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  • Moustiques, tiques et autres vecteurs de maladies : quelles sont les dernières recommandations pour s’en protéger ?
    https://theconversation.com/moustiques-tiques-et-autres-vecteurs-de-maladies-quelles-sont-les-d

    On distingue trois niveaux de protection personnelle antivectorielle, complémentaires et synergiques : la protection de l’individu, celle de son habitat intérieur et celle de son habitat extérieur.

    La lutte antivectorielle, qui vise à contrôler les populations de vecteurs, s’effectue quant à elle plutôt à l’échelle communautaire.

  • Pourquoi #Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente

    L’ESSENTIEL

    - Plus de 40 000 personnes sont entrées en 24 heures à Ceuta, enclave espagnole située sur la côte marocaine.

    - Cette crise mêle enjeux migratoires, tensions diplomatiques et rivalités géopolitiques.

    - La réponse doit concilier contrôle des frontières, État de droit et protection des #droits_humains.

    ***

    Depuis le 31 juillet 2026, Ceuta est confrontée à une crise frontalière d’une ampleur sans précédent. Selon les premières estimations des forces de sécurité, plus de 40 000 personnes seraient entrées dans l’enclave espagnole en l’espace de 24 heures. Certaines sources ont avancé provisoirement le chiffre de 49 000, mais aucun bilan officiel consolidé n’a encore été publié, et cette estimation a été retirée sans explication publique du site du Département de la sécurité nationale.

    Au moment où nous écrivons ces lignes, au moins 41 personnes ont trouvé la mort, noyées en tentant de contourner à la nage la digue frontalière.

    Le nombre d’arrivées est particulièrement difficile à absorber pour une ville qui compte environ 83 600 habitants. Les capacités d’accueil de Ceuta étaient déjà saturées avant cette nouvelle vague d’entrées. Après l’arrivée d’environ 1 500 personnes au cours de la semaine précédente, les structures destinées aux mineurs non accompagnés fonctionnaient, selon le président de la ville autonome, à 2 400 % de leur capacité. Il a qualifié la situation d’« urgence humanitaire et sociale absolue ».

    Ceuta n’est pas seulement confrontée à une crise migratoire, mais à une crise multifactorielle où se conjuguent inégalités structurelles, tensions diplomatiques, dépendance de l’Europe à l’égard du Maroc, capacités d’accueil limitées et polarisation politique. Son analyse nécessite de croiser une perspective internationale — centrée sur l’externalisation du contrôle des frontières et les alliances géopolitiques — avec une approche interne, attentive aux conséquences sur l’État de droit, les services publics, la cohésion sociale ainsi que les discours politiques et médiatiques.

    Facteurs externes : la dimension internationale de la crise

    L’utilisation des mouvements migratoires comme instrument de pression politique ne relève pas d’une simple hypothèse. La politologue américaine Kelly M. Greenhill désigne par l’expression #coercive_engineered_migration (« migration coercitive orchestrée ») l’utilisation délibérée, ou la menace, de flux migratoires afin d’obtenir des concessions de la part d’autres États.

    À Ceuta, cette dynamique doit être replacée dans une succession de crises frontalières observées depuis 2005, et ne pas être considérée comme un épisode isolé. En mai 2021, plus de 5 000 personnes étaient entrées dans la ville après un assouplissement des contrôles marocains, en pleine crise diplomatique provoquée par l’accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.

    Cette capacité de pression est renforcée par l’#externalisation de la politique migratoire européenne, qui a transféré une partie du contrôle des frontières à des pays tiers comme le Maroc. Dans le même temps, la présentation de ces arrivées comme une menace pour la sécurité alimente le processus de « #sécurisation », qui tend à privilégier la protection de l’État au détriment de la sécurité et des droits des personnes migrantes elles-mêmes (2017).

    Le Parlement européen a d’ailleurs condamné explicitement en juin 2021 l’utilisation par le Maroc du contrôle des frontières, de la migration et, en particulier, des mineurs non accompagnés comme moyen de pression politique contre l’Espagne. Le Barcelona Centre for International Affairs (CIDOB) a qualifié cet épisode de cas emblématique de weaponisation of migration (« instrumentalisation de la migration »), c’est-à-dire l’utilisation de personnes migrantes comme instruments de coercition entre États.

    Si, en 2021, la pression exercée par le Maroc avait été expliquée par l’accueil du chef du #Front_Polisario, #Brahim_Ghali, dans un hôpital de Logroño, il ne faut pas oublier que la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie cette même année avait entraîné la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, privant le royaume chérifien d’une source de revenus et d’un levier d’influence.

    En 2026, le contexte immédiat est différent, même si plusieurs développements diplomatiques récents sont susceptibles d’avoir contrarié Rabat. Le 20 juillet, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a ainsi effectué une visite officielle en #Algérie et annoncé la tenue d’une réunion bilatérale de haut niveau à l’automne. Le gouvernement espagnol a de nouveau qualifié l’Algérie, principal rival régional du Maroc, de « partenaire stratégique » et de « nation amie ».

    Le 23 juillet, la commission de la Justice du Congrès des députés a approuvé le texte d’une proposition de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés sous administration espagnole. Le texte doit encore être adopté par le Parlement.

    La concomitance de cette initiative avec le rapprochement diplomatique entre l’Espagne et l’Algérie, ainsi qu’avec la crise frontalière, a alimenté l’hypothèse selon laquelle Rabat chercherait à rappeler le coût que pourrait avoir, à ses yeux, toute décision espagnole contraire à ses intérêts concernant le #Sahara_occidental.

    Dépendance au Maroc

    L’externalisation du contrôle migratoire a fait du Maroc un partenaire indispensable, mais aussi une source de dépendance. En 2023, la Commission européenne a consacré 152 millions d’euros au renforcement de la gestion des frontières marocaines. Cette délégation de compétences confère à Rabat une capacité d’influence sur la coopération migratoire.

    Cette dépendance est d’autant plus problématique que la capacité à contenir les départs ne garantit pas la fiabilité démocratique du partenaire. L’ONG américaine Freedom House, dont la mission est de promouvoir la démocratie et les droits humains dans le monde, classe le Maroc parmi les pays « partiellement libres », avec un score de 37 sur 100, et souligne la prédominance politique et économique de la monarchie.

    L’ONG internationale indépendante Human Rights Watch, qui enquête sur les atteintes aux droits humains dans plus de 90 pays, relève dans son rapport 2026 une intensification de la répression contre les journalistes, les militants et les défenseurs des droits humains, ainsi que des poursuites visant les personnes qui défendent l’indépendance du Sahara occidental. Les autorités ont notamment recours à des accusations de diffamation, de diffusion de fausses informations, d’offense aux institutions ou d’atteinte à la monarchie pour restreindre l’espace de la critique politique.

    Ce contexte conduit à poser une question délicate : jusqu’à quel point l’Europe peut-elle présenter comme un garant fiable de ses frontières un régime qui restreint durablement la liberté de la presse, réprime la dissidence et utilise sa coopération internationale pour renforcer sa position sur le Sahara occidental ?

    L’alignement Maroc–Israël–États-Unis

    L’axe Maroc–Israël–États-Unis s’est consolidé en 2020 avec la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv et la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté revendiquée par le Maroc sur le Sahara occidental. Il s’est encore renforcé en 2021 avec la signature d’un mémorandum de coopération militaire. Cet alignement contraste avec la dégradation des relations entre l’Espagne et Israël, ainsi qu’avec les tensions croissantes entre Madrid et Washington.

    La crise de Ceuta a mis ces tensions en lumière. L’ambassadeur israélien auprès des Nations unies a remis en cause la souveraineté espagnole sur la ville, tandis que la Maison-Blanche a imputé la responsabilité de la crise aux politiques « mondialistes » et « d’extrême gauche » du gouvernement espagnol.

    Ces déclarations témoignent d’une #instrumentalisation diplomatique de la crise et d’une convergence rhétorique à l’égard de l’Espagne, mais elles ne constituent pas une preuve de l’existence d’une action coordonnée visant à faciliter l’ouverture de la frontière.

    Facteurs internes : droit, capacités institutionnelles et fabrique de la peur

    L’arrêt rendu par la Cour suprême le 8 juillet n’interdit pas à proprement parler les « #refoulements_à_chaud » des migrants tentant d’entrer à la nage à Ceuta et Melilla. Il écarte en revanche le recours à la procédure exceptionnelle de « #rejet_à_la_frontière » pour les personnes interceptées en mer, au motif qu’elles n’ont pas franchi un dispositif matériel de contrôle, comme la clôture frontalière.

    Cette décision a toutefois fait l’objet d’une interprétation simplifiée largement relayée au Maroc, ce qui a pu encourager les traversées en faisant naître l’idée que les personnes arrivant à la nage ne seraient pas renvoyées.

    Pour le président du gouvernement espagnol, les réseaux de passeurs ont instrumentalisé cette décision de justice. L’arrêt a ainsi pu jouer un rôle de facteur facilitateur, sans pour autant expliquer à lui seul l’ampleur de la crise ni la réduction simultanée des contrôles frontaliers côté marocain.

    La construction du récit de « l’invasion »

    Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.

    Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.

    Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les #médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.

    Les droits humains comme limite et comme réponse

    Dans une crise de cette nature, les droits humains ne constituent pas un obstacle à la gestion des frontières, mais en fixent les limites juridiques et éthiques. La découverte de plus de 40 corps dans les eaux de Ceuta met en évidence le coût humain d’une politique qui fait de la frontière un espace de danger extrême.

    L’Espagne a l’obligation de protéger les vies humaines, de garantir les opérations de sauvetage et d’examiner individuellement chaque situation, en portant une attention particulière aux mineurs, aux demandeurs d’asile et aux victimes de la traite des êtres humains.

    Mais les principales victimes restent toujours les personnes migrantes elles-mêmes. Le Maroc peut les utiliser comme moyen de pression, les partis politiques comme argument électoral, et certains discours les réduire à une menace anonyme.

    Tandis que les États se disputent influence et responsabilités, ces personnes risquent leur vie et s’exposent à l’absence de protection, aux #refoulements arbitraires et à leur #déshumanisation dans le débat public. La réponse ne devrait pas opposer les droits des habitants de Ceuta à ceux des personnes qui arrivent, mais veiller à ce que ces deux populations — et en particulier les plus vulnérables — ne continuent pas de payer le prix de stratégies politiques sur lesquelles elles n’ont aucune prise.

    https://theconversation.com/pourquoi-ceuta-est-au-coeur-dune-crise-migratoire-permanente-288888
    #migrations #réfugiés #Maroc #Espagne #assaut #frontières

    • Les migrants marocains de Ceuta, victimes des politiques migratoires européennes

      Plusieurs dizaines de milliers de personnes seraient parvenues à entrer dans l’enclave espagnole au cours des derniers jours, et une trentaine d’entre elles ont déjà perdu la vie. Un nouvel épisode qui illustre toute la perversité de l’#externalisation de la gestion des frontières.

      Une fois de plus, les frontières tuent. Une trentaine de personnes sont mortes en tentant de rejoindre Ceuta, une petite enclave espagnole située sur la côte nord de l’Afrique, depuis le Maroc. « Neuf corps ont été repêchés », a d’abord indiqué, jeudi 30 juillet, une porte-parole de la délégation du gouvernement espagnol dans ce territoire à l’Agence France-Presse (AFP), avant que le bilan ne soit revu à la hausse le matin du vendredi 31 juillet.

      Les autorités espagnoles ont d’abord compté près de 1 500 personnes qui ont réussi à gagner Ceuta au cours des derniers jours. Mais Madrid affirmait vendredi matin que 49 000 personnes seraient entrées, selon de premières estimations. Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas Lara (Parti populaire, droite), a affirmé, lors d’une conférence de presse vendredi 31 juillet, que ce nombre s’élevait même à 60 000.

      La différence de chiffres surprend et requiert pour l’heure de la prudence : « Il faut être très précautionneux. On nous parle de 1 500 personnes un jour et le lendemain de 50 000 personnes. C’est forcément très inédit et impressionnant, mais il y a toujours une exagération des chiffres sur les tentatives de passages et les passages [effectifs] », tempère Elsa Tyszler, enseignante-chercheuse à l’université Paris-8, qui suit de près l’enclave et les mouvements migratoires dans cette région.

      Elle ajoute : « Il faut se méfier des chiffres, qui sont toujours manipulés à des fins politiques, de l’ordre de “l’invasion migratoire”, dans un îlot occidental qui serait “assiégé” par des migrants racialisés. C’est toute la rhétorique d’extrême droite qui accompagne les tentatives de passage à cet endroit depuis trente ans. »
      Des drames humains qui se répètent

      Les images qui circulent depuis le jeudi 30 juillet montrent de jeunes hommes et adolescents (en majorité), certains arrivant à la nage et grimpant sur les rochers pour se hisser à terre, parfois équipés de palmes et de bouées de sauvetage ; d’autres, tout sourire une fois leur destination atteinte, laissant échapper leur joie dans des cris non dissimulés ou des accolades.

      La garde civile aurait rapidement été dépassée. Jeudi dans la soirée, le ministère de l’intérieur espagnol a annoncé l’envoi de l’armée pour « renforcer la garde civile » et « assurer la sécurité » à Ceuta, alors que plusieurs centaines d’autres personnes ont gagné le territoire en une journée. Quelques centaines de Marocains auraient aussi rejoint Melilla, une autre enclave espagnole.

      « Le gouvernement d’Espagne est entièrement mobilisé pour donner une réponse immédiate à la situation à Ceuta, a fait savoir jeudi après-midi, sur le réseau social X, Pedro Sánchez, le premier ministre espagnol. Nous mobilisons toutes les ressources nécessaires, en travaillant avec les autorités marocaines et internationales. […] Je viens de transmettre [le message] au président [de l’enclave] Juan Jesús Vivas Lara. C’est le moment de construire des solutions, avec responsabilité et coopération. »

      En visite sur place vendredi 31 juillet, le premier ministre a dénoncé « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Le président de Ceuta, qui a mis en avant une « crise migratoire extrêmement grave », a appelé à une « réponse immédiate, ferme et coordonnée », demandant au gouvernement de déclarer l’état d’urgence nationale.

      « Il est temps de passer à l’action. Ceuta a besoin de plus de moyens, d’infrastructures, de coordination et de limites objectives à sa capacité d’accueil. Nous ne demandons pas de privilèges, mais une réponse juste, responsable et conforme à notre condition de frontière de l’Europe en Afrique », a-t-il écrit sur X jeudi 30 juillet après-midi. Selon lui, les personnes sont arrivées à un rythme de deux cents par jour en moyenne cette semaine. « Une urgence humanitaire et sociale absolue », a-t-il déploré.

      Pour Ceuta comme pour Melilla, une telle situation de chaos, menant à de véritables drames humains, n’est pas nouvelle. En 2021, à Ceuta, près de 8 000 personnes étaient parvenues à rejoindre l’enclave – un chiffre alors inédit, et largement dépassé aujourd’hui. Le Maroc avait été accusé d’avoir fait pression sur l’Espagne dans le dossier sensible du Sahara occidental, en instrumentalisant les personnes migrantes et leur détresse.

      En 2022, à Melilla cette fois, vingt-sept exilés subsahariens avaient perdu la vie (soixante-dix autres ont été portés disparus) alors qu’ils tentaient de gagner l’Espagne, toujours depuis le Maroc, dans un mouvement de foule provoqué alors que des centaines, voire des milliers de personnes tentaient le passage.
      Le bal des instrumentalisations est ouvert

      De manière très prévisible, les images ont vite été reprises sur les réseaux sociaux, par la droite et l’extrême droite, pour laisser croire à une « invasion migratoire ». Chacun et chacune y va de sa petite déclaration : la leader du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, parle d’« entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol ».

      Le patron du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, évoque quant à lui une « vague migratoire massive à Ceuta » et une « politique irresponsable du gouvernement socialiste espagnol », en référence à la campagne de régularisation des sans-papiers mise en œuvre en début d’année 2026 en Espagne.

      En résumé, ce serait parce que Madrid régulariserait (sous de nombreux critères restrictifs, notamment la durée de séjour dans le pays) que plus d’un millier de migrants marocains auraient tenté de rejoindre Ceuta (plusieurs mois après l’annonce de ladite régularisation).

      Le ministre de l’intérieur français, Laurent Nuñez, a annoncé sur X « renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole », répondant indirectement à une demande formulée par Marine Le Pen une heure plus tôt. « Par ailleurs, j’active la Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur », a-t-il ajouté, comme si la France était sous la menace de dangereux envahisseurs.

      Côté italien, Giorgia Meloni n’a pas manqué de pointer une « immigration clandestine hors de contrôle [qui] représente une menace concrète pour la sécurité des frontières européennes », suggérant la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne ; alors même que Ceuta, comme Melilla, fonctionne comme une exception de la zone européenne de libre circulation et que des contrôles d’identité sont effectués pour les personnes qui entrent ou sortent du territoire…

      Dans un autre style, Danny Danon, ambassadeur d’Israël aux Nations unies, a cherché à tacler l’Espagne, osant le parallèle entre la politique de colonisation d’Israël en Palestine et la guerre génocidaire menée à Gaza avec la situation de cette enclave.

      « L’Espagne, qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon à Israël, a déclaré l’état d’urgence à Ceuta à la suite de la crise liée à sa politique d’immigration. Peut-être qu’avant de continuer à nous faire la leçon, il serait temps qu’elle explique au monde pourquoi elle maintient encore des enclaves coloniales en Afrique », cingle-t-il.

      Si l’on peut interroger le passé colonial espagnol, la comparaison est pour le moins osée. Une journaliste hispano-marocaine, Leyla Hamed, lui a répondu : « Je suis de Ceuta, et l’Espagne ne nous a jamais opprimés. Vous, maniaques génocidaires, n’avez pas le droit d’instrumentaliser notre identité ou de parler en notre nom. »
      L’effet boomerang de l’externalisation

      Dans ce flot de réactions, le Maroc semble avoir gardé le silence. Plusieurs observateurs et observatrices accusent le pays, en pleine célébration du vingt-septième anniversaire de l’intronisation du roi Mohammed VI, d’avoir sciemment réduit les effectifs au niveau de la frontière avec Ceuta en réponse à la visite de Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet.

      Mais tout le monde ou presque oublie de préciser la nature du « problème ». La crise n’est pas « migratoire », mais politique et humanitaire : dès lors que l’Union européenne choisit de donner les pleins pouvoirs à des États tiers pour gérer ses frontières contre rémunération, ces mêmes États n’ont parfois aucun scrupule à jouer avec des vies humaines pour servir leurs intérêts.

      Par le biais de l’externalisation des politiques migratoires, « le Maroc a été le premier pays à accepter d’aider l’Espagne et l’UE à défendre ses frontières, à collaborer dans la lutte dite contre l’immigration irrégulière vers l’Europe » dès le début des années 1990, rappelle Elsa Tyszler.

      Cela donne lieu à des « patrouilles de la marine marocaine dans les eaux du détroit de Gibraltar, pour protéger des frontières que, par ailleurs, le Maroc conteste », souligne-t-elle, expliquant que l’occupation de ces territoires par l’Espagne revient régulièrement dans le débat public. C’est tout le paradoxe. « Il y a toujours un jeu de vérité entre les deux pays. Les frontières de Ceuta et Melilla sont un théâtre de luttes diplomatiques. »

      Beaucoup d’exemples viennent l’illustrer et « montrent que dès qu’il y a un différend entre le Maroc et l’Espagne, comme ce fut le cas pour le Sahara occidental en 2021, cela se concrétise par la métaphore du robinet », poursuit la chercheuse. Ici, « on peut penser que la visite de Pedro Sánchez en Algérie » a conduit à ce pic d’entrées exceptionnel à Ceuta. « Lorsque le pouvoir marocain n’est pas satisfait de ce que fait l’Espagne, il y a un mécanisme de vengeance », ajoute-t-elle.

      Officiellement, les autorités des deux pays ne le diront pas et salueront leur collaboration commune. Si le Maroc ne s’est pas encore exprimé publiquement sur la situation à l’heure où nous écrivons ces lignes, le premier ministre espagnol s’est arrangé pour déclarer que le Maroc était un « allié » malgré le contexte.

      « Le Maroc agit en sous-traitant de la gestion des frontières européennes et opère le contrôle migratoire, il manie donc la question migratoire en fonction de ses propres intérêts » lorsque bon lui semble, nuance Elsa Tyszler. C’est le retour de bâton d’une politique régulièrement dénoncée par les chercheurs et chercheuses ainsi que par les ONG internationales.
      Une situation économique et sociale compliquée

      Enfin, d’autres facteurs doivent être pris en compte, tels que l’enjeu racial et le racisme présent à cette frontière à la fois « très militarisée et sophistiquée », qui ont fait des migrants – les musulmans ou perçus comme tels et les personnes noires venues d’Afrique subsaharienne – la « figure de l’ennemi », en réaction aux différentes arrivées observées ces dernières décennies. Il y a aussi la colère de la jeunesse marocaine et le désespoir d’une partie de la population qui cherche à fuir son pays.

      À ce propos, Khadija Anani, membre de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et d’EuroMed Droits au Maroc, souligne la situation « très compliquée » au niveau économique et social : « La jeunesse est en détresse et ne voit pas de perspectives au Maroc. Près de 1 million et demi de jeunes âgés entre 14 et 24 ans ne font rien – ni études, ni formation, ni travail. »

      Plus de 2 millions de Marocain·es vivent en dessous du seuil de pauvreté, poursuit-elle, regrettant que la priorité soit donnée à l’organisation de grands événements internationaux plutôt qu’à l’éducation, au travail, à la santé, au logement ou à la lutte contre la corruption. « Toutes ces thématiques sont négligées, c’est d’ailleurs pour ça que la “GenZ” est sortie dans la rue [en septembre 2025] et a revendiqué ses droits », explique Khadija Anani.

      Dans le même temps, la liberté d’expression des citoyen·nes est régulièrement entravée. Le rappeur El Mahdi Lyoubi a été arrêté et se voit imposer un procès vendredi 31 juillet. Tout cela explique, selon la représentante associative, qu’autant de personnes aient tenté le passage de la frontière à Ceuta ces jours-ci.

      Mais selon El País, des milliers de personnes rebroussent chemin vers le Maroc, faute de pouvoir être accueillies correctement dans l’enclave. Selon le ministère de l’intérieur espagnol, 25 000 personnes seraient déjà rentrées. Dans toute cette histoire, conclut Khadija Anani, « gardons en tête les dégâts humains, car le bilan des morts risque encore de s’alourdir ».

      https://www.mediapart.fr/journal/international/310726/les-migrants-marocains-de-ceuta-victimes-des-politiques-migratoires-europe
      #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #chiffres #statistiques #afflux #invasion #Melilla #instrumentalisation #extrême_droite #racisme #jeunesse #jeunesse_marocaine

    • Drame de Ceuta : jusqu’où ira l’#indignité ?

      Plus de 70 personnes officiellement décédées, sans doute plus de 130 selon les associations. De ce qui s’est passé à Ceuta ces derniers jours, on aimerait d’abord que l’on retienne cela : ces vies brisées, ces histoires, ces noms et ces visages. Mais comme bien souvent, la plupart des réactions et des polémiques effaceront cette dimension humaine. Alors il faut le redire, sans relâche, contre l’indifférence et la banalisation.

      Au-delà de la situation historique et géographique spécifique de l’enclave espagnole de Ceuta sur le continent africain, au-delà de la crise sociale et des inégalités particulièrement prégnantes au Maroc, les événements de la semaine dernière sont venus une nouvelle fois rappeler comment les personnes migrantes peuvent être aujourd’hui l’objet de bien des instrumentalisations géopolitiques, une dimension renforcée par les logiques d’externalisation des politiques migratoires européennes ; et comment l’obsession de ces politiques pour la fermeture aux « indésirables » ne peut que conduire à de telles situations de tensions, de marchandage, tant rien ne peut faire complétement obstacle à l’espoir d’une autre vie pour celles et ceux qui sont prêts à tout pour partir.

      Mais ce à quoi nous assistons autour du drame de Ceuta est surtout sidérant d’escalade dans l’indignité.

      Escalade dans le degré de #mensonges et de #contre-vérités véhiculés par des responsables politiques, bien au-delà des rangs de l’extrême droite, par divers influenceurs et relais médiatiques : alimentation irraisonnée de l’existence d’un risque « d’arrivée massive » de personnes migrantes sur le continent européen, alors que l’enclave n’est pas dans l’espace Schengen et qu’il n’est pas possible de rejoindre l’Espagne sans contrôle ; prétendu lien avec la politique de régularisation conduite par le gouvernement espagnol, procédure qui n’est pourtant plus ouverte aujourd’hui, dont les critères ne pouvaient en aucun cas concerner les personnes arrivées à Ceuta ces derniers jours.

      Escalade dans la mécanique, désormais si bien rodée, d’instrumentalisation au service de l’agenda politique de celles et ceux qui entretiennent les peurs pour vanter leurs propositions autoritaires et xénophobes : alimentation du fantasme de la « submersion », à coup d’images et de commentaires haineux ressassés jusqu’à la nausée, précipitation sur le terrain pour alimenter les paniques identitaires, dénonciation d’une « menace existentielle » … Un retournement d’analyse bien pathétique quand on pense aux vraies menaces existentielles (drames climatiques, conflits armés…) que nous vivons en cet été 2026…

      Escalade enfin dans la surenchère répressive et sécuritaire qui a été la réponse de la plupart des pays européens : priorité au renforcement du contrôle des frontières, alors qu’il était bien impossible aux personnes migrantes arrivées à Ceuta de gagner facilement le continent européen ; aucune considération pour les questions humanitaires et le respect des droits fondamentaux. Et lundi 3 août, la lettre des 22 pays amenés par l’Italie et le Danemark, demandant de nouvelles mesures de contrôle et de fermeture, dénonçant la politique espagnole de régularisation, a été un nouveau signe plus qu’alarmant d’une dérive sans fin de l’Union européenne, sous l’impulsion d’une alliance droite et extrême droite qui la guide désormais sur les questions migratoires.

      Jusqu’où cela va-t-il aller ? Après le pacte asile et migration en application depuis juin dernier, après le règlement retour et ses « hubs de retour » en dehors de l’UE, renforçant encore les logiques d’enfermement, d’expulsion, d’externalisation et d’atteintes aux droits, quelle va être la prochaine étape ?

      La réunion des ministres de l’Intérieur tenue ce mardi 4 aout, si elle n’a fait l’objet d’aucune véritable annonce nouvelle, tant les dispositifs de contrôle et de répression sont déjà présents, a néanmoins confirmé le registre de la menace et de l’obsession, notamment via les technologies de surveillance, du contrôle et de la fermeture.

      Alors qu’en France comme dans d’autres pays européens s’ouvrent de cruciales séquences électorales risquant d’être autant de prétextes à de nouvelles instrumentalisations et surenchères, il y a urgence, sous peine de basculer demain dans un avenir encore plus cauchemardesque, à dénoncer sans faillir ces mécaniques toxiques. Et à opposer à l’incapacité aujourd’hui dramatique de l’Union européenne et de ses Etats à concevoir des politiques migratoires, hors du paradigme de la répression et de la logique de « la forteresse assiégée » servant principalement ses intérêts ; des politiques fondées sur le respect des droits humains, l’égalité de traitement, les coopérations d’égal à égal et les solidarités internationales. Les seules à même de pouvoir garantir notre avenir collectif, dans un monde où, plus que jamais, les migrations en seront demain le cœur battant.

      https://www.lacimade.org/drame-de-ceuta-jusquou-ira-lindignite

  • Les plans de travail en quartz, à l’origine d’une crise de santé publique aux États-Unis et dans le monde
    https://theconversation.com/les-plans-de-travail-en-quartz-a-lorigine-dune-crise-de-sante-publi

    Souvent commercialisée sous le nom de « quartz », la pierre reconstituée est un produit synthétique contenant jusqu’à 95 % de quartz finement broyé, mélangé à des résines polyester ainsi qu’à des pigments. Derrière l’apparente facilité avec laquelle on peut se procurer ce matériau se cache un fait ignoré des consommateurs : les ouvriers qui découpent, meulent et polissent ces plans de travail s’exposent au risque de développer une maladie redoutable qui détruit leurs poumons, la silicose. Cette maladie évitable, pour laquelle il n’existe aucun remède, est mortelle, et il n’existe aucun remède.

    Rien qu’en Californie, plus de 550 travailleurs ont reçu un diagnostic de silicose causée par cette pierre reconstituée depuis 2019. Parmi eux, au moins 100 ont subi une greffe pulmonaire ou sont en attente d’en recevoir une. Cette intervention, complexe, ne fait cependant que prolonger leur vie, sans pouvoir offrir de guérison durable. Entre 2019 et 2026, au moins 30 sont morts de silicose.

  • "Les tâches simples étaient des moments de repos pour le cerveau. Quand ces outils s’en chargent, il ne reste que l’effort, sans répit."

    La « vibecoding fatigue » : épuisés par l’IA, les développeurs informatiques inventent leurs propres parades
    https://theconversation.com/la-vibecoding-fatigue-epuises-par-lia-les-developpeurs-informatique

    (...)Sur un forum de développeurs, un ingénieur raconte sa fatigue après deux mois à coder sept heures par jour, quasiment sans week-ends. Il décrit une lassitude d’un genre particulier, née de ces outils qui produisent beaucoup, très vite, et qu’il faut valider sans relâche. (...)
    Cette tendance, c’est la vibecoding fatigue, une lassitude de valider sans arrêt le travail d’une machine qui ne s’arrête jamais. Le mot est né sous la plume d’un ingénieur passé chez Google, Jorge Raad, qui décrit dès août 2025 le malaise né d’une délégation cognitive excessive aux outils d’IA.
    (...)
    En mars 2026, une étude, menée sur 1 488 personnes, le baptise l’AI brain fry. Les coûts sont conséquents avec un tiers de fatigue de décision en plus, 39 % d’erreurs graves en plus, et une envie de démissionner qui passe de 25 % à 34 %. Un des auteurs, Matthew Kropp, désigne les premiers concernés, les ingénieurs qui pilotent déjà plusieurs systèmes d’IA à la fois. Il les appelle « le canari dans la mine », des sentinelles dont la fatigue annonce celle des autres métiers.

    L’explication précède l’IA générative de quarante ans. Dès 1983, l’ergonome Lisanne Bainbridge décrivait les « ironies de l’automatisation ». Quand on confie les tâches faciles à la machine, il ne reste à l’humain que les plus difficiles, plus la surveillance de l’ensemble.

    Les chercheurs Marie-Laure Cahier et Pierre Quesson le retrouvent dans le conseil. Une médecin du travail qu’ils citent l’explique simplement. Les tâches simples étaient des moments de repos pour le cerveau. Quand ces outils s’en chargent, il ne reste que l’effort, sans répit. Un consultant parle d’un « exosquelette mental » qui décuple les forces tant qu’on le porte. Reste à savoir ce qu’il en demeure quand on l’enlève.
    (...)
    Le sociologue Hartmut Rosa l’avait pressenti. Chaque technique qui accélère remplit davantage les minutes qu’elle promettait de libérer. Cette pression s’exerce d’abord sur les métiers du langage, à commencer par celui où l’IA a envahi le quotidien. (...)

  • La « vibecoding fatigue » : épuisés par l’IA, les développeurs informatiques inventent leurs propres parades
    https://theconversation.com/la-vibecoding-fatigue-epuises-par-lia-les-developpeurs-informatique

    L’ESSENTIEL

    Les développeurs les plus en pointe avec l’intelligence artificielle générative décrivent une fatigue d’un genre nouveau, la vibecoding fatigue ou l’AI brain fry.

    Des parades sont inventées pour ne pas se laisser soumettre par l’IA.

    Cette fatigue pourrait gagner tous les métiers du langage, des journalistes aux juristes en passant par les traducteurs.

    #ia #burn_out #vibecoding #fatigue

    • Un an plus tard, la même équipe va plus loin ; parmi les salariés les plus productifs grâce à l’IA, 88 % se disent en burn-out

      La vache. Ça va très très vite.

  • Epic diarrhea outbreak has 40% of Americans avoiding fruits and veggies
    https://arstechnica.com/health/2026/07/epic-diarrhea-outbreak-has-40-of-americans-avoiding-fruits-and-veggies

    Anti-vaccine Health Secretary Robert F. Kennedy Jr. has made it one of his top priorities to convince Americans to “eat real food,” including more fresh fruits and vegetables. But, it’s a hard sell when those real foods are causing real eruptions of explosive diarrhea across the country.

    The Food and Drug Administration is investigating six outbreaks of foodborne diarrheal illnesses caused by Cyclospora, a unicellular parasite known for spreading from human feces onto fresh produce. Past outbreaks have been linked to leafy greens, fresh basil, fresh cilantro, snow peas, green onions, and raspberries. The Centers for Disease Control and Prevention has tallied a record high of over 11,500 confirmed and probable cases across 41 states, with over 300 requiring hospitalization. And that case total is almost certainly an undercount.

    Les gens qui critiquent RFK sont rien que des jaloux. :-))

    • How cuts to CDC are dismantling its capacity to protect Americans’ health
      https://theconversation.com/how-cuts-to-cdc-are-dismantling-its-capacity-to-protect-americans-h

      […]
      Losses to the CDC workforce
      The CDC is home to a specialized public health workforce tasked with responding to the nation’s most important health problems.

      Since January 2025, the CDC has lost just over a quarter of its federal employee workforce. More than 1,000 employees were fired after their positions were eliminated, with hundreds remaining on administrative leave due to a court order preventing their firing. Resignations, retirements and contract nonrenewals have further shrunk the workforce.
      […]
      Cuts to chronic disease and injury prevention
      Although the CDC’s responses to infectious disease outbreaks like hantavirus or Ebola virus tend to dominate headlines, much of the agency’s day-to-day work focuses on chronic disease and injury prevention.

      Chronic diseases are the No. 1 killer of Americans, and injuries are the No. 1 killer of American children.

      Despite Kennedy’s assertions that his administration will focus on preventing chronic disease, he has quietly shuttered many of the CDC’s chronic disease and injury prevention programs, including those dedicated to improving women’s health, preventing violence and injuries, tracking infertility, reducing tobacco use and promoting healthy aging.

      President Donald Trump’s fiscal year 2026 budget proposed eliminating the CDC’s chronic disease and injury prevention programs entirely. The final funding bill rejected these cuts.
      […}

  • Pourquoi l’IA vous dit toujours que vous avez une excellente idée, ou l’effet sycophante
    https://theconversation.com/pourquoi-lia-vous-dit-toujours-que-vous-avez-une-excellente-idee-ou

    Vous vous connectez sur votre assistant IA conversationnel : il vous salue amicalement, « Vous êtes de retour ! » Puis vous lui soumettez une question de vocabulaire, l’ébauche bancale d’un texte ou une intuition fragile : « Quelle bonne idée ! »

    Très souvent, avant même d’examiner votre requête, l’IA vous gratifie d’un commentaire élogieux (« Excellente question » ou « C’est un sujet fascinant »). Ce réflexe de validation porte un nom dans la recherche récente : sycophancy, en anglais, que l’on peut traduire par « effet sycophante » ou « biais de complaisance ».

    Plusieurs des assistants les plus diffusés le manifestent de façon régulière : évaluant ChatGPT, Claude et Gemini sur des tâches de mathématiques et de conseil médical, Aaron Fanous et ses collègues de l’université de Stanford l’ont mesuré dans près de six réponses sur dix. Ce concept relie deux histoires que tout semblait séparer : celle d’une technique d’entraînement vieille de quelques années, et celle d’un travers humain que la psychologie sociale décrit depuis les années 1960. L’assistant flatte parce qu’on l’a récompensé pour flatter, et nous cédons à la flatterie parce que notre jugement fléchit devant l’éloge qui nous vise.
    Une figue, un délateur, une machine

    Le mot nous vient de l’Athènes de Solon, au début du sixième siècle avant notre ère. La cité interdisait alors l’exportation des figues, rapporte Plutarque, et faute de police, comptait sur les particuliers pour dénoncer les fraudeurs. Celui qui « montrait les figues », de sukon, la figue, et phainein, montrer, servait aux juges l’accusation qu’ils attendaient, gagnait son procès et, accessoirement, touchait sa prime. Le grec a légué le terme à l’anglais sycophancy, qui désigne la flatterie servile du courtisan, avant que la recherche sur l’intelligence artificielle le reprenne pour nommer ce penchant des modèles à caresser leur interlocuteur dans le sens du poil.

    Le sycophante grec lisait les attentes du juge et ajustait son propos pour plaire ; l’assistant IA lit les indices laissés dans la question et oriente sa réponse vers ce qui contentera l’utilisateur. Un même geste relie les deux : un locuteur placé en situation d’être évalué règle son discours sur la récompense attendue plutôt que sur l’exactitude. Le délateur optimisait la faveur du tribunal, le modèle optimise le score d’un évaluateur.

    Cette économie de la flatterie a quitté le tribunal pour gagner la vie ordinaire des échanges commerciaux et numériques, où elle garde son efficacité même à découvert. Les spécialistes du marketing Elaine Chan et Jaideep Sengupta l’ont établi par l’expérience : un compliment adressé par un vendeur agit sur sa cible alors même que celle-ci perçoit le motif intéressé et corrige consciemment son jugement.

    La correction opère en surface, sur l’attitude déclarée, pendant qu’une adhésion favorable subsiste en profondeur et pèse davantage sur le comportement d’achat. L’assistant conversationnel hérite de cette rente : sa déférence porte auprès d’un utilisateur averti de sa nature statistique, parce que la lucidité sur le procédé désarme moins la flatterie qu’on ne l’espère.
    Pourquoi apprendre à une machine à complaire ?

    Cet effet est-il intentionnel et destiné à capter de nouveaux clients ? Techniquement, la complaisance des modèles se présente d’abord comme la conséquence de leur méthode d’apprentissage. Les grands modèles de langage passent en effet par une étape appelée RLHF, pour Reinforcement Learning from Human Feedback, soit l’apprentissage par renforcement à partir de retours humains.

    Le principe a d’abord été formalisé de façon générale par Paul Christiano, chercheur américain en intelligence artificielle, et ses coauteurs, en 2017, sur des tâches de simulation robotique sans lien avec le langage, avant que l’équipe d’OpenAI, autour du chercheur en intelligence artificielle Long Ouyang, l’applique aux modèles conversationnels en 2022 avec InstructGPT. L’idée tient en peu de mots : des personnes classent les réponses du modèle de la meilleure à la moins bonne, ces classements servent à entraîner un « modèle de récompense », et le système apprend ensuite à produire ce que ce modèle de récompense note haut.

    C’est ainsi que, presque ironiquement, le maillon humain introduit un biais que des chercheurs des universités Harvard et de Boston ont su isoler dans les données de préférence elles-mêmes. À justesse factuelle égale, une réponse qui épouse l’opinion de l’utilisateur récolte de meilleures notes qu’une réponse exacte qui le contrarie. L’étude va même plus loin : humains et modèles de récompense retiennent parfois une réponse flatteuse bien tournée de préférence à une réponse correcte. Au point que pousser l’optimisation contre ce signal finit par rogner la véracité au profit de l’agrément ! La flatterie devient alors une stratégie payante au sens mathématique, un point vers lequel l’entraînement converge de lui-même.

    La complaisance reste pourtant une tendance parmi d’autres, tempérée par les objectifs concurrents que l’entraînement poursuit en même temps : la recherche d’exactitude, par exemple, travaille contre la déférence, tandis que l’utilité perçue la renforce. Le résultat dépend de l’équilibre que chaque éditeur donne à ces forces, ce qui explique que l’ampleur du phénomène varie sensiblement d’un modèle à l’autre. Keyu Wang et ses collègues relèvent ainsi, sur sept familles de modèles, des taux de complaisance qui s’échelonnent de 47 % à 95 %.

    Ce penchant s’accentue pourtant avec la taille. Jerry Wei et ses collègues l’ont mesuré sur les modèles PaLM de Google : plus le modèle grossit, plus il tend à répéter l’opinion de son interlocuteur, et l’effet s’accentue encore lorsqu’on l’entraîne à suivre des instructions. L’assistant se contente ainsi rarement de flatter : il apprend de notre goût pour la flatterie et nous renvoie une version amplifiée de nos propres attentes. Les systèmes les mieux ajustés aux préférences déclarées comptent parmi les plus enclins à la déférence. Plusieurs équipes cherchent des correctifs, par exemple l’ajout de données synthétiques conçues pour désapprendre la flatterie, une piste que Wei et ses collègues explorent dans le même travail. La question reste ouverte à ce jour.
    Pourquoi la flatterie prend sur nous

    Un miroir complaisant agit seulement si celui qui s’y regarde le croit fidèle. Bien avant les assistants conversationnels, la psychologie sociale a montré que la cible d’un compliment perd en lucidité au moment précis où elle en aurait le plus besoin. Le psychologue américain Edward E. Jones a fondé cette étude en 1964 sous le nom d’« ingratiation », l’art de se rendre désirable aux yeux d’autrui, et il y repérait déjà une « distorsion vaniteuse » qui rend chacun plus crédule devant l’éloge tourné vers lui-même que devant celui destiné à un tiers.

    La psychologue néerlandaise Roos Vonk a mis ce mécanisme à l’épreuve du laboratoire. Ses expériences révèlent un écart net entre la cible et l’observateur : la personne directement flattée juge le flatteur plus crédible et plus sympathique que ne le fait un témoin de la même scène, et cet écart tient bon même quand on neutralise la fatigue cognitive, l’humeur ou l’envie de plaire. Nous jugeons donc au plus mal la sincérité des compliments qui nous sont adressés. Un utilisateur averti du fonctionnement statistique d’un modèle reste vulnérable à sa validation pour cette raison simple : occuper la place de cible suffit à endormir la méfiance.

    Le psychiatre Serge Tisseron a décrit le versant émotionnel de cet attachement. Analysant notre rapport aux robots sociaux, il montre qu’un artefact peut satisfaire notre désir d’emprise tout en entretenant l’illusion de la réciprocité. Face à une machine qui adopte les codes de l’écoute et de l’attention, l’utilisateur lui prête une intériorité, parfois une bienveillance. L’assistant devient une sorte de compagnon rassurant, un espace où la contradiction se fait rare. Ce ressort prolonge une disposition ancienne : Tisseron la rattache à notre façon d’investir affectivement les objets, l’assistant venant occuper une fonction psychique déjà là. J’ai analysé ailleurs ce basculement, où l’écoute simulée finit par redéfinir ce que nous attendons d’un échange, sous le nom d’empathie artificielle.

    Reste la dimension économique, que le sociologue Antonio Casilli éclaire dans son enquête sur le travail du clic. La douceur des interfaces résulte d’un calibrage industriel où le ton des modèles se règle en amont, grâce au travail d’annotateurs largement invisibles. Les éditeurs visent la fidélité d’usage, et l’expérience gagne à rester agréable : une conversation qui flatte retient mieux qu’une conversation qui heurte. L’incitation commerciale et l’incitation technique poussent vers le même résultat, une friction réduite au minimum, sans qu’il faille supposer la moindre intention de rendre les esprits paresseux.
    Le Tricatel de la pensée

    Dans le film L’Aile ou la Cuisse, l’usine Tricatel fabriquait une nourriture de synthèse, lissée et sans saveur, servie sous les dehors de la grande cuisine. L’effet sycophante produit un équivalent textuel : une matière relationnelle prémâchée, agréable, qu’on avale sans effort. Le risque tient moins à une machine devenue intelligente ou hostile qu’à une chambre d’échos où notre ego trouve un assentiment permanent.

    Deux forces s’y rejoignent, et c’est leur rencontre qui peut paraître inquiétante. D’un côté, notre moindre lucidité devant l’éloge qui nous vise ; de l’autre, une technique d’entraînement qui sélectionne la complaisance. Au total, nous sommes face à un système réglé pour flatter, qui s’adresse à un esprit disposé à se laisser flatter et… l’accord se scelle. En confiant à ces miroirs le soin de valider nos idées, nous risquons d’oublier que la pensée avance par le frottement avec le réel et par la rencontre de ce qui résiste, jamais par un consentement fabriqué.

  • La seconde vie méconnue des pesticides dans l’atmosphère
    https://theconversation.com/la-seconde-vie-meconnue-des-pesticides-dans-latmosphere-286588

    Quand on évoque les pesticides, l’attention se porte le plus souvent sur les sols, l’eau ou l’alimentation. L’air reste encore souvent un angle mort des politiques et du débat public. Pourtant, pendant et après leur application, une fraction substantielle des pesticides épandus peut rejoindre l’atmosphère – jusqu’à 60 % dans certaines conditions – sous forme de gaz, de gouttelettes ou de poussières contaminées.

    Après leur mise en suspension, ces polluants peuvent alors voyager, se transformer et se déposer très loin de leur site d’émission, contaminant alors les régions les plus reculées. Ce phénomène est connu depuis les années 1960, mais son importance reste encore largement sous-estimée.

    Cela s’explique notamment par la manière dont les #pesticides sont représentés dans les modèles scientifiques. Par simplification, ceux-ci ont longtemps considéré que les pesticides présents dans l’#atmosphère se trouvaient uniquement sous forme de gaz. Or, une partie peut aussi se fixer à des particules, comme des #poussières ou des #aérosols en suspension dans l’air.

    Et cette forme particulaire change tout : notre nouvelle étude, montre que les pesticides fixés sur des particules atmosphériques peuvent se dégrader jusqu’à 132 fois plus lentement que prévu par les modèles ne prenant en compte que la phase gazeuse.

  • Pourquoi l’#IA vous dit toujours que vous avez une excellente idée, ou l’effet #sycophante
    https://theconversation.com/pourquoi-lia-vous-dit-toujours-que-vous-avez-une-excellente-idee-ou

    Vous vous connectez sur votre assistant IA conversationnel : il vous salue amicalement, « Vous êtes de retour ! » Puis vous lui soumettez une question de vocabulaire, l’ébauche bancale d’un texte ou une intuition fragile : « Quelle bonne idée ! »

    Très souvent, avant même d’examiner votre requête, l’IA vous gratifie d’un commentaire élogieux (« Excellente question » ou « C’est un sujet fascinant »). Ce réflexe de validation porte un nom dans la recherche récente : #sycophancy, en anglais, que l’on peut traduire par « effet sycophante » ou « biais de complaisance ».

    Plusieurs des assistants les plus diffusés le manifestent de façon régulière : évaluant #ChatGPT, #Claude et #Gemini sur des tâches de mathématiques et de conseil médical, Aaron Fanous et ses collègues de l’université de Stanford l’ont mesuré dans près de six réponses sur dix. Ce concept relie deux histoires que tout semblait séparer : celle d’une technique d’entraînement vieille de quelques années, et celle d’un travers humain que la psychologie sociale décrit depuis les années 1960. L’assistant flatte parce qu’on l’a récompensé pour flatter, et nous cédons à la #flatterie parce que notre jugement fléchit devant l’éloge qui nous vise.

  • La théorie de l’évolution est mal comprise : est-ce un problème de langue, de vocabulaire ou de psychologie ?
    https://theconversation.com/la-theorie-de-levolution-est-mal-comprise-est-ce-un-probleme-de-lan

    Je me suis rendue compte qu’effectivement, les processus adaptatif sont mal compris : un organisme individuel ne va pas s’adapter à un changement de son milieu et transmettre son « adaptation à sa descendance.
    C’est carrément l’inverse : quand un changement du milieu intervient, il y a des individus qui sont porteurs d’anomalies génétiques qui s’expriment dans leur phénotype et vont leur permettre de continuer vaguement à vivre et surtout à se reproduire (et donc à transmettre l’anomalie qui permet de survivre) et d’autres qui ne sont pas équipés d’origine pour cette nouvelle donne et vont claquer sans se reproduire.

    C’est ça, la sélection naturelle et le processus adaptatif : ça se fait à travers des moissons générationnelles et ça accompagne un changement qui s’étale bien au-delà des durées de vie individuelles. Pour les individus, c’est pile ou face, ça passe ou ça casse.

    Ce processus est inopérant sur des changements brutaux et courts : si on atteint les limites de l’espèce dans une génération, l’espèce disparait.

    C’est pour ça qu’ils me fatiguent les chantres de l’adaptation au changement climatique : on est très loin d’un changement plurigénérationnel, ça se fait en très peu d’années.

    Et surtout, on est presque tout de suite aux portes des limites supérieures de la vie carbonée en générale, des organismes à protéines en particulier.
    Le seuil, c’est 40°C en température interne. Là, t’as en gros 2 heures pour trouver un moyen de baisser ta tempé, après tu es très littéralement cuit.
    Il y a 0 processus adaptatif, 0 négociation ou échappatoire.

    Le degré d’après n’est pas un conquête des meilleurs, des plus forts et des plus compétitifs : c’est Mars.
    Un monde stérile, mise à part quelques bactéries qui aiment le super chaud.

    Quant au verbe « s’adapter », avec son pronom réfléchi, il évoque une action volontaire, une capacité à modifier consciemment son comportement face aux circonstances. Pourtant, le discours de la biologie évolutive exclut toute intentionnalité. En effet, le vivant n’a pas décidé d’être ce qu’il est, et encore moins dans une optique d’adaptation. Dans une même population, les individus montrant certaines caractéristiques avantageuses dans un écosystème donné laisseront davantage de descendants. D’un point de vue évolutif, le vivant ne s’adapte pas : il est adapté.Ces glissements de sens ne relèvent pas d’un simple malentendu lexical. Ils révèlent une manière spontanée de penser le vivant. Comme le montre la psychologie cognitive, nous sommes enclins à attribuer des intentions à des phénomènes naturels qui n’en possèdent aucune. Nous voyons des projets là où n’opèrent que des mécanismes physiques. Nous prêtons des stratégies à ce qui résulte de processus aveugles. Nous avons des intuitions et nous les prêtons aux choses.

  • Les refuges climatiques seront utiles s’ils n’oublient pas de faire de la chaleur un objet politique

    Alors que la France a déjà connu trois vagues de chaleur en quelques semaines à peine, le concept de refuge climatique, qui s’institutionnalise dans un certain nombre de pays, cristallise les espoirs des citoyens en surchauffe. Il peut s’agir d’une réponse prometteuse, mais uniquement à certaines conditions, notamment de les concevoir et de les déployer en gardant en tête des critères d’accessibilité, d’hospitalité et de justice socioécologique. En bref, d’en faire des objets politiques.
    Notre maison brûle et nous la regardons (enfin) en face. Alors que la France vient de connaître deux séquences caniculaires précoces et intenses, la chaleur semble s’imposer comme un problème public majeur. Le mois de juin 2026 a été le plus chaud jamais enregistré par Météo France et une nouvelle vague de chaleur touche désormais une grande partie du pays.

    Le traitement médiatique immédiat de la canicule s’est largement détourné des enjeux de fond, privilégiant des réponses à court terme et individuelles au détriment d’une réflexion collective sur l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. Plan massif de climatisation, mise en cause des scientifiques, légitimation de la débrouille au sein des foyers…

    Ce cadrage tend à occulter une réalité bien documentée : celle des inégalités socioécologiques. L’exposition aux fortes chaleurs, la vulnérabilité face à leurs conséquences et les capacités d’adaptation varient selon les conditions de logement, l’état de santé, les ressources économiques, l’âge ou encore l’accès aux espaces publics. Les enquêtes sociologiques, à commencer par celle d’Eric Klinenberg sur la canicule de Chicago en 1995, montrent aussi que l’isolement social constitue un facteur majeur de surmortalité.

    Contre toute solution hâtive qui pourrait participer d’une maladaptation, les sciences sociales nous invitent à politiser la chaleur, en saisissant la canicule comme un problème social collectif permettant d’articuler les enjeux d’adaptation et ceux d’atténuation.

    Ainsi, ouvrir des refuges climatiques ne suffit pas : encore faut-il que ceux qui en ont besoin les connaissent, puissent s’y sentir à l’aise et s’en saisissent pour construire collectivement les conditions d’un « bien-vivre » dans un monde plus chaud.

    Refuges climatiques : de quoi parle-t-on ?

    Le concept de refuge climatique s’institutionnalise. De Buenos Aires à Bologne, en passant par Porto et Londres, de nombreuses villes l’adoptent pour adapter leur tissu urbain à la crise climatique et protéger leurs habitants de la chaleur.

    Barcelone fait figure de référence, avec un réseau de plusieurs centaines de refuges : écoles, bibliothèques, musées, parcs et jardins, répondant à des critères de confort thermique, d’accessibilité, de repos et d’accès à l’eau.

    Le contour des refuges climatiques varie pourtant d’une ville à l’autre. Certains réseaux privilégient les parcs et jardins, d’autres des équipements climatisés. En réaction, une définition minimale s’esquisse peu à peu dans la littérature scientifique : le refuge climatique conjugue rafraîchissement et hospitalité afin d’offrir un « réconfort thermique » limitant la vulnérabilité face aux aléas climatiques pour tenter de se protéger de l’aléa météorologique.

    Mais faire du confort thermique un enjeu politique suppose de mesurer le stress thermique vécu par les habitants, en tenant compte non seulement de l’îlot de chaleur urbain, mais aussi de l’ombre, de la ventilation, de la morphologie des rues et de la qualité des logements.

    Parce qu’il résulte des interactions entre expériences de chaleur, conditions de logement, ressources socio-économiques et accès aux refuges climatiques, le confort thermique appelle des politiques d’universalisme proportionné, bénéficiant à tous, tout en accordant une attention prioritaire aux plus vulnérables.

    Comment configurer les refuges climatiques ?

    Les villes font face à plusieurs défis. Le premier porte sur les infrastructures : faut-il créer de nouveaux espaces refuges ou bien adapter les services existants ?

    Le choix des techniques de rafraîchissement soulève en outre des enjeux environnementaux et politiques. La climatisation en est l’exemple emblématique : si son rôle dans l’accentuation de l’îlot de chaleur urbain est bien documenté, un usage ciblé reste indispensable pour les publics les plus vulnérables (seniors, enfants, SDF…).

    La recherche souligne aussi la nécessité d’adopter des pratiques architecturales favorisant le confort d’été : matériaux biosourcés, protections solaires (volets, stores) et solutions passives de rafraîchissement, comme les réseaux de froid urbain. Autant de leviers pour concevoir des refuges climatiques et adapter les villes.

    Ainsi, un réseau de refuges climatiques ne se réduit pas à des lieux frais. Ceux-ci doivent aussi proposer des services (eau, wifi, etc.) et être pensés, dès leur conception, comme des espaces d’hospitalité, ce qui suppose une animation et des personnels formés à ces nouveaux usages.

    L’enjeu de l’accessibilité

    La question de l’accessibilité du refuge est un élément clé à intégrer dans une perspective de justice socioécologique.

    - Cette accessibilité est d’abord temporelle : fréquemment, les équipements publics sont fermés lors des pics de chaleurs, et les espaces verts restent inaccessibles aux heures nocturnes les plus fraîches.

    - Elle est également spatiale : ignorer les frontières physiques ou symboliques limitant l’accès à ces infrastructures revient à renforcer les inégalités socioécologiques.

    - Elle est, enfin, territoriale : l’exemple de Bologne, en Italie, montre que les refuges climatiques gagnent à être pensés comme un réseau, relié par des cheminements rafraîchis. En Émilie-Romagne, le projet « Green Cells » s’appuie ainsi sur les coursives historiques ombragées pour rendre ce maillage praticable.

    Une question également culturelle

    Mais le défi à relever est également culturel. Concevoir des refuges climatiques suppose d’abord de les penser comme des lieux d’hospitalité et d’entraide.

    Les recherches montrent que leur conception mérite d’être pensée à partir des quartiers et des communautés concernées afin d’identifier les besoins des habitants et de favoriser leur appropriation. Dès leur conception, l’implication des réseaux de proximité est essentielle, comme à Porto, où le design et localisation des refuges climatiques s’inscrivent dans une méthodologie participative qui tient compte de la connaissance préexistante des lieux par les habitants.

    Autre changement culturel complémentaire : la diffusion d’une culture de rafraîchissement des corps. Au Japon, la démarche « Cool Biz » adapte les normes vestimentaires en été ; à Genève, l’interdiction du travail en extérieur l’après-midi en période de canicule s’accompagne de pédagogie quant aux gestes de rafraîchissement.

    Veut-on vraiment parler de « refuges » climatiques ?

    Le terme de « refuges climatiques » mérite qu’on s’y arrête : il est très largement associé à des représentations liées à la catastrophe, en lien avec les notions de « refuges » et de « réfugiés ». Or, si l’on veut penser ces lieux comme des espaces de solidarité, d’entraide et de soutien, il importe de dépasser cet imaginaire.

    Ils comportent aussi un potentiel effet repoussoir, lié à l’imaginaire néolibéral d’un individu autonome et puissant, peinant à se reconnaître comme vulnérable et interdépendant. Qui souhaite se dire « réfugié » climatique ? Et comment désigner ceux qui le sont réellement ? Les enquêtes montrent que les plus vulnérables, notamment les personnes âgées ou malades, sous-estiment leur propre vulnérabilité tout en l’identifiant plus facilement chez les autres. Faut-il y voir le signe du refus d’un potentiel stigmate associé à cette vulnérabilité ?

    Le choix des mots n’a rien de neutre au moment de concevoir des dispositifs d’action publique : faut-il parler de « haltes fraîcheurs », se limiter à la chaleur, intégrer aussi la protection contre le froid en hiver, ou viser plus largement des « lieux du bien vivre » ?

    La qualification retenue oriente les usages auxquels ces espaces sont destinés : simples réponses à une crise ou lieux de solidarité, de convivialité et de délibération sur nos manières d’habiter un monde où de nombreux seuils socioécologiques ont déjà été franchis. Plus qu’un changement de vocabulaire, elle engage un projet politique : faire de ces lieux des espaces où se renforcent les liens socioécologiques et où se construit, à partir des réalités locales, une conception partagée du bien vivre.

    Ainsi, les refuges climatiques ne seront à la hauteur du problème qu’à condition d’être plus que des points frais sur une carte : des lieux accessibles, intégrés aux pratiques habitantes, capables d’accueillir des publics vulnérables sans les stigmatiser, et de soutenir des apprentissages collectifs face à la crise socioécologique.

    https://theconversation.com/les-refuges-climatiques-seront-utiles-sils-noublient-pas-de-faire-d

    #villes #urbanisme #politique #refuges_climatiques #chaleur #urban_matter #canicule #accessibilité #hospitalité #justice_socioécologique #changement_climatique #atténuation #adaptation #climatisation #vulnérabilité #inégalités #isolement #isolement_social #surmortalité #politisation #politisation_de_la_chaleur #rafraîchissement #fraîcheur #réconfort_thermique #stress_thermique #îlots_de_chaleur #logement #infrastructure #architecture #entraide #corps

  • Sans eau, les forêts arrêtent de capter du CO₂
    https://theconversation.com/sans-eau-les-forets-arretent-de-capter-du-co-286708

    La surface des feuilles est en partie couverte de stomates, de minuscules fentes qui peuvent s’ouvrir et se fermer. C’est par ces pores que le #CO2 pénètre dans l’#arbre. Ce déplacement du CO2 ne nécessite pas d’énergie à l’arbre. Il se fait naturellement du milieu où le CO2 est plus abondant – l’atmosphère – vers le milieu où il l’est moins, ici l’intérieur de la feuille.

    Mais l’ouverture des stomates ne permet pas seulement au CO2 d’entrer. Elle entraîne aussi une perte en #eau pour l’arbre, car les cellules de l’intérieur des feuilles sont bien plus riches en vapeur d’eau que l’atmosphère, et ce, même dans les régions les plus humides. C’est ce qu’on appelle la #transpiration des arbres. En moyenne, pour chaque molécule de CO2 absorbée par un stomate, environ 400 molécules d’eau s’échappent simultanément.

    Cette transpiration est nécessaire à la croissance et au métabolisme des plantes. Elle peut représenter jusqu’à plusieurs centaines de litres d’eau – l’équivalent de plusieurs baignoires – par jour selon la taille de l’arbre en saison de croissance, et plusieurs dizaines de milliers de litres par jour pour un hectare de #forêt. Ces grandes quantités d’eau sont puisées dans le #sol par les racines de l’arbre.

    Pour acheminer l’eau des racines jusqu’aux feuilles, les plantes ont besoin d’un système hydraulique performant. Le moteur de ce transport, à contre-courant de la gravité, est l’évaporation de l’eau au niveau des stomates. Celle-ci crée une tension qui « tire » les colonnes d’eau vers le haut, comme une paille géante, grâce à la forte cohésion des molécules d’eau entre elles.

    Ce principe a été formulé à la fin du XIXᵉ siècle par le botaniste irlandais Henry Horatio Dixon, et a ainsi été appelé « tension-cohésion ». Il explique comment la transpiration est un mécanisme passif, sans coût énergétique pour l’arbre.

    Pourtant, la tension nécessaire pour élever l’eau jusqu’à la cime des arbres est colossale. Imaginez que l’eau est aspirée comme à travers une paille de plusieurs dizaines de mètres, mais que cette paille est remplie d’obstacles : les parois des vaisseaux, les cellules… Résultat ? La force nécessaire pour faire monter l’eau jusqu’au sommet de l’arbre équivaut à celle qu’il faudrait pour pomper de l’eau d’un puits de plusieurs centaines de mètres de profondeur !

    Dans ces conditions extrêmes, l’eau se trouve dans un état dit « métastable », c’est-à-dire qu’elle peut brusquement passer à l’état gazeux si la tension augmente encore : si c’est le cas, c’est la #cavitation. Lorsque la cavitation survient, cela génère des bulles d’air dans ce réseau qu’on appelle le système hydraulique de l’arbre. Des embolies gazeuses empêchent alors la circulation de l’eau et le système hydraulique défaille. Les feuilles ainsi que les autres tissus de l’arbre se déshydratent progressivement, jusqu’à se dessécher de manière irréversible.

    La cavitation est un phénomène irréversible qui intervient lors des sécheresses extrêmes, souvent liées au manque de pluie combiné aux vagues de chaleur. Dans ces situations, d’une part, l’eau du sol est de plus en plus difficile à extraire au fur et à mesure que celui-ci s’assèche, on parle de sécheresse du sol. D’autre part, lorsque l’atmosphère chauffe, l’air devient plus desséchant et le moteur de l’évaporation au niveau des feuilles s’emballe, ce qui augmente la tension dans la plante et accélère la vidange du sol. On parle de sécheresse atmosphérique.

  • La financiarisation est-elle le « remède » qui rend l’hôpital plus malade ?
    https://theconversation.com/la-financiarisation-est-elle-le-remede-qui-rend-lhopital-plus-malad

    Faute de ressources suffisantes et compte tenu d’aides de l’État bien en deçà des besoins, les établissements se sont retrouvés dans une spirale d’endettement, contraints d’emprunter non seulement pour investir, mais aussi pour rembourser des dettes passées.

    Comme le montre le graphique ci-dessous, la dette des hôpitaux est passée de moins de 15 milliards d’euros au début des années 2000 à environ 30 milliards d’euros en 2024-2025, soit plus du double.

    Entre 2005 et 2024, ils ont versé près d’un milliard d’euros par an en intérêts, soit environ 20 milliards d’euros sur la période (en euros constants de 2024). Autant de ressources qui ne financent ni les soins ni l’investissement, mais les revenus d’acteurs financiers.

  • Nucléaire : le CNRS confirme des #fuites_radioactives au large de La Rochelle
    https://passion-aquitaine.ouest-france.fr/nucleaire-cnrs-fuites-radioactives-charente-maritime

    Le 2 juillet 2026, le CNRS a confirmé ce que personne n’avait mesuré depuis quarante ans. À 1 200 kilomètres au large de La Rochelle, certains fûts radioactifs déversent déjà leur contenu dans l’océan l’Atlantique. Ces barils devaient tenir vingt-cinq ans. La France ne les a pas surveillés pendant quarante. À Marennes-Oléron, premier bassin ostréicole de France, 40 000 tonnes d’huîtres sortent chaque année des parcs de Charente-Maritime. Pourtant, ni le Département ni la Région Nouvelle-Aquitaine n’ont encore réagi à ces résultats.

    #nucléaire


    • Hop, coco, tu mets tes gants blancs et tu me jettes ça pardessus bord.

      Dans ces deux opérations, la contribution française est écrasante. D’après l’inventaire officiel de l’Andra, la France représente à elle seule plus de 46 000 fûts métalliques. Ces déchets, d’environ 14 200 tonnes, provenaient principalement du site nucléaire de Marcoule. La pratique était alors légale. Elle a cessé en 1993, quand la Convention de Londres l’a définitivement interdite. Ce qui n’a pas cessé, en revanche, c’est le silence.

      * Fûts de déchets radioactifs avant leur immersion, sur le pont du navire britannique GEM, en 1978 © Greenpeace / Tony Marriner

    • Les pratiques étrangères d’immersion ont eu un impact réel en France, comme l’attestent les témoignages de marins-pêcheurs en Atlantique de l’époque, au large de La Rochelle, de Guilvinec ou de Concarneau , déplorant remonter dans leurs filets des déchets radioactifs immergés dans leurs lieux de pêche.

      https://passion-aquitaine.ouest-france.fr/nucleaire-cnrs-fuites-radioactives-charente-maritime

      –> https://theconversation.com/dans-les-mers-des-tonnes-de-dechets-radioactifs-laisses-a-labandon-

      –> https://www.persee.fr/doc/afdi_0066-3085_1965_num_11_1_1847

      Le rejet à la mer de déchets radioactifs [article]
      Jean-Pierre Queneudec
      Annuaire Français de Droit International Année 1965

      (...)
      Page 753

      Aussi l’on comprend l’inquiétude des marins-pêcheurs, qui ramènent parfois dans leurs filets ou leurs chaluts des barils renfermant des résidus nucléaires. C’est ainsi qu’en 1960 des marins-pêcheurs de La Rochelle, de Concarneau et de Guilvinec avaient, à différentes reprises, relevé des fûts de 200 litres enrobés de béton et contenant chacun 20 litres de déchets radioactifs. Selon la réponse faite le 6 mai 1964 par M. Gaston Palewski à une question écrite de M. Manceau, l’enquête effectuée avait révélé qu’il s’agissait de déchets d’origine étrangère, immergés dans des eaux françaises peu profondes à la suite d’une erreur de navigation (10). En mai et juin 1964, des chalutiers bretons, péchant à environ 50 milles au sud de la Pointe de Penmarch, relevaient à nouveau plusieurs barils d’acier dont les extrémités étaient bétonnées et qui portaient des inscriptions en langue anglaise. L’examen de ces fûts par les laboratoires désignés par le ministère de la Santé publique permit cependant d’établir qu’ils ne présentaient aucun risque de radioactivité (11). Il s’agissait en faits de fûts contenant des terres contaminées en provenance d’une usine britannique installée à Smarten (comté de Kent) et qui devaient être transportés par mer à un point situé à 125 milles au nord-ouest de l’Espagne et coulés par des fonds de 2 000 brasses (12). Néanmoins, l’émotion extrêmement vive soulevée à l’époque dans les ports bretons par ces événements devait montrer combien le public est sensibilisé sur ce sujet. En effet, en plus des dommages ainsi causés aux engins de pêche, n’y a-t-il pas un risque plus grave encore : celui de voir les eaux de la mer contaminées à plus ou moins long terme ?

      L’étendue du danger.

      Selon certains, la pratique consistant à rejeter à la mer les déchets radioactifs et notamment les déchets liquides « ne peut se généraliser sans risquer de représenter un début de contamination des eaux du globe » (13) . Quant aux déchets solides, de nombreux spécialistes n’ont pas manqué de souligner que, lorsque des résidus de haute activité sont enfermés dans des containers de dimensions insuffisantes, la chaleur de fission peut provoquer un accroissement de pression susceptible d’entraîner l’explosion du container (14) . En outre, les fûts immergés à de grandes profondeurs peuvent s’ouvrir sous l’effet de la pression de l’eau. D’autre part, on connaît le pouvoir destructeur de la mer et l’on peut aisément penser que les barils d’acier que l’on immerge à présent seront tôt ou tard rongés par l’eau de mer. Certes, les radioisotopes pourront alors avoir perdu leur radioactivité et ne présenter aucun danger.

      Le doute est néanmoins permis quand on sait que la période d’activité de certains éléments est assez longue, puisque le strontium 90, par exemple, met 28 ans pour perdre la moitié de son activité. Or, il ne semble pas que l’on ait mis au point des emballages inaltérables, capables de résister à l’action combinée de la corrosion marine, de la pression de l’eau et de la forte chaleur dégagée par les déchets à haute activité et à longue période. L’éventualité d’une destruction des emballages n’est donc pas à écarter ; ce qui provoquerait un accroissement notable de la radioactivité des eaux, de nature à apporter des modifications écologiques dans la faune et la flore marines et susceptible d’entraîner une rupture des équilibres biologiques et d’avoir des conséquences importantes sur la productivité des océans.

      (10) J.O.R.F., Débats, Ass. nat., 7 mai 1964. p. 1126. (11) te Monde, 12 juin 1964. (12) Selon le journal maritime anglais, Lloyd’s List Shipping Gazette, du 10 juin 1964. (13) Bertrand Goldschmidt, L’aventure atomique, Arthème Fayard, 1962, p. 214. (14) Conférence internationale des Nations Unies sur l’utilisation pacifique de l’énergie atomique, Genève, 1958, vol. 9 : Considérations fondamentales sur la diffusion de grandes quantités de déchets radioactifs sur terre et dans la mer.

    • Avocat du diable : c’est facile d’attribuer ces tonnages à la France, sachant que certains déchets transitent ou sont retraités en France, mais proviennent de pays qui ne se sont pas dotés de moyen de retraitement.

      Plus dans mon mode de pensée : c’est un problème commun. Surtout à une époque où le prix de électricité monte facticement en France à cause de réglementations européennes qui profitent aux non producteurs nucléaires (je suis pour l’équilibrage collectif, mais pas sans le dire, et pas sans donner des droits à ceux qui abondent le plus). Même si certains choix négligents sont le fruit d’une politique et de cerveaux français.

  • La catastrophe qui tarde : pourquoi les humains semblent-ils vivre mieux sur une planète qui se dégrade ?
    https://theconversation.com/la-catastrophe-qui-tarde-pourquoi-les-humains-semblent-ils-vivre-mi

    Les climats se dérèglent, les écosystèmes se dégradent et pourtant, à l’échelle mondiale, le revenu moyen par habitant, l’espérance de vie et les niveaux d’éducation continuent d’augmenter. Ce décalage constitue l’un des paradoxes les plus dérangeants du débat environnemental contemporain. Explorer tous les facteurs explicatifs est primordial pour réfléchir aux manières d’agir et de communiquer à l’ère du changement climatique.

  • Le 4-Juillet : une date inventée, un mythe construit, un récit disputé | Jérôme Viala-Gaudefroy
    https://theconversation.com/le-4-juillet-une-date-inventee-un-mythe-construit-un-recit-dispute-

    L’indépendance des États-Unis n’a pas été déclarée le 4 juillet 1776. Elle l’a été le 2 juillet. Que s’est-il passé le 4 ? Le Congrès a adopté un texte. Un texte qui allait devenir, en deux siècles et demi, le document le plus sacré d’une nation qui ne se réclame d’aucune religion d’État. Le 4-Juillet est moins une date qu’un récit. Source : The Conversation

  • « Juneteenth Independence Day » : le long combat des Afro-Américain·es pour l’accès à l’éducation après l’abolition de l’esclavage | Rodney Coates
    https://theconversation.com/juneteenth-independence-day-le-long-combat-des-afro-americains-pour

    Contraction des mots « June » (juin) et « nineteenth » (dix-neuvième), le Juneteenth, qui marque l’émancipation des esclaves aux États-Unis, est devenu un jour férié en 2021. L’histoire de cette fête nationale nous rappelle que des lois très répandues dans le Sud interdisaient aux esclaves le droit à l’éducation et que le combat pour la liberté va de pair avec l’accès au savoir. Source : The Conversation

  • La population française en 2070 : faut‑il s’inquiéter d’un #déclin_démographique ?

    En 2025, la France a enregistré plus de décès que de naissances. Que nous dit cette situation inédite depuis 1945 de l’avenir démographique du pays ? Dans quelle mesure peut-on évaluer les évolutions de population ?

    L’année 2025 aura marqué la fin de la croissance naturelle de la population française : les #naissances sont désormais inférieures aux #décès, à la fois parce que le nombre d’enfants diminue et parce que la génération du baby-boom commence à arriver à la fin de sa vie. La croissance démographique du pays dépend donc désormais, comme dans presque tous les pays européens, de son #solde_migratoire.

    Une partie des observateurs de ces tendances soulèvent la question de la pérennité du système social français, qui reposerait sur les actifs et serait voué à disparaître avec leur diminution.

    Sans nous engager dans une discussion sur le financement de la solidarité nationale, qu’on pourrait envisager par exemple de se faire aussi sur les revenus du capital et non pas uniquement sur le travail (et donc le nombre d’actifs), nous nous proposons ici de voir si le devenir de la population française est prévisible ou non, et comment.

    Des modèles de projection et des incertitudes

    Concernant le futur des populations, il est d’usage de proposer ce que l’on appelle des projections de population. Cela consiste à produire des modèles, qui vont estimer les changements de population dans le temps, en prenant en compte le nombre et la structure par âge des personnes présentes aujourd’hui, et en faisant varier la natalité, la mortalité, l’immigration et l’émigration en fonction de scénarios spécifiques. C’est la méthode « par composante ». Plus on s’éloigne du jour présent, plus l’incertitude augmente et plus les différents scénarios divergent.

    Les instituts statistiques et démographiques nationaux et internationaux s’adonnent à cet exercice régulièrement. Cela permet de proposer des données chiffrées aux décideurs politiques. À l’échelle mondiale, l’Organisation des Nations unies (ONU) publie régulièrement des projections pour l’ensemble des pays, en Autriche le Wittgenstein Centre fait de même avec d’autres paramètres et en proposant en sus des projections sur l’éducation.

    En France, l’Insee produit régulièrement des projections à l’échelle nationale, régionale et locale. Localement, c’est le modèle Omphale qui est mobilisé. Il s’agit d’un modèle qui s’appuie sur les données locales d’un instant donné pour projeter à plusieurs décennies les évolutions de la population. La dernière révision d’Omphale date de 2022, s’appuie sur les données de 2018, et projette jusqu’en 2070.

    L’exercice qui consiste à regarder les projections passées est toujours douloureux puisqu’il montre les erreurs commises. En France, il s’agit le plus souvent depuis les années 1970 d’une sous-estimation de la population, liée à des hypothèses de fécondité basse (qui ne sont pas révélées exactes), d’arrêt des flux migratoires (qui n’ont pas eu lieu) et de faible progression de l’espérance de vie (qui a finalement été plus importante).
    Quelques scénarios pour 2070

    Pour envisager l’avenir de la population, il faut donc se poser la question de ce qu’il va advenir en termes de natalité, de mortalité, et de migrations internationales. La natalité correspond au nombre de naissances observées. Elle dépend donc d’une part au nombre de femmes en âge de procréer, ce qui est assez facile à connaître, puisque, d’après l’Insee, il y a environ 14,7 millions de femmes âgées de 15 à 50 ans – et même en partie à prévoir.

    On sait ainsi ce qu’il en est pour les 15-20 années à venir, puisque l’on peut compter les filles de 0 à 15 ans : elles sont 5,5 millions. D’autre part la natalité dépend aussi de la fécondité (combien les femmes ont d’enfants). Ce second élément est sujet à plus de précautions, car ses déterminants sont difficiles à prévoir. Ainsi, la récente chute de la fécondité française, si elle avait été envisagée par quelques démographes, n’avait pas été anticipée correctement.

    Hors période de crise sanitaire ou de guerre, la mortalité est un élément dont l’évolution est assez stable. On peut, en connaissant la structure par âge de la population, faire des prévisions de mortalité assez réaliste. Il n’en reste pas moins que des accidents majeurs peuvent arriver, comme la survenue d’une épidémie.

    On peut néanmoins faire des hypothèses sur l’amélioration de la durée de vie, puisque l’espérance de vie continue d’augmenter encore aujourd’hui (la baisse de la consommation de tabac, notamment chez les jeunes, est une bonne nouvelle), ou d’une stagnation, voire d’une baisse de celle-ci (par exemple en lien avec l’augmentation de la sédentarité).

    Les mouvements migratoires (immigrations et émigrations) sont aussi difficiles à prévoir, puisqu’ils dépendent de décisions individuelles d’une part, mais aussi de contextes économiques et politiques, voire environnementaux, d’autre part. Par exemple, la guerre en Syrie ou celle en Ukraine, ont provoqué un afflux inattendu de personnes réfugiées dans l’Union européenne. Néanmoins, on constate que les flux migratoires en France restent relativement stables dans le temps.

    C’est donc avec des scénarios, simples à comprendre, et explicables que l’Insee peut proposer des projections pour les années à venir. Le 8 juin dernier, l’Insee a proposé sa vision jusqu’en 2070.

    Ces projections rappellent que, selon les scénarios, à l’échéance de presque 40 années, la population française pourrait être de 55 millions ou 78 millions de personnes contre 69 millions aujourd’hui. Néanmoins, beaucoup de scénarios envisagent une bascule à la fin de la décennie 2030 vers une décroissance.

    Pour bien comprendre les enjeux en termes de composition de la population, l’Insee propose un outil dédié en ligne pour explorer les effets des différents scénarios, ainsi qu’une déclinaison à l’échelle des régions et des départements. On peut les envisager comme réalistes, si l’on n’oublie pas l’incertitude liée à cet exercice.
    La difficulté des estimations locales

    Si l’on souhaite envisager le devenir des populations de manière plus fine, à l’échelle des territoires communaux par exemple, il devient plus compliqué de mettre en œuvre des projections.

    En effet, si les mouvements naturels de la population restent prévisibles dans les mêmes mesures qu’à une échelle plus élargie, les mouvements migratoires sont, eux, plus difficiles à prendre en compte.

    D’une part, on ne peut pas se baser sur les flux observés dans le passé pour envisager ceux à venir. Un territoire peut attirer à un moment donné, et ne plus attirer par la suite, ou être saturé et ne plus être en mesure d’accueillir de nouveaux habitants.

    D’autre part, les migrations locales sont aussi liées à la disponibilité ou non de logements. Les changements de politiques de construction peuvent avoir des impacts locaux forts, complètement imprévisibles.
    Arrêter l’immigration : une accélération du vieillissement

    L’être humain a toujours cherché à se protéger, et les projections démographiques font partie des outils pour appréhender le futur. Elles peuvent néanmoins parfois effrayer, bien qu’elles ne constituent que des futurs possibles, sur lesquels il est en partie possible d’agir, et qui doivent surtout nous amener à anticiper.

    Selon toute vraisemblance, la dynamique naturelle de la population ne devrait pas repartir à la hausse d’ici à plusieurs décennies. Les flux migratoires, quant à eux, sont sujets à plus d’aléas, mais on peut envisager qu’ils ne changeront pas radicalement la donne en matière de croissance démographique. S’ils continuent de la sorte, ils vont offrir une forme d’amortissement aux changements à l’œuvre.

    On doit d’ailleurs alerter sur les conséquences d’un arrêt de l’immigration, qui accélérerait à la fois l’entrée en décroissance démographique du pays, mais aussi son vieillissement et ses conséquences.

    Quant à s’inquiéter des conséquences possibles de ces changements démographiques, oui, cela peut sembler nécessaire. Mais il ne s’agit pas tant de craindre un avenir qui déchante que de s’adapter aux changements en cours et à venir, par exemple en prenant mieux en compte la démographie et ses conséquences dans la nécessaire réorientation des politiques sociales et économiques.

    https://theconversation.com/la-population-francaise-en-2070-faut-il-sinquieter-dun-declin-demog
    #démographie #France #déclin #projection #scénario #statistiques #chiffres #vieillissement_de_la_population

  • Immigration : pourquoi le débat est‑il si peu objectif ?

    Alors que les institutions et les chercheurs multiplient la publication de #données pour rétablir la vérité factuelle, pourquoi, en matière d’#immigration, le débat démocratique est-il si peu objectif ?

    Dès qu’il s’agit d’immigration, ce sont toujours les mêmes #clichés qui reviennent : les migrants refusent de s’intégrer ; ils volent les emplois des nationaux ; ils islamisent l’Europe et « grand-remplacent » ses habitants ; ils profitent de l’« Europe passoire » pour abuser de la protection sociale ; ils feraient mieux de rester chez eux et de développer leur pays – et ainsi de suite.

    Ces #préjugés sont aussi anciens que l’immigration. Au XIXᵉ siècle, Marx et Engels débattaient déjà des effets préjudiciables de l’immigration irlandaise sur la classe ouvrière anglaise et, malgré une réalité sensiblement plus nuancée, la crainte que le travailleur étranger ne pénalise le « natif » reste ancrée dans le débat public. En France, les #stéréotypes actuels sur les immigrés d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb ressemblent beaucoup à ceux que subissaient les Italiens ou les Polonais il y a un siècle.

    Aujourd’hui comme hier, ces #idées_reçues ont des conséquences bien réelles. Elles renforcent le #rejet des immigrés et empêchent de tirer profit de leur apport économique ou démographique. En biaisant le #débat_démocratique, elles alimentent une demande pour des politiques restrictives, mais inefficaces, car en #décalage avec la réalité qu’elles prétendent gouverner.

    À titre d’exemple, malgré la nouvelle loi française sur l’immigration de janvier 2024 (« loi Darmanin »), malgré le pacte européen sur la migration et l’asile de 2024, malgré plusieurs mesures prises par le gouvernement britannique, et malgré un nouvel accord franco-britannique en été 2025, les traversées de la Manche ont atteint le chiffre de 41 000 en 2025, au plus haut depuis 2022.

    Une multiplication des efforts

    La lutte contre ces préjugés est donc une priorité pour un vaste éventail d’acteurs. Au niveau des pouvoirs publics, c’est le cas de l’Union européenne, qui s’alarme des fake news, des théories conspirationnistes, et de leurs effets sur l’adhésion au projet européen. En France, le ministère de l’Europe et des affaires étrangères s’est employé à combattre les rumeurs concernant, par exemple, son soutien au Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées ou régulières (ou « Pacte de Marrakech »). En 2024, c’est le premier ministre espagnol Pedro Sanchez qui invalidait les idées fausses (bulos) sur le sujet devant le Parlement.

    Au niveau international, le Forum d’examen des migrations internationales qui s’est tenu à l’ONU, en mai 2026, a été l’occasion pour le secrétaire général Antonio Guterres de dénoncer la désinformation sur l’immigration. Des agences comme le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) ou l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) conduisent des programmes de lutte contre les stéréotypes qui affectent les migrants et les réfugiés. Une des stratégies de ces agences est de fournir des données sur le sujet, comme en atteste la création par l’OIM du Global Migration Data Analysis Centre en 2015. L’Union européenne a publié en 2025 un « Atlas of migration », partageant cet objectif de mettre à disposition les chiffres à même de combattre les fake news.

    Plusieurs ONG et associations de premier plan (parmi lesquelles Oxfam, le Syndicat de la magistrature, Emmaüs solidarité, Médecins du monde ou Médecins sans frontières) se sont réunies autour de la chercheuse en droit des étrangers Sophie-Anne Bisiaux pour publier, en 2025, En finir avec les idées fausses sur les migrations, un ouvrage qui réfute de façon systématique un vaste éventail de préjugés. Un inventaire récent a identifié plus de 200 publications visant le même objectif depuis 1990, dont 46 en français : pour les spécialistes de l’immigration, la lutte contre les idées reçues est donc un travail à plein temps.

    Une tâche sisyphéenne ?

    Pour vulgariser les résultats de la recherche scientifique, les chercheurs font pourtant face à des obstacles importants.

    La réfutation d’une idée reçue demande sensiblement plus de temps et d’énergie que sa production : c’est la « #loi_de_Brandolini », en vertu de laquelle ceux qui débitent des inepties ont toujours un temps d’avance sur ceux qui les corrigent.

    Un second obstacle tient à la posture de l’expert ou du chercheur. Déconstruire des préjugés peut s’avérer compliqué à mettre en œuvre lorsque les « sachants » sont soupçonnés de vouloir imposer leurs vues. À l’instar du « #grand_remplacement », nombre de préjugés anti-immigration et de théories conspirationnistes sont imprégnés d’une hostilité à l’égard des élites, accusées d’être déconnectées de la réalité, voire d’agir sciemment contre les intérêts du peuple.

    Les acteurs qui se positionnent contre les idées reçues se placent enfin dans une posture défensive, qui confère paradoxalement une visibilité accrue aux préjugés. On parle d’« #effet_Streisand » pour désigner ce mécanisme par lequel, en voulant combattre la diffusion d’une idée, on contribue à la placer au centre de l’attention, voire même à la légitimer.

    Limites et ambiguïtés des chiffres

    Une stratégie éprouvée pour réfuter les idées reçues est le recours aux données produites par les statistiques publiques.

    Les chiffres indiquent par exemple que, contrairement à une affirmation fréquente, il n’y a pas beaucoup de réfugiés en France. Entre 2014 et 2020, dans le contexte de la guerre en Syrie, la France a reçu 25 000 demandes d’asile en provenance de ce pays, contre 633 000 en Allemagne. Pareil avec la guerre en Ukraine en 2022, suite à laquelle la France a protégé environ 73 000 personnes, sur un total de plus de 4 millions de réfugiés ukrainiens en Europe, et là où l’Allemagne et la Pologne en ont chacun accueilli autour d’un million.

    Quelques incontestables que soient ces données, force est toutefois d’admettre qu’elles n’empêchent pas l’antienne habituelle selon laquelle la France serait excessivement laxiste ou généreuse. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, tenait en septembre 2025 les propos suivants :

    « Chaque année, 500 000 personnes entrent dans notre pays. Et sur ce demi-million, seulement 50 000 viennent pour travailler. La question est simple : que font les 450 000 autres, et surtout, qui paie ? »

    Il s’agit là d’une accumulation de #contre-vérités.

    En 2024, environ 343 000 premiers titres de séjour ont été délivrés en France (et non 500 000), et le taux d’emploi parmi les immigrés s’élève à environ 63 % (et non 10 %). Mais il peu probable que l’auditoire se scandalise de ces inexactitudes : ce qui compte, c’est le récit qui lui est proposé ainsi que ses valeurs sous-jacentes, fondées sur la distinction entre « eux » et « nous » et sur les difficultés socioéconomiques vécues par une partie de la population française.

    Les chiffres entraînent en outre le débat sur un terrain parfois glissant. Imaginons que la situation s’inverse et que la France accueille plus de Syriens et d’Ukrainiens que l’Allemagne, serait-ce une catastrophe ?

    Les politiques migratoires ne se résument pas aux chiffres. Elles soulèvent des questions fondamentales en termes de #valeurs. Que le nombre de réfugiés en France soit de mille ou d’un million est alors secondaire. Ce qui compte, c’est l’importance accordée à certains principes, comme le droit d’asile, et le type de société que l’on souhaite : plus ou moins ouverte sur le monde, plus ou moins cosmopolite ou solidaire.

    Ce débat-là ne peut se passer des chiffres (ce n’est pas pareil d’accueillir un millier ou un million de réfugiés), mais les interrogations qu’il pose vont bien au-delà des querelles statistiques.

    Un débat polarisé

    Une dernière difficulté soulevée par la lutte contre les idées reçues est que la méthode peut s’inverser. C’est le cas avec un livre récent du directeur d’un think tank nommé « Observatoire de l’immigration et de la démographie », Nicolas Pouvreau-Monti, très commenté depuis sa parution dans les médias marqués à droite. Intitulé Immigration, mythes et réalités, il confronte les idées reçues à l’analyse, à ceci près que ce sont cette fois les « mythes » qui seraient favorables à l’immigration, tandis que l’analyse de la « réalité » inviterait à lutter encore davantage contre l’immigration.

    La démarche n’est pas très crédible.

    D’une part, et malgré une réalité souvent complexe, l’hostilité à l’égard de l’immigration est bien présente dans la société française et une trentaine de lois ont été adoptées depuis 1980, toutes plus restrictives les unes que les autres : il est donc incorrect de dire que les idées reçues dominantes en France sont excessivement bienveillantes à l’égard de l’immigration.

    D’autre part, la « réalité » décrite par ce livre ne fait pas l’objet d’une analyse scientifique rigoureuse, car l’objectif est moins de comprendre les dynamiques migratoires que d’élaborer un programme radical en vue des élections de 2027 en France, clairement aligné sur les positions de l’extrême droite.

    En janvier 2025, cet institut disait par exemple craindre l’afflux de 580 millions de réfugiés en France, ce qui multiplierait par cinq le nombre total de personnes déplacées dans le monde (117 millions selon le HCR), et par huit la population du pays… Mais un tel scénario suppose que non seulement l’ensemble des personnes affectées par les conflits quittent leur pays, mais aussi qu’elles décident toutes de venir en France. Ces deux conditions sont aussi irréalistes l’une que l’autre, et un tel pronostic ne vise donc qu’à électriser le débat et à appeler au démantèlement du droit d’asile.

    Cette lutte inversée contre les idées reçues n’en est pas moins symptomatique d’une forte #polarisation, qui voit chaque camp délégitimer la position de son adversaire en la traitant d’idée reçue – avec le risque de ne parler qu’à ses propres coreligionnaires, et au détriment de la qualité démocratique, mais aussi de la prospérité du pays et des droits des migrants et des réfugiés.

    https://theconversation.com/immigration-pourquoi-le-debat-est-il-si-peu-objectif-282212
    #objectivité #chiffres #statistiques #dissuasion #inefficacité #migrations
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  • « Refuges climatiques » : pourquoi l’Espagne est déjà une référence mondiale en matière de lutte contre les chaleurs extrêmes
    https://theconversation.com/refuges-climatiques-pourquoi-lespagne-est-deja-une-reference-mondia

    L’adaptation des villes aux chaleurs extrêmes est devenu une préoccupation majeure en matière d’aménagement urbain. Au-delà des transformations de fond, longues à mettre en œuvre, la création de réseaux de refuges climatiques permet d’offrir aux citadins qui en ont besoin des lieux où se rafraîchir et se reposer. L’Espagne est en pointe sur le sujet, et son approche fait des émules à l’international.

    L’été 2025 a été le plus chaud jamais enregistré en Espagne et le deuxième en termes de mortalité attribuable à la chaleur : on estime à 15 711 le nombre de décès liés aux fortes températures (en France, l’été 2025 se classait troisième été le plus chaud depuis 1900, et 5 700 décès ont été attribués à la chaleur sur la période de surveillance, selon Santé publique France, NdT).

    Face à cette réalité, une bibliothèque climatisée, un centre civique doté de fontaines à eau ou une école ouverte au public peuvent faire toute la différence. C’est précisément ce que sont, en substance, les « refuges climatiques » : des lieux où se mettre à l’abri des chaleurs extrêmes sans être dans l’obligation de consommer, de payer un droit d’entrée ou de justifier d’un quelconque besoin.

    Les résultats de nos travaux, récemment publiés dans la revue Nature Climate Change, découlent précisément de ce constat : la chaleur n’est pas seulement une nuisance estivale, mais elle constitue un défi qui, pour être relevé, nécessite de mettre en place des réponses à la fois climatiques, sanitaires et de gouvernance. Or, l’Espagne a été l’un des premiers pays à concrétiser cette idée en la transformant en une politique d’urbanisme pérenne.