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  • Black Friday : « Amazon tire vers le bas les conditions de travail ...
    https://www.mediapart.fr/journal/economie/261121/black-friday-amazon-tire-vers-le-bas-les-conditions-de-travail-dans-tout-l

    Ce vendredi encore (et toute la semaine qui l’a précédé, car la période de promotion s’est étendue), le site d’Amazon aura connu un pic de fréquentation, et son chiffre d’affaires une hausse fulgurante. L’occasion est belle pour les opposants à tout ce que représente le géant de l’e-commerce : Attac a appelé à cibler particulièrement ce vendredi ce mastodonte qui « incarne une vision du monde en totale contradiction avec la profonde aspiration à une vie décente sur une planète vivable ».

    Mais Amazon est bien installé durablement en France, et pèse désormais, y compris en tant qu’employeur. En 2014, l’entreprise comptait 2 500 salariés en CDI en France, et quatre entrepôts logistiques. Aujourd’hui, ils sont 14 500 salariés permanents répartis sur tout le territoire dans huit entrepôts – le dernier a ouvert cet été à Augny, en Moselle. Il faut donc aussi scruter le géant à travers ses pratiques sociales, et c’est ce que fait David Gaborieau.

    #david_gaborieau #logistique #amazon

  • Pauvreté : 10 % de la population doit être aidée pour manger, du jamais-vu
    https://www.mediapart.fr/journal/france/181121/selon-le-secours-catholique-10-de-la-population-recu-des-aides-alimentaire

    Dans un rapport publié jeudi, le Secours catholique revient sur la précarité des personnes qu’il accompagne. Avec la crise sanitaire, entre 5 et 7 millions de personnes ont eu besoin en 2020 de recourir à l’aide alimentaire.

    #paywall si qq trouve l’article…

    #pauvreté #alimentation #Secours_catholique

    • le rapport du Secours Catholique

      Notre « État de la pauvreté en France 2021 » | Secours Catholique
      https://www.secours-catholique.org/actualites/etat-de-la-pauvrete-en-france-2021

      Le Secours Catholique-Caritas France publie jeudi 18 novembre son rapport statistique annuel État de la pauvreté en France 2021. Constats et analyses sur la précarité issus de l’observation sur l’ensemble du territoire national de plus de 38 800 situations (sur les 777 000 personnes accueillies en 2020).

      Pour son rapport 2021 qui alerte sur la dégradation du niveau de vie des plus pauvres, l’association a complété son étude d’une enquête approfondie sur la question spécifique de l’aide alimentaire et de l’accès à l’alimentation, à travers une enquête menée auprès de 1 088 ménages qui ont eu recours à l’aide alimentaire d’urgence allouée par le Secours Catholique durant le premier confinement, de mars à mai 2020.

      La crise sanitaire a agi comme comme un puissant révélateur d’une insécurité alimentaire déjà bien ancrée pour des millions de Français. La pandémie de Covid-19 a déstabilisé des situations budgétaires déjà très serrées. Quand les maigres ressources baissent alors que les dépenses augmentent (du fait de la fermeture des cantines scolaires ou de l’augmentation des dépenses d’électricité), les privations deviennent dès lors quotidiennes.

      Le Secours Catholique rappelle que la précarité alimentaire est liée à une unique constante : l’insuffisance et l’instabilité des ressources.

      lien vers le rapport (pdf)
      https://www.secours-catholique.org/sites/scinternet/files/publications/rs21.pdf

    • Pauvreté : 10 % de la population doit être aidée pour manger, du jamais-vu
      18 novembre 2021 Par Faïza Zerouala

      Dans un rapport publié jeudi, le Secours catholique revient sur la précarité des personnes qu’il accompagne. Avec la crise sanitaire, entre 5 et 7 millions de personnes ont eu besoin en 2020 de recourir à l’aide alimentaire.

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      Les files d’attente interminables devant les points de distribution alimentaire resteront comme l’image forte de la crise sanitaire de 2020. C’est pourquoi le Secours catholique a choisi, dans son rapport annuel 2020, baptisé « Faim de dignité » et publié ce jeudi 18 novembre (à lire ici), de mettre en lumière la précarité alimentaire.

      En 2020, le Secours catholique a accompagné 777 000 personnes, ce qui permet de dresser un tableau fin de la pauvreté. Si les différents dispositifs d’aide mis en place par le gouvernement ont limité son explosion, la crise liée au Covid-19 a dégradé les conditions de vie des ménages les plus fragiles. Le niveau de vie médian des personnes aidées par le Secours catholique s’établit ainsi à 537 euros, un chiffre en deçà du seuil de pauvreté fixé en 2018 à 1 063 euros.

      En s’appuyant sur les données de la direction générale de la cohésion sociale (DGCS), le Secours catholique rappelle ainsi qu’entre 5 et 7 millions de personnes ont eu besoin de recourir à l’aide alimentaire, soit près de 10 % de la population française. Du jamais-vu en période de paix.
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      Les barrières d’accès à une alimentation saine quand on est pauvre Par Faïza Zerouala

      28 % des foyers interrogés expliquent avoir perdu des revenus pendant le confinement du printemps. Par exemple, 61 % des foyers affirment que la fermeture des écoles et des cantines scolaires a eu des répercussions sur leur budget. « Voilà le baromètre d’une précarité plus sourde, dont les difficultés alimentaires ne sont que la face la plus visible », peut-on lire dans ce rapport.

      Une distribution alimentaire à Paris, le 31 mai 2021. © Fiora Garenzi / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP Une distribution alimentaire à Paris, le 31 mai 2021. © Fiora Garenzi / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
      Le Secours catholique relève aussi que 9 ménages attributaires sur 10 souffrent d’insécurité alimentaire. 27 % de ces ménages rapportent qu’il leur arrive de ne pas s’alimenter pendant une journée entière ou davantage. La population touchée est variée : des familles monoparentales en passant par des retraités, des travailleurs ou des étudiants. Une grande partie d’entre eux indiquent être préoccupés par les conséquences de cette insécurité alimentaire sur leur santé.

      Jean Merckaert, directeur du plaidoyer France au Secours catholique, explique que ce rapport est centré sur la précarité alimentaire parce que l’association a été frappée par la masse de personnes en demande d’aide, beaucoup pour la première fois. « Tout le monde, dans un pays comme le nôtre, s’est habitué à ce que les plus précaires soient nourris comme ça. »

      L’association se félicite d’aider les personnes qui ont pu connaître un basculement ponctuel dans la pauvreté, comme en 2020, mais envisage surtout des solutions structurelles pour lutter contre ces situations délicates. « Pour des personnes en situation de précarité chronique, ce n’est pas notre aide matérielle qui leur permettra de sortir de la pauvreté. Le gouvernement ne fait pas ce distinguo, il a institutionnalisé sous forme de sous-traitance aux associations la protection sociale de l’alimentation », regrette Jean Merckaert.
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      Pour permettre l’accès à une alimentation saine et de qualité, le Secours catholique appelle à des réformes structurelles comme la hausse des minima sociaux, la revalorisation du RSA, la mise en place d’un revenu minimum garanti pour tous les habitants en situation régulière et dès 18 ans, qui serait équivalent à 50 % du niveau de vie médian et accessible de façon le plus automatique possible.

      L’association relève aussi que, parmi son public, un tiers des personnes éligibles au RSA n’en bénéficie pas et un quart de ceux ayant droit à des allocations familiales n’y a pas recours.

      Simone*, 25 ans, étudiante en droit à Lille, est ainsi boursière échelon 7, soit un maximum perçu de 573 euros. Il lui arrive de travailler en parallèle de ses études pour avoir davantage d’argent puisque sa famille ne peut pas l’aider. En ce moment, elle aide une personne dans des démarches administratives.

      La jeune femme « essaie de vivre normalement » mais elle est préoccupée par sa situation financière, « une source d’inquiétude ». En début de mois, elle s’autorise des courses plus onéreuses que d’ordinaire, pour se faire plaisir, mais très vite la réalité se rappelle à elle. « On achète des soupes et des conserves. » Elle s’autorise peu de plaisirs – en dehors d’un abonnement à la salle de sport. Aller boire des verres dans les bars est « hors de prix ». Elle se le permet de temps en temps en début de mois lorsque son compte affiche un solde positif.

      Pour éviter de déprimer, elle explique compter sur l’entraide avec ses amis, eux aussi en difficulté, avec lesquels elle partage des repas, histoire d’égayer le quotidien.

      Avant, j’avais 400 euros de découvert mais là, depuis le 7, je suis à − 1 000 euros. Le mois prochain c’est Noël, je voudrais que mes enfants aient au moins un cadeau chacun.

      Aurore, mère de quatre enfants, bénéficiaire du Secours catholique

      Simone reconnaît qu’elle est précaire mais rechigne à bénéficier de l’aide alimentaire pour la laisser « à ceux qui en ont vraiment besoin », même si elle sait que si elle « n’arrive pas à remonter la pente », elle ira taper à la porte du Secours catholique. L’étudiante se débrouille en faisant ses courses au jour le jour, pour gérer ses dépenses et bénéficier des promotions, notamment pour acheter les produits à la date limite de consommation proche.

      En 2020, alors qu’elle a cumulé quelques dettes de loyer et connu des difficultés pour régler sa facture d’électricité, le Secours catholique l’a aidée à la résorber. Le Crous (œuvres universitaires et scolaires) l’a également aidée avec ses bons alimentaires de 50 euros. Mais elle regrette que cette aide ne soit que « ponctuelle ».

      De son côté, Aurore, 39 ans, mère célibataire de quatre enfants de 6 à 19 ans, a l’habitude de slalomer dans le découvert. Installée en Ariège, elle perçoit le RSA et quelques allocations familiales pour un montant de 1 200 euros par mois. Elle paye, après les aides au logement, 220 euros de loyer.

      Accompagnée par le Secours catholique, pour lequel elle fait quelques heures de bénévolat, elle a quand même des difficultés pour s’en sortir. « Je vis dans le découvert. Avant, j’avais 400 euros de découvert, mais là, depuis le 7, je suis à − 1 000 euros, je ne sais pas comment je vais m’en sortir. Le mois prochain, c’est Noël, je voudrais que mes enfants aient au moins un cadeau chacun », dit la mère de famille.

      N’importe quel imprévu percute son équilibre financier précaire. Les lunettes pour son fils à 400 euros, remboursées à hauteur de 4 euros par la Sécurité sociale, sont payées en quatre fois. Comme les soins vétérinaires pour le chat en deux fois. Aurore échelonne tous les paiements lorsque c’est possible.

      Durant un an, la mère de famille a économisé pour racheter à une amie une voiture à 1 700 euros, indispensable dans la région, réglée en trois fois. L’essence, qui a fortement augmenté, la ruine. Alors elle va s’approvisionner en début de mois, avant d’être dans le rouge, à la frontière espagnole. « Avant tout ça, je fais les courses pour le frais et l’essence. C’est la première fois que je suis autant en galère. Tout a augmenté, et le Covid a tout compliqué. »

      Pour la nourriture et les vêtements pour elle et sa cadette, elle se rend deux fois par mois au Secours catholique, couplé aux Restos du cœur, pour récupérer de la viande, même si les quantités distribuées sont loin d’être suffisantes pour nourrir ses deux adolescents à l’appétit vorace (cinq blancs de poulet, cinq steaks, cinq poissons panés pour quinze jours). Elle a habitué ses enfants à manger de tout pour ne rien gaspiller. Mais elle aimerait pouvoir consommer mieux et des produits de meilleure qualité avec sa famille.

      Simone, l’étudiante en droit, fait tout pour ne pas se laisser gagner par l’angoisse. « J’essaie de ne pas trop penser au côté financier et de m’apitoyer, je me dis que je vais m’en sortir plus tard. » Elle aimerait une augmentation des bourses, car il est difficile de travailler en parallèle de l’université. « Étudier prend du temps et les étudiants seraient plus productifs s’ils n’avaient pas de souci financier. »

      Des bénéficiaires ont le sentiment d’être humiliés en récupérant les rebuts de la grande distribution. Certains ont honte et préfèrent se priver de manger.

      Jean Merckaert, directeur du plaidoyer France au Secours catholique

      Elle-même se prive de tout. Alors que le froid venait d’arriver, Aurore portait encore des claquettes dans l’attente de son argent pour pouvoir s’offrir des chaussures. Voyant cela, sa mère lui a donné des baskets. Elle ne chauffe pas son logement avant que cela soit insupportable et prie les enfants de mettre des doudounes.

      Elle n’achète pas de boissons, jamais de marques et fabrique elle-même sa pâte à tartiner pour que ce soit moins cher. Aurore adore le jambon de pays mais c’est hors de prix, donc elle n’en mange jamais. « Je me débrouille comme je peux pour ne pas les priver, moi je m’en fous de moi. »

      C’est pourquoi Jean Merckaert, directeur du plaidoyer France au Secours catholique, explique qu’il faudrait, pour des raisons de santé et de dignité des bénéficiaires, soutenir l’accès à une alimentation saine et de qualité notamment grâce aux épiceries sociales, les jardins partagés ou des paniers solidaires. « Des bénéficiaires ont le sentiment d’être humiliés en récupérant les rebuts de la grande distribution. Certains ont honte et préfèrent se priver de manger. » L’association entend bien interpeller, sur cette question de l’insécurité alimentaire, les candidats à l’élection présidentielle

  • En #Pologne, la solidarité s’improvise au secours de #migrants « traités moins bien que des #animaux » - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/211121/en-pologne-la-solidarite-s-improvise-au-secours-de-migrants-traites-moins-

    À la frontière avec la Biélorussie, ils sont nombreux à s’engager pour sauver des vies. Simples résidents, activistes, médecins, juristes… ils ou elles agissent en réseau pour venir au secours des exilés refoulés par Minsk comme par la Pologne.

    Hajnówka (Pologne).– À l’origine, Grzegorz (prénom modifié) n’a pas grand-chose d’un activiste. Cet employé de la construction vivait jusqu’ici une existence tranquille, à l’orée des forêts de Podlachie en Pologne. Sauf que sa vie a basculé il y a quelques semaines, depuis que des réfugiés en provenance de #Biélorussie parcourent régulièrement les forêts non loin de chez lui. Et ce, même si les tentatives de #passage de la #frontière polonaise sont en baisse depuis qu’un camp de plusieurs milliers d’exilés du côté de la Biélorussie, formé le 8 novembre, s’est retrouvé déserté une semaine plus tard.

    « C’est vrai qu’il y a un peu moins de passages, mais il y en a encore », assure le trentenaire joint au téléphone. Grzegorz est de ceux qui pensent que la frontière doit être défendue, mais pas à n’importe quel prix. « Si les migrants sont déjà sur le territoire polonais, on ne peut pas les traiter comme des balles de ping-pong et les renvoyer en Biélorussie. Ça ne veut pas dire qu’ils doivent rester dans l’Union européenne, il existe des moyens civilisés de les renvoyer chez eux. En revanche, on doit mettre en place un système et leur permettre qu’ils reçoivent de l’aide. En lieu et place de cela, les migrants sont traités moins bien que les animaux en Pologne. D’ailleurs, on ne les enregistre nulle part », confie cet homme qui vit à proximité de Narewka et consacre désormais plusieurs heures hebdomadaires à la rescousse de réfugiés, sans disposer de l’aide psychologique nécessaire.

    En général, il se rend sur place après avoir reçu une géolocalisation de la part de bénévoles de Grupa Granica, un collectif qui aide les migrants en détresse en Pologne depuis août – soit le début de la crise migratoire qui touche la Pologne orientale. Parfois, Grzegorz se promène dans la forêt et rencontre par hasard ces exilés venus de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak… ou encore d’Afrique subsaharienne. « La plupart des migrants que j’ai vus passer étaient affamés, assoiffés, trempés, leurs téléphones étaient sans batterie, certains avaient laissé leurs chaussures dans les marécages… J’ai vu des hommes pleurer et forcément ça fait quelque chose. Le plus dur, c’est quand on n’a aucune nouvelle de ces personnes. Parce que, mine de rien, on s’attache. » Pour Grzegorz, tout a commencé à la mi-octobre, à la suite d’un refoulement dont il a été témoin.

    La Pologne pratique depuis le début de cette crise - orchestrée par le régime de Minsk – un refoulement quasi systématique des migrants qu’elle parvient à intercepter à sa frontière avec son voisin, qu’ils soient éligibles à une protection - ou non – au sein de l’Union européenne. Ces refoulements ont été légalisés en août par le biais d’une ordonnance du ministère de l’intérieur, ainsi qu’avec l’entrée en vigueur d’un amendement à la loi sur les étrangers, le 23 octobre.

    « Tout au début, j’ai rencontré une famille kurde. J’ai consenti à être leur représentant légal dans le cadre d’une demande d’asile. Les gardes-frontières sont arrivés, je leur ai tout expliqué. Ils m’ont promis que la famille serait conduite au poste des gardes-frontières pour y effectuer la procédure. Ça a été un choc quand ces Kurdes m’ont annoncé par messagerie qu’ils étaient en Biélorussie et qu’ils avaient froid et soif. »

    Au départ, le trentenaire ne connaît personne mais réussit rapidement à obtenir des provisions de la part d’un internaute, qui faisait une collecte sur le Web pour les exilés. Puis il entre en contact avec les divers réseaux d’aide aux migrants actifs en Podlachie, dans l’est de la Pologne, et estime depuis avoir assisté environ deux cents personnes en l’espace d’un mois. Le week-end du 13 novembre, Grzegorz vient même au secours d’un groupe de 80 personnes. « On n’avait pas assez de provisions, alors je suis passé au centre d’aide de Michalowo, là n’importe quel bénévole peut se ravitailler. »

    À Michałowo, près de l’école, c’est dans plusieurs conteneurs que des bénévoles de WOSP - une organisation caritative polonaise - se relaient toutes les douze heures depuis le 5 novembre. Et cette municipalité de 6 000 habitants fait figure d’exemple en matière d’aide aux exilés. « Cela fait trois mois qu’a commencé la crise migratoire à Michałowo », précise Konrad Sikora, adjoint au maire. « Cet été, nos pompiers ont aidé à extraire des migrants coincés dans un marécage. Les habitants aidaient déjà par ailleurs les migrants. Mais nous avons compris qu’il n’y avait pas de temps à perdre, que les températures chuteraient vite. L’ensemble du conseil municipal a ainsi donné son accord pour que Michałowo mette en place un centre d’aide pour migrants, inauguré le 4 octobre dans notre caserne de pompiers, continue le quadragénaire. Honnêtement, on n’a rien fait de spécial et ça ne coûte pas grand-chose. »

    Rapidement, les pompiers bénévoles des hameaux rattachés à la commune de Michałowo, dont celui de Jałówka, situé dans la zone d’état d’urgence, rejoignent le mouvement, laissant eux aussi la porte de leurs locaux ouverte aux réfugiés. Et les pompiers de la caserne municipale de Michałowo se sont mis à faire des maraudes tous les deux jours, à la recherche de migrants aux prises avec le froid, la faim ou une condition physique dégradée.

    L’aide des habitants comme celle de Grzegorz est d’autant plus cruciale que sur une bande de 3 km de large, le long de 400 km de frontière avec la Biélorussie, la Podlachie vit sous état d’urgence depuis le 2 septembre. Les médias comme les ONG n’y ont pas accès. Seuls les résidents peuvent y pénétrer en montrant patte blanche aux checkpoints. Quand l’état de santé des migrants s’avère précaire, ses habitants sont alors en proie à un dilemme cornélien : d’une part, les ambulances (seule institution médicale autorisée à accéder à la zone sous état d’urgence) sont escortées par les forces de l’ordre ; d’autre part, il n’est pas rare qu’après une hospitalisation, les gardes-frontières escortent les anciens patients à la frontière bélarusse.

    C’est pour venir en renfort des ambulances mais également agir en toute discrétion qu’a été formé en octobre « Médecins à la frontière », un collectif bénévole de médecins qui a dû abréger sa mission pour cause de vandalisme. Les professionnels de PCPM – une équipe d’intervention humanitaire polonaise qui a fait ses preuves dans le monde entier – ont alors repris le flambeau. Mais ses médecins bénévoles se heurtent également à l’accès prohibé à la zone.

    Une chose est sûre cependant, si ce n’était cette solidarité mise en place à la frontière et les opérations de sauvetage pilotées notamment par Grupa Granica, où des bénévoles arrivent avec thé chaud, soupe, eau, vêtements, chaussures, couvertures thermiques, il y aurait eu bien plus de décès que la dizaine officiellement rapportée.

    « Je crains qu’il n’y ait bien plus de corps sans vie dans la zone d’état d’urgence notamment et dans les recoins marécageux. C’est ce que nous rapportent les résidents. C’est aussi pour cela que les autorités polonaises ont “besoin” de cette zone, pour mieux cacher ce qui s’y passe », ajoute Agata Kołodziej, employée d’Ocalenie, une organisation déployée sur le terrain hors zone d’état d’urgence et membre de Grupa Granica.

    À l’extérieur de la maison de Kamil Syller, une lumière verte scintille de nuit. Ce juriste, qui vit avec sa compagne et sa fille à quatre kilomètres de la frontière, a eu l’idée à la mi-octobre de signaler ainsi sa main tendue aux migrants, une initiative qui a été depuis répliquée dans toute la Pologne. « L’idée m’est venue lors d’une première intervention où j’ai vu des Médecins à la frontière sauver une femme en situation d’hypothermie. J’ai alors compris l’urgence de la situation », témoigne ce quarantenaire qui offre repas chaud, rechargement de téléphone, vêtements aux migrants toquant à sa porte. Lui et sa compagne partent également en expédition dans les forêts, équipés de ravitaillement, mais aussi de caméra infrarouge, afin de repérer toute personne sans force ou qui craindrait les forces de l’ordre.

    Bon tout de même hein, Grzegorz fait remarquer que : "il existe des moyens civilisés de les renvoyer chez eux". Ah bon ok...

  • iel

    Pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne quel que soit son genre. L’usage du pronom iel dans la communication inclusive.

    https://dictionnaire.lerobert.com/definition/iel

    #écriture_inclusive #Petit_Robert #dictionnaire #dictionnaire_français #ielle #iel #iels

    Comme dit si bien @arno :

    Je crois que Darmanin s’apprête à signer l’arrêté de dissolution du Petit Robert.

    https://seenthis.net/messages/936827

  • Les équipes de Didier Raoult dénoncent les falsifications de leur patron sur l’hydroxychloroquine | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/191121/les-equipes-de-didier-raoult-denoncent-les-falsifications-de-leur-patron-s

    Auditionnés en octobre sur leurs conditions de travail, plusieurs membres de l’IHU dénoncent les pressions exercées par Didier Raoult et la falsification de résultats scientifiques pour démontrer l’efficacité de l’hydroxychloroquine. Mediapart a pu consulter un compte rendu de ces entretiens conduits, notamment, par l’Université d’Aix-Marseille, l’Inserm et l’AP-HM.

    Cette fois, Didier Raoult est lâché par ses propres équipes. Selon de nouveaux documents et témoignages que nous avons recueillis, plus d’une dizaine de personnes (biologistes, médecins, internes ou assistants) ont fait part de leur malaise face à « des pratiques scientifiques et éthiques regrettables ». Pire : ils dénoncent la falsification de résultats biologiques afin de démontrer l’efficacité de l’hydroxychloroquine, un temps présenté comme une solution magique pour combattre le Covid-19.

    C’est lors d’une série d’entretiens réalisés en octobre que plusieurs membres de l’IHU, plus de dix, ont témoigné, auprès des représentants des instances qui les emploient : l’université d’Aix-Marseille, l’Assistance publique – hôpitaux de Marseille (AP-HM), l’Institut de recherche pour le développement (IRD), ainsi que l’Inserm. 

    Par « peur des représailles », qu’elles soient internes ou externes à l’IHU, la préservation de l’anonymat et la confidentialité des échanges ont été les conditions posées à ces entretiens d’une durée d’une heure. 

    Mediapart et L’Express avaient déjà révélé que l’IHU avait conduit plusieurs essais cliniques non autorisés et prescrit des traitements à l’efficacité non prouvée et à la toxicité avérée (notamment sur la tuberculose). C’est à présent sur le traitement phare de Didier Raoult, celui qui l’a fait connaître du grand grand public, qu’on découvre la réalité de ses méthodes.

    Les témoignages décrivent une réalité très éloignée de celle que donne à voir le professeur Didier Raoult, qui se targue de compter parmi ses équipes 10 % des chercheurs français aux publications les plus citées, mais qui n’a pas donné suite à nos sollicitations. « Il n’y a pas de véritable science derrière les publications de l’IHU depuis des années », lance l’un des médecins interrogés. « Les résultats présentés doivent correspondre aux hypothèses faites par Didier Raoult. Dans le cas contraire, les personnes concernées peuvent être dévalorisées publiquement avec mise en doute de leurs compétences », est-il rapporté dans un compte rendu de ces auditions que nous avons pu consulter. 

    En 2020, lors de la première vague du Covid, alors que Didier Raoult pousse ses équipes à travailler sur l’hydroxychloroquine, certains virologues émettent des réserves sur le choix du professeur d’annoncer, publiquement, les effets positifs de cette molécule, non prouvés à ce stade et « sans attendre la complétude de toutes les études pour valider ce protocole ». 

    Deux groupes de patients ont été analysés avec des critères différents pour permettre de conclure faussement à l’efficacité de l’hydroxychloroquine. 

    « La médiatisation renforcée de Didier Raoult » nourrit alors un « climat de culte de la personnalité » avec la « diffusion de vidéos de Didier Raoult en boucle, à l’intérieur du bâtiment ». Dans ce contexte, expliquent-ils, toute critique contre le traitement devient impossible. « L’absence de débats contradictoires au sein de l’IHU » atteint un tel paroxysme que la moindre interrogation est malvenue. En réunion de staff, où se retrouvent le professeur, des internes et des responsables, pour suivre les indicateurs, « si on pose des questions, la réponse est souvent : “Tais-toi, tu n’es pas payé pour réfléchir” », témoigne un autre membre de l’IHU. 

    C’est dans ce climat ambiant que ces personnels auditionnés ont assisté à la falsification de résultats biologiques permettant de conclure à l’effet bénéfique de l’hydroxychloroquine en biaisant les résultats des tests PCR dans une étude comparant des patients de l’IHU, prenant le traitement et des patients du CHU de Nice, ne le prenant pas. 

    Les résultats « n’allant pas dans le sens de Didier Raoult », le seuil de positivité des tests PCR a été modifié rendant ainsi négatifs un plus grand nombre de résultats pour les patients suivis à Marseille et permettant, de la sorte, de conclure à l’effet bénéfique de l’hydroxychloroquine.

    La stratégie a été la suivante : pour les patients de Marseille, la valeur seuil du test de détection du virus par PCR a été abaissée à 34 cycles ; par contre pour les patients de Nice, la valeur seuil initiale de 39 cycles a été conservée. Un patient présentant une valeur de 37 cycles était donc déclaré négatif à Marseille (sous hydroxychloroquine) mais positif à Nice (groupe témoin sans hydroxychloroquine). Les deux groupes de patients ont donc été analysés avec des critères différents pour permettre de conclure faussement à l’efficacité de la molécule. 

    Pour ce faire, le professeur Didier Raoult « a évincé les médecins biologistes des plannings “afin qu’ils prennent du repos”et en contrepartie a mis en place un logiciel pour automatiser la déclaration des résultats dans le logiciel de l’AP-HM, [avec un cycle d’amplification différent favorisant la négativité – ndlr] sans validation préalable par les médecins biologistes. »

  • Délibéré du procès contre une action de réquisition de marchandises - La justice maximise les profits de Carrefour (par mel)

    La grande distribution fait les poches des précaires avec la complicité de la justice ! Pour avoir participé à une autoréduction dans un Carrefour parisien en janvier dernier, deux camarades doivent verser au groupe plus de 38 000 euros. Iels ont décidé de faire appel. La décision, prise par une juge unique et roupillant pendant les plaidoiries, fait le bonheur de Carrefour : 8 553, 19 euros de préjudice matériel, 18 000 euros de pertes d’exploitation et 10 000 euros de préjudice moral. 38 000 euros, une somme dérisoire pour Carrefour et ses 34 milliards de chiffre d’affaires, mais bien suffisante pour enterrer deux personnes déjà sur la paille.

    Ces charognards profitent d’un procès pour se faire plus de blé. Profiter de la pandémie ne leur suffisait pas. Entre 2019 et 2020, en pleine crise, le géant de la distribution a doublé ses bénéfices et les dividendes versés à ses actionnaires. Nous, chômeurs, travailleurs précaires, mères célibataires, étudiants en galère, avons organisé cette autoréduction le 30 janvier 2021. Les denrées récupérées ont ensuite été redistribuées grâce à des réseaux de solidarité tissés depuis le premier confinement. De quoi prendre soin de soi, se nourrir, se laver, sans se soucier du prix.

    Lors du procès, l’avocate et les deux inculpé.e.s avaient démontré les incohérences et les mensonges du directeur du Carouf’ vis-à-vis de la nature et de la quantité des produits récupérés. Le préjudice moral à l’image de la holding, c’est cette plainte et le procès qui s’en est suivi ! Pas le fait qu’elle ait été « encouragée » à partager un peu de sa marchandise. L’avocate avait aussi souligné que les militant.e.s n’avaient pas utilisé la contrainte pour s’emparer du butin. Comment expliquer sinon qu’aucun PV n’ait été noirci par un policier malgré les nombreux effectifs présents ? Arrivé.e.s aux caisses, les militant.e.s avaient négocié avec le gérant du supermarché et iels étaient parti.e.s avec l’accord du siège.

    Surtout les inculpé.e.s avaient rappelé le contexte de cette action partageuse : la précarité et la détresse alimentaire de millions de personnes, isolées par les confinements successifs, et, en miroir, une augmentation vertigineuse des profits de la grande distribution profitant de la fermeture des marchés et des commerces de proximité.

    Bizarrement, c’est la procureure qui a peut-être compris la portée politique de l’action en comparant les inculpé.e.s à des « Robins des Bois ». Elle a dit hésiter à trouver une qualification pénale, pour finalement réclamer une peine de 2 000 euros avec sursis simple qu’elle avait qualifié d’"avertissement".

    Restons mobilisé.e.s contre Carrefour pour qu’ils abandonnent les poursuites. Nous nous battons en appel pour la relaxe car c’est aussi se battre contre la criminalisation de nos luttes et pour que ce procès ne constitue pas un grave précédent.

    Carrefour doit retirer sa plainte.
    Nous appelons toutes celles et tous ceux pour qui la solidarité en actes fait sens à rejoindre et amplifier la contre-attaque.
    Écrivez à contact14octobre@riseup.net pour être tenu informé des actions en cours et à venir.

    https://seenthis.net/messages/932624
    https://seenthis.net/messages/931234

    #grande_distribution #autoréduction #justice #criminalisation_des_luttes

    • 38 000 euros d’amende pour une action de solidarité

      Une autoréduction ou un vol ? Le second, selon le tribunal. Deux militant·e·s solidaires ont été condamné·e·s pour vol en réunion. Il vont interjeter appel, affirmant avoir obtenu l’accord du directeur.

      Pour tous deux, il ne s’agissait que d’une action d’autoréduction, c’est-à-dire de récupération gratuite avec l’accord du directeur du magasin, des denrées alimentaires et des produits d’hygiène. Cela afin de les redistribuer à des associations. Pour le tribunal, c’est du vol.

      En effet, ce 18 novembre, la 24e chambre correctionnelle a condamné Fabrice et Alice*, solidairement et respectivement, à 2 000 euros et 1 500 euros d’amende avec sursis. Il et elle n’étaient pas présent·e·s au moment du verdict. Tout comme les responsables de Carrefour. Les deux parties étaient toutefois représentées par leurs avocats. Une condamnation avec sursis qui semble légère mais qui ne s’applique en réalité qu’à l’aspect pénal de l’affaire.

      Sur l’action civile, la sentence est beaucoup plus importante. Le tribunal estime ainsi le préjudice matériel à 8 553 euros, le préjudice moral à 10 000 euros et enfin celui lié à la perte d’exploitation à 18 000 euros. En comptant les frais d’avocats (1 000 euros par personne), cela représente 38 000 euros d’amende. Une somme énorme pour les militant·e·s mais dérisoire pour Carrefour, dont le chiffre d’affaires s’élève à « 34 milliards d’euros en 2019 », rappelle un communiqué du comité de soutien, publié dans la foulée de la décision de justice.

      Une condamnation bien plus élevée que les 2 000 euros avec sursis requis par la procureure. « Surtout, les inculpé·e·s avaient rappelé le contexte de cette action partageuse : la précarité et la détresse alimentaire de millions de personnes », continue le communiqué.

      Comme il et elle avaient prévenu, la décision sera contestée en appel car « c’est aussi se battre contre la criminalisation de [leurs] luttes et pour que ce procès ne constitue pas un grave précédent », conclut finalement le communiqué.

      Mediapart vous propose de relire ci-dessous notre compte-rendu d’audience : « Autoréduction ou vol ? Deux militants parisiens en procès », publié le 15 octobre 2021.

      *

      « Carrefour ne daigne même pas venir ! » Mélange d’indignation et de colère dans la voix d’Alice* ce jeudi 14 octobre. Elle comparaît en tant que prévenue aux côtés de Fabrice* (tous les militants ont été anonymisés, voire notre Boîte noire), après une opération d’« autoréduction » réalisée dans un supermarché parisien. Mais seul l’avocat de l’entreprise est présent.

      « Ceux qui ont mené l’action ont fait exprès de choisir un magasin non franchisé », déclare en marge du procès Rémi*, membre du comité de soutien et présent avec une trentaine de camarades à l’audience. Les militants souhaitaient en effet porter préjudice « à l’entreprise nationale Carrefour et pas à un directeur de magasin franchisé, qui, lui, engage ses propres fonds ».

      Les faits remontent au 30 janvier. La France est encore sous le régime du couvre-feu, après le deuxième confinement, qui a duré du 30 octobre au 15 décembre. Dans un Carrefour Market du XIIIe arrondissement de Paris, des militants associatifs, membres de collectifs solidaires, arrivent, bloquent les caisses, distribuent des tracts et procèdent à une opération d’« autoréduction ».

      En d’autres termes, ils emportent sans les payer des produits, ici de première nécessité. Les participants à cette opération étaient entre 30 et 50, selon les versions. « Ces opérations font partie des principes de la lutte sociale. C’est un certain mode d’action », témoigne Alice. La présidente de la 24e chambre correctionnelle reste impassible.

      Après négociation avec le manager du magasin, qui avait lui-même discuté avec sa hiérarchie, les participants ont eu l’autorisation de se servir en biens de première nécessité, et l’assurance qu’aucune poursuite ne serait engagée. Fabrice le rappelle d’ailleurs à la présidente : « Je n’avais pas de crainte d’un point de vue judiciaire car on avait conclu un accord ! »

      Accord du directeur du magasin ?

      Un accord qui aurait été rompu en raison de la nature des produits qui ont été pris dans les rayons. « Au cours de sa deuxième audition, le directeur du magasin affirme avoir vu plusieurs sacs contenant des bouteilles d’alcool ainsi que de la hi-fi. Ce n’est pas de première nécessité », martèle la procureure.

      Un huissier avait été envoyé sur place par Carrefour pour faire les constatations. « Il a notamment remarqué que les étalages de magrets de canard étaient vides. Pareil pour les rayons boucherie et poissonnerie, et pour les denrées les plus chères... », énumère la magistrate.

      Des rires se font entendre dans la salle, et la présidente rappelle à l’ordre les personnes présentes. La procureure énonce le cœur de ce procès : « La question est celle des moyens mis en œuvre et de leur périmètre. » Malgré l’accord de la direction, cette action est-elle un vol ? Et si oui, celui-ci est-il aggravé par le fait qu’il soit commis en réunion ?

      Les interrogations en découlant sont vertigineuses : le fait de se servir en couches sans chlore plutôt qu’en couches premier prix correspond-il à un besoin de première nécessité ? Première nécessité, cela implique-t-il forcément moindre qualité ?

      « Si la remise est volontaire, ce n’est pas considéré comme du vol car l’infraction n’est pas caractérisée », assure à la cour Émilie Bonvarlet, avocate de la défense. L’avocat de Carrefour, seul représentant des parties civiles à l’audience, donne des éclaircissements sur l’accord passé entre les militants et le directeur du magasin, pas franchement volontaire, selon lui : « Évidemment que le directeur a accepté. Il y avait une situation de contrainte. Il voit plus de 40 personnes arriver, il craint une escalade de la violence. Il tenait à la sécurité des employés et des clients présents. »

      Des faits contestés par les prévenus : « On parlait avec les clients, on leur distribuait des tracts, on servait du café et on leur expliquait notre démarche. Et des policiers étaient de toute façon présents », explique Alice. Ce sont d’ailleurs les policiers qui ont contrôlé les identités des deux militants, permettant au manager de remonter jusqu’à eux et de les identifier comme « les meneurs ». Fabrice récuse ce terme.

      L’avocat de Carrefour continue sa démonstration. Il précise les dommages et les préjudices subis par l’entreprise qu’il représente, en se basant sur les calculs du directeur et l’expertise de l’huissier. Il reste réaliste : « Oui, cela représente 1 % du chiffre d’affaires du magasin. Ça n’a pas grande importance d’un point de vue financier, certes. Mais le préjudice matériel existe tout de même. »

      Contactée par Mediapart, la direction de Carrefour confirme ces chiffres : « Le directeur du magasin a évidemment saisi la justice car il s’agissait d’un évident vol en réunion. Carrefour a subi un préjudice financier s’élevant à plus de 16 000 euros de produits sortis du magasin sans avoir été payés. À cela s’ajoute la violence de l’opération à l’encontre de nos collaborateurs et de nos clients, sans parler de la perte d’exploitation engendrée par la fermeture du magasin pendant trois heures. »

      L’évaluation du préjudice est contestée

      Ces chiffres sont contestés par la défense. L’avocate des prévenus s’appuie notamment sur l’expertise de David Gaborieau, sociologue du travail spécialiste de la grande distribution, sollicité pour cette affaire : « Sur les 111 bouteilles d’alcool qui ont été prises, 90 seraient des bouteilles de whisky ? Ce n’est pas réaliste. » Elle demande également que le calcul du préjudice total se fasse hors taxes : « On fait payer aux prévenus les 20 % de TVA », remarque-t-elle.

      « Tous les témoignages d’associations et de groupes d’entraide qui ont reçu les produits issus de cette opération n’ont, à aucun moment, parlé d’alcool ou de matériel hi-fi », insiste l’avocate.

      Elle produit des photos montrant des bouteilles d’alcool du magasin portant un système antivol au niveau du bouchon : « Ça aurait sonné si des bouteilles d’alcool avaient été emmenées. Et il y avait des témoins ! », insiste-t-elle.

      Viennent les réquisitions. La procureure se montre compréhensive : « Sur le principe, l’idée de “Robin des Bois” est louable. Mais la justice ne fait pas de distinction, notamment car il y a d’autres moyens d’action. » Elle requiert 2 000 euros d’amende avec sursis pour chaque prévenu.

      L’avocat de Carrefour est moins clément. Il demande 18 000 euros d’amende pour le préjudice matériel. Il relève également un préjudice d’image, car « cette action a eu un effet sur la clientèle habituelle du magasin ». À ce titre, il demande 15 000 euros d’amende supplémentaires. L’avocate des prévenus plaide pour sa part la relaxe intégrale.

      La décision sera rendue le 18 novembre. La salle se vide, le comité de soutien se met à chanter au sein du palais de justice : « Face à la précarité, solidarité ! » et « De l’argent pour les précaires, pas les actionnaires ! »

      Une banderole est déployée dans les couloirs. Des agents de police interviennent et la saisissent immédiatement. Elle est redéployée dehors. « Si la relaxe n’est pas prononcée, je ferai évidemment appel », déclare Alice. Idem du côté de Fabrice. La détermination se ressent dans leurs regards et leurs voix. Les chants de soutien reprennent en chœur.
      https://www.mediapart.fr/journal/france/191121/38-000-euros-d-amende-pour-une-action-de-solidarite

  • Nom de code « Akira » : un happening politique pour faire dérailler la présidentielle

    Assumer l’anticapitalisme et les paillettes, c’est le projet d’Akira, nouvelle plateforme politique qui présente une candidature fictive et collective à l’élection présidentielle. Si l’esthétique du mouvement tranche, le contenu rappelle d’autres initiatives de la gauche radicale, qui ont souvent tourné à vide par manque de stratégie.

    Elle est apparue sans y être invitée sur le perron du très chic musée Carnavalet à Paris, un dimanche de septembre, avec à sa suite un petit cortège armé de portables. « Nous sommes les enfants d’une époque en flamme mais je vois les peuples entiers se lever pour la dignité », a déclamé une jeune femme, au nom d’Akira, « un nom pour toutes et pour tous », candidate fictive à la présidentielle de 2022.

    « Les clowns en cravate ne nous proposent que des élections fades, réchauffées, sans goût et sans saveur, a-t-elle poursuivi pendant quelques minutes, sans être le moins du monde gênée par les agents de sécurité du lieu. Nous aurons toujours les mêmes options, voter par défaut, faire barrage ou ne pas voter du tout. Akira n’est pas une réaction à vif, mais la construction d’une force politique à la hauteur de notre époque. » À la fin du discours, dernier tour de passe-passe : c’est une autre jeune femme masquée qui quitte la cour intérieure du musée sous un jet de confettis dorés.

    Un format et un vocabulaire qui évoquent d’autres initiatives dans le champ des mouvements dits « autonomes » à gauche, tels que ceux menés un temps par le Comité invisible. Le site Lundi matin, assez proche du Comité invisible, a d’ailleurs relayé la vidéo d’entrée en campagne d’Akira. Dans un autre genre, François Ruffin, en organisant sa « Fête à Macron » en 2018, avait lui aussi choisi de renouveler la méthode pour faire masse, en fervent partisan de l’émotion en politique, et après la frustration de voir s’effilocher Nuit debout.

    Depuis, la plateforme politique « Akira », nommée d’après un classique du manga japonais tendance « cyberpunk », a distillé, toujours sur les réseaux sociaux, quelques éléments sur le fond de cette campagne. Elle veut perturber l’aventure présidentielle face à l’urgence climatique, la montée des inégalités sociales, « le tournant fasciste et autoritaire engagé dans plusieurs pays ». Mais aussi s’inscrire dans un processus révolutionnaire adossé aux « luttes sociales », faire du combat politique une « source d’épanouissement ». Sa méthode, « massifier », notamment en utilisant à fond la viralité des réseaux sociaux.

    Ces éléments de clarification n’ont pas suffi à éteindre la tempête qui s’est abattu sur Akira sur les réseaux sociaux. La séquence vidéo a fait hurler de rire et provoqué les railleries de nombre de militants de gauche, sympathisants de partis traditionnels, ou simples commentateurs passant par là. « Des bobos parisiens qui s’amusent, c’est mignon », disait l’un d’entre eux sur Instagram, résumant assez bien la réception publique de l’initiative Akira.

    « Au-delà du happening semi-situationniste au musée Carnavalet, renouveler la forme, les pratiques, les manières d’intervenir dans le champ social et politique, ce sont des préoccupations que l’on partage, juge un membre de la direction du NPA (Nouveau Parti anticapitaliste), interrogé sur cette nouvelle initiative et qui s’exprime à titre personnel. Mais je ne découple pas le fond de la forme : il y a un côté agaçant à les voir enfoncer des portes ouvertes, penser être les seuls à réfléchir à tout ça. Ça ne fait pas sérieux, voire hors-sol. »

    D’autres organisations, notamment dans le domaine de l’écologie radicale, rappellent que, pour le moment, « personne ne se revendique encore de ce mouvement ». Certains critiquent enfin la succession de collectifs et organisations toutes neuves, souples et dans l’air du temps, qui ne feraient que s’accrocher aux luttes menées par « l’ancien monde » : syndicats, partis traditionnels, collectifs militants déjà constitués. En clair, Akira n’aurait pas percé le mur du son des réseaux sociaux et de l’entre-soi parisien.

    « C’était dur, surtout de la part de copains, à gauche », concède Raphaël, l’un des membres d’Akira, rencontré à l’occasion d’une réunion d’information et d’accueil de nouveaux membres, organisée début novembre dans une ancienne boutique de fripes, dans le quartier de Beaubourg à Paris.

    « Nous voulons combiner le spectaculaire et le travail de fond », assume, loin d’être découragé, Tito (prénom d’emprunt), autre membre du noyau dur de l’organisation, alors qu’il est interpellé par l’un des participants lors de cette réunion sur la manière de sortir de la « théâtralisation » un peu « cryptique » proposée pour le moment par Akira. « Nous savions aussi qu’on allait en prendre plein la figure. La question, c’était de savoir si, malgré tout, nous étions pris au sérieux », complète le jeune homme.

    Car la vidéo au musée Carnavalet a fait deux millions de vues, et généré des centaines d’appels et de messages sur les réseaux sociaux. « C’était notre objectif : mobiliser bien au-delà de nos réseaux », ajoute-t-il. La toute nouvelle organisation l’assure également : elle veut maintenant passer à l’action sur le terrain.

    Fin novembre, Akira organise par exemple un déplacement à la rencontre d’autres collectifs militants, une formation sur l’antifascisme et des collages pour appeler à la mobilisation prévue le 27 novembre contre l’extrême droite et le racisme, lancée par différentes organisations et partis. Le même jour sortira une nouvelle vidéo qui ciblera Éric Zemmour. En parallèle, des actions de solidarité sont prévues, en banlieue est de Paris notamment. Avant une nouvelle sortie d’Akira en campagne, en janvier.

    Plusieurs réunions ont eu lieu à Paris, Montreuil, Bagnolet et Saint-Denis en région parisienne, des groupes se forment en Bretagne et dans le centre de la France près de Clermont-Ferrand, cinq autres seraient en « cours de structuration » selon les organisateurs, notamment à Marseille et Bordeaux.

    Ce soir de novembre, dans le cœur de la capitale, la vingtaine de participants sont venus par curiosité pour cette candidature mystère. Ainsi Isabelle, 54 ans, et Jean-Philippe, 55 ans, deux amis « gilets jaunes » du nord de Paris et de Saint-Ouen, en banlieue proche, sont-ils tous deux à la recherche d’un asile politique depuis l’essoufflement manifeste de leur mouvement.

    « Les manifestations anti-passe sanitaire nous semblent d’arrière-garde mais, par contre, on ne comprend pas l’absence de mobilisation dans la perspective de la présidentielle, explique Isabelle. On vient voir, après avoir regardé la vidéo, qui a provoqué aussi beaucoup de critiques dans le milieu gilets jaunes. Le côté un peu bourgeois, un peu bobo-bisounours… » Jean-Philippe s’est demandé : « Mais d’où sortent-ils, ces gens-là ? »

    Léo, Idriss, Maya, Pierre, Tito, orateurs et oratrices ce soir-là, racontent s’être rencontrés dans les différentes strates militantes de ces dernières années : cortèges contre la loi « travail » sous François Hollande, Nuit debout, mobilisations féministes, antiracistes ou anti-islamophobie. D’autres membres animent des cantines autogérées pour venir en aide aux migrants, ont participé de près ou de loin à des organisations antifascistes, anticapitalistes, sont proches des mouvements autonomes ou anarchistes. Pour beaucoup, les manifestations gilets jaunes ont marqué un tournant.

    « Akira, c’est ma première vraie expérience militante politique, détaille Léo, jeune infirmière, qui a pendant ses études donné un coup de main pour soigner les habitants d’un squat à Bordeaux, puis a participé à des collages féministes à Paris. Moi, les partis traditionnels, je ne les ai jamais compris. »

    Les nouveaux venus à la réunion de présentation sont à peu près de la même eau. « J’ai gravité dans les milieux autonomes pendant la loi “travail” mais je me suis éloignée à cause de l’entre-soi bourgeois et très masculin, je veux voir ce qui se fait ici », raconte Lina, enfoncée dans un vieux canapé avec deux copains. Elle rêve depuis longtemps que « les gauchistes fassent un peu de com’, ose le truc stylé, qui va circuler et toucher les gens là où ils sont. J’en peux plus des trucs tristes, en fait. »

    Yvan, la trentaine, reste debout pour écouter la présentation faite ce soir de l’organisation, afin de bercer son enfant accroché en porte-bébé. Il s’est « motivé » à venir, car il est de plus en plus « fou de rage » sur la question environnementale. « Le vote, j’ai arrêté. Cela crée une vraie distance autour de moi, et même des conflits avec mes proches. » Alors, pourquoi ne pas s’accrocher au projet d’une candidature polymorphe, au seul service des idées et des luttes sociales en cours ?

    Mais pour quoi faire, s’interroge aussi Nicolas, ancien activiste d’Occupy Wall Street il y a douze ans à New York, qui écoute, assez silencieux, la discussion. « L’engagement physique, le fait de marier diverses luttes au même moment, l’aspect très horizontal de ces mobilisations, c’est un truc que je recherche depuis sans relâche, explique t-il à la fin de la rencontre. Mais avec un vrai bémol, appris par l’expérience : sans objectif et stratégie claire, c’est voué à l’échec. » Akira s’interdit pourtant de pondre un programme et une stratégie ex nihilo, proche de l’idée ancienne selon laquelle les pratiques en elles-mêmes sont déjà politiques.

    Tout au long des échanges et des discussions, d’autres écueils connus des mobilisations contemporaines apparaissent : la stratégie, le coût personnel de l’engagement militant, les contours et lignes rouges d’un mouvement qui se dit clairement anticapitaliste et révolutionnaire, le rapport aux institutions. « Nous voulons, l’an prochain, que les citoyens puissent voter pour Akira, tout en votant aussi pour un candidat éligible, si ça les fait flipper de s’abstenir dans le contexte actuel », précise Tito.

    Idriss, lors de la présentation de l’organisation aux nouveaux, insiste aussi sur le « soin » et le souci des uns et des autres, pilier pour Akira. « On sait tous que beaucoup de gens se crament dans la lutte sociale et politique. Nous voulons donc faire extrêmement gaffe à ça, mais aussi aux rapports de domination entre nous. »

    D’où des circuits de décision très lâches, voire mouvants. « Cette tension existe : l’envie de créer un collectif politique sans chef mais aussi la fatigue de voir ces trucs-là s’effondrer le plus souvent, constate Tito. Notre souci, c’est aussi l’efficacité. On a donc créé des cercles d’investissement basés sur le volontariat, plus ou moins décisionnaires et plus ou moins impliqués, et on peut passer de l’un à l’autre selon le temps, l’énergie, le taf... »

    Les membres d’Akira ne se veulent pas non plus « dogmatiques », refusent une « idéologie gravée dans le marbre », ou de « hiérarchiser les sujets ». Le souhait est de donner « la parole aux premiers concernés » dans une logique intersectionnelle assumée. Ce qui, même là, dans le petit coton ouaté de la réunion, provoque des débats. 

    « Pour moi, le féminisme, c’est un militantisme exclusif. J’ai du mal à comprendre comment on inclut les minorités de genre là-dedans », interroge Meriem, jeune femme membre de groupes de collages féministes, venue elle aussi après avoir vu la vidéo sur Internet. « Ce que tu dis peut être hyperviolent pour les personnes qui ne se définissent pas en tant que femme ou homme », s’échauffe en face Lina.

    Léo, animatrice de la discussion, propose de poursuivre ces échanges dans un « cadre plus informel ». Mais Pierre confirme, en fin de soirée, l’une des lignes rouges d’un mouvement dont plusieurs membres sont issus de la communauté LGBTQIA+ : « On ne peut pas exclure ces personnes de nos luttes politiques, c’est hors de question, et cela fait clairement, comme l’antiracisme, partie de nos valeurs. »

    Une partie de l’assemblée pousse un deuxième feu, qui rappelle pas mal de discussions militantes à l’extrême gauche. « Soyons sérieux, la situation n’est pas pré-révolutionnaire », estime une femme d’une cinquantaine d’années, alors que la soirée s’achève. Jean-Philippe, gilet jaune, s’insurge : « Qui aurait cru qu’on pourrait le crier à nouveau, le mot “révolution”, par milliers, sur les Champs-Élysées, il y a quelques mois ? Personne. » La révolution est un « processus », considère Idriss, « on peut faire déjà pas mal de choses dans l’entre-deux ».

    Dans son manifeste, publié il y a quelque jours, l’organisation politique affirme voir dans la « sincérité » et le refus du cynisme une « arme révolutionnaire ». À la fin de la réunion, la plupart des novices demandent à rejoindre l’organisation, visiblement plutôt séduits ou, à nouveau, « juste pour voir ». Voir jusqu’où et comment Akira compte s’y prendre pour faire vraiment « dérailler » le jeu présidentiel ?

    https://www.mediapart.fr/journal/france/181121/nom-de-code-akira-un-happening-politique-pour-faire-derailler-la-president

    https://seenthis.net/messages/934094

  • La CAF prive d’accès à son site une partie de ses allocataires étrangers

    Un changement des modalités d’accès au site de la Caisse d’allocations familiales empêche les étrangers titulaires d’un numéro de Sécurité sociale provisoire d’y effectuer des démarches. 68 000 allocataires sont concernés. La CAF assure qu’ils continueront à percevoir leurs aides.

    En apparence, il ne s’agit que d’un changement technique. En réalité, la modification des modalités d’accès au site de la Caisse d’allocations familiales (#CAF) depuis le 9 octobre génère de nouveaux problèmes. En effet, pour accéder à son compte dans la nouvelle interface, il faut inscrire son identifiant, son mot de passe et désormais son numéro de Sécurité sociale. Rien d’exceptionnel. Sauf que seuls les numéros commençant par 1 ou 2 sont reconnus.

    Les détenteurs et détentrices d’un numéro provisoire, commençant par 7 ou 8, soit des étrangers, des travailleurs étrangers ou réfugiés, n’arrivent plus à se connecter. Ce qui peut engendrer des pertes de droits, concernant le #RSA, les aides au logement ou la prime de naissance ou de Noël. Cela le temps que la Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) ou l’Ofpra pour les réfugié·es leur délivrent un numéro définitif, ce qui peut prendre plusieurs semaines ou mois.

    68 000 personnes sont concernées. La CAF a entrepris de les aviser par courrier pour leur donner une parade, et leur demander de se rapprocher de leur caisse.

    Florence*, agente administrative d’une Caisse d’allocations familiales dans l’est de la France, confirme les différents problèmes posés par le logiciel. Après les bugs en série ou la fuite de données, le site de la CAF complique de nouveau la vie de ses usager·es. « Oui, les gens concernés n’arrivent pas à accéder à leur espace CAF Connect car leur numéro n’est pas reconnu. Ni aux autres administrations comme #Pôle_emploi. »

    L’allocataire, en se rapprochant de la CAF, peut obtenir un numéro provisoire, le NIR, qui débute lui par 1 ou 2. Mais encore faut-il le savoir, explique Florence. « Si la personne se présente avec une carte d’identité et un titre de séjour, on peut lui communiquer un numéro mais pour ça, il faut obtenir un rendez-vous. Ce qui n’est pas évident en ce moment. »

    Un document interne fourni aux agent·es d’accueil recensant les anomalies les plus fréquentes et les solutions palliatives existantes, que Mediapart a pu consulter, leur présente les éléments de langage à fournir. Si le cas se présente à eux, il leur est demandé d’authentifier le demandeur ou la demandeuse « à l’accueil avec une pièce d’état civil » ou au téléphone avec ses nom, prénom, date de naissance et diverses coordonnées.

    À ce moment-là, l’agent·e pourra transmettre un numéro de Sécurité sociale temporaire, généré lors de la création du dossier et commençant par 1 ou 2, qui pourrait permettre aux usagers de se connecter. Cependant, certaines personnes ne pourront pas accéder aux services en ligne « dans l’immédiat », comme les demandeurs et demandeuses d’asile.

    Contactée par Mediapart, la CAF confirme l’existence de ce problème et explique que « les identifiants provisoires attribués par les caisses primaires d’assurance-maladie permettent à celles-ci de gérer les droits à l’assurance-maladie (uniquement) de personnes dont la situation est en cours de régularisation. Ces identifiants sont donc internes et ne peuvent être utilisés par les autres organismes de protection sociale ».

    D’où la refonte du site, qui a été conçue pour simplifier la consultation de l’espace personnel avec un numéro connu par tous qui permet d’utiliser France Connect, « pour accéder aux services en ligne des organismes publics (impôts, assurance-maladie, assurance retraite, etc.) » et aussi aux membres d’un foyer d’avoir tous accès à un compte. Elle assure au contraire « qu’il s’agit de faciliter l’accès de tous les usager·es aux services proposés par les CAF ».

    La CAF assure que le temps que le NIR, le numéro de Sécurité sociale, soit délivré, un numéro de Sécurité sociale d’attente peut être attribué par la CAF en prenant rendez-vous, via le site, lequel est plus ou moins clair.

    En attendant, celles et ceux qui sont déjà allocataires percevront toujours leurs aides. « Il est important de préciser que dans l’attente d’un NIR, ces personnes ne peuvent provisoirement pas accéder à leur espace personnel, mais que leurs aides continuent de leur être versées », poursuit la CAF.

    L’organisme précise aussi que des espaces numériques sont présents dans presque toutes les agences d’accueil et qu’ainsi « les moins à l’aise avec l’outil numérique » ont accès à des ordinateurs et peuvent être accompagnés. Mais la CAF oublie de préciser que certains espaces ne sont plus accessibles pour des raisons sanitaires, comme l’indique le site à Paris par exemple.

    De fait, la dématérialisation qui a cours à la CAF, et dans les services publics en général, complique davantage les choses. « Si les gens ne sont pas accompagnés par un travailleur social ou un proche qui n’hésite pas à chercher à contourner le truc, je pense que c’est très difficile, ils passent à côté de leurs droits car les demandes de prestations sociales ne sont pas rétroactives », explique encore l’agente de la CAF.

    De même que résoudre le blocage en déposant des documents en version papier n’est pas une option puisque cette démarche reste très longue, « au moins trois semaines », précise l’agente, quand c’est possible.

    De son côté, Rudy Derumier, secrétaire général CGT à la CAF du Nord, considère que cette impossibilité de se connecter facilement entrave les droits des bénéficiaires et démontre encore les difficultés posées par le tout-numérique. « On rajoute de la précarité à la précarité. Comment expliquer aux personnes déjà dans des situations délicates qu’elles ne peuvent obtenir le RSA ou gérer un complément de mode de garde ? Et parfois il n’est même pas possible de déposer un dossier papier. C’est là qu’on voit les limites de la #dématérialisation des services. »

    Le casse-tête ne s’arrête pas à la CAF, puisque certains usager·es se rendent à la CPAM pour essayer d’obtenir un numéro définitif et se sortir de ce bourbier administratif.

    Karen Mantovani, agente d’accueil à la CPAM de l’Isère et déléguée syndicale CGT, reçoit des sollicitations d’usager·es perdus. « Depuis quelque temps, les personnes qui vont à la CAF et n’ont pas de numéro de Sécurité sociale définitif viennent nous voir. C’est facile, on est en face géographiquement. On leur explique les démarches mais c’est long et pas toujours simple. »

    En effet, les assurés qui n’ont pas fourni d’extrait d’acte de naissance à la CPAM, se voient attribuer un numéro de Sécurité sociale provisoire, qui commence par un 8 pour les femmes et par un 7 pour les hommes. Il faut ensuite que les agent·es contactent les pays d’origine. En fonction de celui-ci, la certification peut prendre entre deux et six mois en moyenne , explique encore l’agente d’accueil de la CPAM.

    Comme les agent·es de la CAF, Karen Mantovani confirme la difficulté d’obtenir des réponses car les informations restent floues. « C’est compliqué, la personne vient une première fois, on lui propose un rendez-vous téléphonique. Mais parfois les personnes sont difficiles à joindre parce qu’elles sont en cours ou au travail. Sans compter que celles et ceux qui ont un abonnement Lyca Mobile [des forfaits sans engagement – ndlr] sont injoignables, car nous avons un message d’erreur. Tout est compliqué, ça met un temps fou. »

    Elle-même a reçu des personnes concernées et a pu mesurer leur détresse. « Les étudiant·es sont seuls, n’ont personne pour les accompagner. Il y a la barrière de la langue, le langage administratif aussi et beaucoup de documents à fournir… Le public ciblé est un public précaire et on voudrait les aider, mais on n’en pas les moyens en dehors de la bidouille. »

    https://www.mediapart.fr/journal/france/161121/la-caf-prive-d-acces-son-site-une-partie-de-ses-allocataires-etrangers?ong

    avant la remigration, la préférence nationale comme lapsus informatique.

    #droits_sociaux #étrangers

  • COP26 : le fiasco de #Glasgow - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/141121/cop26-le-fiasco-de-glasgow?onglet=full

    Mais le dispositif de #solidarité_financière demandé par les États les plus vulnérables aux dérèglements climatiques a été torpillé lors des négociations par États-Unis et de l’Union européenne. C’est qu’à peine une vingtaine de pays riches – dont la France, qui a été particulièrement active sur ce dossier – sont responsables de la moitié de toutes les émissions historiques de CO2, et ces États redoutent des actions judiciaires de la part des pays du Sud, avec in fine d’importantes compensations financières à verser.

    Seules l’Écosse, la Wallonie et l’Allemagne ont brisé le tabou en annonçant une modeste enveloppe de plus de 10 millions d’euros pour les pertes et dommages causé par la crise climatique dans le Sud.

    « Cette #COP reflète le cynisme des pays riches qui prononcent des discours plein d’empathie face aux caméras, mais changent de ton dès les portes des salles de négociation closes, a lancé Fanny Petitbon de CARE France. Au pied du mur, les pays vulnérables ont dû se contenter d’un lot de consolation avec l’organisation d’un dialogue de deux ans pour discuter des arrangements de financements pour éviter, limiter et répondre aux pertes et dommages sans garantie qu’il aboutira à des engagements concrets. Proposeriez-vous à quelqu’un qui est en danger de mort de venir l’aider, mais seulement d’ici deux ans ? »

    « Les pays riches ne veulent pas payer pour les dommages qu’ils ont causés, a lancé Mohamed Adow, directeur du groupe de réflexion climatique basé au Kenya Power Shift Africa. Mais pour être honnête, les pertes et les #dommages sont désormais à l’ordre du jour politique comme jamais auparavant. »

  • Face au fléau du harcèlement scolaire : que faire ? Et comment ? - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/131121/face-au-fleau-du-harcelement-scolaire-que-faire-et-comment

    Le suicide de Dinah, 14 ans, fin octobre, a rappelé les dangers du cyberharcèlement, angle mort du système scolaire. Comment désamorcer les conflits avant qu’il ne soit trop tard ? Mediapart a recueilli les témoignages de professionnels de l’éducation nationale, de parents d’élèves et de sociologues.

    Mécaniquement, seules les histoires les plus bruyantes parviennent aux oreilles des personnels de l’éducation nationale. « Quand vous êtes le seul CPE pour 700 élèves, il est impossible de tout voir. On ne peut pas couvrir toutes nos missions, et surtout celle-là, qui est pourtant fondamentale », argue Laurence Hopp, qui conseille aux parents d’entretenir le lien avec leur enfant coûte que coûte. « Il faut qu’il ait confiance en vous pour venir vous voir quand ça ne va pas, même s’il a fait une bêtise. »

    Inquiète des dérives potentielles de ce smartphone omniprésent et hypervigilante, une CPE de l’académie de Dijon, s’interdit de fermer les yeux sur la moindre alerte, au point de s’emporter parfois... « L’an dernier, un groupe d’élèves s’en était pris à un garçon. Ils ont tourné autour de lui et lui donnaient des petites tapes sur la nuque... Ça m’a pris beaucoup de temps, j’ai reçu tous les élèves et les témoins un par un, j’ai passé des coups de fil aux parents, et j’ai incendié les gamins qui ont fait ça », raconte la CPE. Mais ce jour-là, sa langue a fourché. « Je leur ai dit qu’ils s’étaient comportés comme des connards. Parce que c’est comme ça que tout commence... On me l’a reproché », se souvient la conseillère, qui croule sous les conflits de ce genre et se voit même contactée par les gendarmes deux ou trois fois par an à la suite des signalements.

    « Aujourd’hui, je tire la sonnette d’alarme. C’est infernal. Je n’ai pas passé le concours pour ça », lâche cette partisane de la coéducation, pour qui la responsabilité des parents est en jeu. Si elle assure ne pas diaboliser le smartphone, elle regrette une utilisation « irraisonnée » et rappelle souvent à qui veut bien l’entendre que les réseaux sociaux sont interdits aux moins de 13 ans... En vain.

    Comme le rappelle le sociologue Arthur Vuattoux, ces réseaux si complexes n’ont évidemment pas que des mauvais côtés. « Nos études ont montré que certains jeunes peuvent y trouver des espaces de parole qu’ils ne trouvent pas dans leur établissement. Notamment pour les minorités sexuelles par exemple. Donc cela peut aussi constituer une vraie ressource en l’absence de ressources extérieures », souligne le chercheur, maître de conférences à l’université Sorbonne-Paris-Nord. Mais en contrepartie, ce qui s’y dit ne s’oublie jamais.

    #Harcèlement #Education

  • Fermeture de lits à l’hôpital : une polémique de chiffres pour cacher l’ampleur de la crise - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/131121/fermeture-de-lits-l-hopital-une-polemique-de-chiffres-pour-cacher-l-ampleu

    Y a-t-il 20 % ou 5 % de lits d’hôpitaux fermés en ce début d’hiver ? L’administration joue sur les chiffres, en ne communiquant que les fermetures définitives, quand des lits ouvrent et ferment au jour le jour. L’Île-de-France est la plus touchée : des services de pédiatrie ou des unités neuro-vasculaires tentent de fonctionner avec 20, 50, voire 80 % de lits fermés.

  • L’ex-ambassadeur star Gérard Araud rattrapé par la Haute Autorité pour la transparence
    10 novembre 2021 Par Sarah Brethes et Antton Rouget | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/101121/l-ex-ambassadeur-star-gerard-araud-rattrape-par-la-haute-autorite-pour-la-

    Depuis 2019, l’ancien ambassadeur de France aux États-Unis vend des prestations de conseil à des sociétés privées dans des « conditions irrégulières », sans en avoir référé à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Parmi ses employeurs : le groupe israélien NSO, concepteur du logiciel espion Pegasus.

    Gérard Araud est un retraité très actif. Depuis sa retraite du corps diplomatique, en avril 2019, celui qui fut notamment ambassadeur en Israël et aux États-Unis intervient fréquemment dans les médias, publie livres et articles, commente l’actualité sur les réseaux sociaux et… fait profiter des entreprises françaises et étrangères de son expérience.

    En tant qu’ancien diplomate, Gérard Araud est tenu par la loi de demander un avis à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), chargée de juger de « la compatibilité de toute activité lucrative, salariée ou non, dans une entreprise privée ou un organisme de droit privé » avec ses anciennes fonctions.

    Or, l’ex-représentant de la France auprès des Nations unies a omis de solliciter l’autorité présidée par Didier Migaud (et, avant elle, la commission de déontologie de la fonction publique, dont la HATVP a pris le relai le 1er février 2020) sur plusieurs de ses activités : des prestations de conseil effectuées pour le compte de l’Israélien NSO Group, concepteur du logiciel espion Pegasus, de septembre 2019 à septembre 2020, puis pour le groupe Kering, entre septembre 2020 et septembre 2021 et, enfin, depuis mars 2020, pour le cabinet de conseil en stratégie et diplomatie commerciale Albright Stonebridge Group, présidé par l’ancienne secrétaire d’État des États-Unis, Madeleine Albright.

    Dans une délibération publiée mercredi (voir ci-dessous), la HATVP, qui avait été alertée sur cette situation par le militant anticorruption Raymond Avrillier, en juillet 2021 à la faveur des révélations sur le scandale Pegasus, explique ainsi avoir « invité » en septembre l’ancien diplomate « à régulariser sa situation ».

    La Haute Autorité ne fait pas part, dans son avis, d’un quelconque signalement judiciaire, mais Raymond Avrillier a saisi, le 21 septembre 2021, le parquet de Paris pour dénoncer de possibles faits d’intelligence avec une puissance étrangère. (...)

  • #Travailleurs_détachés : #condamnations à répétition pour #Bouygues

    En un an, le géant du #BTP a été condamné trois fois pour avoir eu recours illégalement à des ouvriers roumains et polonais sur le site de l’#EPR à #Flamanville, de 2009 à 2011. Des décisions de #justice passées inaperçues.

    https://www.mediapart.fr/journal/economie/091121/travailleurs-detaches-condamnations-repetition-pour-bouygues
    #France #condamnation #travail #exploitation #travailleurs_étrangers

    ping @karine4

  • Bruno Canard sur le Molnupiravir | Médiapart | 30.10.2021

    https://www.mediapart.fr/journal/france/301021/gelule-contre-le-covid-19-attention-aux-effets-d-annonce-indesirables

    « En tant que médicament mutagène, le Molnupiravir pourrait créer des risques à long terme qui ne sont pas évalués aujourd’hui par manque de recul, comme le fait de modifier l’ADN, ce qui pourrait provoquer un cancer. »
    [...]
    « Le Molnupiravir est une molécule ancienne essayée dans l’espoir de traiter l’hépatite C, par exemple. Mais l’idée a été abandonnée du fait de sa toxicité, d’autant que pour cette maladie, le médicament doit être pris au long court. Néanmoins, c’est différent pour le Covid-19 puisque le traitement dure seulement quelques jours. »
    [...]
    « le Molnupiravir pourrait lui-même créer de nouveaux variants du Sars-CoV-2 »

    Canard connaît la molécule [que MSD a recyclée] depuis bien avant la pandémie, ainsi que ses effets indésirables possibles, soulignés dans une étude scientifique publiée le 2 août 2021.

    Olivier Véran s’est vanté dès le 26 octobre d’avoir précommandé de quoi soigner 50 000 Français avant même de connaître les résultats détaillés de l’essai clinique mené par MSD.

    Vendu 700 dollars par patient pour un coût de fabrication de 18 dollars.

    • [...]

      Olivier Véran s’est vanté dès le 26 octobre d’avoir précommandé de quoi soigner 50 000 Français avant même de connaître les résultats détaillés de l’essai clinique mené par MSD.

      Cette première précommande sera actée à condition que les autorités sanitaires françaises valident son intérêt thérapeutique. Les lots de gélules arriveraient alors « à compter des derniers jours de novembre ou des premiers jours de décembre, c’est-à-dire dès que les traitements sortiront des chaînes de production », a mis en avant Olivier Véran.

      Nationalisme sanitaire

      Le ministère de la santé refuse de communiquer à Mediapart le prix d’achat, mais le tarif américain donne un ordre d’idée de la grille tarifaire. Pourtant, il s’agit d’une molécule facile à fabriquer. Le coût de production est estimé à moins de 18 dollars pour chaque patient.

      Plutôt que de s’allier en priorité aux autres États européens dans la perspective d’une possible commande groupée qui permettrait aux pouvoirs publics de peser davantage dans les négociations face au laboratoire, l’exécutif français choisit d’abord de faire cavalier seul.

      Le nationalisme sanitaire reprend de la vigueur, au point que le ministère ne prévoit pas d’attendre le feu vert de l’Agence européenne des médicaments (AEM) pour distribuer le Molnupiravir en France. L’AEM a pourtant annoncé le 25 octobre le lancement de l’examen accéléré du dossier présenté par MSD.

      « Presser les agences sanitaires et faire comme si leur accord était un détail est un mauvais signal envoyé dans un contexte de défiance. Le gouvernement français cède encore une fois à l’approche marketing de l’industrie pharmaceutique et lui laisse dicter les stratégies de santé », tacle Pauline Londeix, cofondatrice de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament.

  • Qatar Connection : Quand la France et le Qatar programmaient la guerre en Libye
    04.11.2021 | Thierry Gadault et Bernard Nicolas | Blast,
    https://www.blast-info.fr/articles/2021/qatar-connection-quand-la-france-et-le-qatar-programmaient-la-guerre-en-l

    Pour l’histoire officielle, vendue à l’époque par le gouvernement français et relayée d’un seul homme par les médias, l’affaire est simple : l’entrée en guerre de la France contre le régime du colonel Kadhafi a été autorisée le 17 mars 2011 par le conseil de sécurité de l’ONU, à travers la résolution 1973. Pour mémoire, celle-ci instaurait une zone d’exclusion aérienne destinée à protéger les populations civiles.

    Une décade plus tard, il est possible de reconstituer la mécanique à l’origine de l’engagement militaire de la France en Libye, au moins partiellement. En réalité, depuis quatre mois, Paris se préparait à renverser le chef d’Etat libyen. Bien avant le déclenchement des printemps arabes, qui a servi de paravent à cette opération. C’est une nouvelle révélation de notre saga sur la Qatar Connection.

    #Lybie #Sarkozy #Qatar

  • Le député Insoumis Bastien Lachaud poursuivi pour des soupçons d’escroquerie
    3 novembre 2021 Par Fabrice Arfi et Antton Rouget
    https://www.mediapart.fr/journal/france/031121/le-depute-insoumis-bastien-lachaud-poursuivi-pour-des-soupcons-d-escroquer
    C’est un coup dur pour Bastien Lachaud et pour La France insoumise (LFI), dont il est l’un des cadres de premier plan. Le député de Seine-Saint-Denis a été mis en examen, le 4 octobre dernier, des chefs de « prêt illicite de main-d’œuvre », « faux », « escroquerie » et « tentative d’escroquerie » par le juge d’instruction chargé de l’enquête des comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon, selon des informations de Mediapart..

    Le timing est bon, bravo Dupont-Lajoie-Moretti. Pour les poursuites pour tentative d’escroquerie je dit pas que c’est pas très grave mais ca me rappel certains ministres de l’interieur qui t’expliquent à la cool qu’ils fournissent des logements publique en échange de fellations... Mais surtout c’est tres synchro avec L’affaire Kohler mais de celle ci les principaux médias en parlerons avec parcimonie.

  • À la frontière franco-espagnole, le renforcement des contrôles conduit les migrants à prendre toujours plus de #risques

    Au #Pays_basque, après que trois Algériens sont morts fauchés par un train à Saint-Jean-de-Luz/Ciboure le 12 octobre, associations et militants dénoncent le « #harcèlement » subi par les migrants tentant de traverser la frontière franco-espagnole. Face à l’inaction de l’État, des réseaux citoyens se mobilisent pour « sécuriser » leur parcours et éviter de nouveaux drames.

    Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques).– Attablés en terrasse d’un café, mardi 26 octobre, sous un ciel gris prêt à déverser son crachin, Line et Peio peinent toujours à y croire. « On n’imagine pas le niveau de fatigue, l’épuisement moral, l’état de détresse dans lequel ils devaient se trouver pour décider de se reposer là un moment », constatent-ils les sourcils froncés, comme pour marquer leur peine.

    Le 12 octobre dernier, trois migrants algériens étaient fauchés par un train, au petit matin, à 500 mètres de la gare de Saint-Jean-de-Luz/Ciboure. Un quatrième homme, blessé mais désormais hors de danger, a confirmé aux enquêteurs que le groupe avait privilégié la voie ferrée pour éviter les contrôles de police, puis s’était arrêté pour se reposer, avant de s’assoupir.

    Un cinquième homme, dont les documents d’identité avaient été retrouvés sur les lieux, avait pris la fuite avant d’être retrouvé deux jours plus tard à Bayonne.

    « Ceux qui partent de nuit tentent de passer la frontière vers 23 heures et arrivent ici à 3 ou 4 heures du matin. La #voie_ferrée est une voie logique quand on sait que les contrôles de police sont quasi quotidiens aux ronds-points entre #Hendaye et #Saint-Jean-de-Luz », souligne Line, qui préside l’association #Elkartasuna_Larruna (Solidarité autour de la Rhune, en basque) créée en 2018 pour accompagner et « sécuriser » l’arrivée importante de migrants subsahariens dans la région.

    Peio Etcheverry-Ainchart, qui a participé à la création de l’association, est depuis élu, dans l’opposition, à Saint-Jean-de-Luz. Pour lui, le drame reflète la réalité du quotidien des migrants au Pays basque. « Ils n’iraient pas sur la voie ferrée s’ils se sentaient en sécurité dans les transports ou sur les axes routiers », dénonce-t-il en pointant du doigt le manque d’action politique au niveau local.

    « Ils continueront à passer par là car ils n’ont pas le choix et ce genre de drame va se reproduire. La #responsabilité politique des élus de la majorité est immense, c’est une honte. » Trois cents personnes se sont réunies au lendemain du drame pour rendre hommage aux victimes, sans la présence du maire de Saint-Jean-de-Luz. « La ville refuse toutes nos demandes de subvention, peste Line. Pour la majorité, les migrants ne passent pas par ici et le centre d’accueil créé à #Bayonne, #Pausa, est suffisant. »

    Un manque de soutien, à la fois moral et financier, qui n’encourage pas, selon elle, les locaux à se mobiliser auprès de l’association, qui compte une trentaine de bénévoles. Son inquiétude ? « Que les gens s’habituent à ce que des jeunes meurent et que l’on n’en parle plus, comme à Calais ou à la frontière franco-italienne. Il faut faire de la résistance. »

    Samedi dernier, j’en ai récupéré deux tard le soir, épuisés et frigorifiés

    Guillaume, un « aidant »

    Ce mardi midi à Saint-Jean-de-Luz, un migrant marocain avance d’un pas sûr vers la halte routière, puis se met en retrait, en gardant un œil sur l’arrêt de bus. Dix minutes plus tard, le bus en direction de Bayonne s’arrête et le trentenaire court pour s’y engouffrer avant que les portes ne se referment.

    Guillaume, qui travaille dans le quartier de la gare, fait partie de ces « aidants » qui refusent de laisser porte close. « Samedi dernier, j’en ai récupéré deux tard le soir, qui étaient arrivés à Saint-Jean en fin d’après-midi. Ils étaient épuisés et frigorifiés. » Après les avoir accueillis et leur avoir offert à manger, il les achemine ensuite jusqu’à Pausa à 2 heures du matin, où il constate qu’il n’est pas le seul à avoir fait la navette.

    La semaine dernière, un chauffeur de bus a même appelé la police quand des migrants sont montés à bord

    Guillaume, un citoyen vivant à Saint-Jean-de-Luz

    « Il m’est arrivé de gérer 10 ou 40 personnes d’un coup. Des femmes avec des bébés, des enfants, des jeunes qui avaient marché des heures et me racontaient leur périple. J’allais parfois m’isoler pour pleurer avant de m’occuper d’eux », confie celui qui ne cache pas sa tristesse face à tant d’« inhumanité ». Chaque jour, rapporte-t-il, la police sillonne les alentours, procède à des #contrôles_au_faciès à l’arrêt de bus en direction de Bayonne et embarque les migrants, comme en témoigne cette vidéo publiée sur Facebook en août 2019 (https://www.facebook.com/100000553678281/posts/2871341412894286/?d=n).

    « La semaine dernière, un #chauffeur_de_bus a même appelé la #police quand des migrants sont montés à bord. Ça rappelle une époque à vomir. » Face à ce « harcèlement » et cette « pression folle », Guillaume n’est pas étonné que les Algériens aient pris le risque de longer la voie ferrée. « Les habitants et commerçants voient régulièrement des personnes passer par là. Les gens sont prêts à tout. »

    À la frontière franco-espagnole aussi, en gare de Hendaye, la police est partout. Un véhicule se gare, deux agents en rejoignent un autre, situé à l’entrée du « topo » (train régional qui relie Hendaye à la ville espagnole de Saint-Sébastien), qui leur tend des documents. Il leur remet un jeune homme, arabophone, qu’ils embarquent.

    « Ils vont le laisser de l’autre côté du pont. Ils font tout le temps ça, soupire Miren*, qui observe la scène sans pouvoir intervenir. Les policiers connaissent les horaires d’arrivée du topo et des trains venant d’#Irun (côté espagnol). Ils viennent donc dix minutes avant et se postent ici pour faire du contrôle au faciès. » Depuis près de trois ans, le réseau citoyen auquel elle appartient, Bidasoa Etorkinekin, accueille et accompagne les personnes en migration qui ont réussi à passer la frontière, en les acheminant jusqu’à Bayonne.

    La bénévole monte à bord de sa voiture en direction des entrepôts de la SNCF. Là, un pont flambant neuf, barricadé, apparaît. « Il a été fermé peu après son inauguration pour empêcher les migrants de passer. » Des #grilles ont été disposées, tel un château de cartes, d’autres ont été ajoutées sur les côtés. En contrebas, des promeneurs marchent le long de la baie.

    Miren observe le pont de Santiago et le petit chapiteau blanc marquant le #barrage_de_police à la frontière entre Hendaye et #Irun. « Par définition, un #pont est censé faire le lien, pas séparer... » Selon un militant, il y aurait à ce pont et au pont de #Behobia « quatre fois plus de forces de l’ordre » qu’avant. Chaque bus est arrêté et les passagers contrôlés. « C’est cela qui pousse les personnes à prendre toujours plus de risques », estime-t-il, à l’instar de #Yaya_Karamoko, mort noyé dans la Bidassoa en mai dernier.

    On ne peut pas en même temps organiser l’accueil des personnes à Bayonne et mettre des moyens énormes pour faire cette chasse aux sorcières

    Eñaut, responsable de la section nord du syndicat basque LAB

    Le 12 juin, à l’initiative du #LAB, syndicat socio-politique basque, une manifestation s’est tenue entre Irun et Hendaye pour dénoncer la « militarisation » de la frontière dans ce qui a « toujours été une terre d’accueil ». « Ça s’est inscrit dans une démarche de #désobéissance_civile et on a décidé de faire entrer six migrants parmi une centaine de manifestants, revendique Eñaut, responsable du Pays basque nord. On ne peut pas en même temps organiser l’accueil des personnes à Bayonne et mettre des moyens énormes pour faire cette #chasse_aux_sorcières, avec les morts que cela engendre. L’accident de Saint-Jean-de-Luz est le résultat d’une politique migratoire raciste. » L’organisation syndicale espère, en développant l’action sociale, sensibiliser toutes les branches de la société – patronat, salariés, État – à la question migratoire.

    Des citoyens mobilisés pour « sécuriser » le parcours des migrants

    À 22 heures mardi, côté espagnol, Maite, Arantza et Jaiona approchent lentement de l’arrêt de bus de la gare routière d’Irun. Toutes trois sont volontaires auprès du réseau citoyen #Gau_Txori (les « Oiseaux de nuit »). Depuis plus de trois ans, lorsque les cars se vident le soir, elles repèrent d’éventuels exilés désorientés en vue de les acheminer au centre d’accueil géré par la Cruz Roja (Croix-Rouge espagnole), situé à deux kilomètres de là. En journée, des marques de pas, dessinées sur le sol à intervalle régulier et accompagnées d’une croix rouge, doivent guider les migrants tout juste arrivés à Irun. Mais, à la nuit tombée, difficile de les distinguer sur le bitume et de s’orienter.

    « En hiver, c’est terrible, souffle Arantza. Cette gare est désolante. Il n’y a rien, pas même les horaires de bus. On leur vient en aide parce qu’on ne supporte pas l’injustice. On ne peut pas rester sans rien faire en sachant ce qu’il se passe. » Et Maite d’enchaîner : « Pour moi, tout le monde devrait pouvoir passer au nom de la liberté de la circulation. » « La semaine dernière, il y avait beaucoup de migrants dans les rues d’Irun. La Croix-Rouge était dépassée. Déjà, en temps normal, le centre ne peut accueillir que 100 personnes pour une durée maximale de trois jours. Quand on leur ramène des gens, il arrive que certains restent à la porte et qu’on doive les installer dans des tentes à l’extérieur », rapporte, blasée, Jaiona.

    À mesure qu’elles dénoncent les effets mortifères des politiques migratoires européennes, un bus s’arrête, puis un second. « Je crois que ce soir, on n’aura personne », sourit Arantza. Le trio se dirige vers le dernier bus, qui stationne en gare à 23 h 10. Un homme extirpe ses bagages et ceux d’une jeune fille des entrailles du car. Les bénévoles tournent les talons, pensant qu’ils sont ensemble. C’est Jaiona, restée en arrière-plan, qui comprend combien l’adolescente a le regard perdu, désespérée de voir les seules femmes présentes s’éloigner. « Cruz Roja ? », chuchote l’une des volontaires à l’oreille de Mariem, qui hoche la tête, apaisée de comprendre que ces inconnues sont là pour elle.

    Ni une ni deux, Maite la soulage d’un sac et lui indique le véhicule garé un peu plus loin. « No te preocupes, somos voluntarios » (« Ne t’inquiète pas, nous sommes des bénévoles »), lui dit Jaiona en espagnol. « On ne te veut aucun mal. On t’emmène à la Croix-Rouge et on attendra d’être sûres que tu aies une place avant de partir », ajoute Maite dans un français torturé.

    Visage juvénile, yeux en amande, Mariem n’a que 15 ans. Elle arrive de Madrid, un bonnet à pompon sur la tête, où elle a passé un mois après avoir été transférée par avion de Fuerteventura (îles Canaries) dans l’Espagne continentale, comme beaucoup d’autres ces dernières semaines, qui ont ensuite poursuivi leur route vers le nord. Les bénévoles toquent à la porte de la Cruz Roja, un agent prend en charge Mariem. Au-dehors, les phares de la voiture illuminent deux tentes servant d’abris à des exilés non admis.

    J’avais réussi à passer la frontière mais la police m’a arrêtée dans le #bus et m’a renvoyée en Espagne

    Fatima*, une exilée subsaharienne refoulée après avoir franchi la frontière

    Le lendemain matin, dès 9 heures, plusieurs exilés occupent les bancs de la place de la mairie à Irun. Chaque jour, entre 10 heures et midi, c’est ici que le réseau citoyen Irungo Harrera Sarea les accueille pour leur donner des conseils. « Qui veut rester en Espagne ici ? », demande Ion, l’un des membres du collectif. Aucune main ne se lève. Ion s’y attendait. Fatima*, la seule femme parmi les 10 exilés, a passé la nuit dehors, ignorant l’existence du centre d’accueil. « J’avais réussi à passer la frontière mais la police m’a arrêtée dans le bus et m’a renvoyée en Espagne », relate-t-elle, vêtue d’une tenue de sport, un sac de couchage déplié sur les genoux. Le « record », selon Ion, est détenu par un homme qui a tenté de passer à huit reprises et a été refoulé à chaque fois. « Il a fini par réussir. »

    Éviter de se déplacer en groupe, ne pas être trop repérable. « Vous êtes noirs », leur lance-t-il, pragmatique, les rappelant à une triste réalité : la frontière est une passoire pour quiconque a la peau suffisamment claire pour ne pas être contrôlé. « La migration n’est pas une honte, il n’y a pas de raison de la cacher », clame-t-il pour justifier le fait de s’être installés en plein centre-ville.

    Ion voit une majorité de Subsahariens. Peu de Marocains et d’Algériens, qui auraient « leurs propres réseaux d’entraide ». « On dit aux gens de ne pas traverser la Bidassoa ou longer la voie ferrée. On fait le sale boulot en les aidant à poursuivre leur chemin, ce qui arrange la municipalité d’Irun et le gouvernement basque car on les débarrasse des migrants, regrette-t-il. En voulant les empêcher de passer, les États ne font que garantir leur souffrance et nourrir les trafiquants. »

    L’un des exilés se lève et suit une bénévole, avant de s’infiltrer, à quelques mètres de là, dans un immeuble de la vieille ville. Il est invité par Karmele, une retraitée aux cheveux grisonnants, à entrer dans une pièce dont les murs sont fournis d’étagères à vêtements.

    Dans ce vestiaire solidaire, tout a été pensé pour faire vite et bien : Karmele scrute la morphologie du jeune homme, puis pioche dans l’une des rangées, où le linge, selon sa nature – doudounes, pulls, polaires, pantalons – est soigneusement plié. « Tu es long [grand], ça devrait t’aller, ça », dit-elle en lui tendant une veste. À sa droite, une affiche placardée sous des cartons étiquetés « bébé » vient rappeler aux Africaines qu’elles sont des « femmes de pouvoir ».

    Le groupe d’exilés retourne au centre d’accueil pour se reposer avant de tenter le passage dans la journée. Mariem, l’adolescente, a choisi de ne pas se rendre place de la mairie à 10 heures, influencée par des camarades du centre. « On m’a dit qu’un homme pouvait nous faire passer, qu’on le paierait à notre arrivée à Bayonne. Mais je suis à la frontière et il ne répond pas au téléphone. Il nous a dit plus tôt qu’il y avait trop de contrôles et qu’on ne pourrait pas passer pour l’instant », confie-t-elle, dépitée, en fin de matinée. Elle restera bloquée jusqu’en fin d’après-midi à Behobia, le deuxième pont, avant de se résoudre à retourner à la Cruz Roja pour la nuit.

    L’exil nous détruit, je me dis des fois qu’on aurait mieux fait de rester auprès des nôtres

    Mokhtar*, un migrant algérien

    Au même moment, sur le parking précédant le pont de Santiago, de jeunes Maghrébins tuent le temps, allongés dans l’herbe ou assis sur un banc. Tous ont des parcours de vie en pointillés, bousillés par « el ghorba » (« l’exil »), qui n’a pas eu pitié d’eux, passés par différents pays européens sans parvenir à s’établir. « Huit ans que je suis en Europe et je n’ai toujours pas les papiers », lâche Younes*, un jeune Marocain vivant depuis un mois dans un foyer à Irun. Mokhtar*, un harraga (migrant parti clandestinement depuis les côtes algériennes) originaire d’Oran, abonde : « L’exil nous détruit, je me dis des fois qu’on aurait mieux fait de rester auprès des nôtres. Mais aujourd’hui, c’est impossible de rentrer sans avoir construit quelque chose... » La notion « d’échec », le regard des autres seraient insoutenables.

    Chaque jour, Mokhtar et ses amis voient des dizaines de migrants tenter le passage du pont qui matérialise la frontière. « Les Algériens qui sont morts étaient passés par ici. Ils sont même restés un temps dans notre foyer. Avant qu’ils ne passent la frontière, je leur ai filé quatre cigarettes. Ils sont partis de nuit, en longeant les rails de train depuis cet endroit, pointe-t-il du doigt au loin. Paix à leur âme. Cette frontière est l’une des plus difficiles à franchir en Europe. » L’autre drame humain est celui des proches des victimes, ravagés par l’incertitude faute d’informations émanant des autorités françaises.
    Les proches des victimes plongés dans l’incertitude

    « Les familles ne sont pas prévenues, c’est de la torture. On a des certitudes sur deux personnes. La mère de l’un des garçons a appelé l’hôpital, le commissariat… Sans obtenir d’informations. Or elle n’a plus de nouvelles depuis le jour du drame et les amis qui l’ont connu sont sûrs d’eux », expliquait une militante vendredi 22 octobre. Selon le procureur de Bayonne, contacté cette semaine par Mediapart, les victimes ont depuis été identifiées, à la fois grâce à l’enquête ouverte mais aussi grâce aux proches qui se sont signalés.

    La mosquée d’Irun a également joué un rôle primordial pour remonter la trace des harragas décédés. « On a été plusieurs à participer, dont des associations. J’ai été en contact avec les familles des victimes et le consulat d’Algérie, qui a presque tout géré. Les corps ont été rapatriés en Algérie samedi 30 octobre, le rescapé tient le coup moralement », détaille Mohamed, un membre actif du lieu de culte. Dès le 18 octobre, la page Facebook Les Algériens en France dévoilait le nom de deux des trois victimes, Faisal Hamdouche, 23 ans, et Mohamed Kamal, 21 ans.

    À quelques mètres de Mokhtar, sur un banc, deux jeunes Syriens se sont vu notifier un refus d’entrée, au motif qu’ils n’avaient pas de documents d’identité : « Ça fait quatre fois qu’on essaie de passer et qu’on nous refoule », s’époumone l’aîné, 20 ans, quatre tickets de « topo » à la main. Son petit frère, âgé de 14 ans, ne cesse de l’interroger. « On ne va pas pouvoir passer ? » Leur mère et leur sœur, toutes deux réfugiées, les attendent à Paris depuis deux ans ; l’impatience les gagne.

    Jeudi midi, les Syriens, mais aussi le groupe d’exilés renseignés par Irungo Harrera Sarea, sont tous à Pausa, à Bayonne. Certains se reposent, d’autres se détendent dans la cour du lieu d’accueil, où le soleil cogne. « C’était un peu difficile mais on a réussi, confie Fofana, un jeune Ivoirien, devant le portail, quai de Lesseps. Ça me fait tellement bizarre de voir les gens circuler librement, alors que nous, on doit faire attention. Je préfère en rire plutôt qu’en pleurer. »

    Si les exilés ont le droit de sortir, ils ne doivent pas s’éloigner pour éviter d’être contrôlés par la police. « On attend le car pour aller à Paris ce soir », ajoute M., le Syrien, tandis que son petit frère se cache derrière le parcmètre pour jouer, à l’abri du soleil, sur un téléphone. Une dernière étape, qui comporte elle aussi son lot de risques : certains chauffeurs des cars « Macron » réclament un document d’identité à la montée, d’autres pas.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/311021/la-frontiere-franco-espagnole-le-renforcement-des-controles-conduit-les-mi

    #frontières #migrations #réfugiés #France #Espagne #Pyrénées #contrôles_frontaliers #frontières #délation #morts #morts_aux_frontières #mourir_aux_frontières #décès #militarisation_de_la_frontière #refoulements #push-backs #solidarité

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    voir aussi :
    #métaliste sur les personnes en migration décédées à la frontière entre l’#Espagne et la #France, #Pays_basque :
    https://seenthis.net/messages/932889

  • Dissolution d’une association antiraciste : la mécanique infernale
    https://www.mediapart.fr/journal/france/281021/dissolution-d-une-association-antiraciste-la-mecanique-infernale

    Dans l’indifférence générale, le ministre de l’intérieur a annoncé, le 20 octobre, la dissolution de la Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), une association lyonnaise qui accompagnait des personnes victimes d’islamophobie sur l’ensemble du territoire.

    Signé au nom d’Emmanuel Macron, le décret retient deux des sept motifs de dissolution prévus par le Code de la sécurité intérieure : d’une part, la « [provocation] à des manifestations armées ou à des agissements violents à l’encontre des personnes ou des biens » ; d’autre part, le fait que l’association aurait « [provoqué ou contribué] par [ses] agissements à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine […], de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée » ou « [propagé] des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence ».

  • Israël : Bennett, c’est Netanyahou en pire
    27 octobre 2021 Par René Backmann | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/271021/israel-bennett-c-est-netanyahou-en-pire?onglet=full

    En désignant six ONG de la société civile palestinienne comme « organisations terroristes », le ministre de la défense israélien confirme que le gouvernement de Naftali Bennett, loin d’incarner le changement annoncé, poursuit et aggrave la politique de Benjamin Netanyahou. (...)

    #Interdiction_associations

    • Point de presse du 26 octobre 2021
      https://basedoc.diplomatie.gouv.fr/vues/Kiosque/FranceDiplomatie/kiosque.php?fichier=ppfr2021-10-26.html#Chapitre2

      2. Israël/Territoires palestiniens (26 octobre 2021)

      La France exprime sa préoccupation après la désignation par les autorités israéliennes de six organisations non gouvernementales palestiniennes humanitaires et de défense des droits de l’Homme comme organisations terroristes.

      La France réaffirme son attachement au rôle indispensable de la société civile dans la vie démocratique. Il est de la responsabilité des Etats de créer et de maintenir un environnement propice à leur travail.

      Nous souhaitons que des clarifications soient apportées par les autorités israéliennes.

      #FranceDiplo

    • Une responsable de l’ONU : la décision d’Israël de classer des institutions d’organisations « terroristes » est une attaque injustifiée contre la société civile palestinienne
      https://french.wafa.ps/Pages/Details/197807

      GENÈVE, le 26 octobre 2021, WAFA – La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet a déclaré que la décision d’Israël de désigner six organisations de la société civile palestinienne comme "organisations terroristes" est une attaque contre les défenseurs des droits humains, contre les libertés d’association, d’opinion et d’expression, et contre le droit à participation, et devrait être immédiatement révoqué.
      "Les organisations concernées font partie des groupes humanitaires et de défense des droits humains les plus réputés dans le territoire palestinien occupé et travaillent en étroite collaboration avec l’ONU depuis des décennies", a fait savoir la Haut-Commissaire des Nations Unies dans un communiqué.
      Les décisions de désignation en vertu de la loi antiterroriste israélienne de 2016 sont fondées sur des raisons extrêmement vagues ou infondées, y compris des activités tout à fait pacifiques et légitimes en matière de droits humains, telles que la fourniture d’une aide juridique aux Palestiniens en détention, l’organisation d’activités pour les femmes en Cisjordanie, et "promouvoir des mesures contre Israël dans l’arène internationale."
      « Revendiquer des droits devant l’ONU ou un autre organisme international n’est pas un acte de terrorisme, défendre les droits des femmes dans le territoire palestinien occupé n’est pas du terrorisme, et fournir une aide juridique aux Palestiniens détenus n’est pas du terrorisme », a souligné Bachelet. (...)

    • Israël qualifie la lutte pour les droits des Palestiniens de « terrorisme » – et inverse ainsi la réalité
      Jonathan Cook – Mardi 26 octobre 2021
      https://www.middleeasteye.net/fr/opinion-fr/israel-ong-palestiniennes-terroristes-cacher-crimes-apartheid-occupat

      En qualifiant des ONG palestiniennes de terroristes, l’objectif pour Israël est de mettre l’Europe dans l’embarras pour qu’elle cesse de financer des organisations qui documentent efficacement les crimes de guerre israéliens, et d’empêcher ainsi tout surveillance étroite