Critique radicale de la valeur

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  • Mieux répartir temporairement les richesses issues du productivisme, ou en finir durablement avec le capitalisme, les inégalités et désastres structurels ?
    https://ricochets.cc/Mieux-repartir-temporairement-les-richesses-issues-du-productivisme-ou-en-

    La « création de richesses » est le mantra du productivisme et du capitalisme, il est repris partout. Tout le monde ou presque veut « créer des richesses », des marchandises, des emplois, des infrastructures... Ensuite, les gauches et d’autres veulent « mieux » répartir « les richesses », c’est à dire réduire les inégalités sociales en ponctionnant davantage les plus riches, en donnant plus de pouvoir sur les moyens de production aux travailleurs, en rééquilibrant le rapport capital/travail en faveur des (...) #Les_Articles

    / #Le_monde_de_L'Economie, #Résistances_au_capitalisme_et_à_la_civilisation_industrielle

    http://www.palim-psao.fr/2018/03/marx-ou-keynes-l-amenagement-du-capitalisme-n-est-plus-d-epoque.html
    http://www.palim-psao.fr/2022/07/plus-vert-tu-meurs-clivage-du-moi-traitement-de-la-contradiction-et-farce

  • Il n’y a aucune solution à la crise énergétique – GRUNDRISSE
    https://grundrissedotblog.wordpress.com/2022/06/15/il-ny-a-aucune-solution-a-la-crise-energetique%ef%bf%bc

    Je commence par la fin et je donne déjà la conclusion en disant qu’il n’y a aucune solution à la crise énergétique, même pas une « toute petite solution ». Si une société post-capitaliste émancipée advenait, alors elle cesserait de se préoccuper du problème énergétique ; elle n’irait pas le résoudre en étant « plus rationnelle » et « plus efficiente » avec l’énergie. Une société qui met la rareté à son principe — comme le fait le mode de production capitaliste — s’accule elle-même à devoir toujours plus rationner sa consommation d’énergie, parce qu’elle se rapproche d’une limite absolue. Elle se condamne à s’enfoncer dans une gestion totalitaire des ressources, dans des guerres de sécurisation, dans des crises socio-économiques d’impact croissant… Mais c’est une limite qui fait partie des principes fondateurs de cette société et non de la nature.

    #crise_énergétique #capitalisme #critique_de_la_valeur #Sandrine_Aumercier

  • Réponse de Sandrine Aumercier à Bertrand Louart à propos de « Le Mur énergétique du capital »
    http://www.palim-psao.fr/2022/07/reponse-de-sandrine-aumercier-a-bertrand-louart-a-propos-de-le-mur-energe

    Or la notion de « réappropriation » est à mon sens problématique. Elle suppose certes une expropriation à faire cesser, mais elle suppose aussi quelque chose d´intact à récupérer. Il y a une sorte d´idéalisation de quelque chose qui serait authentique (le bon travail, le bon outil, le bon usage, les bons savoirs, les bonnes gens, etc.) et qui aurait été perverti par la société. Dans cette vision, le mal c´est toujours les autres. Ça ne tient pas la route, nous sommes de part en part formés par la société de marchandise, même quand nous la critiquons et c´est pourquoi la critique ne peut être qu´immanente sans pour autant céder sur la pointe (Robert Kurz insiste là-dessus à juste raison). Je déments qu´il soit possible d´opérer un inventaire des technologies dans la perspective d´un dépassement du capitalisme et je conteste aussi qu´il soit possible de parvenir sur ce point à un accord « démocratique ». Il pourrait certainement subsister des trucs épars et des connaissances avec lesquels une société post-capitaliste pourrait bricoler quelque chose de nouveau. Je ne pense pas que cela ressemblerait un tant soit peu à ce à ce que nous connaissons aujourd´hui. Mais je ne pense pas que ce serait l´affaire d´un choix éclairé et concerté, ou bien ce serait (une fois de plus) un choix effectué sur la base d´une expertise élitiste et déconnectée, une nouvelle dépossession.

    […]

    Votre défense d´un outil simple et robuste nécessitant une sorte d´industrie de proximité me semble faire l´impasse sur l´intégralité de l´infrastructure et le problème sous-jacent et insoluble de l´énergie. Il ne faudrait pas trop idéaliser notre propre activité, sous le capitalisme tout est contaminé ! Ne me faites pas croire que votre petit panneau solaire va sauver le monde. Lorsqu´on met un seul doigt dans l´engrenage, on est foutu. Pour fabriquer une petite machine, il faut une autre machine, pour fabriquer cette autre machine il faut des matériaux géographiquement dispersés ; pour les extraire et les transformer, encore d´autres machines ; pour les distribuer, il faut des transports motorisés, pour faire tourner le tout il faut des quantités phénoménales d´énergie, nécessitant elle-même des infrastructures voraces, etc. Je n´ai quand même pas besoin de vous faire des dessins. Il est impossible d´en découper un petit morceau. Une petite machine, dans ce contexte, ÇA N´EXISTE PAS. C´est une espèce de projection faussement rassurante permise par notre habitude de penser d´une manière préformée par l´individualisme méthodologique, qui isole mentalement la gentille petite machine qu´on a sous la main et la pare de toutes les vertus que détruit le grand méchant système. Vous contournez cette objection en vous accrochant à votre outil convivial, mais je ne crois pas que ce soit tenable sans une bonne dose de subjectivisme égocentrique, qui fonctionne sur le principe : « Parce que moi je suis raisonnable et je connais les bonnes limites, tout le monde n´a qu´à être comme moi et tout ira bien. » Je ne vois pas ce qui permet de penser qu´on est plus raisonnable et éclairé que la moyenne ni que tout le monde doit suivre le même raisonnement que soi. En tout cas, je fais tous les jours l´expérience du contraire. Personne n´est capable de dire, une fois le doigt mis dans l´engrenage industriel et capitaliste, où doit se situer la « bonne limite ». Il y aura toujours quelqu´un pour dire que si on a déjà cette petite machine, là, il nous faut aussi cette autre petite machine, qui est très utile aussi, etc. On pourra s´écharper là-dessus jusqu´à la fin des temps.

    […]

    Et comme déjà dit, je conteste radicalement qu´il soit possible d´obtenir un accord démocratique là-dessus. Il y a là-dedans un fond d´autoritarisme habillé de beaux principes purement idéaux, qui prétend que si seulement tout le monde pouvait participer à la décision, alors le monde irait mieux. Je n´y crois pas. Je ne peux pas décider quelque chose de sensé concernant des produits, des matériaux, des flux, des activités qui dépassent mon horizon et avec lesquels je n´ai qu´un rapport instrumental. Je suis toutefois d´accord avec vous sur le fait que le « marxisme » traditionnel et productiviste s´est fourvoyé sur ce point et c´est bien pour cela et quelques autres raisons que je m´en suis éloignée pendant très longtemps, après avoir fréquenté justement des « marxistes » tels que vous semblez les détester autant que moi. Néanmoins, j´ai persisté pendant toutes ces années à me poser la question posée plus haut : pourquoi dans la modernité, et elle seule, on est condamné à une illimitation de principe, un tonneau percé, et pourquoi toute considération de limite est forcément vaine et réactionnaire ? Eh bien, sur cette question, je dois dire qu´aucune des réponses apportées par les différents moralistes de service, y compris les anti-industriels, ne m´a convaincue. Ils ne font que dénoncer, dénoncer, dénoncer. C´est la spécialité de PMO par exemple. Mais on ne dit jamais rigoureusement pourquoi et comment les choses fonctionnent ainsi. C´est une sorte de vision vaseuse du « capitalisme » : un peu de domination, un peu d´exploitation et un peu de mégalomanie, et ça nous donne le « capitalisme ». Cette approche est incapable d´expliquer de quoi on parle en fait. Et là je dois dire que revenir à Marx et à son interprétation par la Wertkritik a en effet été pour moi le moyen de répondre enfin à certaines questions restées en suspens, ce qui ne veut pas dire qu´on a réponse à tout.

    #Sandrine_Aumercier #débat #énergie #système_industriel #capitalisme #critique_techno #anti-industriel

    • Louard ne semble pas du tout avoir envie de comprendre ce qu’est un rapport social quand il écrit :

      « C’est bien plutôt le rapport social qui constitue le critère ultime d’une critique de la technologie et du dépassement pratique » (p. 289).

      Or, dès 1934, on avait déjà abouti à cette conclusion :

      « Il s’agirait donc de séparer, dans la civilisation actuelle, ce qui appartient de droit à l’homme considéré comme individu et ce qui est de nature à fournir des armes contre lui à la collectivité, tout en cherchant les moyens de développer les premiers éléments au détriment des seconds. »

      Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, 1934.

      Là c’est le grand écart ^^

      De son côté, Aumercier n’a pas tellement envie de penser le dépassement du capitalisme à partir des résistances contre lui, fidèle en cela à la doxa de la critique de la valeur allemande.

      Un article de la revue Stoff sur la critique de la valeur en faisait l’analyse :

      https://www.stoff.fr/au-fil/substance-capital-lutte-classes2

      Un extrait :

      La WK [WertKritik = critique de la valeur] a correctement repéré certaines limites des luttes pâtissières (superficielles et « tronquées », politiciennes, modernisantes), cependant elle érige ces limites en un absolu, comme si elles n’étaient pas soumises elles aussi au procès contradictoire qui nous emporte tous vers la brutalisation des rapports sociaux. Elle les érige en absolu parce qu’elle-même croit détenir la bonne théorie et qu’elle s’imagine que toutes les luttes devraient suivre la bonne théorie, alors qu’en réalité l’écrasante majorité des luttes se moque comme d’une guigne de la théorie, des catégories, des concepts, et ne se comprend que dans la situation spécifique qui voit naître ces luttes. C’est ainsi que le théoricien critique de la valeur voit partout de la « critique tronquée » et ne voit jamais en revanche que cela le conduit à une posture surplombante et idéaliste. Subrepticement, à la lumière de la critique catégorielle, les défaites d’un jour deviennent les défaites de toujours.

      Il faut concéder à la WK que dans une certaine mesure, toute lutte s’inscrit au départ dans un cadre où se rejoue le face à face prolétariat/bourgeoisie. Mais dans une certaine mesure seulement. Pourquoi ? Parce qu’une lutte pour une meilleure intégration au processus de valorisation du capital, quand cette intégration n’est plus possible, se transforme nécessairement. De deux choses l’une : ou bien elle cesse, ou bien elle se retourne sur elle-même, contre ses propres présupposés. Très souvent, elle cesse. Elle commence à peine que déjà, elle cesse. Une série interminable de défaites. Puis arrive le jour où elle ne cesse plus et de catégoriquement acritique elle se transforme en négation des catégories.

      #revue_Stoff #WertKritik

    • A quoi reconnaît-on un ou une cuistre ? D’abord elle fait assaut de modestie ("je n’ai pas lu votre livre"), ensuite elle vous fait la leçon ("Ne me faites pas croire que votre petit panneau solaire va sauver le monde")...

      Si elle avait lu mon livre Réappropriation, jalons pour sortir de l’impasse industrielle (La Lenteur, mai 2022) avant de faire sa réponse, cela lui aurait évité de déblatérer cet ensemble de conneries.

      Mais de toute façon, je crois qu’elle ne le lira pas.

      Kolossale K#cuistrerie

  • Stop au carnaval, par Sandrine Aumercier - Critique de la valeur-dissociation. Repenser une théorie critique du capitalisme
    http://www.palim-psao.fr/2022/07/stop-au-carnaval-par-sandrine-aumercier.html

    L’actualité ne cesse de donner les signes de notre enfoncement collectif dans les impasses d’un mode de production dont cependant les connexions systémiques des différents phénomènes persistent à être isolées les unes des autres — comme des problèmes à part, comme des « dossiers » à régler au coup par coup. Il y a de quoi faire perdre la boussole à tous les acteurs du système et les pousser dans des extrémités parfois grotesques. Qu’on en juge : alors que Joe Biden était élu notamment pour son engagement climatique et sa promesse de politique migratoire « juste et humaine », le même a déjà signé davantage de permis de forage pétroliers que son prédécesseur climato-négationniste et le nombre d’arrestations de migrants illégaux n’a jamais été aussi élevé dans l’histoire du pays qu’en 2021 [1]. Il est indéniable que Biden a cherché à modifier dans un sens politiquement plus « progressiste » une série de législations migratoires prises par Donald Trump, mais quelles positions personnelles et promesses de campagne d’un Président pourraient opérer des transformations structurelles, puisqu’il n’est pas moins ligoté qu’un autre par les contradictions internes du système ?

    […]

    Le sommet de la farce a été atteint ces derniers jours, lorsqu’après des années de défiance diplomatique remontant à l’assassinat du journaliste Jamal Khaschoggi, Biden ne craint plus — sous la pression de l’inflation galopante, les élections de mi-mandat approchant — de se rendre en Arabie Saoudite pour mendier à l´État « paria » de mettre davantage de pétrole sur le marché. Il s’agit d’enrayer la hausse mondiale des prix du pétrole. C’est sans compter sur le fait que les pays du Golfe tirent de cette hausse des prix une substantielle augmentation de leur PIB (même si on ne sait pas s’ils ont surpassé Dieu) : dans la jungle économique, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Mais là où la farce devient sinistre, c’est que cette demande américaine intervient dans un contexte où l´Arabie saoudite a, pour sa part, doublé depuis le début de la guerre en Ukraine ses importations de pétrole russe. Le pétrole russe pestiféré, « blanchi » par son passage en Arabie saoudite — devenue en quelques mois moralement plus fréquentable que la Russie — est utilisé pour la fabrication d’électricité domestique par les Saoudiens, qui en échange exportent davantage leur propre pétrole [3]. Il est clair que le malheur des Yéménites ne pèse pas comme celui des Ukrainiens dans la balance mondiale.

    #pétrole #énergie #États-Unis #Arabie_Saoudite #Russie #Ukraine #Yémen #capitalisme #Sandrine_Aumercier

  • La direction culturelle du XXIe siècle. Orientation symbolique et nouvelle critique sociale, par Robert Kurz

    http://www.palim-psao.fr/2022/06/la-direction-culturelle-du-xxie-siecle.orientation-symbolique-et-nouvelle

    Ce texte de Robert Kurz — qui ne porte pas de date — remonte vraisemblablement au tournant du XXIe siècle. Kurz y affirme la nécessité d’une archéologie de la constitution historique de la modernité et d’une nouvelle orientation symbolique qui nous paraît pouvoir rencontrer une exigence que la psychanalyse porte aussi dans son propre champ. Il propose aussi « d’atterrir » bien avant que cette idée devienne un lieu commun de l’écologisme postmoderne latourien.

  • Crise climatique et énergétique : regarder la vérité en face - Jean-Baptiste Fressoz
    https://www.youtube.com/watch?v=mMQwdUxF_bQ

    Jean-Baptiste FRESSOZ est historien des sciences, des techniques et de l’environnement, ainsi que chercheur au CNRS. Il s’intéresse particulièrement à la question de la transition énergétique, qui selon lui est largement mystifiée, et empêche de comprendre le bourbier dans lequel nous sommes plongés avec la crise environnementale.

    Malgré le titre sensationnaliste, l’entretien me semble de bonne tenue, avec pas mal d’informations et de considérations intéressantes (toutes plus déprimantes les unes que les autres).

    • Titre similaire récemment chez Palim Psao :

      Il n’y a aucune solution à la crise énergétique, par Sandrine Aumercier
      http://www.palim-psao.fr/2022/06/il-n-y-a-aucune-solution-a-la-crise-energetique-par-sandrine-aumercier.ht

      Je commence par la fin et je donne déjà la conclusion en disant qu’il n’y a aucune solution à la crise énergétique, même pas une « toute petite solution ». Si une société post-capitaliste émancipée advenait, alors elle cesserait de se préoccuper du problème énergétique ; elle n’irait pas le résoudre en étant « plus rationnelle » et « plus efficiente » avec l’énergie. Une société qui met la rareté à son principe — comme le fait le mode de production capitaliste — s’accule elle-même à devoir toujours plus rationner sa consommation d’énergie, parce qu’elle se rapproche d’une limite absolue. Elle se condamne à s’enfoncer dans une gestion totalitaire des ressources, dans des guerres de sécurisation, dans des crises socio-économiques d’impact croissant… Mais c’est une limite qui fait partie des principes fondateurs de cette société et non de la nature.

      […]

      Ce texte constitue la version écrite de la présentation du livre Le mur énergétique du capital (éditions Crise & Critique) qui a été faîte à Mille bâbords (61, rue Consolat, 13001 Marseille) le 5 juin 2022.

      #énergie #transition #climat #Jean-Baptiste_Fressoz #Histoire

    • Ça fait un moment que je connais/suis le travail historique de Fressoz, souvent relayé dans les contenus critique techno, anti-indus, cf le tag existant ici par exemple, mais c’est pas souvent que je l’ai entendu discourir à l’oral, et vraiment il est tout aussi excellent : super simple, pédagogue, en plus de sa mémoire de ses sujets (toutes ces dates et décrets sortis de tête sans latence). Vraiment très bonne interview qui passe vite malgré 1h30. Fressoz c’est bon, mangez-en !

    • je viens d’écouter le début, un passage me fait sourire et me rappelle de vieux souvenirs… dans mon école d’ingé, j’avais fait le choix de faire un vrai stage ouvrier : j’ai donc passé un mois dans une mine de charbon en Lorraine, j’ai longtemps raconté que l’exploitation était « renouvelable » (bon, le terme n’existait pas encore) étant donné la quantité de bois qu’on enfouissait pour étayer les galeries (celle qu’on mettait au toit s’appelait la bille ; dans une taille manuelle, quand on en posait une deuxième dans le poste, on avait droit à la prime de rendement), au bout du temps suffisant, ça finirait bien par redonner du combustible.

      Mais, en vrai, la veine de charbon était surtout remplacée par du sable qui venait combler le vide lorsqu’on ripait le convoyeur en progressant dans le pendage.

      Tiens, un p’tit regard en arrière : taille manuelle en semi-dressants (la première photo, c’est exactement le souvenir que j’en ai)…
      https://mineurdefond.fr/articles.php?lng=fr&pg=299&mnuid=439&tconfig=0

      (en plus, c’était justement au puits site dans la Réaction n°1, et dire qu’en surface, j’ai certainement eu l’occasion de croiser la jeune Patricia Kaas)
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Siège_Simon

  • Critique du sujet et critique de l’économie politique : Remarques de méthode, par Sandrine Aumercier
    http://www.palim-psao.fr/2022/06/critique-du-sujet-et-critique-de-l-economie-politique-remarques-de-method

    Comment se fait-il donc que la psychanalyse puise depuis ses débuts dans un spectre aussi large de références théoriques (art, littérature, psychiatrie, mathématiques, linguistique, logique, anthropologie, etc.) mais ne se plonge justement pas dans l’étude sérieuse de ce qui constitue la dynamique matérielle de la civilisation dans laquelle elle est apparue ? Comment se peut-il que ni Freud ni Lacan ni leurs successeurs ne se soient impliqués dans la critique de l’économie politique alors que le mode de production capitaliste détermine tendanciellement la totalité de l’existence planétaire, et qu’il provoque un faisceau de crises de plus en plus patentes, ainsi qu’un mécontentement social croissant (et ce, jusque dans les séances d’analyse) ? N’y a-t-il rien de plus à en dire que de ressasser 80 ans après le Malaise dans la civilisation ou telle formule — finalement anecdotique — de Lacan sur le discours du capitaliste ? Peut-on continuer à ignorer cette problématique grosse comme l’éléphant dans la pièce ?

    […]

    Sous la domination impersonnelle du capital, on ne peut plus comprendre la structure moderne du pouvoir à partir de l’aspiration personnelle au pouvoir des dirigeants, tout comme on ne prend jamais les motivations extérieures d’un analysant au pied de la lettre. Le capitalisme dans sa structure ne s’explique pas non plus par la quête du profit ou l’exploitation de certains par d’autres, ni par l’appropriation de survaleur ; ce qu’il faut expliquer, c’est pourquoi la création de valeur et l’accumulation d’argent est une obligation absolue de ce mode de production — et ce qui se passe quand ça ne marche plus. De même, la critique du capitalisme financier est aussi peu pertinente pour la compréhension du capitalisme que d’aborder un symptôme clinique à partir de la dénonciation de ses excès, sans remonter à la structure. La critique de l’hédonisme n’a pas non plus d’intérêt théorique si elle n’est rapportée à la constitution de l’homo economicus, qui est toujours d’abord un travailleur avant d’être un consommateur. Enfin, on ne peut pas expliquer le néolibéralisme à partir de l’idéologie managériale ; le « discours néolibéral » ne tient pas seul sur ses pattes.

    […]

    Il n’est d’aucun intérêt de psychologiser les rapports de production à partir des places occupées par les « masques de caractère » au sein de la totalité fonctionnelle. Ce n’est pas parce que nous sommes environnés d’idéologies légitimatrices que celles-ci expliquent le fonctionnement du capitalisme ; elles expliquent tout au plus comment chacun se raconte et justifie sa place dans une situation objective, mais elles n’expliquent pas cette situation. De même que Freud a renoncé à expliquer la névrose à partir de sa première théorie du trauma, de même le capitalisme ne s’explique pas à partir de l’exploitation de certains par d’autres à l’intérieur du rapport capitaliste. De même que le conflit psychique inconscient ne peut être confondu avec les conflits actuels (par exemple la dernière dispute conjugale), de même le capitalisme ne peut pas être interprété à partir des antagonismes visibles (par exemple la dernière vague de grèves), qui ne sont que la forme empirique d’un rapport formel qui enveloppe tous les sujets de la marchandise et qui, lui, doit être explicité.

    #théorie #théorie_critique #psychanalyse #critique_de_la_valeur #wertkritik #capitalisme #sujet #critique_du_sujet

  • Il n’y a aucune solution à la crise énergétique, obligé de considérer le problème tout autrement
    https://ricochets.cc/Il-n-y-a-aucune-solution-a-la-crise-energetique-oblige-de-considerer-le-pr

    Quand est-ce qu’on va se décider à poser/accepter les vrais questions, et donc aussi, quand c’est qu’on va chercher vraiment à les résoudre en s’en donnant les moyens ? Dans le cadre du système existant, il n’y a pas de solutions, même pourries, les révoltés sont obligés de renverser la table et de faire tout autre chose. 🌡️LE DÉSERT AVANCE, CRÉONS DES OASIS Le désastre est là, partout, sous nos yeux. ➡️A Nantes, il fait plus de 30°C à la mi-juin. Ces journées caniculaires ne sont qu’un avant-goût, le (...) #Les_Articles

    http://www.palim-psao.fr/2022/06/il-n-y-a-aucune-solution-a-la-crise-energetique-par-sandrine-aumercier.ht
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/06/15/malgre-une-croissance-record-des-renouvelables-la-transition-energetique-n-a
    https://www.facebook.com/nicolas.casaux/posts/10159055146142523

  • À propos de « Terre et liberté » d’Aurélien Berlan, par Anselm Jappe (recension)
    http://www.palim-psao.fr/2022/04/a-propos-de-terre-et-liberte-d-aurelien-berlan-par-anselm-jappe-recension

    Mais par la suite une évolution dans sa pensée a eu lieu, et toujours en refusant tout « romantisme agraire », il a progressivement abandonné l’idée que l’émancipation sociale dépende forcément d’un degré du développement industriel que seulement le capitalisme a pu assurer. La rupture avec le marxisme traditionnel devait aussi passer par le rejet de cette assomption – qui est resté moins marquée, cependant, que le rejet de la centralité de la « lutte des classes ». De toute manière, il a nettement nié la possibilité de sortir de la logique de la valeur à travers le numérique, en répondant avec son article « La non-valeur du non-savoir » (Exit ! n°5, 2008) à l’article « La valeur du savoir » d’Ernst Lohoff (Krisis, n°31, 2007). La conception d’une sortie du travail à travers les machines « qui travaillent à notre place » est depuis des décennies assez populaire dans une bonne partie de la gauche radicale, et on en trouve des traces même dans le Manifeste contre le travail de 1999. Cependant, la critique « catégorielle » du travail, qui met l’accent sur le caractère tautologique du côté abstrait du travail accumulé comme représentation phantasmagorique de la pure dépense d’énergie et qui devient le lien social, n’est pas identique à une critique « empirique » du travail en tant qu’activité déplaisante – même si l’énorme augmentation du « travail concret » dans la société capitaliste est évidemment une conséquence de l’intronisation du travail abstrait comme lien social. La critique de la valeur a certainement dépassé le stade de l’« éloge de la paresse » ‒ même si ce slogan pouvait constituer jusqu’à 2000 environ une provocation salutaire envers le marxisme traditionnel autant qu’envers le mainstream social. Ensuite cette forme de critique du travail a trouvé une certaine diffusion s’accompagnant de sa banalisation, la polémique contre les « jobs à la con » (David Graeber), etc.

    […]

    L’ancienne idée que le développement des forces productives doit s’achever avant de pouvoir passer à une société émancipée, et qui fait à nouveau rage avec des tendances comme l’accélérationnisme cher à Multitudes, a été abandonnée par la majorité des auteurs de la critique de la valeur (mais non par tous). La critique de la logique de la valeur et une critique des appareils technologiques peuvent donc bien s’intégrer et se compléter dans une critique de la « méga-machine » (Mumford), même si le degré de « mélange » de ces deux critiques peut varier assez fortement selon l’approche choisie. Berlan ne va pas jusqu’à dire, comme d’autres auteurs de la critique anti-industrielle, que la critique du travail aide le capitalisme parce qu’elle dénigrerait le faire artisanal et l’ethos du travail, en favorisant ainsi les procédures automatisées, voire numérisées. Mais Berlan n’évoque jamais vraiment la différence entre travail concret et travail abstrait.

    […]

    Mais lorsque l’écroulement progressif de la société marchande poussera des millions de gens vers ces expériences – comme Berlan le prévoit et le souhaite, ce qui est d’ailleurs une perspective très optimiste – que trouveront-ils à récupérer ? Des arbres coupés et des vignes arrachées, des sols empoisonnés et des savoir-faire complètement perdus. Combien de temps faudrait-il pour recomposer ce qui a été perdu (si on y arrive) ? Et surtout, quoi faire si, au moment de la récolte, des gens se présentent, qui n’ont contribué en rien au labeur, mais qui ont des mitraillettes ? Berlan évoque effectivement le problème de la défense, presque toujours négligé dans ces contextes. Mais il le reperd tout de suite. Or, l’autodéfense ne fait pas peur aux zapatistes et aux kurdes dans le Rojava, et pourrait en tenter quelques-uns dans les zad – mais la plupart des aspirants à l’autonomie en Europe choisissent sans doute d’éviter le problème, effectivement épineux, et préfèrent la bêche au fusil.

    Une autre faiblesse de cette approche réside dans la méconnaissance du rôle de l’argent : en stigmatisant le « purisme » de ceux qui voudraient bannir tout usage de la monnaie, Berlan en défend un usage « raisonnable », limitée, pour les échanges entre communautés largement autosuffisantes. Ainsi fait retour le vieil espoir, pour ne pas dire le mythe éternel, de la « production simple de marchandises », où l’argent ne s’accumule pas en capital, mais reste sagement à sa place en jouant un rôle purement auxiliaire. Proudhon l’a proclamé comme un idéal, Fernand Braudel comme une vérité historique (le marché sans le capitalisme), Karl Polanyi (ce sont tous des auteurs cités par Berlan) comme une situation historique passée (quand la terre, le travail et la monnaie n’étaient pas des marchandises) et qui serait à rétablir. Mais c’est un leurre, très présent même à l’intérieur du marxisme. Marx a déjà démontré le caractère « impérialiste » de l’argent qui ne peut que prendre possession graduellement de toutes les sphères vitales. Le problème réside dans l’homologation des activités les plus différentes dans une seule substance, « le travail » ; si ensuite celle-ci se représente dans une « monnaie fondante », des bons de travail ou de la monnaie tout court, ne touche pas à l’essentiel. La méconnaissance du rôle du travail abstrait est ici évidemment étroitement liée à celle du rôle de l’argent.

    […]

    Dernièrement, on a prêté une attention croissante à l’« absence de limites » que provoque la société capitaliste (et sur laquelle elle se fonde en retour), à la « pléonexie », à son déni de la réalité physique. Cela constitue une partie indispensable de la mise en discussion de l’utilitarisme, du productivisme, de l’industrialisme et du culte de la consommation marchande qui distinguent autant le capitalisme que ses critiques de gauche. Cependant, Berlan risque d’aller un peu trop loin. Il oppose le désir de vivre en communautés autonomes fondées sur le partage et l’entraide, qui aurait caractérisé la plupart des êtres humains dans l’histoire, au désir de se libérer de la condition humaine et de ses contraintes. Ainsi risque-t-on de jeter aux orties, ou de déclarer pathologique, une bonne partie de l’existence humaine. Le désir de délivrance est un élément constant de l’existence humaine, souvent considérée comme sa partie noble, et s’explique avec les limites inévitables, mais quand même difficiles à accepter, de la conditio humana. La volonté d’aventure et d’extraordinaire, de grands exploits et de triomphes, de reconnaissance et de traces à laisser de son passage sur terre semble difficilement éliminable, et même si on pouvait l’éradiquer, on appauvrirait terriblement le monde humain. Le côté agonistique de l’homme doit être canalisé en des formes non trop destructrices, non simplement renié ou refoulé (avec les résultats qu’on connaît).

    […]

    L’omniprésence du désir d’être délesté des taches les plus ennuyeuses et répétitives de la vie évidemment ne justifie en rien le mille et une formes d’hiérarchie et d’oppression auxquelles ce désir a conduit. Mais il faut faire les comptes avec cette pulsion qui semble aussi originaire et fondamentale que le désir de communauté, et en tirer des bénéfices.

    […]

    Même si on n’a jamais trouvé le ciel, ou seulement pour de brefs moments, sa quête a constamment aiguillonné les humains à faire autre chose que l’accomplissement des cycles éternels. Sous-évaluer l’importance de la dimension du sacré, de la religion, du transcendant, ou simplement du rêve et de la recherche de l’impossible (les chiens qui savent voler) a déjà coûté cher aux mouvements d’émancipation. Ce ne sont pas nécessairement ces désirs qui font problème, mais la tentative de les réaliser à travers les technologies apparues sous le capitalisme, qui font sauter toutes les barrières entre le rêve et le passage á l’acte, détruisant au passage aussi la possibilité de rêver. Les mythes universels sur l’immortalité ne sont pas responsables du transhumanisme.

    […]

    [9] D’ailleurs, ce mythe mésopotamien, un des plus anciens connus et dont ils existent de nombreuses versions, débouche justement sur l’impossibilité d’atteindre l’immortalité - un serpent vole l’herbe de l’immortalité que les dieux ont donnée à Gilgamesh, qui accepte alors sa mortalité et décide de jouir des plaisirs des mortels, comme celui de tenir son enfant par la main.

    #Aurélien_Berlan #liberté #subsistance #délivrance #recension #livre #Anselm_Jappe #critique_de_la_valeur #anti-industriel #décroissance #philosophie #désir #émancipation #argent #travail #travail_abstrait #critique_du_travail #mythe #rêve #immortalité #transcendance

  • Contre une métaphysique de l’économie politique : le problème de la proportionnalité chez Proudhon, selon Marx et Lacan, par Frank Grohmann
    http://www.palim-psao.fr/2022/05/contre-une-metaphysique-de-l-economie-politique-le-probleme-de-la-proport

    La « métaphysique de l’économie politique » de Proudhon, que Marx reprochera à ce dernier dans le deuxième chapitre de sa « Réponse », trouve son origine précisément à cet endroit ; c’est-à-dire là où ce dernier ne veut rien savoir de la « circonstance » — essentielle pour la « critique de l’économie politique » de Marx — à savoir : « que ce qui détermine la valeur n’est pas le temps dans lequel une chose a été produite, mais le minimum de temps dans lequel elle peut être produite, et ce minimum est établi par la concurrence ».

    #Marx #Proudhon #Lacan #capitalisme #travail #temps_de_travail #concurrence #valeur #critique_de_la_valeur #wertkritik

  • Anticapitalisme romantique et antisémitisme de gauche, par Gabriel Carvalho - Critique de la valeur-dissociation. Repenser une théorie critique du capitalisme
    http://www.palim-psao.fr/2022/05/anticapitalisme-romantique-et-antisemitisme-de-gauche-par-gabriel-carvalh

    Au récit paranoïaque et délirant de l’antisémitisme hérité de la tradition médiévale s’ajoutait le malaise face aux temps nouveaux et aux nouvelles relations de travail engendrées par le capitalisme, cet étrange métabolisme social, abstrait et impitoyable, qui entraînait tout sur son passage, et il n’en serait donc pas autrement des modes de vie traditionnels de la vieille Europe féodale. Tout ce malaise devait être expié dans un sujet historique. Dans la mentalité conspirationniste de l’antisémitisme européen, il suffisait que les Juifs aient obtenu des droits politiques, soient devenus des citoyens comme tous les autres Européens, pour que les choses prennent une mauvaise tournure pour eux. Ils ne pouvaient donc qu’être à l’origine du processus de destruction de leur ancien monde mystico-religieux, plein de certitudes cristallisées, qui avait été remplacé par ce nouveau mode de vie chaotique, impie et fantasmagorique.

    Il convient de noter que toutes les caractéristiques attribuées aux Juifs dans la modernité sont des caractéristiques du capitalisme lui-même : son être abstrait, sans racines, qui imprègne toutes les relations sociales, avec des intentions cachées et une logique irrationnelle de profit infini. La thèse du Juif sans nation, conspirateur, qui tire les ficelles dans les coulisses, n’est qu’une projection sur un vieux bouc émissaire pour l’Europe, de tout ce qui est contradictoire et étrange dans le capitalisme.

    Et cette mentalité se transmue dans la pensée de certains secteurs de la gauche révolutionnaire qui, en l’absence d’une analyse matérialiste cohérente, d’une lecture rigoureuse des faits historiques, adhèrent dans une mesure plus ou moins grande à la vision antisémite du monde. Mais ce processus ne se fait plus à travers les motifs mystico-religieux du passé médiéval. Ce qui anime l’antisémitisme de gauche n’est pas une thèse sur le déicide, de libelles de sang et de puits empoisonnés. Mais la vieille fausse corrélation entre les Juifs et l’argent. Et l’argent est un aspect central de l’antisémitisme de gauche, parce qu’il est la sphère la plus étrange, la plus abstraite et la plus irrationnelle du circuit du capital (production-circulation-accumulation).

    #antisémitisme #gauche #argent #finance #capitalisme #juifs

  • Règne de la valeur et destruction du monde, Éditorial du n°4 de la revue Jaggernaut par Sandrine Aumercier, Benoît Bohy-Bunel et Clément Homs (Avril 2022) - Critique de la valeur-dissociation. Repenser une théorie critique du capitalisme
    http://www.palim-psao.fr/2022/05/regne-de-la-valeur-et-destruction-du-monde-editorial-du-n-4-de-la-revue-j

    (Belle illustration)

    Mais si « l’époque géologique dominée par l’homme » conduit à une situation dans laquelle l’existence de l’humain pourrait être compromise, il y a quelque chose de très problématique dans la vision de cette domination de la nature réduite à un « substrat dominé ». Après tout, il doit y avoir quelque chose d’inhumain ou « d’objectivant » dans cette sorte de domination par « l’être humain » dont l’issue pourrait justement être l’extinction des humains. L’anthropocène se révèle finalement après coup comme une rupture non planifiée, non intentionnelle, non contrôlée, comme l’effet secondaire d’un « métabolisme social avec la nature » (Marx) enclenché par le capitalisme industriel et devenu hors de contrôle. Cela peut facilement être illustré par des exemples. La combustion des énergies fossiles utilisées comme carburant pour les systèmes industriels et de transport devait immanquablement provoquer la perturbation du cycle du carbone. L’extraction massive du charbon a commencé en Angleterre pendant la révolution industrielle si bien qu’avec cette nouvelle source d’énergie mobile, les industries ont pu se déplacer des barrages vers les villes où se trouvait une main-d’œuvre à bon marché.

    […]

    Personne ne l’a consciemment planifié, pas plus que l’eutrophisation des lacs ou l’effondrement des écosystèmes. La même histoire se déroule avec la perte de biodiversité, la perturbation du cycle du phosphore ou l’acidification des océans. À cet égard, « l’époque géologique dominée par l’homme » ressemble beaucoup plus à un produit du hasard et de l’inconscience qu’au développement d’une habileté à maîtriser les cycles planétaires bio-géophysiques, en dépit de la référence de Crutzen à Vernadsky et à Teilhard de Chardin, lequel visait à « accroître la conscience et la pensée » et « le monde de la pensée » (la noosphère). « Ils ne savent pas ce qu’ils font, mais ils le font » – c’est ce que dit Marx au sujet de l’activité sociale fétichisée médiée par les marchandises, dans laquelle il convient de voir la clé d’une compréhension critique de l’anthropocène.

    Néanmoins parler de hasard et d’inconscience ne signifie pas dédouaner la question des responsabilités. Qui est cet anthropos, cet être humain des discours sur l’anthropocène ? S’agit-il de l’espèce humaine en général, de manière indifférenciée, de l’humanité non seulement prise comme un tout (qui n’existe pas), mais aussi abstraite de toutes déterminations historiques concrètes ? Cet immense flou conceptuel permet notamment de justifier la géo-ingénierie climatique – prônée par Paul Crutzen – ou encore les idéologies du développement durable, de l’économie circulaire faisant la chasse au gaspillage particulier ou du néomalthusianisme qui voit la cause du problème dans la démographie des pays de la périphérie. De la sorte, anthropos reste celui qui détruit mais aussi celui qui répare, et on conserve la double figure du progrès, à la fois prométhéenne et démoniaque, héritée de la première époque industrielle et des Lumières.

    Noyant la responsabilité dans une humanité en réalité inégalement responsable et inégalement impactée, la notion d’anthropocène met manifestement mal à l’aise et suscite de nombreuses discussions sur les « seuils » historiques et de nombreuses négociations terminologiques, chacun y allant de sa propre tentative de nommer l’agent et le patient du désastre. Donna Haraway lui substitue par exemple le terme de plantacionocène pour viser la colonisation des Amériques comme marqueur de cette nouvelle époque et, plus récemment, celui de chtulucène pour nous inviter à « habiter le trouble », c’est-à-dire à investir les ruines : « nous sommes tous du compost », affirme Haraway. On ne saurait mieux esthétiser la catastrophe et diluer la responsabilité de cette situation récente dans la grande histoire bactérienne de la planète Terre.

    Toutes ces tentatives conceptuelles ratent l’occasion de problématiser l’origine logique de cette transformation ainsi que le sujet qui la porte. En va-t-il autrement avec le terme de « capitalocène » proposé par Andréas Malm ou Jason Moore pour essayer de rendre compte des limites de la notion d’anthropocène ? La notion de « capital fossile » développée par Malm à partir de matériaux historiques montrant la coïncidence historique de l’essor du capitalisme industriel avec celui des énergies fossiles aboutit à la curieuse figure d’un anthropocène dont l’agent serait les énergies fossiles et dont les responsables seraient ceux qui, encore aujourd’hui, continuent de défendre et mettre en œuvre ces énergies. Il faudrait donc évidemment les mettre hors d’état de nuire. De manière générale, une partie du marxisme exsangue s’est recyclée depuis une vingtaine d’année dans un écosocialisme qui n’a rien lâché du dogme du « développement des forces productives » : mais il faut maintenant se jeter à corps perdu dans la production de panneaux solaires et d’éoliennes et en arracher la propriété aux griffes des capitalistes cramponnés à leur cheminées à charbon et leurs puits et pipelines de pétroles. Il s’ensuit une conception pas seulement « léniniste » mais aussi lénifiante des « énergies renouvelables ». C’est d’elles en effet que Malm et les écosocialistes attendent maintenant le salut écologique – en parfaite congruence avec les discours officiels qui promettent un avenir vert et durable sans rien dire de l’intensification extractiviste et de la multiplication des ravages miniers qu’elle suppose. Pendant ce temps, Total Energies joue sur les deux tableaux, vert et fossile, tandis que Joe Biden, célébré notamment pour sa promesse de réintégrer les Accords de Paris, signe en l’espace d’un an davantage de permis de forages pétroliers que Donald Trump en quatre ans. Il est ainsi de mieux en mieux documenté à quel point non seulement les énergies renouvelables sont à l’origine d’un véritable ravage, mais à quel point aussi elles ne font que s’ajouter à la trajectoire globale sans l’infléchir le moins du monde.

    […]

    C’est ainsi qu’avec l’avancée de la crise écologique, l’angoisse s’empare aussi de ceux qui, il y a peu, niaient encore la réalité du changement climatique : tout le spectre politique est désormais entiché de « l’urgence climatique » devant un électorat aux abois. Il n’est pas jusqu’à l’extrême-droite qui n’ait commencé à accommoder l’écologie à ses thèmes favoris. Néomalthusianisme, darwinisme social, défense armée des territoires et de l’identité nationale, survivalisme, actes de terrorisme à vocation écologique : ces tendances montantes signalent la néo-fascisation d’une frange de la société qui n’est que la pointe avancée des tendances politiques transversales. L’érection de murs et l’abandon à leur sort de populations superflues ne méritent d’ailleurs même plus de justification au niveau mondial et se banalisent dans l’indifférence.

    Pendant ce temps, quelques-uns s’égosillent à prêcher des valeurs humanistes et à militer pour la reconnaissance du crime d’écocide ou des « droits » accordés aux entités naturelles dans le cadre de la forme juridique bourgeoise. Le biocentrisme qui caractérisait davantage l’écologie profonde jusqu’à récemment est devenu en quelques années le fonds de commerce d’une écologie antispéciste, parfois associée au véganisme, éprise de conservation et de restauration de la nature. Une nature transformée en spectacle dont les occupants indigènes sont évacués ou harcelés ; une nature souvent très mal connue de ses promoteurs, comme le montrent entre autres Charles Stepanoff et Guillaume Blanc dans leurs ouvrages récents.

    […]

    Le concept moderne de « nature » est entièrement modelé par la forme-marchandise et par la forme-sujet bourgeoise. Les sciences naturelles modernes, à la suite de Emmanuel Kant, ont présupposé un sujet purement formel, identique à lui-même, susceptible de synthétiser le divers de l’intuition sensible. Ce sujet abstrait restait indépendant de l’empirie, et il posait la nature comme extériorité radicale qu’il s’agissait de soumettre à la question. Cette subjectivation moderne institue une dualité sujet-objet et une nature purement séparée qui ne sont pas indépendantes du procès de valorisation de la valeur. Elle institue également un temps abstrait et un espace homogène qu’il s’agit de quantifier en vue de sa maîtrise.

    […]

    La critique de la destruction du vivant suppose donc aujourd’hui la critique radicale des sciences positives et des techniques modernes, mais aussi la compréhension d’une connexion intime entre crises écologique, sociale, économique. Elle suppose également la critique du patriarcat producteur de marchandises et d’un racisme structurel, naturalisant. Aujourd’hui, les spécialisations et compartimentations empêchent d’apercevoir ces phénomènes multidimensionnels. Ces spécialisations théoriques sont à l’image de la division capitaliste du travail, et elles sont en elles-mêmes aliénées.

    #capitalisme #critique_techno #anti-industriel #énergie #écologie #naturalisme #critique_de_la_valeur #wertkritik

  • « Le problème de la religion du capital chez Walter Benjamin. Critique du fragment " Le capitalisme en tant que religion " », par Clément Homs - Critique de la valeur-dissociation. Repenser une théorie critique du capitalisme
    http://www.palim-psao.fr/2017/01/walter-benjamin.html

    Même après avoir un peu « approfondi » le fameux chapitre sur le caractère fétiche de la marchandise dans Le Capital lors de la préparation du Livre sur les passages, Benjamin conservera une compréhension tronquée, c’est-à-dire marxiste traditionnelle, du concept de fétichisme. Une compréhension à dépasser.

    #philosophie #Walter_Benjamin #Marx #fétichisme_de_la_marchandise #capitalisme #critique_de_la_valeur #wertkritik

  • Invitation aux 3ème rencontres d’été « Crise & Critique du capitalisme-patriarcat » du 17 au 23 août en Ariège près de Foix (Programme et inscription)
    http://www.palim-psao.fr/2022/05/invitation-aux-3eme-rencontres-d-ete-crise-critique-du-capitalisme-patria

    Mercredi 17 août

    Arrivée possible à partir de la matinée

    18h 30 – AG de présentation de l’organisation collective en autogestion et de la constitution des équipes de préparation des repas, de la plonge et du nettoiement.

    Jeudi 18 août / Journée : Capitalisme et technologies

    Matinée :
    Les ressorts de la rencontre entre capital et numérique – avec Éric Arrivé

    Comment aborder le constat empirique d’un déploiement tous azimuts des techniques numériques dans les sociétés post-fordistes ? L’approche que j’adopte est sous-tendue par la catégorie de fétichisme, initialement forgée pour caractériser la production marchande (Marx), mais qui s’avère fructueuse pour envisager le numérique comme technique (particulièrement) adéquate à la phase actuelle du capitalisme, au-delà et en deçà des usages foisonnants qui en sont faits.

    Après-midi :
    Pour une critique des écrans, de leur consommation à leur production par les enfants eux-mêmes notamment en Afrique. Présentation de l’ouvrage On achève bien les enfants. Ecrans et barbarie numérique – avec Fabien Lebrun, son auteur)

    Maintenant que certains dangers des écrans pour les enfants sont connus, d’autres restent encore à exposer. Aussi, est-il nécessaire d’élargir la critique de la consommation à une critique de la production pour saisir la destruction totale et inouïe des enfants par les écrans. Des enfants surexposés des pays riches aux enfants exploités et massacrés du reste du monde (spécialement au Congo), le désastre environnemental et humain est effarant, dont les GAFA et consorts ont une lourde responsabilité. Il est urgent de refuser collectivement les écrans du capitalisme afin de préserver l’enfance et les enfants.

    Fin après-midi
    Ateliers Initiation & formation : Autour d’un lexique de la critique de la valeur-dissociation (collectif).

    Plusieurs groupes se retrouvent pour discuter de la lecture collective de certaines entrées du lexique afin de mieux appréhender les concepts clés utilisées par le courant de la critique de la valeur-dissociation

    Débriefing de la journée
    Soirée
    Intervention de Anselm Jappe

    Vendredi 19 août / Journée : La gauche, la pratique et la critique de la valeur-dissociation

    Matinée
    Robert Kurz, la gauche et le problème de la relation entre théorie et pratique révolutionnaires Présentation de l’ouvrage de Robert Kurz, Gris est l’arbre de la vie, verte est la théorie. Le problème de la pratique comme éternelle critique tronquée du capitalisme et l’histoire des gauches ‒ avec Sandrine Aumercier, traductrice de l’ouvrage.

    « Grise, mon ami, est toute théorie, vert est l’arbre d’or de la vie. » C’est en renversant cette célèbre formule du Faust de Goethe, que Robert Kurz vient redéfinir les termes d’une question classique ‒ « À quoi sert, en pratique, la théorie ? » ‒ et critiquer tant l’impatience activiste quant au devenir-pratique immédiat de la théorie, que la pseudo-activité dans laquelle s’enferme cette volonté d’agir. Mettant en évidence que la fausse unité de la théorie et de la pratique continue de se mouvoir dans l’enveloppe du patriarcat producteur de marchandises, l’auteur prend ainsi le contrepied du marxisme traditionnel qui a fait une lecture non critique de la onzième des Thèses sur Feuerbach selon laquelle « les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer », alors que Marx ne considérait pas la « transformation du monde » comme s’il s’agissait d’un mode d’emploi à appliquer.

    Après-midi
    Redéfinir le communisme libertaire ? ‒ avec César, Patrick et Chan

    Fin après-midi
    Assemblée générale association Crise & Critique

    L’association présentera son bilan financier et moral, et abordera les prochains projets. Quels projets d’écriture, de traduction, de publication et de journal pour 2023-2024 ?

    Debriefing de la journée

    Soirée :
    Représentation de Dans le désert l’espoir – Compagnie Nageurs de Nuit

    Roxane Borgna s’inspire d’écrits philosophiques d’Edgar Morin, Simone Weil, Hannah Arendt, Benoît Bohy-Bunel et du collectif Crise et Critique. Sur scène, une petite « humanité » : un homme et une femme sur 3 générations, des corps et des voix pour réveiller, repenser des mots tels que « désolation », « lutte », « espoir ». Une « performance philosophique » pour redéfinir qui nous sommes, quel moment nous traversons et que pourraient être nos vies de demain. Vaste sujet, plein d’espoir ! Et qui nous concerne tous…

    Samedi 20 août / Journée : Contre l’antisémitisme et le racisme

    Matinée
    La trajectoire de la question de l’antisémitisme chez deux héritiers de la théorie critique, Moishe Postone et Hans-Jürgen Krahl – avec Memphis Krickeberg

    Les travaux de la première école de Francfort ont jeté les bases d’une analyse de l’antisémitisme comme un phénomène structurel de la société bourgeoise. L’attention portée à l’antisémitisme est cependant resté inégale dans les générations suivantes de l’École de Francfort et les différents courants critiques influencés par celle-ci. Chez les héritiers ayant conservé le noyau marxiste de la théorie critique contre le tournant libéral habermassien, on peut ainsi dégager deux trajectoires théoriques eu égard à l’antisémitisme. Nous proposons de saisir celle-ci à travers l’œuvre de deux théoriciens, Hans-Jürgen Krahl, élève d’Adorno et leader de la contestation étudiante en 1968, et Moishe Postone, historien et philosophe marxiste canadien dont les travaux sur l’antisémitisme exercèrent une grande influence dans la reconfiguration idéologique d’une partie de la gauche allemande à partir des années 1990.

    Après-midi
    Travail, forme-sujet et dissociation raciale ‒ avec Samuel Lamy

    La critique de la forme-sujet formulée par Robert Kurz dans Raison Sanglante occasionne l’ouverture de nombreux débats nécessaires à la théorie critique. Au-delà du rapport-dissociation sexuel-patriarcal théorisé par Roswitha Scholz, il semble intéressant de réinterroger l’importance de la dissociation raciale à un niveau catégoriel. Si Scholz a, pour ce faire, engagé un dialogue critique avec différentes autrices féministes, une démarche similaire de communication théorique avec des auteurs décoloniaux nous paraît aujourd’hui s’imposer pour questionner la place qu’occupe la dissociation raciale dans la structuration de la forme-sujet. Comment cette dissociation s’est-elle socialement objectivée ? Quels liens entretient-elle avec le travail et la forme politico-juridique ? Est-elle déterminante à un niveau catégoriel en tant que présupposé de la forme sociale ? C’est à ces questions que nous tenterons ici d’apporter quelques éléments de réponse.

    Fin après-midi
    Sur un art ignoré : le cinéma ‒ avec Mehdi Benallal

    Le cinéma se tient à l’intersection de la plus grande abstraction (l’art) et de la plus grande réalité (l’enregistrement documentaire). Cette part documentaire est hélas souvent mise à mal par une trivialisation spectaculaire (effets techniques, théâtralité, maniérisme).Mais, bien comprise, elle permet dans les grands films de donner à voir (et entendre !) ce que recouvre généralement l’idéologie. Les grands cinéastes l’ont su, et c’est pourquoi leurs films ont accompagné la critique la plus radicale du capitalisme, aussi bien chez les précurseurs comme Griffith ou Chaplin, chez les classiques (Mizoguchi, John Ford) que chez les modernes (Godard, Straub & Huillet). Une brève histoire du cinéma accompagnée d’extraits peut rendre compte de cette lucidité, si les yeux et les oreilles veulent bien s’ouvrir à la réalité, qu’il s’agit de bien connaître si on veut la transformer.

    Soirée-projection
    « Une brève histoire du cinéma » : Extraits de films en relation avec l’intervention « Sur un art ignoré : le cinéma » ‒ avec Mehdi Benallal

    Dimanche 21 août

    Matinée
    Balade/pique-nique au château de Puivert (ou cascade de Roquefort)

    Après-midi
    Du rôle de l’Etat dans la crise du capitalisme – Avec Matthieu Galtier, Clément Homs et Johannes Vogele

    Une présentation et un développement autour de l’ouvrage de Robert Kurz, L’Etat n’est pas le sauveur suprême. Thèses pour une théorie critique de l’Etat. L’État, censé avoir été « désactivé » et amputé de ses fonctions à l’ère néolibérale, a réapparu pour ainsi dire du jour au lendemain comme « dernier recours », démiurge et deus ex machina. Tous les discours prématurés de fin d’alerte font référence au succès attendu des mesures de sauvetage de l’économie par l’État. Cette présentation s’attachera à décrire le passage de l’Etat fordien au « libéralisme autoritaire » de l’Etat schumpétérien comme administrateur du désastre.

    Fin après-midi
    Imaginer une société sans argent, sans État, sans domination et sans exploitation – avec Léon de Mattis, l’auteur de Utopie 2021, éditions Acratie.

    Utopie 2021 a pour ambition de répondre à une question : est-il encore possible d’imaginer, de nos jours, un monde totalement différent du monde actuel ? Un monde qui ne soit pas dominé par le capitalisme, et dans lequel il n’y ait ni propriété, ni argent, ni classes sociales ? Utopie 2021 prend le contrepied de la tendance actuelle. Son objectif est de montrer qu’il est possible d’imaginer une société sans domination et sans exploitation, de se figurer la création d’un tel monde dans un moment révolutionnaire et de concevoir, à partir des luttes actuelles, le surgissement d’une telle révolution.

    Débriefing de la journée

    Soirée
    Fetish-blues ‒ Concert chansons critiques avec Johannes Vogele

    Lundi 22 août

    Matinée
    Conceptualisation et développements critiques à partir de la forme-sujet chez Robert Kurz – avec Ivan Recio

    Le concept critique de forme-sujet chez Robert Kurz devient central dans ses écrits à partir de sa rupture avec Krisis et la publication de Raison sanglante. Ce concept permet de repenser de manière critique toute l’histoire moderne de la notion de sujet et d’en produire une critique radicale. Surtout, il demande de théoriser à nouveau toute la critique du capitalisme au-delà de la critique centrée sur le travail. La critique de la forme-sujet est à nouveau une critique de toutes les catégories du capitalisme, mais à un niveau plus profond et radical. Robert Kurz présente ainsi un nouveau point de départ pour la théorie critique de la valeur-dissociation et ouvre tout un champ pour différentes critiques. Nous voulons ici tenter de conceptualiser rigoureusement le concept de forme-sujet en partant des thèses de Robert Kurz et des contributions les plus récentes (Jappe, Aumercier, Bohy-Bunel, Lohoff). Cela d’abord pour clarifier les enjeux de cette refondation critique et présenter les directions qu’elle doit et peut prendre.

    Après-midi
    Intervention de Hugues Poltier

    Fin après-midi
    Marx avec Lacan. Analyse critique de la critique lacanienne du capitalisme fondée sur la plus-value ‒ Avec Fernando Tapia Castillo

    Debriefing de la journée
    Soirée-causerie libre

    Mardi 23 août
    Les sens de la modernisation ‒ Avec Cassio Boechat, géographe brésilien, membre du groupe Critica do Valor de Sao Paulo (à confirmer)

    Après-midi
    Rangement, nettoyage et départs.

    #critique_de_la_valeur #wertkritik #rencontre

  • Forme sociale et subjectivité : À propos de l’égalité et du conflit social immanent à la modernité capitaliste, par Moishe Postone
    http://www.palim-psao.fr/2022/04/forme-sociale-et-subjectivite-a-propos-de-l-egalite-et-du-conflit-social-

    Au contraire, l’action collective peut rendre les travailleurs égaux, c’est-à-dire des sujets bourgeois. Permettez-moi d’élaborer cette idée : le contrat de travail dans le capitalisme est un contrat entre propriétaires de marchandises, entre égaux (Marx, 1996 : 242). Pourtant, comme le note Marx, une fois que le travailleur entre dans la sphère de la production, la relation devient inégale (Marx, 1996 : 177-186). Nombreux sont ceux qui ont interprété l’analyse de Marx comme indiquant que la vérité sous l’apparence de l’égalité est l’inégalité, que l’égalité n’est qu’un simulacre. Cette compréhension est toutefois unilatérale et occulte une dimension historique importante des contrats de travail, à savoir qu’ils sont des contrats entre propriétaires de marchandises. Dans ce cadre, les travailleurs commencent également à se considérer comme des sujets porteurs de droits. Cependant, la seule façon pour les travailleurs de réaliser leur statut de propriétaires de marchandises est l’action collective, qui leur permet de négocier les conditions de vente de leur force de travail, leur marchandise (Marx, 1996 : 239-306). En d’autres termes, grâce à l’action collective, les travailleurs deviennent manifestement ce qu’ils n’avaient été que de manière latente : égaux aux autres, c’est-à-dire des sujets bourgeois (collectifs), détenteurs de droits.

    #Moishe_Postone #critique_de_la_valeur #wertkritik #capitalisme #égalité #droit_du_travail #droit_du_capital #Marx #marchandise #travail #critique_du_travail

  • Stop au gaz russe ? par Anselm Jappe
    http://www.palim-psao.fr/2022/03/stop-au-gaz-russe-par-anselm-jappe.html

    Il pourrait se trouver dans la demande d’un arrêt immédiat, complet et définitif de l’achat du gaz et du pétrole russe, mais également de toute autre ressource, et globalement de l’arrêt de toute forme de rapport commercial (exportation et importation) avec la Russie. Démanteler les oléoducs en Occident (North Stream) pour montrer qu’on ne reviendra pas en arrière. Une telle sanction – qui est peut-être la seule que Poutine n’a pas prise en compte – pourrait vraiment l’obliger à se retirer.

    Bien sûr, cela pourrait coûter cher aux économies occidentales, aux « entreprises », aux « consommateurs », aux « emplois », au « pouvoir d’achat ». Les occidentaux préfèrent alors mettre les armes entre les mains des autres pour les envoyer à la mort – « armiamoci e partite » dit-on ironiquement en italien (“armons-nous et partez”), plutôt que de mettre un pull plus épais à la maison ou de prendre le tram au lieu de la voiture.

    […]

    Évidemment, un tel choix, pour ne pas frapper unilatéralement ceux qui sont déjà pauvres, devrait s’accompagner de mesures drastiques de redistribution : des impôts très lourds pour les grandes entreprises, les grandes fortunes, les hauts salaires et retraites. Ceci ne constituerait pas encore une sortie de la société marchande, mais serait déjà une belle avancée.

    Il suffit de voir la rage que suscite la proposition du stop au gaz parmi les politiques de gauche (Mélenchon), de centre et de droite (Marine Le Pen qui dit que les sanctions ne doivent pas frapper le pouvoir d’achat des français ! Même la droite ne veut plus aller en guerre si cela coûte trop cher...), de voir que des entreprises comme Total la récusent, que le ministre allemand de l’économie décline, comme toujours, toute limitation de la vitesse sur les autoroutes – pour comprendre que cette voie mérite d’être tentée. Non comme « sacrifice nécessaire », mais comme l’occasion d’opérer une transformation, une désaccoutumance que l’on aurait dû initier bien plus tôt : se sevrer de la « drogue énergie ».

    #guerre #Russie #énergie #pétrole #gaz #pacifisme #décroissance #capitalisme #anticapitalisme #stop_au_gaz #Anselm_Jappe

  • Renouveler encore la classe politique ou en finir avec notre dépossession générale ?
    https://ricochets.cc/Renouveler-encore-la-classe-politique-ou-en-finir-avec-notre-depossession-

    ★ MISÈRE DE LA POLITIQUE : JÉRÔME BASCHET - ORESTE SCALZONE - LÉON DE MATTIS - CLÉMENT HOMS MISÈRE DE LA POLITIQUE - Ed Divergences On peut l’affirmer sans aucun doute : rarement une campagne présidentielle n’aura été menée avec autant de cynisme et de démagogie, de mépris et de mensonges, par une classe politique qui s’englue chaque jour un peu plus dans des « affaires » dont il semble désormais impossible de dresser une liste exhaustive. Le rejet de la sphère politicienne, déjà largement partagé, s’en voit (...) #Les_Articles

    / #Le_monde_de_L'Economie, Autoritarisme, régime policier, démocrature...

    #Autoritarisme,_régime_policier,_démocrature...
    https://www.editionsdivergences.com/livre/misere-de-la-politique
    https://www.krisis.org/2003/la-politique-nest-pas-la-solution
    http://www.palim-psao.fr/2020/06/l-etat-de-l-argent-et-l-argent-de-l-etat-par-robert-kurz.html

  • Société du travail et gouffre énergétique, par Sandrine Aumercier
    http://www.palim-psao.fr/2022/03/societe-du-travail-et-gouffre-energetique-par-sandrine-aumercier.html

    Mais comment se fait-il qu’une société plus techniquement avancée que l’Europe au Moyen Âge, telle la Chine, n’ait pas initié de révolution industrielle ? Les historiens débattent depuis longtemps pour expliquer ce phénomène, mais rares sont ceux qui font remarquer que cette question ethnocentrique suppose de faire de l’histoire européenne la mesure de toutes les autres, qui sont alors interprétées comme déficitaires [4]. L´Europe est en fait le lieu d’apparition contingent d’une forme sociale sans précédent, ce qui ne veut pas dire qu’elle était inéluctable. Elle ne diffère pas des autres par sa moralité ou son immoralité (la majorité des autres sociétés étant également dominatrices, exploiteuses et inégalitaires), ni par une ingéniosité exceptionnelle (puisque bien des techniques que l’Europe croit avoir inventées sont en fait attestées ailleurs), mais par rapport aux buts collectifs qu’elle s’est donnés. La multiplication abstraite de l’argent devient le moteur de la vie sociale, chose impossible sans l’instauration du travail comme médiation universelle, agrégeant des quantités toujours plus importantes de forces productives en vue de créer de la valeur. Ce processus se déroule sur un marché de concurrence auquel plus personne ne peut échapper une fois que le capitalisme est développé ; chacun se trouve alors dans la position des coureurs athlétiques présentée au début : chacun est obligé de courir et de glorifier cette course, le plus souvent sans savoir pourquoi.

    #Sandrine_Aumercier #critique_de_la_valeur #wertkritik #énergie #capitalisme

    • C’est pourtant ce que propose la totalité du spectre politique et idéologique actuel : libéraux techno-optimistes, écologistes socio-démocrates, ou écosocialistes néo-léninistes convertis aux « énergies renouvelables ». Même si peu en conviennent, tous ont déjà indirectement adopté le fonds de commerce du transhumanisme libertarien, qui est la reprogrammation intégrale du monde physique dans l’espoir de maîtriser l’entropie de la civilisation dite thermo-industrielle. Or les impasses de cette civilisation sont insurmontables sans une « rupture ontologique » (#Robert_Kurz) avec ses catégories fondamentales.

      Il fallait vraiment un Robert Kurz pour nous appeler à une « rupture ontologique » avec le technocapitalisme :

      Dans l’utopie capitaliste une fois réalisée, le fait de faire valoir les émotions et nécessités humaines les plus élémentaires, ainsi que la raison pragmatique primaire, dans le rapport avec le monde sensible perceptible [sic !], furent aussi nommés : utopie . [...] Pour ne citer que quelques exemples : il est devenu [...] utopique également de « travailler » moins que les paysans du Moyen Age en utilisant des réseaux et robots microélectroniques qui réalisent la plus grande économie de travail de tous les temps.

      Extrait du livre de Robert Kurz, Lire Marx. Les textes les plus importants de Karl Marx pour le XXIe siècle, La Balustrade, 2002, pp. 363-371 (publié en Allemagne en 2000).

      http://www.palim-psao.fr/article-criteres-de-depassement-du-capitalisme-par-robert-kurz-69203406.h

      Kolossale #cuistrerie !!!

  • Robert Kurz : « La fin de la théorie — vers une société sans réflexion »
    http://www.palim-psao.fr/2022/02/robert-kurz-la-fin-de-la-theorie-vers-une-societe-sans-reflexion.html

    Il ne va pas du tout de soi qu’une société réfléchisse « sur » elle-même. Cela n’est possible que si une société peut se comparer de manière critique à d’autres sociétés dans l’histoire et dans le présent ; mais surtout dans des conditions où une société devient en quelque sorte problématique de l’intérieur, résout une contradiction avec elle-même, se dépasse dans sa propre structure et son propre développement.

    […]

    C’est précisément au moment où le totalitarisme réel de l’argent domine la réalité comme jamais auparavant que la théorie critique de la société est elle-même dénoncée comme totalitaire dans ses prétentions. Elle a fait son devoir, mais elle doit maintenant laisser l’ensemble de la société tranquille, précisément dans sa crise.

    […]

    La capacité tant vantée de l’individu moderne à réfléchir sur lui-même, à se mettre « à côté de soi » et à observer en quelque sorte virtuellement ses propres actions de l’extérieur, se dissout à vue d’œil. Cette capacité disparaît parce qu’elle était liée à l’évolution positive de la société moderne. C’est justement lorsqu’elle s’achève sur elle-même que cette société devient identique à elle-même de manière fantomatique. Les générations postmodernes ne comprennent déjà plus les termes de la réflexion, qui leur sont devenus en quelques années aussi étrangers que le culte des morts de l’Égypte ancienne. Elles sont ce qu’elles sont et rien de plus.

    […]

    La crise de la réalité est refoulée par la pensée postmoderne, qui tente de substituer à la critique de la société un recyclage simulé de la conscience prémoderne : la philosophie désarmée voudrait revenir en toute innocence aux paradigmes antiques de l’« éthique » et de l’« art de vivre ». Mais elle oublie que les conditions sociales de cette pensée n’existent plus du tout.

    #philosophie #réflexivité #théorie_critique #éthique #postmodernisme

  • « Chère gauche occidentale, on ne vous demande pas d’aimer l’OTAN... » | Razem
    https://courrierdeuropecentrale.fr/chere-gauche-occidentale-on-ne-vous-demande-pas-daimer-lotan

    « Chère gauche occidentale, on ne vous demande pas d’aimer l’OTAN mais la Russie n’est pas l’acteur menacé et en danger ici. » Dans cette tribune, des membres du parti politique polonais de gauche Razem (Ensemble) interpellent les gauches occidentales sur leur position vis-à-vis du conflit entre la Russie et l’Ukraine. Source : Le Courrier d’Europe centrale