The New York Review of Books

http://www.nybooks.com

  • Orientalism : An Exchange | by Edward W. Said | The New York Review of Books
    http://www.nybooks.com/articles/1982/08/12/orientalism-an-exchange

    1982

    Lewis’s verbosity scarcely conceals both the ideological underpinnings of his position and his extraordinary capacity for getting everything wrong. Of course, these are familiar attributes of the Orientalists’ breed, some of whom have at least had the courage to be honest in their active denigration of Islamic, as well as other non-European peoples. Not Lewis. He proceeds in his usual mode by suppressing or distorting the truth and by innuendo, methods to which he adds that veneer of omniscient tranquil authority which he supposes is the way scholars talk. The fact is that the present political moment allows him to deliver ahistorical and willful political assertions in the form of scholarly argument, a practice thoroughly in keeping with the least creditable aspects of old-fashioned colonialist Orientalism.

  • A Mighty Wind | by Max Rodenbeck | The New York Review of Books
    http://www.nybooks.com/articles/2018/04/19/narendra-modi-mighty-wind

    Of the BJP’s 285 incoming members of parliament in 2014, Vaishnav observes, a third had been charged in ongoing criminal cases and a fifth were facing prosecution for jailable offenses, up to and including rape and murder. More shockingly, a ten-year database of state and national elections compiled by Vaishnav showed that candidates with criminal cases were three times more likely to win than others . This suggests that they are more skilled either at buying or intimidating voters or at persuading them that they are better placed to “get things done” than law-abiding rivals.

    #Inde #crimes #politique

  • Raised by Wolves | by Tim Flannery | The New York Review of Books
    http://www.nybooks.com/articles/2018/04/05/raised-by-wolves

    Distinguishing a dog from a wolf is not always straightforward, and because several US states have laws prohibiting the keeping of wolves or wolf/dog hybrids, expert testimony is often called upon to determine whether an animal is a dog or wolf. Pierotti has been called as a witness eighteen times; having kept wolf/dog hybrids and studied both wolves and dogs extensively, his testimony is highly valued. In many cases, he has been able to demonstrate that the canid in question has no admixture of wolf genes. But as he points out, there is a larger question here, for the laws assume that wolves are more dangerous than dogs, when in fact the reverse is true. In the US between 1979 and 1996, more than three hundred people were killed by 406 dogs, and only fifteen of these instances involved purported wolf/dog crosses, some of which, according to Pierotti, are “highly questionable.” The situation with purebred wolves is even more clear-cut, for there is not a single example of a wolf in nature killing a human in the entire history of North America.

    #chiens #loups

  • Je n’en dirai pas plus (sinon, je vais trop m’énerver), juste quelques mots-clé :
    #invasion #préjugés #livre #afflux

    La #ruée vers l’#Europe. La jeune #Afrique en route pour le Vieux Continent de #Stephen_Smith

    Recension dans Le Monde, avec un titre tout aussi problématique... :
    Jusqu’où l’Europe peut-elle accueillir des migrants africains sans perdre son #identité ?

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/28/jusqu-ou-l-europe-peut-elle-accueillir-des-migrants-africains-sans-perdre-so
    #migrations #asile #réfugiés

    • #le_jeune_continent, c’est dingue !
      Quant au spécialiste des chiffres,…

      Celui qui raconte ces grands préparatifs est un amoureux des chiffres, un fin connaisseur de l’Afrique et un globe-trotter qui a lui-même vécu entre Europe, Afrique et Etats-Unis. Aujourd’hui, il enseigne les Affaires africaines à l’université de Duke (Etats-Unis), après avoir été spécialiste du jeune continent pour Libération, de 1988 à 2000, et Le Monde, de 2000 à 2005, et avoir prêté son expertise à des organisations internationales (ONU, International Crisis Group).

      Très documentée, riche en références littéraires, son analyse se nourrit d’abord d’un suivi longitudinal des statistiques africaines, avec, en arrière-plan, le fait que 10 % des terriens se partagent 50 % des richesses, quand la moitié le plus pauvre de l’humanité ne dispose, elle, que de 10 % des biens.

      D’après le Crédit Suisse, en 2014, les chiffres étaient :
      • 1% de la population mondiale possède 48,2% de la richesse totale (46,1% pour l’Afrique)
      • 10% de la population mondiale se partage 87,4% de la richesse (78,3% en Afrique)
      https://publications.credit-suisse.com/tasks/render/file/?fileID=5521F296-D460-2B88-081889DB12817E02
      (à la fin du chapitre 4, p. 124)

      Chiffres repris par Oxfam, et cités par nos amis Décodeurs de Le Monde (article du 19/01/2015)
      (bon, d’accord, tout ça ce sont des estimations…

      La concentration des richesses dans le monde en graphiques
      http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/19/la-concentration-des-richesses-dans-le-monde-en-graphiques_4558914_4355770.h

      Deux jours avant l’ouverture du Forum économique mondial, qui se tient traditionnellement dans la station suisse de Davos, l’ONG Oxfam a publié un rapport accablant sur la concentration des richesses dans le monde. Basé notamment sur des données fournies par un rapport de la banque Crédit suisse, il révèle que 1 % des habitants de la planète possède 48 % du patrimoine, contre « seulement » 44 % en 2009. Le seuil des 50 % devrait être dépassé en 2016.

      Quant au précédent succès de librairie de l’auteur (Négrologie : pourquoi l’Afrique meurt, 2003),…

      Négrologie : pourquoi l’Afrique meurt — Wikipédia
      https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9grologie_:_pourquoi_l%27Afrique_meurt

      [Stephen Smith] cherche à expliquer cet état de fait en « réhabilitant » l’Afrique comme actrice de sa propre histoire. Selon lui, en effet, la responsabilité historique des pays occidentaux dans le dénuement de l’Afrique serait exagérée et les caractéristiques sociologiques africaines seraient les premières responsables du sous-développement. Il pense que « l’Afrique meurt d’un suicide assisté » et qu’elle serait accompagnée dans sa chute par une forme d’« autisme identitaire » qui l’empêcherait de s’attaquer à ses maux.

    • Dites, ça m’intéresse beaucoup, mais j’ai pas de quoi passer le paywall de LeMonde. Quelqu’une peut-ille mettre le texte intégral pour un jour ou deux ?
      Quitte à modifier le commentaire ensuite, juste entre nous :p
      Merci merci.

    • #Stephen_Smith ravive le mythe des #invasions_barbares, Macron et l’Académie française applaudissent

      Deux universitaires, Julien Brachet, de l’IRD et Judith Scheele, de l’EHESS pointent la #responsabilité des #médias et des institutions influentes qui font la promotion du dernier essai « xénophobe et raciste » de Stephen Smith, « La ruée vers l’Europe. La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent ».

      La mécanique semble bien huilée. À la sortie de chacun de ses livres, l’ex-journaliste Stephen Smith reçoit sous les projecteurs les louanges de personnalités politiques et de la grande majorité de la profession journalistique française, avant de s’attirer, plus discrètement, les foudres des universitaires.

      Son dernier ouvrage, « La ruée vers l’Europe. La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent » (Grasset, 2018), ne déroge pas à la règle. En l’espace de quelques mois, l’Académie française lui attribue un prix littéraire, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lui décerne le prix du livre de géopolitique de l’année, et le président de la république, Emmanuel Macron, salue un homme qui a « formidablement bien décrit » les migrations africaines.

      Pourtant, la thèse de Stephen Smith n’est pas exempte de critiques, loin s’en faut. Cette thèse est simple : selon Smith « 20 à 25 % de la population européenne » sera « d’origine africaine » d’ici trente ans (p. 18) ; « l’Europe va s’africaniser. […] C’est inscrit dans les faits » (S. Smith sur France Culture, 17/03/2018). Une thèse qui joue sur les peurs de populations européennes déjà sensibles aux sirènes xénophobes, tout en assénant des chiffres avec autorité. Or, toutes les études scientifiques montrent que les projections de Smith en matière de flux migratoires sont totalement invraisemblables.

      Il n’y a pas de « ruée » des ressortissants du continent africain vers l’Europe et il n’y en aura pas dans les décennies à venir.

      Les travaux des démographes des universités, de l’INED et de l’ONU sont sans équivoque : le taux d’émigration des populations africaines est comparable à la moyenne mondiale (un peu plus de 3%) ; la grande majorité des migrants africains restent à l’intérieur de leur continent d’origine ; les immigrés originaires d’Afrique représentent 2,3% de la population d’Europe de l’Ouest, et moins de 2% de l’ensemble de la population européenne. Sans même parler de la part des seuls immigrés irréguliers : absolument négligeable d’un point de vue statistique, et sans commune mesure avec l’ampleur des moyens légaux et sécuritaires déployés à l’intérieur du continent africain pour les empêcher de venir en Europe.

      Au regard de la forte croissance démographique de l’Afrique, on peut légitimement supposer que la part des ressortissants d’Afrique subsaharienne dans les pays de l’OCDE va augmenter dans les décennies à venir. Mais dans des proportions nettement plus faibles que celles annoncées par Smith. Les experts du Fond Monétaire International prédisent par exemple qu’en 2050, environ 34 millions de migrants originaires d’Afrique subsaharienne seront installés dans l’ensemble des 36 pays de l’OCDE (dont seulement 26 sont situés en Europe), soit 2,4% de la population totale de l’OCDE. Les démographes des Nations Unies annoncent quant à eux qu’entre 2015 et 2050, le solde migratoire net de l’Europe sera de 32 millions de migrants, toutes nationalités extra-européennes confondues. On est très loin des « 150 millions » d’Africains dont Smith prévoit l’arrivée en Europe « d’ici à 2050 » (p. 178).

      Il ne s’agit pas ici de développer plus avant l’inconsistance scientifique des « prévisions » de Smith, son absence de rigueur méthodologique et la manière fallacieuse dont il utilise les statistiques démographiques, mais bien de souligner ses objectifs politiques.

      À la fin de son essai supposément « guidé par la rationalité des faits » (comme indiqué au dos du livre), l’auteur dévoile clairement sa position. Ainsi, lorsqu’il rappelle une énième fois que selon lui « la migration massive d’Africains vers l’Europe » n’est dans l’intérêt de personne, que les non-Européens noirs et arabes dérangent inévitablement les Européens blancs (p. 182, 212), que dorénavant, les « bons augures » pour l’Afrique seront « de funestes présage pour l’Europe » (p. 225), et après avoir assené pendant 200 pages que la « ruée » de la jeunesse africaine sur l’Europe était « inéluctable », Stephen Smith change de ton. Soudainement, une autre perspective est offerte au lecteur : « l’union forcée entre la jeune Afrique et le Vieux Continent n’est pas encore une fatalité. Il y a de la marge pour des choix politiques » (p. 225).

      De manière à peine voilée, Smith suggère que face à sa prédiction d’une invasion de l’Europe par les « nouveaux barbares », le seul salut possible passe par les bons « choix politiques ». Et Smith de donner un exemple en guise de conclusion : « seule l’entrée très sélective de quelques bras et, surtout, de cerveaux africains apporterait des avantages à l’Europe » (p. 223). Un exemple qui n’est pas sans rappeler le programme de certains partis politiques européens.

      À la lecture de « La Ruée vers l’Europe », il apparaît que Smith compile les souvenirs, les anecdotes de comptoirs et les données chiffrées sans se préoccuper de la plausibilité ni de la cohérence de son argumentation. Tout connaisseur des migrations africaines ne peut que constater que Stephen Smith ne s’embête pas avec une quelconque rigueur scientifique. Il ne cherche ni à étudier ni à comprendre les dynamiques des migrations entre l’Afrique et l’Europe mais vise à asséner un discours principalement idéologique.

      En signant un essai xénophobe et raciste qui ressemble à une vaine tentative de légitimation de la théorie complotiste du « grand remplacement » prêchée par les idéologues d’extrême droite, et en multipliant les références à Maurice Barrès, Jean Raspail, Robert Kaplan ou Samuel Huntington (p. 70, 72, 188, 220), Stephen Smith s’inscrit ouvertement dans une tradition idéologique dont les chantres prédisent depuis des décennies la fin de la « civilisation occidentale » voire du « monde blanc ».

      La question qui se pose alors est de savoir comment un tel ouvrage peut-il être si largement encensé, devenir un succès de librairie, et influencer le débat public ?

      Car Smith n’est pas inquiétant seulement parce qu’il est un fervent promoteur de l’idée selon laquelle les populations africaines seraient un #risque, un #danger ou une #menace pour l’Europe. Il l’est bien plus encore parce que des dizaines de journaux, radios et télévisions, des représentants politiques et des institutions influentes relaient ses idées délétères, et ce faisant les cautionnent. Tout en le présentant sous les traits d’un intellectuel apolitique, ce qu’il n’est pas. En cela, l’ouvrage de Stephen Smith est révélateur de la manière dont les opinions publiques peuvent se forger sur la base d’arguments tronqués, et des difficultés qu’ont les sciences sociales à imposer dans l’arène médiatique et politique des arguments sérieux sur des sujets complexes.

      https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/021018/stephen-smith-ravive-le-mythe-des-invasions-barbares-macron-et-l-aca

    • How Oracles Are Forged. The prophecy of an African scramble for Europe

      Alarmist predictions about African migration are all the rage. François Héran shows that they are based less on a demographic approach than on an economic conjecture, and on the fallacy that development in Africa can only be achieved at the expense of Europe.

      On the cover, a satellite image of Africa at night, and a title in yellow letters: “The Scramble for Europe”. A few dim points of light pierce the darkness in Nigeria, South Africa and the Maghreb, while others outline the Nile and its delta. The contrast with the bright splashes of light across the European continent is striking, and the message is clear: how could the populations of dark Africa not be attracted by the radiance of the North?

      Clearly designed to grab our attention, the title “The Scramble for Europe” [1] is not the editor’s choice; the author begins his book with his stark conclusion: “Young Africa will rush to the Old Continent; the writing is on the wall…” (p. 15). He backs his argument with two precedents: the exodus of poor Europeans towards the New World in the late 19th century and the mass migration of Mexicans to the United States since the 1970s. If Africans were to follow the Mexican example between now and 2050, then “in slightly more than 30 years, a fifth to a quarter of the European population would be of African origin (p. 18). In an interview published in the Figaro daily newspaper on 14 September 2018, Stephen Smith expresses surprise that some people—such as myself in a recent analysis— [2]question the validity of such claims. For Smith, challenging his predictions with arguments based on facts and figures is a “castigation” of his book, an attempt to “stifle debate”. My intention, on the contrary, is to reopen it. Given the gravity of the question in hand, it is important to look more closely at the methods, hypotheses and assumptions of a prophecy whose very appeal lies in its desire to shock, but also to convince.

      For the figures announced by Smith have reached their target. In an interview given on 15 April 2018, President Macron justified his immigration policy by evoking the African demographic “timebomb” so “remarkably described” in Smith’s book. In France, a number of intellectuals and politicians, from the centre left to the far right, have raised the spectre of his nightmare scenario to demand that political leaders “assume their responsibilities” in response to migrant inflows.
      An Inevitable Scramble, Provided…

      It is not until pages 139 and 143 of his essay that Stephen Smith makes the sensational announcement that a scramble of sub-Saharan Africans for Europe will only occur on “two key conditions”: that this region of the world escapes from poverty in the space of 30 years, and that its diasporas have already become well-established. We thus discover—and I will return to this point—that the prophecy of an Africanization of Europe is more an economic conjecture than a demographic forecast. Notwithstanding the UN biennial demographic projections that forecast a doubling of the sub-Saharan population before 2050 (from 900 million to 2.2 billion under the median scenario), Smith knows well that this will not be enough to trigger the human tidal wave that he announces. More powerful mechanisms are needed. But to argue his point, Smith presumes the veracity of the result he is seeking to prove. If we imagine that sub-Saharan Africa reaches the same level of development as Mexico within the next 30 years, then its inhabitants will migrate to the same extent as the Mexicans.

      But this overlooks the fact that sub-Saharan Africa is not Mexico—not even the Mexico of 30 years ago—and that Ouagadougou or Niamey have little in common with Mexico City or Guadalajara. If we measure the human development index on a scale of 1 to 10, as I did in the above-mentioned essay, most sub-Saharan countries are at level 1, Mexico at 6, France at 9 and the United States at 10. While from level 6 to level 10 migration is massive (25 million people in the diasporas concerned), from level 1 to level 9 or 10 it is limited (less than 2.3 million). So it is hard to believe that by 2050 development in sub-Saharan Africa will have accelerated to the point where it reaches the current relative position of Mexico.

      One cannot simply apply the hypothesis of a “critical mass” of inhabitants achieving prosperity to give plausibility to the scenario of a general transformation of behaviours in such a short time, especially in a region where the population explosion and the record fertility levels that are of such concern to the author reflect a persistent stagnation of the demographic transition. Pointing up this stagnation does not imply that Africa is doomed to chronic under-development; it simply adds a dose of realism: there is no evidence to suggest that sub-Saharan fertility will decline in spectacular fashion over the next few years, as it did in China, Iran or Algeria.
      Using the Known to Gauge the Unknown

      There is little need to refute the parallel with European migration to the Americas, given the vast differences between the New World pull factors of the 19th century and those of Europe in the 21st. I will examine the parallel with Mexico, however, as it illustrates the author’s method of documentary research and his mode of reasoning. The “Millman 2015” and “Douthat 2015” supporting references that he cites are not scientific studies but, in the first case, a Politico editorial by Noah Millman entitled “Africa will dominate the next century” published in May 2015, and in the second (missing from the bibliography but easily retrievable on the Internet), an opinion piece by Ross Douthat called “Africa’s Scramble for Europe” published in the New York Times in August 2015. If we compare the two texts, we discover that Smith’s long discussion of the Mexican analogy (p. 179) is filled with unacknowledged citations of Millman’s own words. But who is Millman? Head of Politico’s literary pages, he is neither a demographer nor an African specialist, but a former financier who knows how to do everyday arithmetic. His method is simple; it involves convincing the American public with scant knowledge of African realities that the known can be used to gauge the unknown, i.e. that the situation in Africa can be likened to that of Mexico. As for Ross Douthat, a regular author of op-eds on practically all topics, he is cited in turn because he cites none other than… Millman!

      At the end of the book, Smith explains that by continuing the timeworn practices of development aid, European policy “may end up turning the flow of Africans towards Europe into a tidal wave” (p. 225). The reader is puzzled. Does this mean that the demographic determinism proclaimed so loudly at the beginning of the book is not so inescapable after all? But few readers go so far. The message they take away is that of the book cover: there is no escape, Africa is out to conquer Europe.

      At global level it is not the poorest regions that produce the most emigrants, as the author well knows. He also knows that sub-Saharan Africans do not have the resources to emigrate in large numbers. Likewise, he is not unaware that development aid is more likely to stimulate emigration than curb it—to the point where some commentators credit him with this discovery, as if development economists had not already established this fact many years ago. But Smith’s knowledge in this respect is second-hand. He quotes extensively an editorial by Jeremy Harding, a contributing editor of the London Review of Books and author of a book recounting the experiences of migrants at border crossings (pp. 148-149). Smith’s essay thus includes research-based knowledge, but obtained indirectly—mainly from journalists or literary sources. I have no qualms with that; the problem lies in the fact that Smith no longer applies this knowledge when he imagines sub-Saharan Africa’s rapid escape from poverty and the migrant flows that this entails.
      Incomplete Documentation

      For a seasoned specialist of Africa, Smith’s documentation is surprisingly incomplete and obsolete. He claims, for example, that demographers have closed their eyes to the ongoing trends in African fertility. My analysis for “La vie des Idées”, cites numerous demographers (Caldwell, [3] Tabutin, Schoumaker, [4] Leridon, [5] Casterline, [6] and more) who have been signalling the slow pace of demographic transition in Africa and its link with under-development since the 1990s. Are demographers really so blind? It is the author who seems to be wearing blinkers; he cites none of these publications, all of which are easily accessible.

      Smith gives great credence to the findings of surveys of migration intentions compiled by the Gallup Institute in which one-third of sub-Saharans reported wishing to leave their country. He cites the figures from second-hand sources (via an article in a French daily) and without the slightest critical comment. However, we need to look at the actual question that was asked: “ideally, if you had the opportunity, would you like to settle in another country or carry on living here?”. In fact, when asked if they were planning to leave within the next 12 months or, more tellingly, if preparations were under way, the proportion dropped to below 5%. Dreams are one thing; practical realities are another. Italian researchers who retrieved the data from these surveys at the request of the European Commission reach the same conclusion: the Potential Migration Index constructed by Gallup on this basis is of no predictive value. [7]
      The Global Database of Diasporas: Discrediting the Notion of Communicating Vessels

      The most glaring omission in Smith’s essay is the absence of any reference to the Global Bilateral Migration Database, a major source of knowledge on the state of world diasporas developed over the last 15 years by the OECD, the World Bank and the IMF. [8] It served as the basis for my recent analysis in the monthly bulletin Population and Societies, and has been used by countless migration researchers before me. The open access Bilateral Migration Matrix comprises a table of 215 lines and 215 columns giving, for each country, the number of natives living abroad. It counts a total of 266 million migrants out of a world population of 7.7 billion. Information on origin and destination is systematically matched to ensure overall consistency.

      A series of additional indicators can be added to this open-access database to characterize each country, or the differences between countries, such as growth rate by sex and age drawn from the United Nations population projections. While it is more time-consuming to perform such analyses than to read political opinion pieces and literary editorials, they produce conclusions that have long been familiar to economists and demographers alike: the model of communicating vessels is a fallacy. It is wrong to imagine that the most fertile countries migrate to the least fertile ones, the poorest to the richest, the most densely populated to the least densely populated, the tropical to the temperate and, last but not least, the youngest to the oldest, as claimed in the sub-title of Smith’s book. I cannot count the times I have read that “high population pressures” will inevitably escape to fill the areas of “low pressure”! Alas, just because a metaphor is evocative does not mean that it is necessarily true. The image of a bursting pressure cooker is incapable of conveying the complexity of population movements. The largest emigration flows towards rich countries tend to be from middle-sized, middle-income nations such as Mexico and Turkey, or the countries of North Africa, the Balkans or Central Asia. And above all, from countries where fertility is already falling rapidly—which is certainly not the case in sub-Saharan Africa.

      In his interview in the Figaro newspaper, Stephen Smith dismisses the World Migration Database because it does not consider his scenario of rapid African economic growth! He seems to have got his wires crossed. A database which gives the world distribution of migrants at a given moment in time cannot take account of future growth hypotheses. But it forms a vital starting point for those wishing to make such hypotheses. Without this grounding in fact, hypotheses are plucked out of thin air and become unverifiable, at the mercy of all and any analogies, including the most implausible ones.
      An Economic Rather than Demographic Conjecture

      By cross-matching the global migration data and the United Nations projections for 2050 for each birth cohort, we can estimate the weight of the diasporas in receiving countries, on the assumption that current emigration factors remain unchanged. This is what I did in the September 2018 issue of Population and Societies, obtaining a number of sub-Saharan migrants in 2050 around five times lower than the figure advanced by Stephen Smith. What does this difference tell us? Simply that the scenario of a “scramble” of sub-Saharan African migrants to Europe is, for the most part, not built upon demographic determinism, but upon a highly speculative hypothesis about African economic development. The demographic reasoning in the book’s sub-title (“Young Africa on the Way to the Old Continent”) and in the introduction is actually very secondary in the fabrication of Smith’s prophecy. This is hardly surprising, given that he fails to analyse any data. [9]

      My estimates for 2050 are of the same order of magnitude as those obtained by two in-depth analyses based on the same Global Bilateral Migration Database, one by the World Monetary Fund, [10] the other by the Joint Research Centre of the European Commission. [11] Smith cites the first, but without mentioning that since the 2000 censuses, the increase in numbers of sub-Saharans leaving the sub-continent primarily reflects population growth. In proportional terms, the share of migrants who remain in the region has changed little since 1990, at around three-quarters (70% today, versus just 15% who head to Europe). Internal migration within sub-Saharan Africa should benefit greatly from the treaty on the free movement of persons signed in March 2018 by 27 African countries.

      While Stephen Smith knows that extreme poverty is not a factor of migration, he perpetuates the other variants of the “communicating vessels” fallacy, notably when he mentions the inexorable pressure exerted upon ageing societies by surplus masses of young people impatient for emancipation. He even suggests that European societies, incapable of financing their pension systems due to population ageing, will face the dilemma of closing their borders and dying a slow death, or of opening them to keep the system afloat, at the risk of being submerged by a flood of African workers: “to maintain a minimum level of social security coverage, must we accept that a quarter of Europe’s inhabitants in 2050 – more than half of them aged below 30 years – will be ‘Africans’?” (pp. 179-180). The French text (p. 180) even speaks of “more than half of the under-30s” in the European population being “African” by 2050! And Smith inevitably mentions the famous report by the United Nations Population Division on “replacement migration” [12] regularly cited by the proponents of the “great replacement” theory.

      Yet the last scenario of this publication, in which young migrants serve to create a permanent numerical balance between the working-age population (15-64) and older adults (65 and above), was acknowledged to be unrealistic by the United Nations itself, due to the increase in life expectancy which is continuing to age the population. Freezing the ratio of young to old would involve massive inflows of migrants, who would in turn grow older themselves. The United Nations used this absurd fictitious scenario to show that immigration is not a solution to population ageing, including in France, and that measures of a different kind are needed (with respect to employment rates, working hours, retirement age).
      The Social Welfare Pie

      If one is truly convinced by the scenario of a massive and disorderly inflow of migrants from the South, then the only remaining question is whether there is still time to prevent it. With the debate couched in these terms, Smith can allow himself some hesitancy: policy makers still have “room for manoeuvre” but “time is running out”. There is one certainty, however, central to his argument: development prospects are “auspicious” for Africa, but “an ill omen for Europe” (p. 225). As if the two continents can only survive at the expense of each other. According to a Neapolitan custom, one must not wish a Happy New Year to someone without secretly wishing evil upon someone else. This is the linchpin of Smith’s book: not the rigorous analysis of a demographic mechanism, but an economic conjecture whose optimism for Africa (a closing of the development gap within 30 years) is more than counterbalanced by its pessimism for Europe.

      At the end of his essay, Smith reiterates the idea that immigration is fundamentally incompatible with the welfare state, a popular misconception totally disproven by the social history of western Europe since the Second World War. Need we mention the detailed studies on this question by the OECD, [13] extended more recently by d’Albis and his team, [14] which demonstrate that immigration or, more precisely, a sudden influx of migrants or asylum seekers, far from bankrupting the welfare state and raising unemployment, actually increases GDP and employment rates over the long term? D’Albis shows that the positive effect is merely delayed in the case of asylum seekers, and for a simple reason: they are not allowed to work until their asylum request has been granted.

      The error is always the same: forgetting that immigrants are also producers and consumers, tax-payers and pension contributors, imagining that they take from the collective pie rather than adding to it. Of course, they are an expense for society when they are young, an asset in adulthood, and become an expense again in old age but, as clearly shown by the OECD, this life cycle is the same for the rest of the population, with minimal differences linked to age structures. The idea the immigrants “steal” natives’ jobs or take an unfair share of their welfare benefits again harks back to the fallacy of a fixed quantity of resources to be shared, around which the entire final part of Stephen Smith’s essay is constructed. As if realism and respect for political and moral rights were irreconcilable. Until these research findings have been seriously refuted, they are irresistible. But evocative metaphors or implausible analogies are no substitute for scientific argument.

      Likewise, simply pitting the advocates of a fortress Europe against those of an open-door Europe is not enough to claim the title of pragmatist or upholder of the “ethics of responsibility” in opposition to the “ethics of conviction”. While the author regularly contrasts two extreme positions to establish his credentials as a moderate realist, he takes an extremist path himself when he claims that sub-Saharan population projections signal an imminent threat of mass incursion culminating in nothing less than the creation of “Eurafrica” (p. 227)
      Establishing the Facts: Neither Scaremongering nor False Reassurance

      Demography is like music: it attracts many players, but few know how to read the score. In the present case, the very nature of the tune is misunderstood: Smith’s essay is an exercise in economic speculation and sensationalist communication, rather than a demographic demonstration. In response to the fear of mass invasion, a falsely objective variant of the fear of others, it is the duty of demographers to explain the orders of magnitude of population movements. They must also identify the nature of the hypotheses put forward and of the prejudices upon which they are built. Contrary to popular belief, the purpose of demography is not to alarm or reassure but to take stock of the issues by establishing their true proportions. Only in this way can it provide the necessary insights for lucid long-term policy-making. Inflammatory metaphors have a powerful effect on public opinion, yet in these uncertain times, for the press and politicians alike, the true “ethic of responsibility” demands that they turn their back on false prophecies couched in pseudo-scientific language.

      https://booksandideas.net/How-Oracles-Are-Forged.html
      #oracles #prophétie

      #François_Héran

    • L’Europe doit-elle décourager les migrations africaines ?

      Le pacte de Marrakech sur les migrations a été adopté aujourd’hui par plus de 150 pays. En Europe, les arrivées d’exilés, notamment en provenance d’Afrique, devraient se multiplier dans les décennies à venir. Comment s’y préparer ? Quelle politique mettre en place ?

      https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre/du-grain-a-moudre-du-lundi-10-decembre-2018


      #François_Gemenne

    • Décryptage | S’ouvrir les yeux sur les migrations africaines

      « L’Europe doit-elle s’inquiéter d’une immigration massive à partir du continent africain ? » [1] ; « Ils déferleront par millions » [2] ; « L’explosion démographique africaine contribue à la migration » [3]. Ces accroches se sont insidieusement imposées dans les médias ces derniers mois, comme pour donner le ton. En arrière-fond, un ouvrage de Stephen Smith au titre tant évocateur qu’alarmiste : « La ruée vers l’Europe. La jeune Afrique en route vers le Vieux Continent » (2018). L’auteur dit vouloir ouvrir les yeux du monde sur une « réalité » qui serait celle d’une explosion non contrôlée de la démographie dans la région subsaharienne, d’une invasion prochaine de l’Europe par de jeunes migrants africains ou d’un système social européen mis à mal par des coûts d’intégration démesurés et improductifs. Paré de statistiques, le discours séduit, induit en erreur et modifie l’imaginaire collectif.

      L’inquiétude du tournant démographique en Afrique subsaharienne

      Encensées par une partie de l’intelligentsia libérale européenne, reprises aveuglément par des journalistes en mal d’informations de terrain, les thèses de cet ancien journaliste et démographe n’amènent en réalité rien de très neuf. Le message-fleuve du livre est univoque : en 2050, un quart de la population en Europe sera d’origine africaine. La thèse du « Grand remplacement », prisée par les milieux populistes anti-migrants, trouve ici une boîte de résonance.

      Au-delà des chiffres, c’est dans la tournure que Smith pose sa patte partisane : « Le prochain rouleau de vagues migratoires qui se répandent à partir des zones les moins développées du monde ». Faisant allusion à l’argent investi par des ONG pour des projets de développement « ciblant la jeunesse », il affirme : « La moitié des 1,3 milliard d’Africains ne constitue pas une cible mais un gouffre à fonds perdus ». Selon Smith, une majorité de ces candidat.e.s à l’exil entrerait dans la catégorie des « migrants économiques ». Ces derniers seraient « à la poursuite d’une vie meilleure », leur condition de vie étant aujourd’hui plus « frustrante que difficile ».

      Et pourquoi c’est faux

      François Héran, professeur au Collège de France à la chaire « Migration et sociétés », s’est attelé à déconstruire les arguments de Smith à l’aide des instruments de la démographie [4]. Il estime que sa « prophétie repose sur un modèle de vases communicants qui méconnaît trois données de base ».

      L’accroissement de la population engendre tout d’abord une augmentation de la pauvreté. Une pauvreté qui explique déjà aujourd’hui que les résidents d’Afrique subsaharienne émigrent moins que ceux d’Amérique centrale, d’Asie centrale ou des Balkans. Car ce sont les personnes qui jouissent d’un certain capital social et économique qui migrent, pas les plus pauvres. Smith le sait, mais prédit un boom économique jugé irréaliste par Héran pour cette région d’Afrique.

      Ensuite, globalement, lorsqu’ils ont lieu, les déplacements migratoires se dirigent vers des pays limitrophes. François Héran rapporte le chiffre actuel de 70% des migrations intra-régionales au sein de l’Afrique subsaharienne, contre 15% vers l’Europe. Si les vases communiquent, c’est avant tout à l’intérieur des régions bien plus que vers l’Europe.

      Troisièmement, citant une étude récente du Fond Monétaire International [5], le chercheur montre que si une augmentation de migrants subsahariens séjournant dans les pays de l’OCDE [6] est à prévoir, leur part dans la population pourrait s’élever à 2,4% en 2050, contre 0,4% actuellement. Ce qui ne peut être qualifié d’« invasion », souligne Héran, qui conclut par un appel au bon sens : les migrations subsahariennes ne constituent qu’« une forme ordinaire de mobilité humaine ».

      Les prédictions de Smith semblent donc davantage relever de la thèse idéologique. D’ailleurs Julien Brachet et Judith Scheele [7] rappellent que l’auteur s’inscrit dans un cadre intellectuel défini. Citant Maurice Barrès, Jean Raspail, Robert Kaplan ou Samuel Huntington, il défend des « thèses populistes, de droite et profondément xénophobes » sous des abords d’objectivité scientifique.

      Changer de regard, comprendre et apprendre

      Or, la science, humaine et démographique se met également au service de celles et ceux qui sont prêts à décentrer le regard, à se débarrasser de certains préjugés et acceptent d’y voir plus clair. Parler de l’Afrique subsaharienne revient à traiter d’un territoire vaste et pluriel. A ce titre, le livre de Smith manque cruellement de différenciation : diversité des pays africains, écart entre les villes et les villages, les femmes et les hommes, les nantis et la masse populaire immobilisée par la pauvreté.

      De même, penser que les personnes migrantes originaires d’un pays d’Afrique subsaharienne n’ont pas besoin d’une protection internationale est scandaleux lorsque l’on sait qu’elle est la partie du monde où les conflits ont été les plus nombreux et les plus meurtriers depuis la Seconde Guerre [8].

      Ces violences déplacent au quotidien des millions de personnes, qui deviennent majoritairement des déplacés internes mais qui se rendent également dans les pays limitrophes pour trouver refuge. Selon le HCR, le Soudan, l’Ouganda, l’Ethiopie font partie des 10 pays accueillant le plus de réfugiés au monde. Ces deux derniers pays sont également salués dans un récent rapport publié par l’UNESCO [9] pour leur succès concernant l’intégration des enfants réfugiés au sein du système éducatif national. De tels exemples devraient nous faire réfléchir sur la réelle signification du mot accueil.

      Et, alors, oui, Monsieur Smith, il nous faut ouvrir les yeux… mais les bons.

      https://asile.ch/2019/01/30/decryptage-souvrir-les-yeux-sur-les-migrations-africaines

    • #Hervé_Le_Bras : « La #ruée migratoire vers l’Europe, c’est un grand #fantasme »

      Hervé Le Bras est démographe, spécialiste des migrations. Chercheur émérite à l’Institut national d’études démographiques (INED) et historien à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), il est l’auteur d’une œuvre abondante, dont récemment L’Âge des migrations et Malaise dans l’identité. Aussi soucieux de la rigueur des chiffres que de l’attention aux réalités du terrain, il n’a pas de peine à démonter les théories en vogue : « appel d’air », « ruée vers l’Europe », « bombe démographique » et autre « grand remplacement ».

      Où en est le niveau d’immigration dans nos pays ? Vous parlez d’un « #roman_migratoire »…

      Nous sommes revenus aux niveaux d’avant la crise syrienne. On observe les mêmes tendances depuis toujours : le taux d’immigration fluctue avec la conjoncture économique des pays de destination. Le problème est que depuis plusieurs années, les politiques migratoires se basent non pas sur les chiffres réels mais sur la #perception que la population se fait du phénomène. C’est comme la météo qui distingue température réelle et ressentie. Mais l’eau ne gèle qu’à une température réelle de zéro degré !

      Les #chiffres ne sont pas pris en compte par les politiques. La peur de « l’#appel_d’air » en est un bel exemple : on n’a jamais rien observé de tel, même après de fortes régularisations. Lors d’un débat qui m’opposait à Marine le Pen, à qui je répondais tranquillement, elle a fini par me lancer : « Monsieur Le Bras, on en a marre de vos #statistiques ! » L’immigration est un domaine où les #fake_news prospèrent depuis longtemps.

      À l’échelle mondiale, quelles sont les tendances des flux migratoires ?
      En Amérique Latine, il y a actuellement des crises au Honduras et au Venezuela, qui génèrent des déplacements. Le Chili est de plus en plus impacté par une migration venant de Haïti mais aussi, entre autres, du Pérou, car le nord du Chili, minier et riche, a besoin de main d’œuvre.

      Mais désormais, entre le Mexique et les États-Unis, l’immigration est mûre, c’est-à-dire qu’il y a équilibre entre les entrées et les sorties, comme d’ailleurs entre la Turquie et l’Allemagne. Les Chinois, eux, n’émigrent pas. Leur tradition est celle des comptoirs commerciaux et ils ont plutôt une diaspora très importante.

      Pour l’#Afrique, on ne dit jamais que près de 90% des migrations se font entre pays africains. Certaines d’entre elles sont tout à fait traditionnelles. Par exemple, entre la Mauritanie et le Sénégal. L’ensemble de l’Afrique est coutumière des migrations internes. Le gros des migrations pour l’Afrique noire, c’est plutôt des réfugiés, sur peu de distance : 500.000 Somaliens au Kenya, 500.000 du Darfour à l’Est du Tchad. La migration économique se dirige vers l’Afrique du Sud, en provenance notamment du Nigeria et beaucoup de République démocratique du Congo. À Johannesburg, il y a des quartiers congolais ! Le gros des migrations africaines, ce n’est donc pas vers l’Europe.

      Contrairement à ce que prédit Stephen Smith, il n’y aura pas de « ruée vers l’Europe » ?
      De nombreux démographes ont démonté les erreurs de Smith, mais sans voir non plus les idées intéressantes du livre. L’une d’elle, que je partage, est que le migrant du présent et du futur, c’est une personne diplômée qui migre pour se réaliser.

      Comme l’Afrique se développe, il faut effectivement s’attendre à la migration de gens compétents, vers l’Europe mais aussi les Etats-Unis ou le golfe persique. Le problème de Smith – qui n’est pas démographe – est qu’il prend l’Afrique en bloc : il note que la population va augmenter d’un milliard et il conclut que tout ce petit monde va monter mécaniquement vers l’Europe. Ce genre de généralisation est assez délirant. Car, et Smith le sait, les pauvres, eux, n’iront pas loin. Ils n’ont pas la représentation de ce qu’ils pourraient faire en Europe. Une chose est d’avoir envie de migrer, une autre est de le faire, ce que confirme un récent sondage Gallup.

      Dans cette affaire, c’est l’#idéologie qui s’installe, avec ses #récupérations_politiques : le livre de Smith est le livre de chevet de l’Élysée. Ma principale critique est qu’on ne peut pas traiter l’Afrique en bloc.

      L’Afrique du nord a une position particulière, et de même le Sahel, l’Afrique équatoriale et l’Afrique du Sud. Ces quatre zones ont des régimes démographiques différents et donc des avenirs extrêmement différents. Les mettre dans un seul sac n’a pas de sens. Ma critique est même plus générale : on fait de l’amalgame politicien en associant immigré avec musulman, donc islamiste, donc terroriste !

      Mais tout de même, la population africaine va doubler…
      Si on prend l’Afrique du nord, le #taux_de_fécondité s’est rapproché du niveau européen – notez qu’en Iran, ce taux est de 1,7 par femme alors qu’il était de 6,5 en 1985. Cela a décliné à toute vitesse et les mollahs sont affolés.

      En Afrique du Sud, ils sont à 2,6 enfants par femme. Là aussi, la transition démographique est faite. La baisse se produit à l’échelle mondiale. Concernant l’Afrique sahélienne, du Sénégal au Tchad, il y a environ 80 millions de personnes. En 2050, selon les projections moyennes de l’ONU, il y en aurait 220 millions. Avec un très haut score pour le Niger, pays pourtant très pauvre. La #bombe_démographique, très limitée, se situe dans cette bande-là. Plus bas, les pays ont beaucoup de ressources et l’Afrique équatoriale, elle, est vide d’hommes !

      Mais traditionnellement, les populations du nord du Sahel descendent vers les pays du golfe de Guinée. Par conséquent, les problèmes démographiques de la bande sahélienne vont surtout déstabiliser les pays qui sont en train de se développer : Côté d’ivoire, Ghana, Sénégal.

      Quand on fait une analyse régionale, on s’aperçoit que la menace pour l’Europe est finalement, très, très faible. D’une part, les flux auront tendance à descendre ; ensuite, ce sont plutôt les pays du nord de l’Afrique qui devraient alors faire face à une montée des « hordes invasives ». Or au Maroc, l’immigration se passe plutôt bien ; ce pays a même fortement régularisé. Quant à l’Algérie, elle a carrément fermé ses frontières et renvoie les migrants dans leurs pays d’origine. Ceux qui devraient avoir peur, donc, ce n’est pas nous. Bref, quand on regarde dans le détail, contrairement à ce que fait Smith, on voit qu’il n’y aura pas de ruée migratoire vers l’Europe, c’est un grand #fantasme.

      Qu’en est-il des futures #migrations_climatiques ?

      L’argument est le même. On se fait peur avec des généralisations purement mathématiques : on compte le nombre de gens qui vivent à moins d’un mètre au-dessus de la mer, et puis quand celle-ci va monter, on déduit le nombre de migrants climatiques. 100 à 150 millions de personnes sont effectivement concernées, mais on fait comme s’il n’y aurait pas de réaction humaine. Or, le phénomène est graduel et ces gens ne vont pas se déplacer, d’un jour à l’autre, sur des milliers de kilomètres.

      L’exemple du #Bangladesh est intéressant : les migrations sont très locales car ce sont des gens pauvres. Les paysans sont attachés à leurs terres. Dans le #Sahel, ça a été bien étudié : les années sèches, les nomades redescendent. Le Sahel est plutôt confronté à une #urbanisation massive, ce qui crée un #prolétariat_urbain. Comme au Bangladesh, les migrations climatiques vont plutôt accroître les problèmes d’urbanisation intense.

      Selon un récent sondage, près de 2 personnes sur 5 croient à la théorie du « #grand_remplacement ». Quelle est votre analyse ?

      Le livre de #Renaud_Camus est l’un des plus nullissimes que j’ai jamais lus. D’après l’INSEE (2012), la population française compte 5,3 millions de personnes nées étrangères dans un pays étranger, soit 8% de la population. Et parmi eux, 3,3 millions sont originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et d’Asie, soit 5%… Difficile de parler de grand remplacement !

      La réalité, ce n’est pas le remplacement mais la #mixité, le #métissage. Les enfants dont les deux parents sont immigrés ne représentent que 10% des naissances. Ceux qui n’ont aucun parent, ni grand-parent immigré, 60%. Dans 30% des naissances, au moins un des parents ou grands-parents est immigré et au moins un des parents ou des grands-parents ne l’est pas. Ce qui représente 30% d’enfants métis.

      Petit calcul à l’horizon 2050 : on arrive à 50% d’enfants métis. Ce métissage est la réalité de ce siècle. Et à ce compte-là, Éric Zemmour est un agent du grand remplacement. D’autre part, on omet les millions d’Occidentaux qui partent s’installer ailleurs et qui contribuent eux aussi au métissage mondial en cours. Quand les États durcissent les conditions du regroupement familial, ils luttent en fait contre les mariages mixtes, par peur du « mélange ». Or le refus du mélange est la définition même du #racisme.

      Vous semblez très fâché avec la notion d’#identité

      J’y suis même très hostile. Sarkozy avait voulu faire un grand débat sur l’identité nationale, ça a été un échec. En fait, ça n’a pas de sens : imaginez qu’on essaye, tous les 100 ans, de définir une telle identité. Quels rapports y aurait-il entre la France de 2019 avec celle de 1819 ou de 1619 ? L’identité est impossible à définir. Je parle plus facilement avec un mathématicien chinois qu’avec un paysan du Berry, quelle que soit l’estime que j’ai pour eux.

      Nous sommes une synthèse dynamique d’appartenances très diverses. Aucune nation n’a jamais existé sur une base ethnique « de souche ». La #nation, c’est depuis toujours un mélange. Alors comme on nous bassine avec ces élucubrations identitaires, je parle d’"#identité_dynamique" : la notion étant évolutive, elle est encore plus insaisissable.

      https://www.lecho.be/opinions/carte-blanche/herve-le-bras-la-ruee-migratoire-vers-l-europe-c-est-un-grand-fantasme/10121241.html

    • #Achille_Mbembe : “Non, les migrants africains ne rêvent pas d’Europe”

      Le philosophe et historien Achille Mbembe répond à son collègue allemand Andreas Eckert. Ils abordent ensemble l’avenir de l’Afrique – et en particulier de l’Afrique du Sud – et critiquent la thèse d’une vague d’immigration africaine prête à déferler sur l’Europe.

      Achille Mbembe est le premier intellectuel africain à remporter le prestigieux prix Gerda Henkel. Lors d’une récente visite à Düsseldorf, il a accordé un entretien à l’historien allemand Andreas Eckert [titulaire de la chaire d’histoire de l’Afrique à l’université Humboldt de Berlin]. Les deux hommes ont discuté de sujets divers et variés, depuis l’état actuel du monde politique sud-africain jusqu’au radicalisme étudiant, en passant par les politiques anti-immigration de l’Europe.

      ANDREAS ECKERT. Vous vivez en Afrique du Sud depuis de nombreuses années. Quand vous y êtes arrivé, en 2000, c’était un pays plein d’espoir. À la fin de l’apartheid [le pouvoir ségrégationniste de la minorité blanche, entre 1948 et 1991], le projet de “nation arc-en-ciel” semblait ouvrir la voie à un avenir lumineux. Et bien sûr, il y avait Nelson Mandela, avec sa sagesse et sa générosité, à côté duquel les leaders politiques du monde entier avaient l’air d’esprits étriqués. À l’époque, vous avez aussi écrit que l’Afrique du Sud était un laboratoire créatif, un espace où une nouvelle forme d’humanisme et de coopération était testée. Or, aujourd’hui, presque toutes les informations qui nous viennent d’Afrique du Sud sont mauvaises. On entend avant tout parler de crises et de corruption. De l’échec de l’ANC [le parti au pouvoir]. Des nombreux déçus. Du programme de réforme agraire qui pourrait faire basculer le pays dans de violents conflits. Défendez-vous toujours cette idée selon laquelle l’Afrique du Sud est un laboratoire à même de montrer à de nombreuses régions d’Afrique et du reste du monde la voie vers un avenir plus humain ?

      ACHILLE MBEMBE. Oui, je continue de croire en l’universalité potentielle de l’expérience sud-africaine. Les discriminations raciales et les structures de la suprématie blanche sont des caractéristiques tellement corrosives, et pourtant déterminantes, du monde moderne que l’Afrique du Sud est sans doute l’endroit sur terre qui a les meilleures chances de réparer les extraordinaires ravages que cette suprématie blanche a infligés à une immense partie de l’humanité.

      En ce moment même où nous parlons, le pays se trouve hélas en grand danger de se fourvoyer dans un cul-de-sac culturel et intellectuel, et d’être dans l’incapacité de créer de nouveaux imaginaires pour lui-même, pour l’Afrique et pour le monde. L’atrophie de l’esprit est ce qui m’inquiète le plus.

      Par exemple, je suis en profond désaccord avec ceux qui confondent une politique radicale tournée vers l’avenir avec les appels au sang et aux flammes. Il ne peut y avoir de véritable projet de liberté sans renonciation volontaire à la loi du sang. Choisir une politique radicale, c’est assumer la dette fondamentale que nous avons les uns envers les autres, la dette de vie, dont la reconnaissance est la première étape et la seule voie vers une restitution et une réparation véritables, et vers la possibilité d’un monde commun. Voilà ce que je crois.

      Ces idées sont plus que jamais importantes non seulement pour l’Afrique du Sud, mais aussi pour notre monde commun et pour le monde futur. J’aimerais que l’Afrique du Sud ait suffisamment confiance en elle pour pleinement embrasser l’étincelle d’universalité inscrite dans sa cahoteuse histoire. C’est cette étincelle qui a attiré certains d’entre nous vers ses côtes et c’est elle qui convainc certains d’entre nous d’y rester. C’est elle qui nous incite à construire à partir d’ici et à réfléchir à partir d’ici à l’Afrique et à notre monde. Je dois une immense reconnaissance à l’Afrique du Sud. J’ai quelquefois été profondément déçu par son esprit de clocher, son étroitesse d’esprit, son hostilité envers les Noirs qui venaient d’ailleurs et la honte qu’ils lui inspirent ; par cette chimère qu’elle continue de nourrir selon laquelle elle ne ferait pas partie de l’Afrique. Mais je ne serais pas qui je suis sans l’Afrique du Sud. Je suis un citoyen de l’Afrique et de la diaspora, ma nationalité est africaine : je ne me considère pas comme “étranger” ici. Je ne vois pas non plus mon destin et celui de l’Afrique du Sud comme deux choses séparées.

      Mais quand vous êtes face à des étudiants, à l’université, des étudiants noirs qui se sentent défavorisés, qui pensent que l’apartheid est encore en grande partie en place, que leur dites-vous ? Ce que vous venez de me dire ?

      Oui, et souvent cela me cause des problèmes. Je suppose que mon discours n’est pas suffisamment véhément en ces temps d’opportunisme. Pourtant, si nous prenions la peine de regarder au-delà des frontières mentales que nous nous posons, vers le reste du continent, certaines choses apparaîtraient plus clairement.

      Par exemple, pour mener à bien des changements profonds après la domination coloniale, nous devons avoir des institutions solides. Or quand les institutions héritées du passé sont affaiblies ou détruites plutôt que réellement transformées, ce sont habituellement les plus pauvres d’entre nous qui en paient le prix le plus fort.

      Pour changer en profondeur les difficultés dans lesquelles nous nous trouvons, nous devons construire de vastes coalitions : d’une manière générale, quand nous n’y parvenons pas, les conflits ethniques prennent le dessus.

      Le reste de l’article sous #paywall

      https://www.courrierinternational.com/article/entretien-achille-mbembe-non-les-migrants-africains-ne-revent

    • Immigration : vers une invasion africaine ?
      https://www.youtube.com/watch?time_continue=11&v=_k7hdwerNW4&feature=emb_logo

      Il y a une certaine peur d’une invasion africaine sous prétexte que le continent africain va voir doubler sa population dans les années à venir, jusqu’en 2050.

      Un livre d’un journaliste, Stephen Smith, a accru la peur des Européens avec son titre « La ruée vers l’Europe ». Je vais vous citer des phrases au début du livre de Stephen Smith : « La jeune Afrique va se ruer sur la vieille Europe, c’est dans l’ordre des choses ». Ce n’est en fait pas du tout dans l’ordre des choses ou il faut savoir ce que signifie « les choses » mais en tous cas, ce n’est pas dans l’ordre des nombres.

      Quand on regarde de près la question de la migration africaine vers l’Europe, et particulièrement vers la France, elle n’a pratiquement pas augmenté depuis une quinzaine d’années. Le chiffre exact en France des arrivées d’Africains en 2003, aussi Afrique du Nord et pas simplement Afrique Subsaharienne, est de 91 000 en 2003 et de 95 000 entrées nouvelles en 2017, 4 000 de plus. C’est très peu pour une population française de plus de 65 millions d’habitants.

      Si on prend un exemple des pays africains, un pays comme le Niger, c’est le pays qui a la plus forte croissance actuellement au monde. C’est un des trois pays les plus pauvres. L’année dernière, 106 Nigériens sont arrivés en France sur une population de 22 millions d’habitants. Entre 2003 et 2017, le Niger s’est accru de 9 millions d’habitants. Au total, 1 800 Nigériens sont arrivés en France (2 pour 10 000). Donc, on ne peut absolument pas dire qu’il y a un risque d’invasion.

      Il faut voir qu’il y a une très grosse diversité en Afrique des directions des migrants, qui sont d’ailleurs presque tous vers des pays africains, et aussi, vers des pays comme le Canada, ou bien comme l’Australie.

      En outre, quand on passe de la France à l’ensemble de l’Europe, là aussi, la croissance du nombre d’Africains, et surtout des arrivées d’Africains, est faible. Elle est de l’ordre d’une croissance de 1,5 % par an alors que le continent africain s’accroît à 2,5 % par an. Donc, on a une vitesse beaucoup plus faible de l’arrivée des Africains, que de leur propre croissance.

      Quand on regarde d’ailleurs dans le détail, on voit que le pays d’Afrique où la proportion de migrants est la plus importante par rapport à la population, c’est la Tunisie. Or, la Tunisie est le pays d’Afrique qui a la plus faible fécondité, la plus faible croissance démographique.

      Pourquoi la Tunisie est-elle tournée vers l’Europe ? Parce que les tunisiens ont un grand système d’éducation. Il y a pratiquement la même proportion de Tunisiens à l’Université que de Français à l’Université.

      La migration, c’est essentiellement le fait de personnes diplômées parce que c’est beaucoup plus facile de migrer avec un diplôme que sans diplôme. 
D’ailleurs, dans les arrivées en France de 2018, dans l’ensemble des cartes de séjour qui ont été distribuées (260 000), si on regarde les Africains, à peu près 90 000, 65 % d’entre eux ont le bac et 50 % d’entre eux ont au moins un diplôme universitaire. C’est plus que les Français du même âge.

      On oublie aussi, avec cette peur de l’invasion, que les Africains migrent surtout en Afrique. Plus de 80 % des migrations africaines entre Etats sont à l’intérieur de l’Afrique. C’est des migrations de personnes qui sont éduquées. Par exemple, des personnes d’Afrique de l’Ouest qui vont vers l’Afrique du Sud ou vers le Congo. Mais, c’est aussi, hélas, des migrations de réfugiés pauvres qui, eux, ne font que passer la frontière avec l’Etat voisin. Par exemple, des Somaliens qui se réfugient au Kenya ou des habitants du Darfour au Tchad.

      On oublie donc que l’essentiel de ces migrations sont des migrations de proximité. Cette peur de l’invasion traduit une méconnaissance profonde des phénomènes migratoires.

      https://www.migrationsenquestions.fr/question_reponse/2526-immigration-vers-une-invasion-africaine

  • Art et Liberté: Egypt’s Surrealists | by Charles Shafaieh | NYR Daily | The New York Review of Books

    http://www.nybooks.com/daily/2018/02/03/art-et-liberte-egypts-surrealists

    In March 1938, the Egyptian poet and critic Georges Henein and a small group of friends disrupted a lecture in Cairo given by the Alexandria-born Italian Futurist F.T. Marinetti, who was an outspoken supporter of Mussolini. Six months later, Henein, along with the Egyptian writer Anwar Kamel, the Italian anarchist painter Angelo de Riz, and thirty-four other artists, writers, journalists, and lawyers, signed the manifesto “Vive l’Art Dégénéré!” (“Long Live Degenerate Art!”) that would inaugurate Art et Liberté, a short-lived but influential artists’ collective based in Egypt that is the focus of an illuminating exhibition currently at the Tate Liverpool, in Britain, covering the years 1938–1948. Printed in Arabic and French, with a facsimile of Guernica on its reverse, the declaration was a direct challenge to the previous year’s Nazi-organized exhibition “Entartete ‘Kunst’” (“Degenerate ‘Art’”), which presented art by Chagall, Kandinsky and other modern artists, largely Jewish, that the Nazi Party deemed decadent, morally reprehensible or otherwise harmful to the German people.

    Internationalist in orientation and opposed as much to fascist-endorsed art as to the Egyptian academy’s own nationalist-minded aesthetics that resurrected ancient symbols in the name of “Egyptianness,” the group declared that it was “mere idiocy and folly to reduce modern art… to a fanaticism for any particular religion, race, or nation.” Surrealism—in its rejection of tyranny in any form and by championing uninhibited freedom of expression—was a fitting counterpoint that the group believed could also be harnessed to bring about social change.

  • Controlling the Chief | by Charlie Savage | The New York Review of Books
    http://www.nybooks.com/articles/2018/02/08/pentagon-president-controlling-the-chief

    In short, Trump’s generals—some still in uniform, some now civilians—are clearly trying to mitigate turmoil and curb potential dangers. That may be at once reassuring and disturbing. In the United States, the armed forces are supposed to be apolitical. While the nation should be grateful in these troubled times that the military as an institution has remained loyal to constitutional values, Ned Price, a former CIA officer who served on the National Security Council under Obama, wrote in an essay in Lawfare that the military’s very act of contradicting or distancing itself from the president, even subtly, “goes against the grain of our democratic system and should engender at least fleeting discomfort among even the most virulent administration critics.” Thus, even if it is a good thing for now that the line between “civil and military affairs in American society” is getting a bit blurred, in the long run, Price warned, “that line must again become inviolable when our political class returns to its senses.” Or as Mullen, in a speech in October at the US Naval Institute, put it:

    How did we get here to a point where we are depending on retired generals for the stability of our system? And what happens if that bulwark breaks, first of all? I have been in too many countries globally where the generals, if you will, gave great comfort to their citizens. That is not the United States of America.

    #etats-Unis #pouvoir #militaires #civils

  • Cashing In on Céline’s Anti-Semitism
    http://www.nybooks.com/daily/2018/01/12/cashing-in-on-celines-antisemitism

    Potier told Gallimard that the first French reprint of Céline’s anti-Semitic pamphlets in nearly eight decades should be done in the spirit of education, rather than in one of sensation; he proposed that the original texts should be accompanied by in-depth exegesis, and put into context by interdisciplinary scholars and historians. Potier had in mind, perhaps, the very scholarly “critical edition” of Mein Kampf that enabled the recent reissue of Hitler’s work in Germany for the first time since the war.

    Antoine Gallimard, accompanied by the Jewish writer and historian Pierre Assouline, who is writing a preface to the new edition, politely refused. For them, Céline’s texts belong to literature and do not need more than a literary critic’s preface and notes. In their eyes, the French-Canadian edition, which has notes by a Céline expert named Régis Tettamanzi, is sufficient.

    Although it is very unlikely that the French government will seek to ban the book, a growing chorus of prominent voices—among them, historians, politicians, and Holocaust survivors—have already threatened legal action against Gallimard. One of them, the well-known Nazi hunter and French lawyer Serge Klarsfeld, deemed Gallimard’s project “unbearable.” Other voices, though, argue that it is better to reprint the work with the addition of critical context than to let people access the plain texts online, where illicit versions are available.

  • ’My Only Friend Is My Conscience’: Face to Face With El Salvador’s Cold Killer | by Jonathan Blitzer | NYR Daily | The New York Review of Books
    http://www.nybooks.com/daily/2017/12/07/my-only-friend-is-my-conscience-face-to-face-with-el-salvadors-cold-killer

    I was due to fly to El Salvador the next night, because I wanted to confront Ochoa about the theft. While I was packing my bags in New York, the Salvadoran police began rounding up the culprits. Within hours, four were in custody, and several others had gone into hiding. The names of the officers appeared on television sets across El Salvador, listed by rank on the local news. These were aged and haggard men, geriatric fugitives. Two of them had been arrested before, in 1991, but were released from prison after the passage of the amnesty law.

    Around the time that the Jesuit priests were killed, Ochoa had retired from military service and was working as the head of the state electric company, a privileged civilian post, and his name was circulating among officials at the State Department and CIA as a possible presidential candidate. He wasn’t personally implicated in the Jesuit killings, but he was friendly with another colonel who’d been found guilty of orchestrating the murders. Several months after the assassinations, Ochoa appeared on 60 Minutes saying that his friend was acting on someone else’s orders. This was farther than even the friend was willing to go—he had known enough to stay quiet. But Ochoa, who felt unencumbered by institutional allegiances, declared that “it was all planned beforehand,” implying that a group of military and political leaders had organized the crime. This flummoxed the Salvadoran government, which had no choice but to issue a string of denials.

    Soon, there was talk in political circles of sacking Ochoa and forcing him to “wallow in the assembly, where he could talk to his heart’s content,” as one US Embassy cable summarized. (It is a mark of the times that a spot in congress was considered a demotion, a posting far from the action.) Ultimately, American officials cautioned their Salvadoran counterparts against making a martyr out of Ochoa. It was a lesson that would never be fully learned. In 2012, the left-wing president of El Salvador, reacting to another of Ochoa’s typically incendiary public comments, tried to remove him from contention for congress by reactivating his military status and conscripting him back into service. Ochoa coasted to reelection.

  • France, Islam, & the Ramadan Affair | by Sylvain Cypel | NYR Daily | The New York Review of Books
    http://www.nybooks.com/daily/2017/11/30/france-islam-the-ramadan-affair

    #Valls may lack a political home for now, but he has signaled that he means to make identity—#Islam vs. #France —his main theme. If President Macron fails to pull the country out of its socio-economic doldrums, he will have to face a dangerously sharpened identity politics

  • This Poisonous Cult of Personality | by Pankaj Mishra | NYR Daily | The New York Review of Books
    http://www.nybooks.com/daily/2017/12/01/this-poisonous-cult-of-personality

    Donald Trump’s election last year exposed an insidious politics of celebrity, one in which a redemptive personality is projected high above the slow toil of political parties and movements. As his latest tweets about Muslims confirm, this post-political figure seeks, above all, to commune with his entranced white nationalist supporters. Periodically offering them emotional catharsis, a powerful medium of self-expression at the White House these days, Trump makes sure that his fan base survives his multiple political and economic failures. This may be hard to admit but the path to such a presidency of spectacle and vicarious participation was paved by the previous occupant of the White House.

    Barack Obama was the first “celebrity president” of the twenty-first century—“that is,” as Perry Anderson recently pointed out, “a politician whose very appearance was a sensation, from the earliest days of his quest for the Democratic nomination onwards: to be other than purely white, as well as good-looking and mellifluous, sufficed for that,” and for whom “personal popularity” mattered more than the fate of own party and policies.

    Public life routinely features such sensations, figures in whom people invest great expectations based on nothing more than a captivation with their radiant personas. Youthful good looks, an unconventional marriage, and some intellectual showmanship helped turn Emmanuel Macron, virtually overnight, into the savior not just of France, but of Europe, too. Until the approval ratings of this dynamic millionaire collapsed, a glamour-struck media largely waived close scrutiny of his neoliberal faith in tax breaks for rich compatriots, and contempt for “slackers.”

    Another example is Aung San Suu Kyi who, as a freedom fighter and prisoner of conscience, precluded any real examination of her politics, which have turned out to be abysmally sectarian, in tune with her electoral base among Myanmar’s Buddhist ethnic majority. Her personal sacrifices remained for too long the basis for assessing her political outlook, though the record of Robert Mugabe, among many other postcolonial leaders, had already proved that suffering for the cause of freedom is no guarantee of wise governance, and that today’s victims are likely to be tomorrow’s persecutors.

  • It’s the Kultur, Stupid

    http://www.nybooks.com/articles/2017/12/07/germany-alt-right-kultur-stupid

    “The reason we are inundated by culturally alien [kulturfremden] peoples such as Arabs, Sinti and Roma etc. is the systematic destruction of civil society as a possible counterweight to the enemies-of-the-constitution by whom we are ruled. These pigs are nothing other than puppets of the victor powers of the Second World War….” Thus begins a 2013 personal e-mail from Alice Weidel, who in this autumn’s pivotal German election was one of two designated “leading candidates” of the Alternative für Deutschland (hereafter AfD or the Alternative). The chief “pig” and “puppet” was, of course, Angela Merkel. Despite the publication of this leaked e-mail two weeks before election day, adding to other widely publicized evidence of AfD leaders’ xenophobic, right-wing nationalist views, one in eight German voters gave the Alternative their support. It is now the second-largest opposition party in the Bundestag, with ninety-two MPs.

    Xenophobic right-wing nationalism—in Germany of all places? The very fact that observers express surprise indicates how much Germany has changed since 1945. These days, we expect more of Germany than of ourselves. For, seen from one point of view, this is just Germany partaking in the populist normality of our time, as manifested in the Brexit vote in Britain, Marine le Pen’s Front National in France, Geert Wilders’s blond beastliness in the Netherlands, the right-wing nationalist-populist government in Poland, and Trumpery in the US.

  • War of All Against All

    http://www.nybooks.com/articles/2017/11/23/raqqa-war-all-against-all

    In Arab mythology, the al-Sada bird, or death owl, emerges from the body of a murdered man and shrieks until someone takes revenge. “Today there are undoubtedly tens of thousands of al-Sada birds crying out for revenge all over Syrian skies,” writes Yassin al-Haj Saleh in “The Destiny of the Syrian Revolution,” one of ten essays in his collection The Impossible Revolution. Extreme violence, including the incarceration and torture of teenagers, characterized the Syrian regime’s response to the street protests that erupted in 2011. As the uprising morphed into civil war, rebels also jailed their enemies, adopting methods of abuse and killing they had learned in the regime’s prisons. Malevolent spirits, or jinn, hover. Nearly half a million Syrians are believed to have lost their lives in six years of conflict.

    Saleh, one of the country’s best-known dissident intellectuals, now lives in Berlin and has battled to distance himself from the ghouls who haunt Syria’s ruined cities. “Where is cool-headed, clear thinking to be found, in a world of al-Sada, jinn, and ghosts?” he asks. One might say it is to be found in the pages of his book, where he examines the origins of the violence, delves into the ideology of the Ba’ath Party that has ruled the country since 1963, methodically dissects the phases of the revolution, and charts the lurch into sectarianism. Only in the introduction does he write about his own life, which is a shame, because his experience helps us understand why the revolution in Syria failed.

  • When Dissent Became Treason
    http://www.nybooks.com/articles/2017/09/28/world-war-i-when-dissent-became-treason

    As our newspapers and TV screens overflow with choleric attacks by President Trump on the media, immigrants, and anyone who criticizes him, it makes us wonder: What would it be like if nothing restrained him from his obvious wish to silence, deport, or jail such enemies? For a chilling answer, we need only roll back the clock one hundred years, to the moment when the United States entered not just a world war, but a three-year period of unparalleled censorship, mass imprisonment, and anti-immigrant terror.

    When Woodrow Wilson went before Congress on April 2, 1917, and asked it to declare war against Germany, the country, as it is today, was riven by discord. Even though millions of people from the perennially bellicose Theodore Roosevelt on down were eager for war, President Wilson was not sure he could count on the loyalty of some nine million German-Americans, or of the 4.5 million Irish-Americans who might be reluctant to fight as allies of Britain. Also, hundreds of officials elected to state and local office belonged to the Socialist Party, which strongly opposed American participation in this or any other war. And tens of thousands of Americans were “Wobblies,” members of the militant Industrial Workers of the World (IWW), and the only battle they wanted to fight was that of labor against capital.

    The moment the United States entered the war in Europe, a second, less noticed war began at home. Staffed by federal agents, local police, and civilian vigilantes, it had three main targets: anyone who might be a German sympathizer, left-wing newspapers and magazines, and labor activists. The war against the last two groups would continue for a year and a half after World War I ended.

  • Nuclear Apocalypse Now? | by Ariel Dorfman | NYR Daily | The New York Review of Books
    http://www.nybooks.com/daily/2017/09/22/nuclear-apocalypse-now

    But there was another, more telling aspect of Trump’s UN speech. This most thoughtless and impetuous of American presidents also called the possibility of nuclear conflict “unthinkable.” On the contrary, we must think about it. And crucial to any understanding of the moral import of the possible use of nuclear weapons is to go back to the foundational moment of this nuclear age and ask again: Were Hiroshima and Nagasaki war crimes?

    We have no way of knowing what the people of North Korea would make of that question, any more than we know what their views are about their leader’s avowed willingness to order a nuclear first strike. After all, the citizens of the so-called Democratic Republic are closeted in a “dense fog” created by Kim Jong-un’s father, Kim Jong-il, “to prevent our enemies from learning anything about us.”

    We do, on the other hand, know something about what Americans think. Two years ago, a Pew Research poll found that 56 percent of American respondents regarded the bombing of Hiroshima as justified, a clear majority, though significantly down from the 85 percent who felt that way in 1945.

    There is still much controversy around the issue. The traditional justification for the attack was that it was the only way to force the Japanese High Command to surrender immediately, and to avoid a long and costly invasion of island after island that would have led to countless American and Allied casualties. But subsequent historical research has revealed that Japan capitulated out of fear that the Soviet Union would land forces on the Japanese mainland and occupy half the country. The findings of historians Gar Alperovitz, Murray Sayle, and Tsuyoshi Hasegawa, among others, refute the conventional wisdom that the first nuclear attack in history was an absolute necessity.

    Yet the myth persists. The question is: To what extent does Americans’ belief in the rightness of President Truman’s fateful decision in 1945 provide moral support for the brimstone rhetoric of nuclear conflagration that President Trump is deploying today?

  • The Hateful Monk
    http://www.nybooks.com/daily/2017/08/31/the-hateful-monk-venerable-w

    Schroeder, an Iranian-born Swiss filmmaker, has spent decades documenting the morally despicable. His “Trilogy of Evil” began in 1974 with General Idi Amin Dada: A Self Portrait, a character study of the Ugandan dictator. The second installment, Terror’s Advocate (2007), was on the French-Algerian defense lawyer Jacques Vergès, whose clients have included Klaus Barbie, Carlos the Jackal, the Khmer Rouge leader Khieu Samphan, and the Holocaust denier Roger Garaudy. Wirathu is Schroeder’s final subject, and, for him, the most terrifying. “I am afraid to call him Wirathu because even his name scares me,” he said in a recent interview with Agence France-Presse. “I just call him W.”

    The film charts Wirathu’s rise from provincial irrelevance in Kyaukse to nationwide rabble-rouser. It centers on the crucial moments of his budding ethno-nationalism, such as in 1997, when he says his eyes were “finally opened” to the “Muslims’ intentions” after reading a pamphlet entitled In Fear of Our Race Disappearing, which appeared in print by an unknown author; or 2003, when he delivered a chilling sermon—caught on camera—against Muslim “kalars” (kalar is the equivalent of “nigger”). “I can’t stand what they do to us,” he says to rapturous applause. “As soon as I give the signal, get ready to follow me…I need to plan the operation well, like the CIA or Mossad, for it to be effective…I will make sure they will have no place to live.” One month later, in Kyaukse, eleven Muslims were killed, and two mosques and twenty-six houses were burned to the ground. Wirathu was arrested by the military junta for inciting violence, and spent nine years in Mandalay’s Obo prison.

    • Personnellement j’ai trouvé ce film mal fait alors que L’avocat de la terreur était beaucoup mieux.
      De bonnes intentions ne font pas un bon film. C’est vrai qu’il est important de parler de ce qu’il se passe en Birmanie mais là on a l’impression que c’est fait à la va-vite, qu’on survole le sujet. Le montage est pas terrible en plus. Un peu comme si c’était destiné à passer sur les chaînes de télé à une heure de grande écoute (bon j’exagère un peu là, à une heure de grande écoute les musulmans ont toujours le même rôle donc c’est pas possible).

    • @aude_v, ah oui effectivement. Ton analyse est beaucoup plus précise, j’ai pas pris la peine d’en faire autant et moi j’ai échappé aux punaises de plancher lol
      C’est vrai que je n’ai pas appris grand chose et j’avais oublié la voix off, qui je dois dire, m’a pas mal agacée sans que je ne sache vraiment pourquoi.
      J’ai pas trop aimé non plus le fait de centrer les choses à ce point sur W parce que la haine des musulmans en Birmanie ne se résume pas à lui. Il n’aurait pas le pouvoir de transformer un peuple ouvert et sans préjugé à un peuple de génocidaires en puissance. Quel est le terreau ?
      Et puis dernière chose, je ne supporte pas qu’on compare à chaque fois les « méchants » à Hitler. C’est vraiment tarte à la crème et ça bloque toute analyse politique. Voilà, une fois qu’on a dit ça, tous les occidentaux poussent des cris d’indignation en disant « mais c’est horrible ! » et on n’est pas plus avancé.

  • Hacking the Vote: Who Helped Whom?
    http://www.nybooks.com/daily/2017/07/19/hacking-the-vote-trump-russia-who-helped-whom

    In recent months, we have learned much about how successful the Trump campaign was in micro-targeting voters in crucial swing states. In the waning days of the 2016 campaign, especially, Trump’s data team knew exactly which voters in which states they needed to persuade on Facebook and Twitter and precisely what messages to use. The question is: How did the Russians know this, too?

    Last week, it was reported that both Congressional investigators and the FBI are now exploring whether Russian operatives were guided in their efforts by Trump’s digital team, and the House Intelligence Committee has invited Trump’s digital director, Brad Parscale, to testify. Largely ignored in this discussion, however, is another possibility: that the Russians themselves, through their hacking of Democratic Party records, were supplying crucial information to the digital team.

    According to its own account, Trump’s digital team, which was run by Parscale and overseen by Jared Kushner, used standard marketing tools, especially Facebook’s, to target voters in the rust belt states that decided the election. The team’s algorithms and models, which were developed by the data analytics firm Cambridge Analytica, were essential to this effort. Using data culled from its database of 5,000 bits of personal information—such as religious affiliation, gun ownership, and buying habits—on 220 million Americans, Cambridge Analytica was able to determine where Trump had the best chances to motivate people who typically didn’t vote, where Clinton’s support among legacy Democrats was weak, and where the candidate himself should show up, especially in the last days of the campaign.

  • Macron’s California Revolution | by Sylvain #Cypel | NYR Daily | The New York Review of Books
    http://www.nybooks.com/daily/2017/07/05/macrons-california-revolution

    Among the many ideas put forward by Emmanuel Macron, the new French president, was to institute an annual speech to the French parliament, a sort of State of the Union à la française. It seems that he couldn’t wait more than ten days after the legislative elections to give it a try. On Monday, in a major speech in the French Parliament, Macron compared his election to a “new start” for a country that is “regaining optimism and hope”; he also introduced a raft of bold proposals for streamlining government. But even bolder than his proposals was the speech itself, and the American-style executive it seemed to usher in.

    Along with the speech, there has been Macron’s quasi-official investiture of his wife, Brigitte, as a highly visible First Lady. And then there are the market-driven economic policies he has endorsed. All this has seemed—from the French point of view—emblematic of Macron’s #fascination with the United States. Or to be more exact, with the California version of the United States, where #Silicon_Valley libertarianism mixes with a general progressivism on social issues—access to education and health care, openness to immigration and minorities, support for gay marriage, efforts to control climate change, etc. Didn’t he declare, on June 15, visiting VivaTech, a technological fair, that he intends to transform #France in “a nation of #start-ups” able to “attract foreign talents”?

    #Etats-Unis

  • “The crucial question concerning capital punishment is not whether people deserve to die for the crimes they commit, but rather whether we deserve to kill.”

    A Presumption of Guilt
    http://www.nybooks.com/articles/2017/07/13/presumption-of-guilt

    “Late one night several years ago, I got out of my car on a dark midtown Atlanta street when a man standing fifteen feet away pointed a gun at me and threatened to “blow my head off.” I’d been parked outside my new apartment in a racially mixed but mostly white neighborhood that I didn’t consider a high-crime area. As the man repeated the threat, I suppressed my first instinct to run and fearfully raised my hands in helpless submission. I begged the man not to shoot me, repeating over and over again, “It’s all right, it’s okay.”

    The man was a uniformed police officer. As a criminal defense attorney, I knew that my survival required careful, strategic thinking. I had to stay calm. I’d just returned home from my law office in a car filled with legal papers, but I knew the officer holding the gun had not stopped me because he thought I was a young professional. Since I was a young, bearded black man dressed casually in jeans, most people would not assume I was a lawyer with a Harvard Law School degree. To the officer threatening to shoot me I looked like someone dangerous and guilty.

    I had been sitting in my beat-up Honda Civic for over a quarter of an hour listening to music that could not be heard outside the vehicle. There was a Sly and the Family Stone retrospective playing on a local radio station that had so engaged me I couldn’t turn the radio off. It had been a long day at work. A neighbor must have been alarmed by the sight of a black man sitting in his car and called the police. My getting out of my car to explain to the police officer that this was my home and nothing criminal was taking place prompted him to pull his weapon.

    Having drawn his weapon, the officer and his partner justified their threat of lethal force by dramatizing their fears and suspicions about me. They threw me on the back of my car, searched it illegally, and kept me on the street for fifteen humiliating minutes while neighbors gathered to view the dangerous criminal in their midst. When no crime was discovered and nothing incriminating turned up in a computerized background check on me, I was told by the two officers to consider myself lucky. While this was said as a taunt, they were right: I was lucky.”