• Ernest Mandel, Initiation à la théorie économique marxiste, 1964
    https://ernestmandel.org/francais/ecrits/article/initiation-a-la-theorie-economique-marxiste?lang=fr

    Pour les débutants c’est une meilleure introduction que Salaire, prix et plus-value de Karl Marx qu’on comprend sans problème après avoir étudié le petit livret d’Ernest Mandel.

    Salaire, prix et profit
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626.htm

    Introduction au texte allemand (l’original est en anglais) par Thomas Kuczinsky
    https://www.vsa-verlag.de/uploads/media/www.vsa-verlag.de-Marx-Lohn-Preis-und-Profit.pdf

    In der Sprache des Originals wurde der Vortrag erstmals 1898 von seiner Tochter Eleanor veröffentlicht, und zwar unter dem Titel Value, price and profit (Wert, Preis und Profit). Eine historisch-kritische Edition erschien in der Marx-Engels-Gesamtausgabe sowohl in Band II/4.1, Berlin 1988, S. 385 –432, als auch in Band I/20, Berlin 1992, S. 143 –86.

    Ebenfalls 1898, aber schon etwas früher, erschien die erste deutsche Übersetzung des Vortrags unter dem Titel Lohn, Preis und Profit in der Zeitschrift Die Neue Zeit (Stuttgart), Jg. 16, Bd. 2, Nr. 27 –31. Sie wurde ab 1908 auch als selbständige Broschüre mehrfach aufgelegt. Der Vermerk »Übersetzt von E.R. Bernstein« weist nicht allein, wie allgemein behauptet, auf den berühmt-berüchtigten Eduard Bernstein hin, sondern ebenso auf dessen Ehefrau Regina (zu Datierung und Urheberschaft vgl. Der Briefwechsel Eduard Bernsteins mit Karl Kautsky, 1895 –1905. Hrsg. v. Till Schelz-Brandenburg. Frankfurt/M., New York 2003, S. 439, 585 u. 589/90).

    Während der von Eleanor Marx gewählte Titel mehr der Logik der
    Marx’schen ökonomischen Theorie entspricht, rückt der von den Bernsteins gewählte Titel den eigentlichen Streitpunkt, also Ausgangspunkt und Anlass, in den Vordergrund, ist somit der durchaus zugkräftigere, was wohl auch der von Marx mit dem Vortrag verfolgten Absicht eher entsprochen hätte. Er ist deshalb in der Neuveröffentlichung beibehalten worden.

    Karl Marx - Lohn, Preis, Profit
    http://www.zeno.org/Philosophie/M/Marx,+Karl/Lohn,+Preis,+Profit
    ou
    https://marx.works/me16/me16_101.htm
    #économie #marxisme

  • L’#écologie de la carte bleue

    "Et si le consommateur, en réalité, n’y était pour rien, ou pour pas grand chose dans la terrible situation que nous vivons ? Et si le consommateur n’était pas lui-même « produit », ou inventé ? Et s’il fallait parler de « surproduction » plutôt que de « surconsommation », et rayer pour toujours ce mot de notre vocabulaire politique ?"

    Quand la jeunesse s’engage en écologie, quelques singes savants croient bon de faire remarquer que les jeunes feraient bien de commencer par « moins consommer », « s’acheter moins de vêtements » ou « jeter leur smartphone » avant de prétendre donner des leçons aux gouvernants.

    Cette même sagesse demi-habile s’oppose à toute élucubration anti-capitaliste en écologie en rétorquant systématiquement : « c’est bien beau de critiquer le #capitalisme, jeune fille, mais nous sommes tous responsables dans cette société consumériste ! si on n’avait pas trois télés et quatre ordinateurs par foyer, on pourrait critiquer le système ! »

    On retrouve jusq’au cœur des mouvements écologistes cette #auto-flagellation militante sur le thème de la « consommation », de la « surconsommation », voire de « l’#hyperconsommation ». Agir sur la consommation apparaît à nombre d’individus et d’organisations comme une solution simple et à portée de main, et donc comme un objectif politique intéressant : on fait donc des die-in dans les centres commerciaux, on bloque les McDo, on appelle au boycott ou à une consommation « bio et équitable ».

    Tentons une idée provocante : et si le consommateur, en réalité, n’y était pour rien, ou pour pas grand chose dans la terrible situation que nous vivons ? Et si le consommateur n’était pas lui-même « produit », ou inventé ? Et s’il fallait parler de « surproduction » plutôt que de « surconsommation », et rayer pour toujours ce mot de notre vocabulaire politique ? Et s’il fallait cesser d’agir en consommateur pour agir vraiment ? Donnons une chance à ces hypothèses, avec ce texte.

    Parmi les idées reçues les plus tenaces en écologie, il y a l’idée que la « surconsommation »1 serait le principal moteur de la destruction de l’environnement. L’humanité, prise comme « somme d’individus humains » sans tenir compte de ses hiérarchies ni de ses conflits internes, se serait rendue coupable, au fil des siècles, de « consommer » beaucoup trop de ressources naturelles. Un jour spécifique marque même le moment de l’année à partir duquel « l’humanité » commence à « surconsommer » : le jour du dépassement, qu’on atteint désormais dès juillet. Et combien de fois n’a-t-on pas entendu que les feux en Amazonie étaient directement causés par les steaks dans « nos assiettes » ?

    Nous soutenons, en revanche, que la théorie de la surconsommation vise à réduire la pratique écologiste à des choix de supermarché, à des petits ajustements dans un quotidien qui ne change pas vraiment, à une sorte d’écologie de la carte bleue. Alors que l’écologie pourrait aussi bien être une révolte contre les rapports sociaux et économiques à l’origine de la destruction du vivant. Le discours sur la « surconsommation » produit des sujets qui ne se conçoivent que comme des consommateurs coupables2. Il maintient l’écologiste dans le carcan de la société marchande, alors qu’il devrait s’en extirper, construisant avec d’autres les solidarités nécessaires pour faire naître un monde sans Amazon ou Intermarché. L’idée de surconsommation nous met des ornières et des chaînes qu’il nous faut arracher.

    En réalité, le consommateur en tant que figure historique apparue lors des deux derniers siècles n’y est pour rien (ou presque) dans la crise écologique que nous traversons. Le consommateur en tant que tel et les comportements qui lui sont associés n’ont d’ailleurs pas toujours existé, ni toujours été conçus comme tels : on voit apparaître les grands magasins et les réclames au XIXe siècle, et la consommation jadis réservée aux bourgeois se répandit finalement aux classes populaires lors de la première moitié du XXe siècle. La « naissance » du consommateur a servi à deux choses : écouler le surplus de marchandises produites par le capitalisme, et réintégrer les gens dans les rapports marchands sur leur temps de loisir, fraîchement arraché par des luttes sociales, pour couper court à tout ennui improductif ou désir de révolte. D’une certaine manière, la « consommation » a étendu le travail sur le temps de loisir, de sorte que nous continuons à travailler au bon fonctionnement de l’économie une fois sorti du bureau ou de l’usine.

    Dans l’imaginaire culturel de pas mal d’Occidentaux, le consommateur est assimilé à une sorte de zombie impuissant, incapable de se distinguer de la masse et se précipitant sur la marchandise lors des périodes de soldes. Cette image répond parfois au besoin des plus riches de stigmatiser la consommation des classes populaires, tout en se revendiquant d’une consommation plus intelligente et éclairée. Cependant, nous pourrions reprendre la figure du zombie à notre compte afin de caractériser l’impuissance et la passivité de ceux et celles dont le seul horizon politique se réduit à « consommer mieux » ou « moins ».

    Si l’on veut que l’écologie tape là où ça fait mal, elle devra cesser de tracer une ligne de séparation artificielle entre la « surconsommation » et la surproduction là où elles ne sont que trop intimement liées : la surconsommation est avant tout un effet de la surproduction. Mais ce n’est pas suffisant. Car la surproduction est aussi un effet, ou plutôt un problème chronique du capitalisme, qui a besoin de transformer de plus en plus de choses et de personnes en marchandises pour créer de la valeur. Il n’y a rien d’autre, derrière la « surconsommation » que la compulsion de croissance qui est inhérente au capitalisme. Si on peut toujours réduire sa consommation individuelle, le capitalisme aura toujours besoin que la consommation totale augmente, pour que la croissance continue.

    Le consommateur n’est donc pas une personne autant qu’il est une figure, un instrument de logiques qui dépassent son individualité. Cette distinction entre l’individu et la figure telle qu’elle est construite socialement va se révéler fondamentale pour la suite. Car si on peut absoudre en grande partie le consommateur de sa responsabilité dans la « crise écologique », il n’en faut pas moins l’assassiner ! Assassiner en nous le consommateur, cela veut dire donner une chance à l’humain se cachant sous l’identité désuète de producteur ou de consommateur, qui l’écrase tel un rocher ; faire exploser le carcan de la consommation, pour redécouvrir la multiplicité des activités et des actions nécessaires à une reprise en main de la question écologique.
    Existe-t-il un « choix de consommation » ?

    Prenons au mot l’idée de « surconsommation » : très bien, vous prétendez que nous, les petits individus, nous serions coupables de trop consommer. Essayons de déterminer à grands traits qui est responsable de quoi. Quelle est la position du consommateur dans l’économie ? Est-ce une position démocratique, depuis laquelle le consommateur peut décider, influer sur le cours du monde, arrêter la destruction des forêts et l’exploitation des pauvres ?

    A) Le « consommateur » arrive en bout de chaîne, une fois que tout a été choisi pour lui.

    Que s’est-il passé pour que le steak dans lequel croque le « consommateur » provoque des incendies en Amazonie ? Que s’est-il passé pour que l’ordinateur sur lequel je tape enrichisse des milices et exploite des mineurs au Nord-Kivu (Congo) ? Les critiques de la surconsommation ne s’intéressent pas beaucoup au contenu de cette mystérieuse chaîne de causes à effets. La vérité est très simple, tout le monde la connaît : le consommateur ne maîtrise rien du processus de production qui a mené au produit qu’il consomme.

    C’est la définition même du capitalisme, qui ne possède aucun caractère démocratique : une classe d’individus, les capitalistes, possèdent les moyens de production, ils décident donc de ce qui va être produit, et de comment cela va être produit (par exemple, une entreprise – Ikea – va couper illégalement du bois en Roumanie, puis l’importer en France sous forme de meubles). Les autres, les citoyens-consommateurs, sont privés des moyens de production, et sont donc réduits à travailler au service des capitalistes (en coupant du bois illégalement), et à consommer les produits que ces derniers leur proposent (chez Ikea)3.

    « Qu’à cela ne tienne ! » disent certains, « mais les capitalistes ne font que répondre à une demande, il suffit donc de ne plus consommer les produits qui détruisent la planète, et tout ira bien ! » C’est la tactique du boycott. Cette tactique fait l’impasse sur trois points très importants :

    1) L’asymétrie d’information est énorme entre le « consommateur » et les entreprises. Le consommateur, qui consomme hors de son temps de travail, n’a pas forcément les moyens, ni le temps, ni l’envie de devenir un Sherlock Holmes enquêtant sur sa propre consommation4. Même s’il souhaitait mener l’enquête, il aurait bien du mal à surpasser les grandes entreprises, qui elles s’appliquent bien à cacher les effets néfastes de leur activité. Ainsi, ExxonMobil, un géant pétrolier américain, était au courant du réchauffement climatique depuis les années 80, mais a investi massivement afin d’entretenir les doutes sur ce sujet, mentant même à ses investisseurs. De même, on nous présente régulièrement le parfait produit, la parfaite solution, équitable, bio, durable, avant de nous avouer quelques mois ou années plus tard que c’est en fait une catastrophe.

    2) Nous ne « choisissons » pas vraiment de consommer la plupart des choses que nous consommons. Nous naissons tous dans un monde déjà organisé autour des autoroutes, des aéroports, des ports, des centrales thermiques et nucléaires, et où l’économie marche au pétrole. Qui a choisi de construire tout ça ? « Nos parents » ? Ou les « décideurs », les capitalistes, les États ? Ces choix décisifs sur notre « mode de vie » ont été faits par une minorité (blanche et très riche), puis imposés à tout le reste du monde par la violence (colonisation). Qui peut aujourd’hui communiquer sans téléphone, qui peut prétendre à un emploi en périphérie sans avoir une voiture ? C’est le fonctionnement même de l’économie qui rend ces choses nécessaires, pas le fait que les « consommateurs » les consomment.

    3) Or, ce qui est premier dans l’économie, c’est l’offre, non la demande (la production, non la consommation). Car ceux qui ont le pouvoir, ceux qui prennent les décisions importantes, ceux qui produisent artificiellement des besoins par la privation et des normes par la publicité, ceux qui extorquent, qui pillent, qui dépossèdent, qui exploitent, ce ne sont pas « les consommateurs ». Certains organisent l’économie à leur profit, d’autres, les « consommateurs » n’ont le « choix » que de s’y adapter comme ils peuvent. C’est le mode de production dans lequel nous vivons qui est un scandale, et sa hiérarchie fondamentalement anti-démocratique. Le boycott n’a donc de sens que s’il s’étend à tout ce mode de production, et que s’il cherche à inventer d’autres manières de produire.

    B) La consommation des « consommateurs » est la plus petite partie de la consommation

    Enfin, rappelons rapidement qui sont les véritables « consommateurs ». Ceux qui consomment le plus, on l’oublie trop souvent, sont les grands producteurs, les grandes entreprises (les mêmes qui nous poussent à la consommation !). Car pour produire des marchandises, il faut bien consommer. Pour produire, par exemple, un meuble Ikea avec du bois roumain illégalement coupé, il me faut consommer des machines et des salariés pour couper le bois, d’autres pour le transporter, d’autres encore pour le transformer et l’assembler en meuble, et enfin, il me faut consommerdes directeurs marketing, des tonnes de papier, et des spots publicitaires pour que ce meuble se vende (trouve un petit « consommateur »).

    Dans une même logique, quel impact puis-je avoir en prenant des douches courtes, quand 90 % de l’eau est utilisée par l’industrie et l’agriculture ? A quoi sert-il que je me mette au « zéro déchet » quand les déchets des ménages représentent 10 % seulement de la masse totale des déchets produits ?5 Cela ne sert pas à rien, du point de vue d’une démarche personnelle — mais il ne faut pas se mentir sur l’impact de ces « petits gestes ». L’idée n’est pas d’opposer vulgairement « gestes individuels » et « actions collectives », qui pourraient aller de pair dans une optique de révolte contre un monde aliénant dans lequel on cherche d’autres manières d’exister, tout en travaillant à le renverser. Il s’agit uniquement de démanteler les discours nous appelant à faire chacun-e de notre mieux, tout en faisant totalement l’impasse sur les luttes collectives.

    Un rapport du think tank Carbon46 montre qu’avec tous les efforts du monde, des individus « héroïques » restreignant drastiquement leur consommation, mangeant végétarien et local, ne se déplaçant qu’à vélo ou en covoiturage, achetant tout d’occasion, ne réduiraient que 25% de leur empreinte carbone. Notons que ce genre de préoccupations héroïques intéressent surtout ceux qui ont le luxe d’avoir une grosse empreinte carbone, et le loisir de réfléchir à la réduire ; notons ensuite qu’il y a bien d’autres problèmes écologiques que le climat et l’empreinte carbone (pollution des océans, épuisement des sols, extinction des espèces, etc.) ; ajoutons enfin que ce chiffre de 25% est une parfaite (et fausse) abstraction : cette « étude considère l’empreinte carbone d’un ‘Français moyen’. Elle est égale à l’empreinte carbone du pays divisée par le nombre d’habitants [on fait donc abstraction de tous les rapports économiques de hiérarchie évoqués plus haut]. Ce Français moyen n’existe évidemment pas : il n’est qu’une vue de l’esprit qui permet de manipuler des données commodes [et qui a le malheureux effet de rapporter à des individus ce qui pourrait être rapporté à des entreprises, à des décideurs, à des choix historiques] ».

    La marge de « choix » du consommateur est donc extrêmement réduite. Consacrerait-il toute sa vie de consommateur à moins consommer qu’il ne changerait pas grand-chose à l’affaire. Là où le consommateur se prive d’une dizaine de trajets en avion dans sa vie, un zadiste, en bloquant la construction d’un aéroport, empêche des milliers de trajets en avion d’avoir lieu. Mais un zadiste, précisément, n’agit pas en consommateur. Pourquoi veut-on que nous agissions en consommateurs ? Y avait-il des consommateurs au Moyen-Âge, y en a-t-il sur les îles Andaman, où vit le peuple des Sentinelles7 ? Non. C’est donc qu’ils ont été inventés et produits à un moment de l’histoire. Qui a eu cette mauvaise idée ?
    Qui a inventé les surconsommateurs ? Les surproducteurs

    « La société de consommation, c’est aussi la société d’apprentissage de la consommation, de dressage social à la consommation–c’est-à-dire un mode nouveau et spécifique de socialisation en rapport avec l’émergence de nouvelles forces productives. »

    La Société de Consommation, Jean Baudrillard.

    L’invention de la figure et des comportements du consommateur correspond à une période bien précise de l’histoire économique. Sans avoir l’ambition d’en faire une analyse très détaillée, pointons-en rapidement les grandes lignes. Il y a d’abord une cause économique à l’invention du consommateur, c’est la nécessité d’écouler un surplus de marchandises. Ce besoin d’écouler la surproduction, de trouver des débouchés est une contrainte inhérente au mode de production capitaliste : pour créer de la valeur, il faut produire des marchandises, et il faut que ces marchandises soient achetées. Puisque le mode de production capitaliste carbure à la croissance (on investit pour récupérer une plus-value), il produit toujours plus de marchandises, peu importe la demande. Si la demande ne suit pas, il faut donc la créer artificiellement : c’est là qu’interviennent la publicité, les hausses de salaire, la baisse du temps de travail, les politiques fordistes et keynésiennes — et donc, la figure du consommateur : pour écouler le surplus de marchandises.

    Il y a aussi une cause politique : au début du XXe siècle, les luttes sociales et le spectre du communisme ont forcé les États et les capitalistes à faire des « concessions » (baisse du temps de travail, systèmes de protection sociale). L’invention du consommateur a donc répondu à un besoin politique : que les individus libérés sur leur temps de loisir ne passent pas ce temps à être heureux et improductifs, à faire des émeutes ou la révolution — non, bien mieux, qu’ils le passent à continuer à travailler pour les capitalistes : à consommer. Il n’y a là aucun « désir naturel de consommer » : placés sous tutelle de l’État qui revendique le monopole de la solidarité avec ses programmes de protection sociale (en cours de démantèlement), privés de nos amitiés par l’atomisation du travail, de l’urbanisation et des logements, qui structurellement empêchent toute vie commune, nous sommes forcés à la solitude, dont la seule échappatoire misérable consiste en la consommation effrénée des fragments de la vie des autres, que ce soit des séries Netflix ou des photos sur Instagram.

    Dans L’événement anthropocène, les chercheurs Jean-Baptiste Fressoz et Christophe Bonneuil montrent que la société de consommation et l’American way of life ont entièrement été produits par des dispositifs matériels et institutionnels au tournant des XIXe et XXe. Pour écouler le surplus de marchandises des usines tayloriennes, on commence à mettre des « marques » sur les produits, on encourage la vente par correspondance, on crée des supermarchés et des self-services ; la publicité, succédant à la réclame, fait l’apologie de la consommation comme mode de vie et marqueur de normalité sociale (elle suggère au consommateur qu’il souffre de défauts à corriger : il a besoin de cette pommade anti-ride).

    En même temps, la consommation de masse sert tout à fait explicitement à discipliner les travailleurs dans les usines : pour contrer l’absentéisme, Henry Ford crée la « journée à 5 dollars », et les grandes entreprises comme Ford, General Motors et General Electric mettent en place le « crédit à la consommation » (« acheter maintenant et payer plus tard ») pour inciter leurs travailleurs à acquérir leurs biens de consommation. La réparation, le recyclage, la sobriété sont présentés comme néfastes pour l’économie nationale, tandis que la consommation ostentatoire, la mode, l’obsolescence deviennent des pratiques respectables. Les syndicats finissent par trahir leurs idéaux révolutionnaires, et se contentent de revendiquer l’indexation des salaires sur les prix pour augmenter la consommation.

    Dira-t-on que les gens « surconsomment » beaucoup trop de trajets en voiture ? Le livre Road and Rail montre comment la centralité de la voiture dans l’urbanisme contemporain a été imposée partout au début du XXe (par des grandes compagnies et les Etats) malgré de fortes résistances de la population, alors que le tramway était le mode de transport (en commun) majoritaire. Dira-t-on que les gens « surconsomment » du chauffage, de l’électricité, des machines domestiques, depuis leurs petites maisons périurbaines ? Tout cela est le fruit de politiques publiques et du lobbying d’entreprises qui ont poussé activement les gens à devenir des « petits propriétaires » de lotissements de banlieue alimentés au tout-électrique (voir The Bulldozer in the Countryside, d’Adam Rome). Dira-t-on que « l’humanité » et « les consommateurs » ont été bien mal avisés le jour où ils se sont assemblés démocratiquement pour « choisir » le pétrole comme carburant du capitalisme ? Le livre d’Andreas Malm, Fossil Capital et celui de Timothy Mitchell, Carbon Democracy, démontrent que le choix des énergies fossiles, et en particulier celui du pétrole, a été le fait des classes capitalistes occidentales qui l’ont imposé à toute la planète, par la violence et au mépris de toute démocratie. Carbon Democracy revient par ailleurs sur la notion de « développement », qui plutôt que de représenter une volonté de progrès communément admise comme positive, cachait une volonté clairement colonialiste d’insérer les territoires et peuples victimes des impérialismes dans la division du travail global, tenue ensemble par une machinerie fonctionnant à base d’énergies fossiles8.
    Sauver la vie, tuer le zombie

    Tout a donc été fait pour qu’il soit extrêmement pénible au consommateur de résoudre le problème écologique. La figure et les comportements du consommateurs ont même été produits, pourrait-on dire, pour être impuissants, pour répondre sagement aux besoins de l’économie. Arrivés à ce point, nous jugeons donc le consommateur : non coupable de la catastrophe écologique qu’est notre monde.

    Le consommateur n’est pas coupable, certes, mais il faut tout de même le condamner à mort. Tous les bons films de zombies sont des films sur la société de consommation (voir l’excellent Zombie de Georges Romero). Le consommateur est cette créature étrange, à peine vivante, qui peuple les rues, les supermarchés, les parcs de loisir, les yeux dans le vide ou rivés sur son téléphone, faussement satisfaite, irrémédiablement solitaire et impuissante. Qui peut devenir agressive si on la contrarie dans son malheur. Retrouver un pouvoir d’action en écologie suppose une dézombification collective : il faut tuer en chacun de nous le consommateur.

    Voici donc quelques pistes et méthodes qui seront très utiles à cet effet. D’une part, le consommateur est produit de l’extérieur. Rien de plus efficace que de massacrer les consommateurs à la source, là où ils sont produits. On pourrait donc croire qu’il faut s’attaquer à la publicité, et à vrai dire les actions anti-pub sont toujours très réjouissantes, mais le cœur du problème n’est pas là. Dans une économie capitaliste, nous sommes des consommateurs avant tout parce que nous ne possédons pas et ne maîtrisons pas les moyens de production. Nous ne savons plus produire nos propres vêtements, notre propre nourriture, notre propre maison, comme tout le monde savait le faire il y a quelques siècles. On cessera donc d’autant plus d’être des consommateurs qu’on aura exproprié ceux qui s’accaparent les moyens de production, et qu’on se sera réapproprié collectivement les savoir-faire et les techniques nécessaires à une vie commune libre (jardiner, cultiver, coudre, construire, réparer, etc.).

    D’autre part, le consommateur nous tient de l’intérieur, quand nous sommes incapables de concevoir l’action écologique autrement que comme un acte de consommation (consommer moins, consommer mieux, et cela inclut le vote dans une démocratie libérale, qui n’est qu’un acte de consommation politique). Le consommateur est une figure inoffensive, il ne peut agir qu’en négatif en arrêtant de consommer tel produit. Il ne peut que s’indigner d’avoir été dupé quand on lui a fait manger du steak de cheval. Tuer le consommateur qui sommeille en nous ne signifie pas « arrêter de consommer » mais arrêter d’agir en consommateur, donc reconsidérer l’éventail des possibles dans les modes d’action. On ne fait jamais mieux pour son empreinte carbone ou pour l’écologie en général que lorsqu’on bloque des grands projets inutiles, et il y en a des tonnes sur le territoire français9.

    On ne redira jamais assez la richesse de ce que fut la ZAD de Notre-Dame-des-Landes du point de vue de l’action : recours juridiques, blocages économiques, mobilisations de masse, émeutes en centre ville, journées de conférences et d’accueil sur la zad, sabotage de nuit, construction de cabanes et de monuments artistiques, agriculture, musique, « non-marché » à prix libre, freeshop, convergence des luttes, tout cela a activement contribué à bloquer le projet d’aéroport, et à produire d’autres modes de vie. On ne trouve là rien qui relève de la « consommation », et ce fut la plus grande victoire de l’écologie française depuis bien longtemps.

    Il nous faut aussi poser sérieusement la question du renversement des institutions en place. On voit mal ce que pourraient faire une somme de consommateurs solitaires ou d’électeurs-tous-les-cinq-ans contre une chose aussi énorme que le système économique qui détruit la planète. Les gilets jaunes, les marches et les occupations sont un bon début — pour l’instant en échec, il est vrai : travaillons à offrir une suite grandiose !

    –—

    Notes

    1.↑Voir cet excellent article : https://theconversation.com/face-a-lurgence-climatique-mefions-nous-de-la-sur-responsabilisatio

    2.↑Sur la « production des consommateurs », il peut être utile de lire Marx :https://www.marxists.org/francais/marx/works/1857/08/km18570829.htm ; Debord, La Société du spectacle ; ou Louis Pinto, L’invention du consommateur.

    3.↑A propos de ces histoires de bois, voir : https://www.greenpeace.fr/bois-illegal-en-amazonie-la-france-impliquee ; https://www.greenpeace.fr/special-cash-investigation-les-forets-menacees-par-une-razzia-sur-le-bois

    4.↑NB. Sur ce point, nous ne revenons pas sur le postulat selon lequel il existerait des manières de consommer (et donc de produire) plus ou moins néfastes, certaines bienveillantes, voire bénéfiques et éthiques, et d’autres non,—au contraire, la notion même de consommation « éthique » n’est qu’un mythe capitaliste, le monde marchand y étant forcément régi par les logiques de l’exploitation du vivant. Par exemple, il n’existe pas encore de véritable produits « vegan », puisqu’à plusieurs endroits de leurs chaînes de production, ces produits reposent encore sur l’utilisation de fumier ou d’autres produits d’origine animale.

    5.↑Les lieux communs sur les différences de consommation entre individus et entreprises sont tirés d’un recueil de lieux communs : Cyril Dion, Petit manuel de résistance contemporaine.

    6.↑Le rapport de Carbon4 : http://www.carbone4.com/wp-content/uploads/2019/06/Publication-Carbone-4-Faire-sa-part-pouvoir-responsabilite-climat.pdf

    7.↑https://fr.wikipedia.org/wiki/Sentinelles_(peuple)

    8.↑Pour aller plus loin, voir deux sources d’inspiration de cet article : le chapitre « Phagocène » dans l’indispensable L’événement anthropocène de Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, et la vidéo de Fressoz : « Transition, piège à cons », https://www.youtube.com/watch?v=lO0r5O4-2wU

    9.↑Pour Paris, à propos de grands projets, voir : https://lundi.am/Contre-les-grands-projets-depuis-Paris-Desobeissance-ecolo-Paris

    https://blogs.mediapart.fr/desobeissance-ecolo-paris/blog/151019/l-ecologie-de-la-carte-bleue-1
    #culpabilité #culpabilisation #surconsommation #surproduction #production #consommation #système #consumérisme #société_marchande #marchandisation #croissance #boycott
    signalé aussi par @monolecte
    https://seenthis.net/messages/1019622

  • L’IA, une machine à dégrader le travail | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/010925/l-ia-une-machine-degrader-le-travail

    « La perspective défendue ici est une invitation à repolitiser la technologie », résume d’emblée Juan Sebastián Carbonell. Si la technologie est politique, c’est parce qu’elle n’est pas que le simple produit d’un « progrès » irréductible de la science. Elle est le fruit de choix sociaux qui sont, eux-mêmes, le produit d’une organisation sociale. En conséquence, il y a des gagnants et des perdants dans toute révolution technologique.
    Comment les technologies s’imposent

    Et cette répartition reproduit la structure de domination de la société. Si une technologie est présentée comme un « progrès » pour la « société », c’est qu’elle est, d’abord et avant tout un progrès pour la « société » telle qu’elle est, c’est-à-dire pour ceux qui dominent ladite société. Tous les autres arguments servent à couvrir cette réalité.

    « Une technologie ne s’impose pas inéluctablement parce qu’elle est plus “efficiente”, mais parce que des acteurs qui contrôlent les ressources économiques, considérant qu’elle correspond mieux à leurs intérêts, décident de lui donner réalité », résume l’auteur. Autrement dit, le changement technologique est toujours construit et il est toujours construit à dessein. C’est précisément ici que l’aspect politique est central.

    La question n’est plus la « disparition du travail », mais bien davantage une « dégradation du travail entre les mains des entreprises ».

    Les technologies en général, et l’IA en particulier, sont donc des phénomènes socialement construits. « Les voies du changement technologique sont multiples », rappelle l’auteur, qui décrit de façon très précise le mécanisme médiatique, économique et politique qui conduit l’IA à devenir incontournable.

    Des « attentes technologiques » se mettent alors en place, lancées par l’industrie et relayées par des médias. Ces attentes forgent un « rêve » et permettent de diriger les financements et les recherches dans un sens très précis. « Les prédictions de l’IA se réalisent, non pas parce que les prédictions sont vraies, mais parce que les bons acteurs se saisissent des bonnes promesses au bon moment », résume Juan Sebastián Carbonell.

    • Pour mémoire (la mienne surtout), un peu de « théorie »

      https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-2C.htm

      Un chapitre inédit du Capital
      Karl MARX

      Ces particularités du procès capitaliste de valorisation ne sont pas sans entraîner, dans le procès de production, certains changements de la forme réelle du capital, de sa forme de valeur d’usage. Premièrement, les moyens de production doivent être disponibles en une quantité assez grande pour absorber, non seulement le travail nécessaire, mais encore le surtravail. Deuxièmement, l’intensité et l’extension du procès de travail réel s’en trouvent modifiées.

      Les moyens de production utilisés par l’ouvrier sont certes la propriété du capitaliste et, comme nous l’avons déjà montré, ils s’opposent, en tant que capital, au travail, qui est l’expression même de la vie de l’ouvrier. Mais, il n’en reste pas moins que c’est l’ouvrier qui les utilise dans son travail. Dans le procès réel, il use des moyens de travail comme d’un support de son travail, et de l’objet du travail comme d’une matière dans laquelle son travail se manifeste. Ce faisant, il transforme les moyens de production en la forme appropriée du produit.

      Mais, tout change, lorsqu’on examine le procès de valorisation. Ici, ce n’est pas l’ouvrier qui utilise les moyens de production, mais les moyens de production qui utilisent l’ouvrier. Ce n’est pas le travail vivant qui se réalise dans le travail matériel comme en son organe objectif, mais le travail matériel qui se conserve et s’accroît, en absorbant du travail vivant, si bien qu’il devient valeur créant de la valeur, capital en mouvement.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_de_la_valeur_(marxisme)

      La théorie de la valeur est un concept marxiste d’analyse et de critique de l’économie. Karl Marx reprend partiellement l’idée de la valeur-travail développée par David Ricardo, mais la complète par une critique radicale (en utilisant la notion de travail abstrait) : la valeur d’un bien dépend de la quantité de travail direct et indirect nécessaire à sa fabrication. Marx utilisera le terme de « quantité de travail socialement nécessaire », la quantité de travail moyenne, changeante au fil du temps et qui explique les fluctuations des prix, une distinction fondamentale avec les théories de la valeur précédentes. Mais alors que Ricardo considère le travail comme une marchandise ordinaire[1], Marx juge impropre l’expression « valeur du travail », puisque le travail est à l’origine de toute valeur d’échange. Pour autant, Marx précise que « Le travail n’est pas la source de toute richesse. La nature est tout autant la source des valeurs d’usage (qui sont bien, tout de même, la richesse réelle !) que le travail, qui n’est lui-même que l’expression d’une force naturelle, la force de travail de l’homme »[2].

      Pour Marx, les salaires ne représentent pas la valeur du travail mais la location de la force de travail du salarié (Arbeitskraft). Il propose d’expliquer l’origine du profit de la façon suivante : de la valeur nouvellement créée, le salaire du travailleur ne représente que la part nécessaire à sa propre survie, le reste constituant la plus-value qui est empochée par les capitalistes.

      Egalement, selon l’économiste marxiste Isaak Roubine, la théorie de la valeur selon Marx doit être comprise en lien avec le concept de fétichisme de la marchandise : la « théorie du fétichisme est, per se, la base de tout le système économique de Marx, et en particulier de sa théorie de la valeur »[3].

      #théories_de_la_valeur #travail_mort #capitalisme #libéralisme #plus-value

  • Marx et la question juive : Retour d’un procès anachronique
    https://www.nonfiction.fr/article-4435-marx-et-la-question-juive-retour-dun-proces-anachronique.htm
    Très intéressante comparaison de l’émancipation juive au dix neuvième siècle en France et Allemagne à travers une critique du livre malhonnête d’André Sénik « Marx, les Juifs et les droits de l’homme ».

    D’après ce texte il y a quelques omissions et différences non-négligeables entre le texte allemand
    Zur Judenfrage , 1843
    http://www.mlwerke.de/me/me01/me01_347.htm
    et sa traduction française
    La Question Juive
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1843/00/km18430001c.htm

    28.3.2011 par Frédéric MÉNAGER-ARANYI - Un ouvrage qui place la judéophobie au cœur de la pensée de Marx. Une thèse sans nuances, peu propice au débat et souvent simplificatrice sur le rapport de Marx à sa judaïté, plus complexe qu’il n’y paraît.

    Il n’est pas rare que des anciens staliniens repentis, deviennent les premiers contempteurs de leur ancienne foi.
    La démarche est souvent courageuse, lucide et instructive. Chez un auteur comme François Fejtö, elle s’accompagnait au cœur des années 70 d’un travail d’historien des démocraties populaires sans concession, tout en demeurant d’une fidélité exemplaire à une gauche démocratique que le stalinisme abhorrait par dessus tout. Il est d’autres attitudes beaucoup plus radicales qui consistent à prendre le contre-pied de ses anciennes passions. Chez Annie Kriegel, mère spirituelle de ce courant et redoutable apparatchik du PCF dans sa jeunesse, elle s’accompagnait d’un talent d’historienne reconnu qui éclate dans son livre ethnographique "Les Communistes" et d’un revirement politique clairement affiché.

    André Senik est de cette dernière famille de pensée, décidée à régler son compte au marxisme en même temps qu’à son passé. Ancien militant du PCF, Il a été un des leaders de ce qu’on a appelé à l’ époque le groupe des "italiens" de l’ UECI qui souhaitaient voir le PCF évoluer vers les positions du PCI et entamer une critique de l’ URSS ainsi qu’une libéralisation interne.
    Il est désormais membre du comité de rédaction de la revue "Le meilleur des mondes", née du rapprochement de plusieurs intellectuels ayant quitté l’extrême-gauche et se regroupant autour d’une analyse de la situation internationale fondée sur le choc des attentats du 11 septembre. Cela valut à cette revue quelques polémiques lors du déclenchement de la guerre en Irak lorsque ses rédacteurs soutinrent la position américaine.
    Cette mouvance est souvent présentée aujourd’hui comme un bastion du néo-conservatisme à la française.

    L’émancipation contre les Droits de l’Homme

    Il faut tout d’abord reconnaître les vertus formelles de ce livre.
    La première d’entre elles est la clarté du raisonnement et de la thèse défendue, l’exposé d’André Senik obéissant à un fil conducteur bien identifié.
    Souvent synthétique et accessible, agréable à lire, Senik a indéniablement trouvé un ton serein et posé.
    Développé de manière pédagogique, son propos s’articule autour du concept d’émancipation développé par le jeune Marx, pour en contester la teneur et tenter de prouver que ce concept contient en germe toute la violence inhérente au marxisme et aux régimes qui s’en réclameront.

    Pour cela il faut différencier l’émancipation humaine, concept utilisé par Marx, qui s’appliquerait à l’essence générique de l’homme, de l’émancipation politique qui serait le fruit de la déclaration des droits de l’homme et se fonderait sur une anthropologie individualiste reconnaissant à chacun des droits inaliénables.
    D’un côté, une émancipation qui se rangerait sous la bannière d’un universalisme totalisant, de l’autre un individualisme personnaliste bienveillant qui ferait de l’individu l’objet central de sa conception du monde et serait respectueuse de la liberté de conscience.
    Ainsi, la critique de la religion de Marx laisserait transparaître derrière le terme d’émancipation un refus de la liberté de croyance. La politique antireligieuse des démocraties populaires serait donc directement liée par exemple à la philosophie de Marx bien que Engels ait, pour sa part, critiqué toute forme de mesures de rétorsion sur cette question précise.
    Sénik nous rappelle par la suite que Marx n’appréciait guère les Droits de l’homme.
    Quelques décennies de rhétorique marxiste autour de la distinction entre droits formels et réels auraient suffi à nous rappeler que le philosophe de Trèves et ses disciples proclamés n’ont jamais été des tenants du libéralisme politique.
    Cet aspect de la pensée de Marx ne sera donc pas véritablement une révélation pour des lecteurs avertis.
    A l’exception, donc, de sa focalisation sur le concept d’émancipation, on ne trouvera rien de très bouleversant dans le premier tiers du livre. Toutefois, c’est ce concept, précisément, qui va amener André Sénik à développer son interprétation ultérieure et à cristalliser son opposition à la pensée de Marx.

    C’est donc dans un deuxième temps que l’auteur décide de passer à un degré supérieur.
    Il est désormais visible grâce à une analyse de "sur la question juive", un des premiers livres de Marx, que ce dernier, petit fils de rabbin, né de père et de mère juive, symbole aux yeux des nazis du caractère "enjuivé" du communisme, que ce Marx-là est rien moins qu’un des grands initiateurs de la haine antisémite moderne. Pour convaincre le lecteur, convoqué comme juré de l’histoire, on ne lésine pas sur l’exposé des preuves toutes issues de "la question juive", placées sous nos yeux en évidence et ne pouvant nous laisser d’autre choix que l’acquiescement au propos ou la complicité avec l’accusé.

    Rarement une lecture, jusqu’alors assez banale sans être inintéressante, n’aura si soudainement donné la désagréable sensation d’une prise d’otage de son lectorat, d’une convocation forcée devant le tribunal de l’histoire sans délibération ni recul.
    Il nous faut soudain partager le verdict de l’auteur qui ne cherche pas tant à convaincre qu’à imposer son point de vue en isolant les phrases les plus choquantes, en évoquant les témoignages les plus navrants.

    Que "Sur la question juive" soit un livre qui provoque le malaise, nul ne le niera.

    L’expression y est souvent violente et bien que juif, Marx emploie à l’ égard de l’univers dont il est issu des termes blessants particulièrement insupportables à des esprits contemporains.
    Qu’ André Senik en propose une lecture dé-concontextualisée, dénuée de toute perspective critique, sans jamais replacer l’ouvrage dans l’économie générale de l’œuvre, ni dans le contexte historique et intellectuel de son temps s’apparente néanmoins à du littéralisme pur et simple.
    On remarque également que les éléments biographiques sont également passés sous silence sauf lorsqu’ils sont favorables à la démonstration et servent de pièce à conviction.
    Peu importe que Marx ait été le disciple de Moses Hess, ancêtre du sionisme, puisqu’il détestait Lassalle, haine non pas politique mais judéophobe, bien entendu.
    D’ailleurs Engels était lui aussi atteint du même mal judéophobe : Peu importe également qu’il ait consacré un ouvrage à critiquer le philosophe Eugen Dühring et théorisé l’incompatibilité entre socialisme et antisémitisme. Rien ne vaut une belle phrase tronçonnée, hachée au sécateur, isolée dans une correspondance, pour établir un acte d’accusation.
    La procédure est donc à charge sans que les éléments de la défense puissent être produits.

    Il s’ensuit une peu convaincante analyse psychanalytique du cas Marx.
    Aux humiliations subies par son père s’ajouterait une haine de sa propre judaïté, poids social dont Marx aurait voulu se soulager en construisant sa théorie autour de l’émancipation hors de la Judaïté de la Société toute entière. Il aurait ainsi projeté sur le monde sa problématique personnelle. Le marxisme serait donc la grande névrose d’un juif honteux.
    Cette interprétation, s’agissant d’un homme décédé avant l’avènement de la psychanalyse, fera sans doute rêver les amateurs d’uchronie imaginant Marx sur le divan du Dr Freud, est elle d’un grand secours dans l’explication théorique ? N’est ce pas plutôt réduire une pensée à un simple symptôme ? C’est d’ailleurs ce terme de "symptôme" que l’auteur emploiera lorsqu’il s’agira de délégitimer toute interprétation non-littérale du texte marxien en particulier, la lecture althussérienne, sans doute une des plus subtiles et des plus abouties théoriquement.

    La critique des défenseurs de Marx

    On aurait aimé que Karl Popper, grand adversaire du marxisme s’il en est, ait pu tenir ce livre entre ses mains, il y aurait vu une vérification de ses thèses sur la notion de falsifiabilité.
    Que la démarche de l’auteur soit politique avant d’être critique éclate dans ce fait : pas de critique de la critique possible puisque celles-ci sont par avance déconstruites et surtout délégitimées politiquement et moralement.

    Non seulement la défense de Marx ne serait pas "morale" mais,de plus, serait de l’ordre de l’aveuglement volontaire, issue d’une mauvaise foi toute sartrienne. Ainsi, Sénik utilise le terme de lecture "symptomale" pour regrouper ceux qui, avec Althusser, refuseraient de s’arrêter à l’ évidence du texte et demeureraient dans le déni.
    Dans l’économie générale de la thèse du livre, la critique de l’ Althussérisme est d’ailleurs une étape majeure sur laquelle repose l’économie de la démonstration.
    En effet, admettre que l’oeuvre de Marx serait faite de ruptures épistémologiques ou simplement d’un affinement progressif ruinerait l’hypothèse selon laquelle la vérité du marxisme tout entière résiderait dans "la question juive", dont elle serait sortie telle Athéna casquée du cerveau de Zeus.

    Il faut donc invalider la thèse de la coupure épistémologique entre un jeune Marx post-hégelien et un Marx "scientifique".

    L’ habituelle caricature de la thèse althussérienne dite de l’"Anti-humanisme théorique" est encore une fois présentée de manière ironique alors qu’elle est simplement une transcription en vocabulaire structuraliste de l’abandon progressif par Marx de certaines positions qui relevaient encore d’une forme d’idéalisme lors de ses premiers écrits. Marx a effectivement délaissé la centralité du sujet dans le processus historique d’aliénation dépeint dans ses oeuvres de jeunesse pour laisser place à une société vue comme un ensemble structurel de rapports invariants. Les révolutions seraient les épiphénomènes évènementiels des brusques transformations de rapports entre les éléments de la structure. A ce titre, l’interprétation althussérienne en introduisant au sein du marxisme des processus historiques non dialectiques et une discontinuité se veut profondément novatrice.

    L’ "Anti-humanisme théorique" de Marx version Althusser n’est donc pas une apologie du totalitarisme, contrairement à des interprétations abusives, mais un positionnement scientifique de ce grand lecteur de Marx que fut Althusser.
    Citer "D’une sainte famille à l’autre" de Aron, c’est évidemment recourir à l’un des critiques les plus convaincants d’Althusser. Pour autant, la thèse de Aron est bien plutôt un plaidoyer pour l’unité de l’oeuvre de Marx et sa cohérence interne. Elle est une contestation de la coupure épistémologique mais pas du caractère évolutif de l’oeuvre de Marx.
    On ne fera pas l’insulte à André Senik de penser qu’il ne maîtrise pas son sujet , le contraire est même évident, il est simplement pris ici en flagrant délit de positionnement stratégique.
    Détourner un concept pour en diminuer la portée, en affadir les significations,c’est aussi ne pas donner à la défense le droit de réplique et clore le débat.

    Ce n’est pas tant le propos d’ André Sénik qui provoque un malaise que la sensation que l’auteur n’a pas véritablement écrit un livre pour susciter le débat, mais au contraire dans le but de l’empêcher en stigmatisant la pensée de Marx sans que l’on puisse nuancer, argumenter ou analyser le discours,
    Le texte d’André Senik ne laisse aucun droit à la distanciation et en cela il semble aussi totalisant que l’idéologie qu’il souhaite dénoncer.

    La postface de Taguieff : l’émancipation, voilà l’ennemi !

    La postface de Pierre André Taguieff se révèle particulièrement emblématique d’une certaine confusion qui règne actuellement entre procès des violences du XXème siècle et condamnation latente de l’ "idéologie"des Lumières jusque dans ses valeurs les moins contestées.

    La notion d’émancipation y subit par exemple une attaque en règle comme concept témoignant d’une violence universaliste qui aurait imposé aux juifs un renoncement à leur identité propre.

    L’attaque est très bien amenée , l’argumentaire de Taguieff est souvent habile et puissamment construit.

    Contrairement aux distinctions qu’effectuait prudemment Senik, dans cette postface, la notion d’émancipation devient soudainement beaucoup plus ambivalente revêtant tantôt un aspect politique et historique et tantôt un aspect philosophique, révélant l’inconscient de la focalisation de Senik sur ce terme.

    On ne s’embarrasse plus de distinguer deux formes d’émancipation, c’est le procès des "Lumières" qui,derrière celui de Marx ,est intenté. Le lecteur fera alors son opinion : Assistons nous à une répartition des rôles, Taguieff achevant le travail initié par Sénik, assistons nous à un abus de position dominante, Taguieff imposant sa propre vision à un Senik plus modéré ou à la révélation par un lecteur avisé et informé de l’inconscient profond de l’ouvrage ?

    Si on demeure en effet dans le domaine des idées pures, la logique d’émancipation relèverait d’une forme progressiste d’assimilation qui exige un certain renoncement aux particularismes et inflige une violence anti-identitaire.

    Elle nierait tout autant l’identité juive que des formes plus coercitives comme la conversion forcée, elle serait une forme d’aliénation impliquant une déperdition nécessaire de la mémoire pour se tourner vers un avenir ayant fait du passé table rase. Entre la violence universaliste chrétienne de Paul de Tarse et Les Lumières, il règnerait une connivence qui viserait à nier l’identité juive pour la recouvrir du voile d’un humanisme chrétien laïcisé dont Marx serait la nouvelle épiphanie.

    L’émancipation, une réalité historique concrète

    Pour autant, si l’on revient à la réalité de la réception historique de l’idée d’émancipation, tout de même sensiblement différente de l’image qui nous en est dépeint. Quittons donc le ciel des idées désincarnées pour rétablir quelques faits historiques et les nécessaires proximités entre les deux formes.

    La question de l’émancipation au sein de la communauté juive allemande répondit à plusieurs impératifs : Le premier fut celui de la pauvreté et de la marginalisation sociale et politique, le second, celui de la première crise de modernité qui affecta toutes les religions implantées en Occident au cours de la période 1750-1850 et résulta d’une confrontation directe entre les avancées scientifiques, y compris en matière de science historique, et les grands récits religieux.

    Ainsi, En Allemagne, lorsque Karl Marx écrit sa "question juive", et contrairement à la France, où l’Etat napoléonien prit en charge l’intégralité du processus d’émancipation, ce sont les juifs eux mêmes qui formulent les axiomes de leur aspiration à la citoyenneté ainsi qu’aux évolutions religieuses, questionnements qu’ils vont souvent accoler l’un à l’autre.
    C’est donc tout un pan du judaïsme allemand qui va adopter la position réformée et émancipatrice mais aussi une importante partie de l’orthodoxie qui acquiesce au "projet émancipateur" y compris dans sa dimension universaliste par volonté de conciliation avec les Nations et l’Etat séculier.
    Dans ce processus, dont Moses Mendelssohn fut un père fondateur, ce sont les rabbins allemands, qui jouèrent le rôle de vecteur et de propagateur de ce débat quelle que puisse être leur sensibilité, libérale, conservatrice ou orthodoxe "moderne".

    Interrogés par la modernité philosophique, les juifs élaborent leurs propres réponses au discours des Lumières, mieux, ils participent à l’élaboration de ce discours à leur tour, en adoptant une vision juive de l’universalisme fondé sur la non-contradiction entre loi religieuse et autorité civile.
    Ainsi, contrairement à ce qu’affirme P-A. Taguieff dans sa critique de P. Birnbaum, c’est bien ce dernier qui a raison lorsqu’il différencie assimilation et émancipation, à moins de considérer les rabbins allemands de l’époque comme des victimes de la mystification émancipatrice, historiquement aliénés, position finalement très marxiste..........

    En outre, les écrits de Marx prennent place dans une période très ambiguë de l’histoire juive allemande, celle de la fin du reflux post-napoléonien de la conquête des droits des juifs dans les états allemands. C’est un période de grand désespoir collectif et en particulier dans le monde intellectuel où ceux d’entre eux qui, instruits, avaient vu s’ouvrir les portes d’une intégration dans la société environnante, voient cet horizon se refermer brusquement.
    C’est une époque où des juifs comme Heinrich Heine, Rahel Varnhagen, lassés des obstacles qui leur sont opposés, finissent par se convertir. L’époque est la dénégation, au refus de soi-même, à l’absence de perspectives. C’est ce contexte historique qui permet de lire "la question juive" non comme cause du mal mais comme symptôme de ce dernier, témoignage masochiste du mal-être juif en ces années sombres auquel Marx a cru trouver remède par le dépassement vers le messianisme révolutionnaire.

    La question juive : Marx avant Marx ?

    Entre l’influence intellectuelle de la philosophie post-romantique et cette atmosphère de haine de soi due à la réaction anti-libérale du premier dix-neuvième siècle, il faut rappeler donc que la

    Marx se voulut le Feuerbach du judaïsme et confondit ainsi critique de la religion, qui n’a jamais été dans l’histoire une entreprise effectuée sans violence et sans injustice quelle qu’en soit la nécessité sociale, et reprise d’une vision sociologique caricaturale du Juif telle que portée par les représentations dominantes, utilisées avec peu de discernement dans sa critique anti-religieuse. Elle souligne le caractère encore inabouti de sa réflexion économique à l’ époque.

    Le drame de la question juive est de ne pas être un livre suffisamment "marxiste" précisément. Cette oeuvre souligne l’aveuglement de Marx au processus historique qui a amené nombre de juifs à posséder du capital circulant du fait de l’interdiction de la propriété foncière. Fait également très grossi puisque les statistiques historiques montrent que la plupart d’entre eux étaient des artisans et commerçants ruraux.

    Elle souligne également l’incorporation au sens sociologique du terme par un certain nombre de juifs et d’intellectuels de l’époque d’une idéologie préexistante et dominante. Elle montre la soumission intellectuelle du jeune Marx aux présupposés hégeliens voyant le peuple Juif comme "peuple hors de l’histoire", vision développée dans de nombreux écrits.
    Elle témoigne enfin de l’influence négative du romantisme sur la problématique sociale de l’émancipation juive autour de l’idée nationale allemande. La progressive émancipation (osons le mot) de Marx de la logique hégelienne qui préside aux destinées du "Capital" et constitue une coupure dans l’œuvre, n’est donc pas simplement une vue de l’esprit de Louis Althusser. Cette réflexion doit amener à ne pas englober l’ensemble de l’œuvre de Marx sous la marque infamante d’une judéophobie qui en constituerait l’origine, l’essence et la finalité.

    Enfin, simple point de détail sans doute, quel est le sens, au final, de prétendre que Marx était judéophobe, pouvait il l’être, lui, issue d’une lignée de rabbins, à la manière d’un Gobineau ou d’un Vacher de Lapouge ? Prétendre comme on le lit à un moment que Marx est racialiste relève de l’aberration la plus totale, ce dernier n’ayant jamais cru aux races biologiques et, de plus, totalement contradictoire avec la thèse de l’universalisme totalitaire qui implique pour le moins une croyance très forte en l’égalité du genre humain.

    Relire Birnbaum et Aron : un exercice de détachement

    Lire avec lucidité "la question juive" et ne pas sombrer dans l’émotion mais savoir raison garder est une entreprise difficile mais que beaucoup de penseurs juifs l’ont réalisée avec succès.
    Si elle n’innocente pas Marx, cette constatation doit nous permettre d’éclairer sa position de jeunesse due principalement à la forte influence hégelienne antérieure. Il est cependant moins à la mode et moins porteur de nos jours d’attaquer le philosophe d’Iéna.

    La problématique de Marx est une problématique biographique que rencontrèrent de nombreux savants juifs comme l’explique remarquablement P. Birnbaum dans sa "géographie de l’espoir". Ceux-ci en vinrent souvent à bannir de leur horizon de pensée le particularisme juif en cultivant l’indifférence ou, à défaut, l’hostilité.
    Birnbaum avait, d’ailleurs, dans cet ouvrage consacré un chapitre à la problématique de la "question juive" tout aussi peu complaisant pour Marx que le présent ouvrage. Il soulignait même l’incroyable et complaisant phénomène d’autocensure des versions françaises des oeuvres de Marx, ce que ne fait pas Senik, par exemple.
    Par contre, l’analyse demeurait d’ordre explicatif et ne visait pas à tirer de conclusions générales
    Sur cette question, il semble donc préférable pour avoir un regard d’une parfaite objectivité et pas moins critique, de consulter Birnbaum, de plus, mieux documenté.

    En effet, s’il est louable de dénoncer et d’interroger la part de haine de soi que comporte l’ouvrage de Marx et l’entreprise de censure de son oeuvre, on reste dubitatif sur le projet idéologique que porte le livre d’André Senik en arrière-plan.

    Attaquer le concept d’émancipation chez Marx est une chose, laisser subsister suffisamment d’ambiguïtés pour tenter de discréditer le projet progressif des Lumières en est une autre. L’histoire quand elle est sérieusement écrite est heureusement un puissant instrument de démystification qui nous laisse devant quelques faits bruts.
    On ne peut ainsi nier que c’est grâce à l’idée d’émancipation d’abord générique que les juifs obtinrent de considérables avancées quant à leurs droits élémentaires à vivre individuellement quand bien même ce mouvement se serait effectivement centré autour d’un humanisme abstrait anti-particulariste.

    Or, ce livre s’inscrit de manière implicite dans une tendance latente très contemporaine à contester au nom de la logique identitaire toute prétention universaliste et à soutenir la thèse selon laquelle toute vision de ce type est nécessairement une violence envers les particularismes dont la métonymie serait l’antisémitisme. Ce point néglige d’une part, la dimension universaliste du judaïsme et d’autre part l’adhésion sociologique et historique des juifs à un universalisme politique qui comprend nécessairement une part d’universalisme générique, cette séparation étant très artificielle.
    Critiquer le lien entre émancipation politique et émancipation générique chez Marx et adopter cette idée forte contestable pour la renverser en faveur du premier terme semble assez peu conséquent.

    Le risque d’une telle thèse est de légitimer et d’essentialiser les différentialistes, rendant suspecte toute vision républicaine universaliste. Elle tend, en outre, à séparer vision politique et anthropologique rendant impossible scientifiquement tout fondement d’une anthropologie politique, et en second lieu, laisse croire que le Politique est dissociable d’une anthropologie philosophique et donc d’une conception de l’Homme.

    Elle présente en outre une vision caricaturale de l’histoire qui serait, pour résumer, une trajectoire tragique reliant Voltaire à Hitler en passant par Rousseau et Marx.

    Enfin, considérer que la vérité de l’œuvre de Marx réside dans "la question juive" et doit discréditer "le Capital" par exemple est un raccourci à peu près aussi pertinent que de reléguer l’œuvre de Keynes dans le domaine des "gay studies". On ne peut adopter la syllogistique développée par Senik qui consiste à dire a) que la question juive est un livre judéophobe b) que l’œuvre de Marx est un bloc indissociable et continu c) que le Capital est donc un livre contaminé et que le marxisme en général est une doctrine suspecte

    En fait, derrière le revirement idéologique, l’auteur n’a pas perdu le vieux réflexe stalinien qui visait, dans les années 50, à ranger dans le camp du fascisme et du nazisme toute pensée qui n’allait pas dans le sens voulu par les dirigeants de la Place du Colonel Fabien. Si la méthode n’a pas beaucoup changé, l’objet en est désormais l’icône tant adorée par le passé : Karl Marx lui même. Pas plus aujourd’hui qu’hier cette méthode de réflexion n’arrive à nous convaincre, tant elle repose sur l’amalgame et parfois, hélas, le sophisme.

    Et quitte à lire une critique importante de l’œuvre de Marx, mieux vaut en effet relire d’abord Raymond Aron, un de ces juifs universalistes héritier des Lumières tant décriés. On découvrira un penseur qui n’a jamais eu le besoin de recourir à l’argumentaire utilisé dans ce livre et que l’hypothèse d’un Marx "judéophobe" » aurait probablement fait sourire. Enfin, On lira également avec profit un autre Aron, Jacques, cette fois, qui consacra il y a quelques années une étude à la question de l’antisémitisme supposé de Marx pour mieux monter l’anachronisme de cette accusation. On préférera donc avoir tort deux fois avec Aron que raison avec Senik.

    Charles Boyer , Marx et les droits de l’homme
    https://www.cairn.info/revue-l-enseignement-philosophique-2014-3-page-54.htm

    #anticommunisme #antisemitisme #France #Allemagne

  • Marx, Malheur à Juin (Neue Rheinische Zeitung, 29 juin 1848)

    Le dernier vestige officiel de la révolution de février, la Commission exécutive, s’est évanouie, comme la brume, devant la gravité des événements. Les feux d’artifice de Lamartine se sont transformés en fusées incendiaires de Cavaignac. [...]

    La révolution de février fut la belle révolution, la révolution de la sympathie générale, parce que les contradictions (entre la bourgeoisie et le peuple) qui éclatèrent en elle contre la royauté, n’étaient pas encore développées et demeuraient en sommeil, unies, côte à côte, parce que la lutte sociale qui formait l’arrière-plan de cette révolution, n’avait atteint qu’une existence inconsistante, une existence purement verbale. La révolution de juin est laide, c’est la révolution repoussante, parce que la réalité a pris la place des mots, parce que la République a démasqué la tête même du monstre en lui arrachant la couronne qui la protégeait et la cachait.

    L’Ordre ! tel fut le cri de guerre de Guizot. L’Ordre ! cria Sébastiani le guizotin, quand Varsovie devint russe. L’Ordre ! crie Cavaignac, écho brutal de l’Assemblée nationale française et de la bourgeoisie républicaine.

    L’Ordre ! gronda sa mitraille en déchirant le corps du #prolétariat.

    Aucune des nombreuses révolutions de la bourgeoisie française depuis 1789 n’était un attentat contre l’Ordre, car toutes laissaient subsister la domination de classe, l’esclavage des ouvriers, l’ordre bourgeois, malgré le changement fréquent de la forme politique de cette domination et de cet #esclavage.

    Juin a touché à cet ordre. Malheur à juin !

    Sous le #gouvernement_provisoire, on fit imprimer sur des milliers d’affiches officielles que les ouvriers au grand cœur « mettaient trois mois de misère à la disposition de la République » ; il était donc décent, mieux : nécessaire, c’était à la fois de la politique et de la sentimentalité, de leur prêcher que la révolution de février avait été faite dans leur propre intérêt et que, dans cette révolution, il s’agissait avant tout des intérêts des ouvriers. Depuis que siégeait l’Assemblée nationale - on devenait prosaïque. Il ne s’agissait plus alors que de ramener le travail à ses anciennes conditions, comme le disait le ministre Trélat. Les ouvriers s’étaient donc battus en février pour être jetés dans une crise industrielle.

    La besogne de l’Assemblée nationale consiste à faire en sorte que février n’ait pas existé, tout au moins pour les ouvriers qu’il s’agit de replonger dans leur ancienne condition. Et même cela ne s’est pas réalisé, car une assemblée, pas plus qu’un roi, n’a le pouvoir de dire à une crise industrielle de caractère universel : Halte-là ! L’Assemblée nationale, dans son désir zélé et brutal d’en finir avec les irritantes formules de février, ne prit même pas les mesures qui étaient encore possibles dans le cadre de l’ancien état de choses. Les ouvriers parisiens de 17 à 25 ans, elle les enrôle de force dans l’armée ou les jette sur le pavé ; les provinciaux, elle les renvoie de Paris en Sologne, sans même leur donner avec le laisser-passer l’argent du voyage ; aux Parisiens adultes, elle assure provisoirement de quoi ne pas mourir de faim dans des ateliers organisés militairement, à condition qu’ils ne participent à aucune réunion populaire, c’est-à-dire à condition qu’ils cessent d’être des républicains. La rhétorique sentimentale d’après février ne suffisait pas, la législation brutale d’après le 15 mai [6] non plus. Dans les faits, en pratique, il fallait trancher. Avez-vous fait, canailles, la révolution de février pour vous ou bien pour nous ? La #bourgeoisie posa la question de telle façon, qu’il devait y être répondu en juin - avec des balles et par des barricades.

    Et pourtant, ainsi que le dit le 25 juin un représentant du peuple, la stupeur frappe l’Assemblée nationale tout entière. Elle est abasourdie quand question et réponse noient dans le sang le pavé de Paris ; les uns sont abasourdis parce que leurs illusions s’évanouissent dans la fumée de la poudre, les autres parce qu’ils ne saisissent pas comment le peuple peut oser prendre lui-même en main la défense de ses intérêts les plus personnels. Pour rendre cet événement étrange accessible à leur entendement, ils l’expliquent par l’argent russe, l’argent anglais, l’aigle bonapartiste, le lys et des amulettes de toutes sortes. Mais les deux fractions de l’Assemblée sentent qu’un immense abîme les sépare toutes deux du peuple. Aucune n’ose prendre le parti du peuple.

    À peine la stupeur passée, la furie éclate, et c’est à juste titre que la majorité siffle ces misérables utopistes et tartufes qui commettent un anachronisme en ayant toujours à la bouche ce grand mot de Fraternité. Il s’agissait bien en effet de supprimer ce grand mot et les illusions que recèlent ses multiples sens. Lorsque Larochejaquelein, le légitimiste, le rêveur chevaleresque, fulmine contre l’infamie qui consiste à crier « Vae victis ! Malheur aux vaincus ! » la majorité de l’Assemblée est prise de la danse de Saint-Guy comme si la tarentule l’avait piquée. Elle crie : "Malheur !" aux ouvriers pour dissimuler que le « vaincu » c’est elle. Ou bien c’est elle qui doit maintenant disparaître, ou c’est la République. C’est pourquoi elle hurle convulsivement : "Vive la République !" [...]

    On nous demandera si nous n’avons pas une larme, pas un soupir, pas un mot pour les victimes de la fureur du peuple, pour la garde nationale, la garde mobile, la garde républicaine, les troupes de ligne ?

    L’État prendra soin de leurs veuves et de leurs orphelins, des décrets les glorifieront, de solennels cortèges funèbres conduiront leurs dépouilles à leur dernière demeure, la presse officielle les déclarera immortels, la réaction européenne leur rendra hommage, de l’Est à l’Ouest.

    Quant aux plébéiens, déchirés par la faim, vilipendés par la presse, abandonnés par les médecins, traités par les « gens bien » de voleurs, d’incendiaires, de galériens, leurs femmes et leurs enfants précipités dans une misère encore plus incommensurable, les meilleurs des survivants déportés outre-mer, c’est le privilège, c’est le droit de la presse démocratique de tresser des lauriers sur leur front assombri de menaces.

    [extrait cité par Marx dans Les luttes de classes en France : https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/03/km18500301b.htm]

  • Un texte crucial de Marx et Engels explicitant la nécessité pour le prolétariat de s’organiser par lui-même.

    En mars 1850, [ils] rédigent une Adresse du comité central de la Ligue des communistes, qui invite les travailleurs à constituer un parti révolutionnaire indépendant de tout intérêt extérieur à leur classe, qui se prononce pour l’établissement futur de gouvernements ouvriers, et qui se conclut ainsi : « Le parti du prolétariat aura pour mot d’ordre : la révolution en permanence. » Tirant les enseignements de l’action des classes sociales dans les événements de 1848-1849, Marx et Engels ont abouti à la conception de la révolution permanente, futur élément central du marxisme.

    (Marx, de Pierre Fougeyrollas)

    Adresse du Comité Central à la Ligue des communistes (Karl Marx, Friedrich Engels)
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/03/18500300.htm

    #marxisme #karl_marx #friedrich_engels #prolétariat #lutte_de_classe #classe_ouvrière #parti_révolutionnaire #parti_ouvrier

    • Autre texte essentiel : l’Adresse inaugurale de l’Association internationale des travailleurs dans laquelle il renoue avec les idées maîtresses et la stratégie du Manifeste du Parti communiste de 1848. Cette adresse deviendra un des textes les plus célèbres du mouvement ouvrier du XIXe siècle.

      Enjeu de base : pour en finir avec l’exploitation capitaliste, il s’agit de « réorganiser le parti des ouvriers ». A leur propos, Marx précise :

      Ils ont entre les mains un instrument de succès : le nombre. Mais le nombre ne pèse dans la balance que s’il est uni par l’entente et guidé par la connaissance. L’expérience du passé a montré qu’un lien de fraternité doit exister entre les travailleurs des différents pays et les inciter à tenir bon, coude à coude, dans toutes leurs luttes pour l’émancipation et que si l’on dédaigne ce lien, le châtiment sera l’échec commun de ces efforts sans cohésion.

      La lutte radicale du travail contre le capital exige, selon l’Adresse, la mise en pratique de l’internationalisme prolétarien. A la bourgeoisie qui a réalisé le marché mondial, il faut opposer, en vue de la détruire, une stratégie révolutionnaire qui soit elle-même mondiale. A partir de là, Marx considère la politique internationale et le rôle que le mouvement ouvrier peut et doit jouer en la matière :

      Ce n’est pas la sagesse des classes dirigeantes, mais bien l’héroïque résistance opposée par les classes travailleuses d’Angleterre à leur folie criminelle, qui a retenu l’Europe occidentale de se jeter tête baissée dans une croisade pour la perpétuation et la propagation de l’esclavage outre-Atlantique.

      Enfin, la conclusion de l’Adresse de 1864 rejoint celle du Manifeste de 1848 :

      La lutte pour une telle politique étrangère fait partie de la lutte générale pour l’émancipation des classes travailleuses : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

      Contre les proudhoniens qui veulent confiner le combat ouvrier dans des actions purement économiques et contre les lassalliens qui espèrent composer avec la puissance étatique, Marx fait prévaloir une stratégie prolétarienne indépendante et révolutionnaire qui intègre le « domaine réservé » de la politique internationale.

      Les statuts qui font suite à l’adresse débutent par une affirmation de principe :

      l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes

      dont on peut dire qu’elle constitue le maître mot du marxisme. Car, fondamentalement, la politique de Marx, telle qu’elle se dessinait clairement en 1848, réside dans la conviction que la classe des travailleurs salariés se libérera de l’exploitation capitaliste, non par la mise en application d’une doctrine, fût-elle radicalement socialiste ou communiste, mais par son auto-organisation qui en fera une force révolutionnaire capable de vaincre la classe capitaliste. Si l’on comprend bien les termes de l’adresse et des statuts de la Première Internationale, le marxisme ne s’applique pas, il exprime et organise le mouvement des travailleurs salariés contre l’exploitation capitaliste et pour une société libérée de toute exploitation de l’homme par l’homme. Cette ligne d’action fondamentale permet de distinguer, jusqu’à nous, le marxisme de ses contrefaçons.

      (Pierre Fougeyrollas)

      #première_internationale #marx #internationalisme #parti_révolutionnaire

    • Les statuts indiquent clairement l’objectif de l’Association :

      Dans sa lutte contre le pouvoir collectif des classes possédantes, le prolétariat ne peut agir comme classe qu’en se constituant lui-même en parti politique distinct, opposé à tous les anciens partis formés par les classes possédantes. Cette constitution du prolétariat en parti politique est indispensable pour assurer le triomphe de la révolution sociale et de son but suprême : l’abolition des classes.

      #parti_révolutionnaire

  • Karl Marx/Friedrich Engels, Manifest der Kommunistischen Partei
    http://mlwerke.de/me/me04/me04_459.htm

    Quand Karl Marx et Friedrich Engels lors du second congrès de la Ligue des communistes qui eut lieu entre le 29 novembre et le 8 décembre 1847 réussirent à obtenir la commande de composer le texte connu depuis 1872 sous le titre de Manifeste communiste , il voulaient réunir les groupuscules socialistes d’Europe autour d’un nouveau concept de société et de lutte sociale. Il fallait un texte court et compréhensible qui en finissait avec les idées encore floues et purement utopiques des Conte, Saint-Simon et autres précurseur du socialisme scientifique.

    Ici, sur Seenthis, j’ai rédigé un résumé qui omet les arguments concernant les débats et traités philosophiques de la période autour de 1848.

    Lors ce qu’il est publié au mois de février 1848 la qualité du manifeste du parti communiste dépasse largement celle d’un tract éphémère que de moindres esprits auraient pondu. Dans les 175 ans de son existence leur travail n’a pas perdu son actualité parce que sa déscription du capitalisme, des relations de classe et les solutions proposés par Karl Marx seront toujours à l’ordre du jour tant que le capitalisme dominera le monde.

    Voici quelques points essentiels du manifeste.

    Ein Gespenst geht um in Europa - das Gespenst des Kommunismus. Alle Mächte des alten Europa haben sich zu einer heiligen Hetzjagd gegen dies Gespenst verbündet, der Papst und der Zar, Metternich und Guizot, französische Radikale und deutsche Polizisten.
    ....
    Es ist hohe Zeit, daß die Kommunisten ihre Anschauungsweise, ihre Zwecke, ihre Tendenzen vor der ganzen Welt offen darlegen und dem Märchen vom Gespenst des Kommunismus ein Manifest der Partei selbst entgegenstellen.
    ...
    I. Bourgeois und Proletarier

    Die Geschichte aller bisherigen Gesellschaft ist die Geschichte von Klassenkämpfen.
    ...
    Unsere Epoche, die Epoche der Bourgeoisie, zeichnet sich jedoch dadurch aus, daß sie die Klassengegensätze vereinfacht hat. Die ganze Gesellschaft spaltet sich mehr und mehr in zwei große feindliche Lager, in zwei große, einander direkt gegenüberstehende Klassen: Bourgeoisie und Proletariat.
    ...
    Die Bourgeoisie hat ...

    den Arzt, den Juristen, den Pfaffen, den Poeten, den Mann der Wissenschaft in ihre bezahlten Lohnarbeiter verwandelt.

    Die Bourgeoisie hat dem Familienverhältnis seinen rührend-sentimentalen Schleier abgerissen und es auf ein reines Geldverhältnis zurückgeführt.
    ...
    Die Bourgeoisie kann nicht existieren, ohne die Produktionsinstrumente, also die Produktionsverhältnisse, also sämtliche gesellschaftlichen Verhältnisse fortwährend zu revolutionieren.
    ...
    Das Bedürfnis nach einem stets ausgedehnteren Absatz für ihre Produkte jagt die Bourgeoisie über die ganze Erdkugel.
    ...
    Die Bourgeoisie hat ... zum großen Bedauern der Reaktionäre den nationalen Boden der Industrie unter den Füßen weggezogen. Die uralten nationalen Industrien sind vernichtet worden und werden noch täglich vernichtet. Sie werden verdrängt durch neue Industrien, deren Einführung eine Lebensfrage für alle zivilisierten Nationen wird, durch Industrien, die nicht mehr einheimische Rohstoffe, sondern den entlegensten Zonen angehörige Rohstoffe verarbeiten und deren Fabrikate nicht nur im Lande selbst, sondern in allen Weltteilen zugleich verbraucht werden.
    ...
    Von Zeit zu Zeit siegen die Arbeiter, aber nur vorübergehend. Das eigentliche Resultat ihrer Kämpfe ist nicht der unmittelbare Erfolg, sondern die immer weiter um sich greifende Vereinigung der Arbeiter. Sie wird befördert durch die wachsenden Kommunikationsmittel, die von der großen Industrie erzeugt werden und die Arbeiter der verschiedenen Lokalitäten miteinander in Verbindung setzen. Es bedarf aber bloß der Verbindung, um die vielen Lokalkämpfe von überall gleichem Charakter zu einem nationalen, zu einem Klassenkampf zu zentralisieren. Jeder Klassenkampf ist aber ein politischer Kampf.
    ...
    Diese Organisation der Proletarier zur Klasse, und damit zur politischen Partei, wird jeden Augenblick wieder gesprengt durch die Konkurrenz unter den Arbeitern selbst. Aber sie ersteht immer wieder, stärker, fester, mächtiger. Sie erzwingt die Anerkennung einzelner Interesse der Arbeiter in Gesetzesform, indem sie die Spaltungen der Bourgeoisie unter sich benutzt.
    ...
    Es werden ... durch den Fortschritt der Industrie ganze Bestandteile der herrschenden Klasse ins Proletariat hinabgeworfen ... sie führen dem Proletariat eine Masse Bildungselemente zu.
    ...
    Von allen Klassen, welche heutzutage der Bourgeoisie gegenüberstehen, ist nur das Proletariat eine wirklich revolutionäre Klasse. Die übrigen Klassen verkommen und gehen unter ...

    Die Mittelstände, der kleine Industrielle, der kleine Kaufmann, der Handwerker, der Bauer, sie alle bekämpfen die Bourgeoisie, um ihre Existenz als Mittelstände vor dem Untergang zu sichern. Sie sind also nicht revolutionär, sondern konservativ. Noch mehr, sie sind reaktionär, sie suchen das Rad der Geschichte zurückzudrehen. Sind sie revolutionär, so sind sie es im Hinblick auf den ihnen bevorstehenden Übergang ins Proletariat, so verteidigen sie nicht ihre gegenwärtigen, sondern ihre zukünftigen Interessen, so verlassen sie ihren eigenen Standpunkt, um sich auf den des Proletariats zu stellen. -

    Das Lumpenproletariat, diese passive Verfaulung der untersten Schichten der alten Gesellschaft, wird durch eine proletarische Revolution stellenweise in die Bewegung hineingeschleudert, seiner ganzen Lebenslage nach wird es bereitwilliger sein, sich zu reaktionären Umtrieben erkaufen zu lassen.
    ...
    Die proletarische Bewegung ist die selbständige Bewegung der ungeheuren Mehrzahl im Interesse der ungeheuren Mehrzahl. Das Proletariat ... kann sich nicht erheben..., ohne daß ...die ... Gesellschaft ... in die Luft gesprengt wird
    ....
    Der Fortschritt der Industrie, dessen willenloser und widerstandsloser Träger die Bourgeoisie ist, setzt an die Stelle der Isolierung der Arbeiter durch die Konkurrenz ihre revolutionäre Vereinigung durch die Assoziation. Mit der Entwicklung der großen Industrie wird also unter den Füßen der Bourgeoisie die Grundlage selbst hinweggezogen .... Sie produziert vor allem ihren eigenen Totengräber. Ihr Untergang und der Sieg des Proletariats sind gleich unvermeidlich.
    ...
    II. Proletarier und Kommunisten
    ...
    Die Kommunisten ... stellen keine besonderen Prinzipien auf, wonach sie die proletarische Bewegung modeln wollen.

    Die Kommunisten unterscheiden sich ... nur dadurch, daß sie
    ...
    die gemeinsamen, von der Nationalität unabhängigen Interessen des gesamten Proletariats ... zur Geltung bringen, ...
    stets das Interesse der Gesamtbewegung vertreten.

    Die Kommunisten sind also praktisch der entschiedenste, immer weitertreibende Teil der Arbeiterparteien aller Länder; sie haben theoretisch vor der übrigen Masse des Proletariats die Einsicht in die Bedingungen, den Gang und die allgemeinen Resultate der proletarischen Bewegung voraus.
    ...
    Die theoretischen Sätze der Kommunisten ... sind nur allgemeine Ausdrücke tatsächlicher Verhältnisse eines existierenden Klassenkampfes, einer unter unseren Augen vor sich gehenden geschichtlichen Bewegung.
    ...
    In diesem Sinn können die Kommunisten ihre Theorie in dem einen Ausdruck: Aufhebung des Privateigentums, zusammenfassen.
    ...
    Unter Freiheit versteht man innerhalb der jetzigen bürgerlichen Produktionsverhältnisse den freien Handel, den freien Kauf und Verkauf.

    Fällt aber der Schacher, so fällt auch der freie Schacher.
    ...
    in eurer bestehenden Gesellschaft ist das Privateigentum für neun Zehntel ihrer Mitglieder aufgehoben, es existiert gerade dadurch, daß es für neun Zehntel nicht existiert.
    ...
    Ihr werft uns ... vor, daß wir euer Eigentum aufheben wollen. Allerdings, das wollen wir.
    ...
    Wie für den Bourgeois das Aufhören des Klasseneigentums das Aufhören der Produktion selbst ist, so ist für ihn das Aufhören der Klassenbildung identisch mit dem Aufhören der Bildung überhaupt.

    Die Bildung, deren Verlust er bedauert, ist für die enorme Mehrzahl die Heranbildung zur Maschine.
    ...
    Die interessierte Vorstellung, worin ihr eure Produktions- und Eigentumsverhältnisse aus geschichtlichen, in dem Lauf der Produktion vorübergehenden Verhältnissen in ewige Natur- und Vernunftgesetze verwandelt, teilt ihr mit allen untergegangenen herrschenden Klassen.
    ...
    Aufhebung der Familie! Selbst die Radikalsten ereifern sich über diese schändliche Absicht der Kommunisten.

    Worauf beruht die gegenwärtige, die bürgerliche Familie? Auf dem Kapital, auf dem Privaterwerb. Vollständig entwickelt existiert sie nur für die Bourgeoisie; aber sie findet ihre Ergänzung in der erzwungenen Familienlosigkeit der Proletarier und der öffentlichen Prostitution.

    Die Familie der Bourgeois fällt natürlich weg mit dem Wegfallen dieser ihrer Ergänzung, und beide verschwinden mit dem Verschwinden des Kapitals.

    Werft ihr uns vor, daß wir die Ausbeutung der Kinder durch ihre Eltern aufheben wollen? Wir gestehen dieses Verbrechen ein.

    Aber, sagt ihr, wir heben die trautesten Verhältnisse auf, indem wir an die Stelle der häuslichen Erziehung die gesellschaftliche setzen.

    Und ist nicht auch eure Erziehung durch die Gesellschaft bestimmt? ... Die Kommunisten erfinden nicht die Einwirkung der Gesellschaft auf die Erziehung; sie verändern nur ihren Charakter, sie entreißen die Erziehung dem Einfluß der herrschenden Klasse.
    ...

    ... Weibergemeinschaft einführen, schreit uns die ganze Bourgeoisie im Chor entgegen.

    Der Bourgeois sieht in seiner Frau ein bloßes Produktionsinstrument. Er hört, daß die Produktionsinstrumente gemeinschaftlich ausgebeutet werden sollen, und kann sich natürlich nichts anderes denken, als daß das Los der Gemeinschaftlichkeit die Weiber gleichfalls treffen wird.

    Er ahnt nicht, daß es sich eben darum handelt, die Stellung der Weiber als bloßer Produktionsinstrumente aufzuheben.
    ...
    Die Kommunisten brauchen die Weibergemeinschaft nicht einzuführen, sie hat fast immer existiert.

    Unsre Bourgeois, nicht zufrieden damit, daß ihnen die Weiber und Töchter ihrer Proletarier zur Verfügung stehen, von der offiziellen Prostitution gar nicht zu sprechen, finden ein Hauptvergnügen darin, ihre Ehefrauen wechselseitig zu verführen.

    Man könnte höchstens den Kommunisten vorwerfen, daß sie an Stelle einer heuchlerisch versteckten eine offizielle, offenherzige Weibergemeinschaft einführen wollten. Es versteht sich übrigens von selbst, daß mit Aufhebung der jetzigen Produktionsverhältnisse auch die aus ihnen hervorgehende Weibergemeinschaft, d.h. die offizielle und nichtoffizielle Prostitution, verschwindet.
    ...
    In dem Maße, wie die Exploitation des einen Individuums durch das andere aufgehoben wird, wird die Exploitation einer Nation durch die andere aufgehoben. Mit dem Gegensatz der Klassen im Innern der Nation fällt die feindliche Stellung der Nationen gegeneinander.

    Die Anklagen gegen den Kommunismus, die von religiösen, philosophischen und ideologischen Gesichtspunkten überhaupt erhoben werden, verdienen keine ausführlichere Erörterung.
    ...
    Die Ideen der Gewissens- und Religionsfreiheit sprachen nur die Herrschaft der freien Konkurrenz auf dem Gebiete des Wissens aus.
    ...
    Wir sahen schon oben, daß der erste Schritt in der Arbeiterrevolution die Erhebung des Proletariats zur herrschenden Klasse, die Erkämpfung der Demokratie ist.

    Das Proletariat wird seine politische Herrschaft dazu benutzen, der Bourgeoisie nach und nach alles Kapital zu entreißen, alle Produktionsinstrumente in den Händen des Staats, d.h. des als herrschende Klasse organisierten Proletariats, zu zentralisieren und die Masse der Produktionskräfte möglichst rasch zu vermehren.

    Es kann dies natürlich zunächst nur geschehen vermittelst despotischer Eingriffe in das Eigentumsrecht und in die bürgerlichen Produktionsverhältnisse
    ...

    Diese Maßregeln werden natürlich je nach den verschiedenen Ländern verschieden sein.

    Für die fortgeschrittensten Länder werden jedoch die folgenden ziemlich allgemein in Anwendung kommen können:

    1. Expropriation des Grundeigentums und Verwendung der Grundrente zu Staatsausgaben.

    2. Starke Progressivsteuer.

    3. Abschaffung des Erbrechts.

    4. Konfiskation des Eigentums aller Emigranten und Rebellen.

    5. Zentralisation des Kredits in den Händen des Staats durch eine Nationalbank mit Staatskapital und ausschließlichem Monopol.

    6. Zentralisation des {49} Transportwesens in den Händen des Staats.

    7. Vermehrung der Nationalfabriken, Produktionsinstrumente, Urbarmachung und Verbesserung aller Ländereien nach einem gemeinschaftlichen Plan.

    8. Gleicher Arbeitszwang für alle, Errichtung industrieller Armeen, besonders für den Ackerbau.

    9. Vereinigung des Betriebs von Ackerbau und Industrie, Hinwirken auf die allmähliche Beseitigung des Unterschieds {50} von Stadt und Land.

    10. Öffentliche und unentgeltliche Erziehung aller Kinder. Beseitigung der Fabrikarbeit der Kinder in ihrer heutigen Form. Vereinigung der Erziehung mit der materiellen Produktion usw.

    Sind im Laufe der Entwicklung die Klassenunterschiede verschwunden und ist alle Produktion in den Händen der assoziierten Individuen konzentriert, so verliert die öffentliche Gewalt den politischen Charakter. Die politische Gewalt im eigentlichen Sinne ist die organisierte Gewalt einer Klasse zur Unterdrückung einer andern. Wenn das Proletariat im Kampfe gegen die Bourgeoisie sich notwendig zur Klasse vereint, durch eine Revolution sich zur herrschenden Klasse macht und als herrschende Klasse gewaltsam die alten Produktionsverhältnisse aufhebt, so hebt es mit diesen Produktionsverhältnissen die Existenzbedingungen des Klassengegensatzes, die Klassen überhaupt, und damit seine eigene Herrschaft als Klasse auf.

    An die Stelle der alten bürgerlichen Gesellschaft mit ihren Klassen und Klassengegensätzen tritt eine Assoziation, worin die freie Entwicklung eines jeden die Bedingung für die freie Entwicklung aller ist.
    ...

    IV. Stellung der Kommunisten zu den verschiedenen oppositionellen Parteien
    ...
    Mit einem Wort, die Kommunisten unterstützen überall jede revolutionäre Bewegung gegen die bestehenden gesellschaftlichen und politischen Zustände.

    In allen diesen Bewegungen heben sie die Eigentumsfrage, welche mehr oder minder entwickelte Form sie auch angenommen haben möge, als die Grundfrage der Bewegung hervor.

    Die Kommunisten arbeiten endlich überall an der Verbindung und Verständigung der demokratischen Parteien aller Länder.

    Die Kommunisten verschmähen es, ihre Ansichten und Absichten zu verheimlichen. Sie erklären es offen, daß ihre Zwecke nur erreicht werden können durch den gewaltsamen Umsturz aller bisherigen Gesellschaftsordnung.

    Mögen die herrschenden Klassen vor einer kommunistischen Revolution zittern. Die Proletarier haben nichts in ihr zu verlieren als ihre Ketten. Sie haben eine Welt zu gewinnen.

    Proletarier aller Länder, vereinigt euch!

    #communisme #histoire #1848 #manifeste_communiste

  • Facebook news chief to media: ‘Work with Facebook or die’ / Boing Boing
    https://boingboing.net/2018/08/13/facebook-news-chief-to-media.html

    The Australian reports that Facebook media relations chief Campbell Brown privately disclosed that Mark Zuckerberg is indifferent to publishers and offers the news media a simple choice: “Work with Facebook or die.”

    A senior Facebook executive has privately admitted Mark Zuckerberg “doesn’t care” about publishers and warned that if they did not work with the social media giant, “I’ll be holding your hands with your dying business like in a ­hospice”.

    That’s a strange thought, isn’t it? Right down to how an attempt at intimidation is undermined its own awkward spitefulness.

    Still, she (invoking he), is effectively threatening to destroy news publishers unless they comply with Facebook’s vision for their future. So everyone has work to do.

    Brown was hired last year after to help Facebook “smooth over its strained ties to the news media.”

    But Facebook executives said they were hiring Ms. Brown for her understanding of the news industry as a onetime White House correspondent, co-anchor of “Weekend Today” and primary substitute anchor of “Nightly News” at NBC News, and prime-time anchor on CNN, which she left in 2010.

    Some commentators noted Ms. Brown’s ties to the Republican donor Betsy DeVos, Mr. Trump’s nominee to lead the Department of Education. Ms. DeVos’s family foundation funds The 74, an education-focused journalism site co-founded and led by Ms. Brown.

    Hiring a DeVos crony to deal with fake news and media relations quickly became the Facebook Executives Puzzled By Human Emotion trainwreck it promised to be: Brown was last in the news threatening to sue The Guardian for breaking the Cambridge Analytica story.

    #médias #disruption

  • Youtube Streik : Wofür Youtuber jetzt kämpfen | WALULYSE - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=UcBqKDNrMHk

    Les creators de Youtube fondent un syndicat pour défendre leur intérêts contre la corporation géante. Ironie de l’histoire, c’est au pays de Karl Marx que s’organisent les canuts du XXIème siècle.

    S’agit-il encore d’un exemple pour le phénomène que notre Karl à nous commente d’une manière ironique ou assistons-nous à la naissance du mouvement ouvrier du XXIème siècle suivant la déscription de Mathilde Larrère ?
    https://seenthis.net/messages/708076
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum3.htm

    Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.

    A Viral Slingshot Channel Started a YouTuber’s Union - Motherboard
    https://motherboard.vice.com/en_us/article/pam5mk/youtube-union-slingshot-channel-jorg-sprave

    With almost 10,000 ’members’ behind him, Jörg Sprave wants to show Google that YouTubers have the power to negotiate better working conditions.

    Creators, Users... To Arms ! Join the YouTubers Union. - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=q7RfYt_p2mk&vl=en

    Youtubers Union | United We Stand
    https://youtubersunion.org

    Welcome to the official homepage of the YouTubers Union!

    We are a community based movement that fights for the rights of YouTube Creators and Users. Our core demands are:

    Monetize everyone - Bring back monetization for smaller channels.
    Disable the bots - At least verified partners have the right to speak to a real person if you plan to remove their channel.
    Transparent content decisions - Open up direct communication between the censors ("content department") and the Creators.
    Pay for the views - Stop using demonetized channels as “bait” to advertise monetized videos.
    Stop demonetization as a whole - If a video is in line with your rules, allow ads on an even scale.
    Equal treatment for all partners - Stop preferring some creators over others. No more “YouTube Preferred”.
    Pay according to delivered value - Spread out the ad money over all YouTubers based on audience retention, not on ads next to the content.
    Clarify the rules - Bring out clear rules with clear examples about what is OK and what is a No-No.
    Everyone is welcome to join - we need you! No matter if you are PewDiePie or just a user.
    You don’t have to pay any money and you have zero obligations.
    You can join us simply be becoming a member of our Facebook group and/or by joining our forum.

    United We Stand!

    Jörg Sprave

    #disruption #internet #WWW #vidéo #médias #syndicalisme #grève #théorie_de_la_valeur #marxisme #BIG5

  • Karl Marx: Ökonomisch-philosophische Manuskripte
    3. Manuskript - Kritik der Hegelschen Dialektik und Philosophie überhaupt
    http://www.mlwerke.de/me/me40/me40_568.htm

    Es sind nun die positiven Momente den Hegelschen Dialektik – innerhalb der Bestimmung der Entfremdung – zu fassen.

    a) Das Aufheben, als gegenständliche, die Entäußerung in sich zurücknehmende Bewegung. – Es ist dies die innerhalb den Entfremdung ausgedrückte Einsicht von der Aneignung des gegenständlichen Wesens durch die Aufhebung seiner Entfremdung, die entfremdete Einsicht in die wirkliche Vergegenständlichung des Menschen, in die wirkliche Aneignung seines gegenständlichen Wesens durch die Vernichtung der entfremdeten Bestimmung der gegenständlichen Welt, durch ihre Aufhebung, in ihrem entfremdeten Dasein, wie der Atheismus als Aufhebung Gottes das Werden des theoretischen Humanismus, der Kommunismus als Aufhebung des Privateigentums die Vindikation des wirklichen menschlichen Lebens als seines Eigentums ist, das Wenden des praktischen Humanismus ist, oder der Atheismus ist den durch Aufhebung der Religion, der Kommunismus der durch Aufhebung des Privateigentums mit sich vermittelte Humanismus. Erst durch die Aufhebung dieser Vermittelung – die aber eine notwendige Voraussetzung ist – wird den positiv von sich selbst beginnende, der positive Humanismus.

    Aber Atheismus, Kommunismus sind keine Flucht, keine Abstraktion, kein Verlieren der von dem Menschen erzeugten gegenständlichen Welt, seinen zur Gegenständlichkeit herausgebornen Wesenskräfte, keine zur unnatürlichen, unentwickelten Einfachheit zurückkehrende Armut. Sie sind vielmehr erst das wirkliche Werden, die wirklich für den Menschen gewordne Verwirklichung seines Wesens und seines Wesens als eines wirklichen.

    MIA: K. Marx - Manuscrits de 1844
    Critique de la dialectique de Hegel et de sa philosophie en général
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1844/00/km18440000/km18440000_5.htm

    Considérons maintenant les moments positifs de la dialectique de Hegel - à l’intérieur de la détermination de l’aliénation.

    C’est, exprimée à l’intérieur de l’aliénation, ridée de l’appropriation de l’essence objective par la suppression de son aliénation. C’est la compréhension aliénée de l’objectivation réelle de l’homme, de l’ap­pro­priation réelle de son essence objective par l’anéantissement de la détermination aliénée du monde objectif, par sa suppression dans son existence aliénée, - de même que l’athéisme, suppression de Dieu, est le devenir de l’humanisme théorique, que le communis­me, abolition de la propriété privée, est la revendication de la vie réelle de l’homme comme sa propriété, le deve­nir de l’humanisme pratique ; en d’autres termes, l’athéisme est l’humanisme ramené à lui-même par le moyen terme de la suppression de la religion, le communisme est l’humanisme ramené à lui-même par celui de l’abolition de la propriété privée. Ce n’est que par la sup­pression de ce moyen terme - qui est toutefois une condition préalable nécessaire - que naît l’humanisme qui part positivement de lui-même, l’humanisme positif.

    Mais l’athéisme et le communisme ne sont pas une fuite, une abstraction, une perte du monde objectif engendré par l’homme, une perte de ses forces essentielles qui ont pris une forme objective. Ils ne sont pas une pauvreté qui retourne à la simplicité contre nature et non encore développée. Ils sont bien plutôt, pour la pre­mière fois, le devenir réel, la réalisation devenue réelle pour l’homme de son essence, et de son essence en tant qu’essence réelle.

    Economic and Philosophic Manuscripts of 1844
    Critique of Hegel’s Philosophy in General
    https://www.marxists.org/archive/marx/works/1844/manuscripts/hegel.htm

    It is now time to formulate the positive aspects of the Hegelian dialectic within the realm of estrangement.

    (a) Supersession as an objective movement of retracting the alienation into self. This is the insight, expressed within the estrangement, concerning the appropriation of the objective essence through the supersession of its estrangement; it is the estranged insight into the real objectification of man, into the real appropriation of his objective essence through the annihilation of the estranged character of the objective world, through the supersession of the objective world in its estranged mode of being. In the same way atheism, being the supersession of God, is the advent of theoretic humanism, and communism, as the supersession of private property, is the vindication of real human life as man’s possession and thus the advent of practical humanism, or atheism is humanism mediated with itself through the supersession of religion, whilst communism is humanism mediated with itself through the supersession of private property. Only through the supersession of this mediation – which is itself, however, a necessary premise – does positively self-deriving humanism, positive humanism, come into being.

    But atheism and communism are no flight, no abstraction, no loss of the objective world created by man – of man’s essential powers born to the realm of objectivity; they are not a returning in poverty to unnatural, primitive simplicity. On the contrary, they are but the first real emergence, the actual realisation for man of man’s essence and of his essence as something real.

    Marx and Engels Collected Works
    https://www.marxists.org/archive/marx/works/cw/index.htm

    many of the most valued works of Marx and Engels were translated by Progress Publishers in the USSR and some other works by other publishers, and are in the public domain, and may be found in the Marx-Engels archive on marxists.org.

    #philosophie #religion #athéisme #dialectique

    • Le manifeste du parti communiste - K. Marx, F. Engels (I)
      https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000a.htm

      Un spectre hante l’Europe : le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et le tsar, Metternich et Guizot [1] , les radicaux de France et les policiers d’Allemagne.

      Quelle est l’opposition qui n’a pas été accusée de communisme par ses adversaires au pouvoir ? Quelle est l’opposition qui, à son tour, n’a pas renvoyé à ses adversaires de droite ou de gauche l’épithète infamante de communiste ?

      Il en résulte un double enseignement.

      – Déjà le communisme est reconnu comme une puissance par toutes les puissances d’Europe.
      – Il est grand temps que les communistes exposent à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances ; qu’ils opposent au conte du spectre communiste un manifeste du Parti lui-même.

      C’est à cette fin que des communistes de diverses nationalités se sont réunis à Londres et ont rédigé le Manifeste suivant, qui est publié en anglais, français, allemand, italien, flamand et danois.

      Communist Manifesto (Chapter 1)
      https://www.marxists.org/archive/marx/works/1848/communist-manifesto/ch01.htm

      A spectre is haunting Europe — the spectre of communism. All the powers of old Europe have entered into a holy alliance to exorcise this spectre: Pope and Tsar, Metternich and Guizot, French Radicals and German police-spies.

      Where is the party in opposition that has not been decried as communistic by its opponents in power? Where is the opposition that has not hurled back the branding reproach of communism, against the more advanced opposition parties, as well as against its reactionary adversaries?

      Two things result from this fact:

      I. Communism is already acknowledged by all European powers to be itself a power.
      II. It is high time that Communists should openly, in the face of the whole world, publish their views, their aims, their tendencies, and meet this nursery tale of the Spectre of Communism with a manifesto of the party itself.

      To this end, Communists of various nationalities have assembled in London and sketched the following manifesto, to be published in the English, French, German, Italian, Flemish and Danish languages.

      Karl Marx u. Friedrich Engels: Manifest d. Kommunistischen Partei (Einleitung)
      https://www.marxists.org/deutsch/archiv/marx-engels/1848/manifest/0-einleit.htm

      Ein Gespenst geht um in Europa – das Gespenst des Kommunismus. Alle Mächte des alten Europa haben sich zu einer heiligen Hetzjagd gegen dies Gespenst verbündet, der Papst und der Zar, Metternich und Guizot, französische Radikale und deutsche Polizisten.

      Wo ist die Oppositionspartei, die nicht von ihren regierenden Gegnern als kommunistisch verschrien worden wäre, wo die Oppositionspartei, die den fortgeschritteneren Oppositionsleuten sowohl wie ihren reaktionären Gegnern den brandmarkenden Vorwurf des Kommunismus nicht zurückgeschleudert hätte?

      Zweierlei geht aus dieser Tatsache hervor.

      Der Kommunismus wird bereits von allen europäischen Mächten als eine Macht anerkannt.

      Es ist hohe Zeit, daß die Kommunisten ihre Anschauungsweise, ihre Zwecke, ihre Tendenzen vor der ganzen Welt offen darlegen und dem Märchen vom Gespenst des Kommunismus ein Manifest der Partei selbst entgegenstellen.

      Zu diesem Zweck haben sich Kommunisten der verschiedensten Nationalität in London versammelt und das folgende Manifest entworfen, das in englischer, französischer, deutscher, italienischer, flämischer und dänischer Sprache veröffentlicht wird.

      #marxisme #communisme #histoire

  • L’escroquerie démocratique : Hillary ou Trump ? (Counterpunch)Luciana Bohne

    http://www.legrandsoir.info/l-escroquerie-democratique-hillary-ou-trump-counterpunch.html

    « Pensez-vous que nous serions mieux sous Hillary ou Trump, » m’ont demandé les membres de mon groupe d’écriture, lors d’une réunion en Octobre. « Ce n’est pas une question de l’un ou l’autre. Je ne peux pas vous donner une réponse courte. » Finalement, j’ai rédigé la réponse que voici

    .

    Aux Etats-Unis, nous avons la démocratie politique mais la démocratie économique est rare. Nous avons les structures politiques de la démocratie, mais elles vacillent sur des fondations faites de clauses d’exception. Ces exceptions limitent les progrès de la démocratie d’en bas. Nous avons la démocratie pour quelques-uns et l’exclusion pour tous les autres. Nous avons le socialisme pour le capital et le capitalisme pour le reste. D’ailleurs, tout droit ou liberté politique est provisoire. Ils sont accordés avec des clauses d’exception rédigées en petits caractères ou avec des lacunes accumulées au fil du temps qui attribuent à l’État le privilège de les résilier.

    Nous avons une démocratie qui se contredit depuis sa création. Elle professait que « tous les hommes » étaient nés égaux, sauf les sous-hommes qui n’étaient que du bétail légalisé et qui appartenaient à ceux qui les avaient achetés. Cette démocratie naissante limitait le droit de vote aux propriétaires, en encourageant l’appropriation par le vol des terres appartenant aux sous-hommes des peuples autochtones. Ce modèle de dépossession est évident aujourd’hui dans la violence systématique qui s’exerce contre les jeunes Noirs. Les hommes noirs constituent 6,6 pour cent de la population mais 40 pour cent des 2,3 millions de la population carcérale, contre 375.000 en 1970. Six millions de citoyens qui ont purgé leur peine n’ont pas le droite de voter.

    La nature de notre démocratie
    C’est la propriété, et non la démocratie, qui fut intégrée comme le nec plus ultra des intérêts vitaux dans l’ADN de notre organisme constitutionnel. C’est l’ostracisme qui régnait au sommet de la colline blanche post-coloniale des Etats-Unis. Pour être un membre à part entière de cette enclave utopique et exalté de profiteurs zélés, il fallait voler, posséder et profiter.

    L’éthique de la cupidité et de la concurrence n’assure guère l’harmonie sociale. Celle-ci est garantie par l’achat de l’opinion publique. Cela signifie la construction d’une superstructure de contrôle idéologique. Cela signifie conditionner le public à adopter les valeurs et les intérêts de l’élite dirigeante. Par conséquent, la croyance inculquée de la sacralité de la propriété privée induit chez les dirigés à croire que « la poursuite du bonheur » consiste à accumuler de biens matériels – contrairement aux penseurs des Lumières qui défendaient le droit au développement personnel nié par les structures sociales rigides de la féodalité.

    Dans le capitalisme, la notion de propriété s’appuie sur l’exploitation. Elle n’est pas la garantie du bien-être public, de l’harmonie et de la sécurité. La propriété est la mère du racisme, de la guerre, du génocide, et de l’inhumanité. Nous avons, dans notre démocratie de bonimenteurs, de bons citoyens qui s’opposent aux guerres et au racisme. Mais l’opposition aux guerres et au racisme dans un état obsédé par la propriété est comme un opposition au feu en Enfer. Le Feu est la nature de l’Enfer tout comme la Propriété est la nature de notre état. C’est l’abolition de l’enfer qu’il faut exiger.

    « Il est tout à fait évident » , écrit le jeune Frederick Engels dans son premier livre publié, La situation de la classe laborieuse en Angleterre : https://www.marxists.org/francais/engels/works/1845/03/fe_18450315_pref.htm
    , en observant la démocratie naissante de l’ère industrielle en Angleterre, « que toute la législation est calculée pour protéger ceux qui possèdent contre ceux qui ne possèdent pas »

    L’escroquerie
    Lorsque vous avez la démocratie politique sans justice économique, vous avez le forme sans le contenu. Karl Marx, qui, avec Engels, a étudié les constitutions émergentes de l’Europe libérale, surtout après les révolutions de 1848-1849, a tout écrit à ce sujet dans La Sainte Famille (https://www.marxists.org/francais/marx/works/1844/09/kmfe18440900.htm ), et a qualifié cette démocratie partielle d’ « escroquerie démocratique ». Il considérait les Etats-Unis comme le pays modèle de cette « escroquerie », le pays le plus démocratique dans la forme constitutionnelle et le plus efficace pour réguler les passions du peuple dans les limites des intérêts de classe au pouvoir, assurant la paix sociale dans l’étau de son étreinte libérale brutale.
    Pour sûr, notre Constitution était la plus démocratique de cette ère libérale émergente.

    En Europe, par exemple, les constitutions libérales naissantes furent ruinées par une impulsion réactionnaire pour préserver certains degrés de despotisme. Pas la nôtre. Noir sur blanc il était écrit que nous répudions les rois et les despotes. Nous étions « nous le peuple ». Nous gouvernions. Nous n’étions plus des sujets mais des citoyens.

    L’illusion du pouvoir entre les mains du peuple fut un brillant canular. « Pour l’amour de Dieu, laissez-les voter ; n’ayez pas peur des élections », chuchotèrent à la fin du 19ème siècle les élites étasuniennes à leurs homologues européens. « Qu’ils s’imposent leur propre soumission par le vote. Laissez-les croire qu’ils gouvernent. L’harmonie sociale vous coûtera moins cher que tous ces donjons et gendarmes ».

    L’Europe a prêté l’oreille parce que les mouvements socialistes avaient véritablement décollé à la fin du 19ème siècle, en exigeant la justice sociale et économique. Elle a prêté l’oreille parce que le socialisme international menaçait d’unir, dans un combat commun contre l’impérialisme, les peuples soumis des colonies avec les masses de la patrie impériale. Les masses laborieuses de l’Europe réalisèrent que si le soleil ne se couchait jamais sur l’Empire britannique, il ne se levait pas pour autant sur les taudis britanniques.

    Pour réaffirmer l’harmonie sociale, des concessions furent faites. Puis le mouvement socialiste fut éliminé lors de la Première Guerre mondiale qui fut à la fois une guerre de classe et une guerre inter-impérialiste. La marée montante de la prise de conscience de l’oppression générale retomba et s’échoua dans la boue des Flandres et les tranchées du front occidental. Sur le front de l’Est, la marée a tenu bon, en anéantissant l’autocratie Russe, et une expérience du pouvoir par le peuple a débuté. Une chose que les impérialistes n’avaient pas pris en compte lorsqu’ils excitaient les peuples de chaque nation à se massacrer entre eux était que les guerres sont les creusets de la révolution. S’il existe une lueur d’espoir dans la boucherie en cours des guerres modernes de l’Occident contre les ex-colonies, elle réside dans l’espoir que l’histoire se répétera avec un retour de manivelle provoqué par la révulsion et une révolte mondiale.

    L’apparition du néolibéralisme.
    Depuis 1945, le système des deux partis étasuniens a brillamment réussi à maintenir un ordre social sous contrôle, en jouant au jeu de l’alternance fictive entre conservatisme et progressisme. En réalité, le jeu était joué pour confiner les gens dans un cadre politique extrêmement étroit où tout véritable choix politique se voyait étouffé et dans lequel on attendait des gens qu’ils se retournent les uns contre les autres à propos d’une concession mineure quelconque, ou qui ne mangeait pas de pain, que l’Etat jetait en pâture à tel ou tel groupe social. Les maintenir en agitation mais sous contrôle ; leur donner l’impression qu’avec la dissidence et le débat, ils vivaient dans une société libre. Voilà ce que les dirigeants aiment : des gens divisés mais faisant partie du troupeau. Il est vrai que parfois certains s’en échappent et descendent dans la rue, mais des concessions minimales seront faites et ils retourneront dans leur cadre étroit où ils se chamailleront sur leurs mérites ou démérites respectifs.

    Dans les années 1970, les dirigeants ont pris une décision capitale. Ils ont noté que le taux de profit sur les investissements au sein de l’État-providence était plat. Ils ont remarqué que le maintien d’une économie industrielle générait trop de frais. Ils ont remarqué que les concessions faites pour assurer l’harmonie sociale s’étaient accumulées au point de mettre en péril la liberté des capitaux. Alors ils ont décidé de tout reprendre : l’investissement industriel au service du développement d’un pays ; les droits des travailleurs ; les services sociaux ; les réglementations sur les banques ; les restrictions sur les opérations financières hasardeuses et risquées. En bref, ils voulaient le retour de l’économie de casino débridée de Wall-Street de l’époque avant la Grande Dépression.

    Ils savaient qu’ils s’engageait dans une guerre sociale. Ils savaient que les gens allaient souffrir mais ils avaient confiance que les ravages de la politique de la terre brûlée néolibérale mettrait du temps à faire sentir ses effets à domicile. La révolte prévisible contre la paupérisation pouvait être retardée par le communautarisation de la société en groupes d’identité compartimentés, chacun cherchant l’attention de l’Etat sur un sujet précis. Nous sommes devenus une nation balkanisée de minorités parce que l’État sait que notre force, notre seule arme – est l’unité. Notre éparpillement est gérable.

    A la fin des années 1970, l’industrie sidérurgique a quitté Pittsburgh pour le Brésil, bien que le taux de profit était de 12%. La région fut économiquement dévastée. Dans les années 1980, en tant qu’enseignement à 180km au nord de Pittsburgh, je lisais des essais rédigés par des étudiants d’une université publique de la classe ouvrière où j’enseignais. Les essais racontaient des histoires déchirantes de pères en détresse - des métallos qui avaient perdu leur emploi, buvaient, se querellaient avec leurs épouses, qui divorçaient.

    Plus pénible à lire, cependant, étaient les causes que les étudiants attribuaient à l’insécurité de leurs jeunes vies. Ils citaient des lois environnementales trop strictes ; une fiscalité des entreprises excessive ; la cupidité des syndicats. Ils avaient abandonné leur raison et cédé à la passion des flammes du ressentiment que le Parti Républicain attisait avec le tisonnier du racisme. Ils supposaient que la démocratie était allée trop loin avec la discrimination positive, favorisant un groupe au détriment d’un autre. Ils étaient d’accord que « le gouvernement était trop envahissant » et la protection sociale trop somptueuse. Les philistins du Parti républicain compensaient leur confiance dévoyée avec des élucubrations pédantes sur la famille et les valeurs religieuses, le « caractère sacré de la vie », la sobriété de la peine de mort comme mesure de discipline sociale – autant de mesures qui ne réduisent ne serait que d’un centime ni le budget de la défense ni les subventions accordées aux entreprises. Le complexe pénitentiaire est devenu une activité lucrative pour l’investissement et l’exploitation – l’équivalent des workhouses (*) britanniques du 19ème siècle.

    Le Parti Démocrate, quant à lui, a prêché la tolérance raciale, mais a adopté des lois draconiennes incarcérant les personnes les plus vulnérables, les jeunes, les pauvres et, de façon disproportionnée, les Noirs. Ils « reformèrent » la protection sociale puis ont laissé croire aux Blancs que les Noirs avaient volé leurs allocations. En réalité, la plupart des bénéficiaires de la protection sociale étaient des Blancs pauvres. Le Parti Démocrate a lancé le discours sur le multiculturalisme, ghettoïsant ainsi les groupes sociaux autour de questions sociales uniques, élargissant les fractures de la cohésion sociale, de la solidarité et de la coopération.

    Ce qui gisait sous les décombres, enseveli sous les discours sur les valeurs et l’identité, était la classe sociale, l’inavouable, le proscrit. La classe ouvrière a cessé d’exister en tant qu’entité linguistique dans le discours public et intellectuel. Il a cessé d’exister politiquement, parce que lorsque la langue meurt, l’histoire, la culture et la conscience des gens meurent aussi. Ainsi, les Démocrates ont adopté l’ALENA et l’ALEAC, des actes d’agression économique contre le monde du travail, ici et ailleurs. Ils ont abrogé la loi Glass-Steagall et ouvert la porte aux dérives financières sans entraves, ce qui nous a valu le crash de 2007-8, lorsque les conneries des deux partis ont fini par déborder. La masse, jusqu’ici divisée et apathique, explosa de colère contre « les riches ». Voilà que l’inculture politique du peuple, si assidûment cultivée par les deux partis, s’éveillait à une perception de la classe comme relation sociale inégale de pouvoir au sein de la société.

    L’harmonie sociale se décompose
    Dans la campagne électorale présidentielle en cours, nous avons assisté à une relâche du contrôle exercé par les deux partis. Les beaux jours de la conciliation de classe et de coopération active de la population avec les intérêts des élites économiques ont clairement atteint une sorte de début de la fin. Les électeurs somnambules qui autrefois s’alignaient derrière le candidat retenu par leurs partis respectifs - Républicains à votre fausse droite et Démocrates à votre fausse gauche - se sont soudainement réveillés, leur apathie éclatant dans un désordre, une débauche et une indiscipline inattendue.

    Douze millions d’électeurs ont rejoint la campagne d’un « indépendant », le sénateur Bernie Sanders, qui se présenta comme candidat du socialisme démocratique. 13,3 millions sont devenus partisans du milliardaire entrepreneur immobilier Donald Trump, le candidat voyou parvenu du Parti Républicain. En réalité, aucun des deux candidats n’a reconnu l’ampleur du problème du capitalisme mondial en crise qui est la cause du retour au capitalisme rapace prôné par le néolibéralisme. Ni compris ou avoué que le néolibéralisme était une nécessité pour la survie du capitalisme. Ainsi, tous les deux ont proposé de retourner à une époque où le pays connaissait une prospérité, Sanders à l’économie du New Deal ; Trump à l’époque du fordisme industriel, toutes deux spécifiquement saccagées par le néolibéralisme. Hillary Clinton, en tant que partenaire néolibérale, à la fois dans l’idéologie et la pratique, de Bill Clinton, comprend que le néolibéralisme est la dernière bataille pour l’hégémonie mondiale du capital international. Voilà pourquoi elle est la candidate des néoconservateurs.

    Mais les gens, poussés par leurs conditions matérielles de plus en plus difficiles, en ont finalement eu assez. Les années Obama ont ruiné tout espoir de changement – et les derniers espoirs dans les promesses des deux partis. Les guerres se sont poursuivies et se sont intensifiées, augmentant le budget de la défense à plus de $600 milliards ; le complexe militaro-industriel a amassé des fortunes à faire pâlir d’envie Crésus ; la surveillance s’est intensifiée ; les banques ont récupéré et profité, en abandonnant au peuple les miettes de l’austérité ; les capitaux se sont précipitamment exportés à la recherche d’investissements ; le marché du travail n’offre plus que des emplois précaires et sous-payés ; des accords de commerce internationaux anti-travail et anti-souveraineté se sont multipliés. La corruption. La violence policière. Les immigrés boucs-émissaires, les déportations massives. le contrôle des médias. Les mensonges. La belligérance. La politique étrangère destructrice : agressions militaires et changements de régime. Le démantèlement du droit international et des traités internationaux. Le faux humanitarisme. La perte de la « bonne opinion du monde, » que la Constitution demandait avec tant d’insistance au peuple des États-Unis de cultiver. Au lieu d’entretenir des relations de bon voisinage, nos dirigeants aspirent à devenir les propriétaires abusifs de la planète.

    Les gens ont honte. Dans un coin de leur conscience embrumée, ils ont honte de leur pays. L’augmentation de la pauvreté les prive de leur dignité. Ils doivent se sentir honteux de leurs conditions de vie et de l’état du pays. Et ça, ce n’est pas bon pour les dirigeants : la honte est une émotion où la conscience révolutionnaire germe. Qui peut vivre longtemps sans le respect de soi avant de recourir à la révolte ou de succomber à la haine de l’humanité de manière à déplacer le dégoût de soi, à la manière des fascistes ? Par-dessus tout, qui peut vivre longtemps dans une société où la violence endémique est un symptôme évident de la douloureuse absence d’amour ?

    Conclusion
    Trump ou Hillary ? Mauvaise question. Au contraire, nous devons réaliser que dans la mesure où il s’agit d’un choix proposé par les dirigeants, c’est un piège auquel nous ne pouvons plus échapper, mais qui pourra servir de leçon pour l’avenir. Dans la culture libérale dans laquelle nous avons tous été éduqués - Républicains ou Démocrates - nous avons été habitués à chercher le sauveur suprême. Nous emboîtons le pas des puissants. Nous espérons que l’émancipation viendra d’en haut alors que le changement radical et la démocratisation ne viendront que d’en bas. C’est ça la difficulté, c’est ça qui nous fait peur. Nous sommes paisibles parce que nous ne connaissons pas notre propre force, et aussi longtemps que nous l’ignorerons, nous serons des sujets et non des citoyens.

    Nous devrions voir dans le rejet des partis traditionnels que représentent les candidatures de Trump et Sanders, la possibilité – la nécessité, en fait - d’organiser un parti du peuple. On pourrait même l’appeler Parti des Déplorables, car si l’on exclut les « masses désordonnées » (selon Marx et Engels, pour se moquer du mépris dont elles faisaient l’objet de la part de l’élite arrogante), on admettra que la démocratie n’a aucune chance. Elles sont « désordonnées », mais sont-elles à blâmer, elles qui ont cessé de compter, ou même d’exister, sur le front de la guerre de classe qui a été lancée contre la démocratie – c’est-à-dire contre nous tous ?

    Les lignes de division ethniques doivent disparaître. C’est un impératif pour l’unité. Aux Etats-Unis, le racisme est une peste endémique et récurrente. Il est à la racine de nos divisions politiques. Voilà donc la première tâche : l’éradiquer par l’éducation. Engels, qui a partagé sa vie avec Mary Burns, une Irlandaise républicaine radicale, avait bien compris le racisme contre les Irlandais qui imprègnait la classe ouvrière anglaise. Ce n’était pas un simple trouble psychologique. Il est apparu parce que les usines des Midlands importaient des travailleurs irlandais pour briser les grèves. Néanmoins, il voyait dans la classe ouvrière anglaise la force nécessaire pour mener une révolution sociale :

    « L’Angleterre démontre que plus une classe se trouve en bas de l’échelle sociale et plus elle est « inéduquée » dans le sens habituel du mot, plus sa relation avec le progrès est forte et plus son avenir est grand. »
    J’ai tenté « d’expliquer patiemment » - maxime de Lénine - et, au cours de cette explication qui n’est même pas une réponse « claire et précise », j’ai peut-être épuisé la patience du lecteur, mais il est important de savoir que si nous votons pour l’un ou l’autre de ces deux candidats, nous le faisons sans illusion. Si nous votons pour le « moindre mal », que ce soit la dernière fois, car c’est bien pour le mal que nous voterons.

    Luciana Bohne
    Luciana Bohne est co-fondatrice de Film Criticism, une revue des études de cinéma, et enseigne à l’Université Edinboro en Pennsylvanie.
    (*) NdT : lire ce texte de F. Engels sur les « workhouses » britanniques : https://www.marxists.org/francais/engels/works/1845/03/fe_18450315_11.htm

  • Kai Diekmann und die Auschwitz-Baupläne - Medien - Süddeutsche.de
    http://www.sueddeutsche.de/medien/kz-plaene-wie-kai-diekmann-die-auschwitz-bauplaene-ausser-landes-bringe

    Est-ce que vous voulez savoir à qui appartiennent les dessins de construction du camps d’Auschwitz ? C’est simple, c’est l’État d’Israel qui les détient et ne le les lachera pas. Les représentants des Archives fédérales d’Allemagne ne sont pas contents. Ils auraient aimé pouvoir les garder.

    Karl Marx - Le 18 brumaire de L. Bonaparte
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum3.htm

    Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.

    49 ans après l’enlèvement d’Eichmann par un commando du Mossad ces plans de construction d’Auschwitz partent clandestinement en Israel, le commando de kidnapping étant composé de l’éditeur du journal Bild Kai Dieckmann et de Bibi Netanyahou , premier ministre d’Israel.

    5. Juli 2016, 18:11 Uhr

    In einem Interview erzählt Bild-Herausgeber Kai Diekmann, wie er 2009 die Baupläne des Konzentrationslagers Auschwitz dem israelischen Premier überreichte.
    Der Axel-Springer-Verlag hatte die Pläne auf dem Schwarzmarkt erworben.
    Bundesarchiv und Bundesinnenministerium sind der Auffassung, die Papiere gehörten Deutschland. Diekmann aber schenkte sie Israel.

    Von Thorsten Schmitz

    Man sollte annehmen, dass Kai Diekmann weiß, was man verrät und was besser nicht. Womöglich hat den Gesamtherausgeber der Bild -Gruppe dieser Instinkt für einen Moment verlassen, als er sich von Tal Alon interviewen ließ. Alon lebt in Berlin und ist Chefredakteurin des auf Hebräisch erscheinenden Online-Magazins Spitz. Am Dienstag veröffentlichte es ein Gespräch mit Diekmann, in dem es eigentlich darum geht, weshalb der Springer-Verlag einer Gruppe von deutschen Chefredakteuren eine Israel-Reise organisiert hat, bei der man auch mit Premierminister Benjamin Netanjahu zusammentraf, aber kein Blick auf die Trennmauer geworfen wurde.

    Diekmann berichtet in dem Interview in erstaunlicher Offenheit, weshalb er so einfach einen Termin bei Netanjahu bekommt. Man habe engen Kontakt seit August 2009. Damals hatte Bild 29 Baupläne und -skizzen des Konzentrationslagers Auschwitz veröffentlicht und im Springer-Hochhaus ausgestellt. Die Pläne, die die Unterschrift Heinrich Himmlers tragen und weltweit als die einzigen erhaltenen gelten, hatte Springer auf dem Schwarzmarkt erworben für eine bis heute ungenannte Summe. Das aufsehenerregende Dokument, das bereits 1941 die systematische Ausrottung von Juden belegt, war vom Bundesarchiv für echt befunden worden.

    Das Bundesarchiv hatte damals mit Springer vereinbart, dass es die Prüfung übernimmt und nach der publizistischen Auswertung die Original-Baupläne erhält. Bis heute ist das Archiv der Auffassung, dass die Baupläne Deutschland gehören, denn Deutschland ist Rechtsnachfolgerin des Dritten Reiches. Diese Auffassung vertrat offenbar auch das Bundesinnenministerium. Diekmann aber schien das egal zu sein. Er fand, die Pläne gehörten nach Israel und schenkte sie Premierminister Benjamin Netanjahu bei dessen Besuch in Berlin. Der freute sich und sprach von einem „Geschenk der Wahrheit“.
    Die Frage war: Wie kommen die Dokumente über die Grenze?

    Die ganze Wahrheit gibt Diekmann jetzt freimütig preis: „Bundesarchiv und Bundesinnenministerium haben uns gesagt, diese Dokumente gehören der Bundesregierung. Wenn Sie versuchen, sie aus Deutschland herauszubringen, dann bekommen Sie ein Problem. Wir werden Sie an der Grenze stoppen.“ Die sanfte Drohung ließ Diekmann unbeeindruckt, wie er jetzt zugibt. „Die Baupläne waren eine Sensation. Ich war überzeugt, dass sie nach Yad Vaschem, in Israels Holocaustgedenkstätte, gehören.“

    Nur wie ließ sich das am geschicktesten einfädeln? „Ich hatte dann die Idee“, sagt Diekmann, „dass jemand die Baupläne über die Grenze bringen muss, den sie nicht stoppen werden, und zu dieser Zeit war das Premierminister Benjamin Netanjahu. Ich habe ihn gefragt, ob er zu unserer Ausstellung kommt, wo wir ihm die Dokumente aushändigen würden.“ Der Rest ist Geschichte. Netanjahu kam, nahm die Baupläne entgegen und flog mit ihnen im Gepäck nach Israel.

    Hans-Dieter Kreikamp hat damals die Echtheit der Baupläne geprüft und leitete die Abteilung „Deutsches Reich“ im Berliner Bundesarchiv. „Wir waren sehr enttäuscht“, sagt Kreikamp der SZ, „dass der Springer-Verlag sein Wort einseitig gebrochen hat. Wir haben naiv dem gesprochenen Wort vertraut.“ Kreikamp bestätigt, dass damals mit Springer mündlich vereinbart worden sei, die Original-Baupläne nach der Ausstellung und der publizistischen Verwertung durch den Verlag der Obhut des Bundesarchivs zu überlassen. Auch Hartmut Weber, der damalige Präsident des Bundesarchivs, bestätigt, dass es eine Vereinbarung gegeben habe. Er habe Vorstandschef Mathias Döpfner damals nochmals in einem Brief gebeten, die Baupläne seiner Behörde zu überlassen. Auf den Brief, so Weber, „habe ich nie eine Antwort bekommen“.

    Ausstellung : Die Baupläne vom KZ Auschwitz | GeschichtsPuls
    http://geschichtspuls.de/art1282-ausstellung-die-bauplaene-vom-kz-auschwitz

    Der Name Auschwitz steht als Synonym für den gesamten Holocaust, den Völkermord an etwa sechs Millionen europäischen Juden. Geschätzte 1,1 Millionen Menschen wurden hier von den Nationalsozialisten ermordet. Die dabei angestrebte “Effizienz” verdeutlichen die originalen Baupläne des Konzentrations- und Vernichtungslagers Auschwitz. Sie sind jetzt in einer Ausstellung des Axel-Springer-Verlages zu sehen.

    #Israel #holocauste #Auschwitz #Allemagne #presse

  • K. Marx - Le Capital Livre I : XXV.I
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-1.htm

    La religion fleurit surtout là où les prêtres subissent le plus de macérations, de même que la loi là où les avocats crèvent de faim (William Petty)

    Der Akkumulationsprozeß des Kapitals - 23. Das allgemeine Gesetz der kapitalistischen Akkumulation
    http://www.mlwerke.de/me/me23/me23_640.htm

    Die Religion blüht am besten, wenn die Priester am meisten kasteit werden, wie das Recht am besten, wo die Advokaten verhungern.

    William Petty - 26 May 1623 – 16 December 1687
    https://en.wikipedia.org/wiki/William_Petty

    Sir William Petty FRS (26 May 1623 – 16 December 1687) was an English economist, scientist and philosopher. He first became prominent serving Oliver Cromwell and Commonwealth in Ireland. He developed efficient methods to survey the land that was to be confiscated and given to Cromwell’s soldiers. He also managed to remain prominent under King Charles II and King James II, as did many others who had served Cromwell.

    He was Member of the Parliament of England briefly and was also a scientist, inventor, and entrepreneur, and was a charter member of the Royal Society. It is for his theories on economics and his methods of political arithmetic that he is best remembered, however, and to him is attributed the philosophy of laissez-faire in relation to government activity.

    #devise_du_jour #économie #histoire

  • Vor 400 Jahren starb William Shakespeare
    http://www.salzburg.com/nachrichten/diverse/kopf-des-tages/sn/artikel/vor-400-jahren-starb-william-shakespeare-193274


    Pour ce journal autrichier Shakespeare est mort il y a 400 ans précisément, le nouveau dictionnaire monopoliste prétend qu’il aurait encore survécu pendant une dizaine de jours encore jusqu’au trois mai. Quelle importance ... quelle bonne occasion d’identifier son influence sur notre vie actuelle !

    Citons d’abord les journalistes autrichiens.

    Was ist so witzig an Shakespeare? Wissen sie, dass die Welt dieser Tage (23. April) den 400. Todestag des Groß-Dramatikers feiert?

    Shakespeare ist zur Weltmarke geworden. 123 Millionen Google Treffer. Man braucht ihn nicht mehr zu lesen, um ihn zu kennen. Seine Stücke nicht mehr zu schauen, um über die Worte zu staunen. Shakespeares Leben, Shakespeares Zitate, alles abrufbar, per Mausklick.

    Bof, il y a des auteurs bien plus intéressants. Prenons Paul Lafargue, le gendre de Karl Marx.

    La langue française avant et après la Révolution, Etudes sur les origines de la bourgeoisie moderne, Paul Lafargue
    https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1894/00/pl18940000.htm

    Mme de Staël semble penser que l’on peut renouveler la littérature sans toucher à la langue ; Voltaire les croyait au contraire si étroitement liées que tout changement dans l’une devait amener forcément une modification correspondante dans l’autre : s’il se constitue le gardien jaloux de la langue, il attaque avec furie les novateurs littéraires, qui pour excuser leurs tentatives se réclamaient de Shakespeare . Sa campagne contre le plus grand génie dramatique qu’ait produit l’humanité depuis Eschyle mérite d’être connue : elle indique l’état des esprits de l’époque et peut être considérée comme une des premières escarmouches du combat que classiques et romantiques allaient engager après la Révolution sur les œuvres de Racine et de Shakespeare .

    Paul Lafargue raconte la grande influence qu’a eu Shekespeare sur son beau-père. Ses observations contribuaient largement à l’analyse de la société de Marx qui nous a laissé une foule de références et de citations de William Shakespeare.

    Souvenirs personnels sur Karl Marx, Paul Lafargue
    https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1890/00/lafargue_18900000.htm

    C’était un homme, un homme en tout ;
    Je ne reverrai jamais son pareil.

    Shakespeare. Hamlet

    Il admirait Eschyle et Shakespeare qu’il considérait comme les deux plus grands génies dramatiques qu’ait produits l’humanité. Il s’était livré à des études approfondies sur Shakespeare qui lui inspirait une admiration sans bornes et dont il connaissait tous les personnages, même les plus insignifiants. Toute la famille Marx professait un véritable culte pour le grand dramaturge anglais ; ses trois filles le savaient par cœur. Après 1848, voulant se perfectionner dans la connaissance de l’anglais qu’il lisait bien, il rechercha et classa toutes les expressions propres à Shakespeare

    Karl MARX, Introduction à la critique de l’économie politique, Introduction : Production, consommation, distribution, échange (Circulation), IV. Production. Moyens de production et rapports de production. Rapports de production et rapports de circulation. Formes de l’État et de la conscience par rapport aux conditions de production et de circulation. Rapports juridiques. Rapports familiaux.
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1857/08/km18570829.htm

    8. Le point de départ naturellement dans les déterminations naturelles ; subjectivement et objectivement. Tribus, races, etc.

    1. Pour l’art, on sait que certaines époques de floraison artistique ne sont nullement en rapport avec le développement général de la société, ni par conséquent avec celui de sa base matérielle, qui est pour ainsi dire l’ossature de son organisation. Par exemple les Grecs comparés aux modernes, ou encore Shakespeare . Pour certaines formes de l’art, l’épopée par exemple, il est même reconnu qu’elles ne peuvent jamais être produites dans la forme classique où elles font époque, dès que la production artistique apparaît en tant que telle ; que donc, dans le domaine de l’art lui-même, certaines de ses créations importantes ne sont possibles qu’à un stade inférieur du développement artistique. Si cela est vrai du rapport des différents genres artistiques à l’intérieur du domaine de l’art lui-même, Il est déjà moins surprenant que cela soit également vrai du rapport du domaine artistique tout entier au développement général de la société. La difficulté ne réside que dans la manière générale de saisir ces contradictions. Dès qu’elles sont spécifiées, elles sont par là même expliquées.

    Voici le texte original :

    Karl Marx, Einleitung [zur Kritik der Politischen Ökonomie]
    4. Produktion. Produktionsmittel und Produktionsverhältnisse. Produktionsverhältnisse und Verkehrsverhältnisse. Staats- und Bewußtseinsformen im Verhältnis zu den Produktions- und Verkehrsverhältnissen. Rechtsverhältnisse. Familienverhältnisse.
    Notabene in bezug auf Punkte, die hier zu erwähnen und nicht vergessen werden dürfen :
    http://www.mlwerke.de/me/me13/me13_615.htm#Kap_4

    8. Der Ausgangspunkt natürlich von der Naturbestimmtheit; subjektiv und objektiv. Stämme, Racen etc.

    Bei der Kunst bekannt, daß bestimmte Blütezeiten derselben keineswegs im Verhältnis zur allgemeinen Entwicklung der Gesellschaft, also auch der materiellen Grundlage, gleichsam des Knochenbaus ihrer Organisation, stehn. Z.B. die Griechen verglichen mit den modernen oder auch Shakespeare. Von gewissen Formen der Kunst, z.B. dem Epos, sogar anerkannt, daß sie, in ihrer Weltepoche machenden, klassischen Gestalt nie produziert werden können, sobald die Kunstproduktion als solche eintritt; also daß innerhalb des Berings der Kunst selbst gewisse bedeutende Gestaltungen derselben nur auf einer unentwickelten Stufe der Kunstentwicklung möglich sind. Wenn dies im Verhältnis der verschiednen Kunst- <641> arten innerhalb des Bereichs der Kunst selbst der Fall ist, ist es schon weniger auffallend, daß es im Verhältnis des ganzen Bereichs der Kunst zur allgemeinen Entwicklung der Gesellschaft der Fall ist. Die Schwierigkeit besteht nur in der allgemeinen Fassung dieser Widersprüche. Sobald sie spezifiziert werden, sind sie schon erklärt.

    Le Capital, Livre premier, Le développement de la production capitaliste, IV° section : la production de la plus-value relative, Chapitre XV : Machinisme et grande industrie, IX. - Législation de fabrique
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-15-9.htm

    Si la nature même de la grande industrie nécessite le changement dans le travail, la fluidité des fonctions, la mobilité universelle du travailleur, elle reproduit d’autre part, sous sa forme capitaliste, l’ancienne division du travail avec ses particularités ossifiées. Nous avons vu que cette contradiction absolue entre les nécessités techniques de la grande industrie et les caractères sociaux qu’elle revêt sous le régime capitaliste, finit par détruire toutes les garanties de vie du travailleur, toujours menacé de se voir retirer avec le moyen de travail les moyens d’existence [14] et d’être rendu lui-même superflu par la suppression de sa fonction parcellaire ; nous savons aussi que cet antagonisme fait naître la monstruosité d’une armée industrielle de réserve, tenue dans la misère afin d’être toujours disponible pour la demande capitaliste ; qu’il aboutit aux hécatombes périodiques de la classe ouvrière, à la dilapidation la plus effrénée des forces de travail et aux ravages de l’anarchie sociale, qui fait de chaque progrès économique une calamité publique. C’est là le côté négatif.

    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-15-9.htm#ftn229

    [14] « Tu prends ma vie si tu me ravis les moyens par lesquels je vis. » ( Shakespeare .)

    Karl Marx, Salaire, prix et profit, La lutte entre le Capital et le Travail et ses résultats
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1865/06/km18650626o.htm

    Parallèlement à cet élément purement physiologique, la valeur du travail est déterminée dans chaque pays par un standard de vie traditionnel. Celui-ci ne consiste pas seulement dans l’existence physique, mais dans la satisfaction de certains besoins naissant des conditions sociales dans lesquelles les hommes vivent et ont été élevés. Le standard de vie anglais pourrait être réduit à celui de l’Irlande, le standard de vie d’un paysan allemand à celui d’un paysan de Livonie.
    ...
    Du temps de la guerre contre les Jacobins, entreprise, comme disait le vieux George Rose, budgétivore et sinécuriste impénitent, pour mettre les consolations de notre sainte religion à l’abri des incursions de ces mécréants de Français, les honnêtes fermiers anglais que nous traitions si tendrement dans un chapitre précédent abaissèrent les salaires des ouvriers agricoles même au-dessous du minimum purement physique et firent ajouter, moyennant les Lois des pauvres, ce qui était nécessaire à la conservation physique de la race. C’était une manière glorieuse de transformer l’ouvrier salarié en esclave et le paysan libre et fier de Shakespeare en un indigent assisté.

    Karl MARX, Le Capital, Livre premier, Le développement de la production capitaliste, VIII° section : L’accumulation primitive, Chapitre XXVII : L’expropriation de la population campagnarde
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-27.htm

    Dans les dernières années du XVIII° siècle, la yeomanry, classe de paysans indépendants, la proud peasantry de Shakespeare , dépassait encore en nombre l’état des fermiers. C’est elle qui avait constitué la force principale de la République anglaise. Ses rancœurs et ses habitudes formaient, de l’aveu même de Macaulay, le contraste le plus frappant avec celles des hobereaux contemporains, Nemrods grotesques, grossiers, ivrognes, et de leurs valets, les curés de village, épouseurs empressés des « servantes favorites » de la gentilhommerie campagnarde. Vers 1750 la yeomanry avait disparu [12].
    ...
    [12] A letter to sir T. C. Banbury, Brt : On the High Price of Provisions, by a Suffolk gentleman, Ipswich, 1795, p. 4. L’avocat fanatique du système des grandes fermes, l’auteur de l’Inquiry into the Connection of large farms, etc., Lond., 1773, dit lui-même, p. 133 : « Je suis profondément affligé de la disparition de notre yeomanry, de cette classe d’hommes qui a en réalité maintenu l’indépendance de notre nation ; je suis attristé de voir leurs terres à présent entre les mains de lords monopoleurs et de petits fermiers, tenant leurs baux à de telles conditions qu’ils ne sont guère mieux que des vassaux toujours prêts à se rendre à première sommation dès qu’il y a quelque mal à faire. »

    Karl Marx, Un chapitre inédit du Capital, Résultats du procès de production immédiat, II. La production capitaliste comme production de plus-value
    G. Les deux phases historiques du développement économique de la production capitaliste, a) Soumission formelle du travail au capital
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-2G.htm

    L’ouvrier transforme lui-même son argent en les valeurs d’usage, marchandises, de son choix : comme possesseur d’argent et acheteur, il se trouve vis-à-vis des vendeurs de marchandises dans le même rapport que tous les autres acheteurs. Certes, ses conditions d’existence - outre le montant de son salaire - l’obligent à dépenser son argent dans le cercle relativement étroit des moyens de subsistance. Cependant celui-ci peut évoluer. Par exemple, les journaux font aujourd’hui partie des moyens de subsistance nécessaires de l’ouvrier anglais. Il peut faire des économies et amasser un petit pécule, ou bien dilapider son salaire en buvant, etc. Quoi qu’il en soit, il se comporte en agent libre et doit s’en tirer tout seul : il est lui-même responsable de la manière dont il dépense son salaire. Il apprend à se dominer lui-même, contrairement à l’esclave, qui a besoin de son maître.

    Tout cela ne vaut, cependant, qu’en égard à la transformation du serf ou de l’esclave en salarié libre. Les conditions capitalistes apparaissent alors comme une promotion dans la hiérarchie sociale. C’est l’inverse, pour le paysan indépendant ou l’artisan que l’on transforme en salarié. Quelle différence entre la fière et libre paysannerie anglaise dont parle Shakespeare , et les journaliers agricoles anglais !

    Laissant de côté les influences purement économiques qui préparaient l’expropriation des cultivateurs, nous ne nous occupons ici que des leviers appliqués pour en précipiter violemment la marche.

    Le Capital, Livre premier, Le développement de la production capitaliste, I° section : la marchandise et la monnaie, Chapitre III : La monnaie ou la circulation des marchandises, III. - La monnaie ou l’argent., a) Thésaurisation.
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-3-3.htm#ftnref42

    De même que toute différence de qualité entre les marchandises s’efface dans l’argent, de même lui, niveleur radical, efface toutes les distinctions [6].

    Voici l’observation de Shakepeare précédant l’analyse de Marx :
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-3-3.htm#ftn42

    [6] Gold, yellow, glittering precious Gold !
    Thus much of this will make black white; foul, fair;
    Wrong, right; base, noble; old, young; coward, valiant
    ...What this, you Gods! why ibis
    Will lug your priests and servants front your sides;
    This yellow slave
    Will knit and break religions; bless the accursed;
    Make the hoar leprosy adored; place thieves
    And give them, title, knee and approbation,
    With senators of the bench; this is it,
    That makes, the wappend widow wed again
    ...Come damned earth,
    Thou common whore of mankind

    « Or précieux, or jaune et luisant’ en voici assez pour rendre le noir blanc, le laid beau, l’injuste juste, le vil noble, le vieux jeune, le lâche vaillant !... Qu’est-ce, cela, ô dieux immortels ? Cela, c’est ce qui détourne de vos autels vos prêtres et leurs acolytes Cet esclave jaune bâtit et démolit vos religions, fait bénir les maudits, adorer la lèpre blanche; place les voleurs au banc des sénateurs et leur donne titres, hommages et génuflexions. C’est lui qui fait une nouvelle mariée de la veuve vieille et usée. Allons, argile damnée, catin du genre humain... » (Shakespeare, Timon of Athens.)

    #marxisme #économie #histoire

  • Essai d’identification de l’islamo-gauchisme
    http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/200215/essai-didentification-de-lislamo-gauchisme
    #bordélisation
    Je serais intéressée par des commentaires de ce truc.

    Que des organisations de gauche dire « radicale » tiennent tribune aux côtés des Indigènes de la République est déjà en soi un problème, mais on était habitué, on reste dans l’entre-soi gauchiste. Même si c’est déjà lamentable pour le NPA d‘avoir des activités communes avec les dingos racialistes du PIR, pour qui le monde ne se divise pas avant tout entre exploiteurs et exploités, mais entre « blancs » et « non-blancs » (d’où la récurrence dans leurs textes d’expression telles que « la gauche blanche » et autres concepts du même tonneau). On est aujourd’hui dans une situation politique très pénible où la conscience de classe est déjà à un niveau historiquement bas et où s’épanouissent tous les communautarisme qui corrodent les identités de classe, alors on n’a vraiment pas besoin que des gauchistes viennent souffler sur les braises de la division à l’intérieur de la classe ouvrière. Il y a déjà le FN pour faire très efficacement ce sale boulot, ce n’est pas la peine d’en rajouter, merci le PIR.

    • Avant de commenter cette ineptie il vaudrait mieux s’intéresser à la personne de Yann Kindo et ses précédents écrits.
      Sur le livre noir de la psychiatrie http://www.recalcitrance.com/kindo.htm

      Le moratoire sur les ogm http://www.lafranceagricole.fr/actualite-agricole/ogm-indignez-vous-plantez-des-ogm-yann-kindo-sympathisant-lo-52838.

      Contributeur du blog "Imposteurs" http://imposteurs.over-blog.com
      Un blog sur mediapart http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo

      Une définition précédente « islamo-gauchiste » [= des gauchistes qui regardent avec un intérêt particulièrement bienveillant l’Islam, parce que religion des « dominés » sous nos latitudes http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/010413/la-haine-marxiste-de-la-religion-episode-i-marx-et-engels

      Sur Onfray "L’ouvrage est paru dans une collection dirigée par Michel Onfray, qui en signe aussi la préface. Un mot tout d’abord à propos du bonhomme, dont je ne suis pas grand fan - trop mondain et versatile à mon goût -, mais qui a quand même de grands mérites dans le contexte de ce qu’est la France, et notamment sa gauche politique"
      et Dolto http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/291013/dolto-une-mise-au-point-final

      La "haine" marxiste de la religion. Episode I : Marx et Engels. http://blogs.mediapart.fr/blog/yann-kindo/010413/la-haine-marxiste-de-la-religion-episode-i-marx-et-engels

    • Ouais, ça va bien dans le sens de ce que ce bousin m’a inspiré à priori. Mais ça me défonce de voir comme ce genre d’écrit devient populaire chez des gens très radicalisés, mais qui, à moment donné, n’étaient pas englués dans la guerre de chapelles.

      Tout cela m’a l’air bien confus, mélangeant habilement des critiques recevables à des attaques bien dégueulasses.
      Souvent, je me retrouve face à ce genre de texte sans plus savoir d’où ça part et où ça va, ce qui me place également dans une position instable où je passe du doute légitime de la pensée à la confusion totale.

      En gros, quand je me sens perdue, je me dis que je peux manquer de références pour tout comprendre, mais qu’aussi bien, c’est une manœuvre délibérée de l’auteur pour semer de la confusion chez les lecteurs et ça, je pense que c’est toujours un procédé suspect.
      D’où mes appels à commentaires, en me disant que d’autres seront mieux armés que moi pour détecter le loup.

      Et comme d’hab’, sur @seenthis, ça se vérifie souvent !

    • Ce type de mots composés est régulièrement forgé pour disqualifier des chiens enragés que l’on s’apprête à abattre. Les staliniens inventèrent « hitkléro-trotskistes » pour qualifier des opposants (trotskistes... ou pas et fort rarement hitlériens) persécutés et éliminés (autant que faire se pouvait) durant les années 30.
      Plus récemment, avec l’aide quelques conseillers, l’état français a crée les anarcho-autonomes, ou repris islamo-fascistes.

    • Le Parti des Indigènes de la République (PIR) affiche des principes anticolonialistes et antiracistes en se positionnant de manière radicale contre la république qu’il accuse d’entretenir les comportements colonialistes et racistes.
      « Le PIR est un parti politique qui agit pour défaire le caractère impérial, colonial et racial de l’Etat français ainsi que tous les mécanismes qui contribuent au sein de la société à reproduire les hiérarchies raciales. »
      « La République est un système politique, idéologique et social basé sur les inégalités raciales au sein de l’Hexagone, à l’encontre de l’immigration coloniale et de ses enfants et plus spécifiquement des Noirs, des Arabes et des musulmans. »
      Cette position politique est totalement légitime si l’on quitte des yeux la constitution française et la déclaration des droits de l’homme pour une analyse des comportements - des prises de positions et de décisions - des investissements de nos politiciens, tous confondus et depuis les « indépendances » jusqu’à aujourd’hui.
      http://indigenes-republique.fr/le-p-i-r/nos-principes

    • Les identitaires de gauche ont en commun avec la droite et l’extrême-droite ce paradigme qui confère aux réalités que Marx avait désignées comme des constructions historiques le statut de caractéristiques intrinsèques, de véritables #essences des individus. Pour des raisons à chaque fois différentes qu’il faudra analyser, ils prennent pour argent comptant ce dont Marx a expliqué la valeur très relative. Afin d’ancrer cette analyse dans le réel le plus directement accessible, la première approche du paradigme portera sur les discours d’identitaires de gauche hexagonaux et contemporains, la « #Gauche_populaire » et les « Indigènes de la République », deux mouvements nés à Paris dans la deuxième moitié des années 2000 et réunissant des chercheurs et des militants issus de partis de gauche. Ces deux groupes sont à la fois très peu nombreux et particulièrement visibles médiatiquement. S’exprimant essentiellement à travers des livres et des tribunes dans la presse, ils ont développé deux discours en apparence très différents, mais qui, nous allons le montrer, fonctionnent en miroir dans le cadre du #paradigme_identitaire.

      http://seenthis.net/messages/332638

      #PIR

    • Marx n’a pas fait une analyse historique de la colonisation et de l’esclavage. Catherine Coquery Vidrovitch l’a fait dans
      « Enjeux politiques de l’histoire coloniale »
      http://agone.org/passepresent/enjeuxpolitiquesdelhistoirecoloniale/index.html
      Elle dit...

      Notre patrimoine historique « national » doit-il inclure l’histoire de la colonisation et de l’esclavage colonial ? La réponse positive, de bon sens, ne fait pas l’unanimité : soit parce que parler sans tabou du domaine colonial serait « faire repentance », soit parce que l’ignorance ou la négligence entretenues depuis plusieurs générations font qu’il ne vient même pas à l’esprit de beaucoup de nos concitoyens que notre culture nationale héritée n’est pas seulement hexagonale. La culture française (que d’aucuns veulent appeler « identité nationale ») résulte de tous les héritages mêlés dans un passé complexe et cosmopolite où le fait colonial a joué et continue par ricochet de jouer un rôle important.

    • @gillesm, pour Marx, oui c’est vrai, pas d’analyse historique détaillée, mais sa position n’est ni ignorante, ni indifférente.
      Abhd el kader, Marx et Engels, The New American Cyclopaedia, 1858
      https://www.marxists.org/francais/marx/works/1858/01/km18580000.htm

      De la première occupation de l’Algérie par les Français jusqu’à nos jours, ce pays malheureux a été l’arène de violence, de rapines et de carnages incessants. Chaque ville, grande ou petite, a été conquise en détail et au prix d’un immense sacrifice de vies humaines. Les tribus arabes et kabyles, pour qui l’indépendance est chose précieuse, et la haine de la domination étrangère un principe plus cher que la vie elle-même, ont été écrasées par les terribles razzias qui brûlèrent et détruisirent demeures et propriétés, abattirent les récoltes, massacrèrent les malheureux ou les soumirent à toutes les horreurs de la brutalité et de la concupiscence.

      Les Français, contre tous les préceptes d’humanité, de civilisation et de chrétienté persistent dans ce système de guerre barbare. Comme circonstances atténuantes, ils allèguent que les Kabyles sont féroces, s’adonnent au meurtre, torturent leurs prisonniers, et qu’avec des sauvages l’indulgence est une erreur. On peut toutefois mettre en doute la politique d’un gouvernement civilisé qui a recours à la loi du talion.

      Ce qui ne revient pas à faire des conflits contemporains opposants des non citoyens (ce qui est aussi une définition du prolétariat),sans ou avec papiers, y compris français, au capitalisme mûr, une question « indigène ». Sauf à considérer que l’origine (la catégorisation comme indigène) et non l’histoire puisse servir de variable explicative primordiale.
      Il se trouve que les immigrés et leurs descendants ont été et sont des protagonistes de luttes sociales ici, et pas seulement des objets de l’administration ou du racisme.

      Grève à Penaroya Lyon, pour le salaire, la santé, la sécurité, le logement, l’égalité, 1972 :

    • Il y a longtemps que cet auteur s’est distingué par ses engagements technolâtres et scientistes. Typiquement, sur la question de la critique des biotechnologies, Y.K. a recours à une forme de confusionnisme qui consiste à utiliser quelques critiques faciles à l’encontre d’une poignées de personnes qui s’y prêtent remarquablement pour discréditer l’idée même de critique des biotechnologies ou du scientisme.
      De fait, il réduit toutes les positions critiques des biotech aux plus superficielles et maladroites qu’il ne manque pas de trouver complaisamment relayées médiatiquement - et emporte avec elle la critique sociale qui peut soutenir les plus conséquentes et radicales.

      Il en va de même avec son discours « marxiste » - comme de celui de « germinal pinalie ». Ce genre de pinailleurs de l’exégèse marxologique s’avère curieusement infoutu de critiquer les rapports de force et leurs manifestations présentes. (La manière dont Kindoo prétend en finir avec Pierre Tévanian en prétendant réduire sa critique de la propagande laïcarde à une mauvaise traduction choisie de Marx est un brillant exercice de jésuitisme)
      Leur lecture en termes de simple « paradigme identitaire » des positions critiques décoloniales indique clairement leur volonté de ne pas comprendre , et de rendre incompréhensibles ces critiques
      Ils s’en tiennent à celles des apparences qui peuvent le plus opportunément servir leur discours. Ce sont à proprement parler des philistins : ils tirent prétexte d’apparences soigneusement mises en scène pour renvoyer les inférieurs au discrédit qui leur est dû au sein des rapports de domination présents

      Germinal Pinalie et Yann Kindo participent sous un langage marxien d’un banal backlash : ce qui les distingue, c’est l’habillage marxien de leur haine et leur mépris envers les luttes autonomes des racisés, ou envers les critiques du scientisme.
      L’habillage d’érudition et la prétention à la rigueur intellectuelle sont chez de tels auteurs un leurre, qui sert à établir une démarcation entre celleux qui pensent bien en se référent aux bons textes (ou aux bonnes traductions), et les autres.

      De ce point de vue, leur « critique marxienne » se ramène bien trop souvent une plate explication des désaccords et des disputes par l’ignorance ou la bêtise des autres : les indigènes, ou celleux qui prennent au sérieux leurs arguments (à les lire, si germinal ou yann ne veulent pas comprendre ce que les indigènes et celleux qui les soutiennent disent , c’est bien parce que ces derniers sont bêtes) et non par l’identification des intérêts matériels en jeu - tu parles d’une « pensée matérialiste » ! De fait, les seuls intérêts matériels qu’identifient nos Pinalie-Kindoo chez celleux qu’ils dézinguent s’avèrent au mieux révoltants de mesquinerie.

      Je tiens pour ma part que de tels auteurs sont sur des positions identitaires blanches, et que seule une telle position de dominant peut mener quelqu’un à se prétendre se prétendre, avant même toute réflexion critique, affranchi des « questions d’identités ».
      Qu’au contraire, partir de la réalité implique de reconnaître que l’universalisme et le scientisme désincarné dont de tels auteurs se drapent sont une posture et une imposture visant à dissimuler et conforter des rapports sociaux de domination dont ils sont les privilégiés.

      J’ajouterai que de telles postures se retrouvent aussi bien plus à gauche - chez un Lawrence Jarach, par exemple, ou au sein de la revue "Temps Critiques - postures dont la superficialité théorique opportune lorsqu’il s’agit de taire d’où parlent ses auteurs, et de nier leurs privilèges, se trouve dissimulée soit sous une façade de vocabulaire radical affranchi (Jarach), soit sous un monceau d’indigent verbiage « critique » (T.C.), sert aussi à l’occasion de cache-sexe idéologique au naturalisme affligeant des PMO et Cie.

      On retrouve le même propos radicalement intéressé et la même confortable hostilité aux « identités » chez les post-situs (tout de même quelque peu fossilisés) de « lieux communs ».

      Ces lignes sont bien trop lapidaires et succinctes, mais je n’ai pas envie de perdre plus de temps que je n’ai déjà dû en consacrer à pareils philistins.

  • Berlin et ses jeux olympiques

    Neue olympische Sportart : Extrem-Abmahnen
    http://www.heise.de/tp/news/Neue-olympische-Sportart-Extrem-Abmahnen-2544720.html

    Der Berliner Senat sowie ein Sport-Propagandist haben das Blog METRONAUT wegen einer bissigen Satire auf Unterlassung in Anspruch genommen. Die Abmahner störten sich an einer ungebetenen Hilfestellung für die Olympia-Bewerbung für 2024, die sich der Plakatmotive zu den Spielen von 1936 bediente.
    ...
    Die Satire erweckte den Anschein, als seien die neuen Plakate zur Olympia-Bewerbung der Presse vorgestellt und als bewusst provokant vermittelt worden.

    Karl Marx - Le 18 brumaire de L. Bonaparte

    Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.

    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum3.htm

    http://histoiregeoec-collegejeanlacaze82.fr/onewebmedia/1936%20caricature%20JO.JPG

    Olympia-Satire : Wir unterzeichnen keine Unterlassungserklärung und stellen die Motive wieder online
    http://www.metronaut.de/2015/02/olympia-satire-wir-unterzeichnen-keine-unterlassungserklaerung-und-stellen

    Les courageux rédacteurs de la revue satirique METRONAUT résistent aux menaces des terroristes d’état et publient les images qu’ils venaient de modifier dans un premier temps. Bravo !

    Je suis METRONAUT ;-)

    #jeux_olympiques #wtf #1936

  • Athéisme et sécularisme sont positivement corrélés avec des indicateurs sociaux de bien-être.
    https://www.pitzer.edu/academics/faculty/zuckerman/Zuckerman_on_Atheism.pdf
    ( Normand Baillargeon​ sur Twitter : https://twitter.com/nb58 )

    la conclusion indique :

    This essay began with a well-known Biblical quote stating that atheists are simply no good. Do the findings of contemporary social science support this Biblical assertion? The clear answer is no. Atheism and secularity have many positive correlates, such as higher levels of education and verbal ability, lower levels of prejudice, ethnocentrism, racism, and homophobia, greater support for women’s equality, child-rearing that promotes independent thinking and an absence of corporal punishment, etc. And at the societal level, with the important exception of suicide, states and nations with a higher proportion of secular people fare markedly better than those with a higher proportion of religious people.

    • La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle.

      La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu.

      Elle est l’opium du peuple. L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions.

      La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole.

      Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel , #Marx, 1843
      http://marx.engels.free.fr/marx/txt/1843critiqueh.htm

      #opium_du_peuple #livre_en_ligne #critique_de_la_religion (et pas « défense de la laïcité » républicaine ou télévisuelle)

    • D’une manière générale je soutiens l’idée qu’il faille évidemment critiquer la religion. Cependant cette critique rapide de Marx est un peu courte aujourd’hui car il existe dans certaines religions des aspects qui sont favorable a des révoltes, y compris sociale.

    • @bug_in, indéniablement. Cela n’a d’ailleurs pas échappé à des critiques de la religion (La guerre des paysans allemands F. Engels, https://www.marxists.org/francais/marx/works/1850/00/fe1850f.htm). Tout comme cela n’avait pas échappé à Foucault à propos de la Révolution en Iran, avant l’arrivée au pouvoir des mollahs (...). L’une des questions est de savoir quel espace laisse l’islam aujourd’hui à une révolte.
      La naissance du christianise, l’émergence du protestantisme, par exemple, ne sont pas uniment celle d’un opium du peuple.

      Cet extrait d’un texte de Marx ne relève pas selon moi d’une « critique rapide ».

    • Il manque aussi une mise en perspective avec une moitié de l’humanité, celle que les religions traitent comme du bétail dans les meilleur des cas, les femmes.
      https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2015/02/10/linfluence-de-la-religion-sur-le-statut-des-fe

      La place occupée par la religion dans le champ politique n’a cessé de s’affirmer ces dernières décennies. Certes, les pratiques religieuses ont régressé dans plus d’un pays (notamment en Europe occidentale), mais elles ont tendu à s’amplifier à l’échelle mondiale, en lien direct avec la victoire du modèle néolibéral. En effet, si la sortie de la guerre froide a suscité davantage d’attention vis-à-vis de la démocratie, des droits humains et des droits des femmes en particulier, on a assisté dans le même temps à un accroissement des inégalités économiques et sociales, qu’il s’agisse des écarts de revenus ou des taux de pauvreté.

    • Ben, c’est ambigu, le texte dit : « greater support for women’s equality »... ce qui ne veux pas dire que c’est assez, que c’est suffisant etc.
      Par ailleurs, de ce que je comprend de l’extrait que tu indiques, il dit que précisément le droit des femmes se serait amélioré globalement et que ce qui aurait grandi, par contre, c’est l’accroissement des inégalité économiques et sociales, et les écarts de revenus et taux de pauvreté.
      Sur ce sujet, de manière un peu plus actuelles, les conséquences de la crise en particulier pour les personnes associée au genre femme, je te propose cet article :
      http://www.c-g-a.org/content/les-attaques-patriarcales-liees-la-crise

    • Le bien-être (qui n’équivaut pas la conso et la domination) peut faire reculer la religion, voire en supprimer toute nécessité. À sa façon, et à condition de mettre à bas la société capitaliste, Marx ne disait pas autre chose. Cela peut paraître « simple » mais l’article cité, aussi « moderne » soit-il reste en deçà de cette proposition.

      Un souci avec Marx et « le marxisme » c’est que tous les dominants de la terre en utilisent des morceaux, pour glorifier l’"universalisme" de la laïcité républicaine, ou la « valeur travail » (c’est à dire l’exploitation). Massif et impérieux détournement d’un héritage dépourvu de testament, comme l’on sait. La chanson le dit fort bien : tout ce qu’ils ont, ils nous le volent.

      #vallée_de_larmes #eaux_glacées_du_calcul_égoïste

    • Quelques petites nuances je pense. Aujourd’hui un nouvel athéisme se forme justement pour répondre a une adhésion persistante a la religion qui ne se dissous pas entièrement dans une amélioration du bien être. Par exemple ils proposent de prendre en charge la question de la mort qui est trop laissé a des rites religieux et essaye de former une communauté athée forte.

  • The secret to the Uber economy is wealth inequality - Quartz
    http://qz.com/312537/the-secret-to-the-uber-economy-is-wealth-inequality

    http://img.qz.com/2014/12/uber-inequality.jpg?w=1600

    I once had a single bottle of Coke sent to my home at the same price I would have paid had I gone to shop myself.

    The same goes for services. (…) a man came around every morning to collect my clothes and bring them back crisply ironed the next day; he would have washed them, too, but I had a washing machine.

    These luxuries are not new. I took advantage of them long before Uber became a verb, before the world saw the first iPhone (…). In my hometown of Mumbai, we have had many of these conveniences (…)

    It did not take technology to spur the on-demand economy. It took masses of poor people.

    #inégalités #travail #disruption

    • C’est bien dit. Il faut toujour répéter une vérité inconvenable même si elle a déjà 250 ans.


      http://www.mlwerke.de/me/me23/me23_640.htm#M71

      “As the Labourers make men rich, so the more Labourers, there will be the more rich men ... the Labour of the Poor being the Mines of the Rich.” (John Bellers, l.c.p. 2.)

      Aus dem bisher Entwickelten folgt, daß in einer freien Nation, wo Sklaven nicht erlaubt sind, der sicherste Reichtum aus einer Menge arbeitsamer Armen besteht. Außerdem, daß sie die nie versagende Zufuhrquelle für Flotte und Armee, gäbe es ohne sie keinen Genuß und wäre das Produkt keines Landes verwertbar. Um die Gesellschaft" (die natürlich aus den Nichtarbeitern besteht) „glücklich und das Volk selbst in kümmerlichen Zuständen zufrieden zu machen, ist es nötig, daß die große Majorität sowohl unwissend als arm bleibt. Kenntnis erweitert und vervielfacht unsere Wünsche, und je weniger ein Mann wünscht, desto leichter können seine Bedürfnisse befriedigt werden.“

      B. de Mandeville, « The Fable of the Bees », 5th cd., Land. 1728, Remarks, p. 212, 213, 328.

      „Mäßiges Leben und beständige Arbeit sind für den Armen der Weg zum materiellen Glücke“ (worunter er möglichst langen Arbeitstag und möglichst wenig Lebensmittel versteht) „und zum Reichtum für den Staat“ (nämlich Grundeigentümer, Kapitalisten und ihre politischen Würdeträger und Agenten).

      B. de Mandeville, « An Essay on Trade and Commerce », Lond. 1770, p. 54.

      toutes les citations se trouvent dans

      Das allgemeine Gesetz der kapitalistischen Akkumulation
      http://www.mlwerke.de/me/me23/me23_640.htm
      Karl Marx - Friedrich Engels - Werke, Band 23, « Das Kapital », Bd. I, Siebenter Abschnitt, S. 640 - 677
      Dietz Verlag, Berlin/DDR 1968

      cf. aussi la version FR

      Le Capital - Livre premier
      Le développement de la production capitaliste
      VII° section : Accumulation du capital
      Chapitre XXV : Loi générale de l’accumulation capitaliste
      https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-25-1.htm

      #Karl_Marx #capitalisme #accumulation #uber

    • And the bottom line is :

      All that modern technology has done is make it easier, through omnipresent smartphones, to amass a fleet of increasingly desperate jobseekers eager to take whatever work they can get.

      Il donne un exemple impressionnant pour sa thèse :

      Uber for X
      A collection of on-demand services to save you time
      https://www.producthunt.com/e/uber-for-x

      Voici les nouveaux génies du commerce : Push For Pizza, haha
      https://www.youtube.com/watch?v=hw07EXR8mJg

      #exploitation