« L’Effet Darwin », de Patrick Tort et « Aux origines des théories raciales », d’André Pichot

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  • à propos de ceux qui invoquent la « nature » pour justifier certaines positions morales prétendant combattre les choses « contre nature » :

    J’aime à appliquer une règle empirique pour juger d’une argumentation au sujet de faits naturels, lorsqu’elle renvoie avec évidence à une certaine conception de la #société : si on nous présente la #nature précisément sous le jour qui nous conforte dans nos préjugés, il faut être doublement méfiant . Je considère avec la plus grande réserve l’argumentation qui nous demande de voir bonté, entraide, synergie et harmonie dans la nature – ces qualités que nous essayons à toutes forces de prendre en compte dans nos vies, et souvent sans succès. Je ne vois pas dans la nature de données en la faveur de la noosphère de Teilhard, de holisme dans le style californien de Capra, ou de résonance morphique, telle qu’elle est évoquée par Sheldrake. Le concept de Gaïa me paraît être une métaphore, non un mécanisme. (Les métaphores peuvent être éclairantes et intellectuellement libératrices, mais les théories scientifiques nouvelles doivent fournir des explications nouvelles au sujet des causes. Gaïa me paraît simplement formuler en termes différents les grandes lignes fondamentales énoncées depuis longtemps par la théorie biogéochimique des cycles en termes classiquement réductionnistes.)
    Il n’y a pas de voie toute tracée pour la #morale. La nature n’offre rien, dans son essence, qui puisse répondre à nos attentes en termes humains – ne serait-ce que parce-que notre espèce est venue si tard et de manière si insignifiante, dans un monde qui n’a pas été construit pour nous. Et c’est tant mieux. Les réponses aux problèmes moraux ne sont pas là dans la nature, attendant d’être découvertes. Elles résident, comme le royaume de Dieu, en nous – le lieu le plus difficilement accessible à la découverte scientifique ou au consensus.

    Stephen Jay Gould, « Kropotkine n’était pas cinoque », La foire aux dinosaures, réflexion sur l’histoire naturelle , Seuil, 1993.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Stephen_Jay_Gould

    • Le concept de « nature » et ce qu’il signifie a été dézingué par Descola, et avant lui Hume avait déjà fait en sorte d’écarté le sophisme naturaliste qui engendre la confusion entre « DECRIRE ce qui est » et dire que « ce qui est, est ce qui DOIT être ».
      Aujourd’hui l’éthologie à travers des travaux que rapporte Dominique Lestel, Frans de Waal, Patrick Tort et d’autres, montre très bien que ce que l’on appelle souvent « la culture », ou « la morale » n’a pas a s’opposer à « la nature », ou à « l’évolution », parce que bien au contraire, elle en est le fruit. C’est parce que nous et l’ensemble des mammifères, sommes le fruit d’un processus historique de variation qui a fait notre cerveau, que nous sommes moraux, que nous évaluons nos propres actions comme bonnes ou mauvaises.

      @wiki1000 Es ce que tu peux précisé un peu ta proposition et y lié des éléments bibliographique ?
      Je suis pas sur de la comprendre.

    • effectivement, je ne connais ce débat que de loin, ayant lu par exemple ceci :
      http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/09/11/patrick-tort-et-andre-pichot-darwin-l-eternelle-querelle_1093973_3260.html

      Il me semble honnêtement que Tort idéalise le personnage et la pensée de Darwin, mais sa lecture du Darwinisme est celle que je trouve la plus pertinente. Une fois qu’on a accepté l’origine animale de l’homme et qu’on a accepté que physiquement, l’opposition des humains aux « lois naturelles » est ce qui a permis de faire naître « l’humanité » (en tant que tentative de la civilisation de s’extraire de la barbarie), l’horizon s’éclaircit de façon spectaculaire.

      Une fois ce postulat de départ accepté, cela coupe court à de nombreux débats stériles selon moi (exemple : http://seenthis.net/messages/71074) , où on a trop tendance sinon à invoquer la science, la physique, et la nature pour remonter aux « origines » en pensant que c’est l’objectivité ultime, l’autorité suprême qui fera autorité dans un débat moral... Doigt dans l’oeil ! La seule question qui vaille n’est pas « d’où on vient ? », mais « où on va ? » !!!!

      Je répète donc ce passage de Gould, si juste à mes yeux :

      Il n’y a pas de voie toute tracée pour la #morale. La nature n’offre rien, dans son essence, qui puisse répondre à nos attentes en termes humains – ne serait-ce que parce-que notre espèce est venue si tard et de manière si insignifiante, dans un monde qui n’a pas été construit pour nous. Et c’est tant mieux. Les réponses aux problèmes moraux ne sont pas là dans la nature, attendant d’être découvertes. Elles résident, comme le royaume de Dieu, en nous – le lieu le plus difficilement accessible à la découverte scientifique ou au consensus.

    • @petit_ecran_de_fumee je pense aussi qu’il l’idéalise, mais dans son livre « L’effet Darwin », il cite longuement un auteur, Joseph Townsend (1739-1816), antérieur a Darwin qui a quasiment déjà établi l’érosion des variants sur des critères géographique, qui a mon avis permet de retirer une grande parti d’un Darwin (et d’un Malthus) mis en avant comme « premier » ou « seul et unique » sur cette question.

    • @wiki1000 : interview passionnante, merci. Je connaissais pas, je vais diffuser..

      Ça fait penser à l’étonnement vécu lorsque que les modèles de mécanique relativiste et de mécanique quantique sont venus supplanter la mécanique classique. Le modèle n’était pas faux dans son contexte (approximation satisfaisante), mais on a découvert les limites au delà desquels le modèle devient faux.
      Il en est de même pour la théorie de la sélection naturelle, qui reste une explication satisfaisante dans l’observation de ses effets, simplement elle occultait les phénomènes déclencheurs.

      Et même, cette nouvelle lecture de l’évolution ne fait que corroborer ce qu’on disait juste avant, ce qu’il résume en disant.

      C’est peut-être vexant, mais la nature est parfaitement indifférente à notre sort !

    • L’arbre darwinien n’existe pas. C’est un fantasme. L’idée du tronc commun avec les espèces qui divergent comme des branches est un non-sens. Un arbre de la vie, pourquoi pas, mais alors planté la tête en bas, les racines en l’air !

      C’est un peu obsolète comme vision de l’arbre phylogénétique, les représentations actuelles n’ont plus ni racines ni tronc.
      Il caricaturé aussi pas mal Darwin et l’évolutionnisme lorsqu’il dit que touts les caractères génétiques doivent avoir une utilité ça fait un peu comme si ce monsieur avait raté la notion de dérives génétique
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Dérive_génétique
      Son idée d’ajouter les gros virus au buisson phylogenetique est peut être bonne mais c’est dommage qu’il dise n’importe quoi sur l’évolutionnisme et la phylogénétique au passage. Et le fait qu’on échange des gènes tout le long de notre vie n’est pas nouveau non plus et me semble faire consensus chez les scientifiques. On dirait que ce scientifique s’adresse a des scientifiques du XIXeme siècle, comme si l’évolutionnisme n’avait pas changer depuis Darwin.

    • heu... franchement... on apprend rien, la théorie synthétique de l’évolution dernier cru a bcp apporté a la théorie simplement darwinienne, et @mad_meg a raison, je vous recommande le documentaire « espèce d’espèce » pour vous mettre a jour, il est sympa et justement montre ce buisson rond.

      Avec un proxy pour combattre la « propriété intellectuelle » de lagardère, vous pouvez trouver la vidéo là :
      www.youtube.com/watch ?v=gn1vtcEtRqU

      Puis Darwin pouvais pas connaître la génétique, ça existait pas encore, c’est plus tard que Mendel a produit ces résultats volontairement éronné d’expérience avec les petits poids.
      Dans les dernières avancés dans le domaine l’idée de caractère acquis notamment, comme une sorte de néo-lamarkisme apparaît, à cause des effets épigénétique et hormonaux qui se produisent notamment sur le foetus pendant le développement....

      Quand a l’article, c’est de la rigolade pure jus. Le gars a de grosse lacune dans sa lecture de Darwin, il vient dire que c’est avec lui qu’on a établi une critique du fixisme de créationniste... alors que Lamarck avait déjà fait le boulot en établissant le transformisme. D’ailleurs JAMAIS Darwin ne parle pas d’évolution, son livre parle de la diversification des espèces plutôt.

    • @wiki1000 tu sais, je suis au courant, que je fais de nombreuses fautes, et je crains que tu perdes de l’énergie a me corriger, c’est un travail long que j’ai encore a faire.
      Je maintient ce que j’ai dit sur présenté Darwin comme le critique qui a balayé le fixisme, est une erreur, Il y a eu des prédécesseurs.
      De même sa remarque sur la religion darwinienne, Darwin a précisément écrit son livre en réaction a enseignement spirituel qu’il a eu dans sa jeunesse.
      Pour ce qui est du mot évolution, il apparait dans l’ouvrage, mais ce que j’ai voulu dire et que j’ai visiblement mal dit, c’est que le but de son ouvrage était plutôt d’expliquer les mécanismes qui apporte de la diversification d’espèces (ce qui ne recouvre pas la totalité de ce que l’on apelle communément « l’évolution »).

    • Merci d’avoir fait remonter ce post. J’adore Gould hein mais j’avoue être amusée par l’argumentaire

      « Il n’y a pas de voie toute tracée pour la morale. La nature n’offre rien, dans son essence, qui puisse répondre à nos attentes en termes humains – ne serait-ce que parce-que notre espèce est venue si tard et de manière si insignifiante, dans un monde qui n’a pas été construit pour nous. Et c’est tant mieux. Les réponses aux problèmes moraux ne sont pas là dans la nature, attendant d’être découvertes. Elles résident, comme le royaume de Dieu, en nous – le lieu le plus difficilement accessible à la découverte scientifique ou au consensus. »

      On peut lui répondre
      "J’aime à appliquer une règle empirique pour juger d’une argumentation au sujet de faits naturels, lorsqu’elle renvoie avec évidence à une certaine conception de la société : si on nous présente la nature précisément sous le jour qui nous conforte dans nos préjugés, il faut être doublement méfiant ."

      Ok sur la méfiance, et ... justement, il s’agit d’opinion / de préjugés.

      Sur le sujet de la morale on pourra lire les différents travaux sur la conscience de ces dernières années. Ou aussi

      "Il apparaît donc comme une évidence que le phénomène moral est directement lié au phénomène social, et non au phénomène humain. [...] Il y aurait donc même une justification biologique au fait que nous nous attachions à cette illusion vitale de l’anti-naturalité de la morale. Comme l’effet réversif de l’évolution le met bien en évidence, les comportements les plus efficaces pour la survie et la reproduction finissent par être sélectionnés, quand bien même ces comportements s’opposeraient au processus naturel de l’évolution, qui en vient à s’affirmer tout en générant sa propre négation. Finalement, la question du sens moral animal nous renvoie aux fondements de ce qui fait également notre humanité, et ouvre la voie à un nouveau champ de recherche fécond, à la croisée de la philosophie, de l’éthologie, de la sociologie, de la neurophysiologie et de la génétique. La tâche du philosophe, aujourd’hui, est de remettre en question un héritage conceptuel séculaire et d’accepter l’ouverture au progrès. Ce n’est qu’à cette condition qu’elle pourra un jour enfin s’intégrer pleinement aux sciences de la vie" http://leportique.revues.org/2445

    • @raffa : sujet passionnant en effet, merci pour cette contribution.
      Et si, au lieu de parler de la « nature », ce qui revient à personnifier, voire déifier notre environnement, nous parlions simplement des lois physiques, pour débarrasser tous les phénomènes naturels de toute finalité sacrée, ou de toute autorité morale ?
      On n’a pas à obéir aux lois de la physique. On le subit tous, mais on peut tous les contourner.
      La gravité est une force qui nous fait tomber par terre. Mais c’est pas elle qui nous empêche de rester debout...

  • Selon #Marcel_Mauss les fondements des sociétés dites traditionnelles et archaïques en dehors du paradigme « économique » (marché, achat, contrat...) sont la triple obligation de donner,recevoir,et rendre.

    L’anti-utiltarisme comme nécessité de repenser l’organisation de la production de la « marchandise » et la finalité des rapports entre individus.

    #Alain_Caillé : professeur de sociologie à l’Université Paris X Nanterre et co-directeur du SOPHIAPOL. Il a fondé le mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales ( M.A.U.S.S. ) en 1981 et continue d’animer jusqu’à ce jour la revue du MAUSS. S’appuyant sur les travaux de Marcel Mauss, Alain Caillé développe une approche anthropologique de la constitution des communautés politiques sur la base du paradigme du don.

    http://www.youtube.com/watch?v=-_bLwIzYJhA

    http://valery-rasplus.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/02/27/10-questions-a-alain-caille.html

    Valéry Rasplus : Depuis 1981 votre nom est associé à la revue du MAUSS (d’abord Le Bulletin du MAUSS 1981-1988 puis La Revue du MAUSS trimestrielle 1988-1993 et enfin La Revue du #MAUSS semestrielle). Comment est venue l’idée de former cette revue qui s’est maintenant pleinement inscrite dans le paysage #intellectuel français et international ?

    Alain Caillé : Le point de départ est le suivant. J’avais vu en 1981 l’annonce d’un colloque sur le don à l’ Arbresle qui réunissait philosophes, économistes, psychanalystes etc. Fasciné depuis des années par l’Essai sur le don de Mauss (et par Karl #Polanyi), et d’autant plus qu’il me semblait réfuter ce qu’on m’avait enseigné en sciences économiques (j’étais alors docteur ès sciences économiques mais également assistant de sociologie à l’université de Caen) je décidai d’y assister. Nous fûmes quelques uns à nous étonner qu’aucun des intervenants ne semblât avoir lu Mauss. Et plus encore de la convergence entre #économistes et #psychanalystes sur l’idée que le don n’existe pas, qu’il n’est qu’illusion et idéologie puisqu’on n’a rien sans rien. Cette manière de penser était parfaitement congruente avec l’évolution récente de la sociologie dont je m’étais alarmé dans un article de Sociologie du #travail : « La sociologie de l’intérêt est-elle intéressante ? » (1981) dans lequel je pointais la surprenante convergence, au moins sur un point essentiel, entre des auteurs en apparence diamétralement opposés : Raymond Boudon et Michel Crozier, du coté #libéral, Pierre Bourdieu du côté #néomarxiste. Pour les uns comme pour les autres l’intégralité de l’action sociale s’expliquait par des calculs d’intérêt, conscients pour les deux premiers, inconscients pour le troisième. Tous trois, par de là leurs divergences criantes, communiaient ainsi dans ce que j’ai appelé l’axiomatique de l’intérêt, si bien représentée à l’Arbresle. Pour cette sociologie alors dominante l’homo sociologicus n’était au fond qu’une variante, un avatar ou un déguisement d’homo œconomicus. D’accord à quelques uns à l’Arbresle sur ce constat, nous décidâmes, Gerald Berthoud, professeur d’anthropologie à l’université de Lausanne, et moi, de créer une sorte de bulletin de liaison, ou un recueil périodique de working papers susceptible de favoriser les échanges entre ceux, économistes, anthropologues, sociologues, philosophes etc. qui partageaient cet étonnement et cette inquiétude face à l’évolution de la pensée en science sociale et en philosophie politique. Partout, en effet, nous le découvririons peu à peu, on était passé d’une perspective largement holiste, qui avait dominé pendant les Trente glorieuses, à un individualisme tout autant ontologique que méthodologique. Et ce basculement #hyperindividualiste allait de pair avec le triomphe généralisé de l’axiomatique de l’intérêt. Que l’on découvrait aussi bien en philosophie politique, dans le sillage de La Théorie de la justice de #John_Rawls (1971) - se demandant comment faire définir les normes de justice par des « hommes économiques ordinaires », mutuellement indifférents - qu’en biologie où fleurissaient la théorie du gène #égoïste ou la #sociobiologie. En économie, les « nouveaux économistes » faisaient leur percée, et la nouvelle #microéconomie, fondée sur la théorie des jeux offrait au modèle économique généralisé sa #lingua_franca.

    http://www.youtube.com/watch?v=dSXJVs9tuKE

    Valéry Rasplus : Vous expliquez que la conception maussienne du don est proprement politique, comment concevez-vous une bonne politique ?

    Alain Caillé : La conception maussienne du don est en effet politique. Donner est l’acte politique par excellence puisqu’il permet de transformer les ennemis en alliés en faisant qu’il y ait quelque chose plutôt que rien, de la vie plutôt que de la mort, de l’action ou de l’œuvre plutôt que le néant. Mais, réciproquement, le politique est proprement « donatiste ». Le politique peut-être considéré comme l’intégrale des décisions par lesquelles les membres d’une communauté politique acceptent de donner et de se donner les uns aux autres, plutôt que de s’affronter, de se confier plutôt que de se défier. La politique n’est que l’interprétation plus ou moins juste, fidèle et réussie du politique. Une communauté politique peut être conçue comme l’ensemble de ceux dont on reçoit et à qui on donne. Et une communauté démocratique comme celle dans laquelle les dons entre les citoyens sont faits d’abord en tant que dons à l’esprit de la démocratie (et non aux ancêtres, à Dieu ou à une quelconque entité transcendante). La bonne politique est désormais celle qui favorise le #développement de la #démocratie voulue d’abord pour elle-même - et non d’abord pour des raisons instrumentales , - en tant qu’elle permet au plus grand nombre de se voir reconnu comme donnant ou ayant donné quelque chose. Ce qui suppose qu’il soit en capacité de la faire et que soit donc maximisées ses « capabilités ». Concrètement, la bonne politique est celle qui contribue à instiller et à instituer l’#autonomie politique de la société civile associationiste, qui n’est pas naturellement donnée et ne va pas de soi. La philosophie républicaine française, solidariste prenait l’individu non comme un point de départ - à la différence du #libéralisme économique, du libérisme - mais comme un but, et entendait l’éduquer de façon à ce qu’il conquière son autonomie face à l’État instituteur. Ce mot d’ordre est toujours d’actualité mais doit être complété par celui de l’institution de l’autonomie du monde des #associations.

    Bibliographie :
    –Essai sur le don de Marcel Mauss paru aux éditions PUF

    – L’esprit du don de Jacques .T. Godbout en collaboration avec Alain Caillé paru aux éditions la Découverte

    _Anthropologie du don d’Alain Caillé paru aux éditions de la Découverte

    –Théorie anti-utilitariste de l’action D’Alain Caillé paru aux éditions la Découverte
    #Utilitarisme #Individualisme #Anti-utilitarisme #Economie #Don #Solidarité #Anthropologie #Sciences-sociales #philosophie #Politique #Morale #sociologie #Homo-œconomicus #Marxisme #Bentham #Arendt #Boudon #Bourdieu #Lefort #Levi-Strauss #Castoriadis #Revue #Livres #Vidéo

    • Le modèle de la spirale me semble assez neutre idéologiquement, toutes les idéologies glorifiant aussi bien l’individu que la collectivité selon ses propres priorités.

      La crispation vient sans doute du fait que cela cause d’évolution sociale, donc il y a sans doute la même allergie spontanée à la question de l’évolution que celle apparue face à Darwin, à cause du malaise que cela crée sur la question de l’égalité entre les humains, puisque cela pourrait légitimer des hiérarchies.

      La spirale dynamique me semble adopter la vision de Patrick Tort (peut être idéaliste) sur Darwin et sur sa lecture de ce qu’on appelle aujourd’hui le darwinisme.
      La vision de Patrick Tort pour caricaturer, c’est de dire que ce qui a permis à la civilisation humaine de se développer contrairement au reste du règne animal, c’est sa capacité à s’opposer à la sélection naturelle en prenant soin des plus faibles pour bénéficier de leurs autres forces, en expliquant que Darwin était myope ou qu’Einstein était de santé fragile et aurait dû mourir à 8 ans.
      Cette lecture de gauche du « darwinisme » ressemble à la lecture de l’évolution sociale par la spirale dynamique. Il s’agit d’accepter des outils puissants pour la connaissance, même si une lecture superficielle peut faire croire à des théories contraires à nos valeurs idéologiques..

      Cet article résume bien à mon sens le dilemme de la gauche avec Darwin :
      http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/09/11/patrick-tort-et-andre-pichot-darwin-l-eternelle-querelle_1093973_3260.html

      Dans la lecture – bienveillante – qu’il propose de l’œuvre darwinienne, Patrick Tort entend, au contraire, exonérer le naturaliste de ces accusations. Il rappelle qu’avant La Filiation de l’homme, publié en 1871, Darwin n’a rien écrit sur l’homme. Après la publication de L’Origine, il lui fallut donc plus de dix ans de réflexions pour se décider à parler de sa propre espèce. Pourquoi tant d’attente, demande en substance Patrick Tort, si Darwin avait pour intention de projeter abruptement le struggle for life sur les sociétés humaines ?

      En réalité et en dépit de ce qu’en fait dire une « tapageuse ignorance », Darwin était, selon Patrick Tort, « vigoureusement opposé au racisme ». Le philosophe développe notamment ce qu’il nomme l’"effet réversif de la sélection", dont les éléments seraient en germe dans La Filiation. Un « effet » au terme duquel la sélection naturelle sélectionne l’homme civilisé, donc la civilisation, qui ensuite s’oppose à la sélection et à l’élimination du moins apte. La morale serait ainsi une propriété émergente de la sélection naturelle. « Contrairement à nombre de ses lecteurs, Darwin n’a jamais oublié un instant que la sélection naturelle ne se borne pas à sélectionner des variations organiques avantageuses, écrit Patrick Tort. Elle sélectionne aussi (...) des instincts », et notamment "une « sympathie » altruiste et solidaire dont les deux principaux effets sont la protection des faibles et la reconnaissance indéfiniment extensible de l’autre comme semblable."

    • Toute forme d’organisation pour encadrer nos existences est idéologique même si elle est basée sur l’observation (qui induira forcément un classement donc une valeur hiérarchique) .
      Je ne connais pas aussi bien que vous la théorie de la spirale dynamique mais pour ce que j’en sais elle s’apparente selon moi à une vision utilitariste de la condition humaine (coaching et performance de soi ?)
      Il ne suffit pas de vouloir changer les erreurs de chacun afin de faire évoluer l’individu et par ricochet le groupe et la société. C’est la structure même en tant que contrat entre individus qu’il faut revoir(le cadre social, politique économique, éducatif). Mais il vrai que je fais partie de ceux qui ont une approche très superficielle de cette théorie. Par contre je ne suis pas surpris que cela vienne des États-Unis mère-patrie de l’utilitarisme qui a donné naissance à toute une littérature du développement personnel type PNL, Ennéagrame, management moderne...
      Ca me fait toujours peur de voir des sites proposer leurs services (payant ) pour nous former à devenir des êtres performants et accomplis
      http://valeursdynamiques.be/formations-certifications/un-cursus-complet

    • mais pour que j’en sais elle s’apparente selon moi à une vision utilitariste de la condition humaine (coaching et performance de soi ?)

      Pas directement, mais vous pointez du doigt son principal handicap : ce modèle de dynamique sociale est effectivement un outil que les libéraux « utilitaristes » se sont appropriés (les pragmatiques qui acceptent leurs congénères « tels qu’ils sont » pourvu que ça leur permette de les exploiter au mieux, d’en tirer le meilleur profit de leurs relations avec eux).
      Pas étonnant, comme tout outil, cela rend bien service à ceux qui aiment s’en servir pour nourrir leur cupide dessein. Vous avez bien pointé du doigt ce succès chez les anglo-saxons, et à cause de cela, cet outil pourrait être assimilé à un outil de propagande utilitariste. Mon idée est qu’il faut dépasser cet a-priori.
      Tout comme la thèse de Darwin a été plébiscitée et exploitée par les fascistes, au point d’être considérée comme une doctrine d’embrigadement fasciste, alors que comme je ne soulignais, l’acceptation de la thèse Darwiniste a aussi été indispensable à la construction des valeurs de gauche, même si au départ elle a pu constituer un « handicap » pour la gauche (au point que la tentation négationniste / obscurantiste face à cette intuition scientifique a pu paradoxalement effleurer les forces de progrès).

      Je pense que le modèle de la spirale dynamique est d’inspiration libérale, certes, mais dans sa version « éthique minimale » telle que pensée par Ruwen Ogier.
      Je n’aime pas ce terme : « éthique essentielle » me semblerait un terme plus pertinent. Il ne s’agit pas d’avoir une éthique au rabais, mais d’avoir l’ambition de déterminer quelle éthique est le dénominateur commun à nos valeurs morales pour permettre à chacun de vivre librement, de façon compatible avec la destinée collective.

      Le modèle de la spirale dynamique modèle exclue vraiment l’idée de domination et de paternalisme. On n’est pas là pour juger les gens, mais juste pour les comprendre.
      La spirale dynamique exclue toute idée de « bien » et de « mal », elle laisse cette notion au libre-arbitre de chaque individu.
      Personne n’a autorité pour les remettre les autres dans le « droit chemin », car ce droit chemin n’existe pas de façon absolue, mais se comprendre les uns les autres doit nous amener à trouver des chemins plus compatibles (moralement acceptables pour chacun).

      Cela peut être vu comme un modèle qui prône un humanisme de tolérance et de bienveillance entre les humains (attention : tolérance ne veut pas dire laxisme, ni compromission.. il ne s’agit pas d’accepter l’inacceptable), mais pour ma part ce qui m’intéresse le plus, c’est de comprendre comment on fonctionne socialement en fonctions des valeurs dominantes d’un groupe social, et comment ce fonctionnement évolue de façon quasi-mécanique, pour nous aider à adopter l’approche la plus adéquate pour servir nos valeurs et nos idéaux.