le chef de l’Etat soit plus précis sur la durée du confinement », assure un proche. Selon un conseiller de l’exécutif, il est « assez probable » que la durée de cette prolongation soit d’« un mois minimum ».

    Se poserait alors la question de la réouverture des écoles, ou bien des frontières, à plus ou moins long terme. Pas question pour autant de provoquer un relâchement des Français, alors que l’exécutif dit craindre une deuxième vague de l’épidémie. « Le président est concentré sur la crise. Le cœur de son discours, c’est la stratégie, les résultats. Pourquoi on est confinés et pourquoi il faut continuer », explique un conseiller, quand un dirigeant de la majorité estime que « son rôle, c’est de dessiner un horizon, de faire monter les consciences de la dureté de la période ». « Il n’y aura pas le jour d’après. Il y aura des jours après » , prévient un macroniste influent.

    Il bouge partout et parle souvent

    Au cours de ses précédentes interventions, le chef de l’Etat s’est emparé de cette crise pour amorcer un virage dans son quinquennat, directement inspiré du slogan des partisans du Brexit au Royaume-Uni : « Reprendre le contrôle. » « De son point de vue, il est clair aujourd’hui − c’est ce que disaient les “gilets jaunes” − que les Français sont dépossédés de leur pays et d’une part de maîtrise de leur destin, estime un habitué de l’Elysée. L’enjeu, c’est de renouer avec une France souveraine dans une Europe souveraine. De redéfinir les formes d’un nouvel Etat-providence, qui soit protecteur, sur quatre points : ordre, justice, écologie et santé. »

    « Il y a une hésitation, chez Macron, qui porte un double registre de disruption et de protection » , note un député de la majorité
    Cette posture vient brouiller l’identité politique de l’ancien ministre de l’économie, chantre de l’émancipation individuelle, de la « société ouverte » et promoteur de l’échelon européen comme remède aux problèmes nationaux. « Vous ne changez pas tout d’un coup d’image. Après trois ans de pouvoir, elle est structurée, figée , rappelle Bernard Sananès, président de l’institut de sondages Elabe. Cette figure du président protecteur, ce n’est pas ce qu’il incarnait en premier. Les adjectifs positifs qui lui sont accolés sont “dynamique” et “courageux”. Il incarne la conquête plus que la protection. » L’intéressé, néanmoins, n’a jamais voulu choisir entre ces deux items. « Votre façon de faire la guerre est déterminée par ce que vous défendez. En l’occurrence, il y a une hésitation très profonde chez Macron, qui porte un double registre de disruption et de protection, note un député de la majorité. Il passe de la disruption absolue, en janvier, sur la réforme des retraites, à la protection absolue aujourd’hui. Ça crée un petit choc. »

    Depuis le début de la crise, Emmanuel Macron n’est pas figé en son palais. Il bouge partout, et parle souvent. Un jour dans le Maine-et-Loire pour visiter une usine de production de masques. Un autre à Marseille pour rencontrer le microbiologiste Didier Raoult. « Emmanuel Macron sait parler comme un père de la nation s’il le veut : il connaît l’histoire, les lettres… Mais il a tendance à vouloir tout faire lui-même, regrette un “marcheur” de la première heure. Il faudrait qu’il arrête de nous expliquer comment mettre des masques, ce n’est pas de son niveau. » « Le président est élu au suffrage universel direct, il y a une relation particulière entre ses concitoyens et lui. Il est normal qu’il soit à leurs côtés dans les semaines que nous vivons », juge au contraire la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye.

    Pas d’union nationale

    Dans cette séquence, Emmanuel Macron entend utiliser toutes les cartes qui lui sont offertes pour camper ce rôle. Selon son entourage, le chef de l’Etat doit diffuser un message vidéo de remerciements, mercredi 15 avril, aux personnes impliquées dans la reconstruction de Notre-Dame de Paris, un an jour pour jour après l’incendie de la cathédrale. Il avait envisagé, dans un premier temps, de les recevoir à l’Elysée. Quoi de mieux que l’évocation d’un édifice quasi millénaire pour tenter de faire corps avec le pays ? « Les mots nation, drapeau, patrie, ne sont pas des gros mots » , défend un proche.

    En 2019, déjà, le chef de l’Etat vantait dans certains discours « l’art d’être français ». « Il est dans le rôle que sa fonction le conduit à endosser, mais cela pose, quoi qu’il en dise, la question de son rapport à la nation , estime l’historien Olivier Dard. Emmanuel Macron ne s’est pas construit sur une logique nationale. Il essaye d’y revenir parce qu’il y a une demande d’Etat, de nation, et on ne voit d’ailleurs pas ça qu’en France. Mais comment articuler la défense de la nation et un discours consistant à dire qu’il faut encore plus d’Europe ? » « La souveraineté européenne qu’il promeut est un concept radical, qui suppose un Etat fédéral si les mots ont un sens » , soupire un élu.

    Moment d’ordinaire fédérateur, la crise n’a pas permis, pour l’heure, à Emmanuel Macron de réaliser l’union nationale. Comme celle de François Hollande après les attentats, sa cote de popularité remonte dans de nombreux sondages, mais les Français doutent aussi. Selon Elabe, 59 % des sondés lui faisaient confiance, le 13 mars, pour lutter contre l’épidémie ; ils ne sont plus que 43 % aujourd’hui. « La confiance avant la crise était altérée de manière forte et durable, au point de devenir une hostilité chez certains. Cette hostilité ne peut pas se transformer , souligne Bernard Sananès. Il n’y a pas de déplacement des frontières politiques dans la confiance au président de la République, qui reste dans ses zones de force électorales. Tout est clivé. »

    Une situation dont la Macronie se montre consciente. « Je ne connais pas de crise dont les gouvernants sortent indemnes » , souffle un visiteur du soir d’Emmanuel Macron. Le mal est mondial, néanmoins, répète-t-on au sein de l’exécutif, comme pour diluer les reproches. « Je serais très intéressé de connaître les pays qui avaient été très bien préparés à cette pandémie », grince un intime du chef de l’Etat. Ce qui n’empêchera pas le président de devoir affronter les critiques à plus ou moins brève échéance. A cette occasion, lui et ses proches espèrent ne surtout pas voir se confirmer les intuitions de Jean de La Fontaine. Dans la fable Les Animaux malades de la peste, le lion prévient que toute épidémie a son bouc émissaire. « Que le plus coupable de nous/Se sacrifie aux traits du céleste courroux/Peut-être il obtiendra la guérison commune. »

    #crise_sanitaire #communication

    • « Déconfiner sera sans doute l’opération la plus délicate qu’un gouvernement ait eue à réaliser depuis la fin de la seconde guerre mondiale. »

      En ce jour de messe nationale, on se presse auprès du « père la nation »
      Coronavirus : le confinement ne suffit pas
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/13/coronavirus-le-confinement-ne-suffit-pas_6036423_3232.html

      Editorial. Si cette stratégie a permis un ralentissement de l’épidémie de Covid-19, elle ne semble pas suffisante. Face à l’immense défi du déconfinement des Français, d’autres mesures sont nécessaires."

      Depuis maintenant quatre semaines, les Français vivent à l’heure du confinement général, dans le cadre des mesures prises par le gouvernement pour lutter contre la pandémie de Covid-19. Cette durée offre un recul suffisant pour évaluer l’impact de cette opération sans précédent : la progression de l’épidémie accuse un ralentissement, avec en particulier la baisse du nombre d’admissions en réanimation au cours des derniers jours, mais la transmission n’est pas enrayée et le système de santé est sérieusement mis à l’épreuve.

      Cette mesure est-elle suffisante en soi ? Doit-elle être accompagnée d’autres dispositifs qui n’ont pas été tentés jusqu’à présent ? Comment envisager un indispensable déconfinement alors que la diffusion du virus à travers le monde, y compris en France, se poursuit ? Ce sont quelques-unes des questions sur lesquelles les Français attendent des réponses du président de la République dans son intervention télévisée ce lundi soir.

      Plusieurs experts reconnus de santé publique ont avancé d’autres mesures souhaitables, notamment dans nos colonnes. Ils posent des questions légitimes, qui méritent des réponses. Ancien directeur général de la santé (2003-2005), le professeur William Dab met l’accent sur la prévention, un domaine dans lequel, observe-t-il, « nous ne sommes pas à la hauteur de l’épidémie ».
      https://seenthis.net/messages/841897

      Il attribue cette faille à une raison « très grave », déjà soulignée par le conseil scientifique qui épaule le président Macron, par le professeur Harvey Fineberg, un spécialiste de santé publique de renommée mondiale, dans le New England Journal of Medicine, et par des experts de l’Organisation mondiale de la santé : en laissant retourner chez elles des personnes contagieuses au terme de leur hospitalisation, on s’expose à de nouvelles chaînes de contamination, surtout si elles sont confinées en famille dans de petits logements. La dynamique de l’épidémie est ainsi entretenue.
      https://seenthis.net/messages/835151
      https://seenthis.net/messages/835151#message840938

      Souplesse et ouverture

      Faute de masques en quantités suffisantes, le seul moyen d’éviter ces contaminations secondaires est de tester ces personnes et leurs contacts, et de les isoler dans des hôtels − aujourd’hui vides − ou d’autres centres d’hébergement. L’Espagne, par exemple, a commencé à le faire et souhaite étendre ce dispositif. Une telle mesure permettrait de prendre en compte un constat accablant : le Covid-19 est − aussi − un puissant révélateur des inégalités sociales en France.

      Le directeur médical de crise de l’AP-HP, Bruno Riou, regrettait dans Le Monde du 9 avril qu’une telle stratégie, « essentielle » à ses yeux, n’ait pas été mise en œuvre, tout en soulignant que cela ne relevait pas de la mission de l’hôpital. Epidémiologiste de terrain, Renaud Piarroux, chef du service de parasitologie à la Pitié-Salpêtrière, recommande pour sa part (Le Monde du 9 avril) d’identifier et d’isoler les malades et les porteurs du virus à l’aide d’équipes mobiles sur le terrain, de courbes épidémiques et de l’outil cartographique : « Nous devons recréer ce savoir-faire », dit-il.

      Lire aussi Coronavirus : « Il faut cartographier les cas de porteurs du virus et renforcer la surveillance là où existent des clusters »
      https://seenthis.net/messages/840915

      Déconfiner sera sans doute l’opération la plus délicate qu’un gouvernement ait eue à réaliser depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Pour la réussir, Emmanuel Macron et le gouvernement doivent s’inspirer des expériences qui ont produit des résultats dans d’autres pays, sans craindre de modifier la ligne qu’ils ont jusqu’ici arrêtée : souplesse et ouverture s’imposent, face à un virus dont la science savait si peu et à une pandémie dont on apprend tous les jours. Ils doivent aussi répondre dans la plus grande transparence aux questions que posent les responsables médicaux et les Français. Seul un discours de vérité permettra de rétablir la confiance, indispensable dans le combat commun contre le coronavirus.

      #déconfinement

    • Je sais pas ce qu’on deviendrait si on n’avait pas Le Monde et son art consommé du titre qui roule des mécaniques : Coronavirus : Emmanuel Macron en première ligne devant l’opinion

      Et non d’un petit bonhomme, admire-moi un peu la photo badass du généralissime qu’ils te m’ont trouvé :

      Je sais pas comment ils ont réussir à « mettre les bouchées doubles » quand ils retourneront au bureau, parce que niveau lèche ils sont déjà à un niveau…

      #maréchaaal_nous_voilàaaa

    • Edito de Le Monde : « La rhétorique guerrière a fait place à la modestie et à la compassion. »
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/14/coronavirus-l-espoir-et-l-humilite_6036524_3232.html

      19 fois « tous » : « Nous tiendrons » : l’intégralité du discours d’Emmanuel Macron
      https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/13/nous-tiendrons-l-integralite-du-discours-d-emmanuel-macron_6036480_823448.ht

    • Corona Chroniques, #Jour29 - davduf.net
      http://www.davduf.net/corona-chroniques-jour29

      A 20h30, ça jacasse déjà sur tous les sites d’info. Partout, on salue l’humilité du Président. Être humble, il faut être humble, l’humilité comme seul guide : depuis des jours, ces éléments de langage se sont imposés, à droite, à gauche, comme aux extrêmes (-droite, -gauche et -centre), dans un geste barrière inespéré entre ceux qui ont le pouvoir, et qui n’ont rien fait, et ceux qui le lorgnent, et qui ne sauront quoi en faire. Dans Le Coupable, Georges Bataille (trop offensif surréaliste pour que Breton le Pape le conservât dans l’équipe) écrit : « L’orgueil est la même chose que l’humilité : c’est toujours le mensonge. »

  • Le débat monte sur la reconnaissance du Covid-19 comme maladie professionnelle
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/11/le-debat-monte-sur-la-reconnaissance-du-covid-19-comme-maladie-professionnel

    Le ministre de la santé, Olivier Véran, a annoncé que les soignants contaminés pourraient bénéficier d’une prise en charge spécifique.

    Les personnes qui ont été atteintes par le Covid-19 en exerçant leur métier pourront-elles bénéficier d’une prise en charge spécifique par la Sécurité sociale ? Oui, mais pas toutes : le gouvernement semble, en effet, vouloir réserver un tel dispositif à certaines catégories, évoluant dans le monde de la santé. Plusieurs associations et organisations syndicales plaident, elles, pour une approche beaucoup plus large.

    Le débat a émergé à la suite de déclarations d’Olivier Véran. Le 23 mars, le ministre des solidarités et de la santé annonce que « pour tous les soignants qui tombent malades, le coronavirus sera reconnu comme maladie professionnelle ». Ces propos sont tenus alors que plusieurs médecins ont perdu la vie après avoir prêté secours à des hommes et à des femmes touchés par l’épidémie.

    La reconnaissance d’une maladie professionnelle obéit à des règles complexes, qui se sont sédimentées depuis la fin du XIXe siècle. Lorsqu’une pathologie est considérée comme ayant un lien avec l’activité professionnelle, l’individu concerné a droit à des indemnités, qui diffèrent selon le régime de protection sociale auquel il est affilié. Si l’affection entraîne une incapacité, le dédommagement peut être durable. En cas de décès, les proches du défunt sont éligibles à une rente.

    Mais faire jouer ce mécanisme s’apparente fréquemment au parcours du combattant. La décision de M. Véran constitue donc un geste de l’exécutif pour tenter de compenser les risques pris par des professionnels, en première ligne face au fléau. La procédure sera « simplifiée », voire « automatique pour les soignants qui ont eu à traiter directement des patients infectés par le coronavirus », précise-t-on au ministère des solidarités et de la santé.

    Création d’un fonds ad hoc
    Jeudi 9 avril, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a exprimé le souhait qu’un traitement analogue soit réservé aux agents placés sous sa tutelle. A ses yeux, le « lien » entre la pathologie et « le service » doit être « présumé » pour les fonctionnaires de son administration qui « ont assuré des missions en contact avec le public durant l’urgence sanitaire ». La prise de parole de M. Castaner répond à une attente de plusieurs syndicats (Unité SGP-Police-FO, Alliance Police nationale, UNSA-police). D’après le ministre de l’intérieur, quelque 1 400 personnes, sur un total de « plus de 300 000 » relevant de la Place Beauvau, sont contaminées.

    Mais la démarche du gouvernement est jugée trop restrictive. « Chacun travaille sur son petit périmètre », déplore Catherine Pinchaut (CFDT). Une opinion partagée par Nadine Herrero : la présidente de l’Association des accidentés de la vie (Fnath) pense, en outre, qu’il conviendrait d’élaborer une solution extérieure au système des maladies professionnelles, car celui-ci ne couvre pas les travailleurs non salariés − les libéraux par exemple − et il se borne à réparer quelques préjudices, dans des conditions peu satisfaisantes. « A situation exceptionnelle, il faut prévoir une mesure exceptionnelle », estime Alain Bobbio, de l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva).

    Début avril, l’Andeva, la CFDT et la Fnath sont, chacune de leur côté, montées au créneau afin de porter des idées qui, sans être strictement identiques, présentent au moins un point commun : la création d’un fonds ad hoc, destiné à indemniser les victimes, de façon simple et rapide. Il aurait vocation, pour la Fnath, à prendre sous son aile les salariés du privé, les fonctionnaires, les indépendants ainsi que les bénévoles, qui ont apporté leur aide dans la lutte contre l’épidémie. Un tel schéma s’inspire, peu ou prou, du fonds mis en œuvre pour les travailleurs qui ont développé des maladies après avoir été exposés à l’amiante. Un autre exemple peut également être cité : celui de l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam).

    L’Académie nationale de médecine s’est invitée dans le débat en recommandant, le 3 avril, une prise en charge, au titre des maladies professionnelles dues à des virus, des « professionnels de santé » et des « personnels travaillant pour le fonctionnement indispensable du pays (…) qui ont subi des conséquences graves du fait du Covid-19 ». Pour le moment, le gouvernement ne prévoit pas de suivre de tels schémas.

  • Les préfets pourront déroger à la réglementation nationale
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/08/les-prefets-pourront-deroger-a-la-reglementation-nationale_6036043_823448.ht


    Des policiers contrôlent des passants aux abords de la tour Eiffel, à Paris, mardi 7 avril. BERTRAND GUAY / AFP

    Le droit de dérogation, expérimenté depuis 2017 dans certains territoires, a été étendu mercredi 8 avril à l’ensemble des préfets. Un outil utile pour « faciliter la reprise », a précisé le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner.

    Permettre aux préfets d’agir plus vite et en fonction des spécificités locales. Le gouvernement a décidé en conseil des ministres, mercredi 8 avril, d’étendre à l’ensemble de ces hauts représentants de l’Etat dans les territoires un droit de dérogation. Ce droit, expérimenté depuis deux ans et demi dans deux régions, dix-sept départements et trois territoires ultramarins, permet au préfet de déroger ponctuellement aux réglementations nationales pour tenir compte des circonstances locales. Et ce, dans des domaines spécifiques : aménagement du territoire et politique de la ville, emploi et activité économique, environnement, agriculture, forêt, etc.
    « C’est le signe que nous pouvons nous adapter pour faciliter la vie des Français », a déclaré le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, mercredi. « Dans les prochaines semaines et les prochains mois, a-t-il ajouté. Le pouvoir de dérogation des préfets pourra être un outil utile pour faciliter la reprise de notre pays. »

    Le décret a beau avoir été présenté en conseil des ministres en pleine crise sanitaire, il ne faut pas surinterpréter ce qui relèverait plutôt du hasard de calendrier. « Il n’y a pas de lien. La période d’expérimentation prévue est terminée, nous généralisons. Nous tenons une promesse de déconcentration que le président de la République a faite depuis longtemps », précise l’entourage de M. Castaner, tout en appuyant les propos du ministre : « Dans le contexte actuel, ce sera un outil pour les préfets qui aidera à la sortie de crise.
    Cela leur donnera des marges de manœuvre renforcées. »

    Les dérogations doivent être fondées sur « l’intérêt général »

    Il ne s’agit donc pas, par exemple, de préparer un #déconfinement_ciblé ou différencié selon les régions. D’ailleurs, souligne Fabrice Melleray, professeur de droit public à Sciences Po Paris, « la loi du 23 mars [loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19] donne des pouvoirs de police exorbitants au premier ministre. Celui-ci n’a donc pas besoin de ce décret pour organiser le déconfinement ». Au reste, fait savoir l’Elysée, les dérogations « ne concernent que des demandes individuelles et doivent être fondées sur un motif d’intérêt général ». Cela signifie probablement, estime M. Melleray, que cela ne relève pas du pouvoir réglementaire du préfet, lequel lui permet de prendre des mesures « générales et impersonnelles ».

    Certes, ajoute le professeur, « cela intervient dans une période où le gouvernement considère que les préfets travaillent vraiment très bien ». Mais le décret adopté mercredi s’inscrit plutôt, explique-t-il, dans le cadre d’« une revendication récurrente » des collectivités locales de pouvoir adapter les règles nationales à la réalité des territoires. Il ne s’agit pourtant pas d’une mesure de décentralisation, qui relève de l’accroissement du pouvoir des élus locaux. Le décret, en effet, renforce la déconcentration, c’est-à-dire le rapprochement au plus près du terrain de la décision étatique. Mais « cela va de pair », rappelle M. Melleray : « Pour une vraie décentralisation, il faut une déconcentration forte », note-t-il.

    Pendant la période d’expérimentation, 183 arrêtés dérogatoires ont été pris, explique le ministère de l’intérieur. En 2018, par exemple, le préfet de la Mayenne a allégé la procédure administrative afin que les élèves d’une école sinistrée par des inondations puissent faire leur rentrée dans des préfabriqués. Globalement, le droit de dérogation est une mesure « appréciée, opérationnelle, utile », conclut la Place Beauvau.

  • Certificat d’immunité /
    Anne Hidalgo propose à Matignon un plan pour sortir Paris du confinement
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/08/anne-hidalgo-propose-a-matignon-un-plan-pour-sortir-paris-du-confinement_603

    Dans un courrier à Edouard Philippe, la maire de Paris préconise un dépistage massif, et la mise en quarantaine des personnes infectées, notamment dans des hébergements adaptés.

    Comment, demain, mettre un terme au confinement des Parisiens ? Comment laisser les habitants se déplacer à nouveau sans provoquer immédiatement une deuxième vague épidémique dans une ville hyperdense, l’une des métropoles les plus touchées par le #Covid-19 ? C’est une des questions majeures du moment dans la capitale. Après avoir consulté experts et élus, Anne Hidalgo vient d’élaborer les grandes lignes d’un plan pour répondre à ce défi. La maire socialiste de Paris a envoyé, lundi 6 avril, un long courrier au premier ministre, Edouard Philippe, pour lui soumettre ces propositions.

    Dans sa lettre, dont Le Monde a eu copie, Anne Hidalgo constate en premier lieu les défaillances du #confinement tel qu’il est pratiqué depuis le 17 mars.

    « Faute de matériel de protection en quantité suffisante, les contaminations se sont poursuivies dans les structures économiques qui sont restées actives, souligne-t-elle. De nombreuses personnes positives sont rentrées chez elles, contaminant sans le savoir leur entourage, ce qui a conduit à maintenir un niveau élevé de virus dans la population, y compris durant le confinement. » A ses yeux, « réussir le déconfinement » passe donc par « une meilleure gestion du confinement ».

    Pour améliorer la situation, la première des dix propositions avancées par la maire de Paris consiste à lancer une enquête épidémiologique approfondie. « Les pouvoirs publics sont aujourd’hui dans l’inconnu sur la diffusion de l’épidémie », regrette-t-elle. Difficile d’avancer dans le brouillard.

    Dès que des #tests_sérologiques seront disponibles et fiables, la Mairie de Paris juge donc « indispensable » une enquête associant des tests sur des échantillons non biaisés, aléatoires et représentatifs de la population, afin, en particulier, d’évaluer l’impact des mesures de confinement et des modifications qui pourraient y être apportées.

    « Dépistage massif »

    Au-delà de ce sondage, Anne Hidalgo et son équipe préconisent surtout un « dépistage massif ». Pas forcément de tous les Parisiens. Mais au moins des « #publics_prioritaires », qui restent à définir. La Ville a commencé lundi à organiser le dépistage généralisé dans les maisons de retraite, et elle compte faire de même dans les autres établissements collectifs dont elle a la charge. Un dépistage de personnes à risque, comme les sans-abri et les toxicomanes, est également en projet.

    Au-delà, la Mairie s’imagine volontiers tester les agents du service public parisien, leur familles, mais aussi « les jeunes Parisiens, de la crèche au lycée », pour préparer la sortie du confinement.

    Autre grande proposition : la mise en #quarantaine des personnes infectées, notamment dans des lieux adaptés. « Il s’agit d’appliquer le principe de séparation physique entre les personnes saines, les personnes potentiellement contaminées, en attente de dépistage, et les personnes positives au virus », indique le document transmis à Matignon. La Mairie se déclare décidée à « faciliter la mobilisation de sites dédiés et d’hôtels » pour héberger les Parisiens touchés par le virus, et qui, sans avoir besoin d’être hospitalisés, « ne peuvent être confinés chez eux dans des conditions satisfaisantes pour protéger leur entourage d’une contamination ».

    Des « #certificats_d’immunité »

    Le plan élaboré par Anne Hidalgo concerne aussi les personnes qui ont été au contact du virus, et ont été immunisées. Une fois qu’elles auront été identifiées grâce au dépistage, la Ville propose d’expérimenter « au plus vite » la mise en œuvre de « certificats d’immunité », dont elles pourraient bénéficier. Délivré par un médecin, un tel document « pourra permettre à toute personne immunisée de s’abstraire de certaines obligations de confinement ou de mesure barrière » . Les agents de la Ville pourraient être les premiers à participer à l’expérimentation.

    Parmi les autres propositions figure l’idée de « préparer la ville à vivre durablement avec masque, gel hydroalcoolique et gestes barrières ». Il s’agit notamment d’installer des distributeurs de gel dans les lieux fréquentés, certains quais de métro par exemple.

    La maire demande aussi à l’Etat de formuler « des consignes nationales extrêmement claires sur l’importance du port du #masque dans l’espace public ». Elle entend aussi répondre aux pénuries de masques, gel, etc., en mobilisant le réseau de fabricants locaux. Et constituer des stocks, pour que la capitale soit mieux armée face à une nouvelle épidémie.

    #immunité

  • La parole politique mise à mal dans la lutte contre le Covid-19
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/06/la-parole-politique-mise-a-mal-dans-la-lutte-contre-le-covid-19_6035667_8234

    La défiance d’une partie de l’opinion et la prolifération d’infox mettent en difficulté le gouvernement dans sa gestion de la crise.

    Le phénomène n’est pas nouveau. Mais il s’amplifie avec l’épidémie du Covid-19. Alors que l’exécutif doit faire face à une crise sanitaire sans précédent, la défiance envers la parole officielle atteint des sommets. Selon un sondage Elabe publié le 1er avril, seulement 41 % des Français font confiance au pouvoir pour « lutter efficacement contre l’épidémie », soit 18 points de moins en deux semaines.

    Plus grave, près de deux Français sur trois pensent que le gouvernement leur ment sur la gestion de l’épidémie : 63 % estiment qu’on leur « cache des choses », selon un sondage OpinionWay, publié le 30 mars ; 70 % que l’Etat « ne dit pas la vérité aux Français », dans une étude Odoxa, publiée cinq jours plus tôt. « La confiance dans la parole politique était déjà basse au début du quinquennat. Elle a baissé au moment des “gilets jaunes”, et continue de s’effriter. Le discrédit est aujourd’hui majeur », se désole l’ex-député La République en marche (LRM), Matthieu Orphelin.

    Un souci de taille pour l’exécutif, au moment où il doit convaincre la population de respecter ses consignes de confinement sur le long terme. Sans se relâcher, alors que des dizaines de Français ont pris des libertés avec l’attestation de déplacement, ce week-end. « On constate un délitement de la parole politique, réduite au même niveau que le pékin moyen sur Facebook », regrette le délégué général adjoint de LRM, Pierre Person.

    Les critiques de l’opposition et des personnels soignants contre la pénurie de matériel ont contribué à nourrir la défiance actuelle. « Dans l’opinion, on constate une très forte grogne contre le manque de masques et des tests, avec l’idée que les premiers à en pâtir sont les salariés, qui continuent à travailler sur le terrain », observe Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion à l’IFOP. Avant de pointer le risque d’une recrudescence du clivage entre « les élites » et « le peuple » : « Cela réactive un ressentiment de la France d’en bas contre les technos, accusés de ne pas avoir suffisamment préparé le pays à affronter une telle crise. On retrouve un syndrome du mouvement des “gilets jaunes”, avec l’idée que la classe politique aurait collectivement failli. »

    #paywall

  • Coronavirus : les graves insuffisances françaises
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/19/coronavirus-les-graves-insuffisances-francaises_6033636_3232.html

    Franck Nouchi : Les autorités tentent de masquer les carences logistiques par des arguments scientifiques à géométrie variable, notamment sur l’usage des #masques et l’utilisation des tests de #dépistage.

    L’ex-ministre de la santé, Agnès Buzyn, ne croyait pas si bien dire en parlant de « mascarade ». Après celle qui a consisté à organiser un scrutin électoral à la veille du confinement général du pays, le terme paraît également adapté à certains propos de Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale, dans l’interview qu’il a accordée au Monde. Invité par notre journaliste à commenter le grand nombre de députés aujourd’hui infectés par le coronavirus et les mesures qui ont été prises pour éviter autant que faire se peut la dissémination du virus, M. Ferrand a cette réponse :
    « Même si le terme [de cluster] n’a pas été utilisé, il ne s’agit pas de chicaner, nous avons bien eu un foyer épidémique il y a deux semaines, avant la trêve parlementaire. Des études épidémiologiques ont été menées pour savoir qui a fréquenté qui et remonter la piste afin de prévenir les personnes qui ont été en contact avec les malades. Aujourd’hui, la notion même de cluster a disparu puisque la phase 3 implique la circulation du virus sur l’ensemble du territoire. »

    D’un point de vue épidémiologique, cette déclaration est stupéfiante. « Nous avons bien eu un foyer épidémique », reconnaît le quatrième personnage de l’Etat. L’utilisation du passé est une aberration. C’est comme si l’on disait : « Nous avons bien eu un foyer épidémique dans l’Oise, après la contamination de plusieurs personnes à la base militaire de Creil. » Ou encore : « Nous avons bien eu un foyer épidémique à Mulhouse à la suite du rassemblement de 2 500 personnes appartenant à une paroisse évangéliste. » Ces deux clusters continuent à disséminer dans toute la France, et il y a malheureusement fort à parier qu’ils sont pour beaucoup dans la réalité de la situation épidémiologique très inquiétante que connaît aujourd’hui notre pays.

    Record de cas à l’Assemblée
    Il en va de même avec le cluster de l’Assemblée nationale. Avec au moins dix-huit cas en quelques jours et d’autres pas encore testés (soit déjà au moins 4 % de nos 577 députés), cela doit être un record national. Peut-on savoir s’il y a eu des cas secondaires, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Assemblée nationale ?
    On l’a bien fait pour les autres clusters. Le curé et le maire de la Balme-de-Sillingy (Haute-Savoie), le pasteur de Mulhouse et les premiers députés touchés ont livré un formidable exemple de courage et surtout de civisme : ils ont donné à leurs paroissiens, leurs administrés, leurs électeurs, le moyen de s’identifier eux-mêmes comme exposés au virus, puisqu’ils savent mieux que quiconque s’ils ont été en contact avec eux, sans attendre un coup de téléphone des agences régionales de santé (ARS), manifestement débordées. N’est-ce pas un exemple à suivre ?

    Il est encore temps, en adoptant les bonnes mesures, d’empêcher la généralisation de l’épidémie
    Au fond, tout se passe comme si les autorités politiques avaient accepté l’idée d’une dissémination généralisée et homogène du virus sur l’ensemble du territoire. Rien n’est plus dangereux ! Même Boris Johnson a fini par l’admettre. Certaines régions, certaines villes sont beaucoup plus touchées que d’autres. Il est encore temps, en adoptant les bonnes mesures, d’empêcher la généralisation de l’épidémie.
    Après nous avoir dit qu’il y aurait des masques pour tout le monde, on découvre aujourd’hui qu’il a pénurie. Et du coup, l’on entend dire que les masques, mis à part le cas particulier des personnels soignants, ne servent à rien. Ah bon ? Une famille confinée dont l’un des membres, atteint non gravement du coronavirus ou malade mais pas testé, à qui on a dit de rester chez lui, ne devrait pas en bénéficier ? Même à cinq dans un deux ou un trois-pièces ? Et dans les Ehpad ? Cela ne servirait à rien de fournir des masques aux personnes et aux pensionnaires susceptibles d’avoir été contaminés ? On pourrait multiplier les exemples.

    Qu’en est-il des tests de dépistage ?
    Même chose pour les tests. Après nous avoir dit qu’il n’y aurait pas de problème d’approvisionnement, on apprend qu’ils sont délivrés au compte-gouttes, et que de toute manière, puisque, le stade 3 est advenu, ils ne servent plus à rien pour les malades qui n’ont pas besoin d’être hospitalisés.
    Dans les institutions confinées, comme par exemple les Ehpad, les foyers pour jeunes ou encore les prisons, la pratique d’un test de dépistage permettrait pourtant d’isoler les personnes contaminées. Même si l’on sait très bien que beaucoup de progrès restent à accomplir en matière de fiabilité de ces tests (la proportion de faux négatifs est loin d’être négligeable). En Corée du Sud, les autorités sanitaires ont proposé un test de dépistage à des centaines de milliers de personnes – à ce sujet, on aimerait beaucoup comprendre comment ils ont fait. Alliée à d’autres mesures de santé publique très strictes, cette stratégie a porté ses fruits. L’épidémie est en passe d’être maîtrisée.

    Il faudrait, dès à présent, #réquisitionner des hôtels, des centres de vacances…
    Test ou pas test, la question de l’#isolement des personnes susceptibles d’avoir été infectées est fondamentale. De quelle manière ? Soit dans une pièce séparée, si la configuration spatiale du lieu le permet, soit, à la manière dont ont procédé les Chinois, dans une structure d’accueil intermédiaire placée sous la surveillance de personnels de santé. Il faudrait, dès à présent, réquisitionner des hôtels, des centres de vacances, de manière à y installer, et à isoler, des personnes infectées qui n’ont pas les moyens – ou la possibilité – de s’isoler à leur domicile. C’est le seul moyen d’éviter la multiplication de clusters intrafamiliaux ou institutionnels.

    Encore une fois, ce qui se passe en Chine, où l’épidémie semble, pour l’heure, s’être arrêtée (restons très prudents !) est à observer de près. Les seuls cas déclarés pour l’heure à l’Organisation mondiale de la santé sont des cas d’importations. Que font les Chinois ? Ils confinent ces personnes qui reviennent de pays étrangers, non pas chez elles – elles risqueraient de transmettre le virus à leurs proches –, mais dans une structure intermédiaire spécialement prévue à cet effet et placée sous surveillance médicale.

    En résumé : plutôt que d’appliquer rigoureusement les règles essentielles de la santé publique sur la base d’arguments épidémiologiques aujourd’hui bien connus, on masque de graves insuffisances matérielles logistiques par de soi-disant arguments médico-scientifiques à géométrie variable. La mascarade continue.

    • Même si le terme [de cluster] n’a pas été utilisé, il ne s’agit pas de chicaner, nous avons bien eu un foyer épidémique il y a deux semaines, avant la trêve parlementaire.

      R. Ferrand, président de l’Assemblée nationale

      <injures censurées>
      il y a 2 semaines, donc autour du 5 mars, jour où démarrait ici officiellement un foyer entraînant les mesures de confinement. Soit confirmation officielle du #foutage_de_gueule

    • Coronavirus : les errements gouvernementaux depuis 2014 dans la gestion des masques, 1er avril 2020
      https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/01/coronavirus-les-errements-gouvernementaux-depuis-2014-dans-la-gestion-des-ma

      En mai 2013, une note du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale établissait la marche à suivre pour la gestion des masques en cas de crise sanitaire. Mais un changement de doctrine a eu lieu en août 2014 concernant les stocks stratégiques.

      En visite, mardi 31 mars, dans une fabrique de masques près d’Angers, Emmanuel Macron a déclaré : « Ma priorité est de produire des masques pour les soignants, dans le médico-social et dans le social. Il faut que jamais les personnels soignants qui sont en contact ne manquent de masques. C’est ma priorité. Quand nous aurons touché les commandes de masques, quand nous aurons augmenté notre capacité de production de masques FFP2, nous pourrons étudier comment équiper tous les personnels soignants et ensuite peut-être l’élargir à d’autres métiers. (…) Progressivement, on élargira, parce qu’il y a bien sûr une forte demande . »

      En écoutant le chef de l’Etat, de nombreux Français ont dû se poser deux questions très simples. Mais pourquoi diable ne produisons-nous pas nous-mêmes nos propres masques ? Pourquoi avoir attendu la fin du mois de mars pour commander aux Chinois, les plus gros producteurs de masques de la planète, un milliard d’unités ?

      « Répondre à une double exigence »

      Pour comprendre cette situation de grave pénurie, il faut remonter au 16 mai 2013, à une note de dix pages émanant des services du « premier ministre – secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale », au titre explicite : « Doctrine de protection des travailleurs face aux maladies hautement pathogènes à transmission respiratoire ». Référencé N° 241/SGDSN/PSE/PSN, ce document réévalue ce que doit être l’attitude des employeurs, publics ou privés, en de telles circonstances.

      En préambule, il est écrit :
      « [Une] maladie infectieuse hautement pathogène à transmission respiratoire est une menace sanitaire majeure à caractère exceptionnel vis-à-vis du strict cadre “de la santé et de la sécurité au travail”. Face à un tel risque affectant tous les travailleurs, indépendamment de leur statut (salariés, travailleurs indépendants) et de leurs activités, il revient aux pouvoirs publics d’apporter une réponse globale. »
      La doctrine précise :
      « Il s’agit de répondre de la façon la plus adaptée à une double exigence : l’obligation de protéger le travailleur d’une part, la nécessité d’assurer, selon les nécessités dépendant de la nature de l’activité et des circonstances, la continuité des activités socio-économiques, en particulier celle des secteurs d’importance vitale. »

      Toutes les mesures barrières – les mêmes que celles qui ont été énoncées par les responsables sanitaires depuis le début de l’épidémie due au coronavirus – sont détaillées.

      Trois situations spécifiques

      Le document rappelle aussi l’avis du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) du 1er juillet 2011. On y lit en particulier que le HCSP « privilégie le port de masques chirurgicaux pour les personnels en contact avec le public et les personnes se rendant dans des lieux publics, dès lors que la situation le nécessite ». Le HCSP considère que le port du masque FFP2 doit être réservé aux personnels directement exposés à un risque élevé, notamment les professionnels de santé exécutant des actes à risque.

      Cela posé, le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) pose un premier principe :
      « Une maladie infectieuse hautement contagieuse à transmission respiratoire sort du strict cadre “de la santé et de la sécurité au travail” dans la mesure où l’on a affaire à une menace sanitaire majeure. »

      Trois types de situations et de mesures spécifiques de prévention des risques et de protection sont envisagées en fonction des conditions dans lesquelles s’exerce l’activité de travail, depuis la suppression totale de contact jusqu’au port d’un équipement de protection individuelle type FFP2, en passant par la possibilité de mettre en place des dispositions limitant la transmission de la maladie.

      « Situation 1 : mesures de suppression du risque de dissémination des agents pathogènes :
      a) Arrêt de l’activité lorsque les conditions rendent difficiles la mise en place d’autres mesures de protection ;
      b) travail à distance (contact par téléphone avec les usagers…).

      Situation 2 : mesures de limitation du risque de dissémination des agents pathogènes :
      a) Distance de sécurité entre les personnes (supérieure à 1 mètre selon l’OMS) ;
      b) écran physique tel qu’un écran antiagression ;
      c) port d’un masque antiprojection (masque chirurgical) par les travailleurs et par les usagers à leur contact.

      Situation 3 : mesures de limitation du risque de transmission de la maladie :
      Mise en place d’une protection individuelle avec le port d’un masque FFP2 lorsqu’il y a contact étroit sans possibilité de mettre en place une autre mesure. »

      Fait essentiel, le SGDSN ajoute ceci : « En situation 2, dès lors qu’aucune autre mesure de limitation du risque de dissémination des agents pathogènes, parmi celles présentées en situation 2a [distance de sécurité] ou 2b [écran physique] ne peut être prise, l’employeur devra prendre les mesures d’organisation nécessaires pour que les travailleurs ne soient en contact qu’avec des personnes à qui l’on aura préalablement distribué des masques antiprojection et qui les porteront effectivement. Il revient, in fine, à chaque employeur d’examiner, pour les différents postes, de quelles situations ils relèvent et d’évaluer les mesures les plus adaptées. »

      Ratés dans l’exécution

      Une remarque : l’idée de faire distribuer les masques par les employeurs peut tout à fait se justifier, du moins en théorie. Cela évite les délais d’acheminement, la détermination du nombre de masques à distribuer, etc. Mais à écouter les plaintes des personnels soignants et de nombre de personnes exposées au risque de contamination, il y a eu, pour le moins, des ratés dans l’exécution depuis le début de la crise liée au coronavirus.

      Ces ratés apparaissent d’autant plus importants lorsqu’on lit la suite de la note du SGDSN en 2013, à propos de la question cruciale de la gestion des stocks :
      « Il revient à chaque employeur de déterminer l’opportunité de constituer des stocks de masques pour protéger son personnel. Le cas échéant, le dimensionnement des stocks est sous-tendu par :
      − la durée prévisible d’une épidémie (une à plusieurs vagues de huit à douze semaines pour la grippe)
      − la durée d’utilisation d’un masque ;
      − le caractère à usage unique des masques ;
      − le recensement des tailles de populations cibles ;
      − la fourniture gratuite en nombre suffisant ;
      − les capacités de fabrication et d’approvisionnement pendant une crise. »

      La doctrine précise en outre :
      « Les masques doivent être changés au minimum toutes les quatre heures, en fonction des recommandations du fabricant et chaque fois qu’ils deviennent mouillés ou après avoir quitté une zone à haut risque. Les paramètres de coût sont les suivants :
      – Acquisition : un masque chirurgical coûte environ dix fois moins cher qu’un masque FFP2 ;
      – stockage : le stockage des masques chirurgicaux est largement moins volumineux et donc moins coûteux que celui des masques FFP2, lesquels nécessitent en outre une gestion fine des dates de péremption. »

      Rappelons qu’en mars 2007 avait été adoptée la « loi relative à la préparation du système de santé à des menaces sanitaires de grande ampleur ». Entre autres dispositions, ce texte créait un nouvel établissement public, l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), dont la mission principale était « l’acquisition, la fabrication, l’importation, le stockage, la distribution et l’exportation des produits et services nécessaires à la protection de la population face aux mesures sanitaires graves », y compris bien sûr les vaccins et les fameux masques chirurgicaux et FFP2. Très vite, un stock de masques de protection avait été constitué (285 millions de masques de filtration de type FFP2 et 20 millions de boîtes de 50 masques chirurgicaux, soit un milliard de masques).

      Le 8 août 2014, la commission des finances du Sénat revenait sur les questions des stocks stratégiques, précisant qu’ils seront dorénavant « moins importants mais gérés de façon plus fiable ». S’agissant des masques, elle précise qu’« une nouvelle doctrine du SGDSN a d’ores et déjà établi que le stock national géré par l’Eprus concernerait désormais uniquement les masques de protection chirurgicaux à l’attention des personnes malades et de leurs contacts, tandis que la constitution de stocks de masques de protection des personnels de santé (notamment les masques FFP2 pour certains actes à risques) étaient désormais à la charge des employeurs ».

      Changement de doctrine

      La commission indiquait par ailleurs qu’il avait été décidé « de ne pas renouveler certains stocks arrivant à péremption, par exemple, en raison de la plus grande disponibilité de certains produits et de leur commercialisation en officine de ville ou du transfert de la responsabilité de constituer certains stocks vers d’autres acteurs (par exemple, les établissements de santé et les établissements médico-sociaux pour les masques de protection FFP2 de leurs personnels) ». Le sénateur (Les Républicains) Francis Delattre sera l’une des rares personnalités politiques à s’inquiéter à l’époque de ce changement de doctrine.

      En janvier 2016, la loi de modernisation du système de santé décide d’intégrer les missions de l’Eprus au sein d’un nouvel établissement public baptisé Santé publique France, regroupant également l’Institut de veille sanitaire (InVS) et l’Institut national de prévention pour la santé (INPS). Récemment interrogé par France Inter, Francis Delattre estime que ce changement dans l’organisation des structures a été une erreur : « On a dissous l’Eprus alors que c’était un outil efficace face à l’urgence sanitaire. L’Eprus était une administration de mission, une force de frappe disponible 24 heures sur 24 pour toute urgence sanitaire. C’était une petite unité avec un réseau capable de mobiliser en 48 heures 1 500 professionnels : brancardiers, chirurgiens, médecins, infirmiers… Une structure souple, solide qui fonctionnait en système commando. »

      Depuis 2016, la situation logistique ne s’est guère améliorée. Après des semaines d’atermoiements et de déclarations byzantines sur la non-efficacité des masques, il semble qu’enfin tout le monde, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, ait pris conscience des effets dramatiques de ces errements doctrinaux.
      Reste à comprendre : pour quelles raisons a-t-on décidé ces changements de stratégie ? Qui en a décidé ? Quels experts furent consultés ? Seule certitude : de nombreux morts – combien, on ne le sait évidemment pas encore – seront imputables à cette impéritie.