intervenir politiquement dans la théorie, intervenir théoriquement dans la politique

http://revueperiode.net

  • Traitement des violences machistes dans les espaces de politique : pourquoi nous avons droit au débat – ANKER-MAG
    http://anker-mag.org/index.php/2019/07/31/traitement-des-violences-machistes-dans-les-espaces-de-politique-pourquoi

    Il existerait ainsi une ligne acceptable du féminisme : trans-inclusive, pro-travail du sexe, intersectionnelle. Nous ne remettons pas en question ici ces positionnements, mais bien leur édification en dogme. Celle-ci a en effet pour conséquence d’éradiquer purement et simplement toute tentative de discussion politique de ces problématiques féministes. Nous devons pouvoir réfléchir et construire nos positions, pousser la pensée féministe toujours plus loin, nous emparer de ces enjeux de société pour nous émanciper toutes ensemble. Cela demande du temps, mais aussi un climat d’écoute. Celui-ci est notamment mis à mal par les postures identitaires adoptées par nombre d’entre nous, qui nous font nous tenir en permanence sur la défensive.

    La grille de lecture intersectionnelle, par ailleurs utile pour démasquer les mécanismes de domination, peut en effet avoir des effets pervers lorsqu’elle est couplée au néo-libéralisme ambiant. Elle conduit à une individualisation de l’expérience, chacune étant victime d’une articulation unique d’oppressions. Cette situation dominée particulière devient l’identité même de la personne, qu’elle va présenter à elle-même et aux autres comme l’alpha et l’oméga de son positionnement politique. Nous considérons que ces politiques de l’identité sont réductrices et finissent par entraver la discussion, aucune ne pouvant partager le schéma de compréhension de sa voisine.

    Cette valorisation de la souffrance peut entraîner la volonté de se maintenir dans une posture, individuelle ou collective, de victime, sans défense ni agentivité. Shi affirme par ailleurs que “bien qu’il soit important de reconnaître les éléments psychiques du trauma et de la souffrance, il est tout aussi important d’éviter de réifier ceux-ci en tant qu’identité.”

    La réification de la souffrance en tant qu’identité nous maintient donc dans une posture de victime. Dans cette posture et face à un monde qui dénigre la faiblesse, nous sommes amenées à valoriser notre propre vulnérabilité, mais aussi à nous y assigner. “Victime de violence, tu seras fragilisée et nous le serons avec toi.” Adopter la posture de victime sans questionner ses enjeux c’est risquer de ne plus nous autoriser que des comportements correspondant aux stéréotypes de genre.

    Critiquer l’assignation à la vulnérabilité ne revient ni à blâmer le caractère vulnérable d’une personne, ni à rejeter les qualités humaines associées par le système patriarcal à la faiblesse. Ces qualités prônées dans les espaces safe comme la sensibilité, le care (le soin aux autres) ou l’écoute auxquelles les femmes sont socialisées, sont à valoriser. Moquées ou dénigrées, elles sont fondamentales pour la cohésion de nos collectivités, et doivent urgemment être redistribuées par-delà les genres. Cette revalorisation nécessaire doit cependant se garder de nous limiter a priori à ce type de comportements.

    #féminisme #justice #safe #politique_des_identités

    • Je ne comprends pas tout mais ça a l’air bien.

      La souffrance individuelle (et collective) est-elle un critère politique ? – Période
      http://revueperiode.net/definir-ma-propre-oppression-le-neoliberalisme-et-la-revendication-de-

      Dans cet article, je vais d’abord brièvement examiner la logique et les implications de l’avènement du néolibéralisme. Je vais montrer que les pressions exercées par l’individualisation produite par le néolibéralisme ont engendré un climat politique dans lequel la revendication de l’émancipation sonne comme une demande de déstigmatisation et de visibilisation des identités opprimées. Nous explorerons cela à travers le prisme de « l’intersectionnalité », en tant que nouveau visage des politiques de l’identité. L’atomisation de la lutte politique et les pressions exercées sur notre appréhension de l’action collective ont bâti un espace où la prévalence du trauma individuel devient la seule manière de concevoir ce que l’on a en commun. Afin d’aller au-delà de cela, il est nécessaire de ressusciter la saillance politique du collectif comme construction intentionnelle. De cette manière, nous pouvons à nouveau concevoir la solidarité collective comme un produit de l’agentivité humaine en opposition à la solidarité produite de fait par les structures de domination.

    • Et ce texte beaucoup plus naïf, qui raconte la découverte de ce qui ne s’appelle pas encore partout « intersectionnalité », découverte enthousiasmante et intrigante.

      gendertrouble.org : : Lignes de fracture
      https://gendertrouble.boum.org/print_article193e68f.html

      Faut-il prioriser l’attention qui sera donnée à certaines de ces oppressions ? Selon quels critères ? Que fait-on de tout ça, de ces axes qui se croisent, dessinant une carte des oppressions où chacun-e est « quelque part » l’oppresseur-e d’un-e autre ? Peut-on multiplier à l’envi les catégories de l’oppression, d’après les besoins qui sont exprimés par les personnes concernées, quitte à redevenir des atomes qui parlent chacun-e depuis une catégorie, masculine cisgenre racisée classe moyenne gaie valide, ou féminine transgenre mais cissexuelle lesbienne blanche chômeuse handi sans capital économique mais avec un capital culturel, et la liste n’est pas close ?

      Cette réflexion ne risque-t-elle pas de se perdre dans les cogitations et le maniement de pincettes d’une élite politique ultra-conscientisée, qui se coupe un bras chaque fois qu’elle avance un peu plus sur cette voie ? Ailleurs (et faut-il rappeler qu’ailleurs est vaste ?) c’est le plus souvent « chacun-e sa merde », dans un esprit libéral universaliste actuel où nous nous voyons garanti-e-s en droit une pseudo-égalité. Comment s’attaquer à ça ? Comment remonter d’un cran la cible de nos attaques, à travers une réflexion plus générale sur les normes (les normes identitaires et les normes des relations entre nous) et la manière dont nous nous en faisons le relais, actif ou passif... sans pour autant nier la spécificité de l’expérience et de la réflexion de groupes minorisés sur le caractère tangible, intrusif et violent de certaines de ces normes ?

  • L’hégémonie de la race : de Gramsci à Lacan. Entretien avec Richard Seymour – Revue Période @periode
    http://revueperiode.net/lhegemonie-de-la-race-de-gramsci-a-lacan-entretien-avec-richard-seymou

    Même dans ses interprétations les plus sophistiquées, le #marxisme a une fâcheuse tendance à lire le #racisme de façon instrumentale. Telle idéologie est adoptée par une série d’acteurs parce qu’elle est conforme à certains intérêts, parce qu’elle consolide une forme ou une autre d’hégémonie, parce qu’elle entretient des privilèges blancs. Pour le journaliste et chercheur indépendant Richard Seymour, ces explications sont insuffisantes. Issu d’un parcours militant au sein de la gauche révolutionnaire, Seymour montre dans cet entretien combien il est fâcheux pour les marxistes de rationaliser à outrance les comportements parfois les plus irrationnels, tels que les lynchages, les formes de violence de masse racistes. Pour faire face à ce défi théorique, il convoque Poulantzas, Stuart Hall et même Lacan. Au-delà de ces préoccupations, Seymour nous propose ici une véritable leçon de rectification, d’autocritique, pour être à la hauteur de la contre-révolution préventive des classes dominantes.

  • Notes contre la prison
    Antonin Bernanos

    ... la prison, mise à distance au cours des dernières décennies, revient dans les parcours de lutte des différents acteurs du mouvement social (militants révolutionnaires, anti-autoritaires, antifascistes, syndicalistes, zadistes, ou encore au sein des luttes aux côtés des migrants ou contre les lois antisquat) ; la prison est en passe de devenir une méthode normalisée pour mater la contestation sociale.

    Pourtant si les peines de prison semblent se banaliser pour les militants des différents champs de lutte, la question de sa légitimité, de son existence et du combat qui doit lui être opposé ne semble pas s’imposer comme une évidence.

    ... d’un côté, la précarisation et l’enfermement des populations non blanches ; d’un autre côté, la nécessité d’écraser toute contestation non domestiquée aux « réformes » néolibérales. (...) il faut commencer à (...) démystifier la prison, en commençant par reconnaître qu’elle est parmi nous et qu’elle pèse sur nos luttes, directement.

    http://revueperiode.net/notes-contre-la-prison

    #prison #prolétariat #incarcération #luttes #précarisation #enfermement #répression #loi_travail #bernanos #zad #gilets_jaunes #Urgence_Notre_Police_Assassine #justice #police

  • La souffrance individuelle (et collective) est-elle un critère politique ? – Chi-Chi Shi
    http://revueperiode.net/definir-ma-propre-oppression-le-neoliberalisme-et-la-revendication-de-

    De bien des manières, le défi radical que constituaient les politiques de l’identité a été désarmé et subsumé sous la valorisation néolibéraliste de la différence individuelle. Sans théorie explicative de l’identité, les identités apparaissent comme déjà constituées, des fac-similés cristallisés de la lutte sociale. Séparées de l’histoire matérielle de l’identité, les politiques de l’identité deviennent complices de la diversification du capitalisme.

    C’est ce que montre l’injonction à en finir avec le « classisme » en tant que discrimination contre les membres de la classe ouvrière, une tentative erronée de saisir la manière dont les rapports de domination fonctionnent au travers de la classe. Le « classisme » est un symptôme d’une société capitaliste fondée sur l’exploitation de classe. Se focaliser sur les effets culturels de l’identité mène à une analyse dématérialisée qui ne peut appréhender le système de classes comme étant nécessaire à l’exploitation du travail, plutôt qu’en termes d’identité dénigrée qui doit être libérée. Cela s’ancre dans la logique sociale et politique du néolibéralisme qui traite les forces marchandes du capitalisme comme étant inévitables et incontestables. La prévalence des glissements discursifs vers une explication de l’oppression en termes de préjugés et de stigmates, ce qu’illustre le langage du classisme, s’inscrit dans cette naturalisation. Cela dissocie l’oppression d’une analyse systémique utile reconnaissant la fonction systémique cruciale jouée par l’oppression. En conséquence, cela naturalise les systèmes d’oppression. Le classisme en est l’exemple le plus évident. Selon cette analyse, les pauvres et les membres de la classe ouvrière souffrent à cause de l’attitude des membres des classes moyennes et supérieures envers eux, et non parce qu’ils sont exploités par les modes de production capitalistes. Les inégalités de richesse et de revenus sont imputées aux préjugés : « le classisme est un traitement différencié en raison de la classe sociale ou de la classe sociale perçue. Le classisme est l’oppression systématique des groupes des classes subordonnées pour avantager et renforcer les groupes des classes dominantes. C’est l’assignation systématique des caractéristiques de valeur et de capacité basées sur la classe sociale41 ».

    L’organisation Class Action a son propre slogan : « bâtir des ponts pour réduire la fracture de classe », situant la discrimination de classe dans les relations interpersonnelles qui découlent des caractéristiques systémiques des préjugés. Au lieu d’abolir les rapports de classe, le classisme met l’accent sur l’atténuation des effets individuels des rapports de classe, comme « se sentir inférieur aux membres des classes supérieures ». Au lieu d’exiger le démantèlement du système de classes capitaliste, Class Action met l’accent sur la reconnaissance de la souffrance causée par les relations interpersonnelles comme solution à l’inégalité, aplanissant la fonction de la race, de la classe et du genre en les égalisant par le prisme de l’identité descriptive.

    Je ne remets pas en question le fait que la souffrance qui marque la vie des sujets opprimés doive jouer un rôle dans la résistance à l’oppression. Toutefois, la tendance au culturalisme dont font preuve les politiques de l’identité contemporaines mène à concevoir la résistance comme tournée vers l’intérieur, vers les symptômes de l’oppression et à un éloignement des causes systémiques. Ce repli sur soi s’incarne dans la popularité de la théorie du privilège. La théorie du privilège est un exemple de la manière dont les inégalités structurelles sont situées dans les positions individuelles des sujets. La conception qu’a Peggy McIntosh du privilège blanc se situe au fondement à la compréhension actuelle. Elle compile une liste de 50 bénéfices quotidiens du privilège blanc : « J’en suis venue à voir le privilège blanc comme un ensemble invisible d’atouts immérités que je peux encaisser chaque jour, mais desquels je demeure inconsciente42 ». Le concept de privilège personnel comme « avantage immérité (…) à cause de la discrimination » est devenu omniprésent dans le discours des politiques de l’identité43. L’expression « Check your privilege » est devenue un cri de ralliement politique, laissant entendre que la résistance doit débuter par la reconnaissance de la position personnelle de chacun au sein du système.

    #identité #politique_de_l'identité #théorie_du_privilège

    Edit #privilège_blanc #intersectionnalité #individualisation

    Reste étonné par ce glissé/collé là : le #classisme vu comme représentation redoublant un stigmate, #stigmatisation et donc utilisable comme catégorie négative, voire insulte à destination de suppôts de l’oppression, plutôt que le classisme (d’antan ?), position de classe, position théorique revendiquée. Un effet de la pullulation universitaire ?

  • En défense de la sauvagerie | #Andreas_Malm
    http://revueperiode.net/nature-maronne-et-nature-partisane-pour-une-liberation-du-monde

    Le fait que les idées dominantes sur la #nature sauvage sont celles de la classe dominante n’est pas plus une raison de se débarrasser de cette catégorie que de la démocratie, de la liberté ou de la justice. Nous pouvons sans doute développer une théorie marxiste de la nature sauvage : si le marxisme est tout-puissant parce qu’il est dans le vrai, alors il devrait également inclure cette partie du monde. Peut-il également y avoir une théorie cosmopolite de la nature sauvage ? Peut-il y avoir un culte de la nature sauvage chez les pauvres ? Pourrait-il y avoir un point de convergence de la nature sauvage et de la justice ? Est-il possible de dégager une politique et une esthétique de la vie sauvage des derniers siècles voire même des derniers millénaires de lutte entre les classes ? Je crois que nous pouvons répondre à toutes ces questions par l’affirmative. Ce que je vais faire ici, c’est partager quelques éléments d’un projet de recherche visant à exhumer une tradition enfouie de pratiques et d’idées de la nature sauvage subalterne, à partir d’exemples issus des toutes premières formations étatiques jusqu’à la phase actuelle du capitalisme tardif (late-late capitalism).

    En quoi cela a-t-il un quelconque intérêt ? Premièrement, il s’agit d’un aspect de l’#histoire par en bas qui n’a pas été cerné et exploré de façon systématique, et ce fait en soi le rend intéressant pour le matérialisme historique. Deuxièmement, nous habitons un monde qui se réchauffe rapidement, ce qui ravage les espaces à l’état sauvage et nous devons savoir ce qui est en jeu. De la même manière, nous habitons un monde dans lequel les zones sauvages qui demeurent encore subissent l’assaut d’entreprises impatientes : nous avons besoin d’idées pour mener ces luttes de résistance là aussi. En retrouvant une histoire populaire de la nature sauvage, nous pouvons — peut-être — en apprendre davantage sur les pertes auxquelles nous sommes confrontés et sur les raisons de lutter pour ce qui reste et ce qui peut être reconquis. Troisièmement et dernièrement, nous ne devrions pas abandonner l’esthétique : ce que nous perdons lorsque nous perdons la nature sauvage concerne en partie la beauté. Les marxistes, tout autant que n’importe quelle autre personne, ont besoin de l’apprécier.

  • Black marxism : pour une politique de l’inimaginable – Période
    http://revueperiode.net/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable

    En conclusion de ses deux œuvres majeures, Frantz Fanon suggère une sorte d’ouverture. « Le véritable saut », nous dit-il à la fin de Peau noire, masques blancs, « consiste à introduire l’invention dans l’existence ». Fanon revient sur cette question de l’invention dans Les Damnés de la terre, où il déclare, une fois de plus en conclusion, que pour faire progresser l’humanité, « il faut inventer, il faut découvrir (…) il faut (…) développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pieds un homme neuf ». Fanon s’intéresse à l’émergence d’un homme nouveau qui existerait dans un monde nouveau, mais comme processus de transformation toujours à l’œuvre plutôt que comme moment constituant. Toujours dans Peau noire, masques blancs, il nous avise du fait que « dans le monde où je m’achemine, je me crée interminablement ». « Se créer interminablement » signifie moins se créer dans un but donné (la forme définitive de l’homme nouveau, la démocratie de masse) que dans le sens d’une orientation expérimentale tournée vers le social. Fanon n’insinue pas qu’il s’agît d’un saut qui relèverait de la foi, même s’il s’agit bien d’un saut dans l’inconnu.

    #marxisme (par delà le) #colonialité (briser les liens de la) #imaginaire (en politique) #CLR_James #Amilcar_Cabral

  • « Depuis l’invention de la photographie, l’impérialisme a fait des films pour empêcher ceux qu’il opprimait d’en faire. » – Période
    http://revueperiode.net/depuis-linvention-de-la-photographie-limperialisme-a-fait-des-films-po

    Les convictions pro-palestiniennes de Jean-Luc Godard n’ont cessé d’accompagner son travail cinématographique, ce qui a valu au réalisateur d’être souvent malmené par la réaction. Dans ce texte de 1970, à l’époque la plus militante de l’oeuvre godardienne, il est question de la production d’un film sur les combattants palestiniens dans un camp d’Amman en Jordanie, initialement intitulé Jusqu’à la victoire. Si le « groupe Dziga Vertov » n’a pas exploité ses images, Godard et Anne-Marie Miéville en ont proposé un montage dans le puissant Ici et ailleurs. Ce dernier film a ceci de singulier qu’il interroge la possibilité même de montrer la révolution palestinienne ; il pose le problème du montage, des effets idéologiques des appareils de prise de vue ; il questionne ce qu’est « faire un film politique », ce qu’est un rapport d’images politique. Le texte republié ici a ceci de fascinant qu’il pose une grande partie de ces enjeux, tout en proposant une lecture anti-impérialiste du cinéma et des circuits de diffusion. « Il faut étudier et enquêter, enregistrer cette enquête et cette étude, ensuite montrer le résultat (le montage) à d’autre combattants. Montrer le combat des fedayin à leurs frères arabes exploités par les patrons dans les usines en France. Montrer les miliciennes du Fath à leurs sœurs des Black Panthers pourchassées par le FBI. Tourner politiquement un film. Le montrer politiquement. Le diffuser politiquement. C’est long et difficile. C’est résoudre chaque jour un problème concret. »

    #cinéma #Palestine #imaginaire (en politique)

  • [Guide de lecture] #Photographie – Période
    http://revueperiode.net/guide-de-lecture-photographie

    La photographie est un objet d’#étude particulièrement instable, qui se situe quelque part entre la peinture et le film, l’art, la science et le travail. De plus, les concepts marxistes – marchandise, classe et idéologie – ont façonné une grande partie de l’historiographie universitaire, sans pour autant que les études produites soient nécessairement sciemment marxistes. Par exemple, comment caractériser une #œuvre aussi importante qu’Images malgré tout de Georges Didi-Huberman (2003) ou encore certaines des meilleures histoires sociales de la photographie telles que A.A.E. Disdéri and the Cartes de Visite Portrait Photograph (1985) d’Elizabeth Anne McCauley, ou son Industrial Madness : Commercial Photography in Paris, 1848-71 (1996) ? Il serait impossible d’exposer l’ensemble des éléments en jeu dans le cadre d’une bibliographie marxiste du sujet et je me suis donc limité aux auteurs qui s’identifient comme marxistes, ou du moins qui s’identifiaient eux-mêmes comme tels au moment de la rédaction de leurs études. Cela dit, ce qui va suivre est sans aucun doute moins strict qu’il n’y paraît.

  • La prison est désormais une réalité massive pour les subalternes des métropoles occidentales. Dans cet entretien mené par Clément Petitjean, Ruth W. Gilmore propose une analyse saisissante des mutations de l’emprisonnement aux États-Unis. En s’appuyant sur les concepts de la géographie marxiste, elle montre que l’essor des établissements pénitenciers en Californie répond à la crise conjointe du capitalisme et de l’État social ; déconstruisant tous les amortisseurs sociaux de l’après-guerre, les politiques publiques ont fait de la prison l’unique institution de prise en charge et de gestion des populations excédentaires. Sans se contenter de dresser un tableau glaçant des rapports de classe tels qu’ils existent aujourd’hui, Gilmore donne à voir la fécondité et l’inventivité des luttes anticarcérales. Forte de son expérience militante, elle montre ce que veut concrètement dire l’abolitionnisme carcéral : une pratique de désobéissance, sur tous les fronts, capable d’enrayer la terrible industrie carcérale.
    http://revueperiode.net/le-role-de-la-prison-dans-la-lutte-des-classes-entretien-avec-ruth-w-g

  • [Guide de lecture] Autonomies italiennes – Période
    http://revueperiode.net/guide-de-lecture-autonomies-italiennes

    Du soutien à la ZAD aux luttes contre les violences policières en passant par le mouvement « contre la loi travail et son monde » et l’antifascisme, l’ autonomie italienne des années 1970 est devenue la référence centrale d’une nouvelle constellation militante. La définition de cette « autonomie » est cependant pour le moins malaisée. On ne saurait en effet la circonscrire à des limites temporelles (1973-1977), organisationnelles (Potere Operaio, Lotta Continua, les groupes armés) ou stratégiques (le refus du travail et l’autovalorisation) sans en appauvrir le contenu. C’est pourquoi Julien Allavena et Azad Mardirossian proposent, dans ce guide de lecture sans équivalent en français, de saisir l’autonomie comme une pratique de masse. L’antagonisme ouvrier et le féminisme, les expérimentations contre-culturelles et les révoltes carcérales, les luttes urbaines, l’agitation étudiante et la lutte armée s’y composent en un archipel insurrectionnel dont l’hétérogénéité même dessine les contours d’un communisme en actes.

    #autonomie #Italie #bibliographie #histoire

    • ​Dix années d’autonomies en Italie, 1968-1978 : une introduction, Julien Allavena, Grozeille
      https://grozeille.co/autonomie-italie

      Le mouvement « contre la loi travail et son monde » a suscité un enthousiasme certain pour la redécouverte de la séquence dite de « l’autonomie italienne ». Alors que le deuil de 1917 est encore difficile pour une grande partie de la gauche radicale, ces événements fournissent un ensemble de coordonnées à partir desquelles repenser les formes de la révolution aujourd’hui. La parution de la traduction française de La Horde d’or a grandement nourri cette démarche, de même que la publication du témoignage d’Alessandro Stella, Années de rêves et de plomb. Toutes deux viennent s’ajouter à un ensemble de ressources constituées de textes diffusés par l’intermédiaire d’infokiosques et d’archives numériques2, d’articles de relecture3, et des quatre principaux ouvrages disponibles sur la question : Autonomie ! de Marcello Tarì chez La Fabrique, Les Autoréductions de Yann Collonges et Pierre-Georges Randal chez Entremonde, Mai 1968 et le Mai rampant italien de Jacques Guigou et Jacques Wajnsztejn chez L’Harmattan, « Ceci n’est pas un programmes » dans le Tiqqun 2.

      Le présent article est entièrement redevable envers toutes ces productions. Il prétend officier comme un vademecum historique sur la période, se proposant d’en éclaircir les grandes lignes afin de permettre des réflexions ou des recherches plus approfondies. Il vise à répondre sommairement à la question : à quelles expériences fait-on principalement référence lorsqu’on parle d’ « autonomie italienne » ?

      Au commencement était l’émeute ?
      On peut dire que le phénomène révélateur des nouvelles réalités sociales et dispositions politiques qui ouvrent la voie à l’autonomie en Italie est l’émeute de Piazza Statuto en 1962.

      #autonomie Voir aussi #La_Horde_d'Or

  • L’art est-il une marchandise ? – Période

    http://revueperiode.net/lart-est-il-une-marchandise

    Quel rapport art et capitalisme entretiennent-ils ? Cette question a été au centre des réflexions des théoriciens du « marxisme occidental » au long du XXe siècle. Mais là où leur attention s’est presque exclusivement focalisée sur les phénomènes de circulation et de marchandisation de l’art, Dave Beech, dans Art and Value, dont nous traduisons ici l’introduction, nous invite à réinscrire cette problématique dans le cadre des débats sur la transition au capitalisme en tant que mode de production spécifique. Et là où les réflexions se sont jusqu’à présent essentiellement concentrées sur le rôle de la culture dans le capitalisme, Beech souligne la nécessité d’engager le projet d’une véritable analyse économique de l’art, de ses relations au capital davantage encore qu’au capitalisme en général.

    #art #capitale #marchandisation

  • Syndicalisme, sexualités et antiracisme au pays de l’Oncle Sam. Les États-Unis de Daniel Guérin – Période

    http://revueperiode.net/syndicalisme-sexualites-et-antiracisme-au-pays-de-loncle-sam-les-etats

    Quoique laissent penser certains discours encore trop répandus dans la gauche radicale, la question des rapports politiques à nouer entre les luttes contre le capitalisme, contre le racisme et contre l’hétéronormativité n’est pas neuve. En France, elle a notamment été posée dès les années 1950 par Daniel Guérin – figure majeure du mouvement ouvrier comme du combat homosexuel et anticolonial – dans l’ouvrage qu’il rédigea suite à son séjour étatsunien : Où va le peuple américain. Revenant sur cet ouvrage, Selim Nadi fait apparaître ici les grandes lignes d’une politique d’émancipation unitaire qui, parce qu’elle n’abstrait jamais la question raciale et la question sexuelle des rapports sociaux de classe, s’avère constituer une « source d’inspiration inépuisable pour la gauche anticapitaliste ».

    #états-unis #narration

  • #Race et #communisme : entretien avec Evan Smith – Période
    http://revueperiode.net/race-et-communisme-entretien-avec-evan-smith

    Les liens entre antiracisme et mouvements d’inspiration marxiste et communiste en Grande-Bretagne ont de quoi surprendre l’observateur francophone. Il existe depuis les années 1970 des liens organiques entre black power, théorisation en terme de race relations et les intellectuels et militants communistes. Pour comprendre cette singularité, Evan Smith évoque dans cet interview la trajectoire du Parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB) et son approche vis-à-vis des campagnes antiracistes. Des grandes confrontations antifascistes des années 1930 jusqu’à ses interventions plus prudentes des années 1970 au contact des organisations de travailleurs indiens ou caribéens, le CPGB n’a cessé d’être un point de référence pour l’ensemble de la gauche révolutionnaire dans leur recherche de nouvelles façons de penser la race et le racisme. Smith décrit aussi l’apport de nouvelles générations intellectuelles dans les années 1970, notamment Stuart Hall, qui ont refondé la pensée antiraciste à partir de Gramsci, Althusser et de l’eurocommunisme. C’est une belle esquisse des confrontations et des débats entre mouvements communistes et luttes immigrées autonomes, qui auraient notamment pu éviter aux mouvements sociaux de France leur longue indigence et leur retard considérable sur ces questions.

  • #Althusser et le #meurtre d’Hélène Rytmann – Période
    http://revueperiode.net/althusser-et-le-meurtre-dhelene-rytmann

    Le meurtre d’Hélène Rytmann par Louis Althusser est une tragédie qui a trop longtemps été balayée d’un revers de main par la gauche althussérienne. L’apport de Rytmann dans la trajectoire du philosophe est honteusement ignoré. Le meurtre est entièrement mis sur le compte de la démence, et celle-ci ne fait l’objet d’aucune analyse attentive. Refusant cette posture de déni, Richard Seymour mobilise l’éthique de la psychanalyse pensée par Lacan pour relire le féminicide et l’inscrire dans un cas singulier. Loin de déresponsabiliser Althusser, la clinique s’avère être la seule approche à même de donner sens et gravité à un passage à l’acte, de pouvoir se déclarer coupable. Cette réflexion est aussi une leçon de chose sur la brutalité et l’aberration de la psychiatrisation du crime.

    #féminicide

    • C’est ce qu’on appel un pervers narcissique et une relation d’emprise. Il est décrit avec beaucoup d’atténuation de son acte tout le long de ce texte
      par exemple :

      Selon Elizabeth Roudinesco, si l’on avait donné à Althusser l’occasion de témoigner, il aurait déclaré être coupable du meurtre de sa femme, et porter pleinement le fardeau de cette responsabilité.

      Ca coute rien d’affirmer une telle chose et ca rapporte beaucoup, surtout si c’est une femme qui le dit, c’est une double ration de cookies pour Richard et althussmachin.

      Sa relation avec Rytmann relevait de l’éblouissement, et il tentait de lui rendre son amour « comme une offrande religieuse, comme je l’avais fait pour ma mère » : une idéalisation qui, bien sûr, était profondément ambivalente. Il voulait tout d’elle :

      Il doit faire référence à l’éblouissement des phares d’une voiture te roule dessus, sinon je voie pas trop l’éblouissement dans le « il voulait tout d’elle », Il voulait tout d’elle et il lui a tout pris. Et ce Richard appel ca de l’ #amour
      Pour l’idéalisation de sa mère et ses offrandes ridicules c’est pas ambivalent, c’est du poison de A à Z, il y a pas un coté cool et un coté pas cool à cette béatification haineuse de sa mère puis de Rytmann, il y a que des cotés toxiques.

      Il n’est pas nécessaire de croire que Rytmann était plus « gentille » dans leur relation que ne l’était Althusser, ce qui reviendrait à reconduire une version du mensonge patriarcal selon lequel « les femmes sont plus gentilles que les hommes ». D’après tous les témoignages, ils se tourmentaient l’un l’autre et faisaient chacun les frais de la maladie de l’autre.

      C’est la seule mention du patriarcat dans le texte de Richard, ce qui révèle un bel opportunisme. Allez savoir comment juger si elle était PLUS ou pas PLUS gentille que althusschose mais on s’en fiche.

      C’est aussi plein de fatras freudien sur la mère qui à un enfant-penis et la peur de la castration de ce monsieur que comprend bien Richard. Qui d’un coté se plein de toute puissance simultanément dit qu’il est tout castré. Comme ca il à le beurre, l’argent du beurre et la peau de la crémière. C’est un pauvre petit grand homme. Quoi que tu dise ou que tu fasse il saura se faire plaindre.

      Tout en prétendant rendre hommage à Rytmann, ce Richard fait tout le contraire et dépolitise complètement le féminicide et la responsabilité d’Althusser pour noyer tout ca dans une soupe psychanalytique phallocrate et de l’individualisme libéral pour faire la pub de l’integral de l’oeuvre phallosophique d’Altusstruc.
      #fraternité #euphémisation #violence_masculine #couple #phallosophie #grand_homme

    • Son autobiographie, écrite en 1985, expose les caractéristiques de sa psychose : l’expérience d’un vide subjectif, de n’avoir pas de réalité intransitive, d’une existence qui soit en fait une ruse, est cristallisée dans sa (fausse) revendication de charlatanerie intellectuelle. Il explique par exemple qu’il n’a jamais lu les auteurs qu’il cite.

      et plus loin

      Elle façonna toutes ses idées politiques, même lorsqu’il rompit avec le PCF au cours des critiques années 1970. En réalité, Rytmann a sans doute contribué à certains des articles politiques publiés sous le nom de Louis Althusser. Nombre d’éléments attestent que la cinglante polémique qu’Althusser mena avec la direction du PCF au cours des années 1970 porte sa marque mordante — bien que K. S. Karol, dans ses souvenirs des Althusser, n’en dise pas mot.

      Si lui même dit qu’il est un imposteur intellectuel et que il est avéré que Rytmann à contribué, allez savoir quand il dit qu’il veut tout d’elle, jusqu’où il a pu aller.

  • #Gramsci géographe : entretien avec Stefan Kipfer – Période

    http://revueperiode.net/gramsci-geographe-entretien-avec-stefan-kipfer

    Dans cet entretien, Stefan Kipfer réalise un tour de force. Non content d’avoir proposé un agenda profondément novateur en géographie critique, en associant Fanon et Lefebvre, Kipfer s’attaque cette fois à Gramsci. Prenant le contre-pied de la focalisation temporelle de Gramsci, autour du concept d’historicisme, le géographe montre l’immense potentiel que le philosophe communiste recèle pour penser l’espace. Jonglant brillamment avec les études gramsciennes sur la question méridionale, sur l’impact de l’urbain ou du rural dans le développement du fascisme, Kipfer n’oublie pas non plus d’aborder toute la littérature secondaire qui a permis de tirer de précieux enseignements sur Gramsci et la postcolonialité, la race et le nationalisme. De ce fait, Kipfer apporte un éclairage particulièrement neuf sur des sujets aussi divers que la géographie populiste de Christophe Guilluy, les révolutions arabes de 2011, la racialisation dans la périphérie de l’Europe, le sociologue islamique médiéval Ibn Khaldoun ou encore le rapport Orient-Occident.

    #géographie

  • [Guide de lecture] Opéraïsmes – Période
    http://revueperiode.net/guide-de-lecture-operaismes

    Parce qu’il a su relier l’exigence théorique et l’intervention pratique, l’autonomie des luttes et les perspectives stratégiques, l’#opéraïsme fait aujourd’hui l’objet d’un vif intérêt dans différents secteurs de la gauche radicale. Pourtant, le faible nombre de traductions disponibles comme la richesse de cette tradition hétérodoxe du marxisme italien contribuent à en gêner l’appropriation créative. On réduit encore trop souvent l’opéraïsme à un courant homogène, que l’évocation de quelques grands noms (Mario Tronti, Toni Negri) ou l’invocation de quelques concepts clés (composition de classe, refus du travail) suffiraient à cerner. Par contraste, c’est à la diversité interne de l’expérience opéraïste qu’entendent ici rendre justice Julien Allavena et Davide Gallo Lassere. De la scission des Quaderni rossi aux débats que suscita l’émergence de nouvelles figures de la lutte des classes dans les années 1970, en passant par l’enquête ouvrière et la lecture de Marx, c’est une ligne de conduite intellectuelle et politique en perpétuel renouvellement qu’ils donnent à voir dans ce guide de lecture, qu’en complèteront bientôt deux autres consacrés à l’autonomie et au post-opéraïsme.

    #Italie #marxisme

  • Gramsci géographe : entretien avec Stefan Kipfer – Quelques observations sur les révoltes arabes
    Période
    http://revueperiode.net/gramsci-geographe-entretien-avec-stefan-kipfer

    En quel sens les révolutions de 2011 en Égypte et en Tunisie te semblent-elles pouvoir être analysées à travers le prisme de « l’historicisme spatial » de Gramsci ?

    À l’époque, deux choses m’ont frappé quant à la couverture des médias euro-américains vis-à-vis des soulèvements tunisiens et égyptiens qui ont chassé les dictateurs Ben Ali et Mubarak. Donnant la parole aux soutiens étasuniens et français officiels des régimes en place et à l’hostilité concomitante envers les rebelles, cette couverture médiatique avait bien souvent une connotation raciste-civilisationnelle. Par conséquent, le soulèvement a été perçu comme le reflet des contradictions intemporelles, mais explosives, de la « rue arabe » (une passivité fataliste alternant, de manière imprévisible, avec un fanatisme violent), qui, dans cette vision orientaliste, rendait la domination autoritaire nécessaire au Moyen-Orient. Cette représentation (tout comme les simplicités journalistiques basiques) explique la focale de la couverture médiatique sur les squares et les rues, alors invoqués par les mobilisations de masse : les squares de Tahrir et de Kasbah au Caire et à Tunis, tout comme l’Avenue Habib Bourguiba à Tunis.

    Ce parti pris envers les centres-ville a également été au cœur de certains travaux universitaires bien plus enthousiastes concernant les révolutions politiques de 2011 en Tunisie et en Égypte. Certaines de ces (souvent très bonnes) analyses nous ont permis de voir ces révoltes comme la première (ou peut-être la seconde, après les mobilisations de 2009 en Iran) étape dans une séquence transnationale des révoltes de « squares et de rues » s’étendant au-delà de la Méditerranée (en Grèce et en Espagne) et de l’Atlantique (aux États-Unis, au Canada et au Brésil) puis accomplissant le chemin inverse (Turquie). Afin de rectifier cette lecture à sens unique, Gramsci nous invite à faire deux choses : (1) remplacer les lectures culturalistes des révolutions par des analyses conjoncturelles du changement et de la continuité historiques ; et (2) élargir les lectures étroitement urbaines (c’est-à-dire des métropoles et des grandes villes) par des analyses multiscalaires des révoltes de centres-ville, au sein desquelles la question nationale garde son importance. Ainsi, les soulèvements tunisiens et égyptiens surgissent dans une conjoncture historique marquée par une crise qui combine plusieurs échelles et espaces et articule un éventail de rythmes historiques différents.

    Historiquement, les revendications de « dignité » (pour parler comme Sadri Khiari14) exprimaient la crise politique finale des régimes d’ajustement structurel (et de leurs soutiens impérialistes). En 2010, la capacité de ces régimes à gouverner a été vidée de sa substance par des formes absurdement personnalisées de corruption, ainsi que par la confiance et les capacités collectives de toute une série de contestations précédant 2010-2011 (et qui furent souvent négligés par les médias). Depuis les années 1980, ces régimes avaient déjà reformulé les contradictions de la période nationaliste des années 1950 et 1960 qui avaient atteint leur point cardinal dans les années 1970. Dans cette vision à plus long terme, on perçoit plus clairement les dimensions impérialistes et néocoloniales comparativement plus spécifiques qui ont façonné les récentes révoltes tunisiennes et égyptiennes.

    Géographiquement, on pourrait dire avec Gramsci (ainsi qu’avec Lefebvre) que les aspects les plus visibles des soulèvements — les mobilisations dans les rues de Tunis et du Caire — étaient en eux-mêmes les produits de vastes géographies de lutte. Les manifestants revendiquaient un « droit à la ville » non pas parce qu’ils provenaient de ou souhaitaient l’occupation permanente de l’espace principal des deux capitales, mais parce qu’ils incarnaient des revendications vis-à-vis du pouvoir politique qui exprimaient une convergence des luttes : des grèves et des manifestations dans d’autres quartiers métropolitains ainsi que des espaces sociaux dans les zones périphériques. En Tunisie, les zones les plus connues sont les districts miniers et les villes agricoles situées dans le centre géographique de ce pays au développement très inégal : les secteurs dans et autour de Sidi Bouzid et Gafsa, où les soulèvements débutèrent avant d’atteindre les zones côtières à l’Est (Sfax) et au Nord-Est (Tunis) du pays).

  • #Gramsci géographe : entretien avec Stefan Kipfer

    Dans cet entretien, Stefan Kipfer réalise un tour de force. Non content d’avoir proposé un agenda profondément novateur en géographie critique, en associant Fanon et Lefebvre, Kipfer s’attaque cette fois à Gramsci. Prenant le contre-pied de la focalisation temporelle de Gramsci, autour du concept d’historicisme, le géographe montre l’immense potentiel que le philosophe communiste recèle pour penser l’espace. Jonglant brillamment avec les études gramsciennes sur la question méridionale, sur l’impact de l’urbain ou du rural dans le développement du fascisme, Kipfer n’oublie pas non plus d’aborder toute la littérature secondaire qui a permis de tirer de précieux enseignements sur Gramsci et la postcolonialité, la race et le nationalisme. De ce fait, Kipfer apporte un éclairage particulièrement neuf sur des sujets aussi divers que la géographie populiste de Christophe Guilluy, les révolutions arabes de 2011, la racialisation dans la périphérie de l’Europe, le sociologue islamique médiéval Ibn Khaldoun ou encore le rapport Orient-Occident. L’hégémonie ne s’avère pas seulement être une hypothèse parmi d’autres de l’histoire intellectuelle progressiste : il représente sans aucun doute l’un des agendas les plus féconds pour le subalternes aujourd’hui.

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    #géographie
    cc @albertocampiphoto

  • Les marqueurs grammaticaux sont des marqueurs de pouvoir : grammaire de l’interpellation – Période
    http://revueperiode.net/les-marqueurs-grammaticaux-sont-des-marqueurs-de-pouvoir-grammaire-de-

    Prolongeant ses études sur le langage d’un point de vue marxiste, Jean-Jacques Lecercle propose ici d’approfondir la théorie de l’interpellation. À partir d’Althusser et de son célèbre article sur les appareils idéologiques d’État, le concept d’interpellation popularisé par Judith Butler est censé décrire la façon dont l’idéologie fait de nous des sujets parlants, des sujets situés dans le social et positionnés dans le discours comme sujets d’énonciation. Pour Lecercle, l’interpellation, le fait d’être désigné par la langue parlée ou écrite, suppose une grammaire de l’oppression et de la résistance, une dialectique sémantique et syntaxique qui articule la soumission à l’ordre établi, les formes de reconnaissance sociale et les expressions d’une négation de l’ordre établi. Lecercle conclut cette exposition magistrale par une théorie du style comme jeu incessant d’interpellation et de contre-interpellation. « Le style, c’est la lutte des classes dans la grammaire. »

  • Politique des parias. Sur la racialisation de la classe ouvrière anglaise Satnam Virdee

    En tant qu’Anglais à la peau brune, quelle ne fut pas ma déception devant ce qu’un socialiste, en 2013, avait reconstruit de la vie de la classe ouvrière d’après-guerre : un portrait certes émouvant, mais entièrement blanc. Je n’ai pas vu mes grands-parents dans le tableau peint par Loach, ni les agriculteurs caribéens avec lesquels mon grand-père travaillait et auprès desquels il vivait. En fait, il n’y avait pas un seul Britannique noir ou à la peau foncée de tout le film.

    C’est contre ce genre de vision étriquée de l’histoire de la classe ouvrière que j’ai écrit ce livre.

    http://revueperiode.net/politique-des-parias-sur-la-racialisation-de-la-classe-ouvriere-anglai

    #répression #révolution #Nation #impérialisme #gauche #classe #Black_communism #matérialisme #postcolonialisme #race #sionisme #antifascisme #sexisme #néolibéralisme #islamophobie #racisme