CIP-IDF > Simondon, Individu et collectivité. Pour une philosophie du transindividuel, Muriel Combes

?id_article=4433

  • Je vois souvent passer ici cette simplification :

    Une petite musique commence d’ailleurs à se faire entendre (chez les soignant-e-s, mais pas que) : pourquoi continuer à soigner les non-vacciné-e-s ?

    – Premièrement, l’idée qu’on ne soignerait pas les non-vaccinés est une saloperie massivement répandue par les militants antivax. Tous les soignants en témoignent : les gens mentent sur leur statut vaccinal, parce qu’ils croient que s’ils ne sont pas vaccinés, on ne les soignera pas (ce qui est évidemment totalement faux).

    – Personnellement, à part deux-trois blagues de merde de la part d’élus LaRem (dont l’appartenance à l’espèce humaine était déjà un sujet polémique avant le Covid), je ne vois pas qu’on propose ou réclamerait de ne plus soigner les non-vaccinés, et surtout pas dans les milieux soignants un peu sérieux (mais je peux me tromper). Par contre, il y a choses qui reviennent régulièrement, et qui peuvent être utilisées pour faire croire cela :

    > il y a des témoignages de soignants qui ouvertement disent ne plus supporter les comportements des tarés ; l’inévitable « contre-transfert » évoqué par @colporteur, mais aussi, objectivement, des comportements juste délirants et difficilement tolérables, en permanence, de la part de non-vaccinés ;

    > surtout : le fait qu’il y a désormais des tris à l’entrée en soins critiques ; il n’y a plus de place, parce qu’elles sont occupées par les patients Covid. Non seulement l’essentiel des gens en réanimation sont non-vaccinés, mais « moralement » ce sont des cas évitables dans le cas des non-vaccinés. Les soignants sont désormais en train de décider qui sera soigné, et qui ne sera pas soigné. C’est extrêmement violent. Donc il y a des questions de critères, et au final le choix échoit aux soignants, qui n’ont aucune raison de trouver cela juste ou facile et, surtout : la conséquence est il y a déjà des gens qui ne sont pas soignés et qui vont mourir. Parce que d’autres gens, massivement, ont décidé de ne pas se faire vacciner. Donc la question qui est suggérée par certains (mais généralement désavouée) : puisqu’il y a un tri, puisqu’il faut faire le choix de qui va mourir et qui va être soigné, et que pour l’instant les critères sont assez strictement médicaux (estimation des chances de survie : âge et comorbidités), est-ce qu’il ne faudrait pas aussi prendre en compte des critères moraux ?

    Parce que si selon les critères médicaux, il faut soigner un « jeune » non vacciné et refuser la place à un « vieux » vacciné ou qui n’arrive pas là pour un Covid, évidemment que dans la tête des gens qui doivent prendre cette décision, ça doit être carrément insupportable à gérer.

    Alors les gens qui simplifient sur l’idée qu’il s’agirait de décréter qu’on ne soigne plus les non-vaccinés, c’est aussi une saloperie : outre que c’est faux, c’est occulter qu’à cause des non-vaccinés, on en est déjà au point où les soignants doivent décider de ne plus soigner des gens. Par ailleurs, plus l’âge à partir duquel on va devoir refuser les gens en réanimation va baisser, plus la question « morale » va se poser.

    Alors on peut faire mine de ne pas la poser publiquement, et payer des séances de psychothérapies, ensuite, aux personnels qui sont obligés d’intérioser des décisions et des critères que leur propre morale trouve insupportable. C’est pratique, et ça permet aux non-vaccinés de continuer à se poser en victimes de ségrégations et de génocide.

    • A l’hôpital Nord de Marseille : « La sélection, on l’opère depuis plusieurs jours »
      https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/01/03/a-l-hopital-nord-de-marseille-la-selection-on-l-opere-depuis-plusieurs-jours

      Le docteur Jean-Marie Forel raccroche son téléphone et le range dans son pantalon de bloc bleu. Il vient de refuser le transfert d’une malade du Covid-19 vers son service. « Soixante-six ans, trop en difficulté et trop âgée pour qu’on lui place une ECMO, l’assistance respiratoire extracorporelle… », résume le responsable de la réanimation de l’hôpital Nord de Marseille.

      […]

      « Il n’est pas fréquent de refuser quelqu’un en réa et personne ne se sent à l’aise avec ça. Mais la sélection, on l’opère depuis plusieurs jours en fonction du nombre de places. Les plus âgés, les plus comorbides ne rentrent pas. On leur donne des chances avec de l’oxygène à haut débit, mais on préfère garder les lits pour des personnes à meilleur pronostic », poursuit Jean-Marie Forel. Les choix sont collégiaux et mesurés au cas par cas. En fin de journée, un patient sexagénaire des Alpes-Maritimes verra, lui aussi, son transfert refusé. Quelques minutes plus tard, le lit préservé sera attribué à une jeune trentenaire, enceinte, au pronostic plus favorable.

      […]

      Comme ses collègues, il grince contre les non-vaccinés qui forment l’immense majorité des cas dont il s’occupe. « T’as qu’à passer douze heures en réa, tu verras, quand tu sors, le vaccin, tu te le prends en apéro », ironise-t-il. Incompréhension, agacement, colère… Dans le service, les mêmes sentiments reviennent quand surgit la question de ces réfractaires ou, pis, des quelques faux vaccinés qui ont reconnu leur fraude. Chef de clinique assistant hospitalier depuis novembre, le docteur Giovanni Bousquet reconnaît que, face aux antivaccins, il a abandonné la pédagogie. « Je sais maintenant qu’aucun argument rationnel ne les fera changer d’avis », soupire-t-il.

      « Les mêmes, qui doutaient de l’existence de la maladie, doutent de la vaccination et de notre capacité médicale. Ils prennent des photos des soignants, des seringues, des machines… Et, en même temps, ils croient à l’efficacité de l’hydroxychloroquine ou de l’ivermectine », s’irrite le docteur Forel. A ceux qui s’en sortent, il conseille de se faire vacciner dans les deux mois. Aux autres ? « Je ne dis rien, parce qu’ils sont morts. »

    • d’autres gens, massivement, on décidé de ne pas se faire vacciner.

      ce n’est pas parce que nous sommes nombreux à avoir décidé de nous faire vacciner « de manière éclairé », en conscience, que l’on peut déduire que les choix faits par d’autres relèvent de la même logique, y compris parmi les vaccinés (c’est quoi le « consentement éclairé » qui figure sur les papiers d’hospitalisation pour diverses interventions ? c’est quoi la compliance aux traitements, l’observance, sous matraquage matraquage télégouvernemental et dans la dématérialisation du premier arrivé premier servi ?). ça ne marche pas de regarder les pratiques sous l’angle exclusif de la volonté d’un sujet souverain. ça donne trop de poids aux antivax en ignorant tout le vaste halo de la non vaccination déterminé par d’autres facteurs. des « je préfèrerais ne pas » (motifs divers : peur, méfiance, espérer passer entre les gouttes car vivant dans peu de relations sociales, etc), des pas sûrs que ce soit utile, pour eux, pour endiguer l’épidémie (c’est pas juste des crétins ou des méchants, nous savons que la vaccination ne suffit pas). j’aimerais savoir par exemple combien de vieux vieux qui ont pu prendre le vaccin anti-grippe ces dernières années n’ont pas recouru au vaccin covid et que des enquêtes permettent d’entrevoir leurs motifs. sans compter la distance aux soins, les questions d’accès aux soins qui prééxistent et qui n’ont été abolies que partiellement dans la crise sanitaire (des vaccinés qui refusaient de voir des toubibs pour quoi que ce soit depuis des années, j’en connais). pour avoir aidé certain.es à se faire vacciner, qui croyaient des trucs qui les bloquaient, qui n’arrivaient pas à trouver un rdv vaccinal ; pour en avoir convaincu que non, leur bonne immunité de jeunes en forme (passons...) ne les protégerait pas nécessairement et que le risque de contaminer d’autres étaient une raison suffisante ; pour avoir été réduit à dire à un père de famille qui n’avait pris qu’une dose et arrêté s’estimant trop paumé pour décider quelque chose au vu des confusions et pressions gouvernementales des trucs un peu pendables ("ok, ne parlons pas de toi, mais pense à tes mômes si tu te retrouvais à l’hosto"), pour savoir que l’"aller vers" n’a pas été que très partiellement boosté avec un retard prodigieux (intégration partielle et tardive de la médecine de ville et du paramédical), pour avoir milité auprès de telle ou telle soignant pour qu’ielle se vaccine malgré sa méfiance, je crois que nombre de pas vaccinés ont été pris dans un tourbillon d’infos officielles qui sèment le doute et conduisent au scepticisme tant elles sont peu fiables et truffées de contre vérités (tant elle rappelant que dès qu’il prétendent faire le bien, il vaut mieux lire leur dires comme des antiphrases, à la façon du « mon ennemi c’est la france de Hollande ») et des allégations mensongères qui circulent de toute part

      et que ce que je fais (comme tant d’autres) dans ce domaine, d’autres le font dans l’autre sens (pas de vaccin !) avec eux aussi des petits bouts d’arguments qui ne nécessitent pas un alignement théorique, de principe, mais suffisent à induire une non vaccination.

      manquant de courage pour des trajets en vélo sou la grosse pluie, j’ai pris le métro pour la première fois depuis des semaines hier. il faut pas. les pas de masques (rares) les masques sous le pif, je voudrais avoir le temps et la manière non pas de les rappeler à l’ordre (dites donc, il est temps d’adopter une attitude rationnelle !) mais d’arriver à ce qu’ils parlent depuis ce qu’ils font et à converser pour faire bouger quelque chose, quitte à employer toutes les ruses nécessaires pour que cela puisse être audible. mais cette situation là je la connais, s’adresser à eux c’est passer pour un relais du gouvernement. il arrive que ce soit pas le cas mais a priori, rien ne remplace une relation effective pour déterminer/modifier ce que nous appelons des individus, par commodité, fatigue, adhésion à une vue bourgeoise de la vie humaine.

      il me semble que sans revenir à des garde-fous théoriques (une analyse relationnelle), on ne peut que se fourvoyer, qu’il est question ici de ce substrat transindividuel ( Simondon, Individu et collectivité. Pour une philosophie du transindividuel , Muriel Combes https://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4433), de l’impersonnel mis en jachère ou détruit par le capital dès lors qu’il n’escompte pas l’exploiter, en tirer profit.

    • @colporteur : mais je suis d’accord, juste c’est pas mon sujet ici. Je réponds à l’accusation, désormais banale, selon laquelle on serait en train de, ou au moins on voudrait, refuser de soigner les non-vaccinés.

      Je vais aller plus loin, et reprendre la question telle qu’elle a été posée en Belgique (de mémoire). La situation est qu’on est en situation de tri, et que cela est provoqué par l’afflux de patients Covid qui doivent suivre des soins lourds. Ces patients qui doivent passer par des soins lourds sont massivement des gens non-vaccinés. De ce fait, les ressources des hôpitaux sont réorientées pour traiter ces patients Covid. On arrive donc à la situation où, en pratique, la priorité de soin est désormais donnée à des patients Covid, qui sont massivement non-vaccinés, sur toute autre forme de soins (non prise en charge des plus vieux, report des traitements, etc.).

      Et c’est ce qu’interrogent des médecins belges. Parce que cette priorité donnée aux patients Covid, massivement non-vaccinés, sur tous les autres, pose un problème moral.

      Donc au lieu de fantasmer sur un refus de soigner les non-vaccinés, ces médecins soulignent qu’en fait, on a une priorité donnée à des gens qui ne sont pas vaccinés. On peut très bien ne pas culpabiliser ces gens si on veut, mais la conséquence morale est bien là (objectivement, des gens meurent parce qu’on donne la priorité à d’autres), et ce sont des soignants qui doivent, chaque jour, trier l’accès au soin, qui sont confrontés à quelque chose de moralement très difficile à supporter.

      Ici @ericw cite un soignant à propos de son père (qui lui n’a rien à voir le Covid) : « ben non, la ça déborde de covid de partout, d’ailleurs on a isolé votre papa pour essayer de le préserver, mais c’est pas facile ». Ça devrait relativiser la légitimité des non-vaccinés à jouer les victimes d’une médecine qui voudrait les punir.

    • mais @arno, ta formulation citée plus haut surestime (à tout le moins) le libre arbitre, c’est que je mets en cause. sans appeler Spinoza à la rescousse il me suffit de me souvenir dans un autre contexte des interdits de RMI/RSA en raison de leur trop jeune âge qui disaient... refuser ce minimum pour marquer leur défiance vis-à-vis de l’État. même ce que l’on présente facilement aujourd’hui comme le marqueur le plus net d’une vérité (et bien que des cas innombrables vérifient que l’émergence d’une vérité est possible ainsi, et souvent seulement de cette manière), la parole des premiers concernés ne peut relever exclusivement et en toute circonstances d’une lecture littérale de tous les énoncés. « parler à la première personne », c’est politiquement affuté, mais c’est aussi en train de sombrer pour partie dans la complaisance pour n’importe quel énoncé qui puisse se revendiquer de l’authenticité du vécu. Y a du tri à effectuer, ça s’appel l’analyse, la critique ou ce qu’on voudra.

      j’ai par ailleurs relayé le papier que tu cites (sélection à Marseille) ainsi que la prise de position de Grimaldi sur ce problème d’avoir à prioriser les non vaccinés au détriment d’autres patients, ce qui en plus de leur nuire (et « la santé publique » avec) fait vivre à ces soignants un violent dobble bind
      https://seenthis.net/messages/941990
      et après bien d’autres exemples cités ici, deux papiers récents sur les effets de la pandémie (non prise en charge adéquate des AVC https://seenthis.net/messages/941976
      on y rappelle que des limites structurelles du système de santé sont aggravées par la gestion de la pandémie et ça fournit un de ces cas qui éclaire sur le contexte de toutes les décisions hasardeuses des uns et des autres (dont les covodés potentiels), c’est bien utile lorsque l’on arrive à s’en servir sans lors d’échanges dans la vie courante, sans culpabilisation, pour faire bouger des pratiques de refus de soin ou de relativisation de leur portée (ici soins préventifs : vaccin ; voire non pharma : masques).

    • Contrairement aux propos du président, certains hôpitaux publics pratiquent déjà des tris de patients. Outre la déprogrammation d’opérations qui contraint les médecins à sélectionner les patients, certaines réanimations se préparent à durcir les critères d’admission. Nous publions l’intégralité d’un document de travail préparatoire officialisant des critères de tri parfois drastiques.

      https://seenthis.net/messages/942767#message942773

  • Patrick Chamoiseau : « Le virus a tout bouleversé, mais nos imaginaires sont restés pour ainsi dire sidérés » | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/04/25/patrick-chamoiseau-le-virus-a-tout-bouleverse-mais-nos-
    https://secure.gravatar.com/blavatar/a3b1cc5dc5733d7f4309d47eda4caf8d?s=200&ts=1587910872

    ce « confinement sanitaire » a éjecté la plupart d’entre nous d’un vaste confinement invisible : celui d’une domination de nos imaginaires par le dogme néolibéral. Nous n’avons pas été éjectés du contact avec les autres ou de la vie, mais des mécaniques du boulot-dodo-boulot, des compulsions consuméristes, de la course aux loisirs névrotiques, au driving du Caddie, aux grenouillages corporatistes… Une existence sans idéal, sans engagement, sans rien qui dépasse ses propres étroitesses.

    Quel serait le pire ?

    Patrick Chamoiseau. Peut-être le non-événement. Ce déconfinement-politique-et-humain est paradoxalement pour nous angoissant. Il risque de susciter un immense retour-sauve-qui-peut-général vers la cage anesthésiante du système dominant, comme dans un moment libérateur. Là encore, le néolibéralisme risque de se retrouver triomphant en distribuant une myriade d’aides sociales pour dégripper son économie et l’aider à sortir (non pas d’une crise interne) mais de sa mise volontaire sous coma artificiel. Pourtant, nos réclusions perçoivent bien comment le bien commun, les services publics, l’État protecteur, le souci du plus faible, ont été sacrifiés sur l’autel de l’optimisation des profits.

    Hélas, les assassins d’aube risquent de ne pas avoir à sortir leurs coutelas : le virus a tout bouleversé, mais nos imaginaires sont restés pour ainsi dire sidérés : sans « révolution », ni « ré-évolution », juste en attente du top départ pour le déconfinement…

    Rappelons-nous ces vers de Césaire :« J’habite l’embâcle, j’habite la débâcle, j’habite le pan d’un grand désastre ! » Ne pas s’enfermer dans une pensée de système ou système à penser des réponses, mais s’installer dans une lucidité qui fait blessure-rapprochée-du-soleil, à la manière de René Char. Une lucidité questionnante dont l’inconfort stimule nos imaginations, et rend désirables de vraies accroches aux utopies, aux possibles, aux ferveurs restés noués dessous nos énergies.

    Comment envisager des individualités solidaires sans individualisme ?

    Patrick Chamoiseau. En soignant l’individuation. L’individualisme est une perversion exacerbée par le néolibéralisme. L’individuation, c’est le soin porté à chacun par lui-même et par les autres. C’est donc la possibilité pour chacun de vivre en responsable les questions de prime abord indépassables, et avec elles de s’accomplir en tant que personne. L’individu néolibéral est isolé, même évidé, il n’a plus de questions sinon celle de sa précarité grandissante.

    #Patrick_Chamoiseau #Confinement #Néolibéralisme

  • “Le travail doit faire lien avec l’émancipation” - L’Humanité
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/131672377119

    La philosophe et psychanalyste, Cynthia Fleury, qui tient chronique régulière dans l’Humanité, revient dans une interview pour ce même journal sur son dernier livre, Les irremplaçables, et défend le besoin de formation citoyenne. Pour elle, l’Etat de droit est intimement lié à la façon dont nous en sommes les citoyens, et inversement. “L’État de droit croit qu’il peut détruire les individus-sujets sans que cela ne soit impactant pour lui-même. Seulement, dans ce phénomène de désingularisation, ce n’est pas seulement l’individu-sujet qui disparaît, c’est l’État de droit lui-même qui court à sa perte. Pourquoi ? Parce que le seul qui se soucie de l’État de droit jusqu’à nouvel ordre, c’est un sujet émancipé.” La performance, la rentabilité, la précarisation nous déshumanise et nous rend incapable de faire (...)

    #émancipation #démocratie #engagement

    • L’état de droit ne détruit pas les individus sujet, il contribue à les produire conformément aux besoins dune société de concurrence dont il est le garant. C’est pas très marrant de voir les philosophes qui inventent les questions. Le travail doit faire le lien avec l’émancipation, dit elle. Or le problème est, au contraire, d’essayer d’envisager comment l’émancipation pourrait à nouveau s’attaquer au travail. Le sentiment d’impuissance et de vacuité, d’absence de prise sur cet enjeu conduit à la dépolitisation apparente que l’on connait, au laisser faire comme disposition partagée. Au renoncement. Ces philosophes et autres penseurs qui posent la question depuis le bon état oublient tous que la société civile (comme ils disent) est le pendant nécessaire de ce monstre froid.

      Puisqu’elle évoque le travail de #Simondon sur l’#individuation (ce qui devient très courant), je rappel l’existence d’une intro à cet aspect qui me partait excellente
      Simondon, Individu et collectivité. Pour une philosophie du transindividuel, Muriel Combes
      http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4433

      le pouvoir tient à cause de nos soumissions quotidiennes, de nos capitulations, de nos renoncements et de nos manques de déconstructions.

      dit elle
      http://www.humanite.fr/cynthia-fleury-le-travail-doit-faire-lien-avec-lemancipation-et-non-pas-ave

      Ce qui est en miettes, parfaitement « déconstruit » dans ces interrogations c’est la dimension antagoniste. Le conflit.

      #précarisation #philosophie #citoyennisme

  • Le manifeste de l’égoïsme

    John Galt Speech
    http://amberandchaos.com/?page_id=106

    http://www.youtube.com/watch?v=SEDtQkeLFCE

    I am the man who loves his life. I am the man who does not sacrifice his love or his values. I am the man who has deprived you of victims and thus has destroyed your world, and if you wish to know why you are perishing - you who dread knowledge - I am the man who will now tell you.

    http://en.wikipedia.org/wiki/Ayn_rand#Atlas_Shrugged_and_Objectivism

    Atlas Shrugged, published in 1957, was Rand’s magnum opus.
    ...
    The novel includes elements of romance,[60][61] mystery, and science fiction,[62] and it contains Rand’s most extensive statement of Objectivism in any of her works of fiction, a lengthy monologue delivered by Galt.

    Si vous voulez entrer dans le cerveau, dans l’esprit, enfin dans l’essence de ce qui constitue un #capitaliste de la #rupture moderne, il faut que vous lisiez cet extrait d’Atlas Shrugged. Le discours de John Galt explique ce drôle de mélange d’idées qui servent de fil d’Ariane aux nouveaux entrepreneurs comme #Peter_Thiel.

    Since life requires a specific course of action, any other course will destroy it. A being who does not hold his own life as the motive and goal of his actions, is acting on the motive and standard of death. Such a being is a metaphysical monstrosity, struggling to oppose, negate and contradict the fact of his own existence, running blindly amuck on a trail of destruction, capable of nothing but pain.

    Chacun qui refuse d’accepter cette soi-disant réalité et se décide contre l’égoïsme, se place au même niveau qu’une plante - un être vivant qui n’est qu’une ressource pour ceux qui possèdent la capacité de prendre la bonne décision en luttant pour leur propre survie au dépens des autres. C’est bien fait pour votre geule si vous en souffrez. Le capitaliste se définit en tant que nouveau Übermensch . On ne s’étonne pas quand on découvre qu’une entreprise issue du cercle d’amis de Thiel a choisi de s’appeller Uber (sans l’imprononçable « Ü » bien sûr) après avoir compris que Uber-Taxi sonnait vraiment trop bizarre. http://www.uber.com

    On ne doit pas critiquer Ayn Rand sans mentionner les défenseurs de l’individu qui acceptent la solidarité et la convivialité. Je pense surtout au précurseur des existentialistes Max Stirner dont l’oeuvre Der Einzige und sein Eigentum fut largement intégrée et pervertie par l’héroïne des néo-libéraux. Stirner se place du côté des opprimés et exploités. Il prononce le refus de donner aux riches et puissants, à l’église et à l’état.

    A son époque ces institutions constituaient encore des outils indispensables pour la construction et l’exercice du pouvoir exploitant, alors qu’actuellement ce ne sont plus que des formes particulières d’organisation sociale dont les frais de gestion et de transaction représentent un élément peu profitable pour les nouveaux capitalistes.

    Devinez qui je préfère lire un dimanche matin.

    And now for something completely different :
    Saudis in Audis
    http://www.youtube.com/watch?v=lqJDuZIcQ34

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Stirner

    #disruption

  • A propos du livre de #Vincent_Descombes « Les embarras de l’identité »
    http://www.laviedesidees.fr/S-individuer-dans-la-societe.html

    L’individualisme, selon V. Descombes, forme une composante essentielle de notre existence et de notre compréhension de nous-mêmes – étant entendu que ce « nous » a cessé depuis belle lurette de ne renvoyer qu’au seul monde occidental. Aucune vision alternative de l’être humain (hyper-valorisation de la tradition, de la religion, de la nation, de l’identité de genre…) qui prétendrait réactiver des formes de vie passées n’a de chances de rencontrer une attention durable. Sur le plan des principes, il n’y a rien d’ailleurs, moralement à lui opposer. On ne peut lui imputer les désordres innombrables liés à l’égoïsme, à la bêtise ou à la malveillance. Pour qui entend interroger l’individualisme, il y a donc seulement – et c’est là où peut commencer l’enquête philosophique – à observer en toute tranquillité les moments où il rend hommage sans le savoir et sans le vouloir à ses autres, c’est-à-dire aux formes de vie qui précèdent et portent les individus, à ce qu’ils n’ont pu choisir.

    Le propre de la société moderne est de fournir aux individus un répertoire d’expériences typiques à reproduire et de mots à utiliser pour exprimer, par exemple au moment de l’adolescence ou de la prime jeunesse, une crise d’identité. Nous sommes même encouragés à mettre en question nos appartenances sociales. Mais, bien évidemment, nous le sommes à titre d’individus socialisés, ayant dû apprendre un certain jeu de langage, ayant dû intérioriser un certain nombre d’expériences typiques représentées comme importantes. La personne moderne peut se définir comme celle qui est socialement interpellée en vue de faire semblant, ne serait-ce que pour une période particulière, de ne pas vraiment appartenir à la société. Mais la désocialisation n’en reste pas moins seconde. Si profonde qu’ait été notre crise d’identité, nous n’avons cessé à aucun moment de rester des êtres sociaux, c’est-à-dire des individus qui ont dû apprendre et reproduire des jeux de langage et des pratiques. « Le sujet découvre avec surprise qu’il ne peut trouver les raisons pour lesquelles il choisit d’être moderne qu’à la condition d’avoir déjà choisi sans raisons cette identité moderne » (p. 165). Or, une fois acquis ce point crucial, on peut, si l’on suit la démarche de Descombes, commencer à aller très vite, puisque le terrain des pratiques a été reconquis. En généralisant la portée de la conclusion « sociologique » à laquelle nous avons été conduits, on parvient à l’idée que les individus ne se choisissent pas eux-mêmes ; il faut dire, moins dramatiquement, qu’ils ne choisissent que d’endosser telles fins particulières. De telle sorte qu’ils ne commencent rien, absolument parlant ; ils adhèrent à des façons de faire qui sont déjà données. On ne s’individue, on n’acquiert, donc, d’identité propre, que dans la société.

    #Philosophie #Individualisme #Nation #Communauté #identité #Débat #livres

    • Simondon, Individu et collectivité. Pour une philosophie du transindividuel, Muriel Combes
      http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4433

      Simondon est l’un des philosophes contemporains qui a eu la conscience la plus aiguë du nouage de l’#ontologie et de la #politique. Sous le nom de #transindividuel, il identifie le point de réversibilité par où celles-ci ne cessent de passer l’une dans l’autre. Ce qui est en question dans la compréhension d’un tel passage c’est la manière dont la vie, individuelle et collective est engagée dans la pensée.

      Ce livre est paru aux PUF en 1999. Cette maison d’édition a depuis décidé de pilonner les exemplaires dont elle était #propriétaire, conformément aux moeurs de l’antiproduction #capitaliste. Voici ce texte revenu au public :

      L’œuvre publiée de Gilbert Simondon ne comporte à ce jour que trois ouvrages. La majeure partie de cette œuvre est constituée par une thèse de doctorat soutenue en 1958 et publiée en deux tomes séparés par un intervalle de vingt cinq ans : L’individu et sa genèse physico-biologique (1964) et L’individuation psychique et collective (1989). Mais le nom de Simondon est pourtant attaché dans de nombreux esprits à l’ouvrage intitulé Du mode d’existence des objets techniques, porté à la connaissance du public l’année même de la soutenance de la thèse sur l’individuation.

      C’est à cette postérité de « penseur de la technique » que l’auteur d’un projet philosophique ambitieux visant à renouveler en profondeur l’ontologie a dû de se voir davantage cité dans des rapports pédagogiques sur l’enseignement de la technologie qu’invité dans des colloques de philosophie. Il est vrai qu’il voua la plus grande partie de son existence à l’enseignement, notamment dans le laboratoire de psychologie générale et de technologie qu’il fonda à l’université de Paris-V, et que son ouvrage sur la technique reflète souvent un point de vue explicite de pédagogue.

      Pourtant, même ceux qui ont vu dans sa philosophie de l’#individuation une voie de renouvellement de la métaphysique et lui rendent hommage à ce titre, la traitent davantage comme une source d’inspiration souterraine que comme une œuvre de référence. Gilles Deleuze, qui, dès 1969, cite explicitement L’individu et sa genèse physico-biologique dans Logique du sens et dans Différence et répétition, constitue à la fois une exception par rapport au silence qui accueillit l’œuvre de Simondon et le commencement d’une ligne de travaux - pas nécessairement philosophiques - qui trouveront chez Simondon une pensée à prolonger plutôt qu’à commenter. C’est ainsi qu’un ouvrage comme #Mille_Plateaux, de #Deleuze et #Guattari, s’inspire des travaux de Simondon plus largement qu’il ne les cite. Et qu’une philosophe des sciences comme Isabelle Stengers, mais aussi des sociologues ou psychologues du travail comme Marcelle Stroobants, Philippe Zarifian ou Yves Clot mettent en œuvre les hypothèses simondoniennes dans leurs champs de recherche respectifs.

      Nous voudrions ici explorer un aspect de la pensée de Simondon que les rares commentaires qu’elle a suscités ont laissé de côté, à savoir : l’esquisse d’une éthique et d’une politique adéquates à l’hypothèse de l’être #préindividuel. Cette éthique et cette politique se concentrent dans le concept de transindividuel, dont nous avons tenté de faire un point de vue sur la théorie de l’individuation dans son ensemble.

      Détacher Simondon de son identité de « penseur-de-la-technique », c’est là une condition nécessaire pour suivre le courant d’une pensée du #collectif qui va puiser à la source de l’affectivité sa réserve de transformation. C’est aussi ce qui permet de découvrir dans l’ouvrage sur la technique autre chose qu’une pédagogie culturelle. Du préindividuel au transindividuel par la voie d’un renouvellement de la pensée de la #relation, tel est un possible chemin dans la #philosophie de Simondon. C’est celui que nous avons emprunté.

      #individu (critique de la notion d’) #livre_en_ligne #bibliographie_en_ligne (partielle)