Et vous n’avez encore rien vu...

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  • Veronika Bennholdt-Thomsen et Maria Mies, Subsistance et économie mondialisée, 1997
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/11/18/perspective-subsistance-fr

    Nouvelle traduction et publication aux éditions La lenteur de « La perspective de subsistance » renommé en français en « La Subsistance, une perspective écoféministe ». Ici l’intro du livre.

    Si nous rapportons cette histoire, c’est parce qu’elle montre en quelques mots la différence de perspective entre Hillary Clinton et les villageoises de Maishahati. Leur perspective est une perspective d’en bas, qui se fonde sur ce qui est nécessaire à la vie ; c’est une perspective de la subsistance.

    Si l’on observe le monde depuis cette perspective, toutes les choses et toutes les relations nous apparaissent sous un autre jour. Il en va de même pour ce qui fonde une vie bonne : pour Mme Clinton et la plupart de ses sœurs riches au Nord, une vie bonne ne peut se fonder que sur beaucoup d’argent et une abondance de marchandises et de produits luxueux que l’on ne trouve que dans les pays du Nord ou au sein des classes les plus aisées dans le reste du monde. Pour elles, tous les autres modes de vie relèvent de la misère.

    La rencontre à Maishahati a sans doute été un choc culturel pour Mme Clinton. Elle s’attendait probablement à ce que les villageoises lui demandent humblement un peu d’argent pour l’un ou l’autre de leurs projets et qu’elles la regardent avec admiration, elle, l’épouse de l’homme le plus puissant au monde, venue du pays le plus riche du monde.

    Mais ce n’est pas ce qui s’est produit. Les femmes de Maishahati n’ont pas adopté la perspective par en haut de Hillary Clinton. Par leurs questions, elles montrent qu’elles se font une idée différente de la richesse et de la pauvreté. Elles n’ont pas besoin de supermarchés remplis de marchandises importées. Elles nous montrent l’absurdité de nos conceptions de la pauvreté, de la richesse et de ce qui fait une vie bonne.

    […]

    La crise actuelle nous permet aussi de comprendre que toutes les affirmations au sujet de la stabilité du système économique en place ne tiennent pas. Il ne peut plus nous échapper que l’accumulation des richesses entre les mains d’un nombre toujours réduit de personnes s’accompagne d’une pauvreté et d’un chômage toujours plus importants, qui touche de plus en plus de gens, même dans le Nord.

    Mais si on regarde le monde depuis le point de vue des villageoises du Bangladesh (et elles représentent la majorité des habitants de la planète), alors on se retrouve immunisé contre cette tendance au désespoir apocalyptique. Ce désespoir est le luxe d’une minorité choyée dans le Nord, qui empêche surtout cette minorité de comprendre que ses privilèges sont fondés sur le pillage et qu’une vie bonne pour tous (ce que nous appelons la subsistance) ne nécessite pas de tels privilèges. Les gens qui partagent cette orientation vers la subsistance n’attendent pas de grands changements sociaux de la part des institutions situées en dehors et au-dessus d’eux. Ils sont conscients de leur propre pouvoir et sont capables d’agir à la fois individuellement et au sein d’une communauté.

    #subsistance #écoféminisme #féminisme #femmes #sud #anti-industriel #économie #Éditions_La_Lenteur #Marie_Mies #Veronika_Bennholdt-Thomsen

    • « Apa [sœur aînée], as-tu des vaches ?

      — Non, je n’ai pas de vaches.

      — Apa, as-tu un revenu personnel ?

      — Eh bien, avant, j’avais un revenu personnel. Mais comme mon mari est devenu président et a déménagé à la Maison- Blanche, j’ai arrêté de gagner de l’argent.

      — Combien d’enfants as-tu ?

      — Une fille.

      — Tu aimerais avoir plus d’enfants ?

      — Oui, j’aimerais bien avoir un ou deux enfants de plus, mais nous sommes très heureux avec notre fille Chelsea. »

      Les femmes de Maishahati se regardèrent et murmurèrent :

      « Pauvre Hillary ! Elle n’a pas de vache, pas de revenu personnel et elle n’a qu’une seule fille. »

      Aux yeux des femmes de Maishahati, Hillary Clinton n’était pas autonome. Elles avaient de la peine pour elle.

  • Thomas S. Kuhn, La vérité scientifique n’a pas besoin d’être unique, 1995
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/11/16/kuhn-itw

    Thomas S. Kuhn (1922-1996) a enseigné successivement aux universités Harvard, Berkeley et Princeton, avant de terminer sa carrière au Massachusetts Institute of Technology de Cambridge (Massachusetts). Après avoir consacré en 1957 un travail à La Révolution copernicienne (le Livre de poche, Biblio Essais, 1992), il a publié en 1962 un livre, La Structure des révolutions scientifiques (Flammarion, 1983), qui a durablement marqué l’histoire et la philosophie des sciences.

    Une conception discontinuiste du développement de la connaissance se trouve au centre de ce dernier ouvrage. Loin d’être linéaire, le progrès scientifique s’accomplit par « bonds » et par « coupures ». Les plus importantes de ces mutations correspondent à des moments où la communauté des chercheurs remet en question les cadres fondamentaux de sa vision du monde, où elle passe d’un « paradigme » à un autre – le nouveau paradigme ayant pour fonction de définir l’espace des croyances et des recherches possibles jusqu’à ce qu’il soit, à son tour, remis en cause par l’effet de nouvelles découvertes.

    En rompant ainsi avec l’idée, chère à Popper comme à la tradition classique, selon laquelle la science se rapprocherait inéluctablement d’une vérité préexistante et unique, Kuhn a souligné ce que les connaissances scientifiques d’une époque doivent au langage, à la culture, bref à la convention. Il n’a cependant cessé de lutter contre certaines interprétations « extrémistes » de sa pensée, ainsi qu’en témoignent les textes réunis dans La Tension essentielle (Gallimard, 1990).

    Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Thomas S. Kuhn, en jetant un regard sur l’ensemble de son œuvre, effectue le bilan d’un demi-siècle de recherches.

    #Thomas_Kuhn #philosophie #histoire #épistémologie #science #langage

    • Thomas Kuhn et la notion de paradigme scientifique | Pierre Macherey
      https://philolarge.hypotheses.org/annee-2007-2008

      Si le livre de Kuhn a été perçu, à juste titre, comme radicalement innovant et a fait en conséquence l’objet de violentes polémiques, c’est d’abord [...] en raison de son caractère expressément réactif et polémique : il remettait en cause sur le fond une conception de la connaissance scientifique, reçue jusqu’alors dans le monde anglo-saxon comme une évidence, dont les maîtres mots étaient neutralité et progressivité sur fond de continuité. Neutralité : Kuhn refuse de considérer que l’investigation scientifique puisse se dérouler dans un champ non balisé, non orienté, non préalablement structuré selon certaines lignes de forces qui, en lui ouvrant certaines voies, lui en ferment d’autres en mettant en place tout un système d’intérêts préférentiels et d’interdits, donc des contraintes. Progressivité continue : Kuhn nie que la science, si on peut dire qu’elle « avance », le fasse de manière cumulative en additionnant les unes aux autres des connaissances produites chacune pour elle-même et dont la valeur de vérité ou de non falsifiabilité ait été établie isolément, sans tenir compte de la relation qu’elles entretiennent avec d’autres positions de savoir auxquelles elles sont organiquement liées. Ces deux refus relèvent d’une logique commune : la conception cumulative du développement des connaissances suppose que celui-ci s’effectue sur la base d’atomes de savoir flottant librement dans le vide, ce qui est la condition pour que ceux-ci puissent faire l’objet d’un examen rigoureux et lucide, exempt de tout risque de confusion et de préjugé, comme l’exige un idéal de scientificité qui exclut toute compromission dans sa recherche de la vérité. Or l’image de la science bâtie à partir de cet idéal est, selon Kuhn, complètement coupée des réalités du travail de la connaissance, qui dépend de conditions dont rien ne permet d’affirmer qu’elles soient de part en part rationnelles, au sens d’une rationalité réfléchie et consciente, relevant des seules exigences de la logique et de l’expérimentation. Etant reconnue l’inadaptation de cette représentation pure et désintéressée de la science, il faut en conséquence lui substituer une tout autre conception : celle, selon Kuhn, d’une connaissance qui procède de manière, non analytique ou fragmentaire, mais synthétique ou globalisante, en insérant à chacune de ses époques ses actes de pensée et ses procédures expérimentales dans des « paradigmes » ayant chacun leur nécessité propre, et en conséquence exerçant une contrainte spécifique sur les acteurs de la connaissance, les savants ; ce dont il résulte que, si la science progresse, elle ne parvient à le faire qu’en passant de paradigme en paradigme : or ce passage ne peut s’effectuer par transition continue, mais suppose des crises par lesquelles les paramètres du savoir sont tous ensemble, et non séparément, remis en cause, ce qui est la condition pour que s’opèrent les grandes « révolutions scientifiques » qui jalonnent l’histoire des connaissances humaines sur le monde, révolutions dont les grands exemples sont la révolution copernicienne (à laquelle Kuhn avait consacré tout un ouvrage avant d’élaborer et de publier sa théorie générale des révolutions scientifiques), la révolution newtonienne et la révolution einsteinienne.

      http://philolarge.hypotheses.org/files/2017/09/19-03-2008.pdf

    • Avons-nous besoin de « paradigmes » ? | Bruno Latour
      https://books.openedition.org/pressesmines/164?lang=fr

      On lui a attribué l’idée de briser la Science en morceaux incommensurables et d’en faire une aventure « purement sociale » au cours de laquelle des révolutionnaires finiraient par renverser des paradigmes en s’appuyant sur les anomalies, les contre-exemples, les déchets des paradigmes contraires. On a fait de lui le père de ce monstre qu’est « la construction sociale des sciences ». Jamais accusation ne fut plus injuste, car toute sa vie il détesta le sociologisme. Le malentendu s’explique pourtant facilement. Kuhn utilise souvent des métaphores psychologiques assez calamiteuses, comme celle de ces dessins dans lesquels on peut voir alternativement une femme au miroir ou une tête de mort. On a cru que les paradigmes opéraient comme des vues du monde, des interprétations toutes justes, toutes fausses, d’un monde à jamais inaccessible dans lesquelles s’obstinaient aveuglément des scientifiques bornés jusqu’à ce qu’ils soient remplacés par d’autres, formés à d’autres regards, d’autres écoles. Bref, on a fait du paradigme une sorte de prison derrière les barreaux de laquelle des chercheurs regardent la réalité sans pouvoir jamais la saisir.

      Or, le paradigme, malgré les exemples empruntés à la psychologie de la Forme, n’est pas une métaphore optique. Un paradigme n’est pas une vision du monde. Il n’est pas une interprétation et encore moins une représentation. Il est la pratique, le modus operandi qui autorise des faits nouveaux à émerger. Il ressemble plus à une route qui permet d’accéder à un site expérimental, qu’à un filtre qui colorerait à jamais les données. Un paradigme agit plutôt à la manière du tarmac d’un aéroport. Il rend possible, si l’on peut dire, « l’atterrissage » de certains faits. On comprend mieux l’importance pour Kuhn de tous les aspects sociaux, collectifs, institutionnels de ces paradigmes. Rien de toute cette matière n’allait affaiblir, à ses yeux, la vérité des sciences, leur commensurabilité, leur accès à la réalité. Au contraire, en insistant sur les aspects matériels de ce qui permet aux faits « d’atterrir », on allait comprendre aussi, d’après lui, pourquoi les sciences avancent d’une façon aussi conservatrice, aussi lente, aussi visqueuse. Pas plus qu’un hydravion ne peut atterrir à Orly, un quanta ne peut « se poser » chez Newton. Inutile de s’arracher les cheveux en prétendant que les paradigmes sont devenus incommensurables et que l’unité des sciences a été brisée. Non, mesurons plutôt le coût fantastique d’une modification de paradigme. Kuhn incarne les théories au point que l’on pourrait utiliser, pour suivre leur histoire, des métaphores techniques plutôt que mentales.

  • François Jarrige, Sobriété énergétique, un nouvel oxymore ?, 2020 – Et vous n’avez encore rien vu…
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/10/10/jarrige-sobriete

    Certains annoncent la miraculeuse fusion nucléaire, d’autres attendent tout des énergies dites renouvelables, alors que l’électricité et l’hydrogène sont présentés comme plus écologiques, sans parler des innombrables promesses qui circulent autour de l’ « énergie libre » obtenue au moyen de dispositifs capables de produire une énergie supérieure à celle qu’ils reçoivent, et qui offrirait donc un potentiel de puissance gratuit et presque infini, seul l’omerta des grands groupes énergétiques capitalistes empêcherait son développement. Ces promesses d’énergies infinies et quasiment gratuites réactivent le vieux rêve du mouvement perpétuel, elles fleurissent et circulent en maintenant vivant le mythe sclérosant selon lequel un génie ou une innovation miraculeuse pourrait nous sauver.

    Mais cette quête incessante du graal énergétique détourne d’autres trajectoires plus modestes et sans doute plus réalistes. La domination croissante de l’écologie modernisatrice et technophile prolonge et réactive aujourd’hui l’ancien solutionnisme technologique né au milieu du XIXe siècle lorsque s’est installée la société industrielle et ses nouvelles représentations positives de l’innovation [1]. Mais ce techno-fix, ou confiance excessive dans le remède technologique, devient de plus en plus problématique à mesure que les destructions et impasses du modèle énergétique dominant sont mieux documentées.

    […]

    L’innovation et les convertisseurs permettant de tirer profit des sources d’énergie primaires renouvelables ne sont pas la solution aux défis écologiques, ils sont un des instruments qui doit accompagner la sobriété et la décroissance des productions et consommation tout en réinventant un autre rapport au monde.

    Loin d’une nouveauté, il faut par ailleurs rappeler combien la sobriété a longtemps été une évidence. Elle était dominante lorsque l’accès à l’énergie était marqué par des contraintes importantes, faisant de fait des mondes anciens des sociétés de faible intensité énergétique. Durant une grande partie de l’histoire humaine, les populations ont su s’organiser pour répartir des sources d’énergies peu abondantes, gérer la pénurie pour se chauffer, s’alimenter, se déplacer, ou produire des biens. Par la suite la sobriété a de plus en plus été interprétée, à partir du XIXe siècle, comme un signe de misère ou de retard.

    […]

    La sobriété apparait dans des choix rendus invisibles par la fascination dominante pour les grandes technologies puissantes utilisant les énergies fossiles. Beaucoup d’acteurs font pourtant d’autres choix, au grand dam des modernisateurs. Ainsi, l’essor de la production et de la consommation passe souvent au XIXe siècle par l’adoption des petits moteurs simples et fabriqués localement, comme les manèges de chevaux, les manivelles et autres dispositifs modestes et robustes permettant d’accroître la force disponible et le travail, sans passer par les technologies de la vapeur, en particulier dans les pays comme la France qui manquaient structurellement de charbon et de pétrole.

    Il est important aujourd’hui d’étudier l’industrialisation en s’écartant de la fascination pour les machines puissantes fondées sur les combustibles fossiles, pour retrouver ce que faisaient réellement les acteurs, quels types d’outils et d’équipement ils utilisaient au quotidien.

    #François_Jarrige #énergie #sobriété #oxymore #capitalisme #low-tech

  • Jean-Marc Lévy-Leblond, La culture scientifique, pourquoi faire ?, 2014
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/09/15/levy-leblond-culture

    Pour étayer ce jugement assez brutal, d’abord une constatation simple : ni dans la formation des futurs scientifiques, ni dans l’évaluation de leur carrière n’interviennent de considérations liées à leur culture – professionnelle, j’entends. Il ne viendrait à personne l’idée d’enseigner l’art sans le référer intimement à son histoire. Même chose pour la philosophie : l’histoire de la philosophie fait partie intégrante de la philosophie. On ne saurait imaginer enseigner la philosophie sans que, de Platon à Descartes, de Kant à Husserl, toute son histoire soit nécessairement présente.

    Tel n’est pas le cas, en tout cas depuis un siècle environ, pour la science. Un siècle dis-je, car, au XIXe siècle, les méthodes de formation des scientifiques étaient très différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui. Nos prédécesseurs avaient une culture générale bien supérieure. La plupart d’entre eux, étant donné leurs origines sociales, étaient éduqués dans le contexte des humanités classiques et, par exemple, savaient le grec et le latin. Aujourd’hui, si les jeunes physiciens connaissent évidemment les noms de Newton, Galilée et Einstein, 99 % d’entre eux n’en n’ont pas lu une seule ligne – et ne sont d’ailleurs nullement censés en avoir besoin. À l’inverse, aucun jeune artiste ne se contenterait de connaître les noms de Botticelli, Delacroix ou Picasso sans avoir étudié leurs œuvres et sans les avoir présentes à l’esprit.

    L’idée de culture scientifique me semble donc désigner au mieux une sorte d’horizon, vide pour l’instant.

    #science #culture #culture_scientifique #Jean-Marc_Lévy-Leblond

  • Deux démontages en règle du concept de "transition" extrêmement sourcés et chiffrés, comme toujours avec Jean-Baptiste Fressoz.

    Jean-Baptiste Fressoz, Pour une histoire des symbioses énergétiques et matérielles, 2021
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/08/11/fressoz-symbioses

    Ces dernières années ont vu paraître de nombreux ouvrages portant sur l’histoire de l’énergie. On peut se réjouir de ce renouveau d’intérêt, on peut aussi regretter que ces ouvrages se soient placés sous la bannière de la « transition ». Avec l’urgence climatique, ce mot a acquis un tel prestige, une telle centralité, que les historiens en sont venus à l’employer pour décrire toutes sortes de processus, y compris ceux qui furent, à rigoureusement parler, des additions énergétiques

    Jean-Baptiste Fressoz, La « transition énergétique », de l’utopie atomique au déni climatique, 2022
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/08/12/fressoz-utopie-atomique

    Cet article propose une généalogie de la « transition énergétique » aux États-Unis, après la seconde guerre mondiale. Comme s’est construite cette vision particulière du passé et du futur de l’énergie ? Quels experts l’ont portée ? Dans quel contexte politique, scientifique et industriel a-t-elle émergé ? Et quel rapport entretient-elle avec l’histoire de l’énergie ? En répondant à ces questions, cet article contribue à trois historiographies. La première est celle de la fabrique de l’ignorance ou « agnotologie ». Les campagnes climatosceptiques des compagnies pétrolières ont déjà été bien étudiées par les historiens des sciences [3] et je voudrais contribuer à cette question en décalant le regard. Je m’intéresse moins au climatoscepticisme stricto-sensu qu’à une forme plus subtile, plus acceptable et donc beaucoup plus générale de désinhibition face à la crise climatique : la futurologie de « la transition énergétique ». Or au sein de cette dernière, l’histoire, un certain type d’histoire de l’énergie, a joué et continue de jouer un rôle crucial.

    […]

    Cet article montre que si la notion de transition n’est pas un bon descripteur des transformations passées c’est tout simplement parce que ce n’était pas son but : l’idée ne vient pas d’une observation du passé, mais de l’anticipation du futur ; elle ne vient pas des historiens, mais du milieu de la prospective énergétique.

    Enfin, cet article propose une histoire – partielle car centrée sur la généalogie de la transition – d’un domaine encore peu exploré par les historiens : celui de la futurologie énergétique [10]. Il se base sur l’étude de rapports d’experts, de discours et de visualisations qui traitent à la fois du passé et du futur de l’énergie.

    #Jean-Baptiste_Fressoz #transition #énergie #Histoire #climat #écologie #nucléaire #accumulation #capitalisme

  • Gerald Joyce, La définition de la vie par la NASA, 2013 – Et vous n’avez encore rien vu…
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/08/06/joyce-vie

    La définition de la vie par la NASA et cette interview qui en retrace l’histoire sont symptomatiques de la confusion de la pensée qui se prétend scientifique sur les notions et concepts généraux qui devraient être au fondement de la réflexion sur ce que sont les êtres vivants en tant qu’objets physiques, c’est-à-dire les bases mêmes de la biologie. Nous en proposons une traduction inédite et une analyse critique.

    #vie #êtres_vivants #vivant #NASA #biologie #science #évolution

    • Etranges réflexions de ce commentateur : il confond la définition (qui est effectivement de l’ordre de l’information) avec l’objet défini.
      Il confond également la vie collective et l’existence d’un élément minimal de représentation de la vie... donc la vie sur Terre (sa construction spécifique sur les millions d’années) et la définition d’une vie abstraite qui peut servir à définir d’autres formes de vie, ce qui était l’objectif de cette définition de Gerald Joyce et la Nasa.
      Le tout au nom d’une critique de la science... pas mal quand on confond « la carte et le territoire » :-)

  • Gabrielle Hecht, Uranium & Rayonnement, 2016
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/08/04/nuke-hecht

    Pradel aimait convoquer l’exemple de la mine de Margnac, dans le Limousin, qui produisait un minerai de haute qualité, comme modèle de l’approche en matière de radioprotection. Avec ses collègues, ils décrivaient non sans fierté de quelle façon la nucléarité de la mine était cartographiée à l’aide de tableaux retraçant l’exposition au radon du personnel de chacune des « divisions minières de France métropolitaine ». Les données avancées par les ingénieurs ne concernaient toutefois que les mines de la France métropolitaine. Les mines du CEA à Madagascar étaient tout simplement absentes de ces tableaux, alors que le minerai malgache était reconnu pour sa qualité élevée et sa forte émission de rayons gamma. Aussi, bien que la présence de films dosimétriques suggérât la dangerosité de l’activité de travail, les mineurs malgaches ne disposaient pas d’appareils de mesure adaptés et n’étaient pas non plus informés des risques encourus, pas plus qu’ils n’avaient accès au niveau d’exposition de leur lieu de travail. Ce faisant, les questions de santé au travail n’ont pas été thématisées par les mineurs comme relevant d’un problème collectif.

    #nucléaire #CEA #colonialisme #nucléarité #extractivisme

  • Radio : Barbara Stiegler, L’idéologie du libéralisme autoritaire, 2020

    #Barbara_Stiegler, professeure de philosophie politique à l’université Bordeaux-Montaigne, analyse comment les cabinets de conseil comme McKinsey ou la BVA Nudge Unit, se basant sur les sciences comportementales ont inspiré la gestion de l’épidémie de Covid-19 ces dernières années. Et plus généralement comment l’idéologie des #biais_cognitifs et des « #nudges » constituent des éléments pseudo-scientifiques servant à justifier la forme autoritaire que prend le #libéralisme aujourd’hui.

    https://sniadecki.wordpress.com/2022/07/28/rmu-stiegler

  • Nicole Athea, Médicalisation de la vie reproductive des femmes, 2020 – Et vous n’avez encore rien vu…
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/07/10/athea-medicalisation

    La pilule était presque devenue le synonyme de contraception, bien que d’autres moyens fussent existants, et que selon les périodes de leur vie, les besoins des femmes diffèrent. Sur le plan individuel, les médecins ont été les vecteurs de cette norme contraceptive « tout pilule » à travers leurs prescriptions si ce n’est totalitaire, du moins totalisante. La France a été, et reste, un des pays européens dont la couverture contraceptive est la plus élevée, et le pays dans lequel l’utilisation de pilule a été la plus importante, alors que les autres moyens contraceptifs étaient beaucoup moins prescrits […] Pourtant, elle reste aussi un pays dans lequel les avortements restent très nombreux et stables en nombre : autour de 200 000 par an, ce que N. Bajos nomme « le paradoxe français » (Bajos, Ferrand, 2002a). Ce paradoxe souligne, entre autres, l’inadéquation de la pilule pour assurer une protection efficace des femmes, puisque, parmi celles qui vont faire une IVG, une sur deux est sous pilule. On sait que les oublis de pilule sont nombreux, estimés aujourd’hui à un oubli tous les trois mois. Malgré ces informations, la pilule comme moyen contraceptif privilégié a poursuivi son chemin.

    Peut-on penser que les intérêts des laboratoires pharmaceutiques distribuant les contraceptifs oraux n’ont pas influencé les politiques et les médecins dans ce choix contraceptif ? L’influence des laboratoires sur les prescriptions médicales, bien établie, n’est pas sans permettre de le penser

    […]

    Il n’est pas sans intérêt de constater qu’après la médiatisation de cet accident vasculaire, ce sont les femmes qui ont voulu changer de contraception (Le Guen et al., 2017) ; l’utilisation de pilule a beaucoup baissé, et le préservatif et le stérilet ont été leurs nouveaux choix. Et il n’y a pas eu d’augmentation des IVG comme certains médecins le prédisaient. Ce sont donc les femmes qui ont imposé aujourd’hui une plus grande diversité contraceptive, mieux adaptée à leurs besoins.

    […]

    Les procréations médicalement assistées (PMA) posent le problème d’une réponse exclusivement médicale à une question essentiellement sociale […] Ces techniques ont une efficacité très médiocre et leur lourdeur ainsi que les risques pour les femmes et les enfants doivent être soulignés. Mais c’est un nouveau marché qui s’est mis en place, dont les enjeux économiques au premier plan priment souvent sur l’intérêt des femmes.

    […]

    Quant au don de sperme ou d’ovule utilisé dans certaines PMA, le tri médical des donneurs en France, ou la possibilité de choisir les caractères d’un donneur rétribué à l’étranger ont une fonction de plus en plus eugéniste, par la multiplication des contrôles réalisés chez les donneurs. Ainsi, le rôle essentiel des PMA est moins de traiter la stérilité que d’assurer une biologisation de la parentalité, dont elles ont ainsi modifié la représentation, comme elles ont transformé la représentation de l’enfant. Le fantasme d’un enfant parfait, dont on définit au mieux les attributs, a pris corps, comme a pris corps l’idée que les PMA sont un nouveau mode de conception.

    […]

    Ces techniques sont déjà à l’œuvre dans certains pays si l’on peut se les offrir, et sont déjà utilisées par des couples n’ayant aucun problème de fertilité et voulant choisir les caractères techniquement accessibles de leurs enfants. Les nouvelles possibilités de contrôle et de modification du génome ouvrent la porte à des possibilités très élargies de choix parental. L’eugénisme qui ne peut que s’étendre n’est pas l’œuvre d’un diktat politique, mais est promu par les PMA, qui en ont modifié les représentations sociales, en redorant le blason d’un eugénisme positif. On ne peut oublier que l’adoption est une solution sociale possible pour des personnes qui souhaitent vivre une relation de parentalité, permettant à des enfants vivants de trouver une famille ; les enfants dans cette situation sont nombreux, dans un monde où les inégalités, qu’il faut continuer à combattre, sont majeures et s’accroissent. Pourtant, l’adoption a beaucoup diminué depuis le développement des technologies de reproduction, démontrant comment les PMA représentent une biologisation de la procréation avant que d’être un moyen pour vivre une relation parentale avec un enfant ; si l’adoption n’est pas simple, les professionnels qui s’en occupent demandent des aménagements de son cadre qui la faciliteraient. Mais comparée aux PMA, qui n’ont rien de simple non plus, elle permet d’assurer le projet parental dans la quasi-totalité des cas, contrairement aux PMA.

    […]

    la « stérilité » est aujourd’hui avant tout une construction sociale, d’une part liée à la réduction du temps d’exposition à la grossesse et au retard apporté à la conception et, d’autre part, au changement de définition de la stérilité qui se caractérise par un délai d’attente. En effet, ce délai a été réduit à un an dès l’introduction des PMA, alors qu’il était de deux ans auparavant, ce qui a permis d’inclure de plus en plus de femmes non stériles mais « impatientes »

    […]

    Cette médicalisation de la conception qui inclut beaucoup plus de femmes pressées que de femmes stériles est donc bien devenue un nouveau mode de conception. De la représentation sociale de la stérilité fréquente et de celle de l’efficacité des PMA, surévaluée, il résulte une entrée rapide en FIV. Cette surmédicalisation conduit les femmes à être exposées à des traitements dont les effets secondaires sont nombreux, les risques à long terme non nuls, et à un vécu difficile qu’elles doivent supporter pour des résultats bien maigres. Et cela, sans évoquer le nombre important de pathologies de grossesse et de prématurité post PMA. Ce qui signifie que rentrer avec un enfant à la maison ne veut pas toujours dire rentrer avec un enfant en bonne santé. Le coût social de ces situations est très important, et pas seulement en termes financiers, mais en termes de bien-être des personnes qui aujourd’hui définit la santé.

    […]

    Il est possible que les banques de gamètes s’ouvrent en milieu libéral, ce qui conduira à une rétribution des donneurs qui fera sortir la France d’une politique de gratuité du don, concept de haute importance de santé et d’éthique, qu’elle avait tenu jusqu’à présent. Cette ouverture représente une aubaine pour des appétits mercantiles qui ont permis à des banques telles Cryos de se développer au Danemark, ou celles du Dr Pellicero, médecin espagnol qui affiche un chiffre d’affaires de 140 millions d’euros par an avec les dons de sperme, d’ovocytes…, activités qui représentent une marchandisation des produits du corps humain. De tels projets sont en préparation en France ; certains médecins s’y attellent, et ils sont soutenus par les associations de femmes comme Maman ‘solo et d’autres.

    […]

    Une étude du Transparency Market Research fait état de 4,8 milliards d’euros dépensés pour les PMA au plan mondial. Quand on connaît un tant soit peu le sort fait aux enfants vivants dans le monde, qu’une telle somme soit allouée à « une stérilité » qui est plus une construction sociale qu’un problème médical a quelque chose d’indécent. […] On doit constater que le sort fait à une volonté d’enfant qui, le plus souvent, ne trouvera pas sa solution dans une PMA, est mieux pris en compte aujourd’hui que le quotidien d’enfants vivants, dont on connaît la fragilité et le risque de mortalité accrue quand ils sont sans abri.

    #femmes #maternité #contraception #pilule #DIU #IVG #PMA #FIV #santé #santé_publique

  • Céline Pessis & Sara Angeli Aguiton, Les petites morts de la critique radicale des sciences, 2015
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/06/19/pessis-aguiton-critique-sciences

    Si la critique (et l’autocritique) des sciences a une histoire articulée à celle de l’écologie politique, son héritage est aujourd’hui invisible. Comment expliquer l’absence de transmission, entre générations de chercheurs comme au sein de la mouvance écologiste, de la mémoire de ce mouvement de critique radicale des sciences des années 1970 ? Après avoir éclairé les formes de l’engagement critique des scientifiques durant l’entre-deux-mai (1968-1981), cet article propose quelques pistes afin de rendre compte des reconfigurations sociales, politiques et institutionnelles qui ont produit une telle occultation. L’étude de deux moments est privilégiée : la reprise en main politico-industrielle de la recherche au tournant des années 1980, qui vient offrir aux chercheurs un nouvel ethos scientifique mêlant vulgarisation et innovation ; et le tournant réformiste « sciences-société » des années 2000, qui, tout en poursuivant une régulation libérale des innovations technocapitalistes, entend gérer le renouveau contestataire par l’inclusion de la société civile.

    #critique_techno #science #scientisme #Grothendieck #Serge_Moscovici #Histoire

    • Les conflits environnementaux et les nouvelles mobilisations ont grandement préoccupé les institutions européennes et nationales, qui raffinent leurs techniques de gouvernement pour les gérer. À l’échelle européenne, un arsenal d’instruments est alors développé afin de mesurer l’opinion publique concernant ces technologies et d’organiser le « public understanding of science » par des campagnes de communication et de médiation scientifique qui visent à redorer l’image des technosciences. En France, les CCSTI, les musées des sciences et de l’industrie ainsi que les initiatives de médiations scientifiques deviennent les bras armés de ces politiques. Ce mouvement politique, enclenché à la fin des années 1990, est très descendant et repose sur l’idée que les mobilisations sociales remettant en cause le dogme du progrès seraient le produit d’un manque de confiance lié à un manque de connaissance scientifique (conception que l’on nomme « modèle du déficit »).

      #acceptabilité #médiation

  • Bertrand Louart, Réappropriation, jalons pour sortir de l’impasse industrielle, 2022
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/05/30/louart-reappropriation

    Or, en cernant les conditions qui transforment ces savoir-faire au point d’en être « réduits à n’être plus que des suites d’opérations matérielles des plus vulgaires », il m’est apparu que le problème était non pas que la production soit industrielle, mais qu’actuellement toute production tend à devenir industrielle au détriment des capacités de production autonome des individus et des communautés. Plutôt que de « critique anti-industrielle » (dénomination qui s’attirait le reproche peu subtil : « Vous êtes contre toutes les machines ! »), il me se semblait plus intéressant d’approfondir la critique du capitalisme industriel.

    Depuis, ces brochures ont fait leur chemin, dans les infokiosques et ailleurs. Surtout, la multiplication des oppositions aux projets d’aménagement du territoire et d’extraction des ressources minières en France et en Europe (ZaD et autres) a mis en avant dans une fraction de la jeunesse engagée une critique de la société industrielle qui, sur les lieux et territoires occupés, s’articule à une reconquête de l’autonomie matérielle. Il me semble aujourd’hui nécessaire d’étoffer et d’actualiser cette brochure et ces propositions pour les mettre plus en phase avec leur temps, exposer les banalités de base de la critique du capitalisme industriel et de la démarche de réappropriation des savoir-faire qui est son pendant nécessaire.

    #livre #subsistance #réappropriation #capitalisme #anti-industriel #critique_techno

  • Nicolas Bonanni, Que défaire ?, 2022 – Et vous n’avez encore rien vu…
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/05/29/bonanni-que-defaire

    Nicolas Bonanni a publié un petit ouvrage intitulé Que défaire ? pour retrouver des perspectives révolutionnaires aux éditions Le Monde à l’envers en mars 2022 (100 pages, 6 euros). Voici quelques extraits de l’introduction.

    http://www.lemondealenvers.lautre.net/livres/que_defaire.html

    Les luttes contemporaines sont souvent cantonnées à des résistances contre le libéralisme triomphant et l’extrême-droite carnassière, avec une efficacité pour le moins relative.
    Pour contribuer à sortir de cette position défensive, pour retrouver des perspectives, ce petit livre s’attaque à deux totems de la gauche : la fascination pour la technologie et la centralité de l’État et des élections.
    Appuyé tant sur des exemples actuels que sur l’histoire et les théories du mouvement révolutionnaire, il invite les anticapitalistes à questionner une partie de leur héritage, et à cette fin convoque tour à tour les pensées de Günther Anders, Simone Weil, Cornelius Castoriadis, Ivan Illich, Gustav Landauer, John Holloway, Matthew B. Crawford...

    L’auteur
    Nicolas Bonanni a publié Des moutons et des hommes. Contre l’identification électronique des animaux et des humains (2007), L’amour à trois. Alain Soral, Eric Zemmour, Alain de Benoist (Le monde à l’envers, 2016), Liberté des libéraux et liberté des anarchistes (2020) et Grenoble Calling. Une histoire orale du punk dans une ville de province (avec Margaux Capelier, Le monde à l’envers, 2021). Il collabore occasionnellement à la presse alternative.

    Aussi recensé
    https://bibliothequefahrenheit.blogspot.com/2022/05/que-defaire.html

    #gauche #politique #progressisme #défaire #émancipation #Nicolas_Bonanni

  • Qui est Jean-Marc Jancovici ? L’enquête de Reporterre
    https://reporterre.net/Qui-est-Jean-Marc-Jancovici-L-enquete-de-Reporterre

    Tout ça mérite largement un seen dédié, tout de même.

    [1/3] « On ne parle pas assez du génie de Jean-Marc Jancovici »
    https://reporterre.net/On-ne-parle-pas-assez-du-genie-de-Jean-Marc-Jancovici

    « Meilleur expert mondial du CO2 », « gourou », « génie absolu »… Qui est vraiment Jean-Marc Jancovici, polytechnicien au franc-parler et brillant vulgarisateur, adulé par certains et agaçant nombre d’experts ? Portrait d’un ingénieur concepteur du bilan carbone, nucléariste engagé dans la lutte contre le changement climatique, et prospère patron de PME

    [2/3] Jean-Marc Jancovici : « Je ne suis pas un scientifique »
    https://reporterre.net/Jean-Marc-Jancovici-Je-ne-suis-pas-un-scientifique

    Jean-Marc Jancovici parle du climat, de l’énergie, de l’économie, mais en dehors du bilan carbone, il n’est pas un expert ni un scientifique, et il le reconnaît. Si plusieurs de ses constats, repris de la pensée écologiste, sont exacts, il multiplie erreurs et argumentations discutables sur l’énergie et le nucléaire.

    [3/3] Jean-Marc Jancovici, polytechnicien réactionnaire
    https://reporterre.net/Jean-Marc-Jancovici-polytechnicien-reactionnaire

    Selon le brillant vulgarisateur, nucléariste et prospère patron de Carbone 4, le changement climatique ne se résoudra pas « sans l’usage de la contrainte », la démocratie se réduirait au vote et le capitalisme n’aurait rien à se reprocher dans le désastre actuel.

    Et la tribune Jancovici… une imposture écologique ?
    https://reporterre.net/Jancovici-une-imposture-ecologique

    Pour les auteurs de cette tribune, parmi lesquels Attac et le réseau Sortir du nucléaire, l’industrie d’État qu’est le nucléaire tente d’imposer ses « avantages » pour préserver le climat, au prix d’informations souvent tronquées, approximatives ou mensongères. Au centre de ce travail de réhabilitation, les auteurs désignent Jean-Marc Jancovici et ses réseaux.

    #Jean-Marc_Jancovici #nucléaire #écologie #critique #expert #expertise #démocratie #capitalisme #climat #réchauffement_climatique #Shift_Project #Carbone_4 #CO2 #technocratie #élitisme

    • Et n’oublions pas que ce Jancovici avait été critiqué dès 2012 pour a peu près les mêmes raisons suite a ses ignobles déclaration lors de #Fukushima.

      Bertrand Louart, Jean-Marc Jancovici, l’écolocrate nucléariste, 2012

      https://sniadecki.wordpress.com/2012/06/14/jancovici-nucleariste

      Ardent promoteur du nucléaire, quelques jours à peine après la déclenchement de la catastrophe de Fukushima, le 15 mars 2011, il se fend d’un “Message à la Presse” pour faire savoir qu’en somme tout va bien, que ce n’est pas si grave, et que quand bien même, cet accident industriel majeur est de toute façon moins pire que le tremblement de terre et le tsunami en termes de nombre de morts. Ses premiers commentaires concernent donc non pas les victimes de l’accident nucléaire, puisque selon lui elles n’ont pas droit à l’existence, mais bien évidemment les anti-nucléaires.

  • Jean-Marc Lévy-Leblond, Objecteur de science, 2018 – Et vous n’avez encore rien vu…
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/05/09/levy-leblond-objecteur

    Passionnant entretien sur 50 ans autour du monde de la science.

    Jean-Marc Lévy-Leblond occupe une place singulière dans le paysage intellectuel français. Physicien de formation, professeur à l’université de Nice Sophia Antipolis, il s’est également pris au jeu de la philosophie et de l’histoire des sciences, s’est investi avec une énergie considérable dans l’édition et, au fil d’un parcours iconoclaste et éclectique, a proposé des réflexions stimulantes sur les rapports entre science et culture. À l’occasion d’un entretien qu’il nous a accordé à l’automne 2017, à Nice, nous avons souhaité l’interroger sur sa trajectoire intellectuelle, ses prises de position critiques sur l’état de la science ainsi que sur son important travail d’éditeur scientifique. Il en résulte des développements éclairants sur la « mise en culture » d’une « critique de science », pour reprendre des expressions qui lui sont chères

    #Jean-Marc_Lévy-Leblond #Science #connaissance #épistémologie #histoire

  • Philippe Godard, Ce monde qui n’est plus le nôtre, 2015
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/05/08/godard-monde

    Si la chimiothérapie « soigne » le cancer, il existe aussi des chamanes qui guérissent à partir de plantes.

    Qui guérissent quoi, qui, combien ?

    Il parle du chaman Raoult là non ? Celui qui guérit du covid à partir « d’un remède depuis longtemps éprouvé » ?

    Tout ce genre d’assertions n’a aucun sens, même si je suis plutôt d’accord avec une bonne partie du texte, dommage.

    #Philippe_Godard #Science #Recherche #nucléaire

  • Jean-Marc Lévy-Leblond, Les lumières et les ombres de la science, 2010 – Et vous n’avez encore rien vu…
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/04/21/levy-leblond-lumieres

    De façon générale, les conditions de vie, tant domestiques que sociales, sont bien plus proches au XVIIIe siècle de ce qu’elles étaient dans l’Antiquité que de ce qu’elles seront au XXe siècle, et ce, dans tous les domaines – éclairage, hygiène, transports, nourriture, etc. Aussi n’est-il guère surprenant que les hommes des Lumières soient nettement plus réservés quant au progrès technique et surtout quant à son lien avec le progrès scientifique que ne l’étaient les protagonistes de la révolution scientifique au siècle précédent.

    […]

    Ce n’est qu’à l’extrême fin du siècle des Lumières, une fois celles-ci bien passées de mode, que la science va rattraper puis commencer à guider les techniques, avec, par exemple, la nouvelle chimie de Lavoisier, Priestley, etc., qui fécondera rapidement l’industrie des colorants, des engrais et des explosifs. Et c’est à ce moment d’ailleurs – celui de la Révolution française très précisément, lorsque la bourgeoisie industrieuse s’empare du pouvoir – que commencera à être réaffirmée avec force la vocation appliquée des sciences.

    […]

    Réalise-t-on assez qu’il y a moins de deux siècles encore, seules nous éclairaient (mal !) des flammes ? Et que nous étions entourés d’obscurités peuplées d’ombres, mobiles et instables, projetées sur les murs et dans les rues ? La littérature, celle de l’époque, ou celle d’aujourd’hui quand elle rend compte de ce passé, en témoigne éloquemment.

    De la caverne de Platon aux histoires de fantômes, ces revenants du royaume des ombres errantes, une part essentielle de notre culture reflète encore ce temps désormais achevé. C’est donc tout récemment que la lumière a été véritablement domestiquée. Car l’électricité a tout changé : plus de flammes, dangereuses, voraces et vacillantes, mais des sources lumineuses stables, alimentées en permanence par un réseau général, et commandées à distance – et des ombres fixes, ou absentes. Dans son Éloge de l’ombre, Tanizaki montre la commotion qu’a représenté l’éclairage électrique pour la culture japonaise, où les espaces d’habitation sont structurés par de subtils et graduels passages de la lumière du jour à la pénombre

    […]

    Crue et brute, la lumière électrique est bien celle du XXe siècle, cruel et brutal.

    #Lumières #encyclopédie #D'Alembert #connaissances #Science #curiosité #technologie #électricité #lampe

  • Geneviève Pruvost, Changer d’échelle : penser et vivre depuis les maisonnées, 2021
    https://www.terrestres.org/2022/01/05/changer-dechelle-penser-et-vivre-depuis-les-maisonnees
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/04/15/pruvost-maisonnees

    Lors des rencontres Reprises de terres, qui ont eu lieu sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes en août 2021, la sociologue Geneviève Pruvost a proposé une intervention nourrissant les discussions et les réflexions entamées lors de cette semaine de rencontres. Ce texte, qui fait écho à la parution de son ouvrage Quotidien politique. Féminisme, écologie et subsistance (La Découverte, 2021) est la trace écrite et légèrement remaniée de son intervention estivale.

    Qui travaille sans parvenir à toucher le SMIC, ne compte pas ses heures, même si la reconnaissance n’est pas au rendez-vous et ne peut faire autrement que de faire ce qu’il y a à faire, parfois le couteau sous la gorge, sinon personne ne mange ? Une première réponse à cette énigme pourrait être : les paysans. Mais cela pourrait tout aussi bien désigner les femmes, assignées au travail domestique. Paysans, paysannes, travailleurs, travailleuses de l’ombre dans les foyers, même combat ?

    Il s’agit de repenser la reprise de terres, qu’elles soient urbaines ou rurales, à partir de la cuisine, pour reprendre ici la formule de la féministe marxiste révolutionnaire Silvia Federici pour qui le travail ménager est le point zéro de toute révolution [1]. Le mouvement féministe l’a martelé sur tous les tons possibles : il faut porter le féminisme dans les mouvements sociaux, dans les lois, mais aussi au cœur des maisonnées. C’est de ce dernier levier, plus invisible, plus silencieux dont il sera question ici.

    […]

    il ne s’agit, certes, pas de savoir tout faire en vertu d’un modèle paysan fantasmatique d’autosubsistance accomplie (qui est en réalité toujours entre-subsistance avec d’autres maisonnées et interdépendance avec d’autres régions), mais de relancer des circuits denses d’interconnaissance active en prise avec un milieu de vie. Encore faut-il avoir à disposition un écosystème, riche de matières transformables et renouvelables. L’enjeu n’est ainsi pas seulement de favoriser l’augmentation du nombre de candidat.e.s aux métiers paysans et artisanaux, mais de proposer une réforme foncière d’ampleur qui donne accès à tout le monde à des parcelles de terre arable.

    #Geneviève_Pruvost #habitat #urbanisme #subsistance #autonomie #féminisme @chezsoi

  • Dwight Macdonald, La Bombe, 1945
    https://sniadecki.wordpress.com/2022/02/21/macdonald-bombe-fr

    1. Les notions de « guerre » et de « progrès » sont désormais dépassées.
    2. L’absurdité de la guerre moderne est désormais évidente. Ne doit-on pas en conclure, avec Simone Weil, que c’est la dimension technique, et non plus politique, de la guerre qui représente le mal absolu ?
    3. La bombe est le pur produit du type de société que nous avons créé. Elle incarne l’American Way of Life exactement au même titre que le réfrigérateur, le banana split et la voiture à boîte automatique.
    4. Ceux qui usent d’un tel pouvoir de destruction se retranchent du reste de l’humanité.
    5. Nous devons briser l’État avant qu’il ne nous brise.

    #Dwight_Macdonald #bombe_atomique #Hiroshima #États-Unis #guerre #science #progrès #way_of_life #critique_techno

  • La Grande-Bretagne s’est trompée dans l’affaire Covid
    Un long confinement a fait plus de mal que de bien, selon un scientifique.

    Un nouveau livre décrit les erreurs et les faux pas qui ont aggravé la pandémie au Royaume-Uni.

    Selon Mark Woolhouse, il y a eu un moment particulier, au début de la pandémie de Covid-19, qui résume parfaitement les erreurs et la confusion des premiers efforts de la Grande-Bretagne pour lutter contre la maladie. Lors d’un briefing du n°10 [résidence et bureau du premier ministre ; NdT] en mars 2020, le ministre Michael Gove a prévenu que le virus ne faisait pas de discrimination. « Tout le monde est à risque », a-t-il annoncé.

    Et rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité, affirme le professeur Woolhouse, expert en maladies infectieuses à l’université d’Édimbourg. « Je crains que la déclaration de Gove ne soit tout simplement fausse », dit-il. « En fait, il s’agit d’un virus très discriminatoire. Certaines personnes sont beaucoup plus à risque que d’autres. Les personnes de plus de 75 ans sont étonnamment 10 000 fois plus à risque que celles de moins de 15 ans. »

    Et c’est cette incapacité à comprendre les grandes variations des réactions individuelles au Covid-19 qui a conduit aux réponses erronées de la Grande-Bretagne face à l’apparition de la maladie, affirme-t-il – des erreurs qui ont notamment consisté à imposer un confinement national de longue durée. Il s’agit d’une stratégie que Woolhouse – l’un des principaux épidémiologistes du pays – décrit comme moralement erronée et hautement préjudiciable dans son livre à paraître, The Year the World Went Mad : A Scientific Memoir [L’Année où le monde est devenu fou, souvenirs scientifique ; NdT].

    « Nous avons causé un grave préjudice à nos enfants et à nos jeunes adultes, qui ont été privés de leur éducation, de leur emploi et d’une existence normale, et dont les perspectives d’avenir ont été compromises, et ils vont en plus hériter d’une énorme dette publique », affirme-t-il. « Tout cela pour protéger le NHS d’une maladie qui constitue une menace bien plus grande pour les personnes âgées, fragiles et infirmes que pour les jeunes et les personnes en bonne santé. »

    « Nous avons été hypnotisés par l’ampleur de l’urgence, qui n’arrive qu’une fois par siècle, et nous n’avons réussi qu’à aggraver une crise. En bref, nous avons paniqué. C’était une épidémie qui réclamait une approche de santé publique précise et c’est le contraire qui s’est produit. »

    Plutôt que d’imposer des confinements généralisés dans tout le pays, le gouvernement aurait dû adopter des mesures destinées à sécuriser les contacts, soutient Woolhouse. « On peut voir dans les données britanniques que les gens réduisaient leurs contacts entre eux à mesure que les cas augmentaient et avant que le confinement ne soit imposé. Cela, associé à des mesures de sécurité Covid, comme les masques et les tests, aurait été suffisant pour contrôler la propagation. »

    Un changement de comportement largement volontaire a fonctionné en Suède et il aurait fallu le laisser progresser au Royaume-Uni, affirme Woolhouse. Au lieu de cela, nous avons opté pour un confinement national forcé, en partie parce que, pour la première fois dans l’histoire, nous le pouvions. Les affaires se font désormais suffisamment en ligne pour permettre à de larges pans de la société de fonctionner assez bien, grâce aux vidéoconférences et aux achats en ligne. « Mais c’était une solution paresseuse à une nouvelle épidémie de coronavirus, ainsi qu’une solution extrêmement dommageable" », ajoute-t-il.

    Cependant, M. Woolhouse rejete les idées de ceux qui prônent l’ouverture totale de la société, notamment les universitaires qui ont soutenu la déclaration de Barrington, qui proposait de laisser circuler le virus Covid-19 jusqu’à ce que suffisamment de personnes aient été infectées pour obtenir une immunité collective.

    « Cela aurait conduit à une épidémie bien plus importante que celle que nous avons finalement connue en 2020 », déclare Woolhouse. « Il manquait également un plan convaincant pour protéger de manière adéquate les membres les plus vulnérables de la société, les personnes âgées et celles qui sont immunodéprimées. »

    Au lieu de cela, le pays aurait dû faire beaucoup plus d’efforts pour protéger les personnes vulnérables. Bien plus de 30 000 personnes sont mortes du Covid-19 dans les maisons de soins britanniques. En moyenne, chaque maison a reçu 250 000 £ supplémentaires du gouvernement pour se protéger contre le virus, a-t-il calculé. « Il aurait fallu dépenser beaucoup plus pour protéger les maisons de soins », estime M. Woolhouse, qui fustige également le gouvernement pour n’avoir proposé rien de plus qu’une lettre invitant les personnes protégeant leurs parents âgés et d’autres personnes vulnérables chez elles à prendre des précautions.

    Le pays aurait pu dépenser plusieurs milliers de livres par foyer pour fournir des tests de routine et aider à mettre en œuvre des mesures de sécurité Covid pour ceux qui protègent d’autres personnes, et cela n’aurait représenté qu’une petite fraction des 300 milliards de livres que nous avons finalement dépensés pour notre réponse à la pandémie, affirme-t-il. En effet, M. Woolhouse regrette le manque de reconnaissance des « protecteurs », tels que les travailleurs des foyers de soins et les aidants naturels. « Ces personnes se sont interposées entre les personnes vulnérables et le virus mais, pour la plupart des années 2020, elles n’ont bénéficié que d’une reconnaissance minimale et n’ont reçu aucune aide. »

    La Grande-Bretagne a dépensé une fortune pour éradiquer le virus et devra encore payer la dette encourue pour les générations à venir, ajoute-t-il. « En revanche, nous n’avons presque rien dépensé pour protéger les personnes vulnérables de la communauté. Nous aurions dû et pu investir à la fois dans la l’éradication et la protection. En réalité, nous n’avons choisi que la première. »

    Et Woolhouse insiste sur le fait que de nouveaux confinements ne sont pas le moyen de faire face aux futures vagues de Covid-19. « Les confinements ne sont pas une politique de santé publique. Ils signifient un échec de la politique de santé publique », déclare-t-il.

    Au lieu de cela, le pays doit, très rapidement, ne pas être surpris par de nouveaux variants et ne pas y répondre au coup par coup. « Nous devrions convenir d’une échelle mobile d’interventions et de points de déclenchement pour les mettre en œuvre. Avec l’omicron, tout semble un peu chaotique. Nous devons mieux planifier et nous préparer à l’arrivée du prochain variant, qui ne manquera pas d’arriver. »

    Itw par Robin McKie, The Guardian , 2 janvier 2022.
    Traduction Jacques Hardeau, février 2022.

    https://www.theguardian.com/world/2022/jan/02/britain-got-it-wrong-on-covid-long-lockdown-did-more-harm-than-good-say

    #covid-19

    Cité dans le texte : https://sniadecki.wordpress.com/2022/02/13/berrojalbiz-denieul-hidalgo-covid