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  • Affaire de Viry-Châtillon : comment la police a fabriqué de faux coupables
    16 mai 2021 Par Pascale Pascariello, Antton Rouget et Antoine Schirer | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/160521/affaire-de-viry-chatillon-comment-la-police-fabrique-de-faux-coupables?ong

    De nouveaux documents consultés par Mediapart, dont plusieurs vidéos d’audition que nous diffusons, montrent que des policiers chargés de l’enquête sur l’agression de leurs collègues à Viry-Châtillon ont déformé, en rédigeant leurs procès-verbaux, les propos de leur témoin principal, jusqu’à lui faire dire l’opposé de ce qu’il avait déclaré.

    https://www.youtube.com/watch?v=qpkxkupSQVs


    #Violences_policières #mensonges_policiers

  • Panthéonisation de Gisèle Halimi : aux grandes femmes la patrie indifférente ?
    https://www.liberation.fr/societe/droits-des-femmes/pantheonisation-de-gisele-halimi-aux-grandes-femmes-la-patrie-meconnaissa
    Selon France Inter, Emmanuel Macron pourrait renoncer à faire entrer la dépouille de l’avocate au Panthéon, en raison de ses prises de position pendant la guerre d’Algérie. Nombre de militantes féministes s’insurgent, l’Elysée tempère.

    « Décevant, voire révoltant », pour Osez le Féminisme !, « une déception » pour les Effronté-es… L’éventualité d’un recul de l’Elysée sur la panthéonisation de Gisèle Halimi, avocate fervente défenseure des droits des femmes décédée l’été dernier, suscite craintes et colère des féministes.

    C’est une information de France Inter qui a mis le feu aux poudres ce jeudi matin : selon la radio publique, le président de la République pourrait bien renoncer à cet engagement en raison des prises de position d’Halimi pendant la guerre d’Algérie. L’avocate, connue pour sa mobilisation contre le viol et....

    #paywall #femmes #historicisation #panthéon #hommage #femmage #invisibilisation #féminisme

    • Pourquoi l’entrée de Gisèle Halimi au Panthéon est compromise
      par Simon Le Baron publié le 13 mai 2021 à 6h09

      INFO FRANCE INTER | Les associations féministes, plus de 34.000 pétitionnaires en ligne, le conseil de Paris et même la ministre chargé de l’égalité femmes hommes réclament la panthéonisation de Gisèle Halimi. Mais l’engagement de l’avocate sur la guerre d’Algérie pourrait conduire le président à renoncer au projet.

      La célèbre avocate et militante féministe est morte le 28 juillet 2020, à 93 ans. Depuis, sa panthéonisation est réclamée par plusieurs associations féministes, par la Ville de Paris ou encore par la ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Élisabeth Moreno, pour qui l’avocate « a été une militante de tous les droits, a porté des batailles que personne n’avait eu le courage de porter avant elle ». Mais selon les informations de France Inter, il y a de fortes chances qu’Emmanuel Macron y renonce. En cause, l’engagement de Gisèle Halimi pendant la guerre d’Algérie.

      C’est une règle absolue : une panthéonisation doit rassembler et, par-dessus tout, ne froisser personne. Le nom de Gisèle Halimi, héroïne de la lutte pour les droits des femmes, semblait plutôt consensuel. Mais en janvier dernier, le rapport rendu par Benjamin Stora à l’Élysée « a clivé », confie un proche du dossier. Dans ce rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie commandé par Emmanuel Macron, l’historien recommande de faire entrer Gisèle Halimi au Panthéon, comme « figure d’opposition à la guerre d’Algérie ».
      Mettre en lumière la grande cause du quinquennat ou « réconcilier les mémoires » ?

      L’avocate de militants du FLN (Front de libération nationale) parmi les « grands hommes » - et les grandes femmes ? « Certaines associations de harkis et de pieds-noirs l’ont pris comme une insulte », regrette cette même source. Cela n’a pas échappé au président, son entourage le reconnaît. Lui qui s’est donné pour mission de « réconcilier les mémoires » hésite à prendre le risque de raviver ces blessures.

      L’entrée au Panthéon de Gisèle Halimi serait pourtant l’occasion, explique un conseiller, « d’envoyer au passage un message à la gauche » à quelques mois de l’élection présidentielle, et de « mettre en lumière la grande cause du quinquennat », l’égalité entre les femmes et les hommes. Pour l’heure, seules cinq femmes ont eu un tel honneur (sur 80 « panthéonisés ») : Simone Veil, les résistantes Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion, la physicienne Marie Curie et la scientifique Sophie Berthelot. Alors chez Élisabeth Moreno, on jure que la ministre « ne lâchera rien » et « continuera de se battre », dans la presse comme en coulisses.

      La panthéonisation de l’emblématique combattante féministe et anticolonialiste est toujours en cours d’examen par la commission « Mémoire et vérité » mise en place par l’Élysée dans la foulée du rapport Stora. Si cette entrée au Panthéon pourrait finalement être jugée trop sensible, la présidence assure en revanche que l’hommage national à Gisèle Halimi promis par Emmanuel Macron aura bien lieu, à une date qui n’est pas encore fixée.

      https://www.franceinter.fr/politique/pourquoi-l-entree-de-gisele-halimi-au-pantheon-est-compromise

    • En 2018, Simone Veil était la cinquième femme inhumée au Panthéon, après Sophie Berthelot, inhumée aux côtés de son mari le chimiste Marcellin Berthelot ; la physicienne Marie Curie ; les résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz en 2015. Une pétition lancée le 8 mai 2021 plaide pour l’entrée au Panthéon de l’artiste franco-américaine Joséphine Baker. D’autres noms sont aussi sur la liste des candidates, comme la révolutionnaire féministe Olympe de Gouges ou Lucie Aubrac, grande résistante pendant la seconde guerre mondiale.

      https://information.tv5monde.com/terriennes/pantheon-gisele-halimi-une-grande-femme-chez-les-grands-hommes

    • Gisèle Halimi au Panthéon : Macron temporise
      https://www.mediapart.fr/journal/france/140521/gisele-halimi-au-pantheon-macron-temporise
      La panthéonisation de l’avocate et militante féministe Gisèle Halimi, engagée aux côtés du FLN pendant la guerre d’Algérie, nécessite encore une « réflexion », selon l’Élysée. « Il faut écouter les uns et les autres », dont les collectifs de « femmes d’harkis » qui s’y opposent.

      l n’y a pas d’hésitation. Il y a une réflexion et des consultations. » Vingt-quatre heures après la publication d’un article de France Inter, selon lequel Emmanuel Macron pourrait renoncer à la panthéonisation de Gisèle Halimi, en raison de son engagement aux côtés de militants du FLN (Front de libération nationale) pendant la guerre d’Algérie, l’Élysée tempère. « Rien n’est décidé », indique l’entourage du président de la République. Rien si ce n’est que l’hommage national, promis par ce dernier, aura bien lieu aux Invalides, à une date qui reste encore à déterminer.

      Contrairement à cet hommage, l’entrée au Panthéon de l’avocate, décédée le 28 juillet 2020, n’a jamais été officialisée par le chef de l’État. Il figure en revanche parmi les préconisations du rapport de Benjamin Stora, remis au chef de l’État en janvier. L’historien évoque Gisèle Halimi comme une « grande figure féminine d’opposition à la guerre d’Algérie », soulignant que « les noms et les trajectoires de ceux qui ont refusé le système colonial doivent être portés à la connaissance des jeunes générations, pour que l’on sorte des mémoires séparées, communautarisées ».

      Entre 1960 et 1962, Gisèle Halimi avait notamment défendu Djamila Boupacha, une jeune militante du FLN, accusée d’avoir posé une bombe, torturée et violée en détention par des soldats français. « Son dossier était [...] un parfait condensé des combats qui m’importaient : la lutte contre la torture, la dénonciation du viol, le soutien à l’indépendance et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la solidarité avec les femmes engagées dans l’action publique et l’avenir de leur pays, la défense d’une certaine conception de la justice, et enfin mon féminisme. Tout était réuni. Le cas était exemplaire », confiait-elle dans Une farouche liberté (Grasset).

      À l’époque et aux côtés notamment de Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi avait largement contribué à mettre en lumière ce qu’Emmanuel Macron a officiellement reconnu, en septembre 2018 : « un système légalement institué » par l’État français, ayant permis le recours « à la torture à des fins politiques », pendant la guerre d’Algérie. Ce combat pour la « dignité », l’avocate l’a porté tout au long de sa vie. « De ses plaidoiries, elle fit des manifestes politiques, et de sa révolte une révolution », écrivait à son propos l’Élysée, le jour de sa mort.

      On aurait pu croire que la panthéonisation de Gisèle Halimi, proposée par Benjamin Stora, et réclamée par bon nombre de collectifs féministes, ainsi que par la ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes Élisabeth Moreno, soit assez consensuelle pour aller de soi. Mais ce n’est pas le cas, concède l’Élysée, rappelant que la seule préconisation du rapport Stora a suscité de vives réactions, comme en témoigne cette tribune du « Figaro Vox », signée par une cinquantaine de « filles et femmes d’harkis », fin janvier.

      « Nous nous élevons de manière unanime, forte et déterminée, contre la proposition émise par Benjamin Stora, écrivaient-elles. Sur France Inter, le 3 mai 2010, dans l’émission “Comme on nous parle”, Gisèle Halimi a été interrogée sur le fait de savoir si “la femme n’est jamais [...] la meilleure ennemie de la femme”. Et Gisèle Halimi a fait cette réponse : “Je crois que, quand la femme… oui, cela arrive, hélas… Moi, j’ai appelé ça, en référence à la guerre d’Algérie, les femmes harkis. Les femmes harkis, malheureusement, cela existe.” Est-ce ainsi que Benjamin Stora veut favoriser la réconciliation ? Gisèle Halimi, qui a affiché en plusieurs autres occasions son mépris pour les harkis, n’est pas une femme de réconciliation. »

      Or, insiste son entourage, Emmanuel Macron veut « réconcilier les mémoires ». « La mémoire fracturée, c’est celle des pieds-noirs, celle des harkis, celle des appelés du contingent, celle des militaires français, celle des Algériens venus ensuite en France, celle des enfants de cette migration, celle des binationaux…, confiait récemment le chef de l’État au Figaro. Toutes ces mémoires cohabitent sur notre sol et vivent dans un même pays dont elles partagent le projet national. Il faut les réconcilier. Je ne suis ni dans la repentance ni dans le déni. Je crois dans une politique de la reconnaissance qui rend notre nation plus forte. »

      Cette approche mémorielle nécessite, selon l’Élysée, des gestes de toutes parts. Et du temps. Beaucoup de temps. « Il faut écouter les uns et les autres. C’est une décision qui exige une concertation avec de nombreuses parties prenantes », explique un conseiller du président de la République, évoquant les « acteurs, témoins ou dépositaires qui ont été confrontés aux combats de Gisèle Halimi ». Bien qu’il s’en défende, cette approche participe aussi du « en même temps » précaire d’un exécutif qui s’est lancé, depuis des mois, dans une critique méthodique des mouvements décoloniaux.

      Pourtant, comme l’a souligné la députée La France insoumise (LFI) Clémentine Autain sur Twitter, « ce sont aussi ses positions humanistes sur l’Algérie qui légitiment l’entrée de Gisèle Halimi au Panthéon. Elle ne faisait pas partie de ceux qui regrettent le “bon temps des colonies”. Elle défendait le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Si Macron renonce… » « Renoncer à la nécessité de la panthéoniser au nom de la réconciliation des mémoires, ce serait céder aux pressions de l’extrême droite », a également fustigé sa collègue conseillère de Paris, Danielle Simonnet, dans Libération.

      De son côté, l’Élysée assure que l’idée n’est pas écartée à ce stade. D’autant, précise l’entourage d’Emmanuel Macron, qu’« on ne peut pas réduire Gisèle Halimi à la guerre d’Algérie ». Elle « a été une militante de tous les droits, elle a porté des batailles que personne n’avait eu le courage de porter avant elle », avait d’ailleurs plaidé Élisabeth Moreno, en décembre 2020, sur France Inter. Citant le « manifeste des 343 » ou encore le combat de l’avocate pour les droits des personnes LGBT+, la ministre déléguée avait assuré « mettre toute son énergie » à convaincre le chef de l’État de la faire entrer au Panthéon, où reposent actuellement 5 femmes et 75 hommes.

  • Les marches climat ont réussi à ce que le techno-capitalisme change ...de vocabulaire
    https://ricochets.cc/Les-marches-climat-ont-reussi-a-ce-que-le-techno-capitalisme-change-de-voc

    Un article sur l’enlisement des « marches climat », suivi de quelques remarques. 👿 CLIMAT : OU EST PASSEE LA COLERE ? 👿 Climat : où est passée la colère ? Marche sans revendication offensive, controverse stérile sur un hypothétique référendum, discussion au Sénat d’une loi vide de sens : on n’a jamais autant parlé de climat pour en dire si peu. Face au travail de sape institutionnel, le mouvement climat apparaît en panne de stratégie. Dimanche 9 mai, dans la marche parisienne pour le climat et contre la loi (...) #Les_Articles

    / #Résistances_au_capitalisme_et_à_la_civilisation_industrielle, La civilisation, la civilisation (...)

    #La_civilisation,_la_civilisation_industrielle
    https://www.mediapart.fr/journal/france/100521/climat-ou-est-passee-la-colere
    https://usbeketrica.com/fr/article/promethium-un-roman-graphique-sur-la-face-cachee-de-la-transition-ecolo

  • Les barrières d’accès à une alimentation saine quand on est pauvre

    La survenue de l’épidémie de Covid-19 a fragilisé les plus pauvres. Plus que jamais, la question alimentaire se retrouve au centre des préoccupations. Dans l’urgence, il faut pourvoir aux besoins. Mais les associations essaient autant que possible de ne pas sacrifier la qualité en proposant aux bénéficiaires des produits frais et sains.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/120521/les-barrieres-d-acces-une-alimentation-saine-quand-est-pauvre
    #alimentation #pauvreté #qualité #alimentation_saine #accès #crise_sanitaire #nourriture #aide_alimentaire #confinement #justice_sociale

  • Régionales : l’ancien bras droit de Georges Frêche tête de liste RN dans l’Hérault
    https://www.nouvelobs.com/elections-regionales-2021/20210511.OBS43921/info-obs-regionales-l-ancien-bras-droit-de-georges-freche-tete-de-liste-r

    Le Rassemblement national ne chasse pas qu’à droite. La digue cède aussi à gauche. Selon nos informations, Frédéric Bort, ancien directeur de cabinet de l’ex-président socialiste de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, sera la tête de liste soutenue par le Rassemblement national (RN, ex-Front national) dans l’Hérault lors des élections régionales de juin prochain. Une candidature pour appuyer la tête de liste régionale en Occitanie du parti de Marine Le Pen, l’ancien député UMP, aujourd’hui eurodéputé RN, Jean-Paul Garraud. Le ralliement de Frédéric Bort, 43 ans, sera annoncé mercredi 12 mai.

    Après avoir dit au « Midi Libre », qui avait eu vent du projet, « y réfléchir », Frédéric Bort, contacté par « l’Obs », assume désormais : « J’ai pris la décision ce week-end d’accepter la proposition qui m’a été faite. » Et d’assurer : « Je n’ai pas pris ma carte au RN, et personne ne me l’a demandé ».

    Avant de faire son choix, cet enseignant contrarié, qui n’a jamais été élu, en a parlé à ses proches. « Il y avait ceux qui comprennent ma démarche, et il y a ceux qui trouvent que je transgresse un peu trop », dit-il. Plus de dix ans après la mort subite de Georges Frêche, en octobre 2010, son bras droit quitte donc les rives de la gauche pour celles de l’extrême droite.

    #je_transgresse_un_peu_trop (typiquement le genre de foutaise que disait Frêche, justement)

    • Un peu trop : La dernière recrue phare du RN est visée par une enquête judiciaire
      https://www.mediapart.fr/journal/france/140521/la-derniere-recrue-phare-du-rn-est-visee-par-une-enquete-judiciaire#at_med

      Frédéric Bort, l’ancien directeur de cabinet de Georges Frêche, a annoncé son ralliement au Rassemblement national mercredi 12 mai. Une semaine plus tôt, il était en garde à vue dans une affaire d’abus de bien social présumé, selon des informations de Mediapart.

      [...] Interrogé par le journal Métropolitain sur son passage par la gendarmerie, Frédéric Bort, qui travaille dans le vignoble familial de Saint-Christol, avait étonnement soutenu, le 6 mai, ne pas avoir été auditionné en tant que suspect par les enquêteurs. « Non, non, il ne s’est rien passé, je n’ai pas été placé en garde à vue », déclarait-il alors.

      [...] Georges Frêche a en effet tout fait pour mettre le pied à l’étrier à son directeur de cabinet, arrivé à ses côtés en 2004, jusqu’à le soutenir dans ses études universitaires. Le 6 septembre 2006, le président de la Région déclare dans La Gazette de Montpellier : « J’aimerais le garder [à la Région], et qu’il ait un vrai métier : c’est-à-dire qu’avant de se lancer dans une carrière politique, il termine sa thèse et obtienne un poste de maître de conférences à la faculté de droit. »

      Ce qui sera fait quelques mois plus tard : en décembre 2007, Frédéric Bort, inscrit en thèse à la fin des années 1990 après un mémoire sur la coopération viticole (sujet lié à la profession de ses parents), soutient enfin sa thèse dont le sujet porte sur… Georges Frêche.

      Intitulée « Le sens politique. Contribution à l’étude des usages du métier d’un chef politique local : Georges Frêche 2004-2007 », la thèse provoque une importante polémique au sein de l’université. Autre point de crispation : le directeur de thèse de M. Bort, « qui n’est plus le même qu’en 2000 – autre entorse à la stricte tradition universitaire », comme le révèle Rue89 à l’époque, est un professeur de science politique « émérite » proche de Georges Frêche.

      [... Frédéric Bort continue à travailler au cabinet avant, rêve-t-il, de rejoindre les bancs de l’Assemblée nationale et de lancer sa carrière politique. Seulement, aux législatives de juin 2012, un an et demi après le décès de Georges Frêche, l’ancien directeur de cabinet vit comme un désaveu cinglant le choix de la direction nationale du PS de geler sa circonscription pour un candidat écologiste (qui sera élu au Palais-Bourbon). Rebelote en 2017, quand M. Bort est cette fois écarté par la commission d’investiture d’En Marche ! au profit de Patricia Mirallès, sa suppléante déclarée en 2012.

      [...] Le voilà désormais qui estime qu’« il y a d’un côté, les gens qui sont à l’aise, les élites pro-européens et mondialistes », et « le reste : les gens ordinaires, le peuple ouvrier. Ces gens-là, personne n’en parle, personne ne les défend ! » Ce qui justifie, selon lui, de passer à l’extrême droite. « Le discours d’Emmanuel Macron m’a plu, une rupture soft. J’ai été déçu. Il y a un moment, il faut faire en sorte d’une alternative qui soit offerte aux gens oubliés dans la mondialisation », indique-t-il.

      [...] Dans le documentaire Le Président d’Yves Jeuland consacré à la dernière campagne régionale de Georges Frêche, en mars 2010, l’engagement de son directeur de cabinet, et sa conception de la politique, était apparu sans filtre aux yeux du public.

      En pleine campagne pour la réélection de son mentor, Frédéric Bort déclarait, dans une séquence devenue culte (voir ci-dessous https://www.youtube.com/watch?v=PrKgmGHPfpM

      ) : « Il faut mentir, sortir des chiffres avec de l’aplomb, etc. Dire que vous avez fait le double. C’est ça qui compte, c’est essentiel. De toute façon, en période électorale, j’allais dire, tout peut se dire et n’importe quoi peut se dire et peut être accrédité de la même manière alors que c’est faux. » L’extrême droite ne devrait pas le dépayser.

  • #MeTooGay : de jeunes mannequins brisent un tabou - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/070521/metoogay-de-jeunes-mannequins-brisent-un-tabou?onglet=full

    Pendant plusieurs mois, Mediapart a rencontré des jeunes hommes, mannequins ou modèles amateurs et professionnels, qui rapportent avoir été confrontés à des propos et gestes à connotation sexuelle avec un photographe. Mais ils ont du mal à se faire entendre.

  • Retour au « village de Bamboula » : en 1994, un « zoo humain » à prétention touristique - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/090521/retour-au-village-de-bamboula-en-1994-un-zoo-humain-pretention-touristique

    Retour au « village de Bamboula » : en 1994, un « zoo humain » à prétention touristique
    9 mai 2021 Par Julien Coquelle-Roëhm et Nina Soyez

    Le 10 mai 2001, la loi Taubira reconnaissait la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Mediapart revient sur l’organisation du dernier « zoo humain » français, près de Nantes. Un épisode entouré de silences.

    Port-Saint-Père (Loire-Atlantique).– « À toute chose, malheur est bon. Dans la vie, c’est l’expérience qui te fait grandir. » Lassina Coulibaly n’est pas du genre à se morfondre. Toute sa vie, il a pu vivre de ce qu’il aimait le plus : la musique. Encore aujourd’hui, à 52 ans, on le retrouve avec son groupe d’afro-rock dans une ferme de Loire-Atlantique, loin de sa Côte d’Ivoire natale.

    Son vieil ami Benoît, ancien professeur de percussions, raconte comment il a rencontré Lassina en 1994, au parc Safari Africain de Port-Saint-Père, pas loin de Nantes, qui venait d’ouvrir son « village de Côte d’Ivoire » : « On m’avait dit qu’il y avait des musiciens ivoiriens qui jouaient super bien. Ces jeunes qui avaient l’air d’être des enfants jouaient avec une telle qualité de son. Tout le monde au parc était époustouflé. » Mais « quand on est arrivés, se souvient aussi Benoît, un petit enfant a montré du doigt mon fils qui est métis et a dit : “Oh ! regarde, maman, un Bamboula !” J’ai vu la pancarte au loin, j’ai vite compris. »

    L’entrée du parc Safari Africain de Port-Saint-Père, en avril 1994, exhibition rappelant les « zoos humains » de l’époque coloniale. © Yves Forestier / Sygma via Getty Images L’entrée du parc Safari Africain de Port-Saint-Père, en avril 1994, exhibition rappelant les « zoos humains » de l’époque coloniale. © Yves Forestier / Sygma via Getty Images

    Haute de plusieurs mètres, flanquée d’une statue géante à l’effigie d’un petit garçon noir habillé d’un pagne au motif léopard, l’entrée du parc affiche « Le village de Bamboula ». La pancarte est affublée d’un logo de la biscuiterie St Michel, qui commercialise alors les gâteaux du même nom. Face à la caméra de la télévision locale, en novembre 1993, Dany Laurent, le directeur du Safari Africain, principal parc touristique de la région où sont exposés plus d’un millier d’animaux, semble convaincu de sa dernière attraction : « Ce village, c’est une première sur le sol français et même sur le sol européen. Je me suis inspiré d’un village authentique qui s’appelle Fégéré en Côte d’Ivoire. J’ai voulu que ce soit une vraie reconstitution. [...] Le but ici est de promouvoir le tourisme en Côte d’Ivoire. En contrepartie, le ministère du tourisme nous offre [sic] des artisans et un groupe [d’artistes] pour assurer l’animation toute la saison. »

    Sur un prospectus publicitaire du parc, la visite du village « protégé par les fétiches » qui « transporte au cœur de l’Afrique Noire » est présentée comme une « aventure sereine, colorée et inoubliable ». « Ici, le folklore a le goût de l’authentique, les jeunes chantent et dansent au rythme des coutumes ancestrales. » Une « authenticité » poussée jusque dans la construction du village, réalisée par des ouvriers venus de Côte d’Ivoire pendant l’hiver 1993, et saluée par le premier ministre ivoirien Daniel Kablan Duncan, présent le jour de l’inauguration.

    Parmi « les jeunes [qui] chantent », on retrouve Lassina, qui a alors 25 ans et joue du djembé. Il y a aussi les treize autres membres du DJOLEM, la troupe de musiciens et de danseurs choisie par le ministère du tourisme ivoirien. « Comme tout groupe en Afrique, quand on nous a dit qu’on allait venir en France, on était tous contents », raconte Lassina. « Le mot “bamboula”, je ne savais même pas ce qu’il voulait dire. »

    Certains d’entre eux sont très jeunes : derrière leurs djembés, Harouna Dembélé et son petit frère Issouf ont respectivement 15 et 10 ans. « On était contents de jouer, et puis c’était notre travail, affirme sans détour Harouna, retrouvé par Mediapart. On savait qu’on pourrait gagner un peu d’argent pour nourrir notre famille en Afrique. »

    Les cases du village factice accueillent aussi des artisans qui « pratiquent leur art traditionnel » devant les touristes : un forgeron, une potière, un tisserand, un peintre et un sculpteur, Kolo, qui pose pour la photo devant l’entrée du parc. Mediapart l’a retrouvé, au bout du fil, à Korhogo, une ville du nord de la Côte d’Ivoire célèbre pour son artisanat. « Nous, les artisans, on venait tous de Korhogo. J’étais le seul à être déjà venu en France. Pour les autres, c’était la première fois. On nous avait demandé de venir avec notre femme, certains ont accepté, moi j’ai refusé », raconte le sculpteur. « Le forgeron est reparti au bout de trois mois car sa femme était enceinte. Dany Laurent était d’accord pour la renvoyer au pays, mais il voulait que le forgeron reste. Le forgeron a refusé que sa femme rentre seule. »

    Pour Sandrine Lemaire, professeure agrégée en histoire, qui a coécrit avec Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch et Nicolas Bancel l’ouvrage Zoos humains et exhibitions coloniales (La Découverte), le concept du « faux » village résonne fortement avec les attractions de l’époque coloniale. « En plus du processus d’exhibition, on leur demande de rejouer une vie quotidienne supposée. Tout cela est très similaire au zoo humain. »

    Que la visite du parc animalier se finisse par celle du village est aussi très significatif : « En mêlant des humains à des animaux, on les présente, si l’on puit dire, plus proches de l’animal que de la civilisation, comme des sauvages. On est encore dans des stéréotypes très coloniaux. »

    Tous les jours de la semaine, les artistes et artisans animent le village en habits traditionnels dans des températures qui, parfois, ne dépassent pas 15 °C. Les femmes dansent souvent seins nus, en extérieur, devant les touristes. Les performances s’enchaînent toutes les 30 minutes, jusqu’à la fermeture du parc à 19 heures. « Dans le ballet, en Afrique, on répète tous les jours, mais ce ne sont pas les mêmes conditions, détaille Harouna. Dans une répétition, tu as une énergie différente du spectacle où tu donnes tout. Un spectacle de 30 minutes peut te prendre l’énergie d’une répétition de 4 heures. À un moment, c’est vrai qu’il y avait de la fatigue, et on a gardé ce même rythme pendant 6 mois. »

    Lassina se souvient de ses mains douloureuses à force de jouer : « Certains jours, c’était dur. Parfois, quand on finissait, on passait les mains sous l’eau tiède et on frottait avec du beurre de karité. Et puis au tout début, il faisait froid. On avait tellement mal qu’il nous est arrivé de prendre des baguettes pour jouer. »

    Vivant sur place, dans une maison située dans l’enceinte du parc, les déplacements des artistes et artisans sont aussi limités car soumis aux horaires d’ouverture. « Le soir, quand le parc fermait, ils barraient la grande porte, on était comme des animaux », se rappelle Kolo.

    « Il y avait des enfants qui travaillaient sept jours sur sept »

    Au Safari, les plaintes sont pourtant passées sous silence. Souleymane*, le chef de la troupe du DJOLEM, répond à toutes les questions des touristes et demandes d’interviews de la presse locale et nationale. « Si je n’étais pas venu ici, je l’aurais regretté à mort. Aucun de nous ici n’est malheureux, ni exploité », assure-t-il devant la caméra de TF1 en avril 1994. Aucun autre membre du village ne souhaite s’exprimer, et pour cause : « Souleymane et Dany Laurent nous avaient prévenus que si l’on ne disait pas que tout allait bien, si on se plaignait, on nous renverrait au pays », confie Lassina. Les interrogations de la presse, des syndicats et des associations, pourtant, s’accumulent peu à peu.

    La section locale du SNAM-CGT (Union nationale des syndicats d’artistes-musiciens de France) a pris connaissance du village avant même son ouverture. Philippe Gauthier, son représentant, devenu aujourd’hui secrétaire général national, débutait dans le syndicalisme lorsqu’il a entendu parler du « village de Côte d’Ivoire ». « Tout était écrit dans le journal local avant même que ça commence : qu’ils n’allaient pas être salariés français mais payés au tarif de la Côte d’Ivoire. Il y avait des enfants qui travaillaient sept jours sur sept, personne n’a pensé qu’il y avait une obligation scolaire en France. »

    Un constat auquel Dany Laurent, le directeur – décédé en 2014 – opposera toujours le même argument : « Tout le monde est sous l’autorité de l’Organisation internationale du tourisme et de l’hôtellerie (OITH) et de la législation ivoirienne par le biais d’une convention. Ici, c’est le droit ivoirien qui s’applique. » Les salaires sont alors déterminés en francs CFA, entre 50 000 à 120 000 pour les artistes (équivalent à 76 et 182 euros), et 300 000 (457 euros) pour les artisans. Aucune scolarisation des enfants n’est prévue, le directeur compare leur situation à celle « des enfants de cirque ».

    Mais les associations locales n’entendent pas en rester là. La section nantaise de la Ligue des droits de l’Homme, le SNAM-CGT, le GASPROM (branche nantaise de l’Association de soutien aux travailleurs immigrés) et SOS Racisme créent le collectif « Non à la réserve humaine », qui entame ses premières actions contre l’imaginaire colonialiste du village et ses entorses au droit du travail.

    Plusieurs militants se rendent régulièrement au parc, et distribuent à l’entrée des tracts qui comparent le village à l’exposition coloniale de Lyon de 1894, où les « villages nègres » apparaissaient en tête d’affiche comme l’attraction phare.

    Certains membres du collectif découvrent la maison qu’occupent les artistes et les artisans. Les 14 membres du DJOLEM se répartissent dans deux chambres, femmes et hommes séparés : six femmes se partagent 12 m2 et huit hommes 14 m2, alors que le droit du travail prescrit au minimum 6 m2 par personne. Adultes et enfants dorment ensemble sur des matelas posés à même le sol. Les artisans, moins nombreux, manquent aussi d’espace. La direction départementale du travail et de l’emploi jugera étonnamment leurs conditions de vie « correctes ».

    Les militants interpellent alors les pouvoirs publics et élus locaux sur la situation au village, sans grand succès. Le département, qui louait les terres au parc et siégeait à son conseil de surveillance, n’a jamais répondu aux interrogations du collectif. Jean-Marc Ayrault, alors maire de Nantes depuis 1989, n’a jamais réagi à la polémique.

    Aujourd’hui président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, l’ex-premier ministre n’a pas souhaité répondre aux questions de Mediapart. Ni son épouse, Brigitte Ayrault, conseillère générale de Loire-Atlantique à l’époque. Joseph Thomas, maire de Port-Saint-Père en 1994, proche de Dany Laurent et soutien du parc depuis sa création, n’a pas non plus donné suite à nos demandes d’interview.

    Après avoir multiplié les réclamations, le collectif « Non à la réserve humaine » décide d’assigner le parc en référé. « Peu de temps après, le préfet nous convoque en réunion, nous informant que le Safari voudrait nous faire des propositions », se souvient Philippe Gautier de la CGT. « Ils étaient d’accord pour augmenter tous les artistes et leur assurer une couverture sociale si l’on retirait notre référé. »

    Le collectif accepte, mais peu de choses changent. Les sorties hors du parc sont toujours contrôlées, Philippe Gautier raconte même avoir vu l’ensemble des passeports ivoiriens dans le coffre-fort de Dany Laurent. Les enfants continueront de travailler un jour sur deux. De l’école, ils ne verront qu’une institutrice détachée sur le parc quelques heures le matin, pendant seulement un mois.

    Enfin, les artistes et artisans ne percevront jamais le Smic : « [Après cette réunion], on nous a dit qu’il n’y aurait plus de cadeau. Que la nourriture, le logement et les charges seraient désormais à nos frais, raconte Kolo, le sculpteur. On devait toucher 600 000 francs CFA par mois [l’équivalent du Smic français en 1994 – ndlr], mais à la fin, il n’en restait que 400 000. »

    Chez les musiciens, c’est Souleymane qui se charge depuis le début de redistribuer l’argent. Mais « un mois avant de partir, on a voulu un peu d’argent pour acheter des cadeaux, les ramener au pays, se souvient Lassina. Souleymane nous a dit qu’il avait transféré notre argent sur son compte ivoirien, et qu’il nous paierait en rentrant à Abidjan. » De retour en Côte d’Ivoire, le percussionniste se souvient n’avoir touché en tout que 100 000 francs CFA (152 euros) pour 6 mois. « On ne savait pas comment le système marchait, quels étaient nos droits ou même le montant des salaires français », constate aujourd’hui Lassina Coulibaly.

    Pour Kolo, l’ensemble du groupe a été « trompé » par un directeur qui les a « baladés ». « Aujourd’hui, si l’on me demandait de faire un travail dans ces conditions, je n’accepterais pas », admet Harouna Dembélé, devenu musicien professionnel.

    Mis au courant des agissements de la direction, le collectif entame en juillet 1994 une seconde action en justice, qui, cette fois, ne se soldera pas par un arrangement à l’amiable. Un rapport d’expert est alors exigé par le juge. Alors que les griefs se multiplient et que la gronde se répand peu à peu au sein du groupe ivoirien, le « village » ferme ses portes en septembre et ne rouvrira pas au printemps d’après, comme prévu. C’est dans un parc vide que l’expert mène donc son enquête. Elle confirmera de nombreux points soulevés par le collectif et permettra d’autres découvertes : un employé du Safari racontera qu’en cas de maladie, les Ivoiriens étaient parfois soignés par le vétérinaire du parc.

    Trois ans plus tard, en 1997, le tribunal de grande instance de Nantes condamne le Safari Africain pour des violations du droit du travail et de droits aussi fondamentaux que celui « d’aller et venir », au préjudice des « contractants ivoiriens ». Le parc versera un franc symbolique aux cinq associations qui l’ont attaqué, et déboursera 4 000 francs de dommages et intérêts pour les frais de justice.

    « Le travail illégal est, au final, l’unique raison pour laquelle le village a fermé », s’étonne Sandrine Lemaire, coauteure de l’ouvrage sur les zoos humains. « Ce n’est pas tant la morale qui a choqué, mais plutôt l’aspect financier et légaliste de la chose. » L’image réductrice et colonialiste de l’Afrique perpétuée en 1994 par le directeur Dany Laurent persiste même de nos jours selon l’historienne : « Cette vision de hiérarchie des civilisations reste encore très présente dans les esprits. Ça reste inconcevable qu’on puisse montrer une Afrique très urbanisée, très développée, parce qu’on continue à les présenter comme symptômes du sous-développement. »

    Un sentiment partagé par Mathilde Bouclé-Bossard, présidente de l’association Les Anneaux de la Mémoire qui travaille sur le passé esclavagiste de Nantes : « Il y a des images de l’Afrique qui restent encore, comme celles qui ont été véhiculées au village africain. » Pour la militante, les circonstances de la création du « village » interpellent : « Depuis 1992, une exposition au château des ducs de Bretagne retraçait les thématiques de la traite à travers le passé négrier de Nantes. » Exposition à laquelle certains Ivoiriens ont d’ailleurs été invités. « Ça montrait bien qu’il y avait encore besoin de remettre des choses en place... »

    Depuis 1994, le Safari Africain a été revendu et s’est trouvé, comme parc animalier, un nouveau nom : Planète Sauvage. Le « village de Côte d’Ivoire » est, lui, devenu le « village de Kirikou », où le petit personnage du film de Michel Ocelot guide le visiteur. Des outils, des instruments de musique et des fétiches inspirés du film sont disposés dans ce qu’il reste des habitations artificielles. Le touriste est désormais invité à s’essayer au pilage du mil, à jouer du djembé, ou encore à « palabrer », comme le propose un des panneaux explicatifs. On peut y lire aussi que la musique est un « moyen d’expression » auquel les « Africains s’initient dès le plus jeune âge ». Un peu plus loin, un dessin montre Kirikou accroupi, laissant ses empreintes à côté de celles d’animaux. Aujourd’hui encore, à Port-Saint-Père, se visite une certaine idée de l’Afrique.

    #zoo_humain #racisme #tourisme

  • CGT vs BB vs GJ ? ELI mentèrent, mon cher Watson.

    Balancer de tous côtés des insultes racistes, sexistes, homophobes, etc. c’est bien pourri.

    Faciliter le travail des flics quand ils interviennent en cow-boys pour percer les rangs de la manifs et faire des « prélèvements » , c’est bien pourri.

    Voir des bolosses virils, qu’ils aient des chasubles rouges, des k-ways noirs ou des gilets jaunes, s’engueuler au point de se castagner, c’est bien pourri.

    Balancer la faute sur uniquement une de ces composantes et ne pas admettre qu’un SO qui comporte des fans du maintien de l’ordre (anciens flics, etc.) fait parfois le taf de flics, c’est bien pourri.

    Ne pas reconnaître qu’un courant GJ est totalement en vrille insurectionnelle-conspi et fait nawak depuis longtemps, c’est bien pourri.

    Ne pas reconnaître qu’une fois dans la montée d’adré y’a des adeptes du black-bloc qui savent pas se maitriser, c’est bien pourri.

    Dans une manif mixte, mettre des gens lambda d’une partie du cortège en danger parce qu’on estime qu’il « faut que ça pète » coûte que coûte, c’est bien pourri.

    Ne pas reconnaître que certains mecs du SO de la CGT ne maitrisent rien et aggravent des situations, c’est bien pourri (je me suis bien plus souvent engueulée avec eux face à des attitudes et propos déplacés alors que c’est systématiquement des adeptes black-blocs qui m’ont aidée au milieu des lacrymos...)

    Bref les flics ont foutu des pressions énormes dans plusieurs villes et des mecs vénères se sont fritté suite à ça et c’est doublement lamentable. D’une part parce qu’on n’a vraiment pas besoin de combats de coqs qui envoient encore plus de monde à l’hosto. D’autre part parce que la communication mega orienté par la plus organisée des 3 bandes « rivales » est une aubaine pour la nouvelle stratégie de #maintien_de_l'ordre avec les nouvelles brigades ELI, des flics en civils avec un brassard bleu qui viennent « collaborer » avec les centrales syndicales pour foutre des émeutier-e-s en zonz...

    Groumph.

    Ha, et si vous pensez que je n’ai pas donné de piste de solution, relisez-moi. Quelque chose aurait dû vous sauter aux yeux... La toxicité mascu, on n’en peut plus. Pendant ce temps là, toujours aucun appel à la Greve Générale pour changer réellement les rapports de forces !
    Je me sens obligée de préciser que si je parle de « toxicité mascu », ce n’est pas pour essentialiser une hypothétique « pacification féminise », hein, la plupart de mes copines ont le verbe très haut et des griffes. Juste que si de telles concentrations mascus sont possibles, c’est que politiquement il y a un gros problème de fond.

    Soyez militantes, chacune à votre manière, j’assume la responsabilité de tout ce que vous faites !"
    Emmeline Pankhurst, (Extrait de la BD « Jujitsuffragettes »)

    Quelques sources pour étayer mes propos qui font évidemment suite à beaucoup de visionnages de vidéos et une certaine expérience du terrain...

    – Sur les nouvelles *brigades ELI j’avais déjà tenté une alarme ici : https://seenthis.net/messages/907305
    Et BIM, tansdis que les mainstream sont en boucle sur le sujet, on apprend que le parquet a lancé une enquête et la pref en profite pour placer ses ELI aux côtés de la CGT dans son communiqué...
    Voilà voilà. C’est parti pour une nouvelle confusion entre plein de trucs pour une pseudo quête fabriquée de besoin de sécurité, et donc une dépolitisation du fond...
    https://www.francetvinfo.fr/economie/syndicats/manifestation-du-1er-mai-une-enquete-ouverte-sur-les-violences-contre-l

    On peut voir ici un brassard ELI à Lyon, histoire que vous les repériez bien

    Autres angles de vues,

    celui du chercheur en sciences politiques Samuel Hayat :

    Quelques éléments sociohistoriques pour comprendre les heurts entre autonomes et service d’ordre (SO) de la CGT le 1er mai – heurts qui révèlent une crise profonde et durable de la forme manifestation. #Manif1erMai #GiletsJaunes #manifestation ⬇️⬇️⬇️

    https://twitter.com/SamuelHayat/status/1389151863631749124

    Il y a donc eut des bagarres à Paris, à Lyon et à Nantes :

    Pour Paris :
    – Décryptage complet de Maxime Reynié (refait pour mise à jour ce dimanche) : https://twitter.com/MaximeReynie/status/1388597950008418304 ; Voir en particulier les explications de « Houanui Toanui », Gilet Jaune, ex-militaire videur puis agent de sécu qui explique pourquoi ils se sont confronté au SO en cherchant à retenir les camions
    https://www.facebook.com/manu.evrard.18/videos/2956434057937599
    – un autre décryptage avec plans et aussi des remises en contexte par Le Social Club : https://twitter.com/LeSocialClub/status/1388903706125611009
    + Le suivi de Paris Luttes Infos : https://paris-luttes.info/samedi-1er-mai-deconfinement-et-14971
    + Je ne ferai pas tourner publiquement la video de QG sur les réseaux marchands car ça montre trop de visages mais :
    https://qg.media/emission/1er-mai-la-rage-du-peuple-est-de-retour
    – à 14’20 le chef des flics qui gueule pour que le cortège continue à avancer pour éviter l’infiltration des BB
    – à 17’ des gens engueulent le SO de la CGT qui empêche toujours le cortège d’avancer pendant que devant le BB se fait défoncer...
    –vers 18’ le coffre de Benalla toujours introuvable
    – vers 20’ un autre tronçon de cortège, plus mixte, resiste clairement aux tentatives d’intrusion des flics
    – vers 22’ l’accélération de l’escalade est visiblement liée à l’incursion de la BAC venue « prelever » un « BB » juste pendant le début de l’embrouille... on voit aussi des manifestants tenter de contenir leurs « potes » pour limiter la baston par la suite... bref la pref doit être ravie...
    Désigner un seul groupe coupable serait injuste. C’est avant tout la pref, en changeant au dernier moment le parcours + les attaques contradictoires des flics et les percées des BAC qui ont été les plus gros facteurs de stress et énervements. Et les condamnations des un-e-s et des autres est tout bénéf pour elle.

    Pour Lyon : le collectif @SurveillonsLes a lancé un APPEL pour recouper les témoignages sur comment la police a violemment agressé le cortège. Rdv sur surveillonsles@riseup.net.

    – Un thread sur ce qui s’est passé (et tapé) à Lyon. https://twitter.com/johanjrd_/status/1388936852376276998

    – communiqué de la CGT UberEats/Deliverro Lyon, directement attaquée : https://twitter.com/CGTUberDeli69/status/1388576095293804545

    Pour Nantes :
    – La baston se prolonge sur twitter pour ce qui concerne Nantes : https://twitter.com/Nantes_Revoltee/status/1388770739885592577
    – premier compte-rendu de Nantes Révoltée : https://www.nantes-revoltee.com/un-premier-mai-haut-en-couleur-sous-le-soleil-nantais suivi de plusieurs textes (pas encore lus) : https://www.nantes-revoltee.com/alors-graslin-ca-gaze + https://www.nantes-revoltee.com/1er-mai-dejouer-le-piege-mediatique

    • Ici c’était calme, mais après un bon cortège tout mélangé, à un moment ya eu une pause batucada etc, sur une place où étaient plutôt les GJ à l’époque et là… la CGT et FO qui continuent sans attendre personne le chemin vers la place finale du parcours…

      Du coup cortège coupé en deux, plus que des petits groupes. Après un moment de pause, une partie seulement de celleux resté⋅es en pause a continué le parcours, d’autres ont replié. Et une fois à la fin, sur la place finale CGT et FO étaient déjà parti depuis longtemps… donc tout petit groupe aussi avec celleux qui ont fait la fin.

      Assez nul bizarre à partir du moment où ya eu cette pause et coupure au milieu quoi.

    • Je ferai pas tourner publiquement la video sur les reseaux marchands car ça montre trop de visages mais :
      – à 14’20 le chef des flics qui gueule pour que le cortège continue à avancer pour éviter l’infiltration des BB
      – à 17’ des gens engueulent le SO de la CGT qui empêche toujours le cortège d’avancer pendant que devant le BB se fait défoncer...
      –vers 18’ le coffre de Benalla toujours introuvable
      – vers 20’ un autre tronçon de cortège, plus mixte, resiste clairement aux tentatives d’intrusion des flics
      – vers 22’ l’accélération de l’escalade est visiblement liée à l’incursion de la BAC venue « prelever » un « BB » juste pendant le début de l’embrouille... on voit aussi des manifestants tenter de contenir leurs « potes » pour limiter la baston par la suite... bref la pref doit être ravie...

      https://qg.media/emission/1er-mai-la-rage-du-peuple-est-de-retour
      Désigner un seul groupe coupable serait injuste. C’est avant tout la pref, en changeant au dernier moment le parcours + les attaques contradictoires des flics et les percées des BAC qui ont été les plus gros facteurs de stress et énervements. Et les contaminations des un-e-s et des autres est tout bénéf pour elle.

    • En amont de ces scènes, à République, Saint-Ambroise, Voltaire et ensuite, le carré de tête et le SO CGT ont fait de très longues pauses pendant que la tête de manif où se trouvait aussi de nombreux syndicalistes se faisait tronçonner à répétition par des bonds offensifs et des prélèvement de manifestants aux fins de poursuites. La direction du syndicat a offert à la répression un rassemblement quasi statique encagé par une nasse en U dont partait des vagues d’incursions policières. Si ces cortèges n’en restaient pas à leurs rares slogans habituels, il aurait pas été étonnant d’entendre scander « CGT collabo ! ».

      #Manifestation #maintien_de_l'ordre #police #SO #syndicat

    • Sous le soleil de @rebellyon un œil dans le ciel.
      https://rebellyon.info/7-peches-capitaux-de-la-police-lyonnaise-23089

      #Lyon est la ville de France la plus surveillée par l’hélicoptère, surnommé « BAC hélico » par la police.Il est en effet aux mains de la brigade anti-criminalité (BAC). Ce vendredi, un manifestant saisit le tribunal administratif pour que l’appareil reste au sol : pour l’instant, son utilisation par la police est toujours illégale.

    • Répression du 1er mai : appel à soutien au Tribunal judiciaire
      Paris-luttes.info
      https://paris-luttes.info/repression-du-1er-mai-appel-a-14976


      (superbe photo de Caroline de Benedetti, soit dit en passant)

      Comme d’habitude, la justice prendra le relais de la police pour judiciariser le maintien d’ordre au travers de comparutions immédiates, visant à rapidement infliger une peine à celleux qui auraient manifesté trop bruyamment. Plusieurs personnes ont déjà été déferrées au Tribunal ; et si certaines ont écopé de rappels à la loi, d’autres s’attendent encore à comparaitre devant un juge lundi.
      Face à la répression judiciaire, nous appelons à soutenir les personnes inculpées au Tribunal judiciaire à Porte de Clichy, à 13h30 ce lundi 3 mai dans les salles de la 23e chambre (en général 204 et 205 mais à vérifier au tableau face à l’accueil du tribunal).
      La Legal Team Paris

    • « CGT, COLLABOS »
      https://lundi.am/CGT-collabos

      « Ce que la surexposition médiatique et politique de cette bagarre permet d’occulter, c’est le déroulé réel de ce 1er mai. »

      Premier Mai 2021, on s’ennuie en France. Les infos s’inquiètent de ces « festnozs », « rave party » et « free party » qui se sont tenus ces derniers soirs. Les journalistes sont indignés, les citoyens jouent aux fayots, les préfets tiennent des conseils de crise et les tribunaux sont saisis pour enquêtes pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Mais le commentariat est aux aguets : la manifestation du 1er mai à Paris devrait offrir l’occasion de faire chauffer les claviers. Banco : les camions de la CGT se sont fait agresser. Qui, pourquoi ? Les différentes chapelles construisent l’ennemi qui les arrange.

      Depuis quelques années les manifestations du 1er mai sont inévitablement l’occasion d’un flot de commentaires d’après-match : MacDo, Black Bloc, Pitié Salpétrière. Sur les plateaux des chaînes d’info continue, comme sur Twitter, on devait trépigner vers 17h, quand cette édition 2021 ne semblait pas vouloir offrir d’occasion franche de déblatérer sans fin. Heureusement, l’événement est venu : cette fois l’affrontement entre le service d’ordre de la CGT, casqué, armé de gazeuses au poivre et de matraques télescopiquess, et ce qui semblait être une foule. La bagarre tournant au désavantage du SO, celui-ci s’est rapidement posé en victime « d’actes de vandalisations », mais aussi (et on ne l’attendait pas forcément sur ces questions vu le passif des bonhommes) d’« insultes homophobes, sexistes, racistes » commises par des « individus dont certains se revendiquant gilets jaunes ».

      La machine à indignation pouvait s’enclencher.

    • Pour Sohie Béroud, le nervi est probablement de sortie : La CGT prise pour cible le 1er-Mai : « Une attaque ciblée, qui dépasse la seule critique des syndicats »
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/05/04/la-cgt-prise-pour-cible-le-1er-mai-une-attaque-ciblee-qui-depasse-la-seule-c

      Pour la politiste à l’université Lyon-II Sophie Béroud, « la défiance envers les syndicats existe depuis plusieurs années », mais les violences de ce week-end rappellent les modes opératoires de l’extrême droite.

      [...]

      Mais ce qui s’est passé samedi ressemble à autre chose. Si l’enquête démontre que les auteurs des faits sont bien issus de l’extrême droite, comme l’affirme la CGT, cela fait penser aux années 1970, quand, dans le secteur de l’automobile, mais aussi de l’agroalimentaire, des syndicats « maison » d’extrême droite étaient payés pour réprimer les militants de la CGT. C’est inquiétant sur ce que cela dit de l’influence de l’extrême droite en France plus que sur ce que cela transparaît de la perte de vitesse des syndicats.

    • « Une personne vient nous voir et nous informe qu’elle aurait entendu un flic en civil, dire à un responsable de la CGT, qu’ils allaient procéder à des arrestations dans le bloc. »

      Il semble donc qu’à #Lyon c’est bien la collaboration avec les flics #ELI qui a (re)lancé les hostilités. Quand à l’attaque du SO « protecteur » des sans papiers, sans surprise ce n’est pas l’extrême droite mais bien un combat de coqs...
      https://groupeantifascistelyonenvirons.wordpress.com/2021/05/04/communique-suite-a-la-manif-du-1er-mai

    • L’attaque contre la CGT révèle les tensions au sein du mouvement social | Mediapart 05/05/2021

      https://www.mediapart.fr/journal/france/060521/l-attaque-contre-la-cgt-revele-les-tensions-au-sein-du-mouvement-social?on

      En effet, la CGT communique beaucoup pour rappeler que le temps est loin où ses cortèges étaient encadrés par des gros bras du syndicat du Livre et des cheminots. « Ceux qui participent à la sécurisation des manifestants, ce sont des salariés, des jeunes, des moins jeunes, de diverses professions, détaille Philippe Martinez. Ce sont des militants, des militantes, mais d’abord des salariés du public et du privé, parfois des retraités. Participer à l’encadrement des manifs, ce n’est pas un métier, c’est un acte militant. »

      Le secrétaire général de la CGT insiste sur le rôle qui est fixé au SO : « On n’est pas des auxiliaires de police. Nous, notre responsabilité, c’est que le défilé, qui est bien délimité, se passe dans les meilleures conditions. On s’occupe de ceux qui sont dans le cortège des organisations syndicales. Tout ce qui se passe à l’extérieur de ce cortège, c’est de la responsabilité des forces de l’ordre et du préfet. »

      Le texte signé par Solidaires dit les choses un peu différemment, mais le fond est identique : « Il n’est pas question d’imposer à quiconque sa stratégie mais le respect des stratégies différentes doit être mutuel. La stratégie de Solidaires est de permettre au plus grand nombre de manifester dans les meilleures conditions possibles afin de construire un rapport de force favorable pour gagner sur nos revendications. »

      Un argument qui ne convainc pas forcément les habitués des manifestations, mais en dehors des syndicats. Par exemple Priscillia Ludosky, initiatrice de la pétition sur le prix du carburant qui a fait naître le mouvement des gilets jaunes, et devenue une figure des mobilisations, identifiée comme appartenant à la gauche.

      Le 2 mai, la militante s’est fendue d’un tweet remarqué où elle commentait l’équipement du SO : « Le service d’ordre de la CGT est devenue une annexe de la BAC : matraque, gaz… » Son message a causé un certain émoi, des responsables de la CGT l’ont appelée pour discuter. Mais sa position n’a pas beaucoup évolué : « Je me pose toujours la question de l’équipement, déclare-t-elle à Mediapart. À quel titre ont-ils le droit d’avoir ce type de matériel, alors que lors du mouvement des gilets jaunes, même les “street medics” se faisaient parfois embarquer leur équipement ? »

      Priscillia Ludosky n’est pas plus convaincue par « la façon dont les gens des syndicats gèrent les manifestations » : « Je comprends bien qu’ils n’avancent pas lorsque des membres du black bloc viennent tout casser, mais le 1er mai, c’était différent. Ils nous ont laissé nous faire gazer dans tous les sens… Ils ne se mélangent pas aux autres, ils n’appliquent pas la convergence des luttes qu’ils disent toujours rechercher. »

      L’incompréhension est valable dans les deux sens. Chez les syndicats, les craintes ne sont pas nées ce 1er-Mai. « Depuis le mouvement sur les retraites, nous avons de plus en plus de difficultés à manifester avec des individus hostiles aux syndicats qui tentent par exemple de s’en prendre à nos camions syndicaux », écrivent les responsables du SO de Solidaires.

      Les attaques ont démarré il y a plusieurs mois

      Les diverses composantes du mouvement social font le compte des incidents. En décembre 2019, au début du mouvement contre la réforme des retraites, un camion de la fédération Sud Santé Sociaux a été attaqué, ses vitres brisées. « Certains individus qui apparaissent parmi les assaillants du 1er mai font partie de ceux qui ont attaqué le camion », assure Solidaires aujourd’hui.

      Une nette montée des tensions a surtout été remarquée à partir du début des contestations de la loi pour une sécurité globale, fin 2020. Lors de la grande manifestation du 28 novembre, le camion des organisateurs avait déjà été la cible d’un caillassage en règle, en plein cortège et alors qu’aucune échauffourée n’était en cours.

      C’est surtout la manifestation suivante, le 5 décembre, qui a marqué les esprits : le carré officiel a été attaqué à deux reprises par des membres du cortège de tête. C’est ce que décrit avec précision ce texte rédigé par des « communistes libertaires syndiqué·e·s à la CGT et à Solidaires », qui parlent carrément de « coups de poignard dans le dos ».

      Ces attaques, et les débats qu’elles ont déclenchés au sein de la coordination contre la loi sécurité globale, expliquent que la coordination n’ait pas appelé officiellement à manifester le 12 décembre, estimant qu’elle n’était pas en mesure de garantir la sécurité des participants – le 12, ce sont finalement les policiers et gendarmes qui ont empêché que le défilé ait réellement lieu. Le 16 janvier, enfin, Philippe Martinez a été copieusement insulté.

      D’autres observateurs font remonter les tensions au « contre-G7 » qui s’est tenu fin août 2019 au Pays basque. Les incompréhensions régnant dans le camp où s’étaient installés les manifestants ont donné lieu à des quasi-affrontements entre associations installées et « autonomes », désireux de s’en prendre aux forces de l’ordre. Ces dernières avaient menacé à plusieurs reprises d’investir le camp.

      Attac, l’une des associations-pivots de l’événement, a écrit en septembre 20019 un long texte, pesé au trébuchet, pour regretter en creux les désaccords : « Nous ne pensons pas que notre camp politique se réduise à celles et ceux qui pratiquent uniquement le même type d’actions que nous. À ce titre, nous n’avons jamais condamné aucune autre action, fût-elle qualifiée de violente par les médias et/ou l’État. […] Dans la même logique, nous avons souhaité que nos propres cadres de mobilisation soient respectés, avec le consensus d’action qui les accompagne. »

      Les militants CGT eux-mêmes divisés

      Difficile de savoir ce que pense de ces évolutions le milieu dit des « autonomes », qui n’ont par définition pas de représentants. Un jeune collectif parisien qui s’était réjoui des actions contre la CGT le 1er-Mai s’est livré le lendemain à une sévère autocritique. Et les médias considérés comme proches de ce courant de pensée ont évité de se mouiller.

      Le site Lundimatin, sans doute le plus connu d’entre eux, n’a ainsi ni approuvé ni condamné l’attaque contre la CGT. « Ce que la surexposition médiatique et politique de cette bagarre permet d’occulter, c’est le déroulé réel de ce 1er-Mai, l’état des forces en présence et leurs stratégies (ou absence de stratégie). Ce que nous avons vu, c’est un cortège syndical affaibli stopper la manifestation pendant quasiment deux heures afin de se distinguer d’un cortège “de tête” massif », écrivent seulement ses animateurs, fidèles à leur ligne – et tant pis si cette fois, le cortège de tête était bien moins « massif » qu’il ne l’a été par le passé.

      Aujourd’hui, le débat a aussi lieu en interne dans les syndicats. Et à la CGT en particulier. Exemple parmi d’autres, dans un groupe de militants habitués à échanger leurs impressions, l’un critique les attaques contre le SO : « Difficile de dire si le but de cette minorité agressive est d’empêcher les citoyens de manifester mais c’est en tout cas le résultat. […] Nul ne souhaite empêcher les plus marginalisés de manifester leur colère dans la rue mais qu’ils s’en prennent aux forces du désordre au lieu de frapper des syndicalistes. »

      Un autre, en revanche, refuse de condamner : « Je me revendique cégétiste, mais aussi Gilet jaune et militant révolutionnaire, et je ne pense pas être raciste ou homophobe, encore moins fasciste ou flic... Cependant les cortèges festifs de la CGT à Paris me lassent. La confédération et les unions départementales confondent, selon moi, les carnavals brésiliens et les mouvements contestataires qui devraient être à la hauteur de la répression et de la dictature qu’on se prend dans la gueule ! »

      Sans doute bien consciente du caractère délicat de la situation, la CGT n’a pas oublié de mettre largement en cause la stratégie de la préfecture de police de Paris et de son chef, Didier Lallement, qu’ils estiment responsables de leur agression : les policiers présents en nombre à Nation n’ont guère bougé pendant l’attaque des camionnettes, et ont refusé d’ouvrir les barrières qui leur bloquaient le passage.

      « Nous étudions les possibilités de dépôt de plainte, y compris vis-à-vis du préfet de police », a déclaré Philippe Martinez lors de sa conférence de presse. Valérie Lesage a pour sa part demandé que le préfet de police soit « révoqué », car « il a failli à de nombreuses reprises à la protection des manifestants et à l’exercice du droit de manifester ». La CGT va en outre « demander l’ouverture d’une enquête parlementaire, afin de faire la clarté sur la gestion du maintien de l’ordre lors de la manifestation de ce 1er-Mai, ainsi que lors des manifestations depuis 2016 », a-t-elle annoncé.

  • Sauvé, le refuge solidaire de #Briançon s’adapte à de nouveaux arrivants

    Alors qu’il risquait la fermeture, le refuge qui accueille les exilés venant par l’Italie va poursuivre son activité dans de nouveaux locaux. Des familles de plusieurs générations, mais aussi de jeunes Marocains, y font désormais étape.

    Briançon (Hautes-Alpes).– « De toute façon, nous n’aurions pas fermé », lâche Francis*, assis sur un fauteuil de la MJC de Briançon, les coudes sur les genoux et les mains croisées. Depuis quelques jours, le bénévole du refuge solidaire de la ville, qui accueille depuis 2017 les exilés traversant à pied la montagne à la frontière franco-italienne, arbore une mine ravie. Le refuge va déménager à l’été 2021 et pourra ainsi poursuivre sa mission, malgré l’absence de soutien des élus locaux.

    En août 2020, un courrier signé de la main d’Arnaud Murgia, président de la communauté de communes du Briançonnais (CCB) mais aussi maire Les Républicains de Briançon, leur apprenait que la convention mettant les locaux à leur disposition, tout près de la gare et du col de Montgenèvre, ne serait pas renouvelée (lire ici notre reportage).

    Un coup dur pour les bénévoles de l’association Refuges solidaires, mais aussi pour leurs soutiens, comme l’association Tous Migrants qui organise des maraudes en montagne afin de porter assistance aux exilés une fois qu’ils ont traversé la frontière et les achemine ensuite au refuge solidaire pour leur permettre d’être pris en charge avant qu’ils ne poursuivent leur route.

    « En cinq ans, il n’y a jamais eu de troubles à Briançon. C’est bien la preuve que quand on accueille, ça se passe bien », poursuit le bénévole. Mardi, Refuges solidaires a signé un compromis de vente pour de nouveaux locaux, d’une superficie de 1 600 mètres carrés, situés sur les hauteurs de la ville, près de l’hôpital. Il s’agira d’un « tiers lieu » où d’autres associations pourront s’établir en vue de créer une « plateforme de la solidarité ».

    Mais d’importants travaux de réaménagement doivent être réalisés dès la signature du bail, prévue début juin, dans ce qui était un ancien centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada). Si Refuges solidaires n’a pu compter sur le soutien des élus locaux, de tous bords confondus – un autre lieu avait été trouvé mais le maire, « de gauche », s’y est opposé –, deux donateurs privés, à travers le fonds Riace et la Fondation Caritas, ont décidé de sauver le lieu.

    « Chacun a financé un tiers du projet. Le dernier tiers l’a été par une société civile immobilière locale, parce qu’on estimait qu’il était important que les locaux participent aussi », précise le bénévole, qui voit la liste de leurs soutiens s’allonger. La Fondation Abbé-Pierre finance désormais le poste de Pauline, coordinatrice du refuge.

    Ce vendredi 23 avril en fin d’après-midi, Francis quitte la MJC pour rejoindre le refuge, situé à deux pas. Il est « de permanence » pour la laverie et s’empresse de grimper les escaliers après avoir franchi la porte d’entrée, pour épauler les bénévoles qui s’activent déjà à la buanderie. Ici, plusieurs machines à laver tournent à plein régime.

    À l’extérieur, sur la terrasse, les habits propres prennent le soleil, couchés sur les murets. « Où est mon pantalon noir qui était là ? », demande, inquiet, un jeune Marocain dans son dialecte à une bénévole. « On ne peut même pas t’en prêter un, taquine son ami, tu ne rentrerais pas dedans ! » Très vite, la terrasse prend vie. Plusieurs exilés prennent place à la table qui offre une vue sur les montagnes.

    Avec une bénévole et plusieurs de ses amis, Ezzatollah, un Afghan âgé de 19 ans, joue au rami. Les cartes passent d’une main à l’autre, puis forment des suites de nombres fièrement exhibées sur la table, signe que la partie avance. Le sourire du jeune homme, bien que sincère, ne suffit pas à cacher son désarroi.

    « Hier soir, je n’étais pas très bien », avoue-t-il le lendemain matin devant le refuge. « L’Europe n’a pas été bonne avec moi. Les rares fois où j’appelle ma mère, elle me dit que j’ai mauvaise mine et m’appelle “old man” [vieil homme – ndlr]. » Arrivé au refuge cinq jours plus tôt avec un ami, il évite de près, et à quatre reprises, d’être arrêté par la police en traversant la montagne par le col de Montgenèvre.

    Ezzatollah est un ancien du camp de Moria à Lesbos (Grèce), qui a depuis brûlé dans un incendie (lire notre chronique). « J’y suis resté un an, j’étais dans la zone pour mineurs. » Il y perd deux amis, âgés d’à peine 12 et 13 ans, emportés par la violence qui y règne. « Un autre s’est suicidé, poursuit-il, les yeux pleins de larmes. Moi-même, j’ai voulu me tuer trois fois. » Depuis, il peine à trouver le sommeil le soir.

    Grèce, Macédoine, Serbie et Bosnie… Peu avant d’arriver en Italie, l’exilé afghan prend une décision radicale : il se brûle les deux index, espérant ainsi que les autorités ne pourront pas prendre ses empreintes et qu’il contournera le règlement Dublin qui contraint les migrants à demander l’asile dans le premier pays par lequel ils pénètrent dans l’Union européenne.

    « L’Europe a changé mon visage, mon corps, ma vie », constate-t-il le regard amer, observant les cicatrices sur ses doigts et ses jambes et les ampoules qui déforment ses pieds. Violenté en Grèce, il souffre depuis d’une ouïe altérée de l’oreille gauche. Originaires de Mazâr-é Charîf en Afghanistan, ses parents fuient la menace des talibans et se réfugient en Iran.

    Ezzatollah quitte le pays deux ans plus tôt, à la suite de problèmes familiaux qu’il ne détaillera pas. Sa sœur aînée organise son périple en secret. Aujourd’hui, il ne sait où aller. Rester en France ? Tenter sa chance en Allemagne ? Ou rejoindre le Royaume-Uni ? Il veut pouvoir étudier, travailler et se stabiliser « là où c’est le plus simple pour les réfugiés ».

    Ce samedi matin, il croise deux familles tout juste arrivées, installées dans la petite pièce commune qui jouxte le bureau d’accueil et l’infirmerie. Depuis quelques mois, les bénévoles du refuge constatent un changement de profil parmi les nouveaux arrivants : « Avant, on avait 95 % de jeunes hommes originaires d’Afrique de l’Ouest, dont la moitié était des mineurs. Aujourd’hui, on a beaucoup de familles afghanes et iraniennes, sur plusieurs générations, avec des enfants en bas âge et des personnes âgées », relève Francis, lé bénévole.

    De quoi chambouler l’organisation et le quotidien du refuge, peu habitué à recevoir un tel public. Pour leur offrir davantage de confort, les bénévoles leur proposent d’être hébergées chez des familles solidaires ou dans une salle de la paroisse Sainte-Catherine. En fin de matinée, Ramin, 18 ans, sort du bureau d’accueil et retrouve ses parents, sa sœur, ainsi qu’une jeune femme seule prise sous leur aile en Bosnie. La famille est arrivée vendredi soir, sans l’aide de maraudeurs.

    Jeanine, une bénévole du refuge, leur propose de la suivre jusqu’à la paroisse. Une autre famille leur emboîte le pas. Elle s’est présentée au refuge au petit matin, avec deux enfants. Dix minutes plus tard, le groupe franchit la porte de la salle Sainte-Thérèse. La bénévole s’empare de plusieurs matelas qu’elle dispose au sol, puis prépare le linge de lit. Les femmes, frigorifiées, s’emmitouflent dans les couvertures qu’on leur tend. Et se murent dans le silence.

    Dans le jardin extérieur, Ramin souffle enfin. Il est éreinté. « Je suis si fatigué que je n’ai pas réussi à dormir hier soir, dit-il. On a marché dix heures pour traverser la frontière. À chaque étape difficile, dans la montagne, je devais aider mes proches un par un. On devait souvent se cacher pour ne pas être vus par la police. » Pour maximiser leurs chances, ils empruntent le chemin le plus ardu, là où la présence policière est moindre.

    « On ne peut rien construire dans notre pays, ni étudier ni travailler »

    Cheveux ébène, sourcils fournis, Ramin a la moitié du visage camouflé par un masque FFP2. Il est fier du tee-shirt qui recouvre ses épaules, aux couleurs de l’équipe de France de football, qui lui a été donné au refuge. « À Kaboul, j’étais parfumeur », sourit-il, ajoutant avoir dû partir à la suite de « problèmes personnels ». Son père, assis au soleil près de lui, l’écoute sans dire un mot. « On a d’abord été en Iran puis en Turquie et en Grèce. L’Organisation internationale pour les migrations [OIM] nous a acheminés à Thessalonique, dans un camp de migrants. »

    Ensemble, ils traversent les frontières macédonienne, serbe et bosnienne à pied, en bus ou en camion. « C’était très difficile à la frontière croate. Chaque jour, on tentait notre chance mais la police nous refoulait. Elle nous fouillait et volait nos téléphones, quand elle ne les cassait pas sous nos yeux. » Ils parviennent à franchir la frontière après 40 tentatives. « Ils ont pris nos empreintes là-bas, puis en Slovénie. »

    À Clavières (Italie), près de la frontière avec la France, la famille est arrêtée à deux reprises par la police. Le jeune homme explique aux agents que sa petite sœur, âgée de 16 ans, a un cancer du sein. Elle est affaiblie et essoufflée. « Ils m’ont dit : “OK, on a un docteur qui va l’examiner.” Mais en fait, ils n’ont rien fait pour elle, soupire Ramin. Je ne comprends pas pourquoi ils ferment les frontières. On est juste des êtres humains qui veulent se réfugier dans un lieu sûr et travailler. »

    La seconde famille, originaire du Kurdistan iranien, se repose jusqu’au lendemain. Samedi après-midi, Camille, infirmière et bénévole à Médecins du Monde, tient une permanence pour les exilés au refuge. « Effectivement, on a de plus en plus de familles et de bébés, confirme-t-elle. Je me souviens aussi d’un homme âgé d’une soixantaine d’années. »

    À 18 heures, Pauline et Laetitia, deux bénévoles, lancent la préparation du repas dans le réfectoire. Plusieurs exilés marocains mettent la main à la pâte : du rap marocain en arrière-plan, ils épluchent et coupent les légumes, remuent la pâte du gâteau au chocolat, débarrassent les tables, font la vaisselle et passent le balai. Depuis l’automne dernier, ils sont plus nombreux qu’avant.

    « On a dû s’adapter à ça aussi. En mars, on était vraiment surchargés », explique un autre bénévole. En témoignent les matelas empilés aux quatre coins de la salle à manger, prêts à être installés le soir, lorsque le repas est terminé. « On prend aussi en compte le ramadan. Ou bien on fait deux services, ou bien ils prennent leur assiette qu’ils mangent plus tard », complète Pauline.

    Peu avant l’heure du ftour (repas de la rupture du jeûne), c’est l’effervescence. Les effluves de hrira (soupe traditionnelle algérienne et marocaine) s’échappent des grosses marmites en cuisine. Les jeunes hommes ajoutent des épices avant de remuer. Ayoub, 24 ans, évoque son parcours. « J’ai quitté le Maroc parce que je ne voulais pas finir en prison comme plusieurs de mes amis », lance ce Sahraoui originaire de Guelmim.

    Étudiant durant quatre ans à l’université d’Agadir, Ayoub manifeste à maintes reprises pour revendiquer davantage de droits pour sa région natale. « Un ami militant a été tué par la police secrète. Très souvent, nos rassemblements étaient réprimés dans la violence. » La perspective du chômage, aussi, le pousse au départ. « Je ne voulais pas être une charge pour mes parents, qui ont déjà des problèmes de santé. Je suis donc parti par la Turquie, sans visa. » Il traverse ensuite l’Europe en passant par l’Albanie. Il emprunte « le triangle », une route récente qui implique un détour par la Roumanie.

    À table, les récits se suivent et se ressemblent. Certains des Marocains sont là depuis un, voire deux mois, bloqués par la pandémie qui a réduit les possibilités de transport, ou par manque de projets.

    Nabil*, qui préparait un peu plus tôt la hrira, se désole du chômage et de la corruption qui gangrènent le Maroc. « On ne peut rien construire dans notre pays, ni étudier ni travailler. » Et Hicham, les cheveux coiffés en arrière, d’enchaîner : « Je suis parti à cause de la pauvreté. Quand tu gagnes l’équivalent d’un ou deux euros par jour, qu’est-ce que tu veux faire ? »

    Ce diplômé en mécanique, devenu coiffeur à Oujda faute de travail stable, espère s’installer à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), qu’il surnomme « sa3douni » (« Aidez-moi ») pour plaisanter. Tous sont d’abord partis pour la Turquie par avion, sans visa, puis ont traversé la frontière avec la Grèce. « La Croatie, c’était l’horreur, souffle Hicham. La police te vole toutes tes affaires, te laisse en caleçon et te repousse vers la rivière. » Nabil acquiesce, encore effaré. « Parfois, ils te laissent avec les menottes. Beaucoup sont morts noyés dans cette rivière. »

    En Albanie et en Bosnie, tous évoquent des « gens bons et généreux ». Mais si c’était à refaire, même sans avoir à payer le trajet, ils ne referaient pas la route des Balkans. « C’est trop dur et trop long. On a tous passé en moyenne un an sur la route, à dormir dehors, dans la montagne, à marcher des centaines de kilomètres, à se cacher dans des camions », détaille Nabil avant d’évoquer le cas des sept hommes originaires d’Afrique du Nord retrouvés morts dans un conteneur au Paraguay, en octobre dernier, quatre mois après avoir quitté la Serbie.

    « On a pris cette route car par l’Espagne, c’est devenu quasi impossible, se justifie un autre. Ils ont serré les boulons et si on est arrêtés, c’est directement la prison. » En fin de soirée, certains jouent de la guitare, d’autres sirotent un thé. Hicham prépare ses affaires : demain, il rejoint la capitale pour une nouvelle vie.

    Dimanche matin, la seconde famille quitte la salle Sainte-Thérèse pour prendre le petit-déjeuner au refuge. Kazhal*, 10 ans, se régale de tartines et d’une clémentine qu’elle met à nu. Les cheveux gris, le père de famille, Omid*, se laisse aller à un peu d’autodérision : « Je crois que le trajet était trop long pour mon âge. Je ne suis pas habitué à marcher autant… »

    Cet architecte de profession, accompagné de ses deux enfants, a dû fuir l’Iran à la suite de menaces de mort. « Je n’ai pas eu le choix », assure-t-il, retenant le flot de larmes qui envahit soudain ses yeux noirs. Son neveu, âgé de 26 ans, Akoo*, l’accompagne, lui et ses enfants. « Mon père est activiste et je commençais à être en danger. Sans compter que je n’arrivais pas à trouver du travail à cause de ça. »

    Après avoir échoué à traverser par bateau depuis la Turquie, il part le premier, par la route des Balkans. « Mon voyage a duré deux mois et demi, dans la neige et le froid. » Lui aussi emprunte « le triangle » pour éviter la Croatie. En Autriche, il prévient la famille, restée en Turquie, que la route est « trop dangereuse ». Celle-ci parvient à faire la traversée par la mer jusqu’en Italie.

    « Le bateau bougeait beaucoup, les enfants étaient terrifiés et n’arrêtaient pas de pleurer », se souvient leur père, ajoutant que sept femmes étaient à bord. Akoo regarde sur son smartphone la carte GPS où de petits points rouges indiquent chacun de ses points de passage. « On s’est retrouvés à Oulx à 19 heures vendredi. On a marché de nuit, dans le noir, pour rejoindre Briançon par le col de Montgenèvre. On tenait chacun un enfant par la main. Ils étaient épuisés. On faisait des pauses toutes les dix minutes et on leur répétait qu’on y était presque. »

    Les statistiques anonymisées de l’association Refuges solidaires montrent une hausse des arrivées d’Afghans, d’Iraniens, de Marocains et d’Algériens en 2020 et jusqu’au 31 mars 2021. 429 femmes et enfants de moins de 13 ans sont passés par le refuge de Briançon en mars, soit le double par rapport à février et janvier 2021. Le refuge continuera d’accueillir jusqu’au déménagement l’été prochain.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/280421/sauve-le-refuge-solidaire-de-briancon-s-adapte-de-nouveaux-arrivants

    #refuge #asile #migrations #accueil #hébergement #hébergement_d'urgence #réfugiés #Hautes-Alpes #frontière_sud-alpine #France #Briançonnais

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    sur l’annonce de fermeture du Refuge :
    https://seenthis.net/messages/876342

    • UN LIEU DE SOLIDARITE OUVERT…

      L’association Refuges Solidaires, s’occupant de l’accueil des migrants, devait quitter le local actuellement occupé à Briançon pour des raisons de sécurité, le bâtiment n’étant plus aux normes et la Communauté de Communes du Briançonnais voulant récupérer le lieu pour y développer d’autres projets. Une dynamique est alors lancée pour trouver un autre lieu d’accueil solidaire pour recevoir dignement le flux des migrants… « Un beau projet » est né !

      Faire d’une difficulté une opportunité !

      Frédéric Meunier est le Président de l’association, Le Group’, basée à Villeurbanne (69), dont la mission est l’accompagnement du projet et de ses investisseurs. Depuis août 2020 une de ses équipes est mobilisée.

      L’initiative est lancée suite à la nécessité de libérer l’ancienne caserne des CRS à Briançon, mise à disposition par la Communauté de Communes du Briançonnais, investie par Refuges Solidaires pour y accueillir les migrants arrivant sur la ville depuis 2007. Profitant de l’occasion le projet a voulu s’élargir et y inclure l’accueil d’acteurs de l’économie sociale et solidaire, de l’environnement, de la culture… Ce lieu en devenir a enfin été trouvé et il se nommera : Les #Terrasses_Solidaires.

      Refuges Solidaires assure un accueil de transit, en moyenne un migrant reste 3 jours sur Briançon. Autour de cette dynamique de l’accueil, différents acteurs ses sont regroupés. Acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire, telles les structures d’insertion ou des associations de solidarité locales, mais aussi de la Culture avec des associations organisant des festivals, et des acteurs médicaux avec Médecins du Monde et des médecins libéraux qui désireraient s’installer, et peut-être même quelques médias locaux.

      « Le Cahier des charges nous oblige à respecter les besoins de chacun, spécifie Frédéric Meunier. Des investisseurs sociaux vont se porter acquéreurs de ce lieu que le propriétaire désire vendre, pour 1 M€. C’est l’ancien sanatorium Les Terrasses, construit en 1949 qui accueillait avant le Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile, qui a depuis été transféré. »

      1 800 m², sur 2 bâtiments, sur les hauteurs de Briançon. Un tiers de cette surface, environ 500 m², sera dédié à l’accueil des migrants, le reste des partenaires se partageant la surface restante, notamment pour accueillir des bénévoles s’impliquant dans les domaines de la Culture ou de la rénovation de patrimoine ancien. Se rajoutera un espace coworking, avec tous les services prévus, Wifi, matériels, salle de réunion, open-space…

      Les investisseurs sociaux :
      Un tiers de la somme pour l’acquisition du bâtiment est pris en charge par des Briançonnais, majoritairement des privés et quelques associations, les deux autres tiers sont pris en charge par des fonds de dotation à caractère social : Riace France, reconnu d’intérêt collectif, et Caritas France. Seront également partenaires du projet pour la prise en charge du fonctionnement, au moins au départ : La Fondation Abbé Pierre, la Fondation de France, le Secours Catholique via Caritas, et Emmaüs. « Pour l’instant nous tablons sur un projet sans subventions, s’il y en a tant mieux, mais nous ne voulons pas que celles-ci puissent bloquer le projet, souligne Frédéric Meunier. Le temps d’amortissement de l’acquisition est évalué à 25 ans. »

      Bien que ce lieu ait accueilli du public jusqu’en 2020 il a besoin de rénovation et de mise aux normes. « La rénovation est estimée à un peu plus de 200 000 € et va donner lieu un 2ème appel de fonds, précise Frédéric Meunier. Un appel aux dons, défiscalisables, via Caritas. Les travaux vont être lancés très bientôt, 1ère quinzaine de mai, pour une première mise en sécurité et l’adaptation des lieux. Mais un an va environ s’écouler avant la finition de l’ensemble de la conformité. L’idée est aussi de travailler avec des entreprises locales sur 2021/2022. »

      Rappelons qu’un premier appel de fonds a été lancé pour l’acquisition de l’ancien sanatorium le 21 avril 2021 pour récolter environ le tiers du million d’Euros nécessaires et qu’en seulement une dizaine de jours + 250 000 € ont été récoltés. En 20 jours, qui est le délai légal de cet appel de fonds, il y a donc bon espoir que les 300 000 € soient atteints !

      Une ouverture prévue en juillet 2021 ! Une ouverture partielle qui concernera l’accueil des migrants et de 2 associations, celle s’occupant de l’accueil de bénévoles pour la restauration des Monuments Historiques et Fab Lab Low Tech.

      Emploi : Une association de gestion va être créée dans une quinzaine de jours qui va donner naissance à 1,5 équivalent temps plein. « Avec les économies d’échelle espérées par les associations réunies l’espoir est de créer 5 à 6 emplois non existants sur la dizaine existant déjà, explique Frédéric Meunier. Il y aura besoin de services autour de ce lieu, entretien, maintenance et restauration sur place, 2 personnes en cuisine sont d’ores et déjà prévues. »

      Un projet collectif pensé pour le territoire. « D’une difficulté d’accueil on a su créer une opportunité, s’enthousiasme Frédéric Meunier. Et si le flux migratoire se tarissait les locaux de Refuges Solidaires pourraient être mis à dispositions d’un accueil d’urgence ou pour des saisonniers mais en restant basé sur le monde de la solidarité. »

      Sera lancée par l’Université de Grenoble, le Master Urbanisme, une concertation de voisinage. Une dizaine d’étudiants s’y attèleront dès la fin du mois de mai. Ce projet veut travailler en bonne intelligence avec tous : pouvoirs publics, locaux, etc. Aujourd’hui les tensions ont su être apaisées par la convergence d’intérêts.

      https://www.alpes-et-midi.fr/article/lieu-solidarite-ouvert

  • A Millau, les militants verbalisés étaient bien fichés
    https://www.mediapart.fr/journal/france/260421/millau-les-militants-verbalises-etaient-bien-fiches

    Le 4 mai, vingt personnes passeront au tribunal de police de Rodez à la suite de contestations d’amendes reçues après des manifestations post-confinement à Millau en mai 2020. Au cœur du dossier : le fichage politique et l’usage de la vidéosurveillance par la police.

    Millau (Aveyron).– Non seulement les activistes de Millau sont de « l’ultra-gauche » mais en plus ils et elles ne se lavent pas les mains. La preuve par les caméras. Ces éléments font partie de l’ahurissant dossier de procédure des « amendés de Millau » dont vingt sont convoqués le 4 mai prochain devant le tribunal de police de Rodez.

    L’histoire remonte à mai 2020. Le 12, au lendemain du déconfinement, dans la sous-préfecture de l’Aveyron, se tient une manifestation à l’appel de la convergence des luttes millavoise. « On sortait du confinement, on voulait critiquer la manière dont la pandémie était gérée et mettre l’accent sur les conséquences de l’affaiblissement de l’hôpital. On voulait aussi réfléchir au “monde d’après”, il y avait une envie de s’exprimer et de le faire en respectant les gestes barrières et avec le masque, pas obligatoire à l’époque… », résume Christian Roqueirol, paysan syndicaliste à la Confédération paysanne. Entre « 130 et 150 personnes » se retrouvent dans la rue ce jour-là.

    Dix jours plus tard, rebelote, en déambulation dans le marché du vendredi. Cette fois, les contestataires se constituent en petits groupes distincts, avant de se retrouver à une quarantaine, sur la place du Mandarous. Ce 22 mai, comme pour le 12, les manifestations n’ont pas été déclarées mais aucun contact n’a lieu avec la police, présente, et aucune prise d’identité ni interpellation n’est réalisée.

    Pourtant, à partir de début juin, et en ordre dispersé, environ quarante-cinq personnes vont recevoir des amendes liées à ces manifestations. Des amendes de 135 euros, de quatrième classe, c’est-à-dire d’une faible gravité, pour « rassemblement interdit sur la voie publique dans une circonscription territoriale où l’état d’urgence sanitaire est déclaré ». Certains (une vingtaine) préfèrent payer. D’autres contestent.

    Un officier zélé du ministère public, estimant que « les infractions sont dûment caractérisées », choisit de ne pas donner suite à ces contestations. Une entrave à la procédure (normalement les contestations annulent les demandes jusqu’à un passage au tribunal) qui a entraîné des majorations. À ce jour, au moins cinq personnes ont déjà subi des saisies sur leur compte bancaire.

    C’est donc au bout d’un an, et après une requête en incident contentieux déposé le 8 février dernier par Julien Brel – l’un des avocats du groupe avec Benjamin Francos et Sébastien Delorge, du barreau de Toulouse –, que la première convocation au tribunal de police advient enfin pour vingt des « amendés de Millau ». Ces derniers, en vue de cette audience du 4 mai, ont pu prendre connaissance récemment du dossier de procédure, que Mediapart a aussi pu consulter.

    Le procès-verbal établi le 13 mai détaille ce qui s’est passé la veille dans les rues de Millau entre 19 h 34 et 21 h 04. Un modèle de crise de panique hygiéniste administrative : à près de trente reprises, sur cinq petites pages, est mentionné tout ou partie du fait que « les gestes barrières ne sont pas respectés », que X et Y « ne se sont pas lavé les mains lors du passage de micro qui lui non plus n’a pas été désinfecté » ou qu’untel « tient dans ses mains non gantées le micro ». Bref, « plus aucune distanciation n’est tenue », s’effondre le scribe.

    Mais le plus préoccupant est ailleurs, dans le PV dressé le soir même de la manifestation par le commandant de police. Le ton est donné dès la première page : il est fait état de « l’appel à manifester de l’ultra-gauche au niveau de place du Mandarous ». Suit une liste de trente personnes dont le pedigree politique, militant et activiste, est renseigné. Ainsi, vingt-cinq sont « connus de notre service pour être dans de nombreuses manifestations » note le commandant. Parmi ces derniers, neuf sont également connus pour « être sur la liste ALTERNATIVE ÉCOLOGIQUE ET ANTICAPITALISTE lors des élections municipales du 15 mars ». Une liste figurant intégralement en annexe d’un autre PV daté du 15 mai.

    Bien plus qu’un simple copié-collé mécanique, le niveau de renseignement s’avère assez fin, jusqu’à estimer le degré d’implication dans le mouvement social de chacune et chacun : ainsi deux personnes sont-elles « connues de notre service pour être dans quelques manifestations » (à différencier donc de celles assistant à de « nombreuses » manifestations) ; une autre a « assisté à des réunions sur les incivilités dans notre ville » ; une autre est « venue à notre service pour voir son mari placé en garde à vue (suit la date précise de cette visite, quelques mois auparavant) ».

    Sont retracés ainsi sans plus de précaution les fruits du travail de renseignement politique effectué par le commissariat de Millau. « On ne communique plus sur cette affaire », nous a fait savoir jeudi 22 avril ledit commissariat.

    « On a été très choqué de découvrir ça, raconte Camille Valabrègue, tête de la liste politique visée qui a finalement obtenu 8 % des suffrages, finissant à la quatrième place le soir du premier tour. La liste n’a rien à voir avec ces manifestations. Bien sûr, on n’a pas découvert qu’on était connus des renseignements généraux mais le fait qu’ils mettent ainsi la liste en avant, et qu’ils parlent d’ultra-gauche, ça fait vraiment répression politique... Et quand on lit le PV, à part les quelques lignes sur le côté qui donnent le motif, on a l’impression qu’on nous reproche surtout nos idées politiques. » Pour Benoît Sanchez-Mateo, lui aussi « connu des services », ce « fichage » relève d’une « grosse dérive de la police ».

    Une dérive aggravée par le fait que la police millavoise a utilisé les images de vidéosurveillance de la ville, qui lui ont permis de délivrer ces « amendes sans contact ». Connue dès le mois de juin 2020, cette facette du dossier (documentée dans cet article dans Numerama) avait été assumée lors d’une rencontre mi-juin entre une délégation des personnes verbalisées, le sous-préfet et le commissaire, ce dernier reconnaissant l’usage des images extraites des caméras de vidéosurveillance, tout en minimisant l’importance de ce recours.

    Pourtant, l’objet du PV du 13 mai est bien « l’exploitation de la vidéoprotection » dont les données ont été obtenues sur réquisition. « On a utilisé la vidéo pour surveiller les citoyens et museler l’opposition politique », s’indigne Benoit Sanchez-Mateo. « On n’est pas les premiers, depuis les gilets jaunes, à être condamnés pour avoir participé à des manifs. Mais un tel usage de la vidéo semble, lui, assez nouveau. Il ne faut pas laisser cela s’installer », s’alarme Camille Valabrègue.

    « Une procédure est en cours et je ne commenterai pas l’utilisation qui a été faite de ces données extraites avec une réquisition à laquelle nous ne pouvions nous opposer, précise Christophe Saint-Pierre, maire (centre-droit) de Millau à l’époque des faits, joint par Mediapart. En revanche, je rappelle simplement que ce n’est pas à cette fin que les caméras ont été mises en place dans la ville. »

    Au moment où les amendes arrivaient dans les boîtes aux lettres, le 13 juin 2020, le Conseil d’État suspendait le décret du 31 mai 2020 interdisant, en raison de la « situation sanitaire », les manifestations de plus de dix personnes sur la voie publique. Le 4 mai, les « amendés de Millau » et leurs avocats entendent donc bien obtenir la relaxe. « On va faire un procès politique, défendre des militants qui sont poursuivis pour leur opinion par une police politique et demander au juge de remettre l’état de droit au milieu de la police millavoise », prévient Julien Brel pour qui « un tel fichage, s’appuyant qui plus est sur une procédure totalement bancale, est inacceptable ».

    « Ils “délinquantisent” l’activité politique et criminalisent les manifestations. L’audience a été délocalisée de Millau à Rodez, sûrement pour éviter les troubles, mais on espère qu’il y aura quand même des soutiens… », lâche Christian Roqueirol. Lors de la manifestation du 22 mai, cet historique du mouvement du Larzac avait écrit de ses mains (bien lavées) sur une pancarte : « Plus d’infirmières, moins de militaires ».

    #CCTV #activisme #écologie #vidéo-surveillance #profiling #surveillance

  • « Le sexisme est utile à la téléréalité »

    Le journaliste Paul Sanfourche retrace dans un livre intitulé Sexisme story l’histoire de Loana, la première gagnante de « Loft Story », en 2001, à l’aune du sexisme et du patriarcat dont elle a été la première victime. Depuis, le système sexiste a perduré dans la téléréalité et il est dénoncé par des candidates. Décryptage.
    https://www.mediapart.fr/journal/france/240421/paul-sanfourche-le-sexisme-est-utile-la-telerealite?onglet=full

    Elle reste la première icône de la téléréalité en France. Loana Petrucciani a gagné, en 2001, la première édition de « Loft Story », émission qui a ouvert la brèche de cette télé qui prétend raconter le réel (lire l’article de François Bougon). Vingt ans plus tard, les programmes en tout genre se sont multipliés. Le journaliste Paul Sanfourche, qui avait suivi adolescent les aventures télévisuelles de ces premiers cobayes de la téléréalité française, a décidé de revenir sur le cas précis de Loana et en a tiré un livre, baptisé Sexisme story (éditions du Seuil). Au-delà du seul destin mâtiné de tragique de l’ex-lofteuse, le journaliste, via des entretiens avec les acteurs de l’époque et des ressources universitaires, dissèque avec précision les rouages de cette industrie et ceux de la société de production, Endemol.

    Il analyse par ce truchement le sexisme, presque systémique, qui infuse dans le monde de la téléréalité et est même devenu l’une des jambes de ces programmes. Depuis quelques jours, plusieurs candidates des « Anges de la téléréalité » et « Les Vacances des Anges », Angèle Salentino, Rawell Saiidii, Rania Saiidii et Nathanya Sion, appellent au boycott de ces émissions de téléréalité. Elles ont raconté sur Internet le harcèlement, les humiliations et le sexisme dont elles disent avoir été victimes durant certains tournages. Les jeunes femmes ont décidé de prendre un avocat pour constituer leur plainte contre la société de production. Pour Paul Sanfourche, il faudrait que les candidats se mobilisent et conditionnent leurs participations aux émissions de téléréalité à l’engagement des sociétés de production à lutter contre le sexisme en leur sein et dans les programmes.

    Mediapart : Pourquoi avez-vous écrit cet ouvrage et qu’est-ce qui vous a amené à choisir une analyse sur le système sexiste de la téléréalité ?

    Paul Sanfourche © Emmanuelle Marchadour Paul Sanfourche © Emmanuelle Marchadour
    Paul Sanfourche : J’ai eu l’idée de ce livre en lisant l’ouvrage de Gabrielle Deydier, On ne naît pas grosse. Il y a une citation de Daria Marx, militante féministe et antigrossophobie, qui évoque Loana. Elle explique que cette dernière est l’incarnation du fait que les femmes ont toujours tort. À 20 ans, quand elle est une bimbo et satisfait les regards masculins, les canons et les stéréotypes, elle est conspuée comme une fille facile. À 40 ans, quand elle devient obèse elle est de nouveau raillée, toujours pour son corps. Ça a provoqué un déclic chez moi. Je n’avais pas vu ça dans le personnage alors que j’avais regardé la téléréalité de manière avide quand j’étais adolescent. Pourquoi personne ne s’était-il intéressé à elle comme l’archétype télévisuel de la femme-objet, moquée pour son corps à la télévision ? Dès que j’ai commencé à m’intéresser à elle, je me suis rendu compte que sa vie reflète le sort réservé aux femmes à la télévision, et globalement dans la société. Loana a vécu chacune des expériences dont on parle aujourd’hui, ces violences faites aux femmes. Elle a connu les violences intrafamiliales, l’inceste, les violences conjugales et le viol. Tout ça est mis sous le tapis, sous le personnage construit médiatiquement de la fille dont on pouvait rire quand on était bien né. Il y avait un mystère, tout était sous nos yeux mais personne ne voit ce qu’il s’est passé. J’ai eu envie de fouiller et de démonter ces mécaniques-là.

    Un séisme traverse le monde de la téléréalité avec ces candidates des « Anges » qui dénoncent le sexisme et le harcèlement qu’elles disent avoir subis. Elles mettent en cause la société de production, pourquoi les autres ne sont-ils pas touchées ?

    L’un des candidats, Raphaël Pépin, avait déjà été cité par Nathanya Sion qui avait participé aux « Anges ». Elle avait dit qu’il était violent, qu’il l’avait insultée de manière sexiste et que la production, alertée, n’avait rien fait. « Les Anges », c’est particulier, car ça a longtemps été l’émission phare de la téléréalité. Tout a été déplacé sur la TNT car les autres étaient en perte de vitesse sur le réseau hertzien historique. Il y a eu à ce moment-là une low-costisation de la téléréalité et un nouveau modèle a été créé. Les émissions coûtent moins cher et la participation des candidats devient encore plus importante car ils sont la main-d’œuvre. Les boîtes de production ont besoin du candidat qui accepte de tourner 24 heures sur 24 et produit de la séquence. Pour ça, il faut un sens de la mise en scène personnelle. Ces logiques de mise en scène de soi, de clashs, commencent à s’installer dès les années 2010 avec « Les Anges de la téléréalité ». D’ailleurs, dans le jargon de la profession, on parle désormais de série-réalité et non plus de téléréalité, ce qui montre qu’on franchit un cap.

    Toutes les scènes sont donc scénarisées ?

    Ce n’est pas une scénarisation dans le sens où la production fournit aux candidats un script – ça, tout le monde l’exclut –, mais c’est une fictionnalisation par l’acceptation et l’intégration des candidats selon le personnage qu’ils doivent incarner. Ils vont jouer de leur personnalité et créer du récit, des histoires d’amours et évidemment des clashs. Dans ces téléréalités d’enfermement, les caméras sont dissimulées, grâce à des vitres sans tain avec des cadreurs derrière. Les candidats, et c’était le souhait de la production, oubliaient les caméras. Dans les programmes actuels, c’est tout l’inverse, ce sont des cadreurs avec des grosses caméras, quand ça tourne les candidats le savent, ils se rapprochent d’eux. Ils se prêtent au jeu.

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    Vingt ans de téléréalité en France : du scandale « Loft Story » au business des influenceurs Par François Bougon

    Dans ce cadre-là, le sexisme, c’est un ingrédient du récit. Ce n’est pas que propre à la téléréalité, mais les stéréotypes de genre y sont présents. La téléréalité applique les vieilles recettes : il faut une tension amoureuse, une opposition entre deux mâles pour s’attirer les faveurs d’une femme, il faut qu’un homme accuse une femme de quelque chose, qu’elle soit vue comme une séductrice, une chose fragile ou comme quelqu’un de manipulateur. Tout ça va fournir une matière première pour les productions. Le sexisme est utile à la téléréalité.

    Alors que le sexisme est très présent dans ces émissions, pourquoi n’y a-t-il pas eu de mouvement d’ampleur de dénonciation dans ce milieu ?

    Les dénonciations restent sporadiques. Mais il semblerait que la téléréalité prenne le pas de toutes les industries du divertissement. Il y a eu un effet #MeToo dans le cinéma puis dans la musique, et là cela atteint la téléréalité. Il y a urgence pour les productions de s’intéresser au sexisme car cela reste dans l’angle mort. Ils ont une responsabilité envers les publics qui regardent ces programmes qui sont en majorité adolescents. Le Haut Conseil à l’égalité démontrait dans un rapport en 2019 que la téléréalité fonctionne selon des ressorts identiques. Les corps des femmes sont très sexualisés, elles reçoivent souvent des insultes sexistes à l’antenne sans que cela ne semble poser problème. Et c’est même diffusé, ce qui devient gênant en 2021.

    Surtout qu’aujourd’hui, s’il y avait un mouvement encore plus large des candidats et candidates, cela aurait du poids. Ils sont puissants, pas comme au début où ils étaient des simples cobayes. Chaque candidat emblématique a une vraie marge de manœuvre et a pour lui cette popularité qui se traduit par des followers sur les réseaux sociaux.

    Si les candidates se mobilisaient en disant qu’elles arrêtent de participer aux émissions tant que ces comportements sexistes sont tolérés, cela pourrait avoir du poids. Les sociétés de production doivent se responsabiliser elles-mêmes. Surtout quand on voit que les rapports du CSA ne changent rien. On est dans une impasse.
    « Loana a été le patient zéro de la téléréalité »

    Endemol, la maison de production derrière « Loft Story », s’est toujours dédouanée de toute responsabilité quant à la diffusion de la scène de la piscine, qui a été un fardeau pour Loana. Pourquoi, vingt ans plus tard, rien n’est régulé ? La limite a-t-elle été repoussée avec les années ?

    Il y a un premier argument développé par les productions : tous les gens de ces émissions, hommes comme femmes, sont volontaires. Elles considèrent qu’elles ne peuvent être tenues pour responsables car les candidats savent qu’ils viennent participer à un jeu pour lequel ils seront filmés et que leur image sera exposée. Mais cet argument est fallacieux à mon sens, la justice a par exemple considéré que les candidats et les boîtes de production étaient reliés par des contrats de travail, quasiment celui d’un acteur. Si on doit exiger des candidats de se lever à telle ou telle heure et faire telle ou telle activité, à partir de là, comme tout employeur, il y a une obligation morale et de sécurité vis-à-vis de l’employé.

    Tout ça met en lumière les interrogations face au rôle du CSA et son action sur l’audiovisuel français. Quel est son pouvoir ? Plusieurs mises en demeure et rappels à l’ordre n’ont jamais influencé les programmes, on peut donc se poser des questions quant à son efficacité. Mais cela soulève aussi la question de la censure, car plein de voix s’élèveraient si on interdisait de mettre des filles dénudées ou de dire telle ou telle chose dans ces programmes. C’est tout le débat qu’on a sur la culture et la production de la fiction. C’est assez compliqué. Tant que les candidats et téléspectateurs ne diront pas qu’ils ne veulent plus voir ça à l’écran, les productions ne changeront pas.

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    Les scènes diffusées sont toutes bien sélectionnées, à l’époque jeune adolescent, vous vous délectez de ces morceaux choisis avec les candidates qui sortent de la douche ou sont en maillot de bain autour de la piscine par exemple. Est-ce qu’aujourd’hui les émissions sont-elles toujours aussi caricaturales, est-ce allé crescendo ?

    Dans le « Loft », c’était du voyeurisme assez pur dans la mesure où les candidats n’étaient pas préparés à cette exposition et avaient un comportement assez naturel. Il y avait pour le téléspectateur un plaisir d’observateur, avec un côté laboratoire humain in vivo. Il y avait aussi une dimension de voyeur visuel pur avec ces corps exposés lors de ces scènes de douche. Le paroxysme étant cette scène dans la piscine et la chambre entre Loana et Jean-Édouard. Ces moments ont cristallisé l’audience et ont créé le programme, dès le troisième soir, quand les deux ont eu une relation sexuelle ensemble.

    Aujourd’hui, les candidats sont conscients de l’image qu’ils vont véhiculer. Tout ce qu’on voit à l’écran est maîtrisé, proche de ce qu’on voit sur un shooting de mannequin. Ce n’est pas la même esthétique et pas la même violence. Douze millions de téléspectateurs ont suivi la finale. Les candidats du « Loft » ont tous été sidérés face à leur starification, alors qu’ils pensaient participer à une sorte de « Tournez... manège ». À l’époque, Internet est balbutiant, ils ont peut-être vaguement entendu parler de Big Brother à l’étranger. Aujourd’hui, les candidats veulent tout ça, c’est une démarche professionnelle.

    Loana, en gagnant, a créé un précédent, elle a incarné la bimbo provocante de l’extérieur mais finalement fragile. Ce stéréotype va être recréé à foison. Ces personnalités vont être mises en avant comme vont l’être les grandes gueules. Le « Loft 1 », c’est le galop d’essai, on voit ce qui fédère les téléspectateurs. Les productions ont intérêt à sélectionner des profils limites avec une forte envie d’exposition et des failles narcissiques béantes à exploiter. Elles ont un goût particulier pour les personnes au passé douloureux, ce qui va alimenter le récit. À cet égard, Loana a été le patient zéro de la téléréalité.

    La vie de Loana a été scrutée sous toutes ses coutures, son passé, sa famille ont été traqués. Son corps, jugé trop sexy d’abord, et ses fluctuations de poids ont aussi été disséqués. Est-ce parce que la téléréalité impose une norme qui fait le lit de ce sexisme généralisé ?

    Le souci principal de ces émissions, c’est l’audience, elles utilisent des techniques identiques à celles de l’industrie du spectacle. Les corps sont stéréotypés et obéissent au male gaze, ce regard masculin. Ils sont mis en valeur pour ça, sont censés attirer et faire rêver ceux qui suivent leurs aventures. Quand j’ai interviewé Thibaut Valès, l’ancien producteur des « Anges », il m’a dit cela : « Nous, on veut faire rêver. » On considère qu’un corps qui correspond aux canons de la publicité et des magazines féminins fait vendre et attire. C’est une industrie du désir qui emploie les mêmes méthodes. D’où une uniformisation des corps.

    Ces sociétés de production n’ont pas d’état d’âme et ne sont pas misogynes pour le plaisir de l’être. Elles trouvent ça efficace donc ce sont les seules valeurs qu’elles épousent. Loana devient une star et cette espèce d’appétit de notre société pour ces destins de jeunes filles portées au pinacle puis foulées au pied par la société qui va se délecter de la chute de ses idoles, ce double plaisir. On les admire car elles sont belles et provoquent du désir. Ensuite on se rassure en les voyant chuter. Cela réveille des sentiments peu glorieux qui existent en chacun de nous. C’est aussi vrai pour Britney Spears.

    Cette absence d’empathie pour ces trajectoires-là n’est pas étonnante. Récemment, dans une émission revisitant les vingt ans du « Loft », les anciens candidats présents ont parlé de Loana en son absence. Jean-Édouard a fait une blague en disant que ça lui avait pris cinq minutes pour la séduire. La scène est d’une violence rare. Vingt ans après elle est encore et toujours moquée avec un sexisme et une condescendance absolus.

  • Données de connexion : la France contourne la justice européenne
    https://www.mediapart.fr/journal/france/220421/donnees-de-connexion-la-france-contourne-la-justice-europeenne

    Le Conseil d’État était appelé à se prononcer sur l’application d’une jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne ayant jugé illégale l’obligation de conservation généralisée imposée aux opérateurs. Tout en reconnaissant ces décisions, il en écarte leur application en raison de la « menace » pesant actuellement sur la sécurité nationale.

    C’est une véritable acrobatie juridique à laquelle s’est livré le Conseil d’État dans sa décision, rendue mercredi 21 avril, relative à l’obligation de conservation généralisée des données de connexion imposée en France aux acteurs du numérique.

    Saisie par un collectif d’associations qui demandaient son annulation, la plus haute juridiction administrative était confrontée à un dilemme en apparence insoluble. D’un côté, une jurisprudence constante au niveau européen, encore rappelée au mois d’octobre dernier dans un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), a déjà jugé cette obligation contraire aux textes européens protégeant la vie privée. Mais, ce faisant, ce sont des dizaines de milliers de procédures pénales utilisant des données de connexion ou de géolocalisation qui risqueraient de tomber dans l’illégalité.

    Comme le rappelle le Conseil, ces données sont en effet particulièrement nombreuses et utilisées massivement par les services de renseignement, la police et certaines autorités administratives.

    Il les classe ainsi en trois catégories : « Les données d’identité, qui permettent d’identifier l’utilisateur d’un moyen de communication électronique (par exemple les nom et prénom liés à un numéro de téléphone ou l’adresse IP par laquelle un utilisateur se connecte à Internet) ; les données relatives au trafic, parfois appelées “fadettes”, qui tracent les dates, heures et destinataires des communications électroniques, ou la liste des sites internet consultés ; les données de localisation, qui résultent du “bornage” d’un appareil par l’antenne-relais à laquelle il s’est connecté. »

    Face à la perspective de chaos juridique que représenterait l’annulation du droit d’accès à ces données, le Conseil d’État était pressé, de l’autre côté, par le gouvernement de tout simplement écarter l’application de la jurisprudence européenne, au mépris de la Constitution et au risque d’une guerre juridique ouverte entre les juges français et européens.

    Grâce à une pirouette juridique particulièrement technique, détaillée dans un arrêt de 39 pages, les magistrats du Palais-Royal ont finalement réussi à trouver une voie médiane. Mais celle-ci les conduit à faire le grand écart en acceptant la jurisprudence de la CJUE, tout en neutralisant son application en France par un raisonnement juridique inédit.

    La position de la CJUE sur la question de la conservation et de l’accès aux données de connexion est pourtant bien connue, et affirmée par une série de décisions sans ambiguïtés. La décision fondatrice de cette jurisprudence, l’arrêt « Digital Rights Ireland », a été rendue dès 2014. Celle-ci avait invalidé une directive européenne visant à harmoniser les législations nationales en matière de collecte et d’utilisation des données de connexion.

    Dans l’arrêt « Digital Rights Ireland », la cour estimait que l’obligation de conservation indiscriminée faite aux opérateurs constituait « une ingérence » dans les droits fondamentaux « d’une vaste ampleur et d’une gravité particulière dans l’ordre juridique de l’Union, sans qu’une telle ingérence soit précisément encadrée par des dispositions permettant de garantir qu’elle est effectivement limitée au strict nécessaire ».

    Deux ans plus tard, l’arrêt « Tele2 » du 21 décembre 2016 avait jugé contraire à la législation européenne toute « réglementation nationale prévoyant, à des fins de lutte contre la criminalité, une conservation généralisée et indifférenciée de l’ensemble des données relatives au trafic et aux données de localisation de tous les abonnés et les utilisateurs inscrits concernant tous les moyens de communication ».

    Parallèlement, en France, un collectif d’associations, regroupant notamment La Quadrature du Net et l’hébergeur associatif French Data Network (FDN), avait saisi le Conseil d’État pour demander l’annulation de plusieurs décrets imposant une obligation de conservation, notamment ceux pris en application de la loi renseignement de juillet 2015.

    En juillet 2018, le juge administratif avait finalement décidé de demander, avant de se prononcer, l’avis de la CJUE, à laquelle il avait envoyé une série de questions préjudicielles.

    Ses réponses sont tombées le 6 octobre 2020. Sans surprise, ce nouvel arrêt « La Quadrature du Net » a confirmé la jurisprudence de la CJUE. Si elle reconnaît le droit aux États d’exiger un accès aux données de connexion détenues par les opérateurs et fournisseurs d’accès, notamment en cas de « menace pour la sécurité nationale », l’obligation de conservation doit « être temporellement limitée au strict nécessaire ». « Cette conservation ne saurait présenter un caractère systématique », réaffirmait l’arrêt.

    Enfin, le 2 mars dernier, la CJUE rendait un nouvel arrêt concernant cette fois plus spécifiquement l’utilisation des données de connexion dans le cadre d’une procédure pénale.

    Dans cette nouvelle décision, les juges européens ont jugé illégal tout accès « à des fins pénales » à ces données en dehors « des procédures visant à la lutte contre la criminalité grave ou à la prévention de menaces graves contre la sécurité publique ». En pratique, cela voudrait dire que les services de police et de gendarmerie n’ont désormais plus le droit d’accéder aux données stockées par les opérateurs dans le cadre d’une bonne partie de leurs enquêtes ne portant pas sur des infractions assez graves.

    La décision rendue mercredi 21 avril concerne le recours déposé par La Quadrature du Net et FDN. Acculé par la réponse aux questions préjudicielles du 6 octobre 2020 et par le nouvel arrêt du 2 mars, le gouvernement a tenté ces dernières semaines de convaincre le Conseil d’État d’opter pour une solution radicale : tout simplement refuser d’appliquer la jurisprudence de la CJUE.

    Selon le site d’information Contexte, l’exécutif a dans ce but transmis au Conseil un mémoire affirmant que la conservation généralisée des données de connexion est « indispensable » pour que l’État puisse remplir certains objectifs « constitutionnels », comme la sauvegarde des intérêts fondamentaux de la nation, la recherche d’auteurs d’infractions et leur prévention, et la lutte contre le terrorisme. Le gouvernement, pointe Contexte, affirme que les données de connexion sont utilisées dans plus de 85 % des enquêtes. Autant de procédures qui seraient menacées en cas d’application de la jurisprudence de la CJUE.

    Dans son arrêt, le Conseil d’État écarte clairement la solution proposée par le gouvernement et qui aurait conduit à un conflit ouvert entre juges français et européens.

    « Contrairement à ce que soutient le premier ministre, il n’appartient pas au juge administratif de s’assurer du respect, par le droit dérivé de l’Union européenne ou par la Cour de justice elle-même, de la répartition des compétences entre l’Union européenne et les États membres, affirme l’arrêt. Il ne saurait ainsi exercer un contrôle sur la conformité au droit de l’Union des décisions de la Cour de justice et, notamment, priver de telles décisions de la force obligatoire dont elles sont revêtues. »

    Une définition « monstrueuse » de la sécurité nationale

    En conséquence, l’arrêt ordonne bien au gouvernement d’abroger « dans un délai de six mois » deux textes imposant aux opérateurs de communications électroniques la conservation des données de connexion pendant un an : l’article R. 10-13 du code de la propriété intellectuelle « pour les besoins de la recherche, de la constatation et de la poursuite des infractions pénales » et un décret du 25 février 2011 pour pouvoir identifier les auteurs de contenus illicites.

    Mais, dans le même temps, « le Conseil d’État rappelle que la Constitution française demeure la norme suprême du droit national. En conséquence, il lui revient de vérifier que l’application du droit européen, tel que précisé par la CJUE, ne compromet pas en pratique des exigences constitutionnelles qui ne sont pas garanties de façon équivalente par le droit européen », explique le communiqué de la juridiction. Et, parmi ces « exigences constitutionnelles », figurent celles « relatives à la sécurité nationale et à la lutte contre la criminalité ».

    Or, affirme l’arrêt, « à la date de la présente décision, l’état des menaces pesant sur la sécurité nationale […] justifie légalement que soit imposée aux opérateurs la conservation générale et indifférenciée des données de connexion ».

    Cette menace « procède d’abord de la persistance d’un risque terroriste élevé ». « Par ailleurs, poursuit l’arrêt, la France est particulièrement exposée au risque d’espionnage et d’ingérence étrangère, en raison notamment de ses capacités et de ses engagements militaires et de son potentiel technologique et économique. » Enfin, « la France est également confrontée à des menaces graves pour la paix publique, liées à une augmentation de l’activité de groupes radicaux et extrémistes ».

    Ce faisant, le Conseil d’État innove donc en reconnaissant l’existence d’un état d’exception, détaché de l’état d’urgence, qui permettrait de déroger au droit commun. « En revanche », pointe le Conseil d’État, cette solution va imposer « au gouvernement de réévaluer régulièrement la menace qui pèse sur le territoire ». Ainsi, un décret devrait être régulièrement pris afin de « justifier la conservation généralisée des données et de subordonner l’exploitation de ces données par les services de renseignement à l’autorisation d’une autorité indépendante ».

    Cette première étape du raisonnement du Conseil d’État permet de justifier la conservation généralisée des données de connexion et leur exploitation par les services de renseignement. Reste la question de leur exploitation dans le cadre d’enquêtes pénales qui, elle, reste en théorie illégale.

    Pour contourner ce problème, le juge administratif estime que la solution proposée par la CJUE, consistant en une conservation ciblée des données et limitée aux crimes graves, est, en toute logique, impossible à mettre en place. « En effet, pointe son communiqué, il n’est pas possible de prédéterminer les personnes qui seront impliquées dans une infraction pénale qui n’a pas encore été commise ou le lieu où elle sera commise. »

    Par contre, souligne le Conseil, la CJUE a également autorisé l’utilisation, dans le cadre d’une enquête pénale portant sur la criminalité grave, de la pratique dite de « conservation rapide » des données consistant à « demander aux opérateurs de geler les données de trafic et de localisation relatives à une personne, pour les besoins d’une enquête pénale, sur une courte période ».

    Et cette autorisation vaut « lorsque cette conservation rapide porte sur des données initialement conservées aux fins de sauvegarde de la sécurité nationale », poursuit l’arrêt. « Ainsi, l’autorité judiciaire est en mesure d’accéder aux données nécessaires à la poursuite et à la recherche des auteurs d’infractions pénales dont la gravité le justifie. Le même principe s’applique nécessairement aux autorités administratives indépendantes disposant d’un droit d’accès aux données de connexion », conclut le Conseil d’État.

    Ainsi, si la conservation indiscriminée des données de connexion est bien en théorie interdite, conformément à la jurisprudence de la CJUE, elle reste imposée aux opérateurs au motif de la menace actuelle pesant sur la sécurité nationale afin que puissent y accéder les services de renseignement. Et elles pourront toujours être utilisées dans les enquêtes pénales au titre de la « conservation rapide ». Le juge devra toutefois vérifier le respect du « principe de proportionnalité entre gravité de l’infraction et importance des mesures d’enquête mises en œuvre, qui gouverne la procédure pénale ».

    Concernant l’accès des services de renseignement aux données de connexion, l’arrêt impose cependant une limite en apparence importante. Les avis de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR), saisie des demandes d’accès, qui n’étaient jusqu’à présent que consultatifs, devront désormais être « conformes », c’est-à-dire qu’ils s’imposeront au gouvernement. Cependant, le premier ministre pourra contourner cette obligation en « cas d’urgence dûment justifiée ».

    Une construction juridique qui a provoqué la colère des associations requérantes. « Le Conseil d’État a réinterprété la notion de “sécurité nationale” pour l’étendre très largement au-delà de la lutte contre le terrorisme et y inclure par exemple l’espionnage économique, le trafic de stupéfiants ou l’organisation de manifestations non déclarées, dénonce ainsi dans un communiqué La Quadrature du Net. Ainsi, il peut conclure que la sécurité nationale est systématiquement menacée, justifiant le contournement permanent des garanties protégeant les libertés fondamentales, et ce même en dehors des périodes officielles d’état d’urgence, soumises à un contrôle démocratique (aussi théorique soit-il). »

    « Cette décision traduit le blanc-seing donné par le Conseil d’État au gouvernement et aux services de renseignement, poursuit le communiqué. Reléguant le droit à la vie privée, à la sûreté ou à la liberté d’expression à une pure déclaration de principe dénuée d’effectivité, le Conseil d’État confère à la sacro-sainte sécurité nationale une définition si monstrueuse qu’elle lui permet d’annihiler le reste des droits fondamentaux. Aujourd’hui, il a durablement inscrit dans le droit français le renversement de principe en matière de surveillance : tout le monde est suspect, de tout. »

    #données #surveillance #CJUE #Conseild'État-FR #FrenchDataNetwork-FDN #LaQuadratureduNet

    • le Conseil d’État innove en reconnaissant l’existence d’un état d’exception, détaché de l’état d’urgence, qui permettrait de déroger au droit commun.

      « Le Conseil d’État a réinterprété la notion de “sécurité nationale” pour l’étendre très largement au-delà de la lutte contre le terrorisme et y inclure par exemple l’espionnage économique, le trafic de stupéfiants ou l’organisation de manifestations non déclarées, dénonce ainsi dans un communiqué La Quadrature du Net. [...] Aujourd’hui, il a durablement inscrit dans le droit français le renversement de principe en matière de surveillance : tout le monde est suspect, de tout. »

  • #MeToo : le patron d’une maison d’édition mis en cause - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/210421/metoo-le-patron-d-une-maison-d-edition-mis-en-cause?onglet=full

    Mediapart a recueilli de nombreux documents et les témoignages d’une vingtaine de femmes ayant un jour croisé la route de Stéphane Marsan, patron des éditions Bragelonne, spécialisées dans les littératures de l’imaginaire. Autrices, éditrices, étudiantes, traductrices ou stagiaires… Toutes font part de remarques et de gestes inappropriés, à connotation sexuelle, dans un cadre professionnel.

  • Telecomix : les anciens combattants numériques des révolutions arabes se livrent | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/200421/telecomix-les-anciens-combattants-numeriques-des-revolutions-arabes-se-liv

    Un article long et passionnant sur ces hackers français investis dans le soutien aux révolutions arabes.

    À partir de la fin 2010, ce collectif de hackeurs s’était plongé dans les révolutions arabes, apportant conseils et soutien techniques aux militants. Dix ans après, quatre de ses membres reviennent sur cette période, leurs exploits et leurs déceptions.

    « Telecomix me manquera toujours. » Même si dix années ont passé, le hackeur français Kheops est aujourd’hui encore ému lorsqu’il évoque son groupe d’amis avec lequel il s’était plongé dans le tourbillon des révolutions arabes de l’année 2011.

    Telecomix était, à l’origine, un collectif né deux ans plus tôt, lorsque, en avril 2009, l’hacktiviste suédois Erik Josefsson propose aux différents groupes hackeurs et associations de défense des libertés numériques d’Europe d’unir leurs forces.

    L’idée était de donner une visibilité politique à l’hacktivisme pour peser dans le débat public et défendre ses idéaux de libre circulation de l’information, de partage des connaissances, de lutte contre la censure et la surveillance…

    Des hackeurs allemands, des militants protéléchargement suédois de The Pirate Bay, des défenseurs des libertés numériques de l’association française La Quadrature du Net… se retrouvent sur un canal IRC, un système de discussion instantanée, au départ pour lutter contre le Paquet Télécom, une vaste réforme de la législation européenne sur les télécommunications.

    « Je suis arrivé en 2010 un peu comme un cheveu sur la soupe par le biais d’un copain, se souvient Bluetouff. J’avais hébergé mon blog chez eux car je n’avais pas de sous, que l’ambiance était sympa, qu’il s’agissait d’un hébergement communautaire… Mais, très vite, je me suis rendu compte qu’ils avaient d’autres activités. »

    #Hacking #Telecomix #Hackers #Révolutions_arabes #Printemps_arabes

  • La police met à nu le système d’espionnage de LVMH contre François Ruffin
    https://www.mediapart.fr/journal/france/190421/la-police-met-nu-le-systeme-d-espionnage-de-lvmh-contre-francois-ruffin

    Deux récents rapports de police détaillent par le menu les dessous d’un système d’espionnage mis sur pied par l’ancien chef de services secrets français, Bernard Squarcini, au profit du géant mondial du luxe LVMH, propriété du milliardaire Bernard Arnault. Leur cible ? Le futur député François Ruffin et son journal.

    Une surveillance tous azimuts, une infiltration, un recueil de données personnelles, des taupes et de l’argent, beaucoup d’argent : deux rapports de police, rédigés en octobre et novembre dernier, détaillent par le menu les dessous d’un système d’espionnage mis sur pied par l’ancien chef des services secrets français, Bernard Squarcini, au profit du géant mondial du luxe LVMH, propriété du milliardaire Bernard Arnault.

    Les cibles ? Un journaliste « agitateur » et futur député (François Ruffin), son journal (Fakir) et un film appelé à décrocher en 2017 le César du meilleur documentaire (Merci Patron !).

    « Il ressort que la société LVMH, au travers de Laurent Marcadier, directeur de la protection des actifs et des personnes, a rémunéré une société privée afin d’obtenir des renseignements sur les activités associatives, politiques ou privées des membres de l’association Fakir et particulièrement de François Ruffin, ainsi que pour récupérer illégalement une copie du film Merci Patron ! », conclut un rapport de l’Office anticorruption (OCLCIFF) daté du 27 novembre et transmis à la juge Aude Buresi.

    Ancien magistrat, qui fut notamment détaché comme conseiller justice au cabinet du ministre de l’intérieur Claude Guéant, Laurent Marcadier a affirmé à Mediapart, par la voix de son avocat, Me Antonin Lévy, ne souhaiter faire aucun commentaire.

    Au cœur du système de surveillance : Bernard Squarcini, dit « le Squale », l’ancien maître-espion de Nicolas Sarkozy, qui a été à la tête de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, aujourd’hui DGSI) de 2008 à 2012. Il s’agissait d’une reconversion manifestement très rentable pour « le Squale » : sur la période visée par l’enquête de police (2013-2016), sa société de renseignement privée, baptisée Kyrnos (qui signifie « la Corse » en grec ancien), a en effet perçu 2,2 millions d’euros de LVMH.

    Une disproportion qui paraît totalement hors sol avec le « danger » réel que pouvaient représenter François Ruffin et ses amis, alors surtout connus pour tenter de perturber des assemblées générales du groupe LVMH vêtus de tee-shirts « I Love Bernard »…

    Un autre rapport de police, rédigé cette fois par l’IGPN, co-saisi de l’enquête, a également établi le 15 octobre dernier, comme l’a déjà signalé Le Canard enchaîné, que « les investigations […] ont permis de confirmer la mise sous surveillance et l’infiltration du mouvement Fakir. […] au profit du groupe LVMH, dans le cadre d’une sous-traitance en cascade établie depuis la société dirigée par Bernard Squarcini ».

    Ces deux conclusions policières interviennent dix-huit mois après des premières révélations de Mediapart, en mai 2019, sur la surveillance et l’infiltration de François Ruffin et de Fakir au profit de LVMH, ce qui avait provoqué un dépôt de plainte du député insoumis et du journal basé à Amiens (Somme).

    En juillet dernier, Mediapart avait d’ailleurs consacré un épisode à l’espionnage de Ruffin et Fakir dans le cadre sa série Le Squale, opérations secrètes, fondée sur la diffusion d’écoutes téléphoniques judiciaires ayant visé Bernard Squarcini.

    Recruté par LVMH sitôt après son départ de la police nationale, Bernard Squarcini a utilisé tout un réseau de sous-traitants et de sociétés de renseignements privées, lesquels ont réussi à recruter deux « taupes » pour infiltrer et surveiller les activités de François Ruffin et sa bande.

    Sollicités pour réagir, ni Bernard Squarcini ni LVMH n’ont fait de commentaire.

    Parmi les sous-traitants mis en branle par « le Squale » se trouvent un ancien policier de l’antiterrorisme et de la brigade financière, Hervé Séveno, et un spécialiste du renseignement privé, Jean-Charles Brisard, également conseiller spécial (non rémunéré) auprès du maire de Nice, Christian Estrosi (LR), sur les questions de radicalisation.

    Contacté, Jean-Charles Brisard a dit ne vouloir faire aucun commentaire. « J’ai toujours assumé mes responsabilités », a pour sa part sommairement réagi auprès de Mediapart Hervé Séveno, qui, pour ce qui concerne le fond du dossier, a renvoyé à des déclarations de mai 2019 dans lesquelles il affirmait n’avoir fait usage d’« aucune méthode illégale ».

    Dans leur rapport de synthèse, les enquêteurs énumèrent pourtant toutes les prestations potentiellement illégales fournies par les sous-traitants de Squarcini pour le compte de LVMH : infiltration d’une personne au cœur d’un mouvement idéologique, recueil et transmission d’informations, photos, courriels, opérations physiques de repérage et de surveillance sur la voie publique et par des moyens de vidéosurveillance.

    Cela « relève manifestement des activités d’agences de recherches privées et de surveillance humaine […] avec des qualifications pénales », écrivent les policiers qui présentent « le Squale » comme le « donneur d’ordres » de toute l’opération.

    Pour arriver à leurs fins, Bernard Squarcini et ses lieutenants ont donc réussi à infiltrer deux personnes (des « agents sous couverture », selon leur terminologie) dans l’entourage de leur cible : un homme, qui se présente aujourd’hui tout à la fois comme journaliste d’investigation, conseiller pour des entreprises et ancien de la DGSE, et une femme, photographe de profession, qui, tout en revendiquant de réelles sympathies pour les joyeux drilles de la bande Ruffin, a concouru à une opération privée de renseignement contre ce qui lui avait été présenté comme une dangereuse mouvance « révolutionnaire ».

    Concernant l’espionnage de Ruffin et son mouvement, les policiers évoquent l’existence de synthèses faites à l’aide d’un fichage détaillé avec orientations et appartenance politiques ou syndicales, mais aussi l’identification des plaques d’immatriculation de véhicules, de numéros de téléphone et la récupération d’adresses personnelles.

    Mais la surveillance ne s’est pas arrêtée là. Selon les rapports de police, « ce recueil de renseignements s’est poursuivi jusqu’à la captation d’images dans un cercle privé avant toute diffusion publique du film [Merci Patron ! – ndlr] au mépris des dispositions légales […], et ce au profit de la personne morale LVMH ».

    En effet, au moins l’une des taupes de la multinationale avait réussi à filmer discrètement le film Merci Patron !, qui dénonçait certaines pratiques sociales du groupe LVMH, à l’occasion d’une projection privée bien avant la sortie sur les écrans du documentaire à succès.

    De nombreuses écoutes téléphoniques ont par ailleurs montré que pour la bonne marche des ses activités de renseignements privées pour LVMH (sur Ruffin ou d’autres sujets), Bernard Squarcini a continué à entretenir des « relations étroites » avec la police et surtout la DCRI, « dont il a continué de solliciter les personnels », selon les enquêteurs.

    Selon ces derniers, « il a pu être mis en évidence » que ce fut, pour l’essentiel, « au service de son intérêt personnel ».

    #LVMH #activisme #journalisme #écoutes #surveillance

  • Mafia du CO2 : Arnaud Mimran mis en examen pour assassinat et meurtre
    16 avril 2021 Par Fabrice Arfi et Matthieu Suc | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/160421/mafia-du-co2-arnaud-mimran-mis-en-examen-pour-assassinat-et-meurtre?onglet

    De gauche à droite : Arnaud Mimran, Samy Souied (assassiné) et Marco Mouly, les trois associés du CO2, selon les juges. © DR

    Définitivement condamné pour la plus grande escroquerie de France, l’affairiste français Arnaud Mimran, qui fut aussi un soutien financier de Benyamin Netanyahou, a été mis en examen pour les meurtre et assassinat de son complice Samy Souied et de son beau-père, le milliardaire Claude Dray. Un dossier hors norme où se mêlent l’argent et le sang.
    (...)
    Finalement, dans le dossier Dray comme dans l’affaire Souied, cela fera pour les enquêteurs un mobile, des mensonges et beaucoup de soupçons. Mais pas de quoi accuser formellement.

    Les choses semblent, là encore, s’être accélérées ces dernières semaines grâce à la découverte d’éléments nouveaux dont le détail n’a pas encore été rendu public. Seule certitude, les juges Hurel et Bonduelle ont récupéré il y a peu, à leur cabinet parisien, l’enquête sur l’assassinat de Dray, instruite depuis 2011 à Nanterre (Hauts-de-Seine). C’est en soi le signe d’une mise en cohérence judiciaire avec la mort de Souied. Comme un soupçon commun unissant les deux dossiers, désormais caractérisé par une double mise en examen pour Mimran, susceptible de fournir les ingrédients de l’une des plus grandes sagas criminelles de ces dernières décennies.

    En 2016, à la fin de son réquisitoire durant le procès de l’escroquerie aux quotas carbone, le procureur Patrice Amar avait déclaré : « Voilà pourquoi l’affaire de la fraude au CO2 nous offre le spectacle affligeant de la vie falsifiée, de ses addictions, des tables de jeu, de ses débauches étalées sur papier glacé. Au fond, la fraude aux droits à polluer n’est que le drame de la modernité. Aussi fallait-il nécessairement que le spectacle se prolonge au prétoire. » À l’époque, le magistrat ne parlait que d’argent. Pas de sang.

    #mafia_du_co2 #taxe_carbone

  • Contrôler les « assistés » : pourquoi la notion de « fraude sociale » est trompeuse
    15 avril 2021 Par Faïza Zerouala

    Le sociologue Vincent Dubois dissèque dans un livre les pratiques des organismes de l’État, des politiques et de la presse pour contrôler ceux qu’ils appellent « les assistés ». En réalité, ce sont les plus précaires qui subissent le plus grand nombre de contrôles de plus en plus intrusifs, menés au nom de la lutte contre la fraude.

    Contrôler les bénéficiaires des prestations sociales, pister et sanctionner les fraudeurs constitue, pour certains, une obsession politique et médiatique depuis deux décennies.

    Vincent Dubois est sociologue et professeur à l’Institut d’études politiques de Strasbourg. Il a étudié ce phénomène au long cours depuis le début des années 2000, puis en pointillé jusqu’à 2017. De cela, il a tiré un livre : Contrôler les assistés, genèse et usage d’un mot d’ordre (éditions Raisons d’agir).

    Sur ce registre, les sénateurs Les Républicains (LR), lors de l’examen du projet de loi fourre-tout de lutte contre le séparatisme, viennent de voter en première lecture un amendement prévoyant la suspension des allocations familiales après plusieurs avertissements, en cas d’absence répétée d’un élève à l’école. En mars 2021, le Sénat a adopté la proposition de loi pour renforcer la lutte contre les fraudes sociales.

    Le sujet semble inépuisable.

    Sur le terrain politique, les bénéficiaires des aides sociales sont toujours instrumentalisés, érigés en boucs émissaires et l’image de fainéants leur colle toujours à la peau. En 2019, Édouard Philippe, alors premier ministre, avait par exemple envisagé de demander des contreparties aux bénéficiaires du RSA.

    Cette volonté de contrôle des bénéficiaires va crescendo, avec de moins en moins de possibilités pour les allocataires de régler d’éventuels litiges à l’amiable. Les administrations concernées, comme la Caisse d’allocations familiales ou les départements, sont de moins en moins enclines à la négociation mais de plus en plus à la sanction, avec notamment des menaces de poursuites judiciaires ou des demandes de remboursement des arriérés.

    En définitive, ce sont toujours les plus précaires qui subissent le plus de contrôles, notamment à domicile, et de sanctions. Les procédures elles-mêmes sont devenues de plus en plus sophistiquées et les informations dont disposent les agents préposés à ces contrôles de plus en plus exhaustives. Entretien.

    Vous retracez avec beaucoup de précision l’historique de la chasse à la fraude sociale et vous démontrez qu’il y a un tournant avec Alain Juppé en 1995 et cette idée de casser « la culture du RMI ». Quels mécanismes et enjeux autour de cela ?

    Vincent Dubois : Il y a différentes manières d’écrire cette histoire. La stigmatisation des pauvres et de leurs comportements et abus que génèrerait la protection sociale est ancienne et apparaît bien avant la fin des années 1990. Pensons par exemple au Mémoire sur le paupérisme d’Alexis de Tocqueville, paru en 1835, dans lequel il énonce avec la plume qui est la sienne les idées qui ont un certain air de famille avec celles qui seront développées plus tard.

    Cette dialectique bien connue entre aider les pauvres et les punir connaît cependant des moments d’accélération, qui tiennent aux transformations du champ politique et des milieux qui orientent les politiques sociales. Et elle ne se joue pas du tout de la même manière dans la période contemporaine, qui remet en cause des systèmes de protection sociale développés, qu’au cours du XIXe siècle, où ils commençaient à s’établir.

    Contrairement à ce qu’on pourrait penser, en France, l’affirmation du libéralisme doctrinaire après les législatives de 1986 n’est pas un de ces moments. Il faut en fait attendre 1995, qui peut être rétrospectivement identifié comme un moment déclencheur, car le discours sur les faux chômeurs, les assistés qui abusent des prestations sociales et sont fainéants, prend une place centrale dans les débats sur les politiques sociales, et la lutte contre la fraude devient un thème de l’action gouvernementale.

    Il y a une logique conjoncturelle qui est celle du début du septennat de Jacques Chirac, avec la campagne présidentielle sur la thématique de la fracture sociale très rapidement oubliée, avec une surenchère à droite au sein du camp majoritaire, et ce moment où le premier ministre Alain Juppé doit gérer le fait qu’il ne tienne pas la promesse électorale de réduction des impôts. L’un des leviers symboliques utilisés a alors été d’agiter la question des abus au système de protection sociale comme un moyen de rassurer les électeurs contribuables sur le bon usage de leurs impôts.

    Cela débouche même sur le rapport Courson-Léonard, qui explore le sujet sous le titre « Les Fraudes et les pratiques abusives » et est remis au premier ministre début 1996…

    © DR © DR
    Oui, la commande de ce rapport sur les pratiques abusives marque la première officialisation du problème. Le document et les chiffres qui en sont issus sont censés être une étape préparatoire au lancement d’un plan de lutte contre la fraude. Il est toujours très difficile d’établir un lien de causalité entre un rapport et une politique publique, mais cela a de fait mis en demeure les organismes de protection sociale de se convertir à la culture du contrôle. Cette dernière y était réputée absente, au profit de l’octroi des aides dans une perspective assistancielle. Ils vont être amenés à répondre à cette injonction au contrôle qui, combinée à leurs évolutions internes, va conduire au développement sans précédent des politiques institutionnelles de contrôle à partir de la seconde moitié des années 1990.

    La tendance va crescendo, le paroxysme étant sous Nicolas Sarkozy, qui lance la surenchère. Mais cela ne s’arrête pas là. On le voit avec Édouard Philippe en 2019, qui, alors premier ministre, souhaite conditionner l’attribution du RSA à des contreparties. Là, des sénateurs viennent de déposer une proposition de loi pour lutter contre la fraude sociale quand d’autres, dans le projet de loi sur le séparatisme, veulent retirer les allocations familiales aux parents d’enfants absentéistes. Le sujet a bien été installé par les différentes forces politiques.

    Il y a effectivement une tendance très nette sous Sarkozy, préparée dès le mandat Chirac. Sous Hollande, le sujet est moins utilisé comme un emblème et thème de discours. Même si la gauche de gouvernement ne s’oppose plus frontalement au discours de lutte contre les assistés. En 2014, par exemple, François Rebsamen, alors ministre du travail, annonce vouloir renforcer les contrôles des chômeurs, ce qui montre que ce discours est devenu dicible, y compris au PS.

    En parallèle, la mécanique bureaucratique du contrôle est lancée, avec les renforcements techniques. C’est dans ces années 2010 que se met en place le croisement des fichiers. On autorise pour ce faire la multiplication des bases de données, avec l’utilisation du numéro de Sécurité sociale des bénéficiaires pour assurer la fiabilité de ces croisements de données. Les autorisations d’accès aux contrôleurs de toutes ces informations ont été aussi de plus en plus nombreuses et utilisées en complément aux visites à domicile, au cours desquelles sont demandées des pièces justificatives aux allocataires.
    Un questionnement très intrusif, voire inquisitorial

    Est-ce que la presse contribue aussi à légitimer ce débat autour des fraudes aux allocations ?

    On ne peut pas parler de « la presse » dans son intégralité car le champ journalistique n’est évidemment pas homogène, mais il y a néanmoins des tendances d’ensemble. Dans le cas français, les journaux n’ont pas été les initiateurs du débat. Contrairement au Royaume-Uni et à ses tabloïds, qui ont joué un rôle actif de dénonciation du scandale de la fraude sociale dès la fin des années 1970.

    En France, la mise à l’agenda politique du sujet précède son traitement journalistique. Ce dernier a pour effet d’accréditer la validité de l’existence du problème, plutôt que de lancer un débat auquel les gouvernants sont censés répondre. Sans surprise, la fraction droitière du champ journalistique ouvre la marche et a enclenché une dynamique d’alignement propre aux concurrences entre les titres.

    Valeurs actuelles enchaîne les unes dénonçant les faux chômeurs, Le Point embraye, puis L’Express, etc. Au début de la période, des journaux plutôt à gauche sont systématiquement très critiques. Ils mobilisent des arguments contre le flicage des pauvres et dénoncent le côté orwellien du contrôle par l’informatique. Puis ce type de critiques tend à diminuer, tout comme dans le débat politique, participant à la naturalisation de cette orientation rigoriste.

    Le débat est donc très polarisé autour de cette question de la fraude sociale. Comment sort-on du côté binaire de la question et surtout comment objective-t-on le sujet par des données précises et chiffrées ?

    Vincent Dubois. © Université de Strasbourg Vincent Dubois. © Université de Strasbourg
    Le débat est très polarisé car il est mal cadré dès le départ. La notion de « fraude sociale » est trompeuse car elle est censée renvoyer tant aux fraudes aux cotisations qu’à celles aux prestations. En pratique, le discours politique et l’action publique ciblent essentiellement les secondes.

    De plus, la notion même de fraude est un objet à géométrie variable. Dans le débat public, elle recouvre des situations diverses qui vont du manquement du chômeur à ses obligations de se rendre à son rendez-vous à Pôle emploi ou de chercher du travail, en passant par l’escroquerie très organisée aux allocations-chômage. Dans les pratiques administratives, elle concerne de façon plus stricte les fausses déclarations et autres manières censément intentionnelles d’obtenir indûment des allocations. Mais même à ce niveau, la qualification juridique de la fraude a été largement étendue, conduisant à considérer comme telles des pratiques qui, il y a une vingtaine d’années, ne l’étaient pas.

    En fait, les contrôles menés au nom de la lutte contre la fraude portent essentiellement sur des petits manquements ou les erreurs volontaires des plus petits bénéficiaires : ceux qui sont au RSA et oublient de déclarer quelques heures de travail ou la mère de deux enfants qui a repris un semblant de vie maritale et tarde à le signaler.

    Les institutions concernées elles-mêmes qualifient ce type de comportement de « fraude de survie », et on y entend régulièrement dire que « la fraude des pauvres est une pauvre fraude ». Ajoutés aux difficultés techniques en la matière, ces écarts de définition font qu’il n’y a pas vraiment de chiffrage global et stabilisé de la fraude aux prestations. C’est pourtant au nom de son importance et de son augmentation que les politiques de contrôle ont été renforcées ces 25 dernières années.

    Quelle est la part de racisme sous-jacente ou non contenue dans cette chasse à la fraude, avec notamment cette musique bien connue des étrangers qui viendraient en France pour bénéficier des aides sociales ?

    Il est très clair qu’une partie non négligeable des prises de position politiques condamnant la fraude aux prestations sociales cible les étrangers. C’est le cas de différentes manières, lorsqu’il s’agit des abus à l’aide médicale d’État (AME), qui bénéficie aux étrangers sans papiers, du « tourisme social » ou encore de la polygamie. C’est bien entendu plus compliqué lorsqu’il s’agit des dispositifs de contrôle. De fait, l’insistance avec laquelle est vérifié le critère de résidence sur le territoire national, auquel est soumis le versement de nombreuses prestations, équivaut à cibler les étrangers ou les personnes d’origine étrangère.

    Le retraitement des statistiques administratives permet de montrer quels types de population sont plus particulièrement exposés au contrôle. Ces chiffres ne comprennent évidemment pas de critères ethniques, puisque c’est interdit, ni même d’indication sur la nationalité. Mais ils permettent d’établir que la probabilité des contrôles croît avec le niveau de précarité.

    Or, les étrangers, et tout particulièrement ceux qui proviennent d’Afrique, présentent un ensemble de caractéristiques socio-économiques qui les distinguent du reste de la population (niveau de revenu inférieur, plus grande dépendance à l’égard des prestations sociales, taux de chômage, d’inactivité et de pauvreté plus élevés, nombre plus important de familles monoparentales), autant de caractéristiques qui sont associées à des contrôles plus fréquents. Il est donc plus que probable que les immigrés soient davantage soumis à des contrôles, quand bien même il s’agirait d’un ciblage de fait, qui ne procède pas d’un choix délibéré.

    Les agents de contrôle ont un rôle intéressant dans ce mécanisme. Ils sont tiraillés entre la nécessité de faire leur travail correctement et la volonté de conserver un aspect humain, tout en ne paraissant pas laxistes. Comment composent-ils avec ces injonctions contradictoires ?

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    En tant que chercheur, je m’efforce toujours d’éviter le jugement moral. En l’occurrence, on ne peut pas voir dans les contrôleurs l’incarnation d’un sadisme bureaucratique qui consisterait à vouloir faire souffrir les pauvres et précariser les déjà précaires. Évidemment, l’autoritarisme peut exister parmi eux, mais ils sont effectivement travaillés par des dilemmes.

    De plus, leurs pratiques ont nettement évolué, ce que j’ai pu observer en retournant sur le terrain une quinzaine d’années après mes premières enquêtes. Au début des années 2000, il y avait encore un souci nettement affirmé par leur hiérarchie de ne pas réduire le contrôle à la répression, d’en faire une forme d’accompagnement, l’occasion de dispenser des conseils aux allocataires. Puis le contrôle a été renforcé et durci, avec, par exemple, des objectifs assignés de nombre de fraudes à identifier par caisse et par agent. Leurs moyens d’investigation se sont aussi démultipliés, leur permettant plus de précision dans les informations personnelles dont ils disposent, et de remonter plus loin dans l’historique des dossiers, et donc dans les redressements possibles.

    On observe aussi une forme de rationalisation bureaucratique qui conduit à durcir les pratiques. S’agissant des rapports d’enquête, on est passés du modèle manuscrit sur papier libre avec des récits circonstanciés qui rendaient compte de l’atmosphère et donnaient aux situations contrôlées leur épaisseur sociale, à des formulaires dématérialisés où les contrôleurs remplissent des cases et ne peuvent plus indiquer ce qui est de l’ordre des circonstances, qui, parfois, peuvent être considérées comme atténuantes. Cette forme de déréalisation favorise des décisions plus sévères.

    Il en va de même avec la procéduralisation du traitement des dossiers, qui introduit une division plus stricte du travail. Chaque agent individuel est déresponsabilisé de la décision à laquelle il contribue. Les agents sont désormais nettement moins engagés personnellement dans les décisions et se soucient dès lors moins des conséquences que peuvent avoir une sanction ou une demande de remboursement des trop-perçus. Ce peut être une garantie contre l’arbitraire, mais c’est assurément un facteur de durcissement du traitement des allocataires.

    Quid des allocataires ? Quelle relation entretiennent-ils avec l’institution et ces contrôles ?

    L’une des surprises, dès mes premières enquêtes, tient à leur grande docilité vis-à-vis des contrôles. La crainte de s’exposer à des sanctions conduit la plupart d’entre eux à faire profil bas. Ils se prêtent d’autant plus au jeu des questions qu’ils n’ont pas vraiment le choix, l’obstacle fait au contrôle étant un motif de suppression des allocations.

    Mais ce rapport de domination n’empêche pas que les contrôlés puissent avoir des tactiques. Certains jouent l’apitoiement, d’autres adoptent des formes plus ou moins maîtrisées du mensonge, ou maîtrisent suffisamment les règles pour jouer à leurs marges.

    L’autre élément important à souligner est la dimension très privée du questionnement de la vie personnelle des contrôlés. Ce côté intrusif, parfois inquisitorial, est assurément présent dans la mesure où les critères à vérifier sont nombreux et touchent à un aspect intime de la vie personnelle comme la relation de couple ou avec les enfants, ou l’état de santé. Mais la possible remise en cause de l’intimité n’est qu’une des formes, et pas nécessairement la plus importante, de cette domination bureaucratique, qui peut affecter très directement les conditions matérielles d’existence.

    L’immense majorité des personnes contrôlées à domicile se recrutent dans les fractions les plus précarisées de l’espace social et vivent au quotidien ce regard extérieur sur leur propre vie. Cela ne veut pas dire qu’elles sont indifférentes à la préservation de leur intimité, mais elles ont en quelque sorte intégré qu’on leur impose une manière de gérer leur propre vie sous peine de s’exposer à des sanctions. Ce qui serait assurément perçu comme une atteinte insupportable par des individus aux positions sociales plus hautes.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/150421/controler-les-assistes-pourquoi-la-notion-de-fraude-sociale-est-trompeuse?

  • Loi « climat » : la majorité cale sur l’avenir des voitures - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/120421/loi-climat-la-majorite-cale-sur-l-avenir-des-voitures

    Vendredi soir et samedi, les députés ont débattu à l’Assemblée du volet transport de la future loi « climat ». Tous les amendements ciblant les voitures polluantes ou proposant des aides en faveur des ménages précaires ont été rejetés, au grand dam de certains élus de la majorité.

    Le vendredi 9 avril dernier, les bancs de l’Assemblée nationale étaient indéniablement clairsemés. Il était près de 19 heures quand à peine 70 députés se sont attelés au titre « Se déplacer » du projet de loi « climat ». Au programme : 14 articles et 800 amendements à passer en revue.

    Les discussions ont débuté sur l’article 25 du texte qui prévoit l’interdiction à la vente des véhicules émettant plus de 95 g de CO2/km – en clair, les autos les plus polluantes – d’ici à 2030. Une résolution beaucoup trop tardive au goût de la gauche, comme l’a exprimé Éric Coquerel, député La France insoumise (LFI) de Seine-Saint-Denis : « Alors que Météo France prévoit une augmentation des températures comprise entre 3 et 6 degrés d’ici à la fin du siècle, il est clair qu’il faut prendre des décisions qui s’appliqueront non pas dans 30 ou 40 ans, mais tout de suite. Nous sommes en train de perdre une course contre la montre. »

    À droite de l’hémicycle, Vincent Descoeur, élu Les Républicains (LR) du Cantal, s’est inquiété de l’accompagnement de la filière automobile, notamment « les dizaines de milliers de jeunes qui se sont engagés dans le domaine de la mécanique au cours des trois dernières années ou qui le feront dans celles qui viennent ».

    Mais leurs demandes de modifications du texte ont sur-le-champ reçu un double avis défavorable de la part du rapporteur comme de la ministre chargée de l’environnement, Barbara Pompili.

    Damien Adam, député La République en marche (LREM) de Seine-Maritime, a alors tenté de défendre un amendement qui spécifiait d’élargir l’obligation de mettre fin à la vente des véhicules les plus émetteurs de CO2 d’ici à 2030 aux véhicules utilitaires. La mesure a été renvoyée fissa aux calendes grecques par Barbara Pompili, qui a déclaré : « Il me semble nécessaire d’approfondir la question et l’étude de l’impact de la mesure, en concertation avec les acteurs concernés. » Dans la foulée, l’amendement a été retiré par le jeune élu de Seine-Maritime lui-même.

    Les députés ont ensuite voté à l’unanimité la fin de la vente des véhicules lourds de transport de personnes et de marchandises utilisant « majoritairement » des énergies fossiles d’ici à 2040. Une mesure saluée de concert par Damien Adam et Barbara Pompili pour sa cohérence « avec les annonces de l’Union des entreprises de transport et logistique de France et de l’Association des constructeurs européens d’automobiles ». Un alignement avec les demandes des industriels automobiles qui a le mérite d’être clair.

    À 21 h 40, Jean-Charles Colas-Roy, député LREM de l’Isère, a pris la parole pour défendre sa proposition d’amendement : celle d’avancer à 2035 l’interdiction des ventes de voitures neuves essence ou diesel. La loi d’orientation des mobilités de 2019 ne prévoit en effet cette proscription que pour 2040.

    « Quinze ans nous séparent de 2035. Ce délai me semble tout à fait réaliste et raisonnable pour mener à bien cette conversion avec nos constructeurs et leurs sous-traitants. D’ailleurs, Les Républicains sont désormais favorables à cette date », a indiqué Jean-Charles Colas-Roy.

    Après que François-Michel Lambert, du groupe Liberté et territoires, eut informé que l’amendement recueillait « l’approbation d’une large partie des membres de cette assemblée », Valérie Petit, députée Agir ensemble du Nord, a lâché : « J’ai l’impression que, sur les bancs du gouvernement, on est secrètement d’accord pour se montrer plus ambitieux ! »

    Durant plus d’une demi-heure, et après que Barbara Pompili et le rapporteur LREM Jean-Marc Zulesi eurent émis un avis défavorable sous prétexte de s’en tenir à la trajectoire fixée en 2019, les débats ont fait rage. C’est que la Grande-Bretagne, la Suède ou encore le Danemark ont annoncé la fin des ventes des automobiles à carburant fossile dès 2030.

    « Nos industriels donnent déjà l’exemple : la plupart sont aujourd’hui en ordre de marche pour décarboner, encore faut-il leur en laisser le temps, et je vous y invite. La différence entre 2035 et 2040 est minime », a essayé de justifier Huguette Tiegna, élue LREM du Lot. Vincent Descoeur, qui ne semble pas au courant de l’urgence climatique, a avancé : « Pourquoi tout précipiter ? »

    Valérie Petit a quant à elle rappelé à la ministre de la transition écologique qu’Emmanuel Macron a en décembre dernier modifié « les objectifs et le calendrier de nos engagements climatiques » en actant une baisse de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre non plus de 40 %, mais de 55 % d’ici à 2030.

    Face à ces passes d’armes, Barbara Pompili est restée muette, Jean-Marie Sermier, député LR du Jura, allant jusqu’à relever : « Vous êtes bien silencieuse depuis le début de ce débat sur l’échéance de 2035 ou de 2040. » Juste avant le vote, le rapporteur Jean-René Cazeneuve a pour sa part tenté d’avertir que cet avancement du calendrier de cinq ans « risque de créer un drame social et industriel majeur ».

    Malgré l’appui de nombreux députés, l’amendement de Jean-Charles Colas-Roy a finalement été rejeté – 31 voix pour, 68 voix contre. Une vingtaine de députés LREM aurait visiblement débarqué en troupe à l’Assemblée pour s’opposer à cette mesure, le nombre de votants étant soudain passé de 73 une demi-heure plus tôt à 99.

    Autre proposition défendue par tous les bancs de l’hémicycle, LREM compris : la création d’un prêt à taux zéro mobilité garanti par l’État afin d’aider les plus précaires à acquérir des véhicules moins polluants ou un vélo.

    Le 17 mars, Barbara Pompili et Jean-Baptiste Djebbari avaient annoncé jusqu’à 5 000 euros de microcrédit « Véhicules propres » destiné « aux ménages très modestes ». Mais le Réseau action climat, le Secours catholique et le WWF France ont jugé le dispositif insuffisant : il ne garantirait que 7 500 microcrédits par an, contre le million de prêts à taux zéro nécessaires chaque année pour que les plus pauvres puissent changer de voiture.

    Par ailleurs, le projet de loi « climat » prévoit d’ici à la fin 2024 la création de zones à faibles émissions mobilité (ZFE-m) dans les agglomérations de plus 150 000 habitants afin d’interdire les autos polluantes dans les centres-ville. L’enjeu social du prêt à taux zéro mobilité était donc majeur puisqu’il pallierait le risque d’exclure des centres urbains les ménages qui n’ont pas les moyens de s’offrir une nouvelle voiture moins émettrice de CO2.

    Loin d’être échaudé par le rejet de son précédent amendement, Jean-Charles Colas-Roy est revenu à la charge en insistant : « La transition écologique est avant tout une question de justice sociale : ce sont les plus modestes d’entre nous qui sont le plus durement touchés par les changements climatiques. »

    Côté droit de l’Assemblée, Vincent Descoeur insiste : « Nous touchons à la question centrale de l’accompagnement de la transition. » Michel Vialay, également élu Les Républicains, a souligné que pour un crédit de 6 000 euros, les taux d’intérêt étaient actuellement de 9,9 % et que cet emprunt correspondait à « 100 euros par mois pendant cinq ans, soit un peu plus de 8 % du Smic. Pour des personnes modestes, c’est très compliqué à rembourser. » Enfin, Éric Coquerel a précisé que les ménages précaires « sont souvent les mêmes qui, habitant loin des centres urbains, sont contraints d’utiliser leur véhicule personnel faute d’un réseau de transports en commun suffisamment développé ».

    Arguant que le prêt à taux zéro était « un exemple typique de fausse bonne idée », Barbara Pompili et à sa suite le rapporteur ont alors émis un double avis défavorable quant à cette demande portée par des députés de tous bords politiques. La totalité de leurs amendements sur le sujet a été retoquée.

    La seule bonne nouvelle de cette soirée désastreuse pour le climat comme pour les plus pauvres aura été le vote à l’unanimité de l’élargissement de la prime à la conversion au vélo et le renforcement du bonus à l’achat des bicyclettes électriques pour les vélos cargos. Mais cet espoir d’éclaircie a été douché dès la reprise de la séance publique le lendemain à 9 heures.

    Alors que la convention citoyenne pour le climat a proposé un malus poids pour les voitures de plus de 1,4 tonne afin de cibler les SUV (sport utility vehicle) – des 4 x 4 urbains qui, ces dix dernières années, représentent la deuxième source de croissance des émissions de CO2 françaises –, le projet de loi a revu à la hausse le seuil du malus à 1,8 tonne, ce qui toucherait moins de 3 % des automobiles vendues.

    Les députés LREM Pâcome Rupin et Émilie Chalas, ainsi que le socialiste Gérard Leseul, ont défendu durant la matinée l’impératif écologique de rabaisser le malus de 1,8 tonne à 1,6 tonne à compter de 2023, puis 1,4 tonne dès 2024. Après avis défavorable de Barbara Pompili, leurs amendements n’ont pas été adoptés. « Il me semble être un peu tôt pour modifier les seuils, a argumenté la ministre chargée d’une loi censée répondre à l’urgence d’agir face à la catastrophe climatique. Attendons encore un peu. »

    Et voilà... En France, on touche pas à la ouature. Surtout pas !
    (bon, faut dire, comme on ne réfléchit pas plus à une transformation des moyens de transport et de leurs usages, on s’interdit complètement d’y toucher).

    #écologie #tartuffes

  • D’icône soviétique à figure queer : les métamorphoses de Louise Michel
    9 avril 2021 Par Lucie Delaporte | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/090421/d-icone-sovietique-figure-queer-les-metamorphoses-de-louise-michel?onglet=

    Érigée en mythe, Louise Michel, l’héroïne de la Commune, a fait l’objet de multiples appropriations mémorielles depuis sa mort en 1905. Elle a été une figure que se sont longtemps disputée communistes et anarchistes, avant d’être intégrée au récit républicain. (...)

    Sidonie Verhaeghe, chercheuse en sciences politiques à l’université de Lille, Vive Louise Michel – Célébrité et postérité d’une figure anarchiste (Éditions du Croquant, 2021).

  • Castex a présenté des « projections » trafiquées aux parlementaires [MDR]

    https://www.mediapart.fr/journal/france/090421/covid-jean-castex-presente-des-projections-trafiquees-aux-parlementaires

    Le 28 janvier, le premier ministre a présenté un diaporama contenant des erreurs et des « projections » qui n’en étaient pas. Le principal graphique est copié-collé d’un document remis la veille par un épidémiologiste à Jean Castex, mais ensuite retouché, et dont le sens a été altéré. Ce scientifique [Renaud Piarroux] se dit « heurté ». [...] Le diaporama [présenté aux parlementaires] est non seulement farci d’imprécisions et d’erreurs, mais comporte aussi une falsification.

    La falsification et le mensonge caractérisé, ça compte comme délit, pour un PM ?

    • Tous les parlementaires qui ont assisté au comité de liaison l’assurent toutefois : ils ont eu le sentiment que « Jean Castex et Oliver Véran nous préparaient à des mesures de confinement », dit Patrick Kanner. « Quand on est sortis du comité de liaison, on était convaincus qu’ils allaient reconfiner », confirme Damien Abad.

      Selon les notes prises par André Chassaigne au cours de la réunion, le premier ministre a expliqué que « le statu quo n’est plus possible. À la veille d’un emballement, des mesures de freinage s’avèrent indispensables et rapidement ». Plus loin, Jean Castex tempérait cependant : « Les décisions précises ne sont pas encore prises. Un débat aura lieu au Parlement avec vote. »

      L’un des parlementaires a même échangé des SMS avec le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand (LREM), dans lequel ce dernier évoque un débat parlementaire « sans doute mardi », soit le 2 février, et « normalement avant » les annonces.

      La décision a finalement été prise de ne pas reconfiner en conseil de défense, le 29 janvier, sans aucun débat parlementaire.

      [...]

      « le président Richard Ferrand a proposé la dissolution [les commissions d’enquête sur la crise du Covid se sont closes après six mois de fonctionnement], le 27 janvier, lors d’une réunion où le sujet n’était pas à l’ordre du jour. Les députés LREM ont été mobilisés ce jour-là et la mission a été supprimée. J’avais alors dénoncé un naufrage démocratique », raconte Damien Abad. La députée Frédérique Dumas (Libertés et territoires), ex-LREM, affirme qu’en votant la suppression de la mission, « les députés de la majorité ont suivi les consignes de l’Élysée ».

      Seul le Sénat a conservé une mission d’information sur la gestion de la crise sanitaire, présidée par Bernard Jomier. Pour lui, « le président de la République a changé de stratégie, de valeurs, probablement à la fin de l’année dernière. Il n’était plus question de sauver des vies. Il a choisi de laisser circuler le virus pour préserver l’économie. C’est du néo-trumpisme, mais il ne peut pas l’assumer. Alors fin janvier, quand il a refusé de reconfiner, il a caché les informations sur l’épidémie. Il a aussi attaqué le conseil scientifique, avec des propos consternants. La rupture avec les scientifiques est profonde, comme avec les soignants ».

      « Si cette mission avait été maintenue, on aurait pu convoquer les scientifiques à l’origine de ces courbes, renchérit le député LR Éric Ciotti. J’ai toujours été en faveur d’un confinement préventif. C’est vrai, ma position n’était pas majoritaire dans mon groupe. Mais avec les modélisations, les explications des scientifiques, on aurait pu convaincre. Le gouvernement est sur un mode de dissimulation dangereux. Si on avait fait en février ce qu’on fait pendant ces vacances de Pâques, on aurait épargné des milliers de vies ».