• Ça fait quelques temps que je me demande ce que c’est qu’une fadette, dont tous les journaux ont l’air de présupposer que je connais le sens.

    Alors hop : fadette — Wiktionnaire
    https://fr.wiktionary.org/wiki/fadette

    (Néologisme) (Argot policier) (Téléphonie) Dans le jargon des services de renseignement français : facture détaillée mentionnant les appels téléphoniques émis et reçus d’un client d’un opérateur téléphonique ainsi que les positions géographiques au moment de la réception et émission des appels durant les deux derniers mois.

    Ah ben voilà, c’est du pur copspeak (« argot policier »). Je ne vois pas du tout comment les gens normaux pourraient savoir ce que ça veut dire. Mais j’ai une idée assez précise de pourquoi les journalistes l’utilisent (thème : copspeak et journalisme).

  • Hier j’ai vu une Huppe fasciée dans le jardin. Du coup un peu de #sérendipité :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Huppe_fasci%C3%A9e

    Du latin upupa, origine onomatopéique tirée de son chant (« houp-oup-oup »), qui lui a valu son nom dans beaucoup de langues et dialectes, par exemple en anglais (hoopoe), en italien (upupa), en hollandais (weide-)hop etc. De même, elle est appelée « bout bout » dans le centre de la France. Elle est aussi nommée « pue pue » dans certaines régions, allusion à la mauvaise odeur de son nid. Le qualificatif « fascié » fait référence aux rayures noires et blanches de son plumage (huppe, ailes et rectrice).

    Le grec ἔποψ (épops) signifie également « huppe » et repose lui aussi sur une onomatopée, l’interjection ἐποποῖ (epopoï).

    Et donc l’expression « être huppé » :
    https://fr.wiktionary.org/wiki/huppé

    (Figuré) (Familier) De haut parage, notable par la richesse ou par le rang.

    Et en plus tu vas pouvoir replacer l’adjectif « onomatopéique » dans les dîners en ville (ah zut, non).

  • Puisqu’on évoque le « plan Blanquer » pour le déconfinement à l’école, qui a tout pour devenir à la fois un nid à « clusters » et un merdier sans nom, voici un petit rappel de vocabulaire anglais : clusterfuck
    https://fr.wiktionary.org/wiki/clusterfuck

    clusterfuck \ˈklʌs.təˌfʌk\

    (Vulgaire) (Argot) Situation chaotique dans laquelle tout semble aller dans la mauvaise direction.

    […] and you will still only begin to get a sense of the constitutionally mandated clusterfuck that is the modern presidency. — (Jon Stewart, America (The Book) : A Citizen’s Guide To Democracy Inaction, 2004)

    […] et vous commencerez seulement à percevoir le merdier mandaté constitutionnellement qu’est la présidence moderne.

    • Puisque les parents vont, semble-t-il, avoir le choix de remettre ou non leur progéniture dans les établissement scolaire, ce qui se profile c’est une école à deux vitesses : d’un coté les parents CSP+ qui vont continuer à télétravailler et garder les enfants (lesquels disposent, pour les plus grands, de leur ordi personnel), de l’autre les familles ouvrières (j’ai l’impression d’écrire un gros-mot) pour lesquelles l’école va être, parfois, un bol d’air salutaire (pour mettre fin au confinement à 5 dans 40m2) ou, plus surement, une nécessité pour retourner au turbin.
      Et le ministre se félicitera d’avoir « récupéré les populations les plus fragiles pour leur offrir la possibilité de terminer l’année dans de bonnes conditions »

    • L’annonce de la reprise des cours « en classes de 15 élèves » montre bien que le ministre ne s’attend pas à ce que la totalité d’une classe se présente à la porte de l’établissement.
      Difficile en effet de répartir une classe de 35 en deux groupes de 15 ...

    • @vazy J’aurais tendance à penser pareil, mais dans le même temps, annoncer que les classes se feront par groupes de quinze, plus l’enseignement à distance pour les réfractaires au cluster scolaire, faudra m’expliquer où il va trouver les enseignants pour faire les 3 huit… Enseignants dont, en plus, les droit de ne pas y retourner est vaguement acté (les profs « à risque », ceux qui ont des fragiles à la maison…).

      D’où à mon avis un gros foirage (clusterfuck donc), sans même attendre la remontée de l’épidémie.

      Je verrais bien que d’ici à la mi-mai on finisse par nous dire de rester chez nous, et qu’on va juste faire garderie pour ceux qui doivent aller bosser, comme on l’a fait jusque là pour les enfants des personnels médicaux (quoique je n’ai pas trop lu de choses sur cet aspect, en pratique).

    • Sinon, l’espèce d’air ahuri du ministre en webcam, avec ses conditionnels, ses « je voudrais que » et ses « ce serait bien si », je ne sais même pas comment les médias ont réussi à qualifier ça de « plan ».

    • « Clusterfuck » : est-ce qu’on pourrait raisonnablement caresser l’idée que ce vocable a une signification voisine de « shitshow » ?

      Sinon, l’espèce d’air ahuri du ministre en webcam, avec ses conditionnels, ses « je voudrais que » et ses « ce serait bien si », je ne sais même pas comment les médias ont réussi à qualifier ça de « plan ».

      Je crois pouvoir répondre sans trop me tromper qu’à l’éducnat, ils ont une foultitude de « plan B », que même tous les alphabets du monde n’y suffiraient pas ...

  • #Meghan_Murphy : La prostitution est déjà déstigmatisée et cela fait partie du problème.
    https://tradfem.wordpress.com/2020/02/05/la-prostitution-est-deja-destigmatisee-et-cela-fait-partie-du-pro

    La semaine dernière, Marylène Lévesque, 22 ans, a été assassinée par un homme de 51 ans, Eustachio Gallese. Lévesque se livrait à la prostitution, pour un « salon de massage » de Québec, où des hommes la payaient pour du sexe. La Montreal Gazette signale que Gallese avait été interdit de cet établissement pour avoir été violent avec d’autres femmes qui y travaillaient. C’est pourquoi Marylène Lévesque a accepté de le rencontrer dans une chambre d’hôtel.

    En 2004, Gallese avait été condamné à perpétuité pour avoir tué une compagne, Chantale Deschênes, qu’il a battue à coups de marteau, puis poignardée au visage et à la poitrine. Gallese aurait recouvert son cadavre d’une couette, puis a écrit sur le mur de sa chambre « Plotte un jour, plotte toujours » avant de se rendre à la police. Gallese avait des antécédents de violence conjugale, et avait été condamné pour agression contre une ex-partenaire en 1997.

    En raison de sa bonne conduite en prison, la Commission des libérations conditionnelles du Canada a ramené le risque de récidive de Gallese d’« élevé » à « modéré » (NDT : « sauf dans des rapports intimes avec des femmes »), puis lui a accordé une libération conditionnelle de jour dans un foyer de réinsertion en mars dernier.

    Mais selon la Montreal Gazette, la visite de femmes prostituées était un élément autorisé du « plan de réinsertion sociale » de Gallese, approuvé par la Commission des libérations conditionnelles du Canada. Même si celle-ci avait reconnu qu’il ne pouvait pas avoir de relations intimes sécuritaires avec des femmes, il a été déterminé que Gallese devait pouvoir « satisfaire ses besoins sexuels ».

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.feministcurrent.com/2020/01/31/prostitution-is-already-destigmatized-and-its-not-helping
    #récidive #justice_patriarcale #système_prostitutionnel #violences_masculines #besoins_sexuels

  • Eliane Viennot : « La langue d’autrefois est bien moins sexiste qu’aujourd’hui » 1/2 | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/11/14/eliane-viennot-la-langue-dautrefois-est-bien-moins-sexi
    https://secure.gravatar.com/blavatar/a3b1cc5dc5733d7f4309d47eda4caf8d?s=200&ts=1573753012

    Récemment, j’ai vu que Montesquieu avait écrit dans les Lettres Persanes : « les femmes ont été motrices de cette lutte ». Alors, pourquoi dit-on que « la France est moteur de ceci ou cela » ? Non, « la France est motrice ». Si Montesquieu utilise ce mot, pourquoi ne l’utiliserions-nous pas ?

    Par ailleurs, je travaille depuis 20 ans sur l’Histoire des relations de pouvoir entre les sexes, et je me suis rendue compte que l’Europe a connu une véritable guerre intellectuelle sur la place des femmes dans notre société… guerre dont la France a été l’initiatrice. Cette « querelle des femmes » a commencé à monter vers les XIII-XIVème siècles, après la création des universités (strictement masculines). Cela a engendré des débats sur la place des femmes dans l’éducation, la famille, la politique etc. Mais on ne se dispute pas sur la langue avant le début du XVIIème siècle. Et ensuite cette querelle s’envenime, parce que la masculinisation de la langue s’accentue. Je traite de cette question dans mes livres d’histoire, mais je n’avais pas du tout prévu d’écrire un ouvrage sur ce sujet, c’est une éditrice me l’a proposé. Comme le sujet a rencontré un fort écho parmi les féministes, j’ai approfondi le sujet et deux autres livres ont vu le jour. C’est un domaine sur lequel je travaille énormément aujourd’hui.

    • ordinatrice \ɔʁ.di.na.tʁis\ féminin

      (Vieilli) Appareil électronique destiné à effectuer des calculs complexes. (La définition est à préciser ou à vérifier)
      Une ordinatrice IBM 650 a été mise en service à l’Observatoire de Meudon dont l’usage est partagé entre les Observatoires de Paris et de Meudon ainsi que l’Institut d’Astrophysique. — (International Astronomical Union. Commission des étoiles doubles, Circulaire d’information, 1954)

      https://fr.wiktionary.org/wiki/ordinatrice

      (Vieilli)

    • Je ne savais pas pour ordinatrice, merci pour l’info. Je vais essayé de m’en servir désormais. Dans la même veine, j’ai appris à dire « Aigle » au féminin depuis que j’ai appris par Elianne Viennot que c’etait au féminin avant que N.Bonapart veuille la prendre comme emblème de son impérialité. Il a fait la demande à l’académie française, l’académie s’est empressé de se soumettre à cette volonté autoritaire en tant qu’exciseurs officiel de la langue. Trop contents de joindre leur sexisme à leur cabotinage. Dire une aigle et une ordinatrice ca serai un peu comme de la chirurgie réparatrice du sexe féminin de la langue.
      http://www.audreyalwett.com/auteur-auteure-ou-autrice

      Ici il y a une autre explication du passage au masculin de l’Aigle mais pas de mention de Bonaparte.

      L’histoire de la langue fournit ainsi quelques exemples intéressants de basculement d’un genre lexical à un autre. L’usage a longtemps hésité entre le féminin et le masculin pour le mot aigle, masculin en français moderne. Ce mot proviendrait soit du latin aquila, qui est féminin, soit de l’ancien provençal aigla, féminin lui aussi. Il est employé au masculin et au féminin en ancien français, très souvent au féminin au XVIème siècle ; au XVIIème, il est déclaré de genre masculin quand il signifie « grand oiseau de proie diurne », et n’est alors plus employé au féminin que pour désigner l’aigle femelle. Ce qui n’empêche pas La Fontaine d’écrire :

      L’aigle, reine des airs, avec Margot la Pie / Différentes d’humeur, de langage et d’esprit (Fables, « L’aigle et la pie).

      Le Trésor de la Lange Française informatisé suggère que cette fixation, contraire à l’usage majoritaire du siècle précédent, serait liée au fait que les noms d’autres oiseaux de proie sont masculins : faucon, épervier. Cependant ce n’est pas le cas de tous les oiseaux de proie, comme le prouvent la buse ou les divers types de chouettes… D’ailleurs, la terminaison par un -e muet commande souvent l’utilisation du genre féminin. M. Yaguello propose une explication plus satisfaisante :

      il est probable que cet oiseau a été perçu comme symbolisant des vertus mâles plutôt que féminines ; cela a suffi à inverser son genre malgré la présence de -e muet. L’aigle, « roi des oiseaux », est ainsi devenu symbole impérial.

      Pourtant il semble que le genre féminin n’empêcha pas les Romains d’utiliser l’aigle comme symbole pour leurs armées. Napoléon reprit ce symbole, qui forme un couple intéressant avec celui des abeilles*, symboles d’immortalité et de résurrection. L’aigle est de nos jours l’emblème de nombreux pays, notamment l’Allemagne et les Etats-Unis, et il ne fait nul doute qu’il représente un symbole de virilité.

      https://cafaitgenre.org/2011/12/23/masculinfeminin-2
      Pour les rapaces au féminin n’oublions pas la #harpie

      #aigle #abeilles #genre

      Pour l’abeille, elle a été longtemps symbole aussi du pouvoir virile car on pensait qu’il y avait un « roi des abeilles » et non une reine.
      cf https://seenthis.net/messages/651167#message651864

  • Impact des missiles sur l’Aramco : pénurie de pétroliers pour répondre au boom des exportations états-uniennes…

    Saudi attacks, high demand leaves U.S. short on oil tankers : trade, shipping sources - Reuters
    https://www.reuters.com/article/us-usa-crude-shipping-idUSKBN1W520V

    A disruption in global oil flows following attacks on Saudi Arabian facilities has left U.S. crude exporters without enough tankers to cover rising demand for cargoes, traders and shipping sources said.

    Missile attacks last Saturday temporarily cut Saudi oil production by more than 5 million barrels per day, or about half the country’s output.

    That set off a scramble for alternative cargoes of crude, particularly in the United States, which lined up available tankers sailing from the Mediterranean, West Africa and continental Europe to pick up cargoes. Shipping sources said they were unlikely to cover all the demand for ships.

    The global market pull on the U.S. Gulf Coast is enormous, such that we’ve hit a constraint, short-term. It’s not docks or pipes or terminals or crude availability,” a U.S. trader said. “It ended up being a vessel constraint.

  • Trump Shares Altered National Weather Service Forecast Map of Hurricane Dorian – gCaptain
    https://gcaptain.com/trump-shares-altered-national-weather-service-forecast-map-of-hurricane-do


    U.S. President Donald Trump holds up a hurricane track chart with Acting DHS Secretary Kevin McAleenan as he talks to reporters during a status report meeting on Hurricane Dorian in the Oval Office of the White House in Washington, U.S., September 4, 2019. REUTERS/Jonathan Ernst

    President Donald Trump is drawing criticism for sharing a week-old National Weather Service map that had been altered to show the track of Hurricane Dorian extending further into the Gulf coast than had previously been predicted.

    Trump displayed the map before reporters on Wednesday during briefing on Hurricane Dorian from the Oval Office of the White House.

    The map, which is dated Thursday, August 29, 2019, included a seemingly hand-drawn, black semi-circle extending the 5-day cone into southwestern Georgia and parts of Alabama. The map was handed to him by Acting Secretary of Homeland Security Kevin McAleenan as President Trump explained “the original chart” that showed Dorian possibly heading into the Gulf of Mexico.

    • Le président du syndicat des employés de la NOAA proteste, l’équipe de campagne du président ajoute « le véritable marqueur du président » aux goodies vendus pour financer la campagne…

      Trump’s Dorian Brawl Leads to Dispute Within Weather Agency - Bloomberg
      https://www.bloomberg.com/news/articles/2019-09-07/trump-s-dorian-brawl-leads-to-dispute-within-u-s-weather-agency


      Photographer : Tom Brenner/Bloomberg

      As President Donald Trump dragged the brawl over his forecast for Hurricane Dorian into a sixth day, a U.S. agency released a statement bolstering his account — prompting a scathing response from the leader of an agency union.
      […]
      The weather service’s office in Birmingham, Alabama, had said in a tweet on Sunday that “no impacts from Hurricane Dorian will be felt across Alabama,” contradicting the president, who has persisted in arguing that his warning had been accurate.

      On Friday night, Dan Sobien, the president of the National Weather Service Employees Organization, tweeted: “Let me assure you the hard working employees of the NWS had nothing to do with the utterly disgusting and disingenuous tweet sent out by NOAA management tonight.

      In a telephone interview, Sobien said that the statement was “like nothing I’ve ever seen, ever,” and could prompt people to ignore future warnings. “I can’t think of another word for it other than managerial malpractice,” he said.

      NOAA needs to withdraw the statement,” he added, “they need to apologize to their employees and they need to go out and do a serious public relations campaign to try to renew the confidence of the American public in the National Weather Service.
      […]
      His campaign seized on the controversy as a fund-raising tool. Trump’s website offered “Official Donald J. Trump Fine Point Markers” along with items such as plastic straws — a dig at environmentalists who prefer paper straws — and “Make America Great Again” red caps.

    • Official Donald J Trump Fine Point Markers

      voisine avec le lot de 10 pailles en plastique recyclable…

      Trump Straws - Pack of 10 $15.00
      Liberal paper straws don’t work. STAND WITH PRESIDENT TRUMP and buy your pack of recyclable straws today.

      Please allow 12-14 business days.
      • BPA free
      • Reusable & Recyclable
      • 9" long
      • Pack of 10 identical straws as shown
      • Laser engraved
      • Made in USA

    • Météo. Quand Trump déclenche une tempête - Monde - LeTelegramme.fr
      https://www.letelegramme.fr/monde/meteo-quand-trump-declenche-une-tempete-10-09-2019-12379721.php


      Le président américain présentant son interprétation de la trajectoire de l’ouragan Dorian, en y intégrant, d’un coup de feutre noir, l’État de l’Alabama.

      Photo AFP

      Les fonctionnaires du service public américain de météorologie ne décolèrent pas contre Donald Trump. Contre vents et marées et malgré l’avis des scientifiques, le président américain a persisté dans sa version très personnelle de la menace de l’ouragan Dorian. La Maison Blanche a même tenté par la suite de désavouer les prévisionnistes.

      Comme souvent avec le président américain, tout est parti d’un tweet… Dimanche 1er septembre, Donald Trump écrit que « Caroline du Sud, Caroline du Nord, Géorgie et Alabama » seraient « très probablement touchés (beaucoup) plus fort que prévu » par l’ouragan Dorian, né quelques jours plus tôt dans l’Atlantique. Vingt minutes exactement plus tard, le bureau du National Weather Service - l’équivalent de Météo France - à Birmingham, dans l’Alabama, répondait : « L’Alabama ne subira PAS d’impact de Dorian. Nous répétons, aucun impact de l’ouragan Dorian ne sera ressenti dans l’Alabama ».

      L’affaire aurait pu s’arrêter là, mais le président Trump, cherchant le dernier mot, a persisté pendant des jours, transformant l’histoire en bras de fer politique, déclenchant la consternation dans la communauté scientifique et ouvrant un gouffre entre les hauts responsables de l’administration et les milliers de fonctionnaires des services météo, qui ont vécu l’épisode comme une trahison.

      On ne sait pas pourquoi le Président a inclus l’Alabama dans son tweet initial. Désir de se montrer mobilisé auprès des habitants de l’État ? En tout cas, il est allé jusqu’à présenter dans le Bureau ovale une carte où, d’un coup de feutre noir (voir plus haut), l’Alabama se retrouvait incluse dans le prolongement de la trajectoire possible de l’ouragan, au-delà de cinq jours. Dorian n’a jamais touché l’Alabama. Il n’est même pas entré à l’intérieur des terres américaines, remontant au large de la côte Est en direction du Canada.
      Mais la Maison Blanche a mis la pression sur les hauts responsables politiques de l’Administration océanique et atmosphérique (NOAA), qui chapeaute les services météo, afin qu’ils désavouent leurs propres prévisionnistes ! Le ministre du Commerce, Wilbur Ross, serait allé jusqu’à menacer de les limoger, selon le New York Times. Dont acte : les informations initiales montraient que des vents forts « pouvaient toucher l’Alabama », a déclaré la NOAA, vendredi, dans un communiqué sec, épinglant son bureau de l’Alabama et précisant qu’il existait, à un moment, une faible probabilité de vents forts (mais pas de catégorie ouragan) dans l’Alabama… Ce lâchage politique a stupéfait les météorologues, transformant l’affaire en crise interne.

      Une enquête interne a été lancée par le scientifique en chef de la NOAA. Le patron du service météorologique national, Louis Uccellini, a fermement défendu les siens, lundi, lors d’une conférence annuelle de météorologie, qui se tient… dans l’Alabama. « Quand les téléphones et les réseaux sociaux ont commencé à s’agiter vers 10 h, le 1er septembre », a dit Louis Uccellini, « ils ont mis fin à ce qu’ils pensaient être des rumeurs ». « Le bureau de Birmingham a fait cela pour empêcher toute panique », a-t-il martelé, défendant l’« intégrité » des prévisionnistes. La salle a répondu par une standing ovation. « Nous soutenons complètement le service météo de Birmingham, tous les météorologues les soutiennent », a expliqué Bill Murray, président de The Weather Factory, un prévisionniste qui a assisté à la scène.

      Les prévisions météo sont un acte d’équilibriste aux États-Unis. Le Centre national des ouragans, un petit service basé à Miami qui dépend de la NOAA, doit éviter de produire des prévisions d’itinéraires erronées ou trop étroites, ce qui coûterait des vies, mais une prévision trop large conduirait à l’évacuation inutile de millions de personnes.

      L’exactitude des prévisions sur la course d’un ouragan a encore une marge d’erreur de l’ordre d’une centaine de kilomètres à 48 heures, mais elle s’est nettement améliorée depuis les années 1970, au point qu’au début des années 2000, le centre a commencé à produire des cartes à quatre et cinq jours. Mais prédire au-delà de cinq jours reste un exercice trop aléatoire, d’où la révolte contre le coup de feutre du Bureau ovale qui prolongeait la prévision officielle.

    • On ne rigole pas avec les cartes aux É.-U. ni avec les pressions sur la fonction publique : commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Dorian vs Alabama

      U.S. House panel probes Commerce Secretary Ross over Trump Dorian tweet kerfuffle - Reuters
      https://www.reuters.com/article/us-trump-hurricane-congress-idUSKCN1VW282

      A U.S. House panel on Wednesday opened an investigation into U.S. Commerce Secretary Wilbur Ross’ potential role in the National Oceanic and Atmospheric Administration’s decision to rebuke an Alabama weather service office for dismissing a warning on Twitter from President Donald Trump about Hurricane Dorian.

      Representative Eddie Bernice Johnson, the Democrat who chairs the Science, Space and Technology Committee, said in a letter Wednesday to Ross that in an apparent effort to back Trump’s “incorrect tweet ... Commerce officials may have taken a number of steps to pressurize NOAA into supporting the president’s assertions.
      […]
      The panel seeks all communications between the White House and Commerce related to the Trump Dorian Alabama tweet and the subsequent statement by Sept. 20. It also asks Ross whether Commerce officials issued any threats “employment-related or otherwise” if the White House or Commerce Department was involved in writing the unsigned statement.

  • [Flowmap] How Europe moves
    Cartographie des flux européens de mobilités domicile-travail (2018)

    Mise en ligne d’une jolie carte animée représentant la mobilité professionnelle des actifs résident en Europe. Les données sont issues du Rapport annuel (2018) sur la mobilité de la main-d’œuvre intracommunautaire évoquent plus d’un million de navetteurs.

    La carte réalisée par Roxanna Torre (@RoxNL) Media Designer spécialisée dans la dataviz interactive souhaite montrer « Comment les citoyens européens utilisent aujourd’hui la possibilité de se déplacer et de travailler dans d’autres pays européens » qui leur est possible depuis la libre-circulation.

    Si l’Allemagne et le Royaume-Uni apparaissent comme les plus attractifs, en nombre de travailleurs, c’est plutôt le Luxembourg (45%), la Suisse (19%), de l’Irlande (12%) et Chypre (11%) qui accueillent le plus. Ces actifs ne s’installent pas pour autant dans leur pays de travail, vu les taux de retour élevés de certains pays, 69% pour la Roumaine par exemple.

    La représentation proposée est animée par un effet de clignotement porté sur la figuration du déplacement. Elle est également interactive concernant l’effet de ces flux sur les lieux, des informations complémentaires sur les flux entrants et sortants apparaissent au clic sur les pays

    https://pic.infini.fr/VBSclDJX/dF1We7vr.PNG

    Les données : 2018 Annual Report on Intra-EU Labour Mobility https://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=738&langId=en&pubId=8174&furtherPubs=yes

    En savoir plus : https://www.torre.nl/EUmoves

    ht @lecartographe (Alexandre Nicolas)

    #flowmap #cartedeflux #Europe #navettes #domicile-travail #workers #animation #gflowiz

  • Le saviez-tu : parpaillot, c’est de l’occitan :
    https://fr.wiktionary.org/wiki/parpaillot

    De l’occitan parpaillo, parpalho(n), (lombard parpaya, piémontais parpayun, italien parpaglione), « papillon », peut-être par allusion à l’infidélité des protestants, butinant d’église en église[1]. Peut-être du fait qu’ils subissaient le bûcher, comme un papillon de nuit vient se brûler aux flammes d’un feu ou qu’ils se réunissaient la nuit autour du feu. Attesté chez Rabelais en 1535 au sens de papillon. Une hypothèse s’appuie sur la décapitation en 1562 de Jean-Perrin Parpaille, chef protestant. Une autre hypothèse, sur les vêtements blancs qu’ils portaient notamment au siège de Clairac en 1621.

    Et si l’on prend l’option des vêtements blancs, c’est la chemise blanche des camisards, de l’occitan (évidemment) camisa :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Camisard

    Gens du peuple qui ne possèdent ni équipement ni armement militaire, ils portent lors de leurs combats de simples chemises, d’où leur nom de camisards (de l’occitan languedocien camisa : « chemise »).

    #sérendipidé (je lisais un article sur le pélardon…)

  • N’en avoir qu’une – Binge Audio
    https://www.binge.audio/nen-avoir-quune

    Stéphane Beaumont apprend à 34 ans qu’il souffre d’un cancer du testicule. Son pronostic vital n’est pas engagé mais il doit être opéré. Quinze ans plus tard, il est engagé au sein de l’association Movember, la première ONG mondiale entièrement dédiée aux maladies masculines, qui milite pour faire de la prévention auprès des hommes de tous âges et faire progresser la recherche.

    Si le cancer du testicule se soigne facilement, celui de la prostate tue plus de 9000 hommes chaque année en France. Pourquoi les cancers masculins – cancer du testicule et de la prostate – sont-ils tabous ? Comment apprendre à en parler à ses proches ?

    –— J’ai pas encore écouté mais à titre de comparaison les cancers du seins tuent chaque année 12000 femmes en France, les cancer du col de l’uterus à tué 1 092 femmes en 2015, cancer des ovaires fait 3500 mortes par an.
    Le cancer du testicule cause 83 décès en 2017.

    En français le nom de l’ablation d’un testicule se dit "orchidectomie". Du grec ancien ὄρχις, orkhis (« testicule ») et ectomie.
    et là je découvre que l’orchidée tien son nom des testicules : (milieu du XVIIIe siècle) Du latin orchis, du grec ancien ὄρχις, órkhis (« testicule ») d’après la forme des racines tuberculeuses de l’orchidée.
    https://fr.wiktionary.org/wiki/orchid%C3%A9e

  • L’homme d’affaires et milliardaire belge Albert Frère est décédé à l’âge de 92 ans RTBF

    L’homme d’affaires et milliardaire belge, Albert Frère est décédé. Il était considéré comme la deuxième plus grosse fortune de Belgique.

    Il était le président d’honneur du Groupe Bruxelles Lambert (GBL). « Pendant plus de trois décennies, sous son impulsion, GBL est devenue une des plus grandes holdings d’Europe. Ses qualités professionnelles et humaines ont profondément marqué notre groupe », a commenté GBL.

    Les funérailles d’Albert Frère se dérouleront « dans la plus stricte intimité familiale, selon les souhaits du défunt ».

  • Projet de mon prochain patriarche sur l’or.
    Patriarche n°8 - El Dorado
    à partir de cette image

    "Bernard Otto Holtermann and the world’s largest “nugget” of gold, North Sydney, ca. 1874-1876 / montage photograph by American and Australasian Photographic Company" The “nugget” was found in Hill End, New South Wales by German prospector, Bernhard Otto Holtermannon 19th October 1872. More than half of the 630 lbs weight was pure gold, at that time having the value of 12,000 pounds ($24,000). Today, with gold worth say $1400 per ounce, the value today would be over $10 million. Three photographs were used to create this image of Holtermann, (supposedly holding the worlds’ largest accumulation of rock and gold ever brought to the surface in one piece). He was posed in the studio with his hand on a headclamp, the nugget was inserted and both placed on a photograph of the verandah of his mansion, built from the proceeds of his goldmine.[1]

    –-------

    Fiche wikipédia sur la montagne d’or
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Montagne_d%27or_(mine)


    Résultats de la coulée de boues (de cyanure) issue de la rupture de barrages de Bento Rodrigues en 2015
    –-------

    Projet Montagne d’or en Guyane : après la mine de Lefa en Guinée, Nordgold peut-il faire mieux ? - Outre-mer la 1ère
    https://la1ere.francetvinfo.fr/pojet-montagne-guyane-apres-mine-lefa-guinee-nordgold-peut-il-fa

    L’Etat doit se prononcer sur la réalisation de ce projet avant la fin de l’année. François de Rugy, le ministre de la Transition écologique a été interrogé à plusieurs reprises par la presse à ce sujet. Il a déclaré sur France Inter que « le projet ne pouvait pas être mené tel qu’il avait été envisagé ». A l’Assemblée nationale, le ministre a été plus loin en ajoutant « qu’il fallait le revoir de fond en comble ».

    Nordgold en Guinée
    En attendant la décision de l’Etat, deux journalistes du Monde et de France Inter se sont intéressés aux activités en Guinée du groupe russe Nordgold censé se charger de l’exploitation de la Montagne d’or en Guyane.

    –--------

    Le projet de Montagne d’or en Guyane va être revu pour obtenir le feu vert de l’Etat

    Cette mine d’or, qui serait la plus grande jamais construite sur le territoire français, provoque l’hostilité d’une partie de la population.

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/09/07/montagne-d-or-nordgold-pret-a-revoir-son-projet-pour-obtenir-le-feu-vert-de-

    –-------
    Guyane française : la traque des orpailleurs clandestins
    https://www.youtube.com/watch?v=kRtFvKlC43w

    Cayenne : le nouveau far west français
    https://www.youtube.com/watch?v=SebdJ9FN-mc

    Chasseur de chercheur, l’or de Guyane
    https://www.youtube.com/watch?v=5geIRZZPWSc

    –-------
    Controverses géopolitiques 1A - Projet de la montagne d’or en Guyane
    https://www.youtube.com/watch?v=9qEeddqdPNA

    Mines en Guyane : le projet Montagne d’or "inacceptable" pour les autochtones
    https://www.youtube.com/watch?v=j5XaI65Hn-Y

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    mine d’or en Australie

    The ‘Super Pit’ is Australia’s largest open cut gold mine. It is 3.5 km long, 1.5 km wide and 350 m deep, and is large enough to be seen from space. It produces around 28 tonnes of gold per year, and they estimate it won’t reach the end of its life until 2021.

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    Mine de Yanacocha (Pérou)
    La plus grande mine d’or à ciel ouvert d’Amérique du sud


    https://fr.wikipedia.org/wiki/Mine_de_Yanacocha

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    Cartographie

    Schéma structural de la Guyane française( C. Delor , 2004 )


    http://www.jump-voyage.com/carte-guyane-francaise/vacances-guyane

    http://sphaera.cartographie.ird.fr/images/telechargement/00756.pdf

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    Vers la structuration d’une filière aurifère « durable » ? Etude du cas de la Guyane française
    Jessica Oder

    L’objectif de cet article est de se demander si la filière aurifère légale en Guyane française peut servir les objectifs du développement durable. En effet, cette filière est en proie à des difficultés : alors que les cours de l’or sont en constante augmentation, le nombre d’opérateurs miniers diminue constamment, depuis près de sept ans. Ce paradoxe aurifère guyanais trouve ses origines dans la volonté étatique française d’organiser la filière et d’en faire un exemple en matière de « durabilité », volonté clairement exprimée à la suite du Grenelle de l’Environnement. Principalement élaboré à partir d’entretiens semi-directifs et d’archives, l’article a notamment cherché à analyser les principaux éléments de cette structuration, le schéma départemental d’orientation minière (SDOM), en cours d’adoption, et plusieurs initiatives destinées à améliorer les pratiques des opérateurs miniers qui sont majoritairement des artisans. Toutefois, cette évolution révèle des antagonismes entre les parties prenantes (collectivités territoriales, services de l’État, opérateurs miniers et environnementalistes). Ces derniers ont fait surface lors de l’affaire du Camp Caïman, impliquant la multinationale Iamgold, et pendant le processus d’élaboration du SDOM lui-même. Des problématiques connexes telles que les revendications locales de gestion de la ressource aurifère, mais aussi et surtout l’orpaillage illégal, dressent des perspectives d’avenir plutôt incertaines pour la filière aurifère.

    https://journals.openedition.org/echogeo/12587

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    #mad_meg #or

    • José-Maria de Heredia
      Les Conquérants de l’Or

      Après que Balboa menant son bon cheval
      Par les bois non frayés, droit, d’amont en aval,
      Eut, sur l’autre versant des Cordillères hautes,
      Foulé le chaud limon des insalubres côtes
      De l’Isthme qui partage avec ses monts géants
      La glauque immensité des deux grands Océans,
      Et qu’il eut, s’y jetant tout armé de la berge,
      Planté son étendard dans l’écume encor vierge,
      Tous les aventuriers, dont l’esprit s’enflamma,

      Rêvaient, en arrivant au port de Panama,
      De retrouver, espoir cupide et magnifique,
      Aux rivages dorés de la mer Pacifique,
      El Dorado promis qui fuyait devant eux,
      Et, mêlant avec l’or des songes monstrueux,
      De forcer jusqu’au fond de ces torrides zones
      L’âpre virginité des rudes Amazones
      Que n’avait pu dompter la race des héros,
      De renverser des dieux à têtes de taureaux
      Et de vaincre, vrais fils de leur ancêtre Hercule,
      Les peuples de l’Aurore et ceux du Crépuscule.

      Ils savaient que, bravant ces illustres périls,
      Ils atteindraient les bords où germent les béryls
      Et Doboyba qui comble, en ses riches ravines,
      Du vaste écroulement des temples en ruines,
      La nécropole d’or des princes de Zenu ;
      Et que, suivant toujours le chemin inconnu
      Des Indes, par delà les îles des Épices
      Et la terre où bouillonne au fond des précipices
      Sur un lit d’argent fin la Source de Santé,
      Ils verraient, se dressant en un ciel enchanté
      Jusqu’au zénith brûlé du feu des pierreries,
      Resplendir au soleil les vivantes féeries
      Des sierras d’émeraude et des pics de saphir
      Qui recèlent l’antique et fabuleux Ophir.

      Et quand Vasco Nuñez eut payé de sa tête
      L’orgueil d’avoir tenté cette grande conquête,
      Poursuivant après lui ce mirage éclatant,
      Malgré sa mort, la fleur des Cavaliers, portant
      Le pennon de Castille écartelé d’Autriche,
      Pénétra jusqu’au fond des bois de Côte-Riche
      À travers la montagne horrible, ou navigua
      Le long des noirs récifs qui cernent Veragua,
      Et vers l’Est atteignit, malgré de grands naufrages,
      Les bords où l’Orénoque, enflé par les orages,
      Inondant de sa vase un immense horizon,
      Sous le fiévreux éclat d’un ciel lourd de poison,
      Se jette dans la mer par ses cinquante bouches.

      Enfin cent compagnons, tous gens de bonnes souches,
      S’embarquèrent avec Pascual d’Andagoya
      Qui, poussant encor plus sa course, côtoya
      Le golfe où l’Océan Pacifique déferle,
      Mit le cap vers le Sud, doubla l’île de Perle,
      Et cingla devant lui toutes voiles dehors,
      Ayant ainsi, parmi les Conquérants d’alors,
      L’heur d’avoir le premier fendu les mers nouvelles
      Avec les éperons des lourdes caravelles.

      Mais quand, dix mois plus tard, malade et déconfit,
      Après avoir très loin navigué sans profit

      Vers cet El Dorado qui n’était qu’un vain mythe,
      Bravé cent fois la mort, dépassé la limite
      Du monde, ayant perdu quinze soldats sur vingt,
      Dans ses vaisseaux brisés Andagoya revint,
      Pedrarias d’Avila se mit fort en colère ;
      Et ceux qui, sur la foi du récit populaire,
      Hidalgos et routiers, s’étaient tous rassemblés
      Dans Panama, du coup demeurèrent troublés.

      Or les seigneurs, voyant qu’ils ne pouvaient plus guère
      Employer leur personne en actions de guerre,
      Partaient pour Mexico ; mais ceux qui, n’ayant rien,
      Étaient venus tenter aux plages de Darien,
      Désireux de tromper la misère importune,
      Ce que vaut un grand cœur à vaincre la fortune,
      S’entretenant à jeun des rêves les plus beaux,
      Restaient, l’épée oisive et la cape en lambeaux,
      Quoique tous bons marins ou vieux batteurs d’estrade,
      À regarder le flot moutonner dans la rade,
      En attendant qu’un chef hardi les commandât.
      II

      Deux ans étaient passés, lorsqu’un obscur soldat
      Qui fut depuis titré Marquis pour sa conquête,
      François Pizarre, osa présenter la requête
      D’armer un galion pour courir par-delà
      Puerto Pinas. Alors Pedrarias d’Avila
      Lui fit représenter qu’en cette conjoncture
      Il n’était pas prudent de tenter l’aventure
      Et ses dangers sans nombre et sans profit ; d’ailleurs,
      Qu’il ne lui plaisait point de voir que les meilleurs
      De tous ses gens de guerre, en entreprises folles,
      Prodiguassent le sang des veines espagnoles,
      Et que nul avant lui, de tant de Cavaliers,
      N’avait pu triompher des bois de mangliers

      Qui croisent sur ces bords leurs nœuds inextricables ;
      Que, la tempête ayant rompu vergues et câbles
      À leurs vaisseaux en vain si loin aventurés,
      Ils étaient revenus mourants, désemparés,
      Et trop heureux encor d’avoir sauvé la vie.

      Mais ce conseil ne fit qu’échauffer son envie.
      Si bien qu’avec Diego d’Almagro, par contrats,
      Ayant mis en commun leur fortune et leurs bras,
      Et don Fernan de Luque ayant fourni les sommes,
      En l’an mil et cinq cent vingt-quatre, avec cent hommes,
      Pizarre le premier, par un brumeux matin
      De novembre, montant un mauvais brigantin,
      Prit la mer, et lâchant au vent toute sa toile,
      Se fia bravement en son heureuse étoile.

      Mais tout sembla d’abord démentir son espoir.
      Le vent devint bourrasque, et jusqu’au ciel très noir
      La mer terrible, enflant ses houles couleur d’encre,
      Défonça les sabords, rompit les mâts et l’ancre,
      Et fit la triste nef plus rase qu’un radeau.
      Enfin après dix jours d’angoisse, manquant d’eau
      Et de vivres, sa troupe étant d’ailleurs fort lasse,
      Pizarre débarqua sur une côte basse.

      Au bord, les mangliers formaient un long treillis ;
      Plus haut, impénétrable et splendide fouillis

      De lianes en fleur et de vignes grimpantes,
      La berge s’élevait par d’insensibles pentes
      Vers la ligne lointaine et sombre des forêts.

      Et ce pays n’était qu’un très vaste marais.

      Il pleuvait. Les soldats, devenus frénétiques
      Par le harcèlement venimeux des moustiques
      Qui noircissaient le ciel de bourdonnants essaims,
      Foulaient avec horreur, en ces bas-fonds malsains,
      Des reptiles nouveaux et d’étranges insectes
      Ou voyaient émerger des lagunes infectes,
      Sur leur ventre écaillé se traînant d’un pied tors,
      Ces lézards monstrueux qu’on nomme alligators.
      Et quand venait la nuit, sur la terre trempée,
      Dans leurs manteaux, auprès de l’inutile épée,
      Lorsqu’ils s’étaient couchés, n’ayant pour aliment
      Que la racine amère ou le rouge piment,
      Sur le groupe endormi de ces chercheurs d’empires
      Flottait, crêpe vivant, le vol mou des vampires,
      Et ceux-là qu’ils marquaient de leurs baisers velus
      Dormaient d’un tel sommeil qu’ils ne s’éveillaient plus.

      C’est pourquoi les soldats, par force et par prière,
      Contraignirent leur chef à tourner en arrière,
      Et, malgré lui, disant un éternel adieu

      Au triste campement du port de Saint-Mathieu,
      Pizarre, par la mer nouvellement ouverte,
      Avec Bartolomé suivant la découverte,
      Sur un seul brigantin d’un faible tirant d’eau
      Repartit, et, doublant Punta de Pasado,
      Le bon pilote Ruiz eut la fortune insigne,
      Le premier des marins, d’avoir franchi la Ligne
      Et poussé plus au sud du monde occidental.

      La côte s’abaissait, et les bois de santal
      Exhalaient sur la mer leurs brises parfumées.
      De toutes parts montaient de légères fumées,
      Et les marins joyeux, accoudés aux haubans,
      Voyaient les fleuves luire en tortueux rubans
      À travers la campagne, et tout le long des plages
      Fuir des champs cultivés et passer des villages.

      Ensuite, ayant serré la côte de plus près,
      À leurs yeux étonnés parurent les forêts.

      Au pied des volcans morts, sous la zone des cendres,
      L’ébénier, le gayac et les durs palissandres,
      Jusques aux confins bleus des derniers horizons
      Roulant le flot obscur des vertes frondaisons,
      Variés de feuillage et variés d’essence,

      Déployaient la grandeur de leur magnificence ;
      Et du nord au midi, du levant au ponent,
      Couvrant tout le rivage et tout le continent,
      Partout où l’œil pouvait s’étendre, la ramure
      Se prolongeait avec un éternel murmure
      Pareil au bruit des mers. Seul, en ce cadre noir,
      Étincelait un lac, immobile miroir
      Où le soleil, plongeant au milieu de cette ombre,
      Faisait un grand trou d’or dans la verdure sombre.

      Sur le sable marneux, d’énormes caïmans
      Guettaient le tapir noir ou les roses flamants.
      Les majas argentés et les boas superbes
      Sous leurs pesants anneaux broyaient les hautes herbes,
      Ou, s’enroulant autour des troncs d’arbres pourris,
      Attendaient l’heure où vont boire les pécaris.
      Et sur les bords du lac horriblement fertile
      Où tout batracien pullule et tout reptile,
      Alors que le soleil décline, on pouvait voir
      Les fauves par troupeaux descendre à l’abreuvoir :
      Le puma, l’ocelot et les chats-tigres souples,
      Et le beau carnassier qui ne va que par couples
      Et qui par-dessus tous les félins est cité
      Pour sa grâce terrible et sa férocité,
      Le jaguar. Et partout dans l’air multicolore
      Flottait la végétale et la vivante flore ;

      Tandis que des cactus aux hampes d’aloès,
      Les perroquets divers et les kakatoès
      Et les aras, parmi d’assourdissants ramages,
      Lustraient au soleil clair leurs splendides plumages,
      Dans un pétillement d’ailes et de rayons,
      Les frêles oiseaux-mouche et les grands papillons,
      D’un vol vibrant, avec des jets de pierreries,
      Irradiaient autour des lianes fleuries.

      Plus loin, de toutes parts élancés, des halliers,
      Des gorges, des ravins, des taillis, par milliers,
      Pillant les monbins mûrs et les buissons d’icaques,
      Les singes de tout poil, ouistitis et macaques,
      Sakis noirs, capucins, trembleurs et carcajous
      Par les figuiers géants et les hauts acajous,
      Sautant de branche en branche ou pendus par leurs queues,
      Innombrables, de l’aube au soir, durant des lieues,
      Avec des gestes fous hurlant et gambadant,
      Tout le long de la mer les suivaient.

      Cependant,
      Poussé par une tiède et balsamique haleine,
      Le navire, doublant le cap de Sainte-Hélène,
      Glissa paisiblement dans le golfe d’azur
      Où, sous l’éclat d’un jour éternellement pur,
      La mer de Guayaquil, sans colère et sans lutte,

      Arrondissant au loin son immense volute,
      Frange les sables d’or d’une écume d’argent.

      Et l’horizon s’ouvrit magnifique et changeant.

      Les montagnes, dressant les neiges de leur crête,
      Coupaient le ciel foncé d’une brillante arête
      D’où s’élançaient tout droits au haut de l’éther bleu
      Le Prince du Tonnerre et le Seigneur du Feu :
      Le mont Chimborazo dont la sommité ronde,
      Dôme prodigieux sous qui la foudre gronde,
      Dépasse, gigantesque et formidable aussi,
      Le cône incandescent du vieux Cotopaxi.

      Attentif aux gabiers en vigie à la hune,
      Dans le pressentiment de sa haute fortune,
      Pizarre, sur le pont avec les Conquérants,
      Jetait sur ces splendeurs des yeux indifférents,
      Quand, soudain, au détour du dernier promontoire,
      L’équipage, poussant un long cri de victoire,
      Dans le repli du golfe où tremblent les reflets
      Des temples couverts d’or et des riches palais,
      Avec ses quais noircis d’une innombrable foule,
      Entre l’azur du ciel et celui de la houle,
      Au bord de l’Océan vit émerger Tumbez.

      Alors, se recordant ses compagnons tombés
      À ses côtés, ou morts de soif et de famine,
      Et voyant que le peu qui restait avait mine
      De gens plus disposés à se ravitailler
      Qu’à reprendre leur course, errer et batailler,
      Pizarre comprit bien que ce serait démence
      Que de s’aventurer dans cet empire immense ;
      Et jugeant sagement qu’en ce dernier effort
      Il fallait à tout prix qu’il restât le plus fort,
      Il prit langue parmi ces nations étranges,
      Rassembla beaucoup d’or par dons et par échanges,
      Et, gagnant Panama sur son vieux brigantin
      Plein des fruits de la terre et lourd de son butin,
      Il mouilla dans le port après trois ans de courses.
      Là, se trouvant à bout d’hommes et de ressources,
      Bien que fort malhabile aux manières des cours,
      Il résolut d’user d’un suprême recours
      Avant que de tenter sa dernière campagne,
      Et de Nombre de Dios s’embarqua pour l’Espagne.
      III

      Or, lorsqu’il toucha terre au port de San-Lucar,
      Il retrouva l’Espagne en allégresse, car
      L’Impératrice-Reine, en un jour très prospère,
      Comblant les vœux du prince et les désirs du père,
      Avait heureusement mis au monde l’Infant
      Don Philippe — que Dieu conserve triomphant !
      Et l’Empereur joyeux le fêtait dans Tolède.
      Là, Pizarre, accouru pour implorer son aide,
      Conta ses longs travaux et, ployant le genou,
      Lui fit en bon sujet hommage du Pérou.
      Puis ayant présenté, non sans quelque vergogne
      D’offrir si peu, de l’or, des laines de vigogne
      Et deux lamas vivants avec un alpaca,
      Il exposa ses droits. Don Carlos remarqua

      Ces moutons singuliers et de nouvelle espèce
      Dont la taille était haute et la toison épaisse ;
      Même, il daigna peser entre ses doigts royaux,
      Fort gracieusement, la lourdeur des joyaux ;
      Mais quand il dut traiter l’objet de la demande,
      Il répondit avec sa rudesse flamande :
      Qu’il trouvait, à son gré, que le vaillant Marquis
      Don Hernando Cortès avait assez conquis
      En subjuguant le vaste empire des Aztèques ;
      Et que lui-même ainsi que les saints Archevêques
      Et le Conseil étaient fermement résolus
      À ne rien entreprendre et ne protéger plus,
      Dans ses possessions des mers occidentales,
      Ceux qui s’entêteraient à ces courses fatales
      Où s’abîma jadis Diego de Nicuessa.
      Mais, à ce dernier mot, Pizarre se dressa
      Et lui dit : Que c’était chose qui scandalise
      Que d’ainsi rejeter du giron de l’Église,
      Pour quelques onces d’or, autant d’infortunés,
      Qui, dans l’idolâtrie et l’ignorance nés,
      Ne demandaient, voués au céleste anathème,
      Qu’à laver leurs péchés dans l’eau du saint baptême.
      Ensuite il lui peignit en termes éloquents
      La Cordillère énorme avec ses vieux volcans
      D’où le feu souverain, qui fait trembler la terre
      Et fondre le métal au creuset du cratère,
      Précipite le flux brûlant des laves d’or

      Que garde l’oiseau Rock qu’ils ont nommé condor.
      Il lui dit la nature enrichissant la fable ;
      D’innombrables torrents qui roulent dans leur sable
      Des pierres d’émeraude en guise de galets ;
      La chicha fermentant aux celliers des palais
      Dans des vases d’or pur pareils aux vastes jarres
      Où l’on conserve l’huile au fond des Alpujarres ;
      Les temples du Soleil couvrant tout le pays,
      Revêtus d’or, bordés de leurs champs de maïs
      Dont les épis sont d’or aussi bien que la tige
      Et que broutent, miracle à donner le vertige
      Et fait pour rendre même un Empereur pensif,
      Des moutons d’or avec leurs bergers d’or massif.

      Ce discours étonna Don Carlos, et l’Altesse,
      Daignant enfin peser avec la petitesse
      Des secours implorés l’honneur du résultat,
      Voulut que sans tarder Don François répétât,
      Par-devant Nosseigneurs du Grand Conseil, ses offres
      De dilater l’Église et de remplir les coffres.
      Après quoi, lui passant l’habit de chevalier
      De Saint-Jacque, il lui mit au cou son bon collier.
      Et Pizarre jura sur les saintes reliques
      Qu’il resterait fidèle aux rois Très-Catholiques,
      Et qu’il demeurerait le plus ferme soutien
      De l’Église Romaine et du beau nom chrétien.
      Puis l’Empereur dicta les augustes cédules

      Qui faisaient assavoir, même aux plus incrédules,
      Que, sauf les droits anciens des hoirs de l’Amiral,
      Don François Pizarro, lieutenant général
      De Son Altesse, était sans conteste et sans terme
      Seigneur de tous pays, îles et terre ferme,
      Qu’il avait découverts ou qu’il découvrirait.
      La minute étant lue et quand l’acte fut prêt
      À recevoir les seings au bas des protocoles,
      Pizarre, ayant jadis peu hanté les écoles,
      Car en Estremadure il gardait les pourceaux,
      Sur le vélin royal d’où pendaient les grands sceaux
      Fit sa croix, déclarant ne savoir pas écrire,
      Mais d’un ton si hautain que nul ne put en rire.
      Enfin, sur un carreau brodé, le bâton d’or
      Qui distingue l’Alcade et l’Alguazil Mayor
      Lui fut remis par Juan de Fonseca. La chose
      Ainsi dûment réglée et sa patente close,
      L’Adelantade, avant de reprendre la mer,
      Et bien qu’il n’en gardât qu’un souvenir amer,
      Visita ses parents dans Truxillo, leur ville,
      Puis, joyeux, s’embarqua du havre de Séville
      Avec les trois vaisseaux qu’il avait nolisés.
      Il reconnut Gomère, et les vents alizés,
      Gonflant d’un souffle frais leur voilure plus ronde,
      Entraînèrent ses nefs sur la route du monde
      Qui fit l’Espagne grande et Colomb immortel.
      IV

      Or donc, un mois plus tard, au pied du maître-autel,
      Dans Panama, le jour du noble Évangéliste
      Saint Jean, fray Juan Vargas lut au prône la liste
      De tous ceux qui montaient la nouvelle Armada
      Sous Don François Pizarre, et les recommanda.
      Puis, les deux chefs ayant entre eux rompu l’hostie,
      Voici de quelle sorte on fit la départie.

      Lorsque l’Adelantade eut de tous pris congé,
      Ce jour même, après vêpre, en tête du clergé,
      L’Évêque ayant béni l’armée avec la flotte,
      Don Bartolomé Ruiz, comme royal pilote,
      En pompeux apparat, tout vêtu de brocart,

      Le porte-voix au poing, montant au banc de quart,
      Commanda de rentrer l’ancre en la capitane
      Et de mettre la barre au vent de tramontane.
      Alors, parmi les pleurs, les cris et les adieux,
      Les soldats inquiets et les marins joyeux,
      Debout sur les haubans ou montés sur les vergues
      D’où flottait un pavois de drapeaux et d’exergues,
      Quand le coup de canon de partance roula,
      Entonnèrent en chœur l’Ave maris stella ;
      Et les vaisseaux, penchant leurs mâts aux mille flammes,
      Plongèrent à la fois dans l’écume des lames.

      La mer étant fort belle et le nord des plus frais,
      Leur voyage fut prompt, et sans souffrir d’arrêts
      Ou pour cause d’aiguade ou pour raison d’escale,
      Courant allègrement par la mer tropicale,
      Pizarre saluait avec un mâle orgueil,
      Comme d’anciens amis, chaque anse et chaque écueil.
      Bientôt il vit, vainqueur des courants et des calmes,
      Monter à l’horizon les verts bouquets de palmes
      Qui signalent de loin le golfe, et débarquant,
      Aux portes de Tumbez il vint planter son camp.
      Là, s’abouchant avec les Caciques des villes,
      Il apprit que l’horreur des discordes civiles
      Avait ensanglanté l’Empire du Soleil ;
      Que l’orgueilleux bâtard Atahuallpa, pareil
      À la foudre, rasant villes et territoires,

      Avait conquis, après de rapides victoires,
      Cuzco, nombril du monde, où les Rois, ses aïeux,
      Dieux eux-mêmes, siégeaient parmi les anciens Dieux,
      Et qu’il avait courbé sous le joug de l’épée
      La terre de Manco sur son frère usurpée.

      Aussitôt, s’éloignant de la côte à grands pas,
      À travers le désert sablonneux des pampas,
      Tout joyeux de mener au but ses vieilles bandes,
      Pizarre commença d’escalader les Andes.

      De plateaux en plateaux, de talus en talus,
      De l’aube au soir allant jusqu’à n’en pouvoir plus,
      Ils montaient, assaillis de funèbres présages.
      Rien n’animait l’ennui des mornes paysages.
      Seul, parfois, ils voyaient miroiter au lointain
      Dans sa vasque de pierre un lac couleur d’étain.
      Sous un ciel tour à tour glacial et torride,
      Harassés et tirant leurs chevaux par la bride,
      Ils plongeaient aux ravins ou grimpaient aux sommets ;
      La montagne semblait prolonger à jamais,
      Comme pour épuiser leur marche errante et lasse,
      Ses gorges de granit et ses crêtes de glace.
      Une étrange terreur planait sur la sierra
      Et plus d’un vieux routier dont le cœur se serra
      Pour la première fois y connut l’épouvante.
      La terre sous leurs pas, convulsive et mouvante,

      Avec un sourd fracas se fendait, et le vent,
      Au milieu des éclats de foudre, soulevant
      Des tourmentes de neige et des trombes de grêles,
      Se lamentait avec des voix surnaturelles.
      Et roidis, aveuglés, éperdus, les soldats,
      Cramponnés aux rebords à pic des quebradas,
      Sentaient sous leurs pieds lourds fuir le chemin qui glisse.
      Sur leurs fronts la montagne était abrupte et lisse,
      Et plus bas, ils voyaient, dans leurs lits trop étroits,
      Rebondissant le long des bruyantes parois,
      Aux pointes des rochers qu’un rouge éclair allume,
      Se briser les torrents en poussière d’écume.
      Le vertige, plus haut, les gagna. Leurs poumons
      Saignaient en aspirant l’air trop subtil des monts,
      Et le froid de la nuit gelait la triste troupe.
      Tandis que les chevaux, tournant en rond leur croupe,
      L’un sur l’autre appuyés, broutaient un chaume ras,
      Les soldats, violant les tombeaux Aymaras,
      En arrachaient les morts cousus dans leurs suaires
      Et faisaient de grands feux avec ces ossuaires.

      Pizarre seul n’était pas même fatigué.
      Après avoir passé vingt rivières à gué,
      Traversé des pays sans hameaux ni peuplade,
      Souffert le froid, la faim, et tenté l’escalade
      Des monts les plus affreux que l’homme ait mesurés,
      D’un regard, d’une voix et d’un geste assurés,

      Au cœur des moins hardis il soufflait son courage ;
      Car il voyait, terrible et somptueux mirage,
      Au feu de son désir briller Caxamarca.

      Enfin, cinq mois après le jour qu’il débarqua,
      Les pics de la sierra lui tenant lieu de phare,
      Il entra, les clairons sonnant tous leur fanfare,
      À grand bruit de tambours et la bannière au vent,
      Sur les derniers plateaux, et poussant en avant,
      Sans laisser aux soldats le temps de prendre haleine,
      En hâte, il dévala le chemin de la plaine.
      V

      Au nombre de cent six marchaient les gens de pied.
      L’histoire a dédaigné ces braves, mais il sied
      De nommer par leur nom, qu’il soit noble ou vulgaire,
      Tous ceux qui furent chefs en cette illustre guerre
      Et de dire la race et le poil des chevaux,
      Ne pouvant, au récit de leurs communs travaux,
      Ranger en même lieu que des bêtes de somme
      Ces vaillants serviteurs de tout bon gentilhomme.

      Voici. Soixante et deux cavaliers hidalgos
      Chevauchent, par le sang et la bravoure égaux,
      Autour des plis d’azur de la royale enseigne
      Où près du château d’or le pal de gueules saigne

      Et que brandit, suivant le chroniqueur Xerez,
      Le fougueux Gabriel de Rojas, l’alferez,
      Dont le pourpoint de cuir bordé de cannetilles
      Est gaufré du royal écu des deux Castilles,
      Et qui porte à sa toque en velours d’Aragon
      Un saint Michel d’argent terrassant le dragon.
      Sa main ferme retient ce fameux cheval pie
      Qui s’illustra depuis sous Carbajal l’Impie ;
      Cet andalou de race arabe, et mal dompté,
      Qui mâche en se cabrant son mors ensanglanté
      Et de son dur sabot fait jaillir l’étincelle,
      Peut dépasser, ayant son cavalier en selle,
      Le trait le plus vibrant que saurait décocher
      Du nerf le mieux tendu le plus vaillant archer.

      À l’entour de l’enseigne en bon ordre se groupe,
      Poudroyant au soleil, tout le gros de la troupe :
      C’est Juan de la Torre ; Cristobal Peralta,
      Dont la devise est fière : Ad summum per alta ;
      Le borgne Domingo de Serra-Luce ; Alonze
      De Molina, très brun sous son casque de bronze ;
      Et François de Cuellar, gentilhomme andalous,
      Qui chassait les Indiens comme on force des loups ;
      Et Mena qui, parmi les seigneurs de Valence,
      Était en haut renom pour manier la lance.
      Ils s’alignent, réglant le pas de leurs chevaux
      D’après le train suivi par leurs deux chefs rivaux,

      Del Barco qui, fameux chercheur de terres neuves,
      Avec Orellana descendit les grands fleuves,
      Et Juan de Salcedo qui, fils d’un noble sang,
      Quoique sans barbe encor, galope au premier rang.
      Sur un bravo étalon cap de more qui fume
      Et piaffe, en secouant son frein blanchi d’écume.

      Derrière, tout marris de marcher sur leurs pieds,
      Viennent les démontés et les estropiés.
      Juan Forès pique en vain d’un carreau d’arbalète
      Un vieux rouan fourbu qui bronche et qui halète ;
      Ribera l’accompagne, et laisse à l’abandon
      Errer distraitement la bride et le bridon
      Au col de son bai brun qui boite d’un air morne,
      S’étant, faute de fers, usé toute la corne.
      Avec ces pauvres gens marche don Pèdre Alcon,
      Lequel en son écu porte d’or au faucon
      De sable, grilleté, chaperonné de gueules ;
      Ce vieux seigneur jadis avait tourné les meules
      Dans Grenade, du temps qu’il était prisonnier
      Des mécréants. Ce fut un bon pertuisanier.

      Ainsi bien escortés, à l’amble de leurs deux mules
      Fort pacifiquement s’en vont les deux émules :
      Requelme, le premier, comme bon Contador,
      Reste silencieux, car le silence est d’or ;

      Quant au licencié Gil Tellez, le Notaire,
      Il dresse en son esprit le futur inventaire,
      Tout prêt à prélever, au taux juste et légal,
      La part des Cavaliers après le Quint Royal.

      Or, quelques fourrageurs restés sur les derrières,
      Pour rejoindre leurs rangs, malgré les fondrières,
      À leurs chevaux lancés ayant rendu la main,
      Et bravant le vertige et brûlant le chemin,
      Par la montagne à pic descendaient ventre à terre.
      Leur galop furieux fait un bruit de tonnerre.
      Les voici : bride aux dents, le sang aux éperons,
      Dans la foule effarée, au milieu des jurons,
      Du tumulte, des cris, des appels à l’Alcade,
      Ils débouchent. Le chef de cette cavalcade,
      Qui, d’aspect arrogant et vêtu de brocart,
      Tandis que son cheval fait un terrible écart,
      Salue Alvar de Paz qui devant lui se range,
      En balayant la terre avec sa plume orange,
      N’est autre que Fernan, l’aîné, le plus hautain
      Des Pizarre, suivi de Juan, et de Martin
      Qu’on dit d’Alcantara, leur frère par le ventre.
      Briceño qui, depuis, se fit clerc et fut chantre
      À Lima, n’étant pas très habile écuyer,
      Dans cette course folle a perdu l’étrier,
      Et, voyant ses amis déjà loin, se dépêche
      Et pique sa jument couleur de fleur de pêche.

      Le brave Antonio galope à son côté ;
      Il porte avec orgueil sa noble pauvreté,
      Car, s’il a pour tout bien l’épée et la rondache,
      Son cimier héraldique est ceint des feuilles d’ache
      Qui couronnent l’écu des ducs de Carrion.

      Ils passent, soulevant un poudreux tourbillon.

      À leurs cris, un seigneur, de ceux de l’avant-garde,
      S’arrête, et, retournant son cheval, les regarde.
      Il monte un genet blanc dont le caparaçon
      Est rouge, et pour mieux voir se penche sur l’arçon.
      C’est le futur vainqueur de Popayan. Sa taille
      Est faite pour vêtir le harnois de bataille.
      Beau comme un Galaor et fier comme un César,
      Il marche en tête, ayant pour nom Benalcazar.
      Près d’Oreste voici venir le bon Pylade :
      Très basané, le chef coiffé de la salade,
      Il rêve, enveloppé dans son large manteau ;
      C’est le vaillant soldat Hernando de Soto
      Qui, rude explorateur de la zone torride,
      Découvrira plus tard l’éclatante Floride
      Et le père des eaux, le vieux Meschacébé.
      Cet autre qui, casqué d’un morion bombé,
      Boucle au cuir du jambard la lourde pertuisane
      En flattant de la voix sa jument alezane,
      C’est l’aventurier grec Pedro de Candia,

      Lequel ayant brûlé dix villes, dédia,
      Pour expier ces feux, dix lampes à la Vierge.
      Il regarde, au sommet dangereux de la berge,
      Caracoler l’ardent Gonzalo Pizarro,
      Qui depuis, à Lima, par la main du bourreau,
      Ainsi que Carbajal, eut la tête branchée
      Sur le gibet, après qu’elle eut été tranchée
      Aux yeux des Cavaliers qui, séduits par son nom,
      Dans Cuzco révolté haussèrent son pennon.
      Mais lui, bien qu’à son roi déloyal et rebelle,
      Étant bon hidalgo, fit une mort très belle.

      À quelques pas, l’épée et le rosaire au flanc,
      Portant sur les longs plis de son vêtement blanc
      Un scapulaire noir par-dessus le cilice
      Dont il meurtrit sa chair et dompte sa malice,
      Chevauche saintement l’ennemi des faux dieux,
      Le très savant et très miséricordieux
      Moine dominicain fray Vincent de Valverde
      Qui, tremblant qu’à jamais leur âme ne se perde
      Et pour l’éternité ne brûle dans l’Enfer,
      Fit périr des milliers de païens par le fer
      Et les auto-da-fés et la hache et la corde,
      Confiant que Jésus, en sa miséricorde,
      Doux rémunérateur de son pieux dessein,
      Recevrait ces martyrs ignorants dans son sein.

      Enfin, les précédant de dix longueurs de vare,
      Et le premier de tous, marche François Pizarre.

      Sa cape, dont le vent a dérangé les plis,
      Laisse entrevoir la cotte et les brassards polis ;
      Car, seul parmi ces gens, pourtant de forte race,
      Qui tous avaient quitté l’acier pour la cuirasse
      De coton, il gardait, sous l’ardeur du Cancer,
      Sans en paraître las, son vêtement de fer.

      Son barbe cordouan, rétif, faisait des voltes
      Et hennissait ; et lui, châtiant ces révoltes,
      Laissait parfois sonner contre ses flancs trop prompts
      Les molettes d’argent de ses lourds éperons,
      Mais sans plus s’émouvoir qu’un cavalier de pierre,
      Immobile, et dardant de sa sombre paupière
      L’insoutenable éclat de ses yeux de gerfaut.

      Son cœur aussi portait l’armure sans défaut
      Qui sied aux conquérants, et, simple capitaine,
      Il caressait déjà dans son âme hautaine
      L’espoir vertigineux de faire, tôt ou tard,
      Un manteau d’Empereur des langes du bâtard.
      VI

      Ainsi précipitant leur rapide descente
      Par cette route étroite, encaissée et glissante,
      Depuis longtemps, suivant leur chef, et, sans broncher,
      Faisant rouler sous eux le sable et le rocher,
      Les hardis cavaliers couraient dans les ténèbres
      Des défilés en pente et des gorges funèbres
      Qu’éclairait par en haut un jour terne et douteux ;
      Lorsque, subitement, s’effondrant devant eux,
      La montagne s’ouvrit sur le ciel comme une arche
      Gigantesque, et, surpris au milieu de leur marche
      Et comme s’ils sortaient d’une noire prison,
      Dans leurs yeux aveuglés l’espace, l’horizon,

      L’immensité du vide et la grandeur du gouffre
      Se mêlèrent, abîme éblouissant. Le soufre,
      L’eau bouillante, la lave et les feux souterrains,
      Soulevant son échine et crevassant ses reins,
      Avaient ouvert, après des siècles de bataille,
      Au flanc du mont obscur cette splendide entaille.

      Et, la terre manquant sous eux, les Conquérants
      Sur la corniche étroite ayant serré leurs rangs,
      Chevaux et cavaliers brusquement firent halte.

      Les Andes étageaient leurs gradins de basalte,
      De porphyre, de grès, d’ardoise et de granit,
      Jusqu’à l’ultime assise où le roc qui finit
      Sous le linceul neigeux n’apparaît que par place.
      Plus haut, l’âpre forêt des aiguilles de glace
      Fait vibrer le ciel bleu par son scintillement ;
      On dirait d’un terrible et clair fourmillement
      De guerriers cuirassés d’argent, vêtus d’hermine,
      Qui campent aux confins du monde, et que domine
      De loin en loin, colosse incandescent et noir,
      Un volcan qui, dressé dans la splendeur du soir,
      Hausse, porte-étendard de l’hivernal cortège,
      Sa bannière de feu sur un peuple de neige.

      Mais tous fixaient leurs yeux sur les premiers gradins
      Où, près des cours d’eau chaude, au milieu des jardins,
      Ils avaient vu, dans l’or du couchant éclatantes,
      Blanchir à l’infini, les innombrables tentes
      De l’Inca, dont le vent enflait les pavillons ;
      Et de la solfatare en de tels tourbillons
      Montaient confusément d’épaisses fumerolles,
      Que dans cette vapeur, couverts de banderoles,
      La plaine, les coteaux et le premier versant
      De la montagne avaient un aspect très puissant.

      Et tous les Conquérants, dans un morne silence,
      Sur le col des chevaux laissant pendre la lance,
      Ayant considéré mélancoliquement
      Et le peu qu’ils étaient et ce grand armement,
      Pâlirent. Mais Pizarre, arrachant la bannière
      Des mains de Gabriel Rojas, d’une voix fière :
      Pour Don Carlos, mon maître, et dans son Nom Royal,
      Moi, François Pizarro, son serviteur loyal,
      En la forme requise et par-devant Notaire,
      Je prends possession de toute cette terre ;
      Et je prétends de plus que si quelque rival
      Osait y contredire, à pied comme à cheval,
      Je maintiendrai mon droit et laverai l’injure ;
      Et par mon saint patron, Don François, je le jure ! —

      Et ce disant, d’un bras furieux, dans le sol
      Qui frémit, il planta l’étendard espagnol
      Dont le vent des hauteurs qui soufflait par rafales
      Tordit superbement les franges triomphales.

      Cependant les soldats restaient silencieux,
      Éblouis par la pompe imposante des cieux.

      Car derrière eux, vers l’ouest, où sans fin se déroule
      Sur des sables lointains la Pacifique houle,
      En une brume d’or et de pourpre, linceul
      Rougi du sang d’un Dieu, sombrait l’antique Aïeul
      De Celui qui régnait sur ces tentes sans nombre.
      En face, la sierra se dressait haute et sombre.
      Mais quand l’astre royal dans les flots se noya,
      D’un seul coup, la montagne entière flamboya
      De la base au sommet, et les ombres des Andes,
      Gagnant Caxamarca, s’allongèrent plus grandes.
      Et tandis que la nuit, rasant d’abord le sol,
      De gradins en gradins haussait son large vol,
      La mourante clarté, fuyant de cime en cime,
      Fit resplendir enfin la crête plus sublime ;
      Mais l’ombre couvrit tout de son aile. Et voilà
      Que le dernier sommet des pics étincela,

      Puis s’éteignit.

      Alors, formidable, enflammée
      D’un haut pressentiment, tout entière, l’armée,
      Brandissant ses drapeaux sur l’occident vermeil,
      Salua d’un grand cri la chute du Soleil.

      https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Conqu%C3%A9rants_de_l%E2%80%99Or

    • Question @simplicissimus
      En cherchant l’ideogramme chinois pour l’or, j’ai trouvé un symbole de « triple or »

      https://fr.wiktionary.org/wiki/%E9%91%AB
      mais il n’y a pas de traduction ni définition pour ce signe. Gogol translate traduit par Xin et Xin veut dire nouveau, mais j’ai un doute.
      Est-ce que tu sait si un triple or fait un nouveau mot qui n’a pas de rapport direct à l’or ou est ce que ca veux dire qu’il y a trois fois plus d’or dans cet or ?

    • Merci @mad_meg de ta grande confiance en mes capacités ! et, surtout, merci de mobiliser ma curiosité qui ne demande que cela…

      Je ne suis pas sinisant, mais un peu de recherche en partant de ton idéogramme me donne des éléments de réponse. Apparemment, différents idéogrammes retranscrivent le même son, transcrit xīn (et parfois jīn, avec la même prononciation…, le trait horizontal, dont le nom typographique est un #macron est la marque du premier ton (haut et long dixit WP https://fr.wikipedia.org/wiki/Macron_(diacritique)#Transcription_du_chinois )

      cf. gg:translate (à l’écoute du robot qui prononce ces trois idéogrammes, je ne perçois pas vraiment de différence)
      https://translate.google.fr/#zh-CN/fr/金%0A鑫%0A新

      D’après Chine nouvelle et son dictionnaire (Xinhua, justement l’un des xin, comme pour Xin Jiang (ex-Sinkiang dans les transcriptions françaises anciennes)

      • 金 : or

      • 鑫 : ton « triple or », signifiant prospère (et pas d’autre info, si ce n’est que ce caractère est très utilisé pour les noms de commerce…)

      • 新 : nouveau

      Au passage, je trouve les articles de Chine nouvelle particulièrement bien faits… et tu peux apprendre à l’écrire (semble-t-il çar le lien demande une connexion à son compte gmail…)

      https://www.chine-nouvelle.com/outils/dictionnaire.html

    • De mon point de vue, un incontournable : L’Or de Blaise Cendrars

      L’Or (roman) — Wikipédia
      https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Or_(roman)

      L’Or (sous-titré La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter) est un roman de Blaise Cendrars paru chez Grasset en 1925. C’est le premier roman publié par son auteur, connu jusqu’alors pour ses poèmes (Les Pâques à New York, la Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France) et ses collaborations avec les peintres dans les milieux d’avant-garde.

    • Merci @simplicissimus j’étais sur que tu saurais résoudre cette énigme du « triple or » j’avais vu en effet beaucoup de logos commerciaux avec ce signe. Pour L’Or de Cendras je l’avais lu dans ma jeunesse mais je m’en souviens pas très bien, je vais voir si je te retrouve dans mes livres pour m’y replongé car c’est le moment de m’y mettre vu ma thématique actuelle.
      Et merci aussi pour le lien vers les mines sauvages des indiens du venezuela. Je vais regarder ca de près, ainsi que ce macron que j’ai pas bien compris ce que c’est ^^

    • Sinon sur l’or ca me fait toujours pensé à ce passage du deuxième chant de Maldoror - je pense pas l’utilisé mais j’en profite pour le collé ici

      Un jour, donc, fatigué de talonner du pied le sentier abrupte du voyage terrestre, et de m’en aller, en chancelant comme un homme ivre, à travers les catacombes obscures de la vie, je soulevai avec lenteur mes yeux spleenétiques, cernés d’un grand cercle bleuâtre, vers la concavité du firmament, et j’osai pénétrer, moi, si jeune, les mystères du ciel ! Ne trouvant pas ce que je cherchais, je soulevai la paupière effarée plus haut, plus haut encore, jusqu’à ce que j’aperçusse un trône, formé d’excréments humains et d’or, sur lequel trônait, avec un orgueil idiot, le corps recouvert d’un linceul fait avec des draps non lavés d’hôpital, celui qui s’intitule lui-même le Créateur ! Il tenait à la main le tronc pourri d’un homme mort, et le portait, alternativement, des yeux au nez et du nez à la bouche ; une fois à la bouche, on devine ce qu’il en faisait. Ses pieds plongeaient dans une vaste mare de sang en ébullition, à la surface duquel s’élevaient tout à coup, comme des ténias à travers le contenu d’un pot de chambre, deux ou trois têtes prudentes, et qui s’abaissaient aussitôt, avec la rapidité de la flèche : un coup de pied, bien appliqué sur l’os du nez, était la récompense connue de la révolte au règlement, occasionnée par le besoin de respirer un autre milieu ; car, enfin, ces hommes n’étaient pas des poissons ! Amphibies tout au plus, ils nageaient entre deux eaux dans ce liquide immonde !… jusqu’à ce que, n’ayant plus rien dans la main, le Créateur, avec les deux premières griffes du pied, saisît un autre plongeur par le cou, comme dans une tenaille, et le soulevât en l’air, en dehors de la vase rougeâtre, sauce exquise ! Pour celui-là, il faisait comme pour l’autre. Il lui dévorait d’abord la tête, les jambes et les bras, et en dernier lieu le tronc, jusqu’à ce qu’il ne restât plus rien ; car, il croquait les os. Ainsi de suite, durant les autres heures de son éternité. Quelquefois il s’écriait : « Je vous ai créés ; donc j’ai le droit de faire de vous ce que je veux. Vous ne m’avez rien fait, je ne dis pas le contraire. Je vous fais souffrir, et c’est pour mon plaisir. » Et il reprenait son repas cruel, en remuant sa mâchoire inférieure, laquelle remuait sa barbe pleine de cervelle.

      https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Chants_de_Maldoror/Chant_II

    • Encore une question pour @simplicissimus ou toute personne qui aurais des infos là dessus.
      Dans un interview sur la chaine Thinkerview mais je ne sais plus laquelle, le mec qui fait les entretiens dit que la Chine constituerait un stock d’or de manière à pouvoir étaloné le yuan sur l’or et prendre ainsi le dessus sur le dollar et faire du yuan la nouvelle monnaie de référence. J’en sais pas plus, mais si quelqu’un·e à des infos là dessus, ou sur cette rumeur, je suis prenneuse.
      Merci

      sur gogol j’ai trouver quelques infos de 2017 mais je sais pas ce que ca vaut
      https://www.loretlargent.info/crise/la-chine-adossera-le-yuan-%E5%85%83-a-l%E2%80%99or/7762
      https://www.businessbourse.com/2017/12/13/letalon-or-russo-chinois-signifie-fin-de-domination-dollar-americain
      https://medium.com/@Pierre_Paperon/alibaba-et-un-standard-mon%C3%A9taire-le-yuan-or-419b578c58d7
      https://blogs.mediapart.fr/jean-paul-baquiast/blog/170917/le-brics-prepare-la-mise-en-place-dun-nouvel-etalon-or

    • Une histoire de la ruée vers l’or, en Californie, à partir de 1848
      https://www.youtube.com/watch?v=XKxVyBo9jek

      Effondrement minier survenu sur la mine d’Elura située à 600 km à l’ouest-nord-ouest de Sydney, qui exploitait un gisement découvert dans les années 1970. Les mineurs y extrayaient de l’or, de l’argent, de l’ilménite, du leucoxène (altération de l’ilménite1), du zircon, du cuivre, du zinc et du plomb. L’effondrement s’est heureusement produit peu après le retrait des mineurs (et du matériel de chantier).

    • Dans l’Aude, la vallée de l’Orbiel minée par une pollution à l’arsenic
      https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/12/05/dans-l-aude-la-vallee-de-l-orbiel-minee-par-une-pollution-a-l-arsenic_539270
      #paywall je vais voire si il y a d’autres sources sur ce sujet.

      https://www.lindependant.fr/2018/11/14/pollution-a-larsenic-dans-lorbiel-suite-aux-intemperies-trois-associati
      –—

      https://www.lindependant.fr/2014/08/02/cet-arsenic-qui-empoisonne-la-vie-de-la-vallee-de-l-orbiel,1914128.php

      La préfecture a reconduit le 8 juillet un arrêté de 1997 interdisant la mise sur le marché des légumes-feuilles, légumes-racines, de thym ou d’escargots issus de huit communes.

      Le triste rituel est reconduit, chaque année, à de rares exceptions près, depuis 1997. Le 8 juillet, le préfet de l’Aude Louis Le Franc a, comme ses prédécesseurs, signé l’arrêté « portant suspension de la mise sur le marché des légumes feuilles, des légumes racines, des poireaux cultivés, du thym et des escargots ramassés dans la vallée de l’Orbiel, de ses environs et du site industriel de Salsigne ».

      C’est, comme pour les arrêtés des années passées, à de multiples analyses effectuées de 1997 à 2007 sur les végétaux que se réfère la préfecture. Arsenic, plomb, cadmium, mercure, voilà les éléments dont des « concentrations supérieures aux teneurs au-delà desquelles la sécurité des populations ne peut être garantie » ont été détectées.

      De quoi justifier ces suspensions de mise sur le marché des carottes, navets, choux, épinards, salades, mâche, blette, céleris branches et autres poireaux « cultivés sur des parcelles inondables, irriguées ou arrosées par des eaux en provenance de l’Orbiel et de ses affluents » : Villanière, Villardonnel, Conques-sur-Orbiel, Salsigne, Lastours et Villalier sont visées. Même mesure, donc, pour le thym et les escargots, avec une liste de villages concernés à laquelle viennent se rajouter Fournes-Cabardès et Limousis.

      –-----
      La mine d’or de Salsigne est un des sites les plus pollué en France.
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Mine_d%27or_de_Salsigne

    • Un bouquin sur le sujet signalé par @vanderling ;
      Ni or ni maître. Montagne d’or et consorts


      https://seenthis.net/messages/828122

      –—
      Au fait j’ai fait ce dessin il y a un bon moment mais il n’a pas encore été exposé et j’ai pas encore fait l’appli.
      J’ai pour le moment seulement un aperçu.

    • Merci @vanderling :)
      il fait 140x220cm
      –---

      RÉVÉLATIONS - FRANÇAFRIQUE : PARFUM DE CORRUPTION EN GUINÉE

      https://www.youtube.com/watch?v=j_whCfWEOds

      Un projet français capable de séduire des pontes du CAC 40 pour exploiter une mine de bauxite en Guinée tourne au vinaigre : entre paradis fiscaux et corruption, dictature tropicale et néocolonialisme, récit d’un incroyable scandale, au cœur d’une Françafrique qui ne veut pas mourir.

      L’enquête de Thomas Dietrich : https://www.lemediatv.fr/articles/enquetes/revelations-francafrique-parfum-de-corruption-en-guinee-KYxpRbuCQLyo39-sS5

  • J’ai envie de remettre en doute cette étymologie, écrite par des académiciens qui n’ont surement jamais été agriculteurs.

    http://www.expressions-francaises.fr/expressions-e/2456-etre-dans-les-choux.html

    Un parc de choux, c’est grand, assez espacé. Ça laisse bien la place aux adventices.
    Comme y’a peu de couverture, la pluie tasse bien le sol et crée un croute.
    On parle d’une époque où le paillage plastique, même en amidon n’existait pas.
    Faut désherber souvent, être méthodique surtout en début de culture.
    Donc qqun qui part dans les choux, tu ne le revois pas avant un bout de temps.
    Il est indisponible.

    Donc pas besoin de chercher une homophonie, juste lever son cul de sa chaise d’académicien, prendre sa houe et aller dans le champ.

    #populaire

  • The Unexplained Dancing Plague & Other Epidemics of Yore
    http://www.messynessychic.com/2018/06/14/the-unexplained-dancing-plague-other-epidemics-of-yore

    The human body is a miraculous piece of machinery. Try as they might, scientists can’t always seem to understand its power — and susceptibility — to the strangest situations throughout history. What happens when a meteorite causes a mental health calamity? Or a laughing epidemic? From ye old French dancing fits, to an entire village of ‘sleeping beauties’, the lesson we’ve learned from the majority of these epidemics is this: viruses are terrifying, but the mind is the most dangerous thing of all.

    #panic_sociale #phénomène_psychogénique_de_masse

    • Je ne connaissait pas cet épisode de religieuses miauleuses

      Apparently, medieval France was so excruciatingly boring, that even its clergy began getting in on the mass hysteria to spice things up. In the 15th century, a French nun inexplicably began to meow like a cat, shortly leading to the other nuns in the convent also meowing. Eventually all the nuns would meow together for a certain period every day, leaving the surrounding community astonished. The meowing epidemic continued until the police threatened to storm the convent and whip the nuns into silence. Not cat people then.

      –---

      M. Nicole racontait à ses amis l’histoire arrivée dans une communauté de Paris très-nombreuse, dont toutes les religieuses, chaque jour à la même heure, étaient atteintes d’un accès de vapeur qui les faisait miauler en chœur pendant plusieurs heures. Ces miaulements quotidiens étaient scandaleux ; pour les faire cesser, on imagina de frapper fortement leur imagination, et de leur déclarer que les magistrats enverraient aux portes du couvent une compagnie de soldats chargés au moindre miaulement qu’ils entendraient, d’entrer armés de verges dans l’intérieur, et d’y fustiger sans miséricorde les religieuses miaulantes : elles ne miaulèrent plus. — (Jacques-Antoine Dulaure, Histoire physique, civile et morale de Paris, tome V, Publications historiques, Paris, 1853, nouvelle édition)

      https://fr.wiktionary.org/wiki/miaulant
      –---
      Ici il est indiqué que ca se passait en Allemagne :
      https://books.google.fr/books?id=HsfRXs-_HdAC&pg=PA349&lpg=PA349&dq=religieuses+miaulements&sou
      –---

      https://books.google.fr/books?id=v8x3Gc1COJwC&pg=PA313&lpg=PA313&dq=religieuses+miaulements+hys

      –---

      Ici quelques infos de plus avec de la misogynie en bonus

      Au XVIIème siècle, dans le Poitou, une religieuse se met subitement à se comporter comme un chat : sans que l’on sache trop pourquoi, elle commence à grimper sur les toits et sur les branches, à miauler, et à chercher le curé pour calmer ses chaleurs. Possession démoniaque ou simple relent de zoophilie refoulée, le mal finit par contaminer tout le couvent, si bien qu’on se retrouve rapidement avec vingt-sept nonnes en train de miauler. Évidement, on convoque les exorcistes les plus chevronnés pour régler le problème, mais ce n’est que l’intervention de grenadiers armés de fouets qui finit par calmer ces étonnantes chattes en chaleur.

      https://motherboard.vice.com/fr/article/kb385v/le-guide-motherboard-des-hysteries-collectives

      Au milieu des vanes sexistes on apprend quant même que ce phénomène s’appel un « phénomène psychogénique de masse » et on trouve un lien vers les critères scientifiques de ces épidémies : www.psychoweb.fr/articles/psychopathologie/562-phenomenes-psychogeniques-de-masse-hysterie-colle.html

      Caractéristiques psychopathologiques

      Une étude de cas d’un syndrome psychogénique de masse(1) , présentée précédemment, décrit les caractéristiques essentielles de ce phénomène.
      Similarité de symptômes sur une période restreinte, chez un groupe de personnes.

      Plusieurs cas présentant des symptômes similaires sur une période allant de 1 à 30 jours : l’effet suggestif peut être très rapide, et la transmission s’initie alors dès le contact visuel et/ou sonore avec les premiers cas. Si la majorité des phénomènes psychogéniques ne durent que quelques jours(2), plusieurs "épidémies" ont perduré au delà de deux semaines, certaines présentant des périodes de rechutes étalant l’épidémie sur plusieurs mois, d’autres, plus rares, sur des années. Le nombre de victimes peut atteindre plusieurs centaines.
      Présence d’un cas index et de cas nodaux

      Il existe typiquement un cas index à l’origine de l’épidémie, à partir duquel celle-ci va se propager. Des cas particuliers, notamment des personnes considérées comme leaders sociaux, vont parfois accroître la propagation ou relancer l’épidémie. Ainsi, la « transmission » est d’autant plus aisée que le lien social est fort entre un cas avéré et une future victime.
      Sex-ratio et caractéristiques liées à la population.

      Les femmes sont plus touchées que les hommes, les enfants et adolescents représentent une population à risque. Il faut noter que dans de nombreux cas, par exemple en milieu scolaire, les adolescents seront victimes du syndrome tandis que les adultes présents ne le seront pas. Les patients stressés(3) ou présentant des troubles psychiatriques ont plus de risques de présenter les symptômes. Le milieu scolaire représente la moitié des cas(4), suivi des usines ou institutions (notamment les milieux hospitaliers), plus rarement le milieu familial.
      Etiologie et facteurs déclenchants

      L’étiologie est double car elle concerne à la fois les symptômes organiques observables et le phénomène de masse. Les symptômes observables sont régulièrement imputés à des facteurs chimiques, toxiques, parfois par commodité, bien que l’origine environnementale soit très rarement confirmée. La mise en place d’un syndrome psychogénique prend généralement sa source dans un évènement anxiogène déclencheur, comme un conflit sur le lieu de travail, une modification notable et mal vécue de l’environnement social, la perception d’un facteur chimique ou physique jugé dangereux, la simple rumeur d’un facteur de risque potentiel, etc.
      Mode de propagation

      Visuel et sonore, principalement par suggestion émotionnelle. Une personne a ainsi plus de chance de présenter les symptômes si elle a vu dans son entourage une personne malade, et ce d’autant plus si le lien socio-affectif qui les unit est fort.
      Caractéristiques des symptômes physiques

      Ceux-ci sont très peu spécifiques (céphalées, nausées, vomissement, rougeurs, démangeaisons…)(5), généralement bénins et déclinent rapidement. Plusieurs études ont montré qu’ils n’apparaissent souvent que sur le lieu de travail : une épidémie dont les nouveaux cas ne s’observent quasiment pas pendant le week-end ou les jours fériés doit être suspectée très tôt de présenter une forte composante psychogène. Les symptômes touchent principalement les sphères digestives, neurologiques et dermatologiques, que l’on sait par ailleurs en lien avec l’état psychologique de l’individu. Malgré les signes physiques, les examens médicaux sont normaux et le personnel médical ne peut généralement pas trouver de cause environnementale satisfaisante.
      Sensibilité à l’ampleur donnée au phénomène.

      La mobilisation d’effectifs sanitaires et sociaux, des médias, d’acteurs de la sécurité, renforce le phénomène. Certaines épidémies s’éteignent non par la résolution de problèmes sous-jacents mais par la diminution globale de l’intérêt porté aux cas et à la maladie.

      –—
      https://books.google.fr/books?id=nIU8AAAAcAAJ&pg=PA424&lpg=PA424&dq=nonnes+miaulent&source=bl&o

      –---
      Il semblerait qu’il y ai eu des miaulantes dans l’antiquité
      https://archive.org/stream/lhystrieauxxvi00abri/lhystrieauxxvi00abri_djvu.txt

      Au chapitre I de la section 3 (p. 116), il raconte que les femmes
      Argiennes « devinrent furieuses par contagion encore avant le
      temps d’Hippocrate »... « les iilles du roi étoient du nombre ; les
      femmes se croyoient des femelles bêtes, et les filles du roi se
      croyoient des vaches ».

      Plus loin : « Plutarque nous apprend qu’il régna une pareille
      épidémie parmi les filles Milésiennes, elles se pendoient pas troupes,
      leur gorge étant resserrée par des spasmes et des mouvemens
      convulsils, ell.’S avoient des vives sensations d’étranglement, qui
      leur inspiroiei.t cette sorte de désespoir. »

      -- 64 —

      Il parle de répidéraie de Lyon, rapportée par Primerose ; des
      religieuses d’Allemagne (les Nonains) : « Cardan nous apprend
      qu’elles étoient affîgées d’airections si violentes qu’elles se mordoient
      entre elles comme des enragées (XV *= siècle). »

      A Rome, « jusqu’à trente iîlles attaquées de cette maladie dans
      THôtel-Dieu des orphelins « . Toutes les filles d’une communauté
      « étoient saisies tous les jours à la même heure d’un accès de vapeur
      très singulier. C’étaient des miaulements ».

  • Les députés adoptent la définition d’une « fausse information » - | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/300518/les-deputes-adoptent-la-definition-d-une-fausse-information

    Désormais, la proposition de loi définit « une fausse information » comme « toute allégation ou imputation d’un fait dépourvue d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable ». Cette définition est en réalité beaucoup plus large que celle de « fausse nouvelle ». Mais, pour répondre aux inquiétudes du Conseil d’État, les députés ont ajouté une nouvelle condition à l’ouverture d’une procédure pour référé. En plus d’être « de nature à altérer la sincérité du scrutin » et d’avoir été diffusée « de manière artificielle ou automatisée et de manière massive », la « fausse information » doit désormais l’avoir été « de mauvaise foi ».

    Les députés ont répondu à une autre critique du Conseil d’État en précisant la durée d’application des mesures en période électorale. La version initiale faisait référence au décret de convocation des électeurs. Désormais, cette durée est limitée à trois mois.

    Les députés sont en revanche restés sourds aux demandes visant à exclure du champ d’application de la loi les sites d’information en ligne. « Détournée de l’esprit de la loi, cette procédure pourrait constituer le moyen de faire supprimer des informations publiées par la presse », s’inquiétait ainsi le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (le Spiil, dont Mediapart est adhérent) dans un communiqué diffusé le 10 avril. En effet, même sous le contrôle du juge, elle interviendrait en dehors des dispositions de la loi de 1881 qui garantit le juste équilibre entre liberté d’expression et protection des personnes et des institutions. »

    Toujours concernant la procédure de référé, les députés ont également décidé de ne pas l’ouvrir au grand public. Seuls le ministère public, un candidat ou une formation politique pourront saisir le juge.

    #ministère_de_la_vérité

    • Pfff ! c’est le jour des titres débiles (et, ici, FAUX !)

      Première phrase de l’article (le reste est sous #paywall, merci @mad_meg pour le contenu)

      La commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale a finalisé, mercredi 30 mai, l’écriture de la proposition de loi sur les fausses nouvelles, un texte controversé chargé de la délicate mission de lutter contre les opérations de désinformation durant les campagnes électorales.

      L’agenda de l’AN me dit que la première discussion en séance publique aura lieu le jeudi 7 juin 2018…

      EDIT

      oups ! ça c’est la loi organique
      http://www.assemblee-nationale.fr/15/dossiers/lutte_fausses_informations.asp

      la loi (tout court) c’est là
      http://www.assemblee-nationale.fr/15/dossiers/fausses_informations_lutte.asp

      (on notera la subtile différence de l’adresse…)

      Et le projet de la commission est (enfin sera) là
      http://www.assemblee-nationale.fr/15/ta-commission/r0990-a0.asp
      mais toujours débat public le 7 juin.

    • Ah merci @simplicissimus tu me rassure.
      et merci @james je reviens après avoir visionner ton lien.

      Voici la suite du texte sur médiapart

      À l’origine voulu par l’exécutif, ce texte avait finalement été déposé le 21 mars par le député LREM Richard Ferrand. Il prévoyait, dans sa version initiale, trois principales mesures applicables durant la durée des campagnes électorales. La première imposait plus de transparence aux grandes plateformes en rendant obligatoire l’affichage des commanditaires de « contenus d’information » sponsorisés. La deuxième créait une nouvelle procédure permettant de saisir le juge des référés pour obtenir, sous 48 heures, le déréférencement ou le blocage d’un site ou d’un compte diffusant « artificiellement et de manière massive » des fausses informations « de nature à altérer la sincérité du scrutin ».

      La troisième, enfin, renforçait les pouvoirs du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Il était proposé qu’il puisse refuser une convention et même suspendre la diffusion durant les périodes électorales d’une chaîne de télévision contrôlée par ou sous l’influence d’un État étranger et mettant en danger les « intérêts fondamentaux de la Nation » en se livrant « à une entreprise de déstabilisation de ses institutions, notamment par la diffusion de fausses nouvelles ».

      Lors de son passage devant les commissions des lois et des affaires culturelles, cette proposition de loi a été sensiblement modifiée. À commencer par son titre. Signe du malaise face aux risques de censure liés à la difficulté de déterminer la fausseté d’une information, le texte a été renommé « Proposition de loi relative à la lutte contre la manipulation de l’information ». Dans l’exposé de l’amendement, son auteur, le rapporteur LREM de la commission des affaires culturelle Bruno Studer, entend ainsi affirmer que cette loi « ne vise pas à lutter contre l’ensemble des fausses informations : celles qui sont diffusées à des fins humoristiques ou satiriques, ou par erreur, n’entrent pas dans le champ de la proposition de loi ».

      Ce sont pourtant bien les « fausses informations » qui sont toujours visées par la proposition de loi, notamment dans la nouvelle procédure de référé. Pour répondre aux critiques émises par le Conseil d’État dans un avis en date du 19 avril, les députés ont même précisé la définition d’une « fausse information ». Le texte initial renvoyait à l’article 27 de la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881, qui sanctionne la diffusion de fausses nouvelles, une notion jugée trop large par le Conseil d’État, qui craignait « qu’une atteinte disproportionnée puisse être portée à la liberté d’expression ».

      Désormais, la proposition de loi définit « une fausse information » comme « toute allégation ou imputation d’un fait dépourvue d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable ». Cette définition est en réalité beaucoup plus large que celle de « fausse nouvelle ». Mais, pour répondre aux inquiétudes du Conseil d’État, les députés ont ajouté une nouvelle condition à l’ouverture d’une procédure pour référé. En plus d’être « de nature à altérer la sincérité du scrutin » et d’avoir été diffusée « de manière artificielle ou automatisée et de manière massive », la « fausse information » doit désormais l’avoir été « de mauvaise foi ».

      Les députés ont répondu à une autre critique du Conseil d’État en précisant la durée d’application des mesures en période électorale. La version initiale faisait référence au décret de convocation des électeurs. Désormais, cette durée est limitée à trois mois.

      Les députés sont en revanche restés sourds aux demandes visant à exclure du champ d’application de la loi les sites d’information en ligne. « Détournée de l’esprit de la loi, cette procédure pourrait constituer le moyen de faire supprimer des informations publiées par la presse », s’inquiétait ainsi le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (le Spiil, dont Mediapart est adhérent) dans un communiqué diffusé le 10 avril. En effet, même sous le contrôle du juge, elle interviendrait en dehors des dispositions de la loi de 1881 qui garantit le juste équilibre entre liberté d’expression et protection des personnes et des institutions. »

      Toujours concernant la procédure de référé, les députés ont également décidé de ne pas l’ouvrir au grand public. Seuls le ministère public, un candidat ou une formation politique pourront saisir le juge. Les députés sont au passage revenus sur un des garde-fous prévus par le texte initial qui prévoyait que le tribunal de grande instance de Paris, réputé pour être plus habitué aux affaires de presse, aurait une compétence exclusive pour juger les référés. Les plaignants auront désormais le choix entre saisir le TGI de Paris ou leur tribunal « territorialement compétent ».

      Lire aussi

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      Concernant les pouvoirs du CSA, les députés ont introduit dans le texte une innovation majeure en offrant pour la première fois au conseil un pouvoir de contrôle sur l’Internet. Le rapporteur Bruno Struder a en effet proposé une réécriture totale de l’article 9, qui prévoyait à l’origine des obligations de transparence et de signalement pour les plateformes du Web. « Le Conseil supérieur de l’audiovisuel contribue à la lutte contre la diffusion de fausses informations », affirme dans son premier alinéa le nouvel article 9. Les plateformes auront l’obligation de mettre en place des mesures de signalement et de lutte contre les fausses nouvelles. Le CSA sera chargé de surveiller la mise en place de ces mesures et pourra, le cas échéant, formuler des recommandations.

      Les députés de la Nouvelle gauche et de la majorité de la commission des affaires culturelles se sont rejoints pour l’introduction d’une nouvelle série de mesures visant « à l’éducation aux médias et à l’information ». Celle-ci prévoit notamment de rendre obligatoire dans les collèges « une formation à l’analyse critique de l’information » dans le cadre des cours d’éducation aux médias déjà dispensés. Une autre mesure vise à inciter les plateformes du Web, les agences de presse, les éditeurs, les annonceurs et les organisations de journalistes à « conclure des accords de coopération relatifs à la lutte contre la diffusion des fausses informations ».

      Cette nouvelle version de la proposition de loi de « lutte contre la manipulation de l’information » doit maintenant être adoptée en première lecture par l’ensemble des députés le 27 juin avant d’être transmise au Sénat.

    • Dans tout le monde occidental, tels des lemmings hallucinés, on rédige et on vote des lois sur les fake news, alors même que personne n’est capable de faire une liste de faits susceptibles de démontrer qu’il y a un problème avec des fausses nouvelles.

      On voudrait démontrer qu’il existe un complot mondial pour réduire la liberté d’expression, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

      Et c’est pareil sur tous les domaines relatifs aux libertés et à l’économie. Partout, en même temps, on vote les mêmes lois sur les mêmes sujets. Si ce n’est pas concomitant, c’est relativement proche, à moins de 5 ans près.

    • Apparemment, la proposition de loi (et la loi organique qui ira avec) s’appelle maintenant :
      Loi relative à la lutte contre la manipulation de l’information

      (j’imagine à cause de la difficulté intrinsèque liée à la définition de la #fausse_information
      • manipuler, on peut l’établir, … encore que recopier une dépêche AFP, c’est déjà une manipulation…
      • fausseté de l’information, ça devient compliqué

      Au passage, lire les 5 sens recensés sur le Wiktionnaire…
      https://fr.wiktionary.org/wiki/manipuler

      je simplifie (manipule, quoi…)

      1. chimie, manier avec soin
      2. expérimenter (scientifique)
      3. tripoter
      4. employer avec aisance (dans les lieux ad hoc, ok, [ ] -> )
      5. figuré, exercer une action plus ou moins occulte (comme les coups de pieds du même nom, ah, tiens non, je suis rentré…)

    • Marrant, manipulation dans le Wiktionnaire, un peu différent (nettement plus complotiste)
      https://fr.wiktionary.org/wiki/manipulation
      (toujours en résumé)

      1. action de manipuler
      2. figuré, action de manipuler psychiquement
      3. action de diriger secrètement

      et toujours pas, d’ailleurs, de référence aux kinés, physios (dans d’autres pays francophones,…) et autres chiropracteurs…

      chiropracteur — Wiktionnaire
      https://fr.wiktionary.org/wiki/chiropracteur

      Personne qui traite par des manipulations diverses, notamment de la colonne vertébrale.

  • Radio France : S’adresser au médiateur (afin d’obtenir un certificat de #souchien isation Le lien

    http://mediateur.radiofrance.fr/mediateur

    Bruno Denaes est journaliste à Radio France depuis 1980. Il a été rédacteur en chef dans plusieurs stations locales (France Bleu), puis à France Info, avant d’en devenir le secrétaire général. Il est médiateur des antennes depuis août 2015.

    • De : mediateur@radiofrance.com

      Votre message a bien été envoyé au Médiateur des antennes de Radio France. Il est en cours de traitement.
      De : Monsieur XXXXXXXXXXXXXX
      Concernant la chaîne : France Culture

      Votre message :
      Monsieur,

      Pourriez vous, en tant que Médiateur des Antennes du Service Public de Radio France transmettre à Monsieur Finkielkraut (France Culture) une demande d’information sur la façon d’obtenir une carte de Souschien ?

      En effet, ce Samedi 9 Décembre 2017, étant cloué chez moi par une gastro-entérite (certificat médical possible) et je n’ai pu me rendre à l’enterrement officiel de Monsieur Johnny Hallyday né Jean-Philippe Smet.

      Ayant appris que Monsieur Alain Finkielkraut, de l’Académie Française dénonçait les non-souchiens qui brillaient par leur absence lors de l’hommage National à notre immense chanteur, je ne voudrai pas que ma famille en pâtisse.

      Quelle sont donc les formalités à remplir afin d’obtenir la carte de Souchien ?
      Nombre des auditr(ices)eur du service public doivent être intéressé(e)s par cette démarche.

      Ma famille, du côté maternel est française depuis de nombreuses générations (originaire de l’Aisne, une région martyre).

      Du côté paternel nous sommes de nationalité Française depuis 4 générations.
      Il y a bien eut un moment délicat, avec la naissance de mon grand père, qui bien que de parents ayant la nationalité française, a du faire une demande de naturalisation à sa naissance, mais ce n’est que broutille.

      Je vous rassure, durant la précédente occupation allemande, ma famille avait obtenu ses certificats d’aryanité, que je conserve pieusement dans les archives de ma famille.

      Ces éléments suffisent ils pour obtenir une carte de Souchien ?
      A qui envoyer, certificat de naissance, R.I.B. profil facebook, adresse IP de mon ordinateur, N° de GSM, . .

      Dans l’attente de vous lire, ou d’écouter les explications sur les démarches à faire afin d’obtenir ce certificat Républicain qui va s’avérer indispensable, je vous prie d’agréer, Monsieur le Médiateur des Antennes du Service Public de Radio France, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

      #souchien isation #france-culture #Finkielkraut

    • Sur Wiktionary, à propos du mot chien : https://fr.wiktionary.org/wiki/chien

      un chien regarde bien un évêque.
      si les chiens avaient des scies, il n’y aurait plus de poteaux. : (Proverbial) (Québec)
      qui couche avec les chiens se lève avec des puces.
      qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.
      les coups de bâton sont pour les chiens.
      il est comme le chien du jardinier qui ne mange point les choux et n’en laisse point manger aux autres.
      il y a trop de chiens après l’os.
      Pendant que le chien pisse le loup s’en va.
      merci, mon chien.
      bon chien chasse de race, ou les bons chiens chassent de race.
      le chien aboie, la caravane passe.

      à chair de loup dent de chien.
      à chien qui mord il faut jeter des pierres.
      à mauvais chien, âpre lieu.
      bon chien chasse de race, ou les bons chiens chassent de race.
      ce n’est pas pour les chiens.
      ce sont deux chiens après un os.
      cela n’est pas tant chien.
      c’est le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle.
      c’est saint Roch et son chien.
      c’est un chien qui aboie à la Lune.
      c’est une charrue à chiens.
      chien hargneux a toujours l’oreille déchirée.
      chien qui aboie ne mord pas.
      il est comme le chien du jardinier qui ne mange point les choux et n’en laisse point manger aux autres.
      c’est un chien sur de l’orge
      il n’attache pas son chien avec des saucisses.
      il ne faut point se moquer des chiens qu’on ne soit hors du village.
      il ne faut pas tuer son chien pour une mauvaise année.
      il n’est chasse que de vieux chiens.
      il n’est pas nécessaire de montrer le méchant au chien.
      il vaut autant être mordu d’un chien que d’une chienne.
      il y a trop de chiens après l’os.
      jamais bon chien n’aboie à faux ou vieux chien n’aboie en vain.
      le chien aboie, la caravane passe.
      les coups de bâton sont pour les chiens.
      leurs chiens ne chassent pas ensemble.
      merci, mon chien.
      pendant que le chien pisse le loup s’en va.
      petit chien, belle queue : Petit homme, bel esprit.
      qui couche avec les chiens se lève avec des puces.
      qui m’aime aime mon chien ou encore qui aime Bertrand aime son chien.
      qui veut noyer son chien l’accuse de la rage.
      si les chiens avaient des scies, il n’y aurait plus de poteaux.
      son chien est mort.
      un chien regarde bien un évêque.

      Pour aider Monsieur Finkielkraut à faire son émission de Samedi Matin sur France Culture.
      Vous voyez, je ne suis pas Chien.

    • La question ne sera pas posée à l’intéressé.
      Dommage.
      Une question de style sans doute.

      La dernière question publiée sur le site du médiateur date du 18/12/2017 à 16:35.
      On peut en conclure que cette demande éclaircissements sur les formalités administratives afin d’être reconnu sous chien par Monsieur Finkielkraut n’a aucun intérêt pour les référents culturels.

  • Une tranche de bifteck - Wikisource
    https://fr.wikisource.org/wiki/Une_tranche_de_bifteck

    Sandel avançait et reculait, surgissait à droite, survenait à gauche, léger de jambes et ardent de cœur, miracle vivant de chair blanche et de muscle offensif, s’échappant et bondissant comme une navette, accomplissant entre deux mouvements toute une série de gestes intermédiaires, combinés en vue de démolir Tom King, cet obstacle interposé entre lui et la fortune. Et Tom King, avec patience, endurait tout cela. Il connaissait son affaire et comprenait la jeunesse maintenant qu’elle ne lui appartenait plus. Rien à faire avant que l’autre eût perdu un peu de vapeur, pensait-il ; et il souriait en lui-même en se baissant exprès pour recevoir sur le crâne un coup lourdement asséné. C’était une malice, mais parfaitement conforme aux règles du jeu. Au boxeur de prendre soin de ses jointures, et s’il s’obstine à frapper l’adversaire sur le sommet de la tête, c’est à ses risques et périls.

    King aurait pu se baisser un peu plus et laisser le coup se dépenser à vide, mais il se souvenait de ses premiers assauts et de la façon dont il s’était brisé une première jointure sur la caboche de la Terreur du Pays de Galles. Il se conformait aux règles du jeu. Cette parade coûterait à Sandel une de ses jointures : non pas que le jeune homme dût s’en apercevoir sur-le-champ : il continuerait avec une superbe indifférence, frappant aussi dur que jamais jusqu’au bout de la bataille. Mais plus tard, lorsque commenceraient à se faire sentir les effets d’assauts multiples et prolongés, il regretterait cette jointure et se rappellerait comment il l’avait démolie sur la tête de Tom King.

    #boxe #malice #jack_london

    • malice donc :

      Quand la reprise approcha de sa fin, King, averti du fait par la vue des seconds qui se préparaient à bondir entre les cordes, s’arrangea pour mener la bataille vers son propre coin. Et dès que sonna le gong, il s’assit immédiatement sur son tabouret qui l’attendait, tandis que Sandel dut traverser toute la plate-forme en diagonale pour rejoindre son coin. C’était peu de chose, mais c’est le total de ces petites choses qui compte. C’était peu de chose, mais c’est le total de ces petites choses qui compte. Sandel fut obligé de faire ces pas supplémentaires, de dépenser cette minime somme d’énergie, et de perdre ainsi une partie de sa précieuse minute de repos. Au début de chaque reprise, King avançait de son coin en flâneur, obligeant ainsi l’autre à parcourir la plus grande distance. À la fin de chaque reprise, King manœuvrait pour attirer l’autre dans son coin et s’asseoir immédiatement.

    • Assis dans son coin et regardant son adversaire, il se prit à songer qu’en additionnant sa propre prudence et la jeunesse de Sandel, on obtiendrait un fameux champion du monde des poids lourds. Mais voilà l’ennui : Sandel ne deviendrait jamais un champion du monde : il lui manquait la prudence : il ne pouvait l’acquérir qu’au prix de sa jeunesse. Et quand il posséderait la prudence, il lui manquerait la jeunesse, dépensée à l’obtenir.