De la fausseté des variétés anciennes de légumes

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  • Kokopelli : graines de résistance
    http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-kokopelli-graines-de-resistance-2014-09-23

    « Une graine de variété ancienne, donnera des tomates, dont on pourra replanter les graines. Ce n’est pas le cas des variétés hybrides, vigoureuses sur une seule saison, sans saveur et gorgées d’eau, et qui rendent les agriculteurs dépendants des semenciers » accuse le directeur de Kokopelli Ananda Guillet, 27 ans. L’association fondée par ses parents en 1999 produit en agriculture biologique et commercialise plus de 2200 variétés de graines anciennes, issues d’hybridations naturelles, dont 650 espèces de tomates ! Durée : 53 min. Source : France Culture

    • Beh si on peut replanter des graines d’hybrides de tomates ou de n’importe quelle autre espèce. Ça donnera rien d’uniforme car ça contiendra une diversité génétique issue du croisement initial qui s’exprimera au niveau des individus plantés. Mais c’est dommage car l’agriculteur ou l’agricultrice a « besoin » d’uniformité pour des raisons techniques ou commerciales.
      Et ce ne sont pas les hybrides qui enferment les agriculteurs et agricultrices, mais le fait de les acheter à des compagnies qui ne dévoilent pas les parents utilisés dans le croisement initial. Si les parents sont connus, les hybrides peuvent être reproduits, et rien n’empêche d’en inventer soi même (je sais qu’au moins une personne le fait), ni d’inventer des méthodes ou on cultive une diversité pour un même légume.

      commercialise plus de 2200 variétés de graines anciennes, issues d’hybridations naturelles,

      Alors là je suis plus que dubitatif ... Justement le but c’est de ne pas « hybrider », en tout cas de choisir scrupuleusement la parenté des croisement donc dans pas mal de cas d’éviter justement une hybridation naturelle. Pas pour les espèces autogames comme la tomate, pas pour les espèces dont une seule variété est cultivée dans un rayon de quelques centaines de mètres. Sinon la plupart du temps c’est en serre, ou dans des cages, ou par une pollinisation manuelle.

      Bref les poncifs habituels sur le sujet. Grr.

    • Ça n’empêche que ça raconte toujours les mêmes choses fausses sur les hybrides, la liberté des semences, et que ça mélange les problématiques des jardinier.e.s, des semencier.e.s et des mairaîcher.e.s qui ne sont pas les mêmes. Vu l’importance du débat, c’est dommage et dommageable...

    • Non, c’est moi qui ai supprimé mon message. En fait, c’est pas ta première remarque qui m’a fait réagir tout à l’heure, c’est qu’on renchérisse dessus en soupçonnant que l’émission (mal présentée) n’ait pas été écoutée. D’où mon commentaire parce que je voyais le truc dévié mais bon voilà, maintenant, chacun peut y aller de son commentaire bien-sûr :)

    • Oui j’avais pas écouté le reportage encore quand j’ai commenté. Cela dit je me suis retenu pour ne pas en rajouter une couche sur le sujet pendant l’écoute :) Le focus est plus large, et concerne surtout les personnes qui vendent des graines et font pousser des légumes de manière professionnelle, mais il y a souvent des amalgames avec les stands kokopelli dans les foires avec les échanges de jardinier.e.s amateurs, donc ...

      Ce que je trouve vraiment dommage c’est que la grille de lecture actuelle est à peu près juste concernant les pros (concrètement, ils et elles ne peuvent pas acheter les semences de légumes anciens car le catalogue officiel fait rempart), mais masque les autres problèmes (je me demande si beaucoup de pros achèteraient des semences traditionnelles plutôt que des hybrides, même en bio. Pour des raison de résistance aux maladies, de calibrage, d’homogénéité, de débouchés, et surtout je ne pense pas que beaucoup de pros fassent leurs graines (la tomate c’est le symbole mais justement c’est un cas particulier car les variétés ne se croisent pas entre elles) de toute façon. Donc finalement c’est pas tant le caractère non reproductible des hybrides qui est génant (à part pour les jardinier.e.s qui font plus leurs graines) mais l’impossibilité pour le/la maraicher.e d’acheter n’importe quelle semence.

      J’ai mis le doigt aussi sur ce qui me gênait le plus. Et c’est que tacitement on laisse aux industriels le soin de créer de nouvelles variétés, et on se campe sur la préservation de variétés anciennes (je dis pas qu’il faut le faire hein). Tellement de chose passionantes et utiles peuvent être faites au jardin, pour créer de nouvelles variétés qui nous correspondent mieux ...

    • Le problème c’est pas qu’on laisse le soin aux industriels de créer de nouvelles variétés, je pense que beaucoup de jardiniers, maraîchers ou horticulteurs s’y sont attachés. Le problème c’est plutôt que seuls les industriels ont les moyens financiers de les faire homologuer pour qu’elle soient commercialisables.

    • Ça c’est un réel problème, mais pour les pros. Pour les amateurs, je ne vois jamais d’articles ou autre sur la création de variétés. C’est à minima comment sauver ses graines, c’est à dire comment justement éviter de mélanger des variétés.

  • Convivialité, modernité et progrès

    Suite aux différences d’acception de la modernité et du progrès exprimées dans cette discussion http://seenthis.net/messages/196021 quelques extraits de « La Convivialité » (1973) d’Ivan Illich

    J’entends par convivialité l’inverse de la productivité industrielle. Chacun de nous se définit par relation à autrui et au milieu et par la structure profonde des outils qu’il utilise. Ces outils peuvent se ranger en une série continue avec, aux deux extrêmes, l’outil dominant et l’outil convivial. Le passage de la productivité à la convivialité est la passage de la répétition du manque à la spontanéité du don.

    Une société qui définit le bien comme la satisfaction maximale du plus grand nombre de gens par la plus grande consommation de biens et de services industriels mutile de façon intolérable l’autonomie de la personne. Une solution politique de rechange à cet utilitarisme définirait le bien par la capacité de chacun de façonner l’image de son propre avenir.

    Nous devons et, grâce au progrès scientifique, nous pouvons édifier une société post-industrielle en sorte que l’exercice de la créativité d’une personne n’impose jamais à autrui un travail, un savoir ou une consommation obligatoire.

    Il est devenu difficile d’imaginer une société simplement outillée, où l’homme pourrait parvenir à ses fins en utilisant une énergie placée sous contrôle personnel. Nos rêves sont standardisés, notre imagination industrialisée, notre fantaisie programmée. Nous ne sommes capables de concevoir que des systèmes hyper-outillés d’habitudes sociales, adaptés à la logique de la production de masse. Nous avons quasiment perdu le pouvoir de rêver un monde où la parole soit prise et partagée, où personne ne puisse limiter la créativité d’autrui, où chacun puisse changer la vie.

    Une société équipée du roulement à bille et qui irait au rythme de l’homme serait incomparablement plus efficace que toutes les sociétés rugueuses du passé et incomparablement plus autonome que toutes les sociétés programmées du présent.

    Une société conviviale est une société qui donne à l’homme la possibilité d’exercer l’action la plus autonome et la plus créative, à l’aide d’outils moins contrôlables par autrui. La productivité se conjugue en termes d’avoir, la convivialité en termes d’être. Tandis que la croissance de l’outillage au-delà des seuils critiques produit toujours plus d’uniformisation réglementée, de dépendance, d’exploitation, le respect des limites garantirait un libre épanouissement de l’autonomie et de la créativité humaines.