In-depth analysis, research, news and ideas from leading academics and researchers.

https://theconversation.com

  • Débat : Peut-on faire de la science ouverte sur Zoom ?
    https://theconversation.com/debat-peut-on-faire-de-la-science-ouverte-sur-zoom-146491

    Aux origines, le logiciel libre
    De fait, il s’agit là d’un bon exemple de l’ambiguïté de l’expression « science ouverte ». C’est aussi une bonne façon de rappeler que la science ouverte et l’open access puisent leur inspiration dans le mouvement du logiciel libre. Ce mouvement a d’ailleurs démarré dans les années 1980 en réaction à des pratiques commerciales d’enfermement propriétaire (lock-in) venant précisément de l’industrie de l’informatique, et plus particulièrement du software.

  • Débat : Peut-on faire de la #science_ouverte sur Zoom ?
    https://theconversation.com/debat-peut-on-faire-de-la-science-ouverte-sur-zoom-146491

    De nombreux articles ont déjà été écrits à propos de la propension de Zoom à moissonner et utiliser les #données personnelles sans consentement. De son côté, la stratégie de Microsoft d’acculturation par le lock-in est notoire. Toute l’enfance et la jeunesse française est programmée pour utiliser Windows, Office, Outlook grâce à la mainmise de Microsoft sur l’éducation nationale dans l’indifférence générale.
    Des moyens pour le libre

    Il aurait été possible d’investir pour la communauté scientifique dans une solution libre garantie par une infrastructure nationale (à l’échelle d’un pays, le coût est faible). C’est même le rôle de Renater, le réseau national. De fait, Renater a depuis plusieurs années créé des services en ce sens basés sur des logiciels libres. Rendez-vous Renater est basé sur Jitsi par exemple. Mais pour cela, encore faut-il que l’état donne des moyens à ses infrastructures nationales. À l’heure où les universités françaises se tournent vers Gmail pour leur service de courrier électronique académique parce que Google leur offre gratuitement ce que Renater est obligé de leur facturer très cher, on peut être pessimiste. Comme pour l’hôpital public, les décisions infrastructurelles sont dictées par le désengagement de l’état et l’exigence de rentabilité.

    La science ouverte sous format propriétaire, c’est un peu comme si le « plan national de la science ouverte » volontariste de l’état français était rédigé sous Microsoft Word ou Google doc. Sa plaquette, en tous cas, a été réalisée sous Adobe Indesign pour Macintosh – les métadonnées du PDF nous l’apprennent.

  • La politique du #cannabis en France, une longue histoire
    https://theconversation.com/la-politique-du-cannabis-en-france-une-longue-histoire-145849

    En fait, presque tous les efforts de la France pour réglementer la consommation de cannabis au cours des deux derniers siècles ont échoué parce qu’ils considèrent à tort le cannabis et les fournisseurs de cannabis comme des menaces, et souvent des menaces étrangères, pour la santé et la sécurité publiques de la République française, justifiant ainsi la répression par l’État. La mesure prise au 1er septembre 2020 pourrait de la même façon échouer, car elle reproduit les mêmes erreurs politiques et sécuritaires qui régissent la répression de la drogue en France depuis le début du XIXe siècle.

  • Heure d’été, heure d’hiver : le couvre-feu oublié de la Grande Guerre
    https://theconversation.com/heure-dete-heure-dhiver-le-couvre-feu-oublie-de-la-grande-guerre-14

    Au domicile d’Honnorat, les courriers affluent, lettres de soutien ou d’insultes, voire menaces de mort : « imbécile », « fainéant », « sale cochon », « député de merde », « on te crèvera la panse », « si seulement on était en Russie, on pourrait te faire ton affaire », etc.
    Un débat parlementaire électrique

    Quand le texte arrive enfin en discussion à la Chambre des députés, le 18 avril 1916, les esprits sont bien échauffés dans un hémicycle plein à craquer pour l’occasion.

    À droite comme à gauche, les critiques fusent : le projet risque de troubler la vie nationale, de provoquer des catastrophes ferroviaires ou maritimes, de « détraquer le système solaire » et d’aller contre ce que certains parlementaires jugent être le « bon sens paysan ». On dépeint Honnorat en Josué, le héros biblique qui veut arrêter la course du soleil. On l’accuse surtout de vouloir mettre la France à « l’heure boche » : attentive aux débats, l’Allemagne a en effet pris de vitesse l’ennemi et, début avril 1916, adopté l’heure d’été (Sommerzeit).

    La discussion parlementaire dure ainsi trois heures, dans une ambiance électrique dont la presse rend compte le lendemain :

    « La Chambre des [députés] a tenu, hier, une grosse séance – une séance de crise gouvernementale –, au cours de laquelle on s’est interrompu, apostrophé, non de parti à parti, mais de banc à banc, souvent sur le même banc, de collègue à collègue. Il n’y avait plus, en effet, de droite, ni de centre, ni gauche. Tout le monde était confondu et divisé en partisans et adversaires de l’avance de l’heure légale […] [avec] une intensité comparable à celle qui se déchaîne dans l’hémicycle seulement dans les séances où les jours d’un ministère sont comptés » (L’Humanité, 19 avril 1916).

    • A propos de leur Bandeau : https://seenthis.net/messages/698544

      La Fresque m’avait vraiment frappé Gare de l’Est un jour que je voyageais vers Strasbourg. il y avait ce texte sur une colonne sous la Fresque :

      « Peintre américain, décorateur et fresquiste, #Albert_herter à souhaité offrir cette œuvre monumentale à la France en mémoire de son fils ainé Everit, engagé volontaire dans l’armée américaine, et tué en juin 1918 près de Chateau-Thierry.

      La fresque n’est pas une image de la réalité des événements, mais représente symboliquement le départ des mobilisés en Août 1914, la séparation des familles et l’adieu à tous les morts de la guerre.

      Le peintre s’est représenté en bas à droite du tableau avec un bouquet de fleur à la main. Sa femme est en blanc, à gauche de la composition, et Everit, leur fils, au centre du tableau esquissant le V de la victoire »

  • « Fichés S » et autres fichiers de police : de quoi parle-t-on vraiment ?
    https://theconversation.com/fiches-s-et-autres-fichiers-de-police-de-quoi-parle-t-on-vraiment-1


    Les contrôles de police sont aussi l’occasion de vérifier si la personne est inscrite dans un fichier. THOMAS COEX / AFP

    Pour nombre d’entre nous, le « fiché S » serait celui qu’on soupçonne de terrorisme, qu’on surveille. Il serait l’individu dangereux que d’aucuns souhaiteraient voir enfermer, ou au moins expulser. Il serait celui qui n’a pas encore commis d’attentat, mais qui va en commettre.

    Pourtant, et cela peut surprendre au regard de la lumière médiatique qui y est portée, il n’existe pas, en France, de « fichier S ».

    Ce qui est appelé ainsi, par abus de langage, n’est autre qu’un type de signalement inscrit au Fichier des Personnes Recherchées (FPR).

    Le FPR est l’un des plus importants fichiers policiers français (à la fois quant au nombre d’individus fichés, et quant à l’utilisation quotidienne qui en est faite). Il recense les personnes qui font l’objet d’une « fiche », c’est-à-dire d’un signalement par une décision judiciaire, administrative ou policière. Il est un fichier d’identification, alors que d’autres sont davantage dédiés à l’assistance à l’enquête en elle-même (comme le logiciel Anacrim, tout aussi médiatique) ou que d’autres encore contiennent nos empreintes digitales ou ADN.

    620 000 fiches actives

    Il existe un très grand nombre de cas dans lesquels vous pouvez être « fiché » au FPR. On y trouve ainsi, pêle-mêle, les individus ayant fait l’objet d’une interdiction judiciaire quelconque (par exemple, une interdiction de stade), ceux qui ont une dette auprès du fisc, ou encore les déserteurs de l’armée. Les derniers chiffres font état d’environ 620 000 fiches actives.

    Le FPR fait l’objet d’une alimentation à la fois par les organes judiciaires et administratifs. L’accès y est très régulier, notamment par les forces de l’ordre lors des contrôles sur le bord de la route (via leur mobile ou une tablette).

    À chaque catégorie de signalement correspond un type de fichier particulier et une lettre. Les étrangers en situation irrégulière se trouveront ainsi fichés « E », les débiteurs du Trésor Public fichés « T » ou encore les enfants fugueurs « M ».

    Chaque fiche est complétée par le service qui l’a créée : greffes des tribunaux, services de renseignement, direction des finances publiques, police aux frontières, etc. Elle mentionne systématiquement l’identité de la personne, sa photographie, le motif de la recherche ainsi que la « conduite à tenir » (« CAT » en langage policier). Cette dernière peut être variable, de l’arrestation de la personne à l’absence d’action, en passant par le simple signalement à l’autorité émettrice.

    S pour « Sûreté de l’État »

    Mais quelles sont les fameuses « fiches S » ? Le S tient pour « Sûreté de l’État ».

    Elles concernent « les personnes qui peuvent, en raison de leur activité individuelle ou collective, porter atteinte à la sûreté de l’État et à la sécurité publique par le recours ou le soutien actif apporté à la violence, ainsi que celles entretenant ou ayant des relations directes et non fortuites avec ces personnes », selon le dernier rapport parlementaire sur la question.

    Comprendre : les individus considérés comme potentiellement dangereux (sans distinction entre différents degrés de dangerosité), par leurs actes ou leur soutien à des actes, mais aussi les personnes gravitant autour de ces individus.

    Aucune mention donc de l’islamisme radical, ni même du terrorisme. La fiche S peut aussi bien concerner le militant d’ultragauche que l’islamiste radicalisé proche de passer à l’action. Il peut concerner tout individu qui est jugé dangereux pour la sûreté de l’État par un service de renseignement national tel que la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui traite des menaces les plus importantes au niveau national, la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) pour la capitale ou encore le Service central du renseignement territorial (SCRT), dont la mission est de rassembler les informations remontées localement.

    #police #fichiers #fiche_S

  • 5G et santé : que sait-on ?
    https://theconversation.com/5g-et-sante-que-sait-on-147295

    Les questions liées à l’exposition des personnes aux ondes électromagnétiques restent d’actualité, en particulier avec le déploiement de la 5G. Le développement des systèmes de communications sans fil se poursuit depuis maintenant plus de 25 ans – GSM, 3G, 4G, et maintenant la 5G. L’évolution des réseaux de télécommunications doit répondre aujourd’hui à deux impératifs : une couverture la plus large possible du territoire et l’augmentation du nombre d’utilisateurs, et une augmentation des débits pour répondre (...)

    #5G #écologie #technologisme #santé

    ##santé

  • Du tracteur au carnet de comptage, un projet de #sciences participatives 100 % agricole
    https://theconversation.com/du-tracteur-au-carnet-de-comptage-un-projet-de-sciences-participati

    L’Observatoire #agricole de la #biodiversité (OAB) est né en 2011 de cette volonté de comprendre les interactions et les interconnexions entre agriculture et biodiversité, sur un temps long et pour l’ensemble du territoire.

    Ce programme de sciences participatives – qui s’inscrit au sein du réseau Vigie-Nature – est porté conjointement par le Muséum national d’histoire naturelle et le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation avec de nombreux partenaires ; il rassemble aujourd’hui près d’un millier de professionnels de l’#agriculture provenant de tous horizons : viticulteurs, céréaliers, maraîchers, etc.

    Cette initiative repose sur le volontariat : à raison de quelques jours par an, les participants doivent se mettre dans la peau d’un naturaliste afin de référencer différents groupes d’organismes vivants (appelés « taxons ») sur leurs parcelles.

    Quatre protocoles d’observation sont proposés : abeilles sauvages, invertébrés du sol, vers de terre et papillons.

  • Les formes sévères de #Covid-19 seraient liées à une réponse #anticorps de type auto-immune
    https://theconversation.com/les-formes-severes-de-covid-19-seraient-liees-a-une-reponse-anticor

    Durant les premiers temps de la #pandémie, de nombreux immunologistes, dont moi-même, ont supposé que les patients qui produisaient de grandes quantités d’anticorps suffisamment tôt au cours de l’infection par le coronavirus SARS-CoV-2 ne développeraient pas la maladie. Nous nous sommes trompés. Après plusieurs mois passés à étudier la Covid-19, comme d’autres scientifiques, j’ai fini par réaliser que la situation est en réalité bien plus compliquée que ce que je pensais initialement.

    Je suis immunologiste à l’Université Emory d’Atlanta, aux États-Unis, où je travaille sous la direction du Dr Ignacio Sanz, responsable du département de rhumatologie de notre établissement. Notre spécialité est la dysrégulation immunitaire, autrement dit les anomalies de la régulation immunitaire.

    Avec mes collègues, nous avons récemment publié dans la revue Nature Immunology de nouveaux éléments accréditant l’idée que, chez certains patients infectés par le SARS-CoV-2, il est aussi important de prévenir cette dysrégulation que de lutter contre le virus lui-même.

  • La lutte pour une agriculture libre : bricoler et partager pour s’émanciper

    Fabriquer ses propres machines, réparer son tracteur, échanger des semences, utiliser des logiciels open source : voici des actions qui visent à rendre les agriculteurs plus libres et plus autonomes. Ce sont des gestes qui montrent que le bricolage et le partage sont loin d’être des activités banales, mais des actes politiques.

    https://theconversation.com/la-lutte-pour-une-agriculture-libre-bricoler-et-partager-pour-seman

  • Les formes sévères de #Covid-19 seraient liées à une réponse #anticorps de type auto-immune
    https://theconversation.com/les-formes-severes-de-covid-19-seraient-liees-a-une-reponse-anticor

    Durant les premiers temps de la pandémie, de nombreux immunologistes, dont moi-même, ont supposé que les patients qui produisaient de grandes quantités d’anticorps suffisamment tôt au cours de l’infection par le coronavirus SARS-CoV-2 ne développeraient pas la maladie. Nous nous sommes trompés. Après plusieurs mois passés à étudier la Covid-19, comme d’autres scientifiques, j’ai fini par réaliser que la situation est en réalité bien plus compliquée que ce que je pensais initialement.

    #immunité

  • Écriture inclusive : un premier bilan de la #controverse

    Le 18 septembre 2020, une tribune publiée dans Marianne (https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/une-ecriture-excluante-qui-s-impose-par-la-propagande-32-linguistes-listen) signée par 32 linguistes prenait clairement position contre l’écriture inclusive ou, plus exactement, contre l’utilisation des graphies abrégées (par exemple : les étudiant·e·s). Cette tribune se présentait comme une mise au point objective dénonçant une pratique qui, selon ses signataires, « s’affranchit des #faits_scientifiques ».

    Les réactions ne se sont pas fait attendre. Le 25 septembre 2020, une tribune signée par 65 linguistes (https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/250920/au-dela-de-l-e-criture-inclusive-un-programme-de-travail-pour-la-lin) prenait le contre-pied de la première, alors que paraissaient en même temps un texte signé par Éliane Viennot et Raphaël Haddad et diverses analyses critiques (https://sysdiscours.hypotheses.org/155). Cette controverse pourrait paraître anecdotique. En réalité, on peut en tirer quelques enseignements intéressants sur les langues et leur fonctionnement, ainsi que sur l’utilisation du discours scientifique expert pour fonder des discours prescriptifs (« il faut… il ne faut pas… ») (https://information.tv5monde.com/video/l-ecriture-inclusive-pour-mettre-fin-l-invisibilisation-des-fe).

    Quelques jalons historiques

    Il y a 30 ans, en #France, un mouvement a conduit à la #féminisation des noms de fonctions, de métiers, de titres et de grades. Très vite relayé par les instances politiques, il visait à « apporter une légitimation des #fonctions_sociales et des #professions exercées par les #femmes » (Décret du 29 février 1984). Il a réussi à imposer, dans les usages et jusque sous la coupole de l’#Académie_française (déclaration du 28 février 2019), l’emploi de #formes_féminines qui ont été tantôt créées (une ingénieure, une sapeuse-pompière), tantôt réhabilitées (une autrice, une officière) ou tantôt simplement plus largement diffusées (la présidente, la sénatrice).

    Cette #prise_de_conscience a permis de faire évoluer la #langue_française de manière à répondre aux besoins des personnes qui s’expriment en #français. La difficulté à laquelle les francophones font face aujourd’hui concerne les (bonnes) manières d’utiliser ces #noms_féminins dans tous les domaines de la vie : administration, enseignement, politique, création artistique, entreprise, vie quotidienne, etc. L’écriture inclusive désigne non plus la féminisation, mais l’usage de ces noms féminins à côté des noms masculins dans les textes.

    L’écriture inclusive, dite aussi #écriture_épicène (en Suisse et au Canada), #écriture_non_sexiste ou #écriture_égalitaire, représente un ensemble de #techniques qui visent à faire apparaître une #égalité, ou une #symétrie, entre les #femmes et les #hommes dans les textes et à adopter un langage non discriminant par rapport aux femmes. Nous choisissons ici de considérer l’écriture inclusive sans l’#écriture_non_genrée, dite aussi neutre ou #non_binaire, qui poursuit un objectif d’inclusion bien sûr, mais également très spécifique : ne pas choisir entre le féminin et le masculin et ne pas catégoriser les personnes selon leur genre.

    Les règles qui ne font (presque) pas polémique

    Certaines règles de l’écriture inclusive sont largement acceptées et figurent dans l’ensemble des guides. Il n’y a pratiquement pas de divergences concernant les éléments suivants :

    (1) Utiliser des noms féminins pour désigner des femmes dans leur fonction, métier, titre ou grade : dire « Madame la Présidente » et non « Madame le Président », « la chirurgienne » et non « le chirurgien », « l’officière de la Légion d’honneur » et non « l’officier de la Légion d’honneur ». Notons que certains noms, malgré des racines connues, ne sont pas encore accueillis sans retenue (par exemple : autrice ou professeuse).

    (2) Utiliser l’expression « les femmes » dès qu’on désigne un groupe de femmes et réserver l’expression « la femme » (ou « la Femme ») pour renvoyer à un stéréotype : dire « la journée internationale des droits des femmes » ou « la situation des femmes en Algérie » ; mais dire « cette actrice incarne la femme fatale ».

    (3) Utiliser « humain, humaine » plutôt que « homme » pour désigner une personne humaine, comme dans « les droits humains », « l’évolution humaine ».

    (4) Toujours utiliser le terme « Madame » lorsqu’on s’adresse à une femme (comme contrepartie féminine de « Monsieur » lorsqu’on s’adresse à un homme) et ne plus utiliser « #Mademoiselle », qui crée une asymétrie, puisque « #Mondamoiseau » est rarement utilisé.

    (5) Ne pas nommer une femme d’après la fonction ou le titre de son mari : dire « la femme de l’ambassadeur » et non « l’ambassadrice ».

    (6) Utiliser les noms propres des femmes comme on utilise ceux des hommes. Ne pas utiliser le prénom d’une femme lorsqu’on utilise le nom de famille d’un homme, par exemple dans un débat politique (ne pas dire « Ségolène contre Sarkozy », ni « Ségo contre Sarko »). Faire de même pour les noms communs (ne pas dire « les filles de la Fed Cup » et « les hommes de la Coupe Davis »).

    Les règles qui suscitent la polémique

    D’autres règles suscitent encore des polémiques (en France et en Belgique notamment), parce qu’elles créent des façons d’écrire ou de parler qui paraissent inhabituelles. Les arguments invoqués pour défendre ou pour refuser ces règles relèvent de l’histoire de la langue, de la linguistique, de la sociologie ou de la psychologie du langage, et parfois de l’idéologie. Les études actuelles (une bibliographie est disponible ici : https://osf.io/p648a/?view_only=a385a4820769497c93a9812d9ea34419) nous apportent pourtant un regard scientifique qui devrait nous aider à naviguer dans les méandres de ce sujet.

    (1) Utiliser le masculin pour désigner une personne dont on ne connaît pas le genre, comme dans une offre d’emploi : « recherche informaticien (H/F) ». Il est prouvé que cette règle ne favorise pas un traitement équitable des femmes et des hommes. De nombreuses études scientifiques ont montré que l’emploi de termes uniquement au masculin (« un mathématicien, un directeur commercial, un musicien ») engendrait des #représentations_mentales masculines chez les adultes d’une part, mais également chez les jeunes. Même si cet usage est permis par la grammaire française, il semble, par exemple, influencer les #aspirations_professionnelles des jeunes. Il a comme conséquence, notamment, de diminuer le degré de confiance des filles et leur sentiment d’auto-efficacité à entreprendre des études pour ces #métiers). Il donne également l’impression aux jeunes que les hommes ont plus de chances de réussir dans ces métiers : https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpsyg.2015.01437/full). Dans des secteurs où l’on cherche à créer plus de mixité, comme les sciences et technologies, ou les soins infirmiers, le masculin dit générique devrait être évité.

    (2) Utiliser le #masculin_pluriel pour désigner des groupes qui contiennent des femmes et des hommes, comme « les musiciens » pour désigner un groupe mixte. Il est prouvé que cette règle ne favorise pas une interprétation qui correspond à la réalité désignée. Des scientifiques ont montré de manière répétée (et dans plusieurs langues) que, même si la grammaire autorise une interprétation « générique » du masculin pluriel, cette interprétation n’est pas aussi accessible ou fréquente que l’interprétation spécifique (masculin = homme) (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0388000120300619?dgcid=author). Cette différence d’accessibilité a été expliquée par différents facteurs), comme l’apprentissage du genre grammatical, qui suit invariablement la même séquence : nous apprenons le sens spécifique du masculin (masculin = homme) avant son sens générique. En d’autres termes, quand on dit « les musiciens », la représentation mentale qui se forme le plus aisément est celle d’un groupe d’hommes, le sens spécifique du masculin étant beaucoup plus simple et rapide à activer. La représentation mentale d’un groupe de femmes et d’hommes est plus longue à former et plus difficile d’accès. Le #biais_masculin induit par la forme grammaticale masculine a été démontré dans différents contextes et différents pays (par exemple, en France : https://www.persee.fr/doc/psy_0003-5033_2008_num_108_2_30971 ; en Suisse : https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/20445911.2011.642858 ; et récemment au Québec). Fait assez rare en sciences, il n’existe, à notre connaissance, aucune donnée contredisant la dominance automatique du sens spécifique du masculin.

    Si l’on souhaite activer l’image de groupes mixtes, il est préférable d’utiliser d’autres stratégies que le masculin, comme les doublons : « les chirurgiennes et les chirurgiens ». Malgré ces résultats, certaines personnes, parfois au travers de guides d’écriture, engagent à ne pas utiliser de doublons. Différentes raisons sont avancées, souvent sans réels fondements scientifiques. Par exemple, les #doublons entraveraient la lecture. À notre connaissance, aucune étude ne corrobore cette idée. Il existe une étude qui montre que même si à la première occurrence d’un doublon, la lecture est ralentie, dès la deuxième occurrence, la lecture redevient tout à fait normale (effet d’habituation : https://www.persee.fr/doc/psy_0003-5033_2007_num_107_2_30996)). L’idée que les personnes qui utilisent des doublons ne parviendraient pas à réaliser les accords grammaticaux dans les textes est également étonnante, surtout si l’on observe un retour de l’accord de proximité : https://journals-openedition-org.sid2nomade-2.grenet.fr/discours/9542), accord particulièrement adapté à l’utilisation des doublons.

    En revanche, des études scientifiques (https://doi.apa.org/doiLanding?doi=10.1037%2Fpspi0000094) montrent que l’#ordre choisi pour présenter chaque élément de la paire (« les boulangères et les boulangers » vs « les boulangers et les boulangères ») a un effet sur l’interprétation : l’élément présenté en premier est perçu comme plus central ou plus important : http://epubs.surrey.ac.uk/811895.

    (3) Certaines personnes engagent aussi à ne pas utiliser de #formes_abrégées qui permettent de présenter les doublons à l’écrit : « les étudiant·es », « les pharmacien-nes ». Les résultats actuels de la recherche scientifique sont trop limités pour se prononcer de manière définitive à ce sujet. Une étude : https://www.persee.fr/doc/psy_0003-5033_2007_num_107_2_30996) a mesuré l’effet des doublons sous forme abrégée sur la lecture. Elle concerne un public d’étudiantes et d’étudiants pour lesquels un léger ralentissement de la lecture était mesuré à la première apparition de ces formes, mais se normalisait ensuite. Pour autant, on ne peut pas conclure de cette étude que l’effet serait identique, ou différent, pour d’autres populations. Et les raisons de l’effet de ralentissement, comme de l’effet d’habituation, ne sont pas encore réellement connues.

    Il a également été montré que présenter des métiers sous une forme contractée (à l’époque avec une parenthèse) pouvait augmenter le degré de confiance des filles et le sentiment d’auto-efficacité à entreprendre des études pour ces métiers (https://www.persee.fr/doc/psy_0003-5033_2005_num_105_2_29694). La recherche doit néanmoins continuer de tester l’effet de ces #formes_abrégées : en fonction du signe typographique utilisé (tiret, point médian, etc.) ; en fonction des publics de différents âges, niveaux d’éducation, niveaux socio-économiques ; en fonction des types de textes. Seules des recherches complémentaires permettront de proposer des règles mieux informées pour réguler l’usage de ces formes, apparues principalement pour répondre aux limites de signes imposées dans différents domaines (journalisme, Internet…).

    (4) Enfin, certains guides recommandent plus de souplesse dans la gestion des #accords. À la règle établie de l’accord au masculin générique (« le frère et les sœurs sont arrivés »), ils suggèrent de laisser la possibilité d’appliquer l’#accord_de_proximité (avec le terme le plus proche : « le frère et les sœurs sont arrivées »), l’#accord_de_majorité (avec l’élément le plus important en nombre : « les sœurs et le frère sont arrivées »), ou un #accord_au_choix. L’argument historique est souvent invoqué, à juste titre : l’accord de proximité s’observe dans les textes anciens à hauteur de 45 % des cas (https://books.openedition.org/pusl/26517), mais il reste toujours moins fréquent que l’accord au masculin. L’argument historique ne permet ni de revendiquer un « retour » exclusif à l’accord de proximité, puisqu’il a toujours cohabité avec d’autres formes d’accords. Il ne permet pas non plus de l’exclure, puisqu’il a eu de l’importance. La recherche devrait montrer quels problèmes spécifiques, dans l’apprentissage, la rédaction ou la compréhension des textes, posent ces différents types d’accords.

    La guerre de l’écriture inclusive n’aura pas lieu

    Les connaissances scientifiques actuelles permettent de clarifier le #bien-fondé de certaines règles qui suscitent des #désaccords. Pour d’autres règles, pourtant défendues ou contestées de manière très assertive, il faut savoir reconnaître que les connaissances actuelles ne permettent pas encore de trancher. La recherche doit continuer à se faire afin d’apporter des arguments aux outils proposés.

    La #langue_française n’est pas seulement le domaine des scientifiques. En tant que scientifiques, nous pensons qu’il faut laisser les #usages se développer car ils répondent à des besoins communicatifs et sociaux fondamentaux. Tous les usages ne sont pas appropriés à tous les genres de l’écrit, mais la norme ne doit pas s’imposer de manière étouffante. Faisons confiance aussi aux francophones.

    https://theconversation.com/ecriture-inclusive-un-premier-bilan-de-la-controverse-147630

    #écriture_inclusive #choix #neutralité #catégorisation #masculin_générique

  • Soignera-t-on un jour grâce au LSD et aux champignons hallucinogènes ?
    https://theconversation.com/soignera-t-on-un-jour-grace-au-lsd-et-aux-champignons-hallucinogene

    À partir des années 1950 et 1960, quelques équipes de scientifiques ont commencé à évaluer le potentiel thérapeutique des substances psychotropes dites « psychédéliques », telles que le LSD, découvert en 1943, ou la psilocybine extraite des champignons hallucinogènes.

    De l’ergot de seigle au LSD

    Michael Pollan fait commencer son récit en 1943, l’année où le chimiste suisse Albert Hofmann, qui travaille pour la firme pharmaceutique Sandoz, prend involontairement du Lysergic Säure Diethylamid (diéthylamide de l’acide lysergique). Il avait synthétisé cette substance alors qu’il travaillait sur un alcaloïde de l’ergot du seigle (Claviceps purpurea), un champignon parasite pouvant être à l’origine de graves intoxications, autrefois appelées « feu de Saint Antoine » ou « mal des ardents ».

    Voyage aux confins de l’esprit - Michael Pollan
    Ce que le #LSD et la #psilocybine nous apprennent sur nous-mêmes, la conscience, la mort, les #addictions et la #dépression
    https://www.epflpress.org/produit/957/9782889153077/voyage-aux-confins-de-l-esprit

    RAIKINAS - (T)R.I.P. Electric Valley Records
    https://evrecords.bandcamp.com
    https://evrecords.bandcamp.com/track/t-r-i-p

  • Semaine de quatre jours : la France doit-elle s’inspirer de la Nouvelle-Zélande ?
    https://theconversation.com/semaine-de-quatre-jours-la-france-doit-elle-sinspirer-de-la-nouvell

    En 2018, une entreprise néo-zélandaise spécialisée dans la sécurité, Perpetual Guardian, adopte définitivement la semaine de quatre jours de travail, en apportant, chiffres à l’appui des conclusions inattendues et un bilan très positif.

    Cette expérience grandeur nature a inspiré le gouvernement néo-zélandais qui, par la voix de sa première ministre, Jacinda Ardern, a annoncé en mai dernier que ce modèle devrait être dupliqué à l’échelle du pays comme une solution pour sortir de la crise économique post-Covid.

    Dans le même temps, en France, le Medef prône une solution radicalement opposée en demandant au gouvernement, aux mêmes fins de relance économique, l’allongement du temps de travail. Alors que de nombreux économistes estiment que la réduction du temps de travail constitue une progression logique d’une société de plus en plus productive et où les loisirs tiennent une place primordiale, faut-il en conclure que les milieux patronaux français veulent nous renvoyer vers l’âge de pierre ?

  • #Agriculture urbaine : peur sur la campagne !
    https://theconversation.com/agriculture-urbaine-peur-sur-la-campagne-147144

    La profession agricole s’inquiète du développement d’un nouveau modèle d’agriculture : celui porté par des start-up. Dénommées Cultivate, Agricool, Les Nouveaux Fermiers ou Ÿnsect, ces jeunes entreprises connaissent un fort développement depuis quelques années.

    Certaines d’entre elles ont réussi le tour de force de réunir plusieurs millions d’euros en quelques mois pour financer leur développement, tandis que l’agriculture traditionnelle peine à réunir les financements pour créer, ici, un atelier de transformation et là, une unité de méthanisation.

    Elles bousculent ainsi le monde agricole rural qui subit déjà les assauts répétés d’associations de défense des animaux et qui est désormais attaqué sur le terrain de l’offre alimentaire. Peur justifiée ou nervosité ambiante ?

  • #Camilla_Nelson : Regarde ce que tu m’as poussé à faire : pourquoi il est temps que la lutte contre la violence familiale focalise sur l’agresseur.
    https://tradfem.wordpress.com/2020/09/23/camilla-nelson-regarde-ce-que-tu-mas-pousse-a-faire-pourquoi-il-e

    Vous ne trouverez pas le sommeil si vous lisez le nouveau livre de Jess Hill. Personne ne devrait pouvoir le trouver.

    Les personnes familières avec le journalisme d’enquête de Jess Hill auront eu vent des documentaires sur la violence familiale et conjugale qui lui ont valu le Walkley Award (ndt : le Pulitzer australien). On y trouve des interviews sidérantes avec des femmes et des enfants ayant survécu à cette violence.

    Regarde Ce Que Tu M’as Poussé à Faire est le fruit de quatre années d’un travail d’enquête intensif ; c’est un livre qui évoque dramatiquement l’énormité du problème de façon terrifiante. On y trouve le récit de violences et de survie au sein de toutes les couches de la société – des arrondissements huppés du Bible Belt de Sydney où ‘les rues sont immaculées et les maisons énormes’, jusqu’aux régions isolées des communautés régionales.

    Hill examine minutieusement les causes sociales et psychologiques de la violence familiale, ses conséquences terrifiantes, et – c’est le pire – l’incapacité des institutions sociales et juridiques à réagir au problème de façon appropriée.

    Une idée lumineuse de clarté est au centre de son récit. Au lieu de demander « Pourquoi n’est-elle pas partie ? » – ou de se lancer dans une énième campagne de sensibilisation pour changer les attitudes sexistes, qui n’aura sans doute d’effets que dans vingt ans – nous devons investir dans des programmes d’intervention judiciaire qui ciblent carrément les agresseurs, et leur fait rendre des comptes.

    Traduction : Tradfem
    Version originale : https://theconversation.com/see-what-you-made-me-do-why-its-time-to-focus-on-the-perpetrator-wh
    #violences_masculines #misogynie #australie #justice_patriarcale