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  • Patrick Chamoiseau : « Le virus a tout bouleversé, mais nos imaginaires sont restés pour ainsi dire sidérés » | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/04/25/patrick-chamoiseau-le-virus-a-tout-bouleverse-mais-nos-
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    ce « confinement sanitaire » a éjecté la plupart d’entre nous d’un vaste confinement invisible : celui d’une domination de nos imaginaires par le dogme néolibéral. Nous n’avons pas été éjectés du contact avec les autres ou de la vie, mais des mécaniques du boulot-dodo-boulot, des compulsions consuméristes, de la course aux loisirs névrotiques, au driving du Caddie, aux grenouillages corporatistes… Une existence sans idéal, sans engagement, sans rien qui dépasse ses propres étroitesses.

    Quel serait le pire ?

    Patrick Chamoiseau. Peut-être le non-événement. Ce déconfinement-politique-et-humain est paradoxalement pour nous angoissant. Il risque de susciter un immense retour-sauve-qui-peut-général vers la cage anesthésiante du système dominant, comme dans un moment libérateur. Là encore, le néolibéralisme risque de se retrouver triomphant en distribuant une myriade d’aides sociales pour dégripper son économie et l’aider à sortir (non pas d’une crise interne) mais de sa mise volontaire sous coma artificiel. Pourtant, nos réclusions perçoivent bien comment le bien commun, les services publics, l’État protecteur, le souci du plus faible, ont été sacrifiés sur l’autel de l’optimisation des profits.

    Hélas, les assassins d’aube risquent de ne pas avoir à sortir leurs coutelas : le virus a tout bouleversé, mais nos imaginaires sont restés pour ainsi dire sidérés : sans « révolution », ni « ré-évolution », juste en attente du top départ pour le déconfinement…

    Rappelons-nous ces vers de Césaire :« J’habite l’embâcle, j’habite la débâcle, j’habite le pan d’un grand désastre ! » Ne pas s’enfermer dans une pensée de système ou système à penser des réponses, mais s’installer dans une lucidité qui fait blessure-rapprochée-du-soleil, à la manière de René Char. Une lucidité questionnante dont l’inconfort stimule nos imaginations, et rend désirables de vraies accroches aux utopies, aux possibles, aux ferveurs restés noués dessous nos énergies.

    Comment envisager des individualités solidaires sans individualisme ?

    Patrick Chamoiseau. En soignant l’individuation. L’individualisme est une perversion exacerbée par le néolibéralisme. L’individuation, c’est le soin porté à chacun par lui-même et par les autres. C’est donc la possibilité pour chacun de vivre en responsable les questions de prime abord indépassables, et avec elles de s’accomplir en tant que personne. L’individu néolibéral est isolé, même évidé, il n’a plus de questions sinon celle de sa précarité grandissante.

    #Patrick_Chamoiseau #Confinement #Néolibéralisme

  • “Le travail doit faire lien avec l’émancipation” - L’Humanité
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/131672377119

    La philosophe et psychanalyste, Cynthia Fleury, qui tient chronique régulière dans l’Humanité, revient dans une interview pour ce même journal sur son dernier livre, Les irremplaçables, et défend le besoin de formation citoyenne. Pour elle, l’Etat de droit est intimement lié à la façon dont nous en sommes les citoyens, et inversement. “L’État de droit croit qu’il peut détruire les individus-sujets sans que cela ne soit impactant pour lui-même. Seulement, dans ce phénomène de désingularisation, ce n’est pas seulement l’individu-sujet qui disparaît, c’est l’État de droit lui-même qui court à sa perte. Pourquoi ? Parce que le seul qui se soucie de l’État de droit jusqu’à nouvel ordre, c’est un sujet émancipé.” La performance, la rentabilité, la précarisation nous déshumanise et nous rend incapable de faire (...)

    #émancipation #démocratie #engagement

    • L’état de droit ne détruit pas les individus sujet, il contribue à les produire conformément aux besoins dune société de concurrence dont il est le garant. C’est pas très marrant de voir les philosophes qui inventent les questions. Le travail doit faire le lien avec l’émancipation, dit elle. Or le problème est, au contraire, d’essayer d’envisager comment l’émancipation pourrait à nouveau s’attaquer au travail. Le sentiment d’impuissance et de vacuité, d’absence de prise sur cet enjeu conduit à la dépolitisation apparente que l’on connait, au laisser faire comme disposition partagée. Au renoncement. Ces philosophes et autres penseurs qui posent la question depuis le bon état oublient tous que la société civile (comme ils disent) est le pendant nécessaire de ce monstre froid.

      Puisqu’elle évoque le travail de #Simondon sur l’#individuation (ce qui devient très courant), je rappel l’existence d’une intro à cet aspect qui me partait excellente
      Simondon, Individu et collectivité. Pour une philosophie du transindividuel, Muriel Combes
      http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4433

      le pouvoir tient à cause de nos soumissions quotidiennes, de nos capitulations, de nos renoncements et de nos manques de déconstructions.

      dit elle
      http://www.humanite.fr/cynthia-fleury-le-travail-doit-faire-lien-avec-lemancipation-et-non-pas-ave

      Ce qui est en miettes, parfaitement « déconstruit » dans ces interrogations c’est la dimension antagoniste. Le conflit.

      #précarisation #philosophie #citoyennisme

  • Le manifeste de l’égoïsme

    John Galt Speech
    http://amberandchaos.com/?page_id=106

    http://www.youtube.com/watch?v=SEDtQkeLFCE

    I am the man who loves his life. I am the man who does not sacrifice his love or his values. I am the man who has deprived you of victims and thus has destroyed your world, and if you wish to know why you are perishing - you who dread knowledge - I am the man who will now tell you.

    http://en.wikipedia.org/wiki/Ayn_rand#Atlas_Shrugged_and_Objectivism

    Atlas Shrugged, published in 1957, was Rand’s magnum opus.
    ...
    The novel includes elements of romance,[60][61] mystery, and science fiction,[62] and it contains Rand’s most extensive statement of Objectivism in any of her works of fiction, a lengthy monologue delivered by Galt.

    Si vous voulez entrer dans le cerveau, dans l’esprit, enfin dans l’essence de ce qui constitue un #capitaliste de la #rupture moderne, il faut que vous lisiez cet extrait d’Atlas Shrugged. Le discours de John Galt explique ce drôle de mélange d’idées qui servent de fil d’Ariane aux nouveaux entrepreneurs comme #Peter_Thiel.

    Since life requires a specific course of action, any other course will destroy it. A being who does not hold his own life as the motive and goal of his actions, is acting on the motive and standard of death. Such a being is a metaphysical monstrosity, struggling to oppose, negate and contradict the fact of his own existence, running blindly amuck on a trail of destruction, capable of nothing but pain.

    Chacun qui refuse d’accepter cette soi-disant réalité et se décide contre l’égoïsme, se place au même niveau qu’une plante - un être vivant qui n’est qu’une ressource pour ceux qui possèdent la capacité de prendre la bonne décision en luttant pour leur propre survie au dépens des autres. C’est bien fait pour votre geule si vous en souffrez. Le capitaliste se définit en tant que nouveau Übermensch . On ne s’étonne pas quand on découvre qu’une entreprise issue du cercle d’amis de Thiel a choisi de s’appeller Uber (sans l’imprononçable « Ü » bien sûr) après avoir compris que Uber-Taxi sonnait vraiment trop bizarre. http://www.uber.com

    On ne doit pas critiquer Ayn Rand sans mentionner les défenseurs de l’individu qui acceptent la solidarité et la convivialité. Je pense surtout au précurseur des existentialistes Max Stirner dont l’oeuvre Der Einzige und sein Eigentum fut largement intégrée et pervertie par l’héroïne des néo-libéraux. Stirner se place du côté des opprimés et exploités. Il prononce le refus de donner aux riches et puissants, à l’église et à l’état.

    A son époque ces institutions constituaient encore des outils indispensables pour la construction et l’exercice du pouvoir exploitant, alors qu’actuellement ce ne sont plus que des formes particulières d’organisation sociale dont les frais de gestion et de transaction représentent un élément peu profitable pour les nouveaux capitalistes.

    Devinez qui je préfère lire un dimanche matin.

    And now for something completely different :
    Saudis in Audis
    http://www.youtube.com/watch?v=lqJDuZIcQ34

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Stirner

    #disruption

  • A propos du livre de #Vincent_Descombes « Les embarras de l’identité »
    http://www.laviedesidees.fr/S-individuer-dans-la-societe.html

    L’individualisme, selon V. Descombes, forme une composante essentielle de notre existence et de notre compréhension de nous-mêmes – étant entendu que ce « nous » a cessé depuis belle lurette de ne renvoyer qu’au seul monde occidental. Aucune vision alternative de l’être humain (hyper-valorisation de la tradition, de la religion, de la nation, de l’identité de genre…) qui prétendrait réactiver des formes de vie passées n’a de chances de rencontrer une attention durable. Sur le plan des principes, il n’y a rien d’ailleurs, moralement à lui opposer. On ne peut lui imputer les désordres innombrables liés à l’égoïsme, à la bêtise ou à la malveillance. Pour qui entend interroger l’individualisme, il y a donc seulement – et c’est là où peut commencer l’enquête philosophique – à observer en toute tranquillité les moments où il rend hommage sans le savoir et sans le vouloir à ses autres, c’est-à-dire aux formes de vie qui précèdent et portent les individus, à ce qu’ils n’ont pu choisir.

    Le propre de la société moderne est de fournir aux individus un répertoire d’expériences typiques à reproduire et de mots à utiliser pour exprimer, par exemple au moment de l’adolescence ou de la prime jeunesse, une crise d’identité. Nous sommes même encouragés à mettre en question nos appartenances sociales. Mais, bien évidemment, nous le sommes à titre d’individus socialisés, ayant dû apprendre un certain jeu de langage, ayant dû intérioriser un certain nombre d’expériences typiques représentées comme importantes. La personne moderne peut se définir comme celle qui est socialement interpellée en vue de faire semblant, ne serait-ce que pour une période particulière, de ne pas vraiment appartenir à la société. Mais la désocialisation n’en reste pas moins seconde. Si profonde qu’ait été notre crise d’identité, nous n’avons cessé à aucun moment de rester des êtres sociaux, c’est-à-dire des individus qui ont dû apprendre et reproduire des jeux de langage et des pratiques. « Le sujet découvre avec surprise qu’il ne peut trouver les raisons pour lesquelles il choisit d’être moderne qu’à la condition d’avoir déjà choisi sans raisons cette identité moderne » (p. 165). Or, une fois acquis ce point crucial, on peut, si l’on suit la démarche de Descombes, commencer à aller très vite, puisque le terrain des pratiques a été reconquis. En généralisant la portée de la conclusion « sociologique » à laquelle nous avons été conduits, on parvient à l’idée que les individus ne se choisissent pas eux-mêmes ; il faut dire, moins dramatiquement, qu’ils ne choisissent que d’endosser telles fins particulières. De telle sorte qu’ils ne commencent rien, absolument parlant ; ils adhèrent à des façons de faire qui sont déjà données. On ne s’individue, on n’acquiert, donc, d’identité propre, que dans la société.

    #Philosophie #Individualisme #Nation #Communauté #identité #Débat #livres

    • Simondon, Individu et collectivité. Pour une philosophie du transindividuel, Muriel Combes
      http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4433

      Simondon est l’un des philosophes contemporains qui a eu la conscience la plus aiguë du nouage de l’#ontologie et de la #politique. Sous le nom de #transindividuel, il identifie le point de réversibilité par où celles-ci ne cessent de passer l’une dans l’autre. Ce qui est en question dans la compréhension d’un tel passage c’est la manière dont la vie, individuelle et collective est engagée dans la pensée.

      Ce livre est paru aux PUF en 1999. Cette maison d’édition a depuis décidé de pilonner les exemplaires dont elle était #propriétaire, conformément aux moeurs de l’antiproduction #capitaliste. Voici ce texte revenu au public :

      L’œuvre publiée de Gilbert Simondon ne comporte à ce jour que trois ouvrages. La majeure partie de cette œuvre est constituée par une thèse de doctorat soutenue en 1958 et publiée en deux tomes séparés par un intervalle de vingt cinq ans : L’individu et sa genèse physico-biologique (1964) et L’individuation psychique et collective (1989). Mais le nom de Simondon est pourtant attaché dans de nombreux esprits à l’ouvrage intitulé Du mode d’existence des objets techniques, porté à la connaissance du public l’année même de la soutenance de la thèse sur l’individuation.

      C’est à cette postérité de « penseur de la technique » que l’auteur d’un projet philosophique ambitieux visant à renouveler en profondeur l’ontologie a dû de se voir davantage cité dans des rapports pédagogiques sur l’enseignement de la technologie qu’invité dans des colloques de philosophie. Il est vrai qu’il voua la plus grande partie de son existence à l’enseignement, notamment dans le laboratoire de psychologie générale et de technologie qu’il fonda à l’université de Paris-V, et que son ouvrage sur la technique reflète souvent un point de vue explicite de pédagogue.

      Pourtant, même ceux qui ont vu dans sa philosophie de l’#individuation une voie de renouvellement de la métaphysique et lui rendent hommage à ce titre, la traitent davantage comme une source d’inspiration souterraine que comme une œuvre de référence. Gilles Deleuze, qui, dès 1969, cite explicitement L’individu et sa genèse physico-biologique dans Logique du sens et dans Différence et répétition, constitue à la fois une exception par rapport au silence qui accueillit l’œuvre de Simondon et le commencement d’une ligne de travaux - pas nécessairement philosophiques - qui trouveront chez Simondon une pensée à prolonger plutôt qu’à commenter. C’est ainsi qu’un ouvrage comme #Mille_Plateaux, de #Deleuze et #Guattari, s’inspire des travaux de Simondon plus largement qu’il ne les cite. Et qu’une philosophe des sciences comme Isabelle Stengers, mais aussi des sociologues ou psychologues du travail comme Marcelle Stroobants, Philippe Zarifian ou Yves Clot mettent en œuvre les hypothèses simondoniennes dans leurs champs de recherche respectifs.

      Nous voudrions ici explorer un aspect de la pensée de Simondon que les rares commentaires qu’elle a suscités ont laissé de côté, à savoir : l’esquisse d’une éthique et d’une politique adéquates à l’hypothèse de l’être #préindividuel. Cette éthique et cette politique se concentrent dans le concept de transindividuel, dont nous avons tenté de faire un point de vue sur la théorie de l’individuation dans son ensemble.

      Détacher Simondon de son identité de « penseur-de-la-technique », c’est là une condition nécessaire pour suivre le courant d’une pensée du #collectif qui va puiser à la source de l’affectivité sa réserve de transformation. C’est aussi ce qui permet de découvrir dans l’ouvrage sur la technique autre chose qu’une pédagogie culturelle. Du préindividuel au transindividuel par la voie d’un renouvellement de la pensée de la #relation, tel est un possible chemin dans la #philosophie de Simondon. C’est celui que nous avons emprunté.

      #individu (critique de la notion d’) #livre_en_ligne #bibliographie_en_ligne (partielle)