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  • Cluster dans les Bouches-du-Rhône : comment des saisonniers latinos-américains ont-ils pu venir en France pendant la crise sanitaire ? - Libération
    https://www.liberation.fr/checknews/2020/06/12/cluster-dans-les-bouches-du-rhone-comment-des-saisonniers-latinos-america

    Plus de cent travailleurs agricoles ont été testés positifs au Covid-19 dans les Bouches-du-Rhône. Parmi eux, on retrouve de nombreux saisonniers agricoles venus d’Amérique latine, recrutés par une société d’intérim espagnole.

    #Covid-19#migrant#migration#france#cluster#saisonnier#ameriquelatine#economie#test

    • Extrait (12 juin 2020) :

      Une promiscuité difficilement compatible avec le respect des gestes barrières

      A moins que ces conditions ne se soient améliorées, il semblerait que le respect des gestes barrières soit difficile à appliquer dans ce type d’accueil, puisque la préfecture indique à CheckNews, que « lors d’un contrôle fin avril », la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) a « constaté sur un site une trop grande promiscuité dans les conditions d’hébergement et l’absence de fourniture en eau potable. Un arrêté préfectoral avait alors imposé de réduire le nombre d’occupants de cet hébergement et d’assurer un approvisionnement en eau potable ».

      Pour la sociologue Béatrice Mesini, spécialiste des droits des travailleurs agricoles étrangers, notamment dans le Sud de la France, la « grande promiscuité à tous les étages », que ce soit dans les logements, les transports ou le lieu de travail, « paraît assez incompatible » avec le respect des gestes barrières souhaité par le gouvernement dans sa documentation.


      Deux hébergements insalubres destinés aux saisonniers agricoles fermés dans le Gard
      Lundi 29 juin 2020
      https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/deux-hebergements-insalubres-destines-aux-saisonniers-fermes-dans-le-gard
      À Saint-Gilles et Vauvert, la Préfecture du Gard vient de fermer deux hébergements destinés aux salariés agricoles. Ils sont jugés insalubres.

      Des salariés agricoles saisonniers du Gard étaient hébergés dans des conditions indignes. Au total, cela concerne environ 200 personnes. Leurs hébergements viennent d’être fermés par le Préfet après enquête. Il s’agit d’une fermeture administrative. Les deux agriculteurs concernés sont installés à Vauvert et Saint Gilles. Tous les deux sont mis en demeure de se mettre aux normes.

      Par ailleurs, la justice poursuit l’enquête, au-delà de l’hébergement indigne, sur les conditions de travail et d’emploi de ces salariés. Il s’agit le plus souvent de Colombiens, venus en France par l’entremise de la société espagnole « Terra Fécundis ». « Les chambres étaient trop petites. Les cuisines sans aération ni ventilation, détaille Florence Barral-Boutet, à la tête de la Direction du Travail du Gard. Les personnes les unes sur les autres. Parfois, ces mobil-homes ne sont pas déclarés au niveau de l’urbanisme. Les écoulements des eaux usées ne sont pas conformes, sans parler de l’accès à l’eau potable ».

      « Ces deux entrepreneurs agricoles avaient déjà été verbalisés pour les mêmes faits. Ils ne peuvent pas dire qu’ils ne savaient pas. c’est encore pire que ce qu’on imaginait, ça relève presque de Germinal, avec vraiment une exploitation de ces salariés ». Éric Maurel, procureur de la République de Nîmes

      #Terra_Fecundis

    • Cf. « On est traités comme des animaux » : à Beaucaire, les saisonniers étrangers, entre conditions de vie difficiles et crainte du coronavirus (13 juin 2020)
      via @colporteur
      https://seenthis.net/messages/862182


      Une affaire hors norme de fraude sociale bientôt devant la justice
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/06/une-affaire-hors-norme-de-fraude-sociale-bientot-devant-la-justice_6035702_3

      Entreprise de travail temporaire espagnole, Terra Fecundis doit être jugée en mai à Marseille dans un dossier de fraude au travail détaché en France.
      06 avril 2020

      Il s’agit probablement de la plus grosse affaire de dumping social jugée en France. Elle concerne une entreprise de travail temporaire espagnole : Terra Fecundis, dont le siège se trouve en Murcie, dans le sud-est du pays. Selon nos informations, cette société ainsi que ses dirigeants vont devoir rendre des comptes devant la sixième chambre correctionnelle du tribunal de Marseille, à l’occasion d’un procès programmé du 11 au 14 mai, qui risque, toutefois, d’être décalé à cause de la crise sanitaire.

      Les prévenus se voient reprocher d’avoir mis à disposition, pendant plusieurs années, des milliers d’ouvriers – principalement originaires d’Amérique latine –, sans les avoir déclarés dans les règles et en méconnaissant diverses obligations relatives au salaire minimum, aux heures supplémentaires, aux congés payés, etc. Le préjudice serait lourd pour les femmes et les hommes ainsi employés, mais aussi pour la Sécurité sociale française, privée des cotisations qui, selon l’accusation, auraient dû lui être versées : un peu plus de 112 millions d’euros entre début 2012 et fin 2015 – la période retenue par la procédure pénale, sachant que l’entreprise espagnole poursuit toujours son activité dans l’Hexagone, aujourd’hui.

      Depuis au moins une dizaine d’années, la société Terra Fecundis fournit à des exploitations agricoles tricolores de la main-d’œuvre pour la cueillette des fruits et des légumes. Ses services sont manifestement très appréciés : en 2019, elle avait un peu de plus de 500 clients, disséminés sur 35 départements, d’après un document mis en ligne sur le site Internet de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) d’Occitanie. « Estimé » à 57 millions d’euros, son chiffre d’affaires en France provient, en grande partie, de contrats signés avec des maraîchers des Bouches-du-Rhône et du Gard.

      Mort d’un salarié en 2011

      Terra Fecundis a commencé à capter l’attention de la justice il y a presque neuf ans, à la suite d’un épisode tragique. En juillet 2011, un de ses salariés, de nationalité équatorienne, avait trouvé la mort à l’hôpital d’Avignon, peu de temps après avoir fait un malaise à l’issue d’une journée de travail éreintante. Agé de 33 ans, l’homme avait été victime d’une déshydratation sévère dans des circonstances troublantes, qui avaient conduit à l’ouverture d’une enquête.

      #paywall

      Lien vers leur enquête de 2015 :

      Une saison en enfer
      Depuis dix ans, Terra Fecundis fait travailler en France jusqu’à 5 000 ouvriers agricoles sud-américains sous contrat espagnol. Les méthodes de la société d’intérim sont aujourd’hui dénoncées.
      Par Jean-Baptiste Chastand Publié le 31 mars 2015 à 19h13 - Mis à jour le 19 août 2019 à 13h04

      Déjà ici en 2015 : https://seenthis.net/messages/361156 via @odilon

  • « Pour les exilés, le confinement peut réveiller des images traumatiques »

    Si le suivi psychologique des exilés se poursuit notamment par téléphone, la psychologue Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, qui reçoit ces patients, s’inquiète de l’aggravation de leur #solitude « déjà extrême ».

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/27/pour-les-exiles-le-confinement-peut-reveiller-des-images-traumatiques_603790
    #traumatisme #trauma #santé_mentale #asile #migrations #réfugiés #coronavirus #confinement #covid-19
    ping @isskein @karine4 @thomas_lacroix

  • Coronavirus : gestes barrières, distanciation, flux… les directeurs d’école en première ligne du déconfinement
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/28/coronavirus-gestes-barrieres-distanciation-flux-les-directeurs-d-ecole-en-pr

    #continuitepedagogique #deconfinement #france

    Morceaux choisis :

    [...]La tension est montée d’un cran, samedi 25 avril, lorsque le comité scientifique Covid-19 a mis en ligne une série de recommandations – dont le ministre a immédiatement affirmé qu’elles serviraient de « base » au protocole de « déconfinement scolaire ». Or, sur le terrain, l’application de ces mesures semble « très compliquée », voire « impossible ».

    Le conseil scientifique demande ainsi le respect d’une « distance minimale » d’au moins un mètre de chaque côté des tables, pour « éviter les contacts directs » entre les élèves. Une préconisation qui vire au casse-tête dans de nombreuses écoles : « Avec un mètre de part et d’autre de chaque bureau, on ne peut prendre qu’un petit tiers des élèves, au maximum », calcule François, un directeur d’une école REP + de quinze classes, dans le centre-ville de Marseille.

    « Eviter que les élèves se croisent, cela implique d’organiser l’accueil sur une heure trente chaque matin, et d’avoir des récréations toute la journée », détaille la directrice d’école du 20e arrondissement de la capitale, qui s’inquiète aussi du passage obligatoire par la case toilettes. « Dans mon école, il y a deux lavabos d’un mètre de long chacun, un pour les filles et un pour les garçons, explique-t-elle. On devra passer aux toilettes, plusieurs fois par jour, avec chaque groupe d’enfant, en les mettant en file indienne pour vérifier qu’ils se lavent tous les mains. »

    D’après plusieurs directeurs – qui commencent à évaluer leurs effectifs pour préparer la « rentrée » –, une grosse moitié des parents ne souhaitent pas renvoyer leurs enfants en classe. Un chiffre corroboré par le sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour Franceinfo et Le Figaro du 23 avril, selon lequel 64 % des personnes interrogées envisageaient de ne pas renvoyer au moins un de leurs enfants à l’école.

    Pour les autres, les enfants « en difficulté », et ceux dont les parents n’ont pas le choix, les directeurs se disent « prêts » à reprendre la classe, partageant la priorité ministérielle de « rattraper » les élèves les plus à risque.

    Mais ils réclament une clarification urgente du « protocole sanitaire » à suivre. Ces règles « claires, écrites, et nationales », selon le mot de Francette Popineau, cosecrétaire générale du SNUipp, permettront-elles de mieux « se projeter » ? De « sortir du flou », au moins, et d’organiser la reprise en constituant des groupes et des plannings. Même s’il y a fort à parier qu’un protocole – suspendu pour l’instant aux annonces du premier ministre – ne lèvera pas toutes les inquiétudes.

  • « Bienvenue en Alsace, à Coronaland »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/26/bienvenue-en-alsace-a-coronaland_6037791_3224.html

    Le département du Haut-Rhin, dans le sud de l’Alsace, a été l’un des principaux foyers nationaux de l’épidémie. Alors que le pire semble être derrière elle, la population tente timidement d’entrevoir « l’après ».

    Sous une treille de glycine, un enfant a accroché son dessin à la fenêtre d’une ferme : des lapins qui jonglent avec des œufs de Pâques devant une pancarte « Bienvenue en Alsace, à Coronaland » . Traverser le Haut-Rhin aujourd’hui, un des départements les plus touchés par le virus, c’est voyager de ville en village au pays des drapeaux en berne et des hélicoptères sanitaires. « Ailleurs en France, ils se rendent compte que le monde a changé ? Qu’on ne vivra peut-être plus comme avant ? » , demande un gendarme. Ce matin, il a eu un choc en voyant à la télé des joggeurs qui bronzaient, quelque part dans Paris.

    A la mairie d’Altkirch

    Ils sont à deux mètres les uns des autres, mais se dévorent des yeux par-dessus leurs masques chirurgicaux. Certains ont grossi, d’autres maigri. L’une a pris un coup de soleil au jardin, celui-là est tout pâle de ne pas avoir quitté la chambre. A la mairie d’Altkirch, les cinq membres de la cellule de crise se rencontrent pour la première fois après des semaines de réunions par ordinateur. Ils se retiennent pour ne pas sangloter. Etre à nouveau ensemble, tout simplement.


    Marques de distanciation sur le trottoir devant La Poste d’Altkirch (Haut Rhin) le 25 avril. Pascal Bastien/Divergence Images pour Le Monde

    La journée paraît bénie, il faut dire. En cette mi-avril, trois décès seulement ont été enregistrés en vingt-quatre heures à l’état civil, contre sept ou huit depuis le début de la crise. Au « temps d’avant » , il y en avait un seul par semaine ; on n’arrive plus à réaliser.

    « Et si on parlait du “temps d’après” ? , dit quelqu’un sur un ton attendri, la voix étranglée.

    Désolé de casser l’ambiance, mais on n’est pas au bout, pas du tout. »

    Adjoint à la sécurité, Didier Lemaire vient de doucher les enthousiasmes. Il a 45 ans, est pompier professionnel à Colmar, pas de carrière politique en vue. Un « bon soldat » , dit-il de lui-même. Dans sa tête, le pompier se répète : « Objectif principal : ne pas se laisser envahir par l’émotion, faire comme si j’étais dans mon job. »

    Chez les Lemaire, Mathilde, 8 ans, la cadette, descend l’escalier et déclare d’un ton martial, imitant Emmanuel Macron : « Nous sommes en guerre. » Elle a vu papa et maman malades, se relevant juste pour travailler et regarder les infos. A la maison, le virus a tout envahi, jusqu’aux conversations à table. « Avec sa sœur, elles ont dû se sentir seules » , dit Sophie, leur mère, infirmière libérale. La petite résume l’affaire, à sa manière, tel un pitch pour Hollywood : « Super, mes parents ont le Covid. »

    Altkirch, 6 000 habitants et « capitale » du Sundgau, comme on appelle ce territoire du Sud alsacien, est à 20 km de Mulhouse, mais on entre dans un autre monde. Des fermes, des collines, des villages aux clochers si pointus qu’ils paraissent passés au taille-crayon. Et tout au bout, la Suisse. Nicolas Jander, le maire (UDI) d’Altkirch, se souvient qu’il débattait du budget municipal quand un texto lui a appris l’hospitalisation de Jean-Luc Reitzer, député (LR) et ancien maire de la ville. « On a traduit : “Le virus est chez nous.” »

    Le maire décide de fermer les écoles. D’arrêter les marchés. De suspendre la pièce de théâtre. Quel fondement juridique ? Il ne se pose pas la question. De son côté, Didier, le pompier, monte la cellule de crise et prévient : « Tout ce que vous connaissez, c’est terminé. Maintenant, sa fierté, son amour-propre, ses titres, on va s’asseoir dessus et essayer d’avancer sans laisser personne au bord de la route. »

    C’est après seulement qu’est apparue la trouille. On est début mars, le mot « confinement » semble encore du chinois. « Qui sommes-nous, à notre tout petit niveau, pour imposer ça ? » , se demande le maire. Il appelle partout. Pas de réponse. Tout flotte. « On était seul. Ce n’est pas correct de le dire, mais c’est ce qui s’est passé. » Collecte des ordures, sécurité ou administration, chaque chose est à réinventer. Didier, le pompier : « Après cette crise, il faudra une remise en question générale. »

    Au centre médical Sainte-Anne, à Guebwiller

    Sur le parking du centre, le camion vient de démarrer, avec un homme en armes calé sur le siège passager. Ne pas communiquer l’heure de départ, ni le trajet. Ne prendre aucun risque. Près de Belfort, un dépôt de masques chirurgicaux a été attaqué, les convois de matériel médical commencent à se faire braquer. Tout va bien se passer, répète comme un mantra un manutentionnaire, chargé des livraisons entre la pharmacie centrale et les 5 unités de soins de l’Ugecam dans le Haut-Rhin, réseau parapublic relevant de l’Assurance-maladie. Toujours ces pénuries à répétition, qui restent un frein énorme. Parfois, il craint « une forme de guerre civile autour du matos ».

    Le camion a tourné le coin. Aucun humain en vue sous le ciel d’un bleu impeccable. C’est le Grand-Est, pas le Far West, mais on finirait par croire qu’ils se ressemblent.

    « Combien le prix de la blouse jetable aujourd’hui ? » , demande Claude Moser, directeur du pôle Sud Alsace à l’Ugecam.

    Dans la salle de réunion, l’écran de l’ordinateur s’allume.

    La responsable logistique a fait une offre à 7 euros, mais un autre groupe l’a raflé à 10.

    « Dix euros la blouse jetable, répète le directeur, détachant chaque syllabe. En janvier, elle valait 37 centimes. »

    Ces dernières années, les mêmes consignes circulaient dans tout le système médical français, privé ou public : tenir les budgets, ne pas faire de stocks, externaliser un maximum de postes, louer les équipements (maintenance comprise) plutôt que les acheter. Bref, tout ce qui s’est avéré catastrophique dans la crise. « Je commence mon autocritique : moi aussi, je l’ai fait, convient le directeur. Il va falloir repenser tous nos modèles. »

    Avec la crise, le centre Sainte-Anne a été transformé en « unité Covid ». L’opération aurait dû être impossible, voire interdite. Mais personne ne s’est préoccupé d’autorisation. « On serait parti là-dedans, on était face à une morgue » , assure Claude Moser. En moins d’une semaine, le système a été entièrement reconfiguré, y compris la mise en place d’une cuve à oxygène. Le directeur se marre en pensant aux autorités de tutelle. « Si le Covid-19 n’était pas si dangereux, ils nous feraient des inspections. Heureusement, ils ont peur. »

    Au départ, le personnel aussi – une soixantaine de personnes – était inquiet : « Vous nous jetez dans l’arène, sans rien. » Ne sont restés que les volontaires, autrement dit tout le monde. Des médecins et des infirmières en psychiatrie sont venus en renfort.

    « Une perfusion ? Je ne sais plus les poser, dit l’une.

    – Eh bien tu vas t’y remettre, ma grande. »

    La réunion bifurque sur ce patient, décédé la veille à 19 h 45. Il avait des enfants, des frères, des sœurs, mais un seul proche avait été autorisé à son chevet. Qui choisir ? Et qui décide ? La famille ? Le médecin ? La courte paille ? « Chaque jour, il faut trouver des solutions qu’on n’aurait jamais osé imaginer. » Autour de la table, personne ne porte plus de bijou, pas même d’alliance. Règles sanitaires strictes. 74 patients ont déjà été accueillis – dont 24 guérisons et 3 décès –, en majorité des hommes, au tournant de la soixantaine et en surpoids. Le directeur soulève discrètement sa cravate pour se palper le ventre. Cette fois, ce sont ses collègues qui sourient.

    D’un bond, Claude Moser s’est levé de sa chaise. Il vient d’apercevoir par la fenêtre une soignante sortie fumer dans le parc. Or, une seule pause est désormais autorisée, vu le prix des blouses jetables. Il s’énerve : « Vous trouvez normal de vous conduire comme ça ? » La fille pleure. Quand il remonte, on entend le directeur marmonner qu’il s’en veut.

    Sur la route entre Colmar et Mulhouse

    Les camionnettes se succèdent sur la route entre Mulhouse et Altkirch (Haut Rhin), le 25 avril. Pascal Bastien/Divergence Images pour Le Monde
    L’effet est spectaculaire : les camionnettes professionnelles ont recommencé à circuler entre Colmar et Mulhouse, au lendemain du discours d’Emmanuel Macron, le 13 avril 2020. La simple annonce de la fin du confinement pour le 11 mai a produit l’effet d’un signal de départ. Ici, un électricien reprend un chantier, là un horticulteur. Le long du Rhin, vers la frontière allemande, les usines redémarrent, une à une. Cadre dans l’énergie, Christian Rebert pensait que l’activité économique s’arrêterait pour repartir d’un coup, en mode « on » et « off ». En fait, beaucoup de boîtes reprennent sous la carapace du confinement, comme une fourmilière qu’on découvrirait en soulevant une pierre.

    Mais les codes habituels ont parfois volé en éclats. Un éducateur fait le ménage, une secrétaire et un employé à l’entretien des espaces verts aident à faire tourner une blanchisserie. Dans une mairie, les éboueurs sont invités aux réunions par Skype. Chez Dany et Marie-Claude, à Colmar, le salon gentiment bourgeois s’est transformé en atelier de couture, où cet ancien de France Télécom fabrique bénévolement des blouses. Les voisins le disent depuis longtemps : « Il faut être bien avec eux. En temps de guerre, ils pourraient nous fournir. »

    Dans les quartiers est, Emilie, 37 ans, trois enfants, a postulé pour la récolte de fraises, en attendant de reprendre son boulot à la crèche. Manuela, son amie, s’est inscrite aussi. Au chômage, elle avait pourtant refusé le même travail, voilà quelques semaines. Alors pourquoi maintenant ? « J’espère que les cartes vont être redistribuées. »

    Dans le quartier Bourzwiller, dans l’est de Mulhouse

    Au pied d’une HLM, le carré de pelouse n’est pas plus grand qu’un mouchoir, juste la place de déployer un parasol Pepsi-Cola. La mère, la fille et le petit-fils sont confinés dessous, seule tache de vie dans Bourzwiller désert. Les deux femmes, Monique et Nathalie, travaillent dans le ménage, rien en ce moment, ça va sans dire. Juste en face de chez elles se dresse un bâtiment imposant, l’église évangélique La Porte ouverte chrétienne. Le parking donne la mesure de sa fréquentation : gigantesque.

    « Moi j’y vais à Pâques et à Noël, c’est magnifique, mieux décoré que la vitrine des grands magasins à Paris » , s’enflamme Monique, la mère.

    « Une secte » , tranche la fille.

    La mère : « Mais une secte gentille. Des drogués et des alcooliques la fréquentent, ils ont l’air mieux après. » Elle-même a participé à une journée d’accueil, en 2015, « pour le buffet surtout, je le dis honnêtement. Il y avait des sandwichs au salami et même à boire. Entrée libre, tout gratuit ».

    La fille : « Mais c’est venu de là-bas. » A Bourzwiller, où s’est aussi construite la première mosquée d’Alsace, la cohabitation était jusque-là sans histoire avec La Porte ouverte chrétienne. Mais début mars, certains jeunes n’avaient qu’une idée en tête : la brûler, quand l’église évangélique a été désignée comme un des « détonateurs » de la pandémie dans le Grand-Est. Celle-ci avait organisé une semaine de jeûne, réunissant plus de 2 000 personnes, du 17 au 22 février, donc bien avant les mesures nationales contre le coronavirus.

    Finalement, les larmes ont noyé la colère, raconte Fatima Jenn, ardente défenseuse du quartier et candidate aux municipales (ex-LRM). « D’ailleurs, eux aussi sont victimes » , dit-elle au sujet des évangéliques. D’un coup, elle devient livide, s’assoit sur un coin de trottoir, les escarpins dans le caniveau. Le soir même du scrutin municipal, le virus l’a attrapée en plein vol. Son score au premier tour des élections ? A vrai dire, elle peine à s’en souvenir. « Depuis, les priorités ont changé ! Les gens ont changé ! J’ai changé ! » Elle se relève, la démarche mal assurée. « Pardon, je vais rentrer. »

    Un drapeau de l’Alsace flotte dans le jardin d’une maison du Quartier Bourzwiller. . Pascal Bastien/Divergence Images pour Le Monde
    Ici, on se compte entre morts et vivants, le matin à l’heure du café. Une question revient, la même toujours : « Qui est dans le journal aujourd’hui ? » Une jeune femme tente de se consoler : « La voisine de ma mère vient de décéder, elle aussi. Par chance, leurs tombes sont à côté, au carré musulman, derrière Auchan. Elles restent voisines, comme avant. » A la maison de santé locale, un cabinet où se sont regroupés médecins et infirmiers, 80 % des patients ont des symptômes du Covid-19, selon Dominique Amé, une des docteures. « Tout le monde ici a conscience de vivre dans l’épicentre de la maladie. » Rassurer les patients lui prend de plus en plus de temps.

    Dans le quartier pavillonnaire, on croise une jeune femme en survêtement Puma et jupe à paillettes, qui appartient à une des grandes familles algériennes de la ville. La plus touchée aussi, sans doute : 3 morts, 5 hospitalisés, un nombre incalculable de malades. Les rares valides osent à peine s’afficher au supermarché. Longtemps, les gens les ont évités comme le virus en personne : « Vous êtes dangereux. Pourquoi c’est tombé sur vous ? » Eux aussi se le demandent. Pourquoi nous ? Ils culpabilisent. Qu’est-ce qu’on a pu faire ? Quand ? Qui ? La Porte ouverte chrétienne, juste à côté ? Le milieu médical, où travaillent huit femmes de la famille, en Ehpad ou à l’hôpital ? Ou bien cette fête pour la naissance d’un petit dernier, où une centaine de proches s’étaient retrouvés, fin février ? « C’était un moment très heureux. Au fond de mon cœur, je veux croire que ça ne vient pas de là » , reprend Mlle Jupe-à-paillettes. Elle en tremble, se réveille en sursaut, appelle une fois encore une belle-sœur ou une cousine. Personne ne trouve plus de mots, à force. Alors elles s’écoutent juste pleurer, chacune dans son téléphone.

    Dans une PME, à Mulhouse

    « Ma question sera un peu brutale, prévient le responsable des ressources humaines d’une petite boîte de BTP. Est-ce que vous êtes covidée ? » Avant que son interlocutrice n’ait eu le temps de répondre, il continue : « Pour des raisons sanitaires, l’entreprise se pose la question d’organiser le travail en deux équipes, les covidés et les non-covidés. »

    L’employée hésite. Le responsable parle toujours : « Comprenez-moi, on essaie de gérer. La responsabilité des employeurs risque d’être mise en cause en cas de contamination d’un ou plusieurs salariés. »

    L’employée esquive. « Vous avez le droit de demander notre dossier médical ? Est-ce qu’on peut être obligé de se faire tester ?

    – Il s’agit de santé, c’est vrai, mais aussi de sécurité. Il va falloir s’habituer à vivre comme ça. Enfin, sans doute. »

    Médecin-chef au centre médical Le Roggenberg, près d’Altkirch, le psychiatre Thierry Malassiné se demande si la France va désormais se partager en deux, « Covid-positifs » d’un côté, « Covid-négatifs » de l’autre. Et quelle sera la cohabitation.

    A l’association Marie-Pire, à Riespach

    Sous les grands arbres, Stéphane se roule dans l’herbe. Antonio dort la bouche ouverte et un filet de soleil tombe pile entre ses lèvres. Maria parle de Dalida. L’heure de la promenade ressemble à une récréation dans le jardin de la maison d’accueil spécialisée Marie-Pire. Au bout d’une route de campagne, le centre a d’abord hébergé des orphelins de la guerre de 14-18, des malades de la tuberculose, et aujourd’hui il recueille 36 adultes atteints de handicaps lourds, physiques et mentaux.

    Soudain, Manu se met à pousser des hurlements dans son fauteuil roulant. « Quel bonheur de l’entendre enfin ! » , s’enthousiasme Chloé, une aide-soignante. Depuis des jours, Manu restait recroquevillé, dans la position du fœtus, en silence. Ça avait commencé à l’annonce du premier mort dans le centre, le 22 mars, à 20 heures. Depuis, il y en a eu trois autres. « Quand le ministre de la santé affirme qu’il n’y a pas de tri entre malades dans les hôpitaux, je réponds : “c’est faux” » , dit Pierrick Buchon, directeur général de l’association Marie-Pire, 330 personnes handicapées dans différentes structures.

    Au centre de Riespach, des résidents ont commencé à tousser début mars. Les cas suspects sont aussitôt isolés, une opération compliquée dans le milieu des handicapés. On entendait certains gémir dans leur chambre : « Pourquoi je suis puni ? » Un vendredi soir, Alain, 58 ans, se met à suffoquer. L’aide-soignante se souvient d’avoir appelé le SAMU : « Venez vite, il va me mourir dans les bras ! » L’opérateur évoque la surcharge. Deux jours plus tard, Alain expire dans sa chambre.

    L’aide-soignante s’arrête dans son récit et se tourne vers le directeur : « Est-ce que j’ai le droit de tout dire ?

    – Il faut tout dire » , insiste Pierrick Buchon.

    Elle explique donc que le médecin référent refuse, à son tour, de venir constater le décès, par peur de la contamination. « Il m’a conseillé : “Faites-le vous-même. Et si vous ne supportez pas de le voir, mettez-lui un drap sur la figure, à la guerre comme à la guerre.” »

    Tous les soirs, l’angoisse monte au centre de Riespach. « On se disait : “qu’est-ce qui va se passer ?” » Le cahier des transmissions internes raconte la nuit du 25 mars. A 20 h 30, le SAMU est alerté pour Marie-France, à 21 h 15 pour Bruno, à 1 h 30 pour Gilbert, à 2 h 45 pour Françoise. A 3 heures, c’est le SAMU qui rappelle lui-même : « Arrêtez de téléphoner, on est saturé. » Toujours pas d’ambulance en vue.

    Le lendemain, Pierrick Buchon sollicite l’Agence régionale de santé (ARS). La conversation dure dix-huit minutes. « Ils me le font comprendre très clairement : les personnes handicapées ne seront pas prises en charge. Vous vous les gardez. On vous aidera à mettre en place un accompagnement de fin de vie et une cellule psychologique pour le personnel. » Philou meurt le 28 mars. Gilbert, le 31. Lui pouvait passer la journée à se regarder dans une glace. Il ne s’aimait pas avec les cheveux longs, mais la crise interdisait toute visite. Jusqu’au bout, Gilbert a guetté le coiffeur, suppliant qu’on le fasse venir. Puis le 3 avril, c’est Bruna. « Il a fallu qu’ils tombent les uns après les autres pour qu’on les accepte » , reprend Christine, qui pilote le centre de Riespach. En temps ordinaire, déjà, il lui arrive de voir les soignants se décomposer, quand elle emmène une personne handicapée à l’hôpital. « Ils nous les renvoient parfois sans les toucher. Ils n’ont pas l’habitude de les gérer. Certains le disent carrément : “Ces patients-là c’est pas mon truc.” »

    Dans le couloir passe Etienne, agent de service, fraîchement revenu d’arrêt maladie. Il avait signalé lui-même faire partie de l’église La Porte ouverte chrétienne, après l’alerte officiellement lancée début mars par les autorités sanitaires. Les premiers cas venaient d’être détectés parmi les fidèles. Etienne, 35 ans, fait la sono à l’église le samedi soir et y joue de la guitare, comme son père. Il y a rencontré sa femme. A l’association Marie-Pire, Etienne vient de signer son CDI. Seule une collègue lui a lancé un commentaire amer.

    Au conseil départemental du Haut-Rhin, à Colmar

    Présidente (divers droite) du conseil départemental, Brigitte Klinkert se souvient qu’ « on n’avait pas trop envie de nous voir au début de la crise » . Soudain, tout s’annulait, les rendez-vous, les réunions institutionnelles. Juste au moment où les frontières se fermaient, elle a négocié le transfert de patients en Suisse et en Allemagne, à Fribourg. Le ministère de la santé du Bade-Wurtemberg lui a envoyé la liste des places dans les cliniques, in extremis, autour de minuit. Le préfet et l’ARS sont tenus informés.

    On lui demande : « Vous allez le faire vous-même ?

    – Oui.

    – Toute seule ?

    – Oui. »

    Aujourd’hui, elle a plus souvent le maire de Fribourg au téléphone que les autorités de santé françaises. Dans le ciel, au-dessus du conseil départemental, passe un hélicoptère. S’il est jaune et rouge, mauvais signe. Non, c’est le « contrôle-confinement ». Ici, la gendarmerie relève peu de fraudes aux attestations. « Il y a un effet de sidération qui dure , glisse un gradé. Certains jours encore, on sent la mort, littéralement. »

    Dans le quartier Bel-Air, à Mulhouse

    Bebeto Kalala reçoit dans son salon, à Mulhouse, jolie pièce tamisée par des voilages mauves aux fenêtres. La cinquantaine, intérimaire dans l’industrie, M. Kalala a participé avec ses sept enfants à la semaine de jeûne à l’église La Porte ouverte chrétienne. Il ne manquait que sa femme, aide-soignante dans un Ehpad.

    De ces quelques jours en février 2020, connus de tous aujourd’hui dans la tourmente d’une pandémie, M. Kalala garde, lui, un autre souvenir : celui d’un « miracle », comme il dit. C’était le 18 ou le 19, il ne sait plus, dans la grande salle du culte. M. Kalala priait parmi les fidèles, un millier au moins, quand une dame a fendu la foule en fauteuil roulant. Devant l’estrade, elle se lève soudain et l’arpente. Ses paroles sont confuses, mais une clameur les couvre. On s’étreint. On chante des louanges. La Porte ouverte chrétienne s’est fondée sur la maladie et la guérison : Jean Peterschmitt a créé l’église en 1966, à Mulhouse, quand sa femme Suzanne a été sauvée par la prière, selon lui, d’un mal incurable.

    « La nouvelle de cette guérison instantanée s’est tout de suite répandue : le lendemain, il y avait encore plus de monde à l’église » , raconte M. Kalala. C’est justement une journée consacrée aux malades, comme l’église en organise régulièrement. Dans la salle, le pasteur appelle chacun à toucher son corps à l’endroit où il souffre et à prier. Dieu choisira. Ça tousse et ça crache dans certaines travées, par quintes profondes. M. Kalala pense s’éloigner, mais il a honte. « Je me suis senti plein de préjugés. Les gens étaient venus chercher de la force et je m’enfuyais. »

    Le dernier jour de jeûne, M. Kalala a des frissons à son tour. Une faiblesse extrême. La chaleur lui sort de partout, de la gorge, des yeux, des oreilles. Le carême doit l’avoir fatigué, pense-t-il. Il va pourtant au culte.

    Bebeto Kalala a déjà perdu 7 kg lorsque l’ARS lui apprend, deux semaines plus tard, qu’il est contaminé par le coronavirus. Il demande à passer un test. Réponse : ils sont réservés aux soignants. Depuis, plus de nouvelles.

    De son côté, Jonathan Peterschmitt, petit-fils du fondateur, reste « intimement convaincu » que l’église La Porte ouverte chrétienne n’est pas le détonateur de la pandémie dans le Grand- Est. Lui-même est médecin généraliste dans un village d’Alsace, « un praticien classique, semblable à n’importe quel confrère » , dit-il. Pour aborder d’autres sujets, il attend un signe de ses patients. « Le sud de l’Alsace reste un pays de croyances, de rebouteux, où beaucoup de gens croient aux guérisons miraculeuses. Etant moi-même dans le spirituel, je ne renverse pas la table quand ils m’en parlent. » Dans ces cas, le docteur Peterschmitt, 31 ans et 4 enfants, tous vaccinés, utilise « des moyens autres ». Il vient de demander une enquête scientifique sur la propagation du virus dans le Haut-Rhin, et le CNRS l’aurait déjà contacté. Et si les investigations concluaient à un foyer pendant la semaine de jeûne à Bourzwiller ? « Dieu commence par son peuple s’il veut donner un message. Il nous fait passer une épreuve pour nous donner l’occasion d’en tirer un bénéfice spirituel. » La Porte ouverte chrétienne compte déjà 30 morts et des dizaines de personnes hospitalisées, et 18 membres de la famille Peterschmitt ont été touchés.

    Au cabinet du docteur Vogt, à Mulhouse

    Le cabinet du docteur Vogt résonne d’un chahut d’auberge espagnole : une bande d’infirmières et d’infirmiers l’attendent pour faire signer l’ordre de mission qui les renverra chez eux, à Paris, Saint-Etienne ou Lille. Dépêchés en renfort dans le Haut-Rhin, ils ont 25 ans pas plus, une classe d’âge, comme on le dirait pour la conscription. Jusqu’ici, le virus s’est montré clément avec la jeunesse, « alors, on a mis les vieilles de côté pour nous choisir nous : c’est notre tour » , croit savoir l’une, riant, plutôt fière. Tous ont fraternisé à l’hôpital de Mulhouse, ça flirte un peu, chaises positionnées à un mètre de distance, ne se lâchant la main que pour la passer au gel, à un rythme régulier. « On l’aura fait, on s’est confronté à l’Histoire avec un grand H » , dit un autre, faisant le « V » de la victoire. Comment c’était ? Alors les yeux se voilent. Les souvenirs commencent à se rembobiner. Soudain, ils n’ont plus envie de parler.

    Florence Aubenas

    #crise_sanitaire #covidé #covidée #blouse_jetable à 10€ #porteurs_de_handicaps #tri

    • « Est-ce que j’ai le droit de tout dire ? »

      L’aide-soignante se souvient d’avoir appelé le SAMU : « Venez vite, il va me mourir dans les bras ! » L’opérateur évoque la surcharge. Deux jours plus tard, Alain expire dans sa chambre.

      L’aide-soignante s’arrête dans son récit et se tourne vers le directeur : « Est-ce que j’ai le droit de tout dire ?

      – Il faut tout dire » , insiste Pierrick Buchon.

      Elle explique donc que le médecin référent refuse, à son tour, de venir constater le décès, par peur de la contamination. « Il m’a conseillé : “Faites-le vous-même. Et si vous ne supportez pas de le voir, mettez-lui un drap sur la figure, à la guerre comme à la guerre.” »

      Tous les soirs, l’angoisse monte au centre de Riespach. « On se disait : “qu’est-ce qui va se passer ?” » Le cahier des transmissions internes raconte la nuit du 25 mars. A 20 h 30, le SAMU est alerté pour Marie-France, à 21 h 15 pour Bruno, à 1 h 30 pour Gilbert, à 2 h 45 pour Françoise. A 3 heures, c’est le SAMU qui rappelle lui-même : « Arrêtez de téléphoner, on est saturé. » Toujours pas d’ambulance en vue.

      Le lendemain, Pierrick Buchon sollicite l’Agence régionale de santé (ARS). La conversation dure dix-huit minutes. « Ils me le font comprendre très clairement : les personnes handicapées ne seront pas prises en charge. Vous vous les gardez. On vous aidera à mettre en place un accompagnement de fin de vie et une cellule psychologique pour le personnel. »

      #samu #médecin_référent #personnes_handicapées #société_d'abandon

  • Ehpad : les morts, les familles et le mur du silence
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/23/ehpad-les-morts-les-familles-et-le-mur-du-silence_6037517_3224.html


    Devant l’Ehpad La Riviera, du groupe Korian, à Mougins (Alpes-Maritimes), le 3 avril. SEBASTIEN NOGIER / EPA
    Avec des personnels non dépourvus de protections.

    Des établissements d’hébergement pour personnes âgées ont tardé à communiquer le nombre de morts dû au coronavirus et à informer les familles de l’état de santé de leurs proches. Certaines ont déjà porté plainte.

    La sonnerie du téléphone tire Sébastien Lévêque de son sommeil. Embrumé par la fatigue, l’ouvrier de 40 ans décroche. Il est 8 heures ce samedi 28 mars. Au bout du fil, une aide-soignante de la Rosemontoise, à Valdoie (Territoire de Belfort), la maison de retraite où vit son père Bernard depuis six ans, lui annonce sa mort dans la nuit, suspicion de Covid-19.

    « J’ai à peine eu le temps de reprendre mon souffle qu’elle a enchaîné sur les pompes funèbres. Que je devais les contacter en urgence pour faire enlever son corps, elle avait l’air pressée de s’en débarrasser. »
    Sébastien ne comprend pas, trois jours avant il avait eu un appel de l’Ehpad, son père était tombé, mais il était en forme, seulement 73 ans, et aucune pathologie. Il y avait bien cette petite grippe qui circulait un peu entre les résidents, mais rien de grave l’avait-on rassuré, et jamais le mot « Covid » n’avait été prononcé.

    Il ne reste de Bernard qu’une urne qui attend Sébastien sur une étagère des pompes funèbres de la petite ville de Delle. Le fils n’a jamais pu revoir son père, ni même récupérer ses affaires. Cette disparition sans bruit ni rites se transforme en deuil impossible. « Je me dis qu’il n’est pas mort, je ne réalise pas. C’est un choc terrible, un traumatisme. Nous, les familles, nous étions coupées du monde, on ne nous a rien dit. Il n’y a eu aucune communication, aucune humanité. Payer aussi cher pour mourir comme ça, j’ai la haine qui brûle en moi », pleure-t-il au téléphone.

    Début avril, l’affaire de la Rosemontoise éclate dans les journaux. Le virus a coûté la vie à dix-sept de ses résidents. L’établissement devient le premier en France placé sous tutelle dans le cadre d’une procédure d’urgence sanitaire. L’hécatombe s’est poursuivie depuis avec onze nouvelles victimes du Covid-19. Sébastien, lui, s’est rendu à la gendarmerie de Saint-Amour (Jura) pour porter plainte contre l’Ehpad pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en danger ». « S’ils avaient mieux communiqué, s’ils avaient été transparents avec nous, je n’aurais pas porté plainte. Mais là maintenant on monte un collectif avec les familles, et on veut un procès », revendique ce supporteur du FC Sochaux-Montbéliard, initié au football par son père, ancien ouvrier chez Peugeot.

    Ni veillées ni embrassées une dernière fois par leurs proches, des milliers de personnes âgées sont mortes ces dernières semaines, comme Bernard Lévêque, asphyxiées par le Covid-19, seules au fond de leur chambre. Entre le 11 mars et le 20 avril, les maisons de retraite sont restées portes closes, pour ne plus laisser entrer le virus. Et certains Ehpad ont aussi érigé un mur du silence autour de la tragédie qui les ont frappés. Ces structures ont-elles été débordées par la violence de l’épidémie au point de ne plus pouvoir communiquer ou bien ont-elles opté pour l’opacité afin de masquer des défaillances ?
    Des dizaines de familles se sont déjà tournées vers la justice. Certaines pour obtenir le simple récit des faits, d’autres parce qu’elles ne croient pas à la fatalité. Les enquêteurs voient se multiplier le nombre de plaintes, « sans avoir les moyens d’y faire face », en plein confinement. « Elles sont de plus en plus nombreuses et vont augmenter dans les prochains mois, anticipe un gendarme missionné sur ce type de dossiers. Le problème, c’est que les gens ne sont plus habitués à la mort : ils veulent des réponses. »

    Au 17 avril, le parquet de Paris avait enregistré vingt-six plaintes pour mauvaise gestion de la crise sanitaire, sans être en mesure de distinguer celles qui concernent un hôpital, un Ehpad, ou une autre structure, ni celles déposées par des familles ou par des personnels. Le procureur de Paris, Rémy Heitz, a indiqué sur Franceinfo le 31 mars que le parquet n’en était pas « encore à orienter ces plaintes et à prendre des décisions. Mais nous les traiterons et nous allons les analyser ».

    Ailleurs, les enquêtes sont déjà lancées. Comme à Mougins (Alpes-Maritimes). Dans cette commune de la Côte d’Azur, la maison de retraite La Riviera a vécu un cauchemar à huis clos. Depuis le 17 mars, trente-sept personnes âgées y sont mortes du Covid-19, soit plus du tiers des cent neuf résidents.
    Aucun drame n’a connu le même retentissement médiatique depuis le début de la crise sanitaire. Aucun n’a donné lieu à autant de plaintes, connues à ce jour. Sept familles de résidents décédés ont porté plainte contre X. Les premières ont débouché sur l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « non-assistance à personne en danger » et « homicide involontaire » par le parquet de Grasse, le 2 avril. Depuis, quatre ont directement saisi le tribunal. Le maire (Les Républicains) de la ville, Richard Galy, s’est porté partie civile dans le dossier.

    « Aucun symptôme » du Covid-19

    Ces plaintes sont toutes motivées par « la loi du silence », selon les familles concernées, qui a régi La Riviera les deux dernières semaines de mars. Le 15, le virus pénètre dans l’établissement, par l’intermédiaire de son directeur et de son médecin coordinateur, tous les deux testés positifs et placés en arrêt maladie. Le 31, Nice-Matin titre sur les « douze morts » de Mougins, et lève le voile sur une hécatombe à l’insu des familles. Alors qu’un journaliste fait le pied de grue devant l’établissement pour obtenir des réponses, la veille, Korian − le groupe privé français est le leader européen des maisons de retraite − et l’agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte-d’Azur avaient d’abord tenté d’expliquer que les morts étaient « peut-être liées à des causes naturelles ».

    Pourtant, administrativement, le Covid-19 est bien mentionné. Les certificats de décès remis aux pompes funèbres qui enchaînaient les allers-retours dans l’Ehpad depuis quinze jours indiquaient bien : « suspicion Covid-19. » Charles-Ange Ginesy, président (Les Républicains) du conseil départemental des Alpes-Maritimes, assure avoir reçu du directeur régional de Korian de PACA-Est le premier signalement de décès lié au virus le 18 mars, dans le « reporting » régulier qu’il a exigé des Ehpad au début de la crise. Entre le 18 et le 30 mars, il reçoit quatre bilans. Le dernier date du 28 mars : douze morts.

    Dans ce dernier décompte figure Yvette Sinicropi, 84 ans, décédée le 26 mars dans cet établissement. Son mari, 91 ans, a d’abord reçu un appel de l’Ehpad. Sa femme « n’était pas très bien », on lui demande s’il a un contact avec une entreprise de pompes funèbres. Nouveau coup de fil dans la matinée : Yvette est morte, mais personne n’évoque le Covid-19. On assure même à la famille qu’elle ne présentait « aucun symptôme ». Son époux est prié de venir chercher ses affaires. C’est en route vers la maison de retraite que le nonagénaire est alerté par un message d’un de ses fils, qui, ayant lu Nice-Matin, lui dit de faire demi-tour. « N’y allez pas : il y a douze morts du Covid dans l’établissement ! »

    Ces omissions en cascade poussent les plaignants à rechercher des « responsables » de la mort de leurs proches. « J’ai des griefs autant envers l’Etat qui n’a pas bien géré la crise qu’envers la direction de Korian », assure Arnaud, petit-fils d’Odette Noyer qui a appris par les pompes funèbres que sa grand-mère était morte du Covid-19. Le jour de son décès, l’Ehpad lui a assuré qu’elle se portait bien même si elle avait été « mise sous oxygène »… Interrogé par Le Monde, le porte-parole de Korian affirme que « la famille » d’Odette a bien été informée à temps que son état s’était dégradé.

    Querelle des tests

    Depuis la médiatisation de la tragédie de La Riviera, la directrice générale du groupe, Sophie Boissard, a reconnu le 10 avril, sur RTL que « la violence de l’épidémie a été telle que l’information et les contacts n’ont peut-être pas été ce qu’ils auraient dû être au quotidien ». Face aux accusations « d’omerta » notamment de la part de l’avocat de plusieurs plaignants, Fabien Arakelian, le groupe choisit de se retrancher alors derrière la consigne des ARS de leur communiquer le bilan du nombre de morts, à elles et à elles seules. Conseillé par l’agence Havas, le groupe a, depuis, littéralement modifié sa stratégie de communication. Désormais, il publie un décompte national chaque semaine. Le 17 avril, on comptait 511 morts parmi les 23 000 résidents des 308 Ehpad que possède Korian en France. La justice devra répondre aux questions des familles : comment un tel désastre a-t-il pu se produire ? Quelles erreurs, quelles négligences ont été commises ? Par qui ?

    A Mougins, le scandale « ne fait que commencer », assure une source proche du dossier. Mais déjà en coulisses l’Etat déplore l’attitude du groupe privé qui ne l’a pas suffisamment alerté. La sous-préfète de Grasse, Anne Frackowiak-Jacobs, regrettait dans les colonnes de Nice-Matin, début avril, « que la réaction du groupe Korian n’ait pas été aussi rapide que nous l’aurions souhaité ». Trois jours plus tard, Charles-Antoine Pinel, directeur général France Seniors chez Korian, accusait « les autorités sanitaires locales » d’avoir « tardé à réagir ». Du côté des gendarmes, on indique que « tout le monde − l’ARS comme Korian − est entendu ».

    Ces attaques réciproques ont révélé une difficulté structurelle à coopérer entre les ARS et les Ehpad − si ce n’est un gouffre −. Parmi les nombreux exemples de difficultés dans la répartition des rôles, que le drame de Mougins met en lumière, figure la querelle des tests.
    L’absence de dépistage précoce des résidents a été pointée du doigt par la droite locale. Le maire (LR) de Mougins, Richard Galy, a été le premier à souhaiter des tests systématiques. Le président du conseil départemental, Charles-Ange Ginesy (LR), a écrit au ministre de la santé et des solidarités, Olivier Véran, et à l’ARS dès le 24 mars, pour demander « un élargissement immédiat des dépistages de l’ensemble des résidents ». En vain.

    A Mougins, seuls trois tests ont été réalisés mi-mars, conformément à la consigne du ministère de la santé. La règle en vigueur était alors de cesser les dépistages au-delà de trois cas de Covid-19 avérés. Pourtant Louise (son prénom a été modifié) comme d’autres proches de résidents en est certaine : « Si tous les pensionnaires avaient été testés vers le 20 mars, une bonne partie seraient encore en vie aujourd’hui », assure cette femme qui a attendu deux semaines pour apprendre que sa mère avait contracté le Covid-19, dont elle a finalement guéri.
    La direction du groupe et l’ARS PACA auraient-ils dû enfreindre la consigne nationale et décider un dépistage plus large ? Ont-ils fait preuve de légèreté ? L’un et l’autre se sont renvoyé la responsabilité de ne pas avoir pris l’initiative. « L’ARS était d’abord soucieuse de disposer de tests suffisants pour les hôpitaux, ce que l’on peut comprendre », concède un responsable du groupe. Un fonctionnaire d’une ARS, interrogé par Le Monde rappelle toutefois que les décisions d’ordre médical relèvent des établissements. En clair, Korian n’avait pas besoin du feu vert de l’ARS pour lancer des tests. « Aucun laboratoire n’était en mesure de [leur] délivrer des tests en grand nombre sans l’aval de l’ARS », rétorque la direction de Korian.

    Devant la campagne politique de la droite locale en faveur des tests et l’émoi des familles face à la série noire des décès, Philippe De Mester, le patron de l’ARS PACA, a fini par faire passer des messages au cabinet d’Olivier Véran pour que les tests puissent être réalisés à plus large échelle dans les Ehpad. Korian, de son côté, a actionné ses relais : « On a mis un grand coup de pression sur le ministère », reconnaît Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Syndicat national des établissements et résidences privées pour personnes âgées (Synerpa).
    La demande a été entendue. Le 6 avril, Olivier Véran annonce le virage. Il faudra, dit-il, « tester tous les résidents et tous les personnels à compter de l’apparition du premier cas confirmé de malade de coronavirus » au sein des Ehpad. Sans la tragédie de Mougins et son retentissement médiatique, le gouvernement n’aurait sans doute pas fait cette annonce aussi vite. Il n’en reste pas moins qu’à Mougins, entre le premier cas de Covid-19 et le dépistage des résidents, il se sera écoulé plus de trois semaines. Pendant lesquelles plus d’un tiers d’entre eux sont morts.

    « Comptage informel »

    Du temps perdu pour sauver des vies ? Korian balaie cette accusation. Quand bien même le nombre de résidents atteints aurait été détecté très en amont, un responsable du groupe confie au Monde qu’il aurait été difficile d’organiser dès la mi-mars une « unité Covid de taille suffisante » pour isoler tous les résidents malades des autres. Très vite, les onze lits prévus initialement se sont révélés insuffisants. Il a fallu que plusieurs dizaines de personnes meurent pour que « d’autres lits se libèrent », déplore cet acteur au cœur de la gestion de crise. Et qu’enfin le 9 avril les personnes contaminées soient regroupées par étage.

    Si Korian doit répondre des accusations d’opacité, il n’est pas le seul. Orpea, numéro 2 sur le marché privé, se distingue aussi par sa discrétion depuis le début de la crise sanitaire, regrette Guillaume Gobet, délégué syndical CGT : « Ces grands groupes privés de santé ont du mal à dire publiquement qu’il n’y a pas assez de matériel, de personnel, ou que la crise du Covid est difficile. Ils sont là pour faire de l’argent, pas du social, et l’image de marque, les belles plaquettes, c’est important pour les investisseurs. ».

    Ce représentant syndical s’étonne qu’Orpea passe aussi facilement à travers les gouttes médiatiques. En effet, à part à la résidence du Parc, à Chambray-lès-Tours (Indre-et-Loire), où la situation est qualifiée « d’explosive » par France Bleu Touraine et dans lequel le directeur a confirmé au Monde « neuf décès » tout en s’étonnant de cet adjectif « explosif », aucun autre établissement sous la bannière Orpea qui verrait un quart à un tiers de ses résidents disparaître en quelques semaines, ne défraye la chronique. « Moi, je n’ai aucun chiffre, explique Guillaume Gobet, on fait un comptage informel à la CGT, mais on n’arrive pas à savoir. Appelez le siège, si vous avez des infos, ça m’intéresse, moi je n’en ai jamais eu. »

    Pour le savoir, il faut contacter Image 7, la puissante agence de communication dirigée par Anne Méaux, qui s’occupe d’Orpea. La réponse tombe douze heures après :
    « Malgré toutes les précautions que nous avons prises dès la mi-février et l’engagement de nos collaborateurs, nous comptons naturellement des décès parmi nos résidents. Il y a d’une part les décès de résidents testés positifs au Covid mais également les décès suspectés d’être liés au Covid. Sur ces deux catégories, nous comptons en France 420 décès soit 1,5 % de nos résidents et patients. »

    Dans quels établissements ces décès ont-ils eu lieu ? Pourquoi aussi peu d’entre eux ne sont apparus sur les radars médiatiques ? A ces questions, pas de réponse. Un reporter niçois décrypte : « J’ai peur que tant qu’il n’y a pas des journalistes postés tous les jours devant tous les établissements de France, il y ait des “Mougins” qu’on ignore partout sur le territoire. »

    Le secteur privé n’a pas le monopole du manque de transparence. A la Rosemontoise, à Valdoie, l’établissement à but non lucratif, où est mort Bernard Lévêque, le père de Sébastien Lévêque, l’opacité était une consigne transmise par l’encadrement aux soignants. « On nous disait de dire aux familles que tout allait bien, ou juste que leurs proches pouvaient être un peu malades mais de ne pas rentrer dans les détails », raconte Marie (le prénom a été modifié). Quand fuite le bilan accablant des dix-sept morts, le téléphone de l’accueil s’affole : « Une dizaine de familles se sont mises à appeler régulièrement : “vous nous dites qu’ici c’est le paradis, mais dans les médias on voit que c’est l’enfer, on veut la vérité”. » Quelques membres du personnel brisent l’omerta et parlent aux journalistes, prenant le risque de « se faire virer pour faute lourde plutôt que d’être poursuivi pour non-assistance à personne en danger », déplore Marie.

    Un mail tombe dans la foulée sur l’intranet :
    « Si la presse ou toute personne étrangère cherche des informations sur l’Ehpad (…) la Rosemontoise, personne d’autre que l’ARS ou le CD [conseil départemental] ne sont habilités à répondre. Toute personne qui communiquera qqs infos quelle qu’elle soit est susceptible de sanction. Merci de répondre à rien ni à personne. (…) Si vous voyez la presse ou toute personne étrangère à l’Ehpad, vous êtes prié de bien vouloir le signaler à l’équipe de direction. »

    A l’oral est même ajouté que parler, « c’est du pénal » . « Sur le moment, ça fait froid dans le dos. Puis l’injustice l’emporte, on se dit qu’il faut protéger les résidents, le cœur est plus fort que la peur », termine Marie.
    Il a fallu deux semaines pour que Joël Goldschmidt accepte de répondre aux questions du Monde. Le président de l’association Servir, qui gère l’Ehpad de la Rosemontoise ainsi que trois autres institutions médico-sociales de la région, ne voulait pas s’exprimer trop vite. Ce chercheur des laboratoires Roche à Bâle (Suisse), âgé de 59 ans, dirige bénévolement cette structure chrétienne évangéliste à laquelle est rattachée la maison de retraite de Valdoie. Il fait des milliers de kilomètres par an, « même pas remboursés », précise-t-il, et connaît lui-même bien le Covid-19 : il a passé son mois de mars alité à cause du virus, son père vient d’en mourir. La crise à la Rosemontoise a percuté de plein fouet son engagement religieux. Attaché à ses valeurs d’humanité, Joël Goldschmidt a très mal vécu les accusations « d’inhumanité » qui ont fleuri dans les journaux.

    « On nous disait de dire aux familles que tout allait bien, ou juste que leurs proches pouvaient être un peu malades mais de ne pas rentrer dans les détails », raconte une soignante à la Rosemontoise
    « Moi-même j’ai perdu mon père du Covid, mais je n’ai pas accusé l’hôpital d’avoir mal fait son travail. On n’a jamais vécu une crise comme ça, je ne vois pas comment elle aurait pu être gérée parfaitement. Oui, il y a eu des loupés sur l’information et la transparence. Il faut avoir l’humilité de le reconnaître. Parler plus n’aurait pas fait baisser le nombre de morts, mais oui ça aurait diminué le choc », se défend-il. A l’évocation du mail de menaces de sanction aux employés, il répond y être étranger, que c’est « difficilement entendable » d’avoir fait cela, mais qu’il s’agissait de rappeler que la communication sur l’hécatombe de la Rosemontoise était réservée à l’ARS.

    Silence et discrétion

    Cette consigne de silence et de discrétion a effectivement été transmise à tous les Ehpad du territoire. Olivier Obrecht est le directeur adjoint de l’ARS de Bourgogne-Franche-Comté. C’est lui qui échange avec les journalistes depuis le début de la crise qui a durement frappé sa région. A la question sur la non-diffusion des chiffres des décès et des contaminations, il répond que « ça n’est pas une information d’utilité publique ».

    « Autant on a incité les Ehpad à tout dire aux familles des résidents, et ne pas l’avoir fait est une anomalie, autant on leur a dit d’être très vigilants avec la presse. J’assume la retenue d’informations, car l’important est ailleurs, il faut s’occuper des soignants et des vivants. Notre boulot à l’ARS, c’est l’organisation d’un système, pas la transparence. Et le bilan des morts Ehpad par Ehpad n’a aucun intérêt. On ne voulait pas stigmatiser ceux où il y avait des décès comme étant des mauvais Ehpad, car c’est rarement le cas », explique-t-il.
    Derrière les murs de la Rosemontoise, les pensionnaires vont enfin prendre leur première douche après un mois de toilettes à la va-vite pratiquées par des soignants débordés par le Covid. La plainte de Sébastien Lévêque n’est pas encore arrivée au siège de l’association Servir. Joël Goldschmidt ne prend pas ça « à la légère » − sa responsabilité de président pourrait être engagée −, mais il reste « serein ». Olivier Obrecht concède que les plaintes vont sûrement se multiplier à l’issue de l’épidémie : « Les contentieux sur la prise en charge sont liés à un défaut de communication. Les gens ont l’impression qu’on leur ment, alors ils attaquent en justice. »

    Ces plaintes déboucheront-elles sur des procès, celles de Valdoie, de Mougins, mais aussi de Clamart (Hauts-de-Seine), là encore contre Korian, ou de Chaville (Hauts-de-Seine) contre un Ehpad privé du groupe Villa Beausoleil ? « Les Ehpad n’auront pas de mal à démontrer qu’ils ont fait tout leur possible, veut croire Florence Arnaiz Maumé. Il leur sera facile de prouver que leur responsabilité n’est pas engagée. En revanche, il est certain que l’Etat a tardé à réagir », soutient la directrice générale du Synerpa. « Dans ce genre de dossier, on assiste souvent à une conjonction de défaillances », reconnaît un enquêteur. De fait, philosophe-t-il : « Quand un avion s’écrase, c’est rarement uniquement la faute du pilote. »

    #Ehpad #loi_du_silence

  • Imaginer la suite – édito #3 de la #Confinée_Libérée

    La conférence de presse d’#Edouard_Philippe du 19 avril s’est grandement approchée de l’absurde. Tout juste avons-nous pu en tirer une confirmation : ce gouvernement navigue à vue et son utilité est incertaine. Depuis le début de la crise du #Covid-19, le mieux qu’il fasse (trop rarement hélas) c’est de relayer les analyses et décisions de personnes compétentes (chercheur·ses, médecin·es, soignant·es, etc.) auprès d’autres, qui devront les mettre en œuvre. Le plus souvent, malheureusement, il est une force de #nuisance, qui empêche que les #bonnes_décisions soit prises.

    Les enseignant·es du primaire et secondaire ont appris les modalités de la #reprise_des_classes en lisant dans la presse les compte-rendus de l’intervention de Jean-Michel #Blanquer à l’Assemblée : “la profession n’en peut plus de découvrir par surprise ce qui se décide sans elle” dénonce Stéphane Crochet, comme bien d’autres.

    A l’#université, là encore ce sont les verrous hiérarchiques et l’incapacité à prendre des décisions claires qui pénalisent tant les travailleur·ses que les étudiant·es. A ce titre, le silence de #Frédérique_Vidal est éloquent : elle profite du #confinement pour faire passer discrètement des mesures qui renforcent les dynamiques de #précarisation et de #privatisation de l’université et de la recherche (https://universiteouverte.org/2020/04/15/appel-solennel-a-cesser-de-prendre-toute-mesure-non-urgente-en-pe).

    Alors que de nombreux·ses étudiant·es vivent actuellement dans des conditions terribles (https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/21/a-villeneuve-d-ascq-les-etudiants-a-l-abandon_6037293_3224.html), le ministère et la majorité des présidences continuent à faire #comme_si_de_rien_n’était. Il faut que des examens se tiennent à distance, coûte que coûte, et peu importe que cela ajoute aux souffrances des étudiant·es qui affrontent les situations les plus difficiles et que les #inégalités flambent. Refusons les #examens_en_ligne et signons la pétition nationale (https://universiteouverte.org/2020/04/08/non-aux-examens-en-ligne-qui-creusent-les-inegalites-dans-lenseig) !

    Les travailleur·ses sont également malmené·es par cette “gouvernance” qui en fait de simples pions. Comment pour les #écoles, #collèges et #lycées, les conditions du #déconfinement dans les #facs et labos sont pour le moins floues ce qui laisse craindre le pire, tant sur les plans sanitaires que sociaux. Pour connaître les difficultés rencontrées par les #précaires et y faire face collectivement, des outils de recueil de #témoignages (https://universiteouverte.org/2020/04/09/allo-precaire-confine%c2%b7e) et une #enquête en ligne (https://universiteouverte.org/2020/04/21/enquete-militante-sur-les-conditions-de-vie-et-de-travail-des-doc) ont été mises en place.

    Dans cette période difficile, il est plus que jamais nécessaire de prendre soin les un·es des autres, ainsi que de nos collectifs militants. Nous continuons à organiser la #solidarité, notamment avec des caisses qui permettent une #solidarité_économique (https://universiteouverte.org/2020/04/13/la-confinee-liberee-reprend-son-souffle), mais également avec des #distributions_alimentaires, qui se multiplient à Saint-Denis (https://www.papayoux-solidarite.com/fr/collecte/aide-alimentaire-etudiant-es-paris8), Paris (https://www.papayoux-solidarite.com/fr/collecte/solidarite-alimentaire), Lyon (https://www.helloasso.com/associations/association-lyf/formulaires/3) ou encore Bordeaux (https://www.leetchi.com/c/solidarite-continuite-alimentaire-bordeaux).

    Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer ce que seront l’université et la #recherche dans les prochains mois. Dans quelles conditions la #rentrée 2020 pourra-t-elle avoir lieu ? Comment organiserons-nous nos #luttes après le déconfinement, alors que “l’#urgence_sanitaire” se prolongera, et interdira sans doute les rassemblements ? Quelles stratégies de luttes collectives pourrons-nous élaborer avec les autres secteurs, en particulier les autres services publics ?
    D’ores et déjà, il nous faut reprendre les discussions au sein de nos collectifs pour préparer une rentrée universitaire et sociale à la hauteur des défis qui nous font face ! A défaut de nous réunir rapidement pour une troisième coordination nationale, nous ferons en sorte, dans les prochaines semaines, d’échanger tou·tes ensemble grâce aux outils numériques.

    Plus que jamais, nous avons besoin de la force de nos imaginations. C’est pourquoi la Confinée Libérée vous propose une dystopie où la réalité rejoint la fiction : découvrez les Chroniques d’une apocalypse universitaire annoncée (https://universiteouverte.org/2020/04/20/chroniques-dune-apocalypse-annoncee-prologue). Bonne lecture !

    https://universiteouverte.org/2020/04/22/imaginer-la-suite-edito-3-de-la-confinee-liberee
    #septembre_2020 #examens #le_monde_d'après #rentrée_2020

  • Coronavirus : l’aide alimentaire confrontée à l’arrivée de nouveaux publics
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/22/coronavirus-l-aide-alimentaire-confrontee-a-l-arrivee-de-nouveaux-publics_60


    Distribution d’aide alimentaire organisée par une association de voisins à la cité Maison Blanche, à Marseille, le 31 mars. ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

    Alors que certains de leurs sites sont fermés en raison du confinement, les associations doivent prendre en charge davantage de monde, étudiants précaires ou habitants sans ressources.

    Vingt-deux heures, à Montreuil (Seine-Saint-denis), dans une rue déserte pour cause de confinement, un homme frappe au carreau d’un appartement : « J’ai ouvert et il s’agissait d’un sans-abri qui m’a dit avoir faim, à qui j’ai donné des pommes, du chocolat et 10 euros. C’était la première fois que je me retrouvais en face d’une personne affamée » , raconte Jean-Yves Marinière, retraité de la RATP, qui en a pourtant vu d’autres.

    A Gagny, dans le même département, une institutrice, qui souhaite rester anonyme, explique qu’elle a cherché à prendre contact avec l’un de ses élèves et découvert que la famille manquait de tout, y compris de quoi manger. Elle a sollicité ses réseaux et le voisinage pour leur venir en aide.

    S’adapter et innover [troncature neutralisante : la dame dit plus bas : « ... aux institutions de... » ndc]

    A Toulouse, dans le quartier défavorisé de Bellefontaine, Omar, 40 ans, ouvrier du bâtiment privé de chantier, qui souhaite conserver l’anonymat, a déjà, avec son collectif d’habitants Les Invisibles, organisé deux distributions alimentaires pour une centaine de familles « repérées par leurs voisins et le bouche-à-oreille , explique-t-il. Mais notre collectif n’est pas agréé pour accéder à la Banque alimentaire, donc on a dû se débrouiller pour collecter des denrées auprès des commerces du coin. La ville a mis un local à disposition et on a suivi une formation d’hygiène pour faire cela dans les règles, à deux équipes de cinq personnes » .

    Malgré le maillage efficace des grandes associations humanitaires, certains publics et lieux ne sont pas dans les radars… qui plus est en temps de confinement. « A Bellefontaine interviennent d’ordinaire 94 associations, mais leurs bénévoles ne sont en général pas du quartier et dès que le confinement est entré en vigueur elles ont presque toutes arrêté leurs activités. Il n’en reste que deux ou trois » , observe Lina Duprat, de la régie de quartier, restée, elle, sur le terrain pour rendre mille services, par exemple imprimer des attestations, distribuées dans les boîtes aux lettres, et donner un coup de main aux Invisibles.

    « Plus de foot, plus de loisirs, tout a fermé sauf le soutien scolaire, déplore Omar. Et surtout, plus de boulot pour les femmes de ménage, les agents de sécurité ou les intérimaires, ni de cantine pour les enfants. La Poste, seule banque présente dans ces quartiers, n’ouvre qu’entre 9 heures et 13 heures et la file d’attente dépasse 200 mètres, ce qui a, une fois, provoqué une altercation à l’approche de la fermeture » , se souvient-il.

    « Il faut tenir compte des spécificités de cette population vivant dans les cités, très solidaire mais parfois méfiante envers les autorités, et très démunie en informatique et en liaison Internet dont le besoin redouble par temps de confinement » , analyse Lina Duprat. « C’est aux institutions de s’adapter et d’innover » , suggère-t-elle.

    « Une crise sociale majeure »

    Les préfectures et les grandes organisations comme l’Armée du salut, le Secours populaire, le Secours catholique ou les Restos du cœur n’oublient pas les personnes vivant en bidonville, campement ou squat, et la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement alimente une banque de données sur tous ces lieux, environ 413 en France, où vivent 19 000 personnes (selon les chiffres de janvier).

    « Mais en Haute-Garonne, par exemple, la préfecture ne recensait que 939 personnes en campement, alors que nous-même en connaissons 1 800 et que le chiffre total est plus proche de 4 000 » , constate Thomas Couderette, du Collectif d’entraide et d’innovation sociale, dont l’alerte a permis d’organiser une aide mieux distribuée.

    Patrice Blanc, président des Restos du cœur, ne cache pas, lui, son inquiétude. Ses 1 400 centres encore ouverts, au lieu de 1 700 habituellement, font face à une affluence sans précédent. A Bordeaux, les flux à chaque distribution alimentaire sont multipliés par cinq, de 80 à 400 personnes ; à Toulouse, par trois, de 100 à 300 personnes, réparties sur deux sites ; à Paris, au Carreau du Temple (3e arrondissement), les Restos du cœur, associés à cinq autres opérateurs, servent chaque jour entre 800 et 1 000 repas…

    « Nous avons, heureusement, pu faire le plein de denrées grâce à la collecte organisée juste avant le confinement, et nous disposons d’un stock de 600 000 masques qui devrait permettre d’assurer l’activité jusqu’en juin, mais allons-nous tenir jusqu’à l’été ?, s’interroge Patrice Blanc. D’autant que le public est de plus en plus nombreux, avec l’apparition de nouvelles catégories : des étudiants qui n’ont plus accès aux restaurants universitaires, des microentrepreneurs sans boulot ni droit à des indemnités de #chômage… Même pour les personnes éligibles à l’assurance-chômage, nous redoutons les nouvelles règles d’indemnisation plus restrictives qui doivent être mises en œuvre le 1er septembre [après avoir été programmées pour le 1er avril]. Nous allons vers une crise sociale majeure » , craint-il.

    Affamés depuis plusieurs jours

    « A Belfort, des étudiants en IUT et en école de commerce viennent nous donner un coup de main en tant que bénévoles mais aussi s’approvisionner, car certains sont très démunis , témoigne Sylvie Feige, responsable départementale des Restos du cœur. Il y a aussi des jeunes en alternance, un jeune maçon, un apprenti cuisinier, qui auraient dû être embauchés le 1er mars et se retrouvent sans rien. »
    A l’université Paris-VIII, une cinquantaine de volontaires, enseignants, étudiants, syndicalistes ont, avec l’aide de l’antenne locale du Secours populaire, organisé le financement et la distribution de colis alimentaires : en à peine trois jours, du 18 au 20 avril, 700 étudiants, dont certains se disant affamés depuis plusieurs jours, ont demandé à en bénéficier.

    « Dans nos permanences, nous rencontrons des personnes qui ne fréquentent pas, d’habitude, les services sociaux , confirme Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre. Ils ne perçoivent ni RSA [revenu de solidarité active] ni allocation logement, leurs revenus se situant juste au-dessus des seuils, et beaucoup ont de plus en plus de mal à payer leur loyer. Il faut très vite les aider pour éviter d’accumuler les dettes » , recommande-t-il.

    Dans un communiqué sur les oubliés du confinement daté du 16 avril, le Collectif des associations unies, qui en fédère trente-six parmi les plus importantes, d’Emmaüs à ATD Quart Monde, appelle, pour l’après-confinement, « à des changements profonds pour éviter, à chaque crise ou chaque hiver, de bricoler des solutions palliatives en urgence » et réclame « de s’orienter vers le logement d’abord, d’augmenter les minima sociaux et de faciliter les régularisations administratives » .

    #crise_sanitaire #faim #aide_alimentaire #solidarité #entraide #droit_au_chômage #pauvreté #précaires

  • Au sujet des nuits de révolte, par Claire Dujardin
    https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=1101570666871900&id=100010569303088

    Les nuits de révolte qui ont éclaté dans plusieurs villes en France, dont Toulouse, font suite à des contrôles de police violents qui ont eu lieu depuis le début du confinement à l’encontre d’habitants et habitantes de quartiers, le dernier en date, le 18 avril à Villeneuve la Garenne, ayant entrainé l’hospitalisation d’un homme de 30 ans qui prenait la fuite à moto à la vue des policiers.
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/19/a-villeneuve-la-garenne-enquete-ouverte-apres-un-accident-de-moto-impliquant
    Dès les premiers jours du confinement, plusieurs vidéos circulent sur les réseaux sociaux montrant des actes de violence de la part des forces de l’ordre.
    Selon le site collaboratif Rebellyon, « depuis le 8 avril, 5 personnes ont été tuées par la police, 3 autres ont été blessées gravement et 7 ont porté plainte pour violences policières ». https://rebellyon.info/Au-nom-de-la-lutte-contre-le-covid-19-la-22174
    Dans un communiqué du 27 mars 2020, plus d’une vingtaine d’associations et collectifs, dont « Egalité Trahie 31 » Égalité trahie 31
    , collectif qui lutte contre les contrôles au faciès à Toulouse, en appelle au ministre de l’intérieur et au directeur général de la police nationale afin « de veiller à ce que le maintien de l’ordre et les opérations de contrôle dans le cadre de la lutte contre l’épidemie de Covid 19 ne donnent pas lieu à des abus ».
    A Toulouse, la Depêche s’empresse de publier un article avec une photo d’incendie, informant que « les policiers ont été violemment pris à partie dans le quartier du Mirail » https://www.ladepeche.fr/2020/04/20/fusees-cocktails-molotov-grosses-pierres-des-policiers-pris-au-piege-diman
    Dans un article d’ActuToulouse, « un policier confie : Pour l’heure cela ressemble à des violences urbaines très classiques. A Marseille, il y a eu quelques heurts et violences car certaines familles liées au trafic n’avaient plus de quoi acheter à manger suite au tarissement de l’approvisionnement en produits stupéfiants. Mais ce n’est pas le cas sur Toulouse… » https://actu.fr/occitanie/toulouse_31555/toulouse-attaques-cocktail-molotov-policiers-tombent-dans-guet-apens-mirail_331
    Le lien entre les actes de violence qui ont eu lieu au Mirail et les évènements récents liés aux contrôles abusifs des forces de l’ordre partout en France ne fait aucune difficulté.
    Ces révoltes populaires ne sont pas les premières et ne seront pas les dernières. La colère sociale est forte en banlieue et dans le pays entier. Les manifestations des gilets jaunes se sont peut etre arrêtées mais "le mouvement est éternel" et reprendra.
    https://qg.media/2020/04/21/le-mouvement-des-gilets-jaunes-nest-pas-mort-il-est-eternel-par-priscillia-lud
    Le gouvernement a fait le choix de gérer la crise sanitaire en confinant l’entière population et en autorisant des sorties exceptionnelles, basées sur des critères flous et laissés à l’appréciation des forces de l’ordre, au détriment d’une politique de fabrication massive de masques et de tests auprès de la population.
    Les aller et venues des uns et des autres sont désormais laissés à l’appréciation des policiers.
    Or, la gestion policière de la crise sanitaire exacerbe l’exclusion sociale et la misère dans les quartiers déjà touchés par les inégalités, tandis que la police a les mains libres, plus que jamais.
    Plus de 138 mois de prison ferme ont été prononcés pour violations multiples de l’obligation de confinement depuis le 17 mars. https://lundi.am/Etat-d-urgence-sanitaire-et-violation-reiteree-du-confinement
    Pourtant, le délit de confinement est très probablement illégal, plusieurs QPC ont d’ores et déjà été déposées et des relaxes prononcées par les tribunaux. Les prisons sont surpeuplées et la gestion sanitaire des établissements pénitentiaires est particulièrement ardue, mais cela n’empêche pas le parquet de poursuivre et certains juges de mettre en détention.
    Michel Foucault nous rappelle, dans Surveiller et Punir, que la quarantaine est aussi l’occasion d’un « rêve » : celui d’une société disciplinaire, réalisant « la pénétration du règlement jusque dans les plus fins détails de l’existence […] Derrière les dispositifs disciplinaires, se lit la hantise des “contagions”, de la peste, des révoltes, des crimes, du vagabondage, des désertions, des gens qui apparaissent et disparaissent, vivent et meurent dans le désordre », le rêve politique de la peste. https://le1hebdo.fr/journal/numero/290/le-rve-politique-de-la-peste-3773.html
    Les quartiers populaires sont touchés de plein fouet par cette crise et les habitants habitantes sont sous contrôle. https://www.mediapart.fr/journal/france/280320/confinement-dans-les-quartiers-populaires-attention-aux-controles-sous-ten
    Les banlieuses francaises sont les grandes oubliées du confinement, selon la presse allemande. https://www.courrierinternational.com/article/vu-dallemagne-les-banlieues-francaises-grandes-oubliees-du-co
    Ce n’est pas nouveau. Les quartiers sont très souvent les oubliés, subissent les inégalités et les doubles peines très fréquemment, bénéficient de lois d’exception sans voir la couleur du droit commun.
    Pour plusieurs collectifs d’habitants et habitantes, il faudrait mettre en place un grand plan d’urgence sociale pour pallier aux difficultés quotidiennes rencontrées durant le confinement, pour faire face à la pénurie alimentaire, pour assurer une vraie continuation pédagogique, pour aider financièrement toutes les personnes qui n’ont plus de travail….faire de cette crise l’occasion unique de remettre de l’humain, des moyens financiers et des mesures concretes au service des habitants et habitantes.
    Au lieu de cela, le gouvernement laisse tout le monde se débrouiller et envoie la police.
    Les violences doivent etre dénoncées, toutes les violences.
    La violence systémique et raciste, la dérive autoritaire de l’État et la surveillance généralisée des comportements de la population doivent l’etre encore plus, et ce d’autant en cette période exceptionnelle d’état d’urgence où chacun doit être particulièrement vigilants à faire respecter les droits les plus élémentaires et les libertés fondamentales.

  • Comment le gouvernement envisage la réouverture des écoles : un étalement sur trois semaines, des classes de 15 élèves et un « protocole sanitaire »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/21/comment-le-gouvernement-envisage-la-reouverture-des-ecoles-un-etalement-sur-

    La semaine du 11 mai : les élèves de grande section, de CP et de CM2 retourneront en classe par groupe de quinze au maximum, mais pas dès le lundi, qui sera réservé à une prérentrée des enseignants.
    La semaine du 18 mai : ce sont les élèves de 6e et de 3e pour le collège et de 1re et de terminale pour le lycée qui reprendront les cours. Les élèves de lycées professionnels, quant à eux, commenceront immédiatement par les ateliers industriels.
    La semaine du 25 mai : c’est l’ensemble des classes qui rouvriront, toujours avec un plafond de quinze élèves par classe.

    Quatre configurations de classe devraient coexister : un demi-groupe en présentiel, un demi-groupe à distance, un demi-groupe en autonomie à l’étude et de manière facultative, en concertation avec les maires, des activités sportives, de santé et culturelles pourront être proposées.
    Si une famille ne veut pas envoyer son enfant à l’école, ce sera possible, mais dans ce cas il aura l’obligation de suivre l’enseignement à distance : « Un élève ne sera jamais en dehors de l’obligation scolaire. »

    #Déconfinement #covid19

  • Quelqu’un a Le-Monde-avec-AFP a pensé que c’est une information qui mérite d’être publiée : Mort de Monique Villemin, grand-mère du petit Grégory
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/20/mort-de-monique-villemin-grand-mere-du-petit-gregory_6037192_3224.html

    Agée de 88 ans, elle est décédée dimanche matin. « Je pense que Monique savait certaines choses en ce qui concerne le crime de Grégory, elle aurait pu faire certaines révélations », a estimé l’avocat des parents de l’enfant.

  • Le Conseil d’Etat limite le pouvoir des maires dans la lutte contre le coronavirus
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/17/le-conseil-d-etat-limite-le-pouvoir-des-maires-dans-la-lutte-contre-le-coron

    Dans cette décision attendue par de nombreux élus, le juge des référés a confirmé l’annulation de l’arrêté du maire de Sceaux en affirmant que les circonstances invoquées par l’élu « ne constituent pas des raisons impérieuses (…) justifiant que soit imposé le port du masque dans l’espace public de la commune, alors que les autorités de l’Etat n’ont pas prévu une telle mesure à l’échelle nationale ».

    La juridiction va même plus loin, estimant que l’arrêté du maire « risque de nuire à la cohérence des mesures prises, dans l’intérêt de la santé publique, par les autorités sanitaires compétentes ». L’arrêté du maire de Sceaux est « de nature à introduire de la confusion dans les messages délivrés à la population par les autorités sanitaires », ajoute le Conseil d’Etat.

    Puisqu’on te dit que les masques ne sont pas nécessaires...

    (La décision du Conseil d’état n’est pas anormale. Le Maire ne doit pas pouvoir créer des obligations supérieures à ce que prévoit la loi, c’est plutôt bienvenu... N’empêche que cette décision vient en renfort d’une absence de décision de l’état que beaucoup de gens jugent consternante de bêtise et de persévérance dans la malveillance)

  • Les services de #renseignement s’inquiètent d’un regain d’activisme de l’#ultra-gauche
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/18/sous-le-feu-du-covid-19-la-soif-d-en-decoudre-de-l-ultra-gauche_6037035_3224

    La forme la plus spectaculaire de cette soif d’en découdre a été relevée, le 1er avril, vers 3 heures du matin, contre les locaux sécurisés des services pénitentiaires d’Amiens (Somme), situés près de la maison d’arrêt. Trois véhicules du service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) et deux fourgons cellulaires ont été incendiés. Un départ de feu dans le bâtiment n’a pas prospéré. Les auteurs ont signé leur acte sur un mur : « crève la justice, crève la taule, crève l’Etat, et crève » suivi d’un « Ⓐ » pour #anarchie.

  • Sous le feu du coronavirus, la soif d’en découdre de l’ultra-gauche
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/18/sous-le-feu-du-covid-19-la-soif-d-en-decoudre-de-l-ultra-gauche_6037035_3224

    Des violences attribuées à cette mouvance, parfois en cheville avec des « gilets jaunes » radicalisés, sont recensées sur le territoire.

    Le Covid-19 n’a pas éteint l’activisme et les rêves de grand soir de l’ultra-gauche et des groupes anarchistes en France. Alors que la sortie du confinement se profile, les services de renseignement constatent que des violences attribuées à cette mouvance sont recensées sur tout le territoire. Si de nombreuses inconnues subsistent sur l’ampleur que prendront ces troubles quand les déplacements seront de nouveau permis, les services essaient d’anticiper un retour à la normale perturbé par la récession économique. Une façon d’éviter au gouvernement d’être pris au dépourvu, comme ce fut le cas avec la crise des « gilets jaunes ».

    La forme la plus spectaculaire de cette soif d’en découdre a été relevée, le 1er avril, vers 3 heures du matin, contre les locaux sécurisés des services pénitentiaires d’Amiens (Somme), situés près de la maison d’arrêt. Trois véhicules du service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) et deux fourgons cellulaires ont été incendiés. Un départ de feu dans le bâtiment n’a pas prospéré. Les auteurs ont signé leur acte sur un mur : « crève la justice, crève la taule, crève l’Etat, et crève » suivi d’un «  » pour anarchie.

    Les « outils de domination » visés
    Pour le procureur de la République d’Amiens, Alexandre de Bosschère, « le choix d’une cible institutionnelle et la détermination du ou des auteurs conduisent sérieusement à se poser la question d’un geste politique ». L’enquête a été confiée à la police judiciaire et à un juge d’instruction ; cette attaque est d’une gravité qui aurait eu sans aucun doute un tout autre écho hors épidémie du Covid-19. « Ces faits sont très significatifs, on les prend d’autant plus au sérieux que si nous avons connu des violences urbaines, ce type d’action planifiée, hors rassemblement, ne s’est pas produit ici depuis des années. »

    De plus, Amiens, ville de 135 000 habitants dont est originaire le président de la République, Emmanuel Macron, est un autre symbole. Elle a été le lieu, depuis la fin 2018, de manifestations défilant au son de « On va aller chercher Macron chez lui ». Le tribunal d’Amiens a jugé pour violences urbaines des personnes dont les profils étaient rattachés aux « gilets jaunes » classiques mais aussi à la mouvance autonome anarchiste. Un noyau dur aurait été identifié mêlant ces individus qui résidaient, pour l’essentiel, à Amiens ou à proximité.

    la suite derrière #paywall

    • Pour le Service central du renseignement territorial (SCRT), la mouvance anarchiste aurait noué des liens opérationnels, dans l’ouest, le sud-ouest et l’est de la France, avec les plus radicaux des « gilets jaunes » encore actifs. Elle serait ainsi derrière l’incendie de relais téléphoniques mobiles, dans la nuit de 9 au 10 avril, dans le Jura, sur la commune de Salins-les-Bains, qui a détruit trois pylônes. D’après les premiers éléments de l’enquête ouverte par le parquet de Lons-le-Saunier (Jura), les individus ont sectionné les grillages avant de s’introduire dans le périmètre.

      Le 11 avril, le « site de perspective anarchiste » Attaque évoquait le fait divers, sans pour autant publier de revendication, en l’inscrivant dans « la chronique de guerre sociale en France ». Ce blog anarchiste recense sous les rubriques « Antitech » et « Bloquer les flux », les dégradations commises dans le pays dont celle ayant endommagé, un an plus tôt, le pylône Bouygues Telecom sur la commune d’Aiglepierre, également dans le Jura. En février 2019, d’autres pylônes de téléphonie mobile avaient été détruits autour de Besançon (Doubs). D’autres sites anarchistes font également l’apologie des « actions directes » contre les « outils de domination » et « la technologie ».

      Violences de « basse intensité »

      Mais selon le ministère de la justice, des actions contre les relais ont également été revendiquées par des « gilets jaunes ». Dans la Nièvre, fin décembre 2019, quatre hommes ont été condamnés à des peines de prison avec sursis et des mises à l’épreuve pour avoir détruit des antennes-relais et des armoires téléphoniques dans ce département. Ils ont expliqué avoir voulu « agir contre les pouvoirs publics et les multinationales, sans porter atteinte à des personnes ». Les antennes-relais, selon le SCRT, auraient également provoqué des synergies en Bretagne, où existe un combat associatif actif contre leur implantation sur des sites remarquables. Certains militants se seraient radicalisés après l’évolution de la loi, en 2018, rendant moins contraignante leur construction avec l’arrivée du réseau 5G.

      Pour la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), à l’échelle des menaces que connaît le pays, ces violences restent encore de « basse intensité ». Pour l’un de ses cadres, « même si, dans cette mouvance, certains prônent l’arrêt des violences urbaines pour une démarche plus dure, de type “action directe”, on n’a pas de signe de passage à l’acte imminent ».

      En janvier, le procureur de Grenoble avait, lui, estimé nécessaire d’alerter l’opinion en souhaitant que le parquet national antiterroriste se saisisse de dossiers d’incendies criminels revendiqués par des groupuscules d’ultragauche libertaire. En vain. Quelques jours plus tard, à Bordeaux, des « gilets jaunes » et des autonomes appelaient à un rassemblement « noir et jaune » dans la ville.

      #renseignement #media

    • C’est confirmé, l’ultra-gauche s’attaque à la cause du Covid-19 : la 5G !

      « Renouer avec l’action directe » : enquête sur ces sabotages attribués à l’ultragauche
      http://www.leparisien.fr/faits-divers/renouer-avec-l-action-directe-enquete-sur-ces-sabotages-attribues-a-l-ult

      Une vingtaine de sabotages d’antennes-relais et de destructions symboliques ont été recensés depuis le 1er avril. Pour les services de renseignement, ces actes non revendiqués portent la signature de la mouvance contestataire.

      En moins d’un mois, « plus d’une vingtaine » [ouloulou] d’actes de sabotages ou destructions symboliques ont ainsi été recensés en France, selon une note confidentielle du service central du renseignement territorial (SCRT) datée du 23 avril. Et les agents y voient clairement la main de l’ultragauche. « Les éléments les plus radicaux des mouvances contestataires radicales […] poursuivent leur logique d’intensification des actions de dégradations, en ciblant prioritairement les services de l’Etat, l’énergie et les télécommunications, ainsi que les symboles de la finance » .

      Malgré l’absence de revendications, les attaques ont pour point commun de viser « des cibles historiques de la mouvance d’ultra-gauche » : des agences bancaires à Lyon ou à Toulouse, des véhicules d’Enedis à Montpellier, un géant du BTP à Niort, un McDonald’s dans la Drôme ou une sous-préfecture à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique)… Et surtout des antennes-relais, étonnamment visées en ces temps de crise sanitaire. Dans la nuit du 1er mai encore, l’une a été brûlée dans l’Isère, le troisième dans le département en un mois.

      Selon d’autres sources, plus confidentielles encore, des groupes de cette mouvance testent actuellement des procédés destinés à « endiguer la sécheresse » afin de « faire alliance avec le peuple des batraciens » .
      https://pbs.twimg.com/media/EXHm6-qWoAAUjTy?format=png&name=900x900

    • Incendie d’antenne-relais : deux opposants à la 5G interpellés dans le Jura
      http://www.leparisien.fr/faits-divers/incendie-d-antenne-relais-deux-interpellations-dans-le-jura-27-05-2020-83

      Selon nos informations, deux amis de 31 et 58 ans ont été interpellés mardi 26 mai au matin par les gendarmes de la section de recherches de Besançon (Doubs) et les enquêteurs de la police judiciaire de Dijon (Côte-d’Or). Dans la nuit du 14 au 15 avril, ils sont suspectés d’avoir incendié l’antenne-relais de Foncine-le-Haut, dans le Jura.

      Des propos teintés de complotisme

      L’antenne avait été attaquée avec des cocktails Molotov confectionnés avec des bouteilles en plastique. Sur place, les experts de la gendarmerie avaient retrouvé deux traces ADN qui ont permis de remonter jusqu’à ces deux habitants du secteur, tous les deux connus de la justice pour des infractions mineures et inscrits au Fichier national des empreintes génétiques.

      Le plus jeune des deux a été condamné à trois reprises, notamment pour des dégradations. Le plus âgé compte une dizaine de condamnations à son actif, dont des infractions routières et des dégradations. Selon une source proche de l’enquête, les deux hommes « épousent les thèses de l’ultra-gauche, sans pour autant être des militants investis dans une organisation structurée ».

      En garde à vue, le plus jeune des deux suspects a reconnu les faits dans des propos teintés de complotisme. Il a notamment expliqué être « convaincu du caractère nuisible de la 5G pour l’environnement ». Selon nos informations, il a aussi affirmé être responsable de l’incendie de plusieurs engins de chantier dans la même ville de Foncine-le-Haut, convaincu que ce chantier était chargé d’implanter la 5G. Le second suspect a de son côté nié les faits, mais reconnu son « complotisme ». Les deux hommes, dont l’un travaille dans la restauration et l’autre n’a pas d’emploi, ont tous les deux été placés en détention provisoire.

      #FNAEG

  • Dans les quartiers populaires, « si on remplit le frigo, on chope le corona », Louise Couvelaire, le 18 avril 2020
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/18/dans-les-quartiers-populaires-si-on-remplit-le-frigo-on-chope-le-corona_6036


    File d’attente pour une distribution de nourriture organisée par AC Le Feu et le centre social Toucouleurs à Clichy-sous-Bois, le 15 avril. GUILLAUME HERBAUT POUR « LE MONDE »

    Les quartiers populaires entament leur deuxième mois de confinement à bout de souffle, mais encore soutenus par un faisceau de solidarités inédites, réinventées dans l’urgence.

    Il y a ceux qui ont encore un travail et prennent tous les risques pour le garder. Ceux qui craignent pour l’avenir de leurs enfants. Et il y a ceux qui ont faim. Ce sont souvent les mêmes. Les quartiers populaires entament leur deuxième mois de confinement à bout de souffle, mais encore soutenus par un faisceau de solidarités inédites, réinventées dans l’urgence.

    Ce matin-là, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), les premiers sont arrivés à 8 heures, soit trois heures avant l’ouverture des portes de la maison de la jeunesse de la ville. A 11 heures, la file d’attente s’étirait sur 300 mètres. Mercredi 15 avril, ils étaient des centaines à patienter pour remplir leurs caddies de salades, courgettes, pommes, yaourts et crème fraîche. Sans débourser un centime. Organisée par le collectif AC Le Feu et le centre social Toucouleurs, avec le soutien de la Fondation Abbé-Pierre, cette distribution alimentaire était la troisième en huit jours. 190 personnes se sont présentées la première fois, 490 la seconde, puis 750.

    Les 50 palettes de nourriture données par des anciens des quartiers, grossistes, semi-grossistes et vendeurs – « qui n’ont pas oublié d’où ils venaient », se félicite le cofondateur de l’association, Mohamed Mechmache –, n’ont pas suffi à répondre à la demande. Du jamais vu. « Il y a urgence dans ces territoires, tout va se casser la gueule, alerte le cofondateur d’AC Le Feu. Des centaines de personnes que nous ne connaissions pas sont en train d’apparaître sur nos radars. On ne sait pas comment ils vont trouver les ressources un mois de plus pour se nourrir. »

    Dans la queue, il y avait Samia*, une aide-soignante de 42 ans, mère de quatre enfants, dont le salaire ne suffit plus à financer le budget nourriture du foyer, qui a été multiplié par trois depuis le début du confinement. Il y avait Evana* aussi, la mine lasse, assise sur son déambulateur, le visage recouvert d’une épaisse couche de fond de teint trop clair. Evana a 48 ans mais elle en fait vingt de plus. Elle ne s’est jamais remise d’un accident de voiture qui l’a laissée avec un bassin cassé. C’était en 2014. Depuis, elle n’arrive pas à rester debout plus de quelques minutes et vit d’une petite pension d’invalidité qui ne suffit pas à payer son loyer. Le confinement est en train de la clouer sur place. Jusqu’à présent, ses amis et sa famille l’aidaient à boucler ses fins de mois en lui donnant des « petits billets de 10 euros ou 20 euros par-ci par-là, mais ils ne peuvent plus venir me voir, alors j’accumule les dettes et je n’ai plus rien pour nous nourrir, moi et ma fille ».
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    Pour des familles, la cantine est le seul repas de l’enfant

    Lors de son allocution du 13 avril, Emmanuel Macron a annoncé le versement d’une aide financière exceptionnelle pour « les familles modestes avec des enfants afin de leur permettre de faire face à leurs besoins essentiels ». Chaque famille bénéficiaire du RSA ou de l’Allocation de solidarité spécifique (ASS) recevra 150 euros, plus 100 euros par enfant, et les familles touchant des aides au logement percevront 100 euros par enfant. « Pffff…, souffle Ahmed*, ça ne va pas suffire. » Ahmed n’est pas du genre commode. Père autoritaire de sept enfants, il est au chômage partiel depuis que le restaurant dans lequel il fait la plonge a fermé ses portes. « A force de rester là sans rien faire, mes enfants ont faim toute la journée et ce que je touche ne suffit pas ! », lance-t-il, sur les nerfs. Avec l’arrêt de la cantine à 1 euro le déjeuner, il n’a plus les moyens de subvenir aux besoins de sa famille. Une situation qu’il vit comme une humiliation. A peine évoqué les paniers repas qui lui sont offerts par une association et il raccroche sans préavis.

    « Dans certaines familles très modestes, le repas de la cantine est le seul repas de la journée de l’enfant, témoigne Eddy*, 42 ans, éducateur de vie scolaire dans un lycée du département, qui, « en temps normal », distribue des barquettes à emporter composées des restes du jour aux élèves les plus démunis. « Avec le confinement, nous avons créé un groupe WhatsApp pour tenter d’identifier les plus en difficultés et chacun de nous achète ce qu’il peut pour eux. Le Coronavirus a un effet loupe sur tous les dysfonctionnements et toutes les inégalités. »


    A Clichy-sous-Bois, le 15 avril. GUILLAUME HERBAUT POUR « LE MONDE »

    Ahmed reçoit ses paniers de l’association Têtes grêlées, lancée par Sylla Wodiouma, surnommé « Djoums » dans le quartier des Quatre-Chemins, à Pantin. Le jeune homme de 34 ans distribue chaque semaine quelques dizaines de « kits » composés de nourriture et de produits d’hygiène qu’il a pu financer grâce à l’appel aux dons lancé sur la plate-forme Leetchi. Il a récolté un peu plus de 6 000 euros en trois semaines. « Beaucoup de familles qui travaillaient en tant qu’intérimaires ou non déclarées n’ont plus rien, elles ont tenu deux semaines et puis tout s’est effondré », raconte Djoums. Les listes de personnes à soutenir, dont les noms lui sont signalés par des voisins, des travailleurs sociaux et des amis, « explosent », témoigne-t-il.
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    Tenaillée par la « honte »

    Sur ces listes, figure désormais Nassira*. La jeune femme de 29 ans parle à voix basse pour ne pas réveiller ses quatre filles âgées de 13 ans à cinq mois. Il est pourtant midi. « Les aînées se couchent vers 2 heures du matin et je les laisse dormir le matin, je les réveille à l’heure du déjeuner, peu avant de mettre les petites à la sieste, comme ça, elles peuvent être un peu tranquilles pour faire leurs devoirs. » Sans travail ni mari, elle vit des allocations familiales et accueille dans son petit deux pièces de 41 mètres carrés du quartier des Courtillières son père de 65 ans atteint d’un cancer du foie. Elle dort avec ses quatre filles dans une chambre minuscule et ne veut surtout pas qu’elles sachent qu’elle n’a plus les moyens de les nourrir. « Qu’est-ce que mes enfants vont penser de moi, que je ne suis pas capable de prendre soin d’elles ? » confie-t-elle, tenaillée par la « honte ».

    Fatoumata* elle aussi a honte. Et peur. Sans-papiers ivoirienne, elle se terre avec ses trois enfants dans une modeste HLM d’une cité de l’Essonne qu’elle sous-loue pour 300 euros par mois. Elle n’est pas sortie de chez elle depuis le début du confinement, pas même pour faire des courses, terrorisée à l’idée d’être contrôlée par la police omniprésente et susceptible de lui demander attestation et pièce d’identité à tout instant. Impossible de se faire livrer, elle n’a plus un sou. La nourriture commence à manquer. Fatoumata travaillait jusqu’au début du mois de mars : elle faisait des ménages dans des hôtels en « empruntant » les papiers d’une autre moyennant 20 % sur les sommes qu’elle rapporte. Mais il ne reste rien des 800 euros gagnés entre le mois de février et le début du mois de mars. C’est sa fille aînée de 16 ans qui a fini par lancer un SOS à la responsable d’une association de quartier qu’elle a l’habitude de fréquenter. La directrice a mis 80 euros de sa poche pour lui faire un premier marché et le déposer devant sa porte. « Toutes les associations et les centres sociaux sont fermés, les gens ne savent pas vers qui se tourner », dit-elle. L’une de ses collègues a pris la suite la semaine suivante.

    Au moment où certaines familles apparaissent pour la première fois sur les radars des associations, d’autres, au contraire, ne répondent plus à l’appel. Comme en témoigne une professeure de français dans un collège de Seine-Saint-Denis qui dit avoir perdu le contact avec 40 % de ses élèves. Dans les quartiers Nord de Marseille, Fatima Mostefaoui tire la sonnette d’alarme. Dans un texte rédigé au nom du collectif des femmes des quartiers populaires, elle écrit : « Je suis pauvre, triste, un peu en colère ; non, beaucoup en colère (…). Hier déjà dans ma cité, la réussite scolaire était un rêve inaccessible. Alors là, pour moi, l’école à la maison, c’est un tsunami qui va me noyer et emporter mes enfants ». Fondatrice de l’association Avec Nous, la militante a lancé l’opération « Partage ton Wi-Fi » pour inciter les résidents qui disposent d’un réseau Internet à en faire bénéficier leurs voisins en dévoilant leurs codes d’accès.

    A deux doigts de « tout lâcher »

    Nadia*, elle, est à deux doigts de « tout lâcher », le suivi des devoirs à la maison auxquels elle « ne comprend rien », les courses au rabais qui l’obligent à nourrir ses deux enfants de pain fait maison et de pâtes, les négociations « qui n’aboutissent à rien » avec son bailleur social pour lui permettre d’échelonner le paiement de son loyer. A 45 ans, elle vit dans le 3e arrondissement de Marseille, l’un des plus pauvres de la cité phocéenne. Le 17 mars, premier jour du confinement, elle a perdu son travail − au noir, en tant que femme de ménage pour des particuliers − et la rémunération qui allait avec − un peu moins de 500 euros par mois. « Ma voisine est en dépression, je ne vais pas tarder à la suivre », annonce-t-elle en aspirant sur sa cigarette. Elle n’a qu’une crainte : que cette épidémie de Covid-19 « détruise l’avenir de [ses] enfants ». Son fils, lycéen, et sa fille, collégienne, sont en train de « perdre le fil », dit-elle, et d’accumuler un retard qu’ils ne sont pas sûrs de pouvoir rattraper malgré le prêt d’un ordinateur via l’association Avec Nous.


    750 personnes sont venues récupérer de la nourriture lors de la distribution du 15 avril à Clichy-sous-Bois. GUILLAUME HERBAUT POUR « LE MONDE »

    A 800 kilomètres de là, on a croisé Sofia* sur un bout de trottoir de Clichy-sous-Bois, un cabas dans chaque main remplis de denrées gracieusement distribuées par AC Le Feu. 16 ans à peine, silhouette fluette, mots écorchés, cette « fervente lectrice » d’Emile Zola évoque sa mère, femme au foyer, son père, qui a pris la poudre d’escampette, elle raconte les efforts « immenses » qu’elle fournit pour figurer parmi les premières de sa classe de 2nde, parle de « l’influence de son milieu » qui la condamne « à la misère » pour résumer l’angoisse de ce confinement et des conséquences « tragiques » sur sa vie, elle raconte les « droits qu’elle n’a jamais eus » et les « chances qu’elle n’aura jamais plus ». Elle en est convaincue. Sofia est en colère, elle est en train de décrocher, et elle le sait. Impossible de suivre le rythme de l’école à la maison. Chez elle, « pas d’ordinateur, pas d’imprimante, un seul téléphone pour quatre enfants ». Tout est dit. Elle tourne les talons. « Si ceux qui ont de la chance dans la vie s’inquiètent de l’après, interroge Mohamed Mechmache, imaginez ce que ressentent ceux qui n’ont rien. » Ou si peu.

    Le père Patrice Gaudin les voit chaque matin aux arrêts de bus, les aides-soignantes, les caissières, les livreurs, les travailleurs du BTP, les éboueurs. Chaque matin, il voit ces « colonnes de travailleurs de l’ombre » passer devant son église du christ Ressuscité plantée au cœur de Bondy Nord, en Seine-Saint-Denis, tous ces « héros silencieux de nos cités » dont il admire le « sens du devoir ». Le « père Patrice », comme l’appellent les résidents du quartier, se dit « horrifié » par les inégalités que génère ce confinement. Avec sa carrure de rugbyman et son franc-parler − « avant d’arriver ici il y a cinq ans, j’y connaissais que dalle aux cités » −, il veut défendre l’honneur de ceux dont « on dit trop souvent depuis quelques semaines qu’ils ne respectent pas les règles du confinement » et à qui « on ne rend pas assez justice » malgré les risques auxquels ils sont exposés au quotidien.
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    La conviction d’avoir « un rôle important »

    Keltoum* a subi les foudres de son mari, furieux qu’elle se mette en danger. « Il aurait préféré que je m’arrête, mais finalement il a compris. » La jeune femme de 36 ans a dix ans de labeur dans la grande distribution derrière elle et la conviction d’avoir « un rôle important ». Elle occupe le poste de manager dans les rayons d’un petit supermarché du 93. Six de ses collègues ont fait valoir leur droit de retrait. Ils ont été remplacés par des étudiants de l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis. « Il faut faire tourner le magasin, dit-elle. Si je m’absente, il n’y aura plus rien dans les rayons. »

    Keltoum est responsable des commandes et du réapprovisionnement. A l’occasion, elle fait aussi des remplacements en caisse. Depuis le 17 mars, le panier moyen du consommateur a presque doublé, passant de 12 euros à 22 euros. « Les gens achètent plus, du coup, j’ai une charge de travail deux à trois fois supérieure à la normale, le tout dans une atmosphère très pesante », confie-t-elle. Tous les jours depuis un mois, la jeune femme adopte le même rituel en rentrant chez elle : elle ouvre la porte, pose son sac à terre, retire ses chaussures, se déshabille dans l’entrée, met le tout à laver et fonce sous la douche. « J’essaie de pas être parano mais il y a de l’angoisse, et encore, heureusement qu’on a des visières maintenant pour nous protéger des clients. »

    Depuis trois semaines, Phaudel Khebchi passe ses journées à imprimer des visières en 3D qu’il distribue ensuite aux caissières et aux personnels soignants des commerces et hôpitaux voisins. Directeur du musée numérique la Micro-Folie, à Sevran (93), il a déjà fabriqué plus de 200 visières qu’il a appris à confectionner grâce aux fiches techniques partagées sur Internet par les « makers » des visières solidaires. « Le plus pénible, se désole Keltoum, c’est de voir que beaucoup de gens n’ont rien changé à leurs habitudes, ne serait-ce que par respect pour nous. Ils viennent faire leurs courses tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, et parfois, seulement pour s’acheter une barquette de fraises. »

    « Si on se retire, qu’est-ce que les gens vont devenir ?, lance Sosthène*, le directeur du supermarché, tout aussi habité par sa mission que sa manager des rayons. On est un peu comme le personnel de santé, on a besoin de nous. » Lorsqu’il a entendu la ministre du travail, Muriel Pénicaud, le 1er avril, inviter les entreprises privées à verser une « prime exceptionnelle de pouvoir d’achat » (défiscalisée et exonérée de charges salariales et patronales) de 1 000 euros destinée à « soutenir ceux qui sont au front », il a cru pouvoir annoncer une bonne nouvelle à ses 25 salariés. « Sauf que pour l’instant, personne ne nous en a parlé, s’inquiète le directeur. Cette prime, c’est une aide financière, oui, mais pas seulement, c’est aussi une forme de reconnaissance dont nous avons tous besoin pour tenir le coup psychologiquement. »

    « Moi, la prime de 1 000 euros, je n’y ai pas droit ! », affirme Stéphane Lafeuille. Depuis trois ans, le quadragénaire est éboueur intérimaire à Champigny-sur-Marne (Seine-et-Marne). Il n’a jamais décroché de CDI, il enchaîne les contrats journaliers payés au smic. « Avec mes collègues intérimaires, on vit dans la grande précarité. Si on remplit le frigo, on chope le corona. » Avant l’intervention de Mamadou Sy, commercial et conseiller municipal, qui a dégoté un lot de 100 masques qu’il a distribué aux éboueurs de la ville, il travaillait sans aucune protection. « Aujourd’hui encore, on fait nos tournées avec des petits gants en plastique alors que les poubelles des particuliers débordent et que les gens jettent leurs déchets médicaux, leurs mouchoirs, leurs masques et leurs gants en vrac dans les poubelles aux couvercles jaunes normalement exclusivement dédiées au tri sélectif, dénonce-t-il. L’angoisse est permanente, si j’attrape le virus, je n’ai rien, aucun filet de sécurité. » Impossible d’exercer un quelconque droit de retrait, il n’est pas salarié.

    « A ce rythme, dans un mois, nous, travailleurs au noir, travailleurs précaires, habitants des quartiers, enfants des quartiers, on va se retrouver définitivement hors-jeu, redoute Nadia, de Marseille. Pour l’instant, on tient grâce aux solidarités locales et parce qu’on ne veut pas se laisser faire. Mais pour combien de temps encore ? »

    #travailleurs_précaires #solidarité

  • « L’état d’urgence sanitaire ne justifie pas une telle disproportion dans l’atteinte aux droits »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/04/17/l-etat-d-urgence-sanitaire-ne-justifie-pas-une-telle-disproportion-dans-l-at

    Quelles sont vos recommandations sur ces multiples enjeux ?

    J.-M. B. : Nous recommandons urgemment au gouvernement de mettre en place un pilotage national de l’aide aux personnes précaires avec une cellule de crise en coordination avec les associations ; ainsi qu’une cellule de crise concernant les personnes migrantes. Il faut aussi permettre aux associations d’assurer la sécurité de leurs bénévoles, avec du matériel de protection et une attestation permanente de déplacement. La communication sur les mesures liées à l’état d’urgence doit être rendue plus accessible à tous.

    Du côté de la protection de l’enfance, nous recommandons un référencement clair des personnes ou structures joignables, communiqués à tous ; l’équipement des professionnels ; le maintien des liens familiaux des enfants placés. Nous recommandons également l’accélération des remises en liberté et l’arrêt de toute prolongation automatique de détention provisoire pour les mineurs incarcérés. Nous demandons la mise à l’abri de tous les mineurs présumés et la prolongation systématique du délai pour déposer une demande de titre de séjour pour tous les mineurs étrangers ayant atteint la majorité.

    Nous appelons enfin à envisager le déconfinement en priorité pour les familles mal logées, avec une proposition de suivi psychologique et, dans l’attente, de leur proposer un espace de sortie quelques heures par jour.