Un cynisme ambiant et des collègues de travail insupportables

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  • Rock : L’idée c’est pas de gagner de l’argent, c’est que personne n’en perde.

    En ce moment, je discute pas mal des conditions de travail actuellement dans l’industrie musicale, rock et affiliés, mais aussi musiques électroniques. Les milieux sont différents mais il y a des points communs. Un groupe aujourd’hui, c’est trois ans de carrière (et qu’est-ce que tu produit en trois ans, quand des groupes mettaient parfois jusqu’à dix ans pour faire leur grande œuvre), donc faut se speeder, jusqu’à l’épuisement, en tournées, t-shirts etc. histoire de rembourser les dettes contractées pour le matériel, ou pour pouvoir faire la première partie d’un grand groupe et avoir une petit place dans le tour bus (et oui, il faut payer pour faire une tournée en première partie). Et ceux qui se cassent les dents sont ceux qui imaginent pouvoir vivre de leur activité musicale. Même des groupes connus ne survivent que parce que leurs membres ont une activité rémunérée principale qui leur permet soit de financer leur loisir musical qui, pour ceux qui marchent le mieux constitue leur 13e mois ... au mieux.

    Cette interview de JB Wizz de Born Bad confirme le pessimiste ambiant :

    Effectivement, dans le rock tu bosses pour la gloire. Avec Born Bad, je suis bien placé pour savoir que les groupes font des milliers de kilomètres à l’année et que ça leur rapporte rien. Faut être ultra motivé : tu sais pas où tu vas, tu te tapes 800 bornes aller, 800 bornes retour pour faire un concert devant 50 personnes, bouffer un taboulé en boîte, dormir par terre dans le salon de l’organisateur – et tout ça payé 300 euros en sachant que t’as 100 euros de péage, 100 euros d’essence et 40 euros de casse-dalle. C’est la culture du rock, de ­l’underground. Les gens dans l’electro n’accepteraient jamais ça, ils ont toujours été trop privilégiés.

    Marche ou crève.

    Ouais, j’ai de la chance avec les groupes du label, ils n’ont aucune exigence. Dernièrement, on a fait des concerts à Bordeaux sur une fête énorme de 2 000 personnes. On est arrivés, c’était la canicule, on n’avait rien à boire ni à bouffer et les mecs n’ont pas gueulé. 1 200 bornes dans le week-end pour boire de la flotte chaude, c’est juste la honte. Les mecs de Frustration, certains ont dans les 45 ans et ils continuent à dormir dans des sacs de couchage parce qu’ils ne sont pas qu’un groupe, ils sont des acteurs de cette scène-là, ils con­naissent les contraintes de l’économie de l’underground. L’idée c’est pas de gagner de l’argent, c’est que personne n’en perde.

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    #musique #rock #industrie_musicale #économie #travail

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    Le mp3 n’a pas tué toute forme d’excitation par rapport à la musique, selon toi ?
    Le CD avait déjà démystifié le support sous la forme d’une espèce de truc Picard formaté et normalisé, froid au toucher comme à l’écoute. Le mp3 n’a été qu’un cran supplémentaire. Au-delà du piratage et de la gratuité de la musique, il y a beaucoup plus grave : c’est la désaffection des gens pour la musique, les mecs se sont mis à télécharger du soir au matin et se sont retrouvés avec des gigas et des gigas de mp3 qui ne répondent à aucun besoin. C’est déjà compliqué de faire le tour d’un ou deux disques en une semaine. Tous ces gens se sont auto-écœurés, ont fait une grosse crise de foie de la musique tant et si bien que la musique est simplement sortie de leur vie, ­n’existe plus. Leur rapport à la musique c’est juste la radio qui tourne dans la bagnole quand ils sont dans les bouchons. L’envie se nourrit de rareté, de la préciosité des choses.