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  • L’échec du CICE confirmé - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/180920/l-echec-du-cice-confirme

    Outre son manque de pluralité, le dernier rapport d’évaluation du CICE confirme l’aspect médiocre en termes de résultats de cette mesure. Cet échec plaide pour un changement total de politiques de l’emploi.

    Depuis son lancement en 2013, l’efficacité du Crédit d’impôts compétitivité emploi (CICE) fait débat. Lancé sous le quinquennat Hollande, dont il marque le tournant « pro-entreprise », il a été pérennisé en 2019 par Emmanuel Macron lors de sa transformation en exonération de cotisations. Pourtant, aucun débat politique d’envergure n’a jamais été mené autour de l’évaluation de cette mesure. Or, ses effets sont très limités compte tenu des moyens engagés par l’État. Entre 2013 et 2017, 88,90 milliards d’euros ont été versés au titre du CICE aux entreprises. On devrait attendre un vrai débat démocratique face à un engagement aussi massif.

    Or, globalement, les évaluations restent non seulement incertaines et soumises au plus fort doute, mais surtout, elles ne parviennent pas à dégager un effet positif clair sur l’emploi, l’investissement et la compétitivité. Le 17 septembre, un nouveau rapport d’évaluation https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-2020-rapport-cice2020-16septembre-final18h.pdf a été publié par France Stratégie et a confirmé ces conclusions. France Stratégie, groupe de réflexion héritier de l’ancien commissariat général au plan, directement rattaché au premier ministre, peine d’ailleurs à défendre et le CICE et la solidité des analyses qu’il publie.

    L’évaluation repose sur deux piliers. Le premier est microéconomique et cherche à identifier comment les entreprises réagissent directement au CICE. L’étude utilisée par France Stratégie a été réalisée par l’équipe dite de « Théorie et évaluation des politiques publiques (TEPP) » du CNRS. Elle confirme son analyse précédente : environ 100 000 emplois créés entre 2013 et 2016 pour 66,75 milliards d’euros d’argent public distribué. Le gain est minime et le coût astronomique : 166 875 euros par emploi et par an.

    Étrangement, la méthode défendue par un autre laboratoire, le LIEPP de Sciences-Po, n’apparaît plus dans l’évaluation. Il est vrai que ses analyses étaient beaucoup moins favorables au CICE puisqu’en 2018, il indiquait ne pas être en mesure d’identifier un effet positif de cette mesure. Lors du précédent rapport, France Stratégie avait déjà tenté de réduire la valeur de cette analyse par rapport à celle du TEPP (Mediapart avait résumé le débat dans cet article https://www.mediapart.fr/journal/france/091018/cice-une-evaluation-biaisee?onglet=full ). Le groupe d’évaluation invitait néanmoins à poursuivre les recherches. Mais cette poursuite est donc apparemment passée par l’arrêt du travail du LIEPP, ce qui confirme le caractère profondément biaisé de cette évaluation. On ne peut que s’étonner de la disparition, dans une évaluation publique, du pluralisme. Elle tend à faire croire que les résultats présentés sont « la vérité », ce qui est loin d’être le cas. Contacté, France Stratégie n’avait pas répondu à nos sollicitations sur le sujet jeudi 17 septembre. Notons néanmoins que même en choisissant soigneusement les études les plus favorables, on reste sur un résultat très mitigé.

    La deuxième méthode est macroéconomique. Elle a été réalisée par l’OFCE grâce à un modèle mathématique permettant de mesurer l’impact global sur l’économie. Les différents choix des entreprises bénéficiaires sur les salaires, l’emploi, les prix ou l’investissement ont en effet des impacts sur d’autres entreprises. Par ailleurs, le financement de cette mesure par l’État a aussi un impact macroéconomique. L’idée est de tout reprendre en utilisant une méthode contrefactuelle, autrement dit en comparant une réalité reconstituée sans CICE à une réalité avec CICE.

    Évidemment, une telle méthode doit être prise avec beaucoup de prudence, même si le modèle de l’OFCE se veut précis et moins biaisé que les modèles habituels de macroéconomie. Celui-ci repose néanmoins sur l’idée d’une possible reconstitution contrefactuelle d’une période à partir de données passées, ce qui est assez hasardeux. Par ailleurs, il repose aussi sur des choix d’hypothèses forcément contestables. France Stratégie reconnaît, au reste, ses « limites ». Ces dernières ne discréditent pas les résultats de l’évaluation, mais on aurait aimé, comme dans le domaine microéconomique, d’autres évaluations concurrentes fondées sur des hypothèses différentes.

    Le résultat présenté par l’OFCE est très optimiste. L’institut évoque 400 000 emplois créés par le CICE au niveau macroéconomique entre 2013 et 2017, sans prendre en compte les effets de son financement. Cela peut sembler beaucoup, mais il faut rappeler que sur ces cinq années ont été engagés 88,90 milliards d’euros. Cela revient donc à afficher une moyenne de création d’emplois de 80 000 emplois par an, soit un coût par emploi et par an de 44 500 euros environ. Cela représenterait un coût de 3 700 euros par mois, ce sont donc des emplois encore assez coûteux.

    Certes, il faudrait intégrer à ce coût l’effet de la croissance issue du CICE sur les recettes fiscales, ce qui en réduirait le coût réel. Mais en tout état de cause, on est dans des emplois sauvegardés et créés à des coûts proches de ce qu’aurait pu faire directement l’État. On verra que cela n’est pas neutre. Soulignons, par ailleurs, que même France Stratégie appelle à la prudence face à ses résultats qui dépassent les espérances de la Direction générale du Trésor. « Ces simulations, indicatives, souffrent de nombreuses limites », précise le rapport.

    L’OFCE a cependant proposé une autre analyse, prenant en compte les effets du financement du CICE. Ce dernier s’est fait d’abord par des hausses d’impôts, puis par une baisse des dépenses. Rappelons qu’entre 2014 et 2017, la Sécurité sociale, notamment, a été mise à rude épreuve avec un régime particulièrement sec : réduction de l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie, gel des salaires dans la fonction publique, réduction de l’investissement public. L’OFCE conclut qu’en net, le CICE aurait alors créé ou sauvegardé près de 160 000 emplois sur cinq ans.

    Les conclusions de l’OFCE confirment que le CICE est une méthode assez médiocre pour créer des emplois. 160 000 emplois face à une masse de 3 à 6 millions de demandeurs d’emplois, on est loin d’une solution concrète au chômage. On l’est d’autant plus que seules un quart des entreprises bénéficiaires ont créé des emplois (on ne sait pas ce qu’il est advenu de l’argent versé aux trois quarts restants) et que le seul effet identifiable concerne le secteur des services, autrement dit celui qui est le moins soumis à la concurrence internationale.

    Le deuxième « C » du CICE, celui de « compétitivité », semble avoir été un échec patent. Comme lors des précédents rapports, les évaluations sont incapables d’identifier et de quantifier un effet sur les exportations et l’investissement. Ce n’est pas un détail dans la mesure où, sans investissement, les effets du CICE restent des effets de court terme. On s’expose donc, comme dans le cas Bridgestone ou d’autres, à ce que les entreprises qui ont bénéficié de ce CICE détruisent les emplois qu’elles ont créés et même en détruisent davantage, en cas de crise.

    Et c’est bien là la vraie question que soulèvent le CICE et ses évaluations. Un effet « financé » ne veut pas dire un effet neutre. Les près de 89 milliards d’euros versés aux entreprises ont été payés par d’autres, principalement les ménages et les services publics. C’est donc là un transfert gigantesque de moyens depuis le secteur public vers le secteur privé. Or, compte tenu de l’incapacité de ce dernier à investir pour obtenir des gains de productivité permettant à l’État de « rentrer dans ses frais », la croissance économique induite par le CICE est trop faible pour aider à financer les services publics, voire à les financer davantage. C’était pourtant cela le pari du CICE, qui est aussi celui du néolibéralisme et qui est aussi une forme de « ruissellement » : l’argent transféré aux entreprises par les fenêtres devait rentrer par les caves. Cela n’a pas été le cas. Dès lors, c’est une perte sèche pour le bien commun. Comme toujours, qu’elle passe par les entreprises ou les individus, la « théorie du ruisssellement » ne se vérifie pas.

    C’est bien pour cette raison que cette mesure globalement inefficace doit amener à se poser une question simple. Les priorités de l’époque et l’évolution du capitalisme doivent-elles s’appuyer sur ce type de transfert qui ne profite que très partiellement au bien commun ? N’est-il pas temps de changer entièrement la façon d’aborder l’emploi en abandonnant l’idée que seules les entreprises créent de « bons emplois » et que, de ce fait, le chantage à l’emploi soit une des plus puissantes lois non écrites de la République ?

    L’échec du CICE ne peut qu’être un argument en faveur des projets de « garantie de l’emploi » mis en avant dans le cadre du Green New Deal aux États-Unis, où l’État (et non des entreprises) crée directement des emplois correspondant aux besoins avec des salaires décents. Plutôt que de laisser le secteur public décider des emplois qu’il crée avec l’argent public ôté aux services publics, il serait plus utile sans doute de développer ces mêmes services publics. La transition écologique et les besoins en termes de santé semblent aujourd’hui imposer un changement de stratégie. Les fermetures de sites malgré le CICE et les différentes baisses d’impôts renforcent encore cette analyse. Et c’est bien pourquoi il faut davantage qu’une évaluation souvent biaisée. Il faut un débat sur ces évaluations.

    #CICE #exonérations #fiscalité #medef #profiteurs

  • #Briançon : « L’expulsion de Refuges solidaires est une vraie catastrophe pour le territoire et une erreur politique »

    Le nouveau maire a décidé de mettre l’association d’aide aux migrants à la porte de ses locaux. Dans la ville, la mobilisation citoyenne s’organise

    #Arnaud_Murgia, élu maire de Briançon en juin, avait promis de « redresser » sa ville. Il vient, au-delà même de ce qu’il affichait dans son programme, de s’attaquer brutalement aux structures associatives clefs du mouvement citoyen d’accueil des migrants qui transitent en nombre par la vallée haut-alpine depuis quatre ans, après avoir traversé la montagne à pied depuis l’Italie voisine.

    A 35 ans, Arnaud Murgia, ex-président départemental des Républicains et toujours conseiller départemental, a également pris la tête de la communauté de communes du Briançonnais (CCB) cet été. C’est en tant que président de la CCB qu’il a décidé de mettre l’association Refuges solidaires à la porte des locaux dont elle disposait par convention depuis sa création en juillet 2017. Par un courrier daté du 26 août, il a annoncé à Refuges solidaires qu’il ne renouvellerait pas la convention, arrivée à son terme. Et « mis en demeure » l’association de « libérer » le bâtiment situé près de la gare de Briançon pour « graves négligences dans la gestion des locaux et de leurs occupants ». Ultimatum au 28 octobre. Il a renouvelé sa mise en demeure par un courrier le 11 septembre, ajoutant à ses griefs l’alerte Covid pesant sur le refuge, qui l’oblige à ne plus accueillir de nouveaux migrants jusqu’au 19 septembre en vertu d’un arrêté préfectoral.
    « Autoritarisme mêlé d’idées xénophobes »

    Un peu abasourdis, les responsables de Refuges solidaires n’avaient pas révélé l’information, dans l’attente d’une rencontre avec le maire qui leur aurait peut être permis une négociation. Peine perdue : Arnaud Murgia les a enfin reçus lundi, pour la première fois depuis son élection, mais il n’a fait que réitérer son ultimatum. Refuges solidaires s’est donc résolu à monter publiquement au créneau. « M. Murgia a dégainé sans discuter, avec une méconnaissance totale de ce que nous faisons, gronde Philippe Wyon, l’un des administrateurs. Cette fin de non-recevoir est un refus de prise en compte de l’accueil humanitaire des exilés, autant que de la paix sociale que nous apportons aux Briançonnais. C’est irresponsable ! » La coordinatrice du refuge, Pauline Rey, s’insurge : « Il vient casser une dynamique qui a parfaitement marché depuis trois ans : nous avons accueilli, nourri, soigné, réconforté près de 11 000 personnes. Il est illusoire d’imaginer que sans nous, le flux d’exilés va se tarir ! D’autant qu’il est reparti à la hausse, avec 350 personnes sur le seul mois d’août, avec de plus en plus de familles, notamment iraniennes et afghanes, avec des bébés parfois… Cet hiver, où iront-ils ? »

    Il faut avoir vu les bénévoles, au cœur des nuits d’hiver, prendre en charge avec une énergie et une efficacité admirables les naufragés de la montagne épuisés, frigorifiés, gelés parfois, pour comprendre ce qu’elle redoute. Les migrants, après avoir emprunté de sentiers d’altitude pour échapper à la police, arrivent à grand-peine à Briançon ou sont redescendus parfois par les maraudeurs montagnards ou ceux de Médecins du monde qui les secourent après leur passage de la frontière. L’association Tous migrants, qui soutient ces maraudeurs, est elle aussi dans le collimateur d’Arnaud Murgia : il lui a sèchement signifié qu’il récupérerait les deux préfabriqués où elle entrepose le matériel de secours en montagne le 30 décembre, là encore sans la moindre discussion. L’un des porte-parole de Tous migrants, Michel Rousseau, fustige « une forme d’autoritarisme mêlée d’idées xénophobes : le maire désigne les exilés comme des indésirables et associe nos associations au désordre. Ses décisions vont en réalité semer la zizanie, puisque nous évitons aux exilés d’utiliser des moyens problématiques pour s’abriter et se nourrir. Ce mouvement a permis aux Briançonnais de donner le meilleur d’eux-mêmes. C’est une expérience très riche pour le territoire, nous n’avons pas l’intention que cela s’arrête ».

    La conseillère municipale d’opposition Aurélie Poyau (liste citoyenne, d’union de la gauche et écologistes), adjointe au maire sortant, l’assure : « Il va y avoir une mobilisation citoyenne, j’en suis persuadée. J’ose aussi espérer que des élus communautaires demanderont des discussions entre collectivités, associations, ONG et Etat pour que des décisions éclairées soient prises, afin de pérenniser l’accueil digne de ces personnes de passage chez nous. Depuis la création du refuge, il n’y a pas eu le moindre problème entre elles et la population. L’expulsion de Refuges solidaires est une vraie catastrophe pour le territoire et une erreur politique. »
    « Peine profonde »

    Ce mardi, au refuge, en application de l’arrêté préfectoral pris après la découverte de trois cas positif au Covid, Hamed, migrant algérien, se réveille après sa troisième nuit passée dans un duvet, sur des palettes de bois devant le bâtiment et confie : « Il faut essayer de ne pas fermer ce lieu, c’est très important, on a de bons repas, on reprend de l’énergie. C’est rare, ce genre d’endroit. » Y., jeune Iranien, est lui bien plus frais : arrivé la veille après vingt heures de marche dans la montagne, il a passé la nuit chez un couple de sexagénaires de Briançon qui ont répondu à l’appel d’urgence de Refuges solidaires. Il montre fièrement la photo rayonnante prise avec eux au petit-déjeuner. Nathalie, bénévole fidèle du refuge, soupire : « J’ai une peine profonde, je ne comprends pas la décision du maire, ni un tel manque d’humanité. Nous faisons le maximum sur le sanitaire, en collaboration avec l’hôpital, avec MDM, il n’y a jamais eu de problème ici. Hier, j’ai dû refuser l’entrée à onze jeunes, dont un blessé. Même si une partie a trouvé refuge chez des habitants solidaires, cela m’a été très douloureux. »

    Arnaud Murgia nous a pour sa part annoncé ce mardi soir qu’il ne souhaitait pas « s’exprimer publiquement, en accord avec les associations, pour ne pas créer de polémiques qui pénaliseraient une issue amiable »… Issue dont il n’a pourtant pas esquissé le moindre contour la veille face aux solidaires.

    https://www.liberation.fr/france/2020/09/16/briancon-l-expulsion-de-refuges-solidaires-est-une-vraie-catastrophe-pour

    #refuge_solidaire #expulsion #asile #migrations #réfugiés #solidarité #Hautes-Alpes #frontière_sud-alpine #criminalisation_de_la_solidarité #Refuges_solidaires #mise_en_demeure #Murgia

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    • A Briançon, le nouveau maire LR veut fermer le refuge solidaire des migrants

      Depuis trois ans, ce lieu emblématique accueille de façon inconditionnelle et temporaire les personnes exilées franchissant la frontière franco-italienne par la montagne. Mais l’élection d’un nouveau maire Les Républicains, Arnaud Murgia, risque de tout changer.

      Briançon (Hautes-Alpes).– La nouvelle est tombée lundi, tel un coup de massue, après un rendez-vous très attendu avec la nouvelle municipalité. « Le maire nous a confirmé que nous allions devoir fermer, sans nous proposer aucune alternative », soupire Philippe, l’un des référents du refuge solidaire de Briançon. En 2017, l’association Refuges solidaires avait récupéré un ancien bâtiment inoccupé pour en faire un lieu unique à Briançon, tout près du col de Montgenèvre et de la gare, qui permet d’offrir une pause précieuse aux exilés dans leur parcours migratoire.

      Fin août, l’équipe du refuge découvrait avec effarement, dans un courrier signé de la main du président de la communauté de communes du Briançonnais, qui n’est autre qu’Arnaud Murgia, également maire de Briançon (Les Républicains), que la convention leur mettant les lieux à disposition ne serait pas renouvelée.

      Philippe avait pourtant pris les devants en juillet en adressant un courrier à Arnaud Murgia, en vue d’une rencontre et d’une éventuelle visite du refuge. « La seule réponse que nous avons eue a été ce courrier recommandé mettant fin à la convention », déplore-t-il, plein de lassitude.

      Contacté, le maire n’a pas souhaité s’exprimer mais évoque une question de sécurité dans son courrier, la jauge de 15 personnes accueillies n’étant pas respectée. « Il est en discussion avec les associations concernées afin de gérer au mieux cet épineux problème, et cela dans le plus grand respect des personnes en situation difficile », a indiqué son cabinet.

      Interrogée sur l’accueil d’urgence des exilés à l’avenir, la préfecture des Hautes-Alpes préfère ne pas « commenter la décision d’une collectivité portant sur l’affectation d’un bâtiment dont elle a la gestion ». « Dans les Hautes-Alpes comme pour tout point d’entrée sur le territoire national, les services de l’État et les forces de sécurité intérieure s’assurent que toute personne souhaitant entrer en France bénéficie du droit de séjourner sur notre territoire. »

      Sur le parking de la MJC de Briançon, mercredi dernier, Pauline se disait déjà inquiète. « Sur le plan humain, il ne peut pas laisser les gens à la rue comme ça, lâche-t-elle, en référence au maire. Il a une responsabilité ! » Cette ancienne bénévole de l’association, désormais salariée, se souvient des prémices du refuge.

      « Je revois les exilés dormir à même le sol devant la MJC. On a investi ces locaux inoccupés parce qu’il y avait un réel besoin d’accueil d’urgence sur la ville. » Trois ans plus tard et avec un total de 10 000 personnes accueillies, le besoin n’a jamais été aussi fort. L’équipe évoque même une « courbe exponentielle » depuis le mois de juin, graphique à l’appui. 106 personnes en juin, 216 en juillet, 355 en août.

      Une quarantaine de personnes est hébergée au refuge ce jour-là, pour une durée moyenne de deux à trois jours. La façade des locaux laisse apparaître le graffiti d’un poing levé en l’air qui arrache des fils barbelés. Pauline s’engouffre dans les locaux et passe par la salle commune, dont les murs sont décorés de dessins, drapeaux et mots de remerciement.

      De grands thermos trônent sur une table près du cabinet médical (tenu en partenariat avec Médecins du monde) et les exilés vont et viennent pour se servir un thé chaud. À droite, un bureau sert à Céline, la deuxième salariée chargée de l’accueil des migrants à leur arrivée.

      Prénom, nationalité, date d’arrivée, problèmes médicaux… « Nous avons des fiches confidentielles, que nous détruisons au bout d’un moment et qui nous servent à faire des statistiques anonymes que nous rendons publiques », précise Céline, tout en demandant à deux exilés de patienter dans un anglais courant. Durant leur séjour, la jeune femme leur vient en aide pour trouver les billets de train les moins chers ou pour leur procurer des recharges téléphoniques.

      « Depuis plusieurs mois, le profil des exilés a beaucoup changé, note Philippe. On a 90 % d’Afghans et d’Iraniens, alors que notre public était auparavant composé de jeunes hommes originaires d’Afrique de l’Ouest. » Désormais, ce sont aussi des familles, avec des enfants en bas âge, qui viennent chercher refuge en France en passant par la dangereuse route des Balkans.

      Dehors, dans la cour, deux petites filles jouent à se courir après, riant aux éclats. Selon Céline, l’aînée n’avait que huit mois quand ses parents sont partis. La deuxième est née sur la route.

      « Récemment, je suis tombée sur une famille afghane avec un garçon âgé de trois ans lors d’une maraude au col de Montgenèvre. Quand j’ai félicité l’enfant parce qu’il marchait vite, presque aussi vite que moi, il m’a répondu : “Ben oui, sinon la police va nous arrêter” », raconte Stéphanie Besson, coprésidente de l’association Tous migrants, qui vient de fêter ses cinq ans.

      L’auteure de Trouver refuge : histoires vécues par-delà les frontières n’a retrouvé le sourire que lorsqu’elle l’a aperçu, dans la cour devant le refuge, en train de s’amuser sur un mini-tracteur. « Il a retrouvé toute son innocence l’espace d’un instant. C’est pour ça que ce lieu est essentiel : la population qui passe par la montagne aujourd’hui est bien plus vulnérable. »

      Vers 16 heures, Pauline s’enfonce dans les couloirs en direction du réfectoire, où des biologistes vêtus d’une blouse blanche, dont le visage est encombré d’une charlotte et d’un masque, testent les résidents à tour de rôle. Un migrant a été positif au Covid-19 quelques jours plus tôt et la préfecture, dans un arrêté, a exigé la fermeture du refuge pour la journée du 10 septembre.

      Deux longues rangées de tables occupent la pièce, avec, d’un côté, un espace cuisine aménagé, de l’autre, une porte de secours donnant sur l’école Oronce fine. Là aussi, les murs ont servi de cimaises à de nombreux exilés souhaitant laisser une trace de leur passage au refuge. Dans un coin de la salle, des dizaines de matelas forment une pile et prennent la place des tables et des chaises, le soir venu, lorsque l’affluence est trop importante.

      « On a dû aménager deux dortoirs en plus de ceux du premier étage pour répondre aux besoins actuels », souligne Pauline, qui préfère ne laisser entrer personne d’autre que les exilés dans les chambres pour respecter leur intimité. Vers 17 heures, Samia se lève de sa chaise et commence à couper des concombres qu’elle laisse tomber dans un grand saladier.

      Cela fait trois ans que cette trentenaire a pris la route avec sa sœur depuis l’Afghanistan. « Au départ, on était avec notre frère, mais il a été arrêté en Turquie et renvoyé chez nous. On a décidé de poursuivre notre chemin malgré tout », chuchote-t-elle, ajoutant que c’est particulièrement dur et dangereux pour les femmes seules. Son regard semble triste et contraste avec son sourire.

      Évoquant des problèmes personnels mais aussi la présence des talibans, les sœurs expliquent avoir dû quitter leur pays dans l’espoir d’une vie meilleure en Europe. « Le refuge est une vraie chance pour nous. On a pu se reposer, dormir en toute sécurité et manger à notre faim. Chaque jour, je remercie les personnes qui s’en occupent », confie-t-elle en dari, l’un des dialectes afghans.

      Samia ne peut s’empêcher de comparer avec la Croatie, où de nombreux exilés décrivent les violences subies de la part de la police. « Ils ont frappé une des femmes qui était avec nous, ont cassé nos téléphones et ont brûlé une partie de nos affaires », raconte-t-elle.

      Ici, depuis des années, la police n’approche pas du refuge ni même de la gare, respectant dans une sorte d’accord informel la tranquillité des lieux et des exilés. « Je n’avais encore jamais vu de policiers aux alentours mais, récemment, deux agents de la PAF [police aux frontières] ont raccompagné une petite fille qui s’était perdue et ont filmé l’intérieur du refuge avec leur smartphone », assure Céline.

      À 18 heures, le repas est servi. Les parents convoquent les enfants, qui rappliquent en courant et s’installent sur une chaise. La fumée de la bolognaise s’échappe des assiettes, tandis qu’un joli brouhaha s’empare de la pièce. « Le dîner est servi tôt car on tient compte des exilés qui prennent le train du soir pour Paris, à 20 heures », explique Pauline.

      Paul*, 25 ans, en fait partie. C’est la deuxième fois qu’il vient au refuge, mais il a fait trois fois le tour de la ville de nuit pour pouvoir le retrouver. « J’avais une photo de la façade mais impossible de me rappeler l’emplacement », sourit-il. L’Ivoirien aspire à « une vie tranquille » qui lui permettrait de réaliser tous « les projets qu’il a en tête ».

      Le lendemain, une affiche collée à la porte d’entrée du refuge indique qu’un arrêté préfectoral impose la fermeture des lieux pour la journée. Aucun nouvel arrivant ne peut entrer.

      Pour Stéphanie Besson, la fermeture définitive du refuge aurait de lourdes conséquences sur les migrants et l’image de la ville. « Briançon est un exemple de fraternité. La responsabilité de ceux qui mettront fin à ce jeu de la fraternité avec des mesures politiques sera immense. »

      Parmi les bénévoles de Tous migrants, des professeurs, des agriculteurs, des banquiers et des retraités … « On a des soutiens partout, en France comme à l’étranger. Mais il ne faut pas croire qu’on tire une satisfaction de nos actions. Faire des maraudes une routine me brise, c’est une honte pour la France », poursuit cette accompagnatrice en montagne.

      Si elle se dit inquiète pour les cinq années à venir, c’est surtout pour l’énergie que les acteurs du tissu associatif vont devoir dépenser pour continuer à défendre les droits des exilés. L’association vient d’apprendre que le local qui sert à entreposer le matériel des maraudeurs, mis à disposition par la ville, va leur être retiré pour permettre l’extension de la cour de l’école Oronce fine.

      Contactée, l’inspectrice de l’Éducation nationale n’a pas confirmé ce projet d’agrandissement de l’établissement. « On a aussi une crainte pour la “maisonnette”, qui appartient à la ville, et qui loge les demandeurs d’asile sans hébergement », souffle Stéphanie.

      « Tout s’enchaîne, ça n’arrête pas depuis un mois », lâche Agnès Antoine, bénévole à Tous migrants. Cela fait plusieurs années que la militante accueille des exilés chez elle, souvent après leur passage au refuge solidaire, en plus de ses trois grands enfants.

      Depuis trois ans, Agnès héberge un adolescent guinéen inscrit au lycée, en passe d’obtenir son titre de séjour. « Il a 18 ans aujourd’hui et a obtenu les félicitations au dernier trimestre », lance-t-elle fièrement, ajoutant que c’est aussi cela qui l’encourage à poursuivre son engagement.

      Pour elle, Arnaud Murgia est dans un positionnement politique clair : « le rejet des exilés » et « la fermeture des frontières » pour empêcher tout passage par le col de Montgenèvre. « C’est illusoire ! Les migrants sont et seront toujours là, ils emprunteront des parcours plus dangereux pour y arriver et se retrouveront à la rue sans le refuge, qui remplit un rôle social indéniable. »

      Dans la vallée de Serre Chevalier, à l’abri des regards, un projet de tourisme solidaire est porté par le collectif d’architectes Quatorze. Il faut longer la rivière Guisane, au milieu des chalets touristiques de cette station et des montagnes, pour apercevoir la maison Bessoulie, au village du Bez. À l’intérieur, Laure et David s’activent pour tenir les délais, entre démolition, récup’ et réaménagement des lieux.

      « L’idée est de créer un refuge pour de l’accueil à moyen et long terme, où des exilés pourraient se former tout en côtoyant des touristes », développe Laure. Au rez-de-chaussée de cette ancienne auberge de jeunesse, une cuisine et une grande salle commune sont rénovées. Ici, divers ateliers (cuisine du monde, low tech, découverte des routes de l’exil) seront proposés.

      À l’étage, un autre espace commun est aménagé. « Il y a aussi la salle de bains et le futur studio du volontaire en service civique. » Un premier dortoir pour deux prend forme, près des chambres réservées aux saisonniers. « On va repeindre le lambris et mettre du parquet flottant », indique la jeune architecte.

      Deux autres dortoirs, l’un pour trois, l’autre pour quatre, sont prévus au deuxième étage, pour une capacité d’accueil de neuf personnes exilées. À chaque fois, un espace de travail est prévu pour elles. « Elles seront accompagnées par un gestionnaire présent à l’année, chargé de les suivre dans leur formation et leur insertion. »

      « C’est un projet qui donne du sens à notre travail », poursuit David en passant une main dans sa longue barbe. Peu sensible aux questions migratoires au départ, il découvre ces problématiques sur le tas. « On a une conscience architecturale et on compte tout faire pour offrir les meilleures conditions d’accueil aux exilés qui viendront. » Reste à déterminer les critères de sélection pour le public qui sera accueilli à la maison Bessoulie à compter de janvier 2021.

      Pour l’heure, le maire de la commune, comme le voisinage, ignore la finalité du projet. « Il est ami avec Arnaud Murgia, alors ça nous inquiète. Comme il y a une station là-bas, il pourrait être tenté de “protéger” le tourisme classique », confie Philippe, du refuge solidaire. Mais le bâtiment appartient à la Fédération unie des auberges de jeunesse (Fuaj) et non à la ville, ce qui est déjà une petite victoire pour les acteurs locaux. « Le moyen et long terme est un échelon manquant sur le territoire, on encourage donc tous cette démarche », relève Stéphanie Besson.

      Aurélie Poyau, élue de l’opposition, veut croire que le maire de Briançon saura prendre la meilleure décision pour ne pas entacher l’image de la ville. « En trois ans, il n’y a jamais eu aucun problème lié à la présence des migrants. Arnaud Murgia n’a pas la connaissance de cet accueil propre à la solidarité montagnarde, de son histoire. Il doit s’intéresser à cet élan », note-t-elle.

      Son optimisme reste relatif. Deux jours plus tôt, l’élue a pris connaissance d’un courrier adressé par la ville aux commerçants du marché de Briançon leur rappelant que la mendicité était interdite. « Personne ne mendie. On sait que ça vise les bénévoles des associations d’aide aux migrants, qui récupèrent des invendus en fin de marché. Mais c’est du don, et voilà comment on joue sur les peurs avec le poids des mots ! »

      Vendredi, avant la réunion avec le maire, un arrêté préfectoral est déjà venu prolonger la fermeture du refuge jusqu’au 19 septembre, après que deux nouvelles personnes ont été testées positives au Covid-19. Une décision que respecte Philippe, même s’il ne lâchera rien par la suite, au risque d’aller jusqu’à l’expulsion. Est-elle évitable ?

      « Évidemment, les cas Covid sont un argument de plus pour le maire, qui mélange tout. Mais nous lui avons signifié que nous n’arrêterons pas d’accueillir les personnes exilées de passage dans le Briançonnais, même après le délai de deux mois qu’il nous a imposé pour quitter les lieux », prévient Philippe. « On va organiser une riposte juridique et faire pression sur l’État pour qu’il prenne ses responsabilités », conclut Agnès.

      https://www.mediapart.fr/journal/france/160920/briancon-le-nouveau-maire-lr-veut-fermer-le-refuge-solidaire-des-migrants?

      @sinehebdo : c’est l’article que tu as signalé, mais avec tout le texte, j’efface donc ton signalement pour ne pas avoir de doublons

    • Lettre d’information Tous Migrants. Septembre 2020

      Edito :

      Aylan. Moria. Qu’avons-nous fait en cinq ans ?

      Un petit garçon en exil, échoué mort sur une plage de la rive nord de la Méditerranée. Le plus grand camp de migrants en Europe ravagé par les flammes, laissant 12.000 personnes vulnérables sans abri.

      Cinq ans presque jour pour jour sont passés entre ces deux « occasions », terribles, données à nos dirigeants, et à nous, citoyens européens, de réveiller l’Europe endormie et indigne de ses principes fondateurs. De mettre partout en acte la fraternité et la solidarité, en mer, en montagne, aux frontières, dans nos territoires. Et pourtant, si l’on en juge par la situation dans le Briançonnais, la fraternité et la solidarité ne semblent jamais avoir été aussi menacées qu’à présent...

      Dénoncer, informer, alerter, protéger. Il y a cinq ans, le 5 septembre 2015, se mettait en route le mouvement Tous Migrants. C’était une première manifestation place de l’Europe à Briançon, sous la bannière Pas en notre nom. Il n’y avait pas encore d’exilés dans nos montagnes (10.000 depuis sont passés par nos chemins), mais des morts par centaines en Méditerranée... Que de chemin parcouru depuis 2015, des dizaines d’initiatives par an ont été menées par des centaines de bénévoles, des relais médiatiques dans le monde entier, que de rencontres riches avec les exilés, les solidaires, les journalistes, les autres associations...

      Mais hormis quelques avancées juridiques fortes de symboles - tels la consécration du principe de fraternité par le Conseil Constitutionnel, ou l’innocentement de Pierre, maraudeur solidaire -, force est de constater que la situation des droits fondamentaux des exilés n’a guère progressé. L’actualité internationale, nationale et locale nous en livre chaque jour la preuve glaçante, de Lesbos à Malte, de Calais à Gap et Briançon. Triste ironie du sort, cinq ans après la naissance de Tous Migrants, presque jour pour jour, le nouveau maire à peine élu à Briançon s’est mis en tête de faire fermer le lieu d’accueil d’urgence et d’entraver les maraudes... Quelles drôles d’idées. Comme des relents d’Histoire.

      Comment, dès lors, ne pas se sentir des Sisyphe*, consumés de l’intérieur par un sentiment tout à la fois d’injustice, d’impuissance, voire d’absurdité ? En se rappelant simplement qu’en cinq ans, la mobilisation citoyenne n’a pas faibli. Que Tous Migrants a reçu l’année dernière la mention spéciale du Prix des Droits de l’Homme. Que nous sommes nombreux à rester indignés.

      Alors, tant qu’il y aura des hommes et des femmes qui passeront la frontière franco-italienne, au péril de leur vie à cause de lois illégitimes, nous poursuivrons le combat. Pour eux, pour leurs enfants... pour les nôtres.

      Marie Dorléans, cofondatrice de Tous Migrants

      Reçue via mail, le 16.09.2020

    • Briançon bientôt comme #Vintimille ?

      Le nombre de migrants à la rue à Vintimille représente une situation inhabituelle ces dernières années. Elle résulte, en grande partie, de la fermeture fin juillet d’un camp humanitaire situé en périphérie de la ville et géré par la Croix-Rouge italienne. Cette fermeture décrétée par la préfecture d’Imperia a été un coup dur pour les migrants qui pouvaient, depuis 2016, y faire étape. Les différents bâtiments de ce camp de transit pouvaient accueillir quelque 300 personnes - mais en avait accueillis jusqu’à 750 au plus fort de la crise migratoire. Des sanitaires, des lits, un accès aux soins ainsi qu’à une aide juridique pour ceux qui souhaitaient déposer une demande d’asile en Italie : autant de services qui font désormais partie du passé.

      « On ne comprend pas », lâche simplement Maurizio Marmo. « Depuis deux ans, les choses s’étaient calmées dans la ville. Il n’y avait pas de polémique, pas de controverse. Personne ne réclamait la fermeture de ce camp. Maintenant, voilà le résultat. Tout le monde est perdant, la ville comme les migrants. »

      https://seenthis.net/messages/876523

  • Covid et immunité : des pistes négligées ? - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/150920/covid-et-immunite-des-pistes-negligees?onglet=full

    Des études signalent une diminution rapide des anticorps après une infection, et plusieurs cas de réinfection ont été rapportés cet été. Que sait-on aujourd’hui de notre immunité ? Dans la recherche de vaccins, une vision tronquée ne risque-t-elle pas de nous fourvoyer ?

    Commençons d’abord par les bonnes nouvelles : les études montrent que plus de 90 % des personnes contaminées par le virus produisent des anticorps dirigés spécifiquement contre le virus, qu’elles aient développé ou non des symptômes. Et ce, même chez les octogénaires https://doi.org/d7p2. En outre, lorsqu’ils sont étudiés en laboratoire, ces anticorps possèdent un fort pouvoir neutralisant : même à faible dose, ils parviennent à éviter que les cellules en culture soient infectées.

    Passons maintenant aux mauvaises nouvelles : ces anticorps ont tendance à disparaître rapidement. Et leur diminution est d’autant plus forte et rapide que les symptômes ont été légers ou inaperçus. Une étude https://www.nature.com/articles/s41591-020-0965-6 publiée dans Nature Medicine portant sur plus de 200 personnes contaminées en Chine révèle qu’au bout de huit semaines, ils sont à des niveaux indétectables pour 40 % des sujets asymptomatiques et 18 % des sujets symptomatiques.

    Autre mauvaise nouvelle estivale : plusieurs cas de réinfection commencent à être rapportés, comme cet homme de Hong Kong https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32840608 dont l’analyse génétique du virus a permis d’affirmer qu’il s’agissait bien d’une réinfection et non d’une infection persistante. Notre immunité pourrait-elle disparaître en quelques mois ? Peut-on – oui ou non – compter sur notre système immunitaire pour nous protéger d’une deuxième vague ?

    En réalité, au fur et à mesure des publications, un constat s’impose : les tests immunitaires classiques ne nous offrent qu’une fenêtre très limitée sur la réalité de notre réponse au virus. Un peu comme si l’on regardait par le trou de la serrure une pièce de théâtre : il y a des dizaines d’acteurs répartis sur la scène, mais nous n’en voyons que quelques-uns interagir. Ce sont les fameux anticorps dits IgM et IgG mesurés lors des tests sanguins. Or, non seulement tout ne se passe pas dans le sang, mais ces acteurs ne sont pas, tant s’en faut, les seuls héros de cette lutte intérieure.

    Et si l’on abandonnait le trou de serrure pour une place en tribune ? Prêts ? Ouverture des rideaux.

    Premier décor : le nez. Cette péninsule chère à Cyrano de Bergerac semble en effet être l’endroit du corps qui compte le plus de récepteurs ACE2 (pour Angiotensin Converting Enzyme 2), la fameuse porte d’entrée du virus, celle qui lui permet de pénétrer à l’intérieur des cellules pour s’y multiplier (voir notre article sur ce point). C’est donc ici que commence notre bataille contre le SARS-CoV-2.

    À peine engluées dans notre mucus nasal, les minuscules particules virales couronnées de pics (d’où le nom de coronavirus) sont repérées par nos cellules phagocytaires – littéralement « mangeuses de cellules » – qui se trouvent sur place. Celles-ci se mettent à boulotter un à un ces éléments étrangers, tout en déclenchant la production de molécules chimiques, dont les fameuses cytokines, également capables d’attaquer ces indésirables. C’est ce qu’on appelle l’immunité innée. Avec un peu de chance, l’infection peut tourner court dès cette étape et ne jamais sortir du mucus nasal ou respiratoire. C’est probablement ce qui se passe chez la plupart des enfants, fréquemment exposés aux infections respiratoires, estiment certains chercheurs https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7221011. Mais à mesure que l’on vieillit, cette première ligne de défense se laisse vite déborder.

    D’autant plus que ce virus semble avoir acquis une astuce pour mieux survivre dans notre nez : lorsqu’il s’y trouve en grande quantité, il parvient à inhiber cette réponse immédiate pendant un jour ou deux. D’après Akiko Iwasaki https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7255347, immunologiste à l’université de Yale, cette capacité d’inhiber nos défenses innées serait l’un des déterminants du succès du SARS-CoV-2. Elle offre une petite fenêtre de temps supplémentaire durant laquelle le virus en profite pour se répliquer silencieusement. Avant qu’une autre ligne de défense ne se mette en place, l’acte II de notre pièce de théâtre : l’immunité dite adaptative.

    Généralement, on mesure cette immunité à la quantité d’anticorps capables de neutraliser le virus dans le sang. Dans la plupart des analyses sérologiques, deux types d’anticorps sont quantifiés : les IgM, qui apparaissent dès le 3e jour suivant l’infection, et les IgG, détectés généralement à partir du 14e jour. Sauf que dans la vraie vie, bien d’autres acteurs entrent en jeu dans cette seconde étape de la bataille.

    Restons dans nos muqueuses respiratoires. Après tout, c’est là que le virus commence son invasion. Durant le festin initial de nos cellules phagocytaires, des morceaux de virus (en particulier les protéines situées sur l’enveloppe du virus, appelées antigènes) sont récupérés et présentés à nos « agents spéciaux » : les lymphocytes. Parmi eux, les lymphocytes B se mettent alors à se multiplier à toute allure, faisant d’ailleurs grossir nos ganglions lymphatiques. Par une succession de hasards, de mutations génétiques et de cassures, certains de ces lymphocytes finissent par obtenir un récepteur capable de reconnaître et de se fixer parfaitement sur l’antigène présenté. Un peu comme un serrurier qui copierait des centaines de clés les unes à la suite des autres, jusqu’à ce que l’une d’entre elles, légèrement différente, entre enfin dans la serrure. Ces clés, ce sont les anticorps. Certains filent dans le sang : les IgG ou les IgM. Mais d’autres vont préférentiellement dans les muqueuses : les IgA.

    Ces IgA apparaissent de plus en plus comme les héros de l’ombre de cette histoire. De fait, on les trouve peu, ou de manière très transitoire, dans le sang. Depuis notre trou de serrure, ils sont donc quasi invisibles. « L’industrie fabrique toute la logistique en masse pour le sang (tubes, aiguilles, etc.) », explique Guy Gorochov, responsable du Centre d’immunologie et des maladies infectieuses de l’université Pierre-et-Marie-Curie. « La salive, qui est un bon reflet des sécrétions mucosales, n’est pas encore un liquide biologique de grande routine. C’est culturel, mais cela devrait rapidement évoluer, étant donné la situation actuelle », indique ce chercheur parisien. En outre, la salive est un milieu plein de germes en tous genres, donc plus délicat à évaluer d’un point de vue immunologique.

    Pourtant, pour peu que l’on accepte d’aller fouiner dans les sécrétions buccales, nasales, bronchiques ou même lacrymales, on découvre d’importantes quantités d’IgA chez les personnes infectées. Guy Gorochov et son équipe mènent actuellement une étude sur 145 patients Covid (prépublication en cours de relecture https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.06.10.20126532v1 ). « Dans les premières semaines suivant l’apparition des symptômes, la neutralisation du SRAS-CoV-2 repose vraisemblablement davantage sur les IgA que sur les IgM ou les IgG, résume l’immunologiste. Les IgA apparaissent en effet en premier et s’avèrent beaucoup plus puissants que les IgG et les IgM pour neutraliser le virus in vitro. Par ailleurs, on en détecte encore trois mois après les premiers symptômes dans la salive… »

    Une autre étude menée en Suisse https://www.biorxiv.org/content/10.1101/2020.05.21.108308v1 révèle que plus les patients sont jeunes, plus ils sont susceptibles d’avoir des taux d’IgA importants dans leurs sécrétions nasales. Mais plus étonnant encore : certains patients possèdent des taux élevés d’IgA dans leur nez, alors même qu’aucun autre anticorps (ni IgG ni IgM) ne circule dans leur sang.

    Ces découvertes interrogent : cette réaction immunitaire locale pourrait-elle être suffisante pour faire obstacle à la maladie et mettre en échec les infections ultérieures ? « C’est bien joli de neutraliser le virus in vitro, mais est-ce que ces IgA nous protègent dans la vraie vie ? Seules des études à plus grande échelle permettraient de le savoir », tempère Guy Gorochov. Si tel était le cas, nous serions alors plus nombreux à être immunisés que ce que les mesures sanguines veulent bien refléter. Ce qui serait une excellente nouvelle…

    Et les IgA ne sont pas les seuls héros invisibles depuis notre trou de serrure. Les mesures classiques de notre immunité passent également à côté d’un autre acteur, qui apparaît de plus en plus majeur dans notre réponse au SARS-CoV-2 : le lymphocyte T, également appelé cellule T.

    Contrairement à leurs cousins les lymphocytes B, les lymphocytes T ne fabriquent pas d’anticorps en série. Pour reprendre l’analogie du serrurier, eux conservent leur clé magique autour du cou et se baladent ensuite dans la lymphe et le sang. Par ailleurs, cette clé ne leur permet pas de repérer un pathogène qui circule librement dans notre corps, comme le font les anticorps. Elle leur permet en revanche de détecter les cellules en train d’être infectées par un virus. Dans ce cas, les lymphocytes T sortent l’artillerie lourde : ils détruisent les virus mais aussi les cellules infectées. On appelle cela l’immunité cellulaire.

    Et ce n’est pas tout : ces cellules T peuvent également stimuler les lymphocytes B à déverser leurs anticorps et aussi activer directement les cellules phagocytaires, pour relancer la première étape de défense au niveau du ou des sites d’infection. Pour les scientifiques, les lymphocytes T sont les véritables chefs d’orchestre de notre système immunitaire.

    Les études qui se sont penchées sur ces cellules en trouvent quasi systématiquement dans le sang des personnes qui ont été contaminées par le SARS-CoV-2 (voir notamment les travaux menés à Strasbourg https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.06.21.20132449v1.full.pdf , en Suède https://www.biorxiv.org/content/10.1101/2020.06.29.174888v1.full.pdf , à Berlin https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.04.17.20061440v1.full.pdf ou en Californie https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32473127 ). Tout comme les IgA, on en détecte également chez des personnes exposées au virus mais n’ayant jamais développé de symptômes et dont la sérologie classique ne révèle aucun anticorps circulant. Dans l’étude suédoise, parmi 30 personnes proches de cas diagnostiqués et 55 donneurs de sang, les deux tiers présentaient des lymphocytes T dans leur sang mais pas d’anticorps IgG anti SARS-CoV-2.

    Plus frappant encore : on retrouve des lymphocytes T qui réagissent au SARS-CoV-2 dans des échantillons de sang prélevés… avant 2019, donc avant la pandémie ! Dans l’étude menée en Californie, de tels lymphocytes étaient ainsi détectés dans la moitié des 20 échantillons de sang prélevés entre 2015 et 2018. « Cela pourrait refléter l’existence, chez certains individus, d’une immunité croisée préexistante », concluent les auteurs. Autrement dit, des personnes ayant été en contact avec d’autres coronavirus dans le passé auraient pu fabriquer des lymphocytes T capables de reconnaître non seulement l’espèce précise de coronavirus à laquelle ils avaient été confrontés, mais aussi d’autres espèces voisines, dont le SARS-CoV-2. Un peu comme s’ils étaient dotés d’une clé passe-partout capable d’ouvrir différentes serrures relativement proches.

    D’ailleurs, en analysant de plus près ces lymphocytes, les chercheurs se rendent compte qu’ils réagissent avec la protéine Spike, ancrée dans l’enveloppe du virus et qui lui permet de pénétrer à l’intérieur des cellules (la protéine cible des vaccins en développement). Mais pas seulement. Une étude, publiée dans Nature https://www.nature.com/articles/s41586-020-2550-z , s’est penchée sur le cas de 23 survivants au SARS-CoV-1, le coronavirus qui avait sévi en 2003 (plus souvent appelé SRAS en français). Tous possèdent des lymphocytes T qui réagissent à une autre protéine appelée N, associée à l’ARN du virus et contenue à l’intérieur de l’enveloppe.

    Problème : mesurer et analyser ces lymphocytes T nécessite des techniques d’analyse beaucoup plus lourdes et coûteuses que pour les anticorps. Impossible pour l’heure de les tester en routine. « En se basant sur les tests sérologiques, on sous-estime ainsi clairement la proportion de la population exposée, en contact avec ce virus, affirme Fafi-Kremer, responsable du laboratoire de virologie du CHU de Strasbourg qui étudie la réponse lymphocytaire au virus. On sous-estime probablement aussi la part de la population immunisée contre ce virus. »

    « Probablement », car en réalité, « personne n’a pu démontrer la pertinence clinique de ces résultats », prévient Jean-Daniel Lelièvre, directeur du service d’immunologie clinique et maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor. « Il est possible, comme dans le cas du sida, que ces lymphocytes T ne nous protègent pas d’une infection ultérieure. En revanche, ils pourraient nous éviter de faire une maladie grave. C’est ce que les études sont en train de rechercher », annonce ce spécialiste, qui analyse actuellement toutes les publications d’immunologie sur le Covid pour le compte de la Haute Autorité de santé.

    « Intuitivement, on peut penser que [les lymphocytes T] nous protègent mais l’immunologie est l’endroit où l’intuition se meurt », dit Donna Farber https://www.theatlantic.com/health/archive/2020/08/covid-19-immunity-is-the-pandemics-central-mystery/614956 , microbiologiste à l’université Columbia (New York). Là est sans doute la grande leçon de toutes ces publications qui s’amoncellent sur notre réponse immunitaire : nous en savons si peu qu’il est bien difficile d’en tirer de quelconques enseignements pratiques.

    « On ne dispose pas du périscope pour suivre les agissements du système immunitaire », rappelle Anne-Marie Moulin, médecin et historienne des sciences. Nos tests sérologiques nous donnent une vision tronquée de la réalité. Voilà qui pourrait expliquer les faibles taux de séropositivité dans des régions pourtant fortement touchées par la pandémie. Et pourquoi, malgré ce faible taux de séropositivité, on n’observe (encore) que très peu de cas de réinfection.

    Cependant, cette vision tronquée pourrait nous fourvoyer dans le développement des vaccins. Bon nombre de projets se concentrent uniquement sur les anticorps circulants capables de neutraliser une seule protéine du virus : la fameuse Spike. « Il est important de ne pas se concentrer sur une seule protéine », préviennent certains spécialistes https://www.sciencemag.org/news/2020/05/t-cells-found-covid-19-patients-bode-well-long-term-immunity . « Il faudrait aussi songer à déclencher une réponse IgA au niveau des muqueuses », suggère Guy Gorochov. Pour cela, l’une des solutions serait de tester des vaccins par voie nasale. Mais pour l’heure, tous les vaccins en phase 3 passent par des injections intramusculaires, peu susceptibles de réveiller nos IgA…

    Accordons à ce virus au moins un mérite : celui de nous forcer à prendre place sur les gradins de notre théâtre immunitaire. Vu d’ici, le spectacle met à l’honneur des zones de notre corps trop souvent négligées, comme notre muqueuse nasale, ainsi que d’autres acteurs de notre système immunitaire au-delà des habituels anticorps circulants. La pandémie a révélé l’importance d’une réponse localisée et différenciée en fonction des caractéristiques des zones touchées. De même, il semble désormais nécessaire d’adopter un regard beaucoup plus territorialisé et diversifié de notre corps pour appréhender son immunité.

    #covid19 #SARS-CoV-2 #immunologie #immunité

  • Violences sexuelles : deux policières racontent leur travail au quotidien - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/130920/violences-sexuelles-deux-policieres-racontent-leur-travail-au-quotidien?on

    Pour la première fois, les deux femmes à la tête de l’unité « mineurs » de l’OCRVP, en pointe dans la lutte contre la pédocriminalité et chargée de dossiers sensibles comme les affaires Matzneff, Epstein ou le témoignage d’Adèle Haenel, expliquent comment elles enquêtent sur les violences sexuelles. Et alertent sur le manque de moyens criant des services dédiés aux mineurs victimes.

    #paywall, seenthis pliiiiiiz, ne l’as tu point vu trainer sur les internet ???

    • Tataaaa !

      Elles pourraient être les héroïnes de la série Unbelievable, ce tandem de policières soudé qui ne compte pas ses heures pour traquer les violeurs en série. La commandante Véronique Béchu et son adjointe, la capitaine Katie Steel, dirigent le groupe central des mineurs victimes au sein de l’OCRVP (Office central pour la répression des violences aux personnes), spécialisé dans la lutte contre la pédocriminalité en France.

      Sur leurs bureaux, des dossiers sensibles comme les affaires Gabriel Matzneff, Jeffrey Epstein ou encore le témoignage d’Adèle Haenel. Et pléthore d’enquêtes plus « anonymes » (détention ou diffusion d’images pédopornographiques, corruption de mineurs, viols et agressions sexuelles sur mineurs, etc.), aux ramifications parfois internationales.

      Créé en 2006, l’OCRVP est, avec la brigade de protection des mineurs de Paris, le seul office de police judiciaire à enquêter sur cette thématique. Mais à ce travail d’investigation s’ajoute une dimension internationale et stratégique : participation à des groupes de travail au sein d’Europol et d’Interpol, animation de séminaires, formations, partenariats en France et à l’étranger.

      Habituées à travailler dans l’ombre, les deux policières ont accepté, pour la première fois, de raconter à Mediapart le travail au quotidien de leur unité. À une condition, que nous avons acceptée : aucune question sur le fond des procédures judiciaires en cours (lire notre Boîte noire).

      Ces deux anciennes de la brigade des mineurs évoquent leurs méthodes d’audition et d’enquête, la fierté de mener un travail aux effets concrets dans cette thématique « sacerdoce ». Mais elles alertent aussi, alors que le gouvernement organise à l’automne des états généraux sur la protection de l’enfance, sur le manque de moyens criant de leur unité, qui compte vingt fois moins d’enquêteurs que celle de leurs homologues britanniques. Ces dix-huit derniers mois, le nombre de leurs dossiers a explosé de plus de 200 %, notamment en raison de #MeToo. « On est clairement en sous-nombre. […] On est obligés de prioriser les dossiers, c’est atroce. […] Il faut une prise de conscience à tous les niveaux. »

      Mediapart : Pourquoi choisit-on de devenir policières sur ce sujet difficile de la pédocriminalité ?

      Véronique Béchu : Je suis dans la thématique depuis dix-sept ans, je n’avais pas d’appétence particulière au départ. Mais lorsque j’étais assistante de justice au cours de mes études de droit, 80 % des dossiers qui partaient aux assises et dont je m’occupais étaient des affaires de mœurs concernant des mineurs. Cela m’a plu. C’est l’une des thématiques où l’on se sent le plus utile, où l’on voit immédiatement les effets de ce que l’on fait, en matière de protection de l’enfance, de mise hors d’état de nuire d’un abuseur, d’une personne violente.

      La protection des personnes représente pour moi le métier de policier tel qu’il existe dans l’imaginaire de tous. Par ailleurs, cette thématique fait consensus. Il y a beaucoup de partenariats possibles à monter avec le milieu médical, le monde judiciaire, l’éducation nationale, Europol et Interpol, des ONG, et on travaille tous dans la même direction, ce qui n’est pas toujours le cas dans d’autres thématiques.

      Katie Steel : On traite des dossiers à un niveau plus important, on contribue davantage à changer les choses, car nous sommes en contact avec les partenaires qui influencent les campagnes de prévention, les évolutions législatives, etc., alors qu’en brigade des mineurs, très beau service dont nous sommes issues, on les subit, on passe davantage d’un dossier à un autre.

      Quelle est la spécificité des enquêtes sur la pédocriminalité ?

      V. B. : Il y a une dimension psychologique à prendre en compte dans tous les dossiers de violences sur les personnes, que l’aspect « mineurs » ne fait qu’exacerber. Si on veut pouvoir recevoir des confidences qui sont extrêmement compliquées à obtenir, tant du côté des victimes, de leurs entourages, que des auteurs, il faut faire preuve de psychologie, savoir être vraiment dans l’écoute, la compréhension. Être dans l’empathie, mais pas trop, ne pas se laisser déborder, ne pas avoir de préjugés.

      Dans nos dossiers, on a l’habitude de dire qu’il n’y a pas de normalité, pour mettre à l’aise les gens, parce que c’est extrêmement important qu’ils ne se sentent pas jugés, quelle que soit la façon dont ils agissent, ou ce qu’ils ont pu faire. C’est la même chose pour les violences sexuelles à l’égard des majeurs. Une personne peut avoir une sexualité qu’on pourrait, avec nos propres référents, qualifier de « débridée » ou « d’inhabituelle », cela ne veut pas pour autant dire qu’elle a cherché à être agressée. Donc pas de jugement. On reçoit les informations brutes.

      Dans les affaires de violences sexuelles, on fait encore face au stéréotype de la « victime parfaite », dont le comportement, la vie, la tenue devraient être irréprochables. Comment luttez-vous contre ce préjugé ?

      K. S. : La « victime parfaite » n’existe évidemment pas. En tant que policiers, nous traitons toutes les victimes de la même manière. Chez les jeunes mineurs, c’est plus facile que chez les adolescents et les majeurs, où ce préjugé existe : l’enfant a moins de vécu et potentiellement un parcours davantage en ligne droite ; et on n’attend rien d’un enfant, car il est toujours vu, par tout le monde, comme une victime.

      V. B. : Cela peut être piégeux, d’ailleurs. Il est estimé actuellement qu’à partir du moment où c’est un enfant, il a toujours raison. Or, absolument pas : sa parole n’est pas d’or.

      Pourquoi un témoignage de victime peut-il mettre des décennies à surgir, et en quoi cela complique-t-il l’enquête ?

      V. B. : Quand les faits sont intervenus dans le cadre familial, on sait pertinemment que parler a des conséquences sur de nombreuses personnes, que cela fait voler en éclats l’image que toute la famille peut avoir de la personne visée par les dénonciations, que c’est déstabilisant pour la victime, qu’il y a la peur du qu’en-dira-t-on. C’est vraiment une décision extrêmement personnelle. Jamais on ne leur dira, même si cela fait des années, même s’il y a eu d’autres victimes ensuite : « Mais vous auriez dû parler avant. » Jamais.

      K. S. : Il y a le traumatisme, qui fait qu’on met de côté et que cela remonte plus tard, la honte, la culpabilité. Et, souvent, la victime aime bien la personne qui l’agresse, même si elle n’aime évidemment pas les abus. Parfois, on reçoit des gens qui ne sont pas encore prêts à porter plainte, on discute, on ne les force jamais à déposer plainte. Par contre, on les informe du délai de prescription. Il arrive qu’ils reviennent la veille de la prescription.

      Comment mène-t-on des auditions de victimes enfants – des enfants parfois si jeunes qu’ils parlent à peine ? A-t-on progressé dans ces techniques d’audition ?

      V. B. : On est formés pour cela – une formation de deux à trois semaines. Chaque audition est différente, parce que chaque enfant est différent. On applique en l’adaptant un nouveau protocole plus précis (protocole du NICHD – National Institute of Child Health and Human Development), en trois phases.

      La première phase est la mise en confiance – particulièrement important pour les tout petits. D’abord, on établit les règles de communication. On s’identifie – on n’est pas son copain, il faut toujours qu’il ait en tête que nous sommes une autorité –, tout en ayant un lien qui soit fluide avec lui. On n’est pas en tenue, on est dans une salle adaptée aux enfants, où il y a des jeux, la possibilité de faire des dessins. On essaye de voir s’il fait la différence entre la vérité et le mensonge.

      K. S. : Il faut qu’on puisse instaurer un dialogue. On donne notre attention à l’enfant. La plupart du temps, il aime être écouté. On part par exemple d’un événement récent qui lui a plu, comme son dernier goûter d’anniversaire, on lui demande de le raconter en détail, on l’entraîne à utiliser sa mémoire.

      V. B. : Cela nous permet de voir son niveau de langage, sa psychomotricité, s’il arrive à se repérer dans le temps et dans l’espace, et nous aiguille dans le type et la formulation des questions qu’on va pouvoir lui poser. La deuxième phase, on laisse l’enfant parler – comme pour les adultes, d’ailleurs. Car 80 % des éléments utiles et non pollués dans une audition sont donnés au cours de ce « récit libre ».

      Dans cette phase, on ne demande pas de précisions, même si l’enfant a du mal à tout raconter de façon chronologique et avec les détails. Parce que si l’on coupe quelqu’un dans son récit, il ne reprendra jamais là où il s’est arrêté. Le travail de mémoire est perturbé, c’est terminé. La troisième phase, ce sont les questions, qui doivent obligatoirement être ouvertes.

      K. S. : On rebondit uniquement sur les éléments qu’ils nous ont apportés dans le récit libre. Par exemple, si on pense que quelque chose s’est passé dans une voiture, mais que l’enfant ne nous a jamais parlé de voiture, on ne va pas dire : « Est-ce que ça s’est passé dans une voiture ? », on va poser des questions beaucoup plus ouvertes, pour savoir s’il nous en parle.

      V. B. : Il faut que notre question enclenche un nouveau récit. Pas juste une réponse, oui/non. Il faut proscrire les questions à choix multiples, parce que l’enfant ne retiendra que le dernier choix…

      K. S. : Même chose avec les réponses dans les questions, par exemple : « Le ciel est orange, n’est-ce pas ? » Ça, c’est catastrophique, parce que l’enfant est habitué à dire « oui » aux adultes, donc il répondra « oui ».

      Retenir l’attention d’un enfant le temps d’une audition est difficile. Comment gère-t-on et interprète-t-on ses silences, sa lassitude, ses refus de répondre ?

      V. B. : Les techniques d’évitement (par exemple quand il n’écoute pas ou est moins attentif), les silences, peuvent aussi vouloir dire des choses. Il ne faut pas essayer de combler ces silences, ils peuvent être stratégiques à un moment où les faits sont compliqués à verbaliser. On retranscrit dans nos procès-verbaux le comportement de l’enfant, s’il s’agite, se lève tout le temps, etc., et les auditions sont communiquées aux pédopsychiatres qui vont examiner les enfants aux unités médico-judiciaires. Ce double examen médical et psy est obligatoire dans les procédures d’abus sexuels sur mineurs.

      K. S. : On peut aussi utiliser les silences : si on les laisse s’installer, la personne auditionnée va vouloir d’elle-même parler au bout d’un moment pour les combler. Alors on obtiendra peut-être des informations supplémentaires.
      « On retrace le parcours de vie complet de l’auteur comme de la victime, dans tous les domaines »

      Est-ce que le fiasco judiciaire de l’affaire Outreau en 2004 a changé quelque chose dans votre travail ? Avez-vous davantage peur de témoignages biaisés, de paroles d’enfants influencées, d’un effet de contamination ?

      V. B. : Ce n’est pas une peur, mais c’est quelque chose qu’on a toujours à l’esprit. Nous n’avons pas eu besoin d’Outreau pour savoir que la parole de l’enfant ne doit pas être prise à 100 %. Cela reste une base pour une enquête, la procédure n’en reste pas moins à charge et à décharge. Et si rien ne contextualise l’audition d’un enfant, c’est extrêmement compliqué. Après Outreau, on a continué à travailler de la même façon, simplement le protocole d’audition a été adapté, parce que de nouvelles techniques (le protocole du NICHD notamment) sont arrivées. Il n’y a pas eu d’énorme révolution.

      Quel peut être le cheminement d’un enfant qui est victime de pédocriminalité ? Comment arrive-t-il jusqu’à vous ?

      V. B. : À la brigade des mineurs, la plupart du temps, on part du témoignage de l’enfant ou d’un signalement – effectué par les écoles, les infirmières scolaires, les psychologues, les médecins, les pédiatres, les mères, des proches de la famille, quelqu’un de confiance à qui l’enfant s’était confié. Nous, on fait plutôt le cheminement inverse, puisque, en dehors des dossiers spécifiques et sensibles, on constate l’infraction sur Internet. Et donc on essaie d’aller jusqu’à l’enfant, de l’identifier et de recevoir ses déclarations.

      Qu’est-ce qui peut justifier un signalement ?

      V. B. : C’est tout le problème, il n’y a pas de critère, c’est propre à chacun. Il y a actuellement des réflexions sur l’idée d’un panel de signaux faibles, sur lequel les gens pourraient s’appuyer pour faire des signalements. Les personnes ont souvent peur de faire des signalements, peur des conséquences, pour elles ou pour les protagonistes.

      Mais rappelons que toute personne qui aura fait un signalement, même s’il ne débouche pas sur des faits avérés, ne sera jamais poursuivie de quoi que ce soit. On considère qu’elle a fait son travail de citoyen. Souvent, les signaux faibles montrent un problème, pas forcément des abus sexuels, cela peut être des abus psychologiques, une carence familiale, une situation matérielle et morale défaillante.

      Quels sont ces signaux faibles ?

      K. S. : Un enfant qui travaillait très bien à l’école et qui, du jour au lendemain, lâche complètement. Un enfant qui se remet à faire pipi au lit. Un mineur dans un club de sport qui, après le match, est le seul à ne pas aller sous la douche avec les copains. C’est peut-être parce qu’il est pudique, mais ça peut aussi être parce qu’il a des hématomes ou que cela le dérange d’être nu car, pour lui, c’est le moment où il arrive quelque chose. Ces signaux ne veulent pas forcément dire qu’il y a des abus sexuels, mais ce sont des petites choses qui, cumulées, peuvent amener à s’inquiéter.

      Dans les dossiers de violences sexuelles, comment sort-on du parole contre parole et arrive-t-on à établir les faits ?

      K. S. : Tout dépend de l’ancienneté des faits et de l’existence ou non de preuves matérielles. S’il n’y en a pas, l’important est de recueillir le maximum de témoignages possibles, à charge et à décharge.

      V. B. : Ce sont d’ailleurs les dossiers les plus longs et ceux où l’on fouille le plus. Dans une affaire sur des faits anciens, j’ai entendu environ 350 personnes pour établir les faits. C’est un gros travail d’environnement, où l’on retrace le parcours de vie complet de l’auteur comme de la victime, dans tous les domaines. Après, on cherche les incohérences dans les discours, on fait des recoupements.

      K. S. : Par exemple, la victime nous dit que le mis en cause dort avec des chaussettes. Lui, il dit que non. On va questionner tout l’entourage, ses anciennes compagnes, pour savoir s’il dort avec des chaussettes ou pas. Si elles disent que oui, cela nous donne un élément pour dire que, s’il a menti sur un détail aussi insignifiant, il est donc susceptible de mentir sur des points plus cruciaux. Cela permet également de renforcer la véracité des propos de la victime : elle disait la vérité sur le fait qu’il dorme avec des chaussettes.

      Quelles peuvent être les preuves matérielles dans vos enquêtes ?

      V. B. : On peut trouver de l’ADN, des documents (mails, lettres, carnets scolaires, carnets de santé, etc.), des données téléphoniques (avec la limite de la loi et de la courte durée de conservation), des images vidéo. Par ailleurs, dans les affaires de violences sexuelles, les victimes font l’objet d’un examen médical approprié et sont aussi vues – comme les mis en cause – par des psychiatres ou des psychologues, ce qui nous donne des éléments de personnalité.

      Retrouve-t-on un profil type des pédocriminels ?

      V. B. : Psychologique, oui. Ils ont souvent au moins trois traits de caractère redondants : égocentrés, narcissiques ; immatures affectivement ; et incapables de mettre en place des relations interpersonnelles avec des gens de leur âge. Mais il n’y a pas de profil d’âge, socio-culturel, professionnel.

      Dans la cybercriminalité, ce sont des hommes. Quand il y a des femmes impliquées, c’est le plus souvent dans le cadre d’un couple, et en général les abus qu’elles commettent ne sont pas pour leur propre plaisir sexuel mais pour celui de leur conjoint. Enfin, les femmes abuseuses le font plutôt dans un cadre intra-familial.

      K. S. : Il peut y avoir des profils très différents. Ceux qui cherchent l’attention ou l’amour de l’enfant ; ceux qui l’utilisent comme un objet, peu importe son attitude, pour leur propre plaisir ; ceux qui se disent « amoureux » de lui.

      Le risque du mensonge des victimes, d’un faux témoignage, est souvent agité dans les affaires de violences sexuelles. Les études existantes évoquent des chiffres oscillant entre 0,62 % et 10 % de plaintes « infondées », selon les pays et les définitions. A-t-on des chiffres en France ?

      V. B. : Non, la thématique des violences sexuelles est celle où l’on a le moins de statistiques. On a beaucoup de témoignages dans ce sens, mais on ne peut pas appeler cela des « faux témoignages ». Cela peut être une adolescente qui a eu des relations sexuelles consenties, ne veut pas que cela se sache et pour s’extraire du courroux familial dit qu’elle a été abusée. Ou un enfant instrumentalisé par ses parents dans le cadre d’une procédure de séparation.

      K. S. : Car, dans ce cadre, des choses peuvent être suggérées ou dites par les parents, même sans vouloir faire de mal, et hors contexte… Mais on est formés à pouvoir faire la différence et on arrive à déceler assez vite ce type de déclarations, d’abord dans le récit de la personne, ensuite dans le reste de l’enquête, qui le démontre très vite.

      Dans l’un de mes dossiers, une jeune femme avait dit avoir été violée dans le métro. On a récupéré toutes les vidéos du métro. En réalité, elle avait loupé son oral d’examen et dit à ses parents que c’était parce que cela s’était passé après un viol : ils l’avaient emmenée déposer plainte. Dès le début de l’audition, on avait des doutes : son comportement, sa façon de raconter, certains éléments. Mais nous avions de toute façon enquêté sans jugement, en récoltant des éléments à charge et à décharge.

      Et du côté du mis en cause ?

      K. S. : On dresse son CV, puis on le laisse raconter, dans une phase de discours libre, sans poser de questions ou dire ce que l’on a. Cela permet de faire émerger des incohérences par rapport à ce qu’il va répondre ensuite, lors de questions plus précises.

      Comment on identifie un pédocriminel ? Quelles sont vos méthodes d’enquête ?

      V. B. : Nos techniques d’enquête doivent rester discrètes, voire secrètes. Les pédocriminels lisent beaucoup sur le sujet – y compris dans la presse –, pour s’adapter et ne pas commettre d’erreurs qui mèneraient à leur identification. Sur les forums de conseils, ils écrivent : « Je vais commencer à diffuser, je veux savoir comment me protéger. » Donc nous ne pouvons rien divulguer.

      K. S. : C’est vraiment une communauté, ils discutent entre eux de la manière de faire, sur des forums, des blogs. On a des dossiers où l’on voit des communications du type : « Je vais essayer d’agresser ma fille, elle a 5 ans, comment je fais ? » Sur le darknet, on trouve des tutos expliquant comment agresser sans laisser de traces. Ou encore des tentatives de reconstitution d’enquêtes sur des affaires médiatisées, à partir d’articles de presse.

      V. B. : C’est une communauté qui s’adapte, qui est très mobile. Europol a d’ailleurs mis en place un site, Trace an Object, consultable par tous, qui permet d’extraire le décor d’une vidéo intéressant les enquêteurs et, par l’intervention des internautes, d’identifier le lieu de production des images (par exemple via l’un des objets du décor). C’est une aide particulièrement appréciable du public, compte tenu de la charge de travail inhérente à cette thématique.

      Est-ce que le fichier des auteurs d’infractions sexuelles et violentes (Fijais) a fait avancer les choses ? À l’inverse, est-ce qu’on n’est pas trop rivés sur ce fichier dans certaines enquêtes ?

      K. S. : Cela permet un suivi régulier des personnes qui y sont inscrites, notamment de leur adresse actuelle. Quand on a un fait sur un lieu précis, ce fichier s’avère très utile. Il permet aussi d’empêcher certaines personnes d’accéder à des professions avec des enfants, même si ce contrôle devrait être impératif pour un certain nombre de professions et concerner également les bénévoles.

      V. B. : On voit aussi le parcours criminel des individus, s’il y a une escalade dans la commission des faits, qu’untel a potentiellement pu passer à l’acte avec un contact physique avec le mineur. Mais, a contrario, ce n’est pas parce qu’il n’est pas dans le fichier qu’on va se dire : « On laisse tomber. » On aura plutôt le réflexe de se dire : « Lui est toujours passé sous les radars », et on va essayer de trouver pourquoi.

      Obtenez-vous souvent des aveux en garde à vue ?

      V. B. : Oui, dans la majorité de nos procédures. Parce que souvent nous avons les preuves matérielles avant. Beaucoup ont même tendance à expliquer leur geste. Certains sont « soulagés » d’avoir été attrapés. Ceux-là ne sont pas des prédateurs, ils ont parfois de l’empathie pour les enfants qu’ils ont agressés. En jouant là-dessus, et sur l’importance pour l’enfant que l’auteur reconnaisse les faits, souvent ils viennent aux aveux. D’autres peuvent parler librement de ce qu’ils ont fait aux enfants, car ils en sont malheureusement fiers, estimant que c’est un mode de vie qui devrait être légalisé.

      Combien de dossiers sont traités chaque année par les policiers spécialisés dans les violences faites aux mineurs ?

      V. B. : Nous avons environ 250 à 300 saisines par an. Nous sommes 14 enquêteurs, on fait une moyenne de 25 à 30 gardes à vue à l’année, ce qui mobilise quatre personnes par garde à vue, le plus souvent en province, et ce qui revient à être parti une semaine sur deux. Ce sont des dossiers très souvent avec des volets internationaux, donc des missions à l’étranger. Chaque dossier est piloté par un directeur d’enquête, auquel on peut assigner un assistant, si besoin – notamment pour les dossiers complexes ou sensibles, comme Matzneff ou Epstein.

      Combien de temps passez-vous en moyenne sur un dossier ?

      V. B. : Quand on commence une enquête, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Un dossier sur lequel on peut se dire qu’en trois mois, c’est fini peut s’avérer énorme, avec un élément à l’origine de l’enquête qui n’était, en fait, que la partie émergée de l’iceberg : on peut alors y passer des années. On peut identifier rapidement l’auteur, ou parfois on peut avoir un dossier de corruption de mineurs dans lequel on a pléthore de victimes (parfois plusieurs dizaines), et cela nous prendra deux ans. Et dès qu’il y a un volet international, on multiplie par trois le temps, minimum.

      Avez-vous constaté une augmentation du nombre de dossiers dont vous êtes saisies ces deux dernières années ?

      V. B. : Oui, en dix-huit mois, nos saisines ont augmenté d’environ 200 à 250 %. Cela s’explique d’une part par l’utilisation d’outils qui nous permettent de détecter des auteurs potentiels et des victimes. Et, d’autre part, par la libération de la parole, la prise de conscience sur ces questions.

      K. S. : Il y a aussi davantage de signalements, notamment pour les faits commis à l’étranger, sur des Français qui voyagent, car les gens commencent à devenir plus vigilants.

      Donc il y a eu aussi un « effet #MeToo » sur les dossiers de pédocriminalité ?

      K. S. : Oui, pour les adolescents et pour les faits anciens. Après #MeToo, on a eu plus d’appels en brigade des mineurs pour des faits anciens.

      V. B. : Après la diffusion du film Polisse (2011) de Maïwenn aussi. Des gens de 70 ans nous appelaient pour dire qu’ils avaient été victimes. Avant, beaucoup ne savaient pas qu’il y avait des services dédiés à la lutte contre la pédocriminalité.
      « Dans notre unité, nous sommes 14 enquêteurs, quand les Britanniques sont 250 »

      Avec quels moyens enquêtez-vous ?

      V. B. : Dans notre unité, nous sommes 14, quasiment au même niveau qu’en Roumanie (10 enquêteurs), quand les Britanniques sont, pour leur part, 250 et les Néerlandais 130. Il faudrait que nous soyons dix fois plus. On est clairement en sous-nombre. Tous les services dédiés aux mineurs victimes sont engorgés, à chaque niveau. Y compris nos partenaires : la justice, les médecins, les psychologues, les experts psy. Il faut une prise de conscience à tous les niveaux.

      Avez-vous l’impression que le gouvernement prend la mesure de ce gigantesque problème de santé publique ?

      V. B. : Ça commence. On est aux balbutiements de la prise de conscience. On milite pour qu’il y ait un plus grand nombre de services spécialisés et formés dans toutes les professions concernées par les violences sexuelles envers les mineurs.

      Tous les enquêteurs ne sont pas formés spécifiquement pour les auditions d’enfants victimes ?

      V. B. : Non, c’est le souci. Il n’y a pas assez de formations, cela coûte très cher. Très souvent, les collègues sont déjà affectés avant d’être formés. Il faudrait qu’il soit obligatoire de faire une série de stages avant d’arriver dans les services, comme c’est le cas au renseignement. Quand je suis arrivée à la brigade des mineurs, j’ai d’abord assisté à des auditions derrière la glace sans tain, puis j’ai été « officiellement » formée quatre ans après. Ce n’était qu’une formalité, car je faisais déjà des auditions depuis longtemps, en utilisant des techniques que mes collègues m’avaient eux-mêmes enseignées.

      Mais maintenant, ce n’est plus possible, d’une part parce que le protocole du NICHD est très particulier et, d’autre part, parce les enquêteurs formés en poste ont trop de dossiers, et donc plus le temps de le faire. D’autant que, avant, les enquêteurs restaient très longtemps en poste, en moyenne dix, douze, voire quinze ans, ce qui n’est plus automatiquement le cas maintenant. Ce sont des services usants.

      Le gouvernement a annoncé la tenue, à l’automne, d’états généraux de la lutte contre les violences faites aux enfants. Qu’en attendez-vous ?

      V. B. : Beaucoup. Une augmentation significative des moyens humains, toutes professions confondues, et un plan national interministériel sur la thématique, permettant ainsi une cohérence d’actions entre tous les partenaires de la thématique. D’ailleurs, nous avons déjà réfléchi, à notre niveau, à un développement central et local de notre unité, un projet qui a reçu l’agrément du directeur central de la police judiciaire. Car aujourd’hui, on manque de moyens humains, on est obligés de prioriser les dossiers et ça, c’est atroce. On ne devrait pas avoir à le faire.

      K. S. : L’augmentation du nombre de dossiers et le manque de temps génèrent beaucoup de frustration et de stress chez les enquêteurs. Ils veulent faire plus et ce n’est pas possible.

      Les enquêteurs travaillant sur cette thématique difficile bénéficient-ils d’un suivi psychologique ?

      V. B. : À la différence des autres services traitant la thématique, nous avons un « suivi » psy (deux entretiens par an), mais c’est l’exception.

      K. S. : Dans notre unité, cela a été rendu obligatoire, mais ça ne l’est pas dans ce type de service, cela doit être une volonté de la hiérarchie.

      Comment se détache-t-on de ces sujets difficiles ?

      V. B. : On essaie d’avoir une cohésion, d’échanger ensemble sur nos dossiers, de déjeuner en groupe, de rire pour se libérer aussi. Et quand on voit que parfois des collègues ne sont pas capables de passer à autre chose sur un dossier, on a un débriefing psy exceptionnel. On essaye d’être très à l’écoute et vigilantes en tant que cheffes d’unité.

      Ces dossiers génèrent-ils davantage de burn-out ? Car votre responsabilité est énorme…

      V. B. : Je pense au contraire qu’il y en a moins. Parce qu’on se sent particulièrement utiles, que cette thématique est communautaire, même au sein des policiers, et qu’il y a une cohésion dans les unités qu’on retrouve peut-être moins ailleurs. Mais c’est vrai que cette thématique est un sacerdoce. On ne fait pas des heures de fonctionnaire. On est rappelables le week-end, pendant les congés. Des collègues reviennent pendant leurs congés sur des dossiers qui leur tiennent à cœur. Pour certaines techniques d’enquête comme l’enquête sous pseudonyme, ce n’est pas 9 heures-18 heures : la surveillance des réseaux, des tchats, c’est du H 24.

      Est-ce que pour vaincre la pédocriminalité, il ne faudrait pas renforcer d’autres moyens que les vôtres, en amont ?

      V. B. : Il faut absolument agir en matière de prévention : interventions en milieu scolaire, dans le milieu sportif, auprès du personnel éducatif mais aussi des enfants et des parents, comme on le fait sur la thématique des drogues. En Scandinavie, les agressions sont en baisse parce que les enfants sont vigilants. Être maintenu dans la méconnaissance et l’ignorance ne protège pas les enfants, c’est le contraire.

      K. S. : Les mineurs produisent eux-mêmes les images qui peuvent être utilisées par les pédocriminels, parce qu’ils se prennent en photo, sont derrière leurs écrans, pensent parler à des mineurs. Si on faisait davantage de prévention, on pourrait diminuer de moitié ce type de dossiers de corruption de mineurs.

      Comment jugez-vous l’accueil dans les commissariats sur le sujet des violences sexuelles ?

      V. B. : Quand on se présente dans un commissariat, on est en général reçu par une personne à l’accueil, pas nécessairement formée au recueil de la parole des victimes. Il faudrait mettre en place un système de pré-plainte, pour les dossiers qui ne sont pas des flagrants délits, qui ne nécessitent pas d’obtenir immédiatement des preuves matérielles (prélèvements, blocage de caméras), avec la possibilité de prendre rendez-vous.

      K. S. : Quand il y a un service spécialisé sur le lieu de plainte, les victimes sont généralement rapidement reçues pour être entendues par des personnes formées. Malgré cela, souvent, ce personnel formé fait défaut dans les commissariats. Mais ces dernières années, des programmes de formation ont été mis en place.

      Comment expliquez-vous que, dans certains procès-verbaux, on trouve encore des propos problématiques ou des jugements de la part des policiers, sur la tenue des victimes par exemple ?

      K. S. : C’est souvent une maladresse dans la façon de poser les questions qui sont nécessaires à l’enquête. Parfois, les enquêteurs manquent simplement de pédagogie : quand on questionne les personnes sur des détails de leur vie, ou sur la manière dont elles étaient habillées, il faut expliquer pourquoi. Dire par exemple qu’il est important qu’on connaisse la tenue vestimentaire pour notre travail d’exploitation des vidéos issues des caméras de vidéosurveillance, ou bien pour identifier d’éventuels vêtements retrouvés comme étant ceux portés par la victime au moment des faits, et donc faire des recherches d’éventuelles traces.

      Il y a, encore aujourd’hui, des refus de prendre des plaintes pour des faits de violences sexuelles. Comment l’expliquez-vous ?

      K. S. : Il y a une nouvelle charte d’accueil dans les commissariats, qui précise l’obligation de prendre les plaintes. Quand j’ai travaillé en commissariat, jamais on n’a refusé de prendre des plaintes. C’est très rare. Même si elles étaient peut-être mal prises, les plaintes étaient prises.

      V. B. : Le souci, en général, c’est que la personne se présentant au commissariat s’est dit : « C’est maintenant, je suis prête, j’y vais », après y avoir pensé pendant des jours, des mois ou des années. Et lorsqu’elle arrive, il est possible que tout le monde soit occupé, qu’on lui annonce plusieurs heures d’attente ou qu’on ne puisse pas recueillir son témoignage dans de bonnes conditions. Et c’est peut-être pour cela qu’on ne prend pas la plainte immédiatement. Mais, encore une fois, c’est certain qu’il y a quelque chose à faire en termes de moyens humains et de pédagogie auprès des victimes potentielles se présentant dans leur commissariat. D’autant que si, dès le début, la relation avec la victime est biaisée par un mauvais accueil, c’est compliqué pour le reste de la procédure.

      Vous vous heurtez souvent, dans vos enquêtes, à la prescription. En 2018, le délai est passé de vingt à trente ans pour les crimes sexuels sur mineurs. Qu’est-ce que cela change ?

      V. B. : Pour l’instant, rien, parce que la loi n’est pas rétroactive. Mais avoir gagné dix ans, c’est incomparable.

      K. S. : Trente ans pour ce type de faits [à partir de la majorité – ndlr], c’est raisonnable. Souvent, il y a un traumatisme tel que la personne n’est pas en mesure, avec le silence autour de ce type de faits, d’en parler, et ne peut le faire que lorsqu’elle est stable dans sa vie – par exemple en couple, avec une famille, donc souvent assez tard. À 38 ans, on n’est pas forcément prêt, à 48 ans davantage.

      Au Canada, l’imprescriptibilité est le principe retenu pour tous les crimes. Dans l’une de nos enquêtes, une victime s’interrogeait : « Pourquoi l’État déciderait qu’à partir de tant d’années je dois pardonner ? » Qu’est-ce que changeraient la suppression de la prescription ou un nouvel allongement des délais ?

      V. B. : À un moment donné, le temps passant, cela devient compliqué de récolter des preuves. On ne peut plus enquêter dans de bonnes conditions : tous les témoins seront décédés ou ils ne se souviendront plus d’éléments pouvant aider à la manifestation de la vérité.

      K. S. : Il faut savoir que, prescription ou pas, on travaille. Si la personne veut venir déposer plainte ou témoigner, on va la recevoir, on prend toujours sa plainte. Notamment parce qu’il y a potentiellement des risques que l’individu sévisse encore.

      V. B. : Et est-ce qu’une victime de 60 ans recherche obligatoirement que son auteur soit condamné à une peine de prison ? Il faudrait un statut un peu autre qu’une condamnation pénale, et c’est très compliqué.

      Par contre, il y a un travail de pédagogie à faire auprès de la victime sur la prescription des faits (sur le fait que cela ne doit pas la freiner dans son désir de parler de ce qu’elle a subi). Car même si les faits sont prescrits, il n’en reste pas moins que c’est extrêmement important pour elle de se retrouver un jour au sein d’un tribunal, de pouvoir témoigner et de voir que, grâce à son intervention, d’autres personnes ont révélé des faits non prescrits et que cela a permis de mettre un coup d’arrêt aux activités de l’individu. C’est gratifiant, valorisant, elle devient un maillon à part entière de la chaîne.

      Que répondez-vous à ceux qui sont surpris par les moyens mis en œuvre et la rapidité dans les enquêtes – très médiatisées autour des témoignages d’Adèle Haenel ou de Vanessa Springora ?

      V. B. : Ce n’est pas traité plus vite parce que ce sont des personnalités, c’est faux. Par exemple, si l’enquêteur chargé du dossier dit « médiatique » a un dossier d’une petite fille abusée sexuellement au même moment où il est censé faire la garde à vue du mis en cause du dossier médiatique, on laissera tomber la garde à vue pour travailler sur l’enfant en danger immédiat.

      K. S. : Pour nous, ce qui importe, c’est l’urgence actuelle : les victimes qui sont encore en danger potentiel et les flagrants délits.

      Certains soulignent en particulier la réactivité de la justice dans l’ouverture des enquêtes visant Christophe Ruggia (mis en examen après la plainte d’Adèle Haenel) et Gabriel Matzneff, ou la rapidité des investigations dans « l’affaire Ruggia » et sa mise en examen deux mois et demi après l’ouverture de la procédure.

      V. B. : L’enquête concernant les faits dénoncés par Adèle Haenel est à peine entamée. Cela prendra des mois. Le temps judiciaire est, de toute façon, toujours long. Après, on agit en fonction du risque de dépérissement des preuves. C’est tout un équilibre de données qui font qu’à l’instant T on choisit plutôt tel ou tel dossier.

      K. S. : Dans la plupart des cas, les mis en cause ne sont pas au courant de l’enquête en cours et on préfère avoir le plus d’éléments possibles avant de les interroger. Mais quand ils sont au courant, c’est important de faire la garde à vue rapidement, parce qu’ils peuvent potentiellement faire disparaître des preuves. Quant aux ouvertures d’enquêtes préliminaires par le parquet, dès qu’on est au courant des faits, on ouvre automatiquement, dans tous les dossiers, tous les jours. Sauf que ce n’est pas dans les journaux…

      Avez-vous connu des entraves sur des dossiers concernant des personnalités connues ? Notez-vous une évolution à ce niveau-là ?

      K. S. : Peu importe la personne mise en cause, je traiterai le dossier de manière identique. On aura de moins en moins de gens protégés, car les personnes aux responsabilités ne veulent plus être mêlées à des investigations dans notre thématique, même le fait d’être juste ami avec la personne mise en cause peut mettre à mal une carrière.

      Que pensez-vous du débat sémantique pédophilie/pédocriminalité ? Quel terme utilisez-vous ? Et jugez-vous, comme certains, le terme « pédocriminel » militant ou trop idéologique ?

      V. B. : « Pédocriminalité », on trouve cela très bien, ce n’est militant en rien. La pédocriminalité est une réalité, qui a plusieurs dimensions : des violeurs, des agresseurs, des diffuseurs, des détenteurs, des consultants. « Pédophile » ne regroupe pas l’intégralité des individus auxquels on a affaire. Cela veut dire « qui aime les enfants », nous estimons que ce n’est pas de l’amour, ce sont eux qui se targuent d’aimer les enfants. Et les pédophiles concernent les enfants prépubères, or, il y a de plus en plus de pédocriminels qui ont accès à des enfants tout juste pubères.

      De la même manière, l’expression « tourisme sexuel » n’a plus cours dans les instances internationales, on parle d’agresseurs d’enfants itinérants. Car le tourisme, c’est sympa, pas les agressions d’enfants…

      Dans un rapport publié le 7 septembre, auquel la France a participé, Interpol alerte sur l’accroissement de l’activité des pédocriminels sur Internet durant l’épidémie de Covid et la réduction du nombre de signalements de cas de violences ou d’exploitation sexuelles d’enfants. L’avez-vous constaté à votre niveau ?

      K. S. : Tout à fait. Le confinement a eu un impact significatif sur les téléchargements de contenus pédopornographiques (plus de téléchargements et pour des quantités plus importantes). Concernant les signalements, il y en a eu, mais, pour l’instant, nous n’avons pas le recul nécessaire pour connaître l’impact du Covid sur les faits intrafamiliaux. Au cours du confinement, nous avons participé au dispositif mis en place par l’association L’Enfant bleu dans le jeu vidéo très prisé des enfants Fortnite, qui permettait de signaler être victime d’abus : 600 signalements ont été effectués.

      #violences_sexuelles #témoignage #police #OCRVP #pédocriminalité #Véronique_Béchu #Katie_Steel

    • Comment on identifie un pédocriminel ? Quelles sont vos méthodes d’enquête ?

      V. B. : Nos techniques d’enquête doivent rester discrètes, voire secrètes. Les pédocriminels lisent beaucoup sur le sujet – y compris dans la presse –, pour s’adapter et ne pas commettre d’erreurs qui mèneraient à leur identification. Sur les forums de conseils, ils écrivent : « Je vais commencer à diffuser, je veux savoir comment me protéger. » Donc nous ne pouvons rien divulguer.

      K. S. : C’est vraiment une communauté, ils discutent entre eux de la manière de faire, sur des forums, des blogs. On a des dossiers où l’on voit des communications du type : « Je vais essayer d’agresser ma fille, elle a 5 ans, comment je fais ? » Sur le darknet, on trouve des tutos expliquant comment agresser sans laisser de traces. Ou encore des tentatives de reconstitution d’enquêtes sur des affaires médiatisées, à partir d’articles de presse.

      V. B. : C’est une communauté qui s’adapte, qui est très mobile.

      c’est ça le vrai complot pédo, que la conspiration #Qanon ridiculise, ces abrutis.

  • Minima sociaux : quand il faut se battre pour quelques euros - Mathilde Goanec | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/090920/minima-sociaux-quand-il-faut-se-battre-pour-quelques-euros?onglet=full

    C’est l’histoire d’une petite descente vers la grande pauvreté, en raison de la grande complexité des politiques sociales. Pour cause d’imbroglios administratifs, nombreux sont les allocataires des minima sociaux à renoncer, nous rappelle le chercheur Philippe Warin. La réforme censée tout simplifier est pour le moment reportée sine die.

    Maëlle (prénom d’emprunt) a appris il y a déjà longtemps « à ne pas avoir de gros besoins ». Les livres de la bibliothèque à l’infini, un forfait à deux euros pour son portable, deux repas seulement par jour, et tant pis s’il faut vivre, à l’âge adulte, chez ses parents. Mais quand même, cet été, ne pas aller voir la mer à 50 km pour éviter le plein d’essence, cela l’a chiffonnée.

    « J’ai gardé, heureusement pour moi, une grosse capacité d’émerveillement et une bonne dose d’humour. Mais là, j’ai des droits, je cherche juste à les faire valoir, et ça me gonfle. » Pendant plusieurs semaines, la Bretonne a en effet dû batailler auprès de la CAF (caisse d’allocations familiales), un parcours administratif kafkaïen qui l’a laissée quasiment sans aucune ressource durant plusieurs semaines.

    Maëlle, titulaire d’un concours pour exercer comme bibliothécaire dans la fonction publique, est tombée gravement malade voilà quelques années. « Un accident de la vie, tu dégringoles très vite après ça. » Elle perd le bénéfice de son concours. Au chômage pendant plusieurs mois, la jeune femme finit par toucher début 2020 l’allocation spécifique de solidarité (ASS), versée par Pôle emploi pour les chômeurs et chômeuses en fin de droit.

    Février, les choses s’arrangent, en apparence : Maëlle enchaîne dans sa commune deux contrats courts de 10 heures par semaine, jusqu’au mois de juillet… dans une bibliothèque, son domaine de compétence et sa passion. Elle y intervient depuis longtemps comme bénévole. Les trois premiers mois, elle peut cumuler son salaire, qui tourne, selon les vacances scolaires (non rémunérées), autour de 300 euros, avec l’ASS. Pour tenir les mois suivants, elle demande alors, comme la loi l’y autorise, la prime d’activité, puisque son salaire est inférieur au RSA, le revenu minimum d’activité.

    Les ennuis commencent. Tel un serpent qui se mordrait inlassablement la queue, impossible de toucher la prime d’activité, car elle a touché l’ASS. Impossible de toucher le RSA, puisqu’elle a demandé la prime d’activité. « J’ai vécu un truc de fou, j’en ai perdu le sommeil, raconte Maëlle. Quel est l’intérêt de travailler ? Je me retrouvais plus pauvre qu’avant. »

    Toutes ces démarches sont recensées, avec minutie, par l’allocataire, sur un fichier informatique. « Je l’ai fait pour ne pas devenir zinzin, et garder le fil. » Relances, rendez-vous, coups de téléphone, mails sur l’interface administrative, les conseillers se contredisent, s’emmêlent les pinceaux, se renvoient la balle entre différentes administrations.

    En juillet, Maëlle touche 89 petits euros, sans plus d’explications. En août, la prime d’activité demandée des semaines plus tôt tombe enfin : 145 euros… amputés de 54 euros, pour cause de dette auprès de la CAF, suite à la déclaration d’heures travaillées en juillet. Elle contacte les élus de son département, qui se disent « effarés » mais restent relativement impuissants. L’assistant social de son secteur finit par lui débloquer un bon de carburant de 48 euros et demande une aide d’urgence de 145 euros pour lui permettre de tenir.

    Après un énième rendez-vous, fin août, une conseillère a neutralisé ses revenus passés, pour lui permettre de toucher enfin quelque 500 euros dus en juillet, et enclenché la procédure pour le mois de septembre. La commune où Maëlle travaille lui a également proposé de reprendre, sur un contrat cette fois-ci de cinq heures par semaine, jusqu’en décembre.

    « Pour le moment, je suis riche !, ironise la bibliothécaire. Mais l’assistant social de mon secteur m’a conseillé de rester prudente, car il est fort probable que lors de la mise à jour trimestrielle des revenus, la CAF recalcule le tout et me demande de rembourser une partie. La surprise est attendue pour le mois d’octobre ! » Or l’équation ne fonctionnera que si la CAF complète ces salaires qui font de Maëlle une travailleuse pauvre.

    Cette histoire n’est pas qu’anecdotique. Selon le rapport 2019 du Défenseur des droits, parmi les principaux organismes mis en cause dans les réclamations liées au dysfonctionnement des services publics, les mauvais élèves sont les organismes de protection sociale. Et en premier lieu les caisses d’allocations familiales.

    Dans le même rapport, le Défenseur des droits rappelle que « le droit de toute personne à vivre dignement, qui justifie également l’allocation de certaines prestations sociales telles que le revenu de solidarité active (RSA), cède devant la volonté, pour les organismes sociaux, de recouvrer des créances frauduleuses en ignorant la situation économique du public visé, souvent très précaire ». En clair, un excès de zèle qui plonge les allocataires dans la mouise financière.

    « Ces histoires sont malheureusement banales et le plus souvent cachées, confirme Philippe Warin, chercheur à Grenoble et co-fondateur de l’Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore). Dans les témoignages que nous collectons, beaucoup rejoignent ce côté kafkaïen que vous décrivez. Le système se veut depuis longtemps complexe, quitte à être dans l’illégalisme institutionnel, pour écœurer les publics. »

    Par ailleurs, le système social français est désormais conçu de telle manière qu’il a à cœur de coller au plus près des ressources des allocataires, jusqu’à l’absurde, dans le cas de Maëlle, pour ne pas verser un euro de trop.

    « Cette complexité, et la difficulté qu’elle entraîne pour que les personnes maîtrisent leurs droits et la manière d’y accéder, est source de non-recours, assurait encore très récemment la Dress (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistique), dans une étude. Mais pas uniquement. Elle est source de coûts administratifs face à la lourdeur des dossiers à traiter dont certains ne mèneront à aucun droit. Elle est source d’erreurs et d’indus, pas forcément frauduleux, qui pourront mettre des personnes en difficulté lorsqu’elles seront conduites à les rembourser. Elle implique de multiplier les procédures de contrôle pour vérifier l’adéquation permanente entre les règles et les situations. Elle est source de méfiance, également, de la part des citoyens, par rapport à l’efficacité de notre système de solidarité et, plus largement, de nos institutions. »

    Une tendance accentuée par la difficulté des différents organismes à travailler ensemble, et au sein des différentes administrations à assumer une relation avec les usagers, à mesure que les outils numériques se développent. « Que ce soit les professionnels du travail social, ou les agents d’accueil des organismes sociaux, ils font très majoritairement le constat qu’on a atteint les limites des moyens disponibles, explique Philippe Warin. Ce qui explique des contradictions, et des conduites qui ne sont parfois pas acceptables. Il s’agit d’une forme de débordement du social au guichet, qui accentue les difficultés des professionnels. »

    La prime d’activité, pour ne parler que d’elle, revalorisée à l’issue de la crise des « gilets jaunes », a par exemple accru la charge des professionnels de la CAF, rapportait l’an dernier cet article de Marianne.

    Pour toutes ces raisons, une partie du monde associatif œuvrant dans le champ de la pauvreté avait accueilli d’un plutôt bon œil la promesse d’une simplification des minima sociaux, adossés au futur revenu universel d’activité (RUA), chargé de remplacer le RSA. Cette réforme, après une concertation plutôt tumultueuse menée entre 2019 et 2020, pourrait bien être l’une des nombreuses victimes de la crise sanitaire, renvoyée aux calendes grecques ou sérieusement amoindrie.

    L’enjeu est pourtant à la fois gigantesque en termes de protection sociale, mais aussi pour ses conséquences politiques. Maëlle, avec humour, se qualifie elle-même de « salaud de pauvre », en référence aux termes popularisés par Jean Gabin, dans un film de Marcel Aimé, La Traversée de Paris, réinterprétés dans la compilation de courts métrages au casting prestigieux, parue en 2019, sur les stigmates adossés aux « miséreux ».

    « Certains de mes collègues, comme Benjamin Vial, mettent en avant une forme de non-recours un peu différente, celle du non-concernement, chez les plus jeunes notamment, pas ou peu formés, note Philippe Warin. On sent tellement de mépris dans la mise en œuvre des politiques sociales qu’on n’a plus envie. Alors on se construit en dehors, en marge, au moins pour un temps. Certains vont en tirer profit en termes de dynamiques personnelles, d’autres vont s’écrouler. Cela pose nombre de questions sur notre lien au politique, et à la société. »

    #travailleurs_pauvres #droit_sociaux #non-recours #Caf

  • Les « #gilets_jaunes » du rond-point de Poitiers-Sud toujours là contre « les injustices » - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/090920/les-gilets-jaunes-du-rond-point-de-poitiers-sud-toujours-la-contre-les-inj

    Les voilà de retour pour dire que le poids du monde doit être égalitairement partagé. Le Tour arrive ce mercredi dans la capitale régionale, terme de l’étape 11. Le samedi précédent, ils étaient donc 17 réclamant un autre horizon : « Pour l’augmentation du Smic. Pour le rétablissement de l’ISF. »

    Celui qu’ils ont sous les yeux, si familier qu’ils ont fini par l’occulter, appartient à l’une des familles les plus riches de France, les Mulliez, propriétaire des enseignes Auchan, Flunch, Boulanger, Leroy Merlin. Le prix du litre de gazole chez Auchan est à 1,18 euro.

    #gj

  • LES MÉDIAS OFFICIELS VOUS ENFUMENT, MACRON VEUT NOUS FAIRE PAYER L’ADDITION

    Scandale, Macron annonce 483 millions d’argent public pour la presse.

    Imaginez qu’un milliardaire recrute un journaliste complaisant pour propager son idéologie… et qu’on vous oblige, vous, citoyen ordinaire, à payer le salaire de ce journaliste, à la place du milliardaire ! C’est exactement ce que vient de décider Emmanuel Macron.
    Au moment où des centaines de milliers de salariés et d’indépendants n’ont plus de revenus, Emmanuel Macron a annoncé un plan de 483 millions d’euros supplémentaires à des journaux tenus majoritairement par des milliardaires. Pourtant, la presse n’a pas été frappée de plein fouet par le coronavirus. Au contraire, avec le confinement, la volonté de s’informer n’a jamais été si grande en France.
    Les sites d’informations ont reçu 50% de visites en plus, la plupart des kiosques sont restés ouverts et la poste a continué de fonctionner. Mais c’est bien à la presse qu’Emmanuel Macron va verser un demi-milliard d’euros de plus d’argent public !
Cette somme énorme sera prélevée dans votre porte-monnaie, sur vos impôts. Pire, elle vient s’ajouter aux 840 millions annuels que l’État donne déjà à la presse. Et je ne compte pas les 6 milliards d’euros qui vont directement de votre poche vers les médias publics.

    ON PREND AUX PAUVRES POUR DONNER AUX RICHES

    Les 4 journaux dominants sont tenus par 4 milliardaires Bernard Arnaud (Le Parisien), Patrick Drahi (Libération), Serge Dassault (Le Figaro) et Xavier Niel (Le Monde), et ces journaux se partagent un tiers des aides directes publiques à la presse !
Prenez le cas de Bernard Arnault, qui possède Le Parisien, Les Échos et Challenges. Bernard Arnault est le 4ème homme le plus riche du monde. Il reçoit quand même 15 % de toutes les aides publiques directes à la presse, prélevées sur vos impôts !
Et il n’y a pas que les milliardaires qui possèdent des journaux : il y a aussi les banques, comme le Crédit Mutuel, qui possède la plupart des quotidiens régionaux de l’Est de la France !
    Au total, selon Médiapart, les journaux des milliardaires et des banques se partagent la moitié des aides publiques directes !
« Ce chiffre résume toute la situation de la presse française, prise dans les filets d’un capitalisme opaque qui vit en consanguinité avec l’État : sept milliardaires et une banque empochent à eux seuls 49 % des aides publiques. » 
https://www.mediapart.fr/journal/economie/130218/les-milliardaires-de-la-presse-gaves-d-aides-publiques-et-privees

    BILL GATES, FACEBOOK ET GOOGLE DONNENT DES MILLIONS AUX JOURNAUX OFFICIELS

    En 2019, la Fondation de Bill Gates a donné 2 millions d’euros au journal Le Monde.
Ce n’est pas de la générosité gratuite : l’objectif est manifestement d’acheter la rédaction pour éviter les critiques contre Bill Gates et répandre son idéologie.
Et ce n’est pas tout : avec Bill Gates, il y a aussi Google et Facebook. Selon une enquête de Mediapart appelée « Comment Facebook achète la presse française », le journaliste d’investigation conclut :
« On parle de millions d’euros distribués aux médias hexagonaux par Facebook. »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/011217/comment-facebook-achete-la-presse-francaise
    Mais pourquoi Facebook, une multinationale américaine, donne-t-elle de l’argent aux médias français ? Réponse officielle : pour faire la « chasse aux fausses nouvelles ».
Le problème, c’est que pour Facebook, les « fausses nouvelles » sont celles qui dérangent le système, même si elles sont vraies !
    Mark Zuckerberg, le patron de Facebook l’a déclaré publiquement : Facebook censurera tout message qui prétend que l’hydroxychloroquine du Pr. Raoult est efficace contre la Covid !
Un journaliste de Libération a reconnu l’énormité de la situation, sur France Inter :
« Nous, on travaille pour Facebook, comme un certain nombre de médias en France travaillent pour Facebook. On est rémunéré pour faire le ménage dans les contenus qui circulent ».

    https://www.liberation.fr/checknews/2018/01/08/est-il-vrai-que-facebook-remunere-le-monde-et-liberation-pour-aider-a-tri

    ILS FONT LE MÉNAGE CONTRE TOUTES LES VÉRITÉS QUI DÉPLAISENT AU SYSTÈME

    Et le géant Google a fait exactement la même chose, avec son fonds de 60 millions d’euros pour la presse. Là encore cet argent va majoritairement aux journaux tenus par des hommes d’affaires ou milliardaires, comme Matthieu Pigasse pour les Inrocks et L’Obs (179 000 euros), Arnaud Lagardère pour Paris-Match (130 000 euros) ou encore Patrick Drahi pour L’Express (237 000 euros), Libération et BFM-TV.

    Vous croyez que Google fait cela par générosité ? Pas du tout, c’est pour défendre son idéologie !
    Tout récemment, la patronne de Youtube (filiale de Google) a déclaré qu’elle supprimerait de la plateforme toutes les vidéos qui prétendent que la vitamine C a une efficacité contre la Covid-19. Vous vous rendez compte de cette censure ? Alors qu’il est prouvé scientifiquement que la vitamine C est utile pour renforcer nos défenses immunitaires contre n’importe quel virus !
Clairement, Bill Gates, Facebook et Google financent les journaux pour censurer les traitements qui dérangent les projets de Big Pharma !
Tous ces milliardaires et multinationales forment un petit monde, aux mêmes idées, avec une influence gigantesque sur le pouvoir politique et l’information médiatique !

    MACRON A LE CULOT DE PARLER DE PLURALISME

    Il est clair que les milliards de subventions publiques et privées contribuent à tuer les petits médias indépendants :

    •  Ceux qui ne reçoivent pas la moindre subvention de l’État ;

    •  Et ceux qui ne touchent pas un centime de Facebook, Google ou Bill Gates !

    Alors que ce sont eux, les médias indépendants, qui sont ESSENTIELS à l’information libre, réelle, et pluraliste ! Mais Emmanuel Macron a le culot de dire que son plan a pour but de favoriser le « pluralisme », donc la diversité d’opinion !

    Alors que tous ces médias tiennent le même discours, à peu de choses près, au-delà de nos impôts, c’est la libre circulation des idées et des opinions qui est en jeu !

    Thierry Champion (extraits)

    STOP AU PLAN DE RELANCE DE LA PRESSE !
    Non, je n’accepte pas de renflouer les grands médias officiels, tenus par des milliardaires !

    https://www.stop-au-plan-macron.fr/signature
    --

  • Pour Bayrou, un haut-commissariat sans plan
    4 septembre 2020 Par Romaric Godin | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/040920/pour-bayrou-un-haut-commissariat-sans-plan?onglet=full

    (...) De fait, ce « haut-commissariat au plan » n’a pas grand-chose à voir avec feu le Commissariat général au plan (CGP), créé en 1946 et officiellement dissout en 2006, remplacé par le Centre d’analyse stratégique (CAS), devenu en 2013 France Stratégie. Le CGP disposait, en effet, d’une administration propre et, jusqu’en 1993, était chargé de rédiger un plan quinquennal qui fixait les objectifs de l’action publique en matière économique et sociale.

    La planification façon Macron-Bayrou sera fort différente. D’abord, il n’y aura pas de « haut-commissariat au plan » à proprement parler. Contacté par Mediapart, François Bayrou indique qu’il disposera d’un « cabinet restreint » et qu’on mettra, pour le reste, à sa disposition France Stratégie et « l’ensemble des administrations de l’État ». Autrement dit, c’est avant tout un poste pour une personnalité chargée, en quelques sorte, de revivifier France Stratégie, qui, il est vrai, a un peu disparu des radars ces temps-ci.

    Mais si France Stratégie n’est pas placé directement sous la responsabilité du haut-commissaire et ne redevient pas une véritable administration de planification, c’est pour une raison fort simple : il n’y aura pas de plan. « L’idée n’est pas de construire un plan, mais de sortir de la dictature du court terme pour réintroduire le long terme dans la décision publique et le débat démocratique », explique le candidat malheureux aux élections présidentielles de 2007 et 2012.

    Ce sera donc un haut-commissariat au plan, sans plan. « On a repris le terme de plan parce qu’il est emblématique et qu’il a une grande signification symbolique », reconnaît François Bayrou. Le plan ne sera qu’un mot. Ce sera, comme souvent, une simple vitrine. De même qu’il n’y a pas de vraie relance dans le plan de relance, comme il n’y a pas eu de débat dans le « grand débat ». La communication règne, mais ne gouverne pas. (...)

    #Plan-plan

  • Sur la tentative de boycott de Moi les hommes, je les déteste de Pauline Harmange :
    https://www.mediapart.fr/journal/france/310820/un-livre-feministe-provoque-un-desir-de-censure-au-ministere-de-l-egalite-
    Un livre féministe provoque un désir de censure au ministère de l’égalité femmes-hommes.
    L’essai_Moi les hommes, je les déteste_, de Pauline Harmange, est susceptible de « poursuites pénales », assure Ralph Zurmély. Ce chargé de mission au ministère délégué à l’égalité femmes-hommes menace les éditeurs de saisir la justice si l’ouvrage n’est pas retiré de la vente.
    [...]
    Comme l’a déjà signalé @reka il y a quelque temps ici, le SCUM de Valerie Solanas est en ligne ici : https://infokiosques.net/lire.php?id_article=4

    #féminisme #SCUM #Valérie_Solanas #Pauline_Harmange #censure #livre #machisme #blanc-bec

  • Suite aux censures massives par Facebook de pages et groupes contestataires aux USA
    https://ricochets.cc/Suite-aux-censures-massives-par-Facebook-de-pages-et-groupes-contestataire

    Suite aux censures massives par Facebook de pages et groupes contestataires, les protestations grandissent : Etats-Unis : Facebook censure les pages anarchistes et antifascistes - Des centaines d’auteurs, éditeurs et activistes ripostent - Dès le début du mouvement de révolte qui a suivi la mort de George Floyd, le président Donald Trump a concentré ses accusations et menaces à l’encontre des « anarchistes » et « antifa », responsables, selon lui, des centaines de manifestations et émeutes qui ont éclaté (...) #Les_Articles

    / #Médias_et_expressions

    https://lundi.am/Etats-Unis-Facebook-censure-les-pages-anarchistes-et-antifascistes
    https://www.change.org/p/stand-with-anarchist-publishers-banned-by-facebook
    https://www.mediapart.fr/journal/france/290819/facebook-aneantit-l-audience-d-une-partie-de-la-gauche-radicale?page_artic

  • Pour la rentrée, Jean Castex offre au patronat ce qu’il a demandé - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/260820/pour-la-rentree-jean-castex-offre-au-patronat-ce-qu-il-demande

    Le premier ministre a réservé ses premières annonces au Medef. Baisse de l’impôt de production, prolongement d’assouplissements de normes décidés durant l’état d’urgence, absence de mesures sur l’écologie.

    Une rentrée politique, c’est une mise en scène destinée à donner du sens à un discours et une action. Mercredi 26 août, Jean Castex, le premier ministre, a choisi en toute conscience de s’adresser aux chefs d’entreprise en priorité.

    D’abord, par la magie de la programmation radiophonique, le matin sur France Inter, où il était l’invité de la matinale quelques minutes après Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef. L’après-midi en se rendant à l’ouverture de l’université d’été de l’organisation patronale, intitulée cette année la REF (Renaissance des entreprises françaises).

    Au sein du chic hippodrome de Longchamp, au cœur du bois de Boulogne, où chacun peut se régaler d’une coupe de champagne offerte sur la belle pelouse verte, le premier ministre a longuement, et lentement, présenté sa politique et divulgué quelques éléments du plan de relance. Son dévoilement a été reporté d’une semaine pour cause de rentrée sous la menace d’une reprise active de l’épidémie.

    Dans ce contexte, le gouvernement a d’ailleurs imposé le port du masque dans toutes les entreprises, provoquant l’ire du Medef devant cette annonce « un peu brutale », selon les mots du patron de l’organisation patronale.

    Message reçu à Matignon avec la saisine du Haut Conseil de la santé publique par le ministère du travail pour évaluer les possibles adaptations et la confirmation par Jean Castex lui-même que rien n’est encore figé. « Je crois pouvoir vous dire qu’il y aura la place pour des solutions pragmatiques », a-t-il concédé, s’attirant ainsi quelques applaudissements.

    Tout au long de son discours, ils seront d’ailleurs discrets, jusqu’à l’acmé du propos et la liste de l’ensemble des mesures de relance pour « faire en sorte que l’on retrouve d’ici à la fin du quinquennat le niveau de richesse de 2019 ».

    Et la liste est longue des annonces qui confirment cette politique pro-entreprises caractérisant le mandat d’Emmanuel Macron. Lors de son discours de politique générale, à la mi-juillet, Jean Castex avait d’ailleurs inscrit la sienne dans ce sillon macroniste. « La priorité va donc au soutien assumé à l’offre et au soutien productif. [...] Le plan opérera d’abord par l’offre et l’investissement. »

    Pas d’ambivalence donc devant le Medef : l’essentiel des 100 milliards d’euros ira directement en soutien aux entreprises puisque, selon le premier ministre, la consommation des Français se porte bien et que, visiblement, les inégalités sociales et la pauvreté peuvent attendre. À peine est évoquée la question de la participation pour l’ensemble des salariés « sans obligations nouvelles ». De salaires, jamais il n’est question.

    De la transition écologique non plus. Jean Castex, autopromu champion de l’écologie depuis une tribune intitulée « Tous écologistes ! », n’a pas une seule fois fait allusion à ce qui devait pourtant être la priorité des priorités du gouvernement. Rien sur le réchauffement climatique, rien sur la réduction des gaz à effet de serre, rien sur une probité en matière de transport, rien sur le rôle des entreprises en termes de rénovation thermique des bâtiments. Rien.

    À la plus grande joie intérieure des dirigeants du Medef, dont le président avait auparavant, et comme une ritournelle bien connue, indiqué que « la décroissance n’est pas une option » et évoqué les « problèmes de coûts, les problèmes d’efficacité, les problèmes de normes ». Juste avait-il insisté sur un dialogue nécessaire avec les ONG... Bien peu pour changer la donne.

    En revanche, pour relancer l’économie, tout est bon à prendre aux yeux des patrons réunis, et Jean Castex est venu les bras chargés de cadeaux. Confirmation de la baisse de l’impôt sur le revenu, diminution des impôts de production de 10 milliards d’euros dès le 1er janvier 2021 – tout en restant très flou sur la compensation envers les collectivités territoriales –, et « davantage de simplifications », selon ses mots.

    Concernant cette dernière annonce, il s’est fait plus précis, indiquant que nombre de mesures prises durant l’état d’urgence sanitaire sur le droit du travail et l’urbanisme notamment seront prorogées et même « amplifiées ». Sans surprise, il confirme que le provisoire dure souvent en matière de régression des droits sociaux et de l’environnement. Ce sera donc le cas, par exemple, pour la précarisation des contrats courts qui autorise les employeurs à déroger aux règles habituelles régissant les CDD.

    Quelques minutes auparavant, Geoffroy Roux de Bézieux avait rappelé au bon souvenir du premier ministre la vieille demande du Medef sur le « travailler plus ». « Depuis, j’ai cru entendre certains responsables politiques, et pas des moindres, parler de travailler davantage [...] », s’est-il réjoui.

    Grand promoteur des accords collectifs de performance – qui permettent à des entreprises d’augmenter le temps de travail tout en diminuant les salaires sous prétexte de sauver l’emploi –, Jean Castex a fait un pas en direction du Medef sur ce sujet. Aucune annonce mais une formule : « Pour réussir il n’y a pas de secret, il faut travailler. »

    Il en appelle à l’implication de toutes et tous pour relever le pays par le travail, s’arrogeant même le droit de réécrire la devise nationale en « Liberté, égalité, fraternité, responsabilité ».

    Dans les coursives et à l’abri des tentes des exposants, les participants portent pour un certain nombre de faux panamas, chapeaux élégants distribués gratuitement par l’organisation. On parle affaires et état du monde. Parfois vacances au bord de la mer. Le premier ministre vient d’annoncer que la casse des droits sociaux n’est pas terminée.

    Obscène...

    #patronat #caniches #casse_sociale #capitalisme

  • Dépôt du tribunal de Paris : l’IGPN avait couvert la hiérarchie policière - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/200820/depot-du-tribunal-de-paris-l-igpn-avait-couvert-la-hierarchie-policiere

    Des policiers racistes se sont livrés à des actes de maltraitance pendant plus de deux ans dans les geôles du tribunal de grande instance de Paris, ainsi que l’a révélé StreetPress, sans que leurs supérieurs, pourtant alertés, n’y mettent fin. Mediapart a pu avoir accès à l’enquête administrative rendue en janvier, dans laquelle l’IGPN s’efforce de minimiser les faits, pourtant accablants, et épargne la hiérarchie policière.

  • Antiterrorisme : le Conseil constitutionnel censure les « mesures de sûreté »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/070820/antiterrorisme-le-conseil-constitutionnel-censure-les-mesures-de-surete?xt

    L’essentiel de la loi adoptée par le Parlement le 27 juillet a été déclaré contraire à la Constitution. Pour la majorité LREM, le gouvernement en général et son ministre de la justice en particulier, c’est un désaveu cinglant. Vendredi 7 août, le Conseil constitutionnel a censuré la quasi-totalité de la loi instaurant « des mesures de sûreté pour les infractions terroristes », trois articles sur quatre ayant été déclarés contraires à la Constitution. Ce texte, émanant du groupe LREM de l’Assemblée et (...)

    #anti-terrorisme #législation #Islam #prison #surveillance #ConseilConstitutionnel-FR

  • Le maire (LR) de Tarbes, Gérard Trémège condamné à une amende de 35 000 euros pour travail dissimulé
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/hautes-pyrenees/tarbes/maire-lr-tarbes-gerard-tremege-condamne-amende-35-000-e
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/image/y6hqWrTCxMcQSVNe7kLIECd0eHo/930x620/regions/2020/06/09/5edf701457d3e_maxnewsworldthree722863-4003615.jpg

    Le maire (LR) de Tarbes a été jugé le 9 juin dernier. Lors de l’audience, le procureur de la République a requis une amende de 45 000 euros à l’encontre de Gérard Trémège. Après quasiment 2 mois de mise en délibéré, l’élu est finalement condamné à une amende d’un montant de 35 000 euros.

    Gérard Trémège était accusé de ’travail dissimulé" dans le cadre de son activité professionnelle de commissaire aux comptes. Il était reproché au 1er magistrat de la ville de Tarbes de ne pas s’être acquitté de ses cotisations sociales entre le 1er janvier 2010 et le 31 décembre 2012. Le montant du préjudice, pour les caisses de l’Urssaf, était évalué à 80 000 euros.

    Pour sa défense, l’avocat de Gérard Trémège a plaidé « la négligence » et la maladresse. Ces arguments n’ont visiblement pas convaincu la présidente du tribunal.

    Contacté par France 3 Occitanie, Gérard Trémège n’a pas souhaité s’exprimer.

    et à @mediapart il leur a dit d’aller se faire voir.
    https://www.mediapart.fr/journal/france/060820/le-maire-lr-de-tarbes-condamne-pour-travail-dissimule

    Gérard Trémège (Les Républicains) a été condamné à une lourde amende pour ne pas avoir payé les cotisations sociales liées à son activité de commissaire aux comptes. « Allez vous faire voir ! », réagit-il auprès de Mediapart.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rard_Tr%C3%A9m%C3%A8ge
    #crapule

  • A Nice, Estrosi profite du Covid-19 pour étendre son contrôle sur la population
    https://www.mediapart.fr/journal/france/050820/nice-estrosi-profite-du-covid-19-pour-etendre-son-controle-sur-la-populati

    Un arrêté municipal contraint au port du masque dans les rues du centre-ville de Nice, sous peine d’une amende de 35 euros. Le tribunal administratif a rejeté la requête d’un citoyen qui contestait sa légalité. Nice (Alpes-Maritimes).– Depuis lundi 3 août, la ville de Nice oblige les piétons à porter le masque, en plein air, dans toutes les rues du centre-ville, entre 10 heures et une heure du matin. Plusieurs haut-parleurs, installés sur les caméras de vidéosurveillance des grandes places et des (...)

    #CCTV #vidéo-surveillance #COVID-19 #masque #santé #surveillance

    ##santé

  • La sauvagerie politique de Gérald Darmanin - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/290720/la-sauvagerie-politique-de-gerald-darmanin

    Dernier avatar d’une dérive commencée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin est désormais le nouveau symbole d’une politique sauvage. D’une politique qui ne s’autorise que d’elle-même, s’émancipant des règles communes. D’une politique aventurière, violente et grossière. D’une politique sans autre boussole que le pouvoir, l’abus qu’il permet, le profit qu’on en tire, la protection qu’il confère. D’une politique sortie de ses gonds à la faveur de la panique grandissante d’une classe dirigeante ayant fait sécession, indifférente au sort collectif, arc-boutée sur ses avantages, aveugle aux sursauts du monde.

    alors que la catastrophe sociale, économique, écologique, etc., est déjà en cours, ce pouvoir voudrait continuer comme avant, en ne changeant (presque) rien à sa politique au service d’intérêts sociaux minoritaires.

    Dès lors, il lui faut faire diversion, en montant la société contre elle-même, en la divisant, en l’hystérisant, en la brutalisant. C’est la fonction du nouveau mantra présidentiel dont Gérald Darmanin se veut l’empressé propagandiste, cette déclaration de guerre au « séparatisme » (lire l’article d’Ellen Salvi). Sont ainsi amalgamées comme une nouvelle Anti-France, symboliquement décrétées en dehors de la communauté nationale, toutes les dissidences où s’exprime, s’invente et se renouvelle la politique comme émancipation, à partir des sursauts venus du mouvement propre de la société, de ses luttes autonomes et de ses résistances spontanées.

    Le mouvement #MeToo marque un nouvel âge du féminisme, ébranlant dans le monde entier la domination masculine ? On nommera au ministère de l’intérieur un homme politique qui ne nie pas avoir eu des relations sexuelles avec deux femmes venues lui demander d’user de son pouvoir pour les aider (pour obtenir un logement et dans un dossier judiciaire).

    La lutte contre la corruption et pour la moralisation de la vie publique est décisive afin de reconquérir la confiance d’un peuple qui déserte les urnes ? On nommera au ministère de l’intérieur un fidèle de Nicolas Sarkozy, lequel s’est empressé de le faire savoir sur TF1 : « Gérald est un ami, j’ai pu compter sur sa fidélité et sa solidité. » Or il s’agit de l’ancien président le plus cerné par la justice de toute notre histoire républicaine, multi-mis en examen sous les chefs les plus accablants, déjà renvoyé devant les tribunaux dans deux dossiers (Bismuth et Bygmalion) et personnage central de l’énorme scandale des financements libyens.

    La dénonciation des violences policières visant des populations à raison de leur couleur de peau et de leur condition sociale, discriminées et opprimées, est devenue universelle, soulevant notamment les jeunesses nord-américaine et française ? On nommera au ministère de l’intérieur un politicien qui en nie jusqu’à l’existence – « Quand j’entends le mot violences policières, personnellement, je m’étouffe » –, alors même que se multiplient les révélations sur des unités de police à la dérive, violentes, xénophobes, racistes, infiltrées par l’extrême droite, corrompues parfois.

    Les fautes d’aujourd’hui peuvent faire les crimes de demain. Il n’y a pas de frontière étanche entre une République et un régime autoritaire si celle-ci déserte ses règles démocratiques, ses solidarités sociales et ses exigences éthiques. Si l’histoire n’est jamais écrite par avance, l’indifférence aux violences faites aux femmes comme l’encouragement des violences policières, sans oublier la déclaration de guerre à une société décrétée ensauvagée, ne cessent d’ouvrir grand la porte par laquelle la catastrophe s’installera à demeure.

  • Un policier condamné pour violence contre un mineur malien qui se réfugiait en France

    Deux agents de la #police_aux_frontières ont été condamnés à Gap, jeudi, pour « #violence » et « #soustraction_de_fonds ». « Dans un contexte de déni des violences policières par le pouvoir politique […], cette décision est un signal de justice fort », réagit l’avocat du mineur victime.

    Deux agents de la police aux frontières (PAF) ont été condamnés, jeudi 30 juillet, par le tribunal correctionnel de Gap, à de la prison avec sursis pour des faits de « violence commis par une personne dépositaire de l’autorité publique » pour l’un, pour « usage de faux en écriture publique » et « soustraction de biens d’un dépôt public » pour l’autre.

    Les faits remontent à 2018, à une époque où ils étaient basés au poste de Montgenèvre (Hautes-Alpes), au niveau d’un col qu’empruntent de nombreux exilés pour franchir la frontière qui sépare l’Italie de la France. Le premier, un gardien de la paix, est condamné à deux ans de prison avec sursis, 1 000 euros d’amende, et une interdiction d’exercer toute fonction publique pendant cinq ans, pour avoir frappé un mineur malien, Moussa*, qui venait juste d’être refoulé et se plaignait d’un vol d’argent à la PAF. Il devra également verser 900 euros de dommages et intérêts à l’adolescent.

    Le second, un ancien adjoint de sécurité, écope de 18 mois de prison avec sursis, 1 000 euros d’amende et une interdiction d’exercer toute fonction publique pendant cinq ans, pour avoir gardé l’argent d’une contravention après l’avoir annulée, sans explication claire.

    « Cette décision intervient dans un contexte de déni des violences policières par le pouvoir politique et rappelle que nul ne doit échapper à la loi, réagit l’avocat de Moussa*, Me Vincent Brengarth, auprès de Mediapart. Elle est un signal de justice fort à l’adresse des victimes. »

    Nous republions ci-dessous le compte-rendu du procès, qui s’est tenu il y a un mois.

    Gap (Hautes-Alpes).– L’audience était très attendue. Jeudi 2 juillet, deux agents de la police aux frontières (PAF) étaient renvoyés devant le tribunal correctionnel de Gap pour des délits commis au col de Montgenèvre, où des migrants tentent presque tous les jours de rallier Briançon : un gardien de la paix, âgé de 51 ans, était jugé pour des « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique » sur un adolescent malien passé en France à l’été 2018, Moussa* ; le second, un adjoint de sécurité dont le contrat n’a pas été renouvelé en 2020, était poursuivi pour « usage de faux » et « soustraction de biens d’un dépôt public », en l’occurrence 90 euros.

    Après cinq longues heures d’audience, le procureur de la République de Gap, Florent Crouhy, a requis à leur encontre respectivement deux ans et 18 mois de prison avec sursis, ainsi que l’interdiction d’exercer une fonction publique pendant cinq ans.

    Au départ, les soupçons d’abus commis à la PAF de Montgenèvre étaient bien plus larges. Depuis des années, non seulement des associations signalaient des récits de violences et de vols commis aux dépens de migrants, mais un réserviste de la PAF avait, lui aussi, tiré la sonnette d’alarme. En janvier 2019, enfin, un rapport du directeur départemental de la police aux frontières remis au procureur de Gap a pointé une série de dysfonctionnements liés à l’interpellation de migrants, dont l’argent disparaissait, ainsi qu’au contrôle d’automobilistes et au détournement de l’argent de contraventions. « À plusieurs reprises, peut-on y lire, des migrants auraient indiqué qu’il leur manquait de l’argent lors de notifications de refus d’entrée [en France – ndlr]. » Or, à chaque fois, « le gardien de la paix et l’adjoint de sécurité [jugés jeudi – ndlr] étaient présents lors des interpellations ou des notifications ».

    En janvier 2019, une enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) était diligentée, qui s’est vite resserrée autour de l’histoire de Moussa, interpellé une nuit d’août 2018 lors d’une tentative de passage en France et renvoyé aussi sec en Italie, alors qu’il avait 15 ans, qu’il était isolé et que la France avait obligation de l’accueillir.

    Recroisant deux policiers sur sa route cette nuit-là, Moussa s’était plaint du vol de son argent à la PAF et avait eu le réflexe d’enregistrer la conversation. Diffusé à l’audience, cet échange de cinq minutes permet d’entendre des menaces, puis des bruits de coups : « T’accuses la police de vol, ce soir t’es en garde à vue et demain t’es dans un avion, hein ? […] Et c’est Tripoli-Paris ! » « T’arrêtes de nous traiter de voleurs parce que je t’en colle une, hein ? Moi je te dérouille ! » Ou encore : « Tu me traites encore une fois de voleur et je te jette là-dedans [un trou – ndlr]. T’as compris ? » Identifiés par l’IGPN, ce sont ces deux policiers qui étaient jugés jeudi.

    Avant que ne débute l’audience, Moussa échangeait encore avec Agnès Antoine, en terrasse d’un café, une militante des droits des étrangers, bénévole de l’association Tous migrants et de l’Anafé (Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers), qui a été l’une des premières à le rencontrer après sa traversée réussie en France.

    « Je l’ai accueilli chez moi après qu’il est passé par le refuge solidaire de Briançon », confie celle qui participe également aux maraudes organisées pour venir en aide aux exilés sur la frontière, avec des élus parfois, pour contrôler les pratiques de la PAF. Elle se souvient d’un jeune homme « traumatisé », se plaignant de douleurs au ventre et au bas du dos résultant des coups reçus. « Il était incapable de comprendre comment la police française pouvait faire une chose pareille. »

    Le jeune homme a quitté le Mali, son pays d’origine, fin 2017, dans l’espoir « d’une vie meilleure ». « J’ai mis sept mois à rejoindre l’Europe. Avec un ami majeur, on a tenté plusieurs fois de passer la frontière à Montgenèvre, jusqu’à cette fameuse nuit », confie Moussa, qui assure que cinq autres migrants les accompagnaient.

    À sa première « rencontre » avec les policiers de la PAF, il n’a pas voulu fuir. « Ils nous ont interpellés et ramenés au poste, où ils nous ont demandé nos papiers. J’ai donné un acte de naissance prouvant que j’étais né en 2002. » Mais la police n’en tient pas compte, évoque une date de naissance « incohérente », selon la notification de refus d’entrée signée par un brigadier à minuit ce 4 août. Lui et son ami sont ramenés à la frontière après avoir été fouillés et contrôlés. La loi est pourtant claire : un étranger mineur « ne peut faire l’objet d’une mesure d’expulsion ».

    Mais arrivés sur place, Moussa et le second migrant découvrent qu’il leur manque de l’argent. « J’avais 600 euros et mon ami 200 euros. L’argent avait disparu de nos portefeuilles alors qu’on l’avait avant d’arriver au poste. »Il décide de retourner à la PAF de Montgenèvre et tombe sur deux policiers, qu’il dit reconnaître, le gardien de la paix et de l’adjoint de sécurité. « J’ai enregistré pour avoir une preuve de tout ça, car je sentais que ce n’était pas clair. Cet argent, je l’avais économisé en travaillant dans les marchés en Italie, je le gardais pour pouvoir manger et dormir. » En plus des menaces verbales, le policier lui aurait asséné des coups de poing et de pied.

    Si Moussa ne tarde pas à raconter sa mauvaise rencontre avec les forces de l’ordre à Agnès et à lui faire écouter l’enregistrement, celle-ci ne lui conseille pas de porter plainte dans l’immédiat. « On se méfiait même de la justice… On craignait que la reconnaissance de sa minorité lui soit refusée s’il y avait une plainte. » Reconnu mineur et pris en charge par le conseil départemental, comme le veut la règle pour tous les mineurs étrangers non accompagnés (MNA dans le jargon), Moussa a finalement déposé plainte en mars 2019.

    Au tribunal, jeudi, il joue nerveusement avec ses doigts. À la barre, la présidente appelle le gardien de la paix, résume les faits, puis hausse le ton :

    « Il vous dit que son argent a disparu et vous me dites que vous entendiez ça très souvent dans le discours des migrants à cette époque. Vous auriez pu lui laisser le bénéfice du doute ! »

    – Ça n’arrivait pas qu’à Montgenèvre, rétorque le gardien de la paix en référence aux vols.

    – Vous vous enfoncez, Monsieur. […] Vous appelez ça discuter, vous ?

    – J’étais exaspéré, c’était très tendu avec le problème migratoire. […] J’ai eu des phrases malheureuses, ce n’était pas malin. »

    Concernant les coups, à l’écoute de l’enregistrement, le gardien de la paix affirme avoir repoussé le migrant vers un panneau métallique. Il reconnaît toutefois ne pas s’être senti menacé par les exilés à ce moment-là. « On entend clairement plusieurs coups », contredit la juge, qui cherche à savoir « dans quel cadre procédural » se situe alors l’agent. « Logiquement, vous auriez dû les ramener à nouveau au poste pour suivre la procédure. De quel droit estimez-vous que c’est inutile ? D’aucun ! Vous êtes un exécutant, c’est illégal de prendre ce genre d’initiatives. »

    Selon Me Vincent Brengarth, conseil de Moussa, cette affaire démontre « le caractère indispensable des vidéos pour qu’il y ait justice ». « La question des violences policières sur les migrants est exploitée de façon assez secondaire, alors qu’elle a un caractère tout aussi systémique, plaide l’avocat. Elles sont exercées à l’encontre de personnes vulnérabilisées et ce ne sont pas des cas isolés. » Me Brengarth rappelle le rapport du Défenseur des droits ou celui de la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’homme), avant de dénoncer un « tandem » spécialisé dans la répétition de ces comportements.

    Devant le tribunal, l’ex-adjoint de sécurité n’est toutefois poursuivi que pour des faits sans rapport avec les exilés, simplement pour avoir gardé l’argent d’une contravention après l’avoir annulée, sans explication claire. « Vous dites d’abord avoir rempli la quittance sans prendre l’argent, puis vous évoquez une erreur de remplissage, insiste la juge. Vous avez paniqué ? Vous êtes un élève de maternelle ou un professionnel de la police ? » « Vous faites vraiment n’importe quoi dans cette brigade ! Plus on ment, plus on s’enfonce », assène-t-elle, sans être convaincue.

    Pour l’avocat du prévenu, le dossier aura eu « le mérite » de révéler les défaillances du commandement de la brigade et de la PAF au moment des faits. « Il ne faut pas que le ministère public et la partie civile fassent l’amalgame entre les violences dont est accusé le gardien de la paix et les autres faits qui concernent mon client. »

    « Tout ce qui compte pour moi, c’est qu’on me rende mon argent et que ça ne se reproduise plus avec d’autres », insiste Moussa, fier aujourd’hui de voir que sa situation se débloque en France. Cette année, il s’est inscrit dans un centre de formation et d’apprentissage (CFA) en Auvergne-Rhône-Alpes. Il passe en deuxième année et s’apprête à fêter ses 18 ans.

    « Il est apprenti cuisinier dans un restaurant et ça se passe très bien, précise le travailleur social qui l’accompagne depuis janvier 2019 pour l’association PlurielS. Il a son récépissé et devrait obtenir son titre de séjour travailleur temporaire dès septembre prochain. »

    Dans un rapport intitulé Persona non grata et publié en février 2019, l’Anafé dénonçait les pressions, violences policières et vols dont faisaient l’objet des personnes exilées. « On est rassurés que la justice se soit saisie de cette situation aujourd’hui car la question est d’autant plus grave quand les violences sont commises par les forces de l’ordre », note Laure Palun, directrice de l’association, qui relève que l’interdiction d’exercer peut avoir un effet dissuasif, en plus de la prison avec sursis. « S’ils sont condamnés, j’espère que cela empêchera d’autres policiers d’avoir des comportements similaires, que ce soit à Montgenèvre, Menton, ou toute autre frontière ou zone d’attente française. » Réponse le 30 juillet.

    https://soundcloud.com/mediapartpodcast/policier-de-la-paf-taccuses-la-police-de-vol-demain-tes-dans-un-avion-paris-tripoli/s-ZLMnohIShj6

    https://www.mediapart.fr/journal/france/300720/un-policier-condamne-pour-violence-contre-un-mineur-malien-qui-se-refugiai

    #France #condamnation #justice #police #violences_policières #PAF #frontières #migrations #Alpes #asile #réfugiés #Montgenèvre #frontière_sud-alpine #montagne #Italie

    #cartographie #carte #visualisation

  • Vidéosurveillance et intelligence artificielle : le grand flou de la RATP
    https://www.mediapart.fr/journal/france/280720/videosurveillance-et-intelligence-artificielle-le-grand-flou-de-la-ratp

    Intéressée par la « vidéosurveillance automatisée », la régie publique multiplie les expérimentations avec des partenaires privés. Dernier en date : un laboratoire d’intelligence artificielle à la station Châtelet-Les Halles, sur lequel règne une grande opacité. Faute de réponses de la RATP, Mediapart a décidé de saisir la Cada pour faire respecter le droit de savoir des usagers. Elles ne scruteront plus les passants. Installées début mai à la station de métro et de RER Châtelet-Les Halles, à Paris, dans (...)

    #Axone #Datakalab #RATP #Thalès #algorithme #CCTV #biométrie #facial #reconnaissance #vidéo-surveillance #[fr]Règlement_Général_sur_la_Protection_des_Données_(RGPD)[en]General_Data_Protection_Regulation_(GDPR)[nl]General_Data_Protection_Regulation_(GDPR) #masque #surveillance (...)

    ##[fr]Règlement_Général_sur_la_Protection_des_Données__RGPD_[en]General_Data_Protection_Regulation__GDPR_[nl]General_Data_Protection_Regulation__GDPR_ ##_ ##CNIL ##LaQuadratureduNet ##LDH-France ##Hypervision3D ##SmartCity ##Huawei ##comportement ##Deepomatic

  • Pas touche à Christophe Girard ou l’image violente d’une défense de classe - regards.fr
    http://www.regards.fr/politique/article/pas-touche-a-christophe-girard-ou-l-image-violente-d-une-defense-de-classe

    Raphaëlle Rémy-Leleu et Alice Coffin, élues écologistes au Conseil de Paris, ont dénoncé le choix de Christophe Girard au poste d’adjoint à la culture. Celui-ci a démissionné jeudi mais Anne Hidalgo et l’exécutif parisien n’ont pas voulu en rester là…

    • force est de constater qu’il existe un parallèle entre la bronca de l’exécutif parisien qui a suivi démission de Christophe Girard et la défense organisée des activités pédophiles de Gabriel Matzneff : dans les deux cas, c’est la perpétuation de mécanismes de défense de classe qui est au cœur du problème. L’élite culturelle parisienne avait défendu Gabriel Matzneff comme aujourd’hui l’élite politique tout aussi parisienne défend Christophe Girard. Les intérêts de la nation ou de la lutte des classes ne sont plus au centre de la bataille politique, même à gauche : on défend son camp, comme dirait le préfet Didier Lallement. Point barre

    • pas faux, même si j’ai tendance à penser que la culture du viol c’est aussi ça qui se rebiffe devant nous ou plutôt le bon vieux déni derrière lequel se cache la culture du viol (parce que le mec qui se fait dédicacer des livres par matzneff, belle carrière ou pas, engagement pour la culture ou pas, le mec mérite (au moins) quelques soupçons). Et c’est ça, ce déni, qu’on prend dans la gueule, chaque jours tous les jours, à paris comme ailleurs, chez les bourges comme chez les proles, c’est ça, pour moi, qui est à l’oeuvre, plus que la grille de lecture « une classe qui se défend ». Tout le monde chie dans son froc d’affronter vraiment le sheitan qui les habite.

    • Derrière la démission de Christophe Girard, des repas avec Matzneff payés par la Ville, MARINE TURCHI
      https://www.mediapart.fr/journal/france/270720/derriere-la-demission-de-christophe-girard-des-repas-avec-matzneff-payes-p

      Contrairement à ce qu’ont mis en avant Christophe Girard et la mairie de Paris, l’adjoint à la culture n’a pas démissionné seulement à cause de la manifestation, jeudi 23 juillet, de militantes féministes et d’élu·e·s écologistes. Selon nos informations, les services de la Ville de Paris ont découvert, mercredi puis jeudi dernier, trois notes de frais de repas entre l’élu et l’écrivain Gabriel Matzneff, réglés par la Ville.

      L’une datée du 12 février 2019, portant sur un déjeuner au restaurant le Taxi jaune, pour un montant de 85 euros, que Christophe Girard a fait défrayer en tant qu’adjoint à la culture de la Ville de Paris. Les deux autres remontent à 2016 (un dîner) et 2017 (un déjeuner), lorsqu’il était maire du IVe arrondissement de Paris.

      Selon nos informations, Anne Hidalgo a transmis la première de ces notes au parquet de Paris, via son conseiller juridique. Cet élément a été versé à l’enquête préliminaire en cours pour « viols commis sur mineurs » visant Gabriel Matzneff. Christophe Girard avait été entendu comme témoin dans cette procédure, en mars. L’élu a en effet côtoyé l’écrivain dès les années 1980, lorsqu’il était le proche collaborateur du couturier Yves Saint Laurent. C’est par son entremise que les factures de l’hôtel de Gabriel Matzneff avaient été réglées à l’époque par la société Yves-Saint-Laurent (lire notre enquête).

      Gabriel Matzneff, en février 2019, à la librairie « Les Cahiers de Colette » à Paris (IVe), avec à sa gauche Guillaume de Sardes et à sa droite Christophe Girard (Matzneff a en main le roman historique « Perdre la paix. Keynes 1919 » publié en 2015 par Christophe Girard chez l’éditeur suisse Hélice Hélas). © DR
      Gabriel Matzneff, en février 2019, à la librairie « Les Cahiers de Colette » à Paris (IVe), avec à sa gauche Guillaume de Sardes et à sa droite Christophe Girard (Matzneff a en main le roman historique « Perdre la paix. Keynes 1919 » publié en 2015 par Christophe Girard chez l’éditeur suisse Hélice Hélas). © DR
      Le premier repas, celui de 2019, a été justifié par Christophe Girard auprès des services de la Ville comme un déjeuner dans le cadre de la journée écriture-manuscrit, organisée par la Ville trois mois plus tard, le 15 mai 2019. Les deux autres ont été réglés sur son enveloppe de frais de représentation, pour lequel l’élu bénéficie d’une plus grande autonomie, mais qui fait l’objet d’une déclaration annuelle à la mairie centrale.
      Selon nos informations, la maire de Paris a eu connaissance de la première note de frais mercredi soir 22 juillet, après qu’un agent du bureau de l’appui aux élus – chargé de rembourser les frais – a pris l’initiative de faire une recherche, suite à la résurgence médiatique de l’affaire Matzneff et des demandes de démission de Christophe Girard par le groupe écologiste au conseil de Paris. L’exécutif de la mairie n’avait en effet opéré aucune vérification ou enquête administrative.

      Cette note de frais a été transmise au cabinet d’Anne Hidalgo. Puis le directeur de cabinet de la maire, Frédéric Lenica, et le premier adjoint, Emmanuel Grégoire, ont demandé aux services administratifs de la mairie d’effectuer une vérification plus large.

      Il n’a pas été demandé explicitement à Christophe Girard de démissionner. Mais jeudi, en début d’après-midi, Frédéric Lenica puis Emmanuel Grégoire se sont tour à tour entretenus avec l’élu, en lui expliquant qu’il mettait l’exécutif dans une situation intenable, selon nos informations. « Je les ai vus dans mon bureau pour leur lire le communiqué écrit par moi-même, mon conjoint, mes fils aînés et mon avocate », assure de son côté Christophe Girard.

      Puis deux autres notes de frais ont été découvertes, jeudi en fin d’après-midi – celles datées de 2016 et 2017. Vers 18 heures, l’élu a annoncé sa démission à l’Agence France-Presse.

  • Décès de Cédric Chouviat : des mensonges de policiers couverts par leur hiérarchie - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/210720/deces-de-cedric-chouviat-des-mensonges-de-policiers-couverts-par-leur-hier

    Les derniers éléments de l’enquête sur le décès de Cédric Chouviat que Mediapart et Libération ont pu consulter révèlent non seulement la responsabilité des quatre policiers mais également celle de leurs collègues et de leur hiérarchie intervenus à la suite de l’interpellation.

    #violences_policières #justice #mensonge