Projet Crocodiles

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  • De la responsabilité collective : esquisse d’une théorie de la fiction sociale - Cairn.info
    en lien avec les remarques de @aude_v ici http://seenthis.net/messages/254556
    http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=BUPSY_494_0131

    Notre condamnation d’un crime collectif fait souvent contraste avec le sentiment, chez les auteurs, de ne pas en être vraiment responsables. Ce décalage s’explique, en partie, par une loi cognitive objective. Jean-Pierre Dupuy et coll. (Dupuy, 2002 ; Dupuy, Koppel, Atlan, 1992) ont développé l’idée suivante, à partir d’une conjecture de H. von Foerster : les liens entre individus qui composent un collectif peuvent être plus ou moins rigides, et plus ils le sont, moins la connaissance du comportement de l’un d’entre eux apporte d’informations à l’observateur, qui connaît déjà le comportement des autres. La conjecture de von Foerster suggère que plus les relations interindividuelles sont rigides, plus le comportement de la totalité apparaîtra, à ses éléments individuels, comme doté d’une dynamique propre, qui échappe à leur contrôle. Pour un observateur extérieur au système, en revanche, la rigidité des relations entre éléments est propice à la compréhension du comportement collectif, par exemple, à travers la modélisation.

    On fait, donc, face à une situation paradoxale. Lorsque les individus sont sous une influence mutuelle, l’avenir du système est prévisible pour les observateurs extérieurs, alors que les individus se sentent impuissants à en infléchir l’orientation. Le comportement d’ensemble ne résulte que de l’intégration des réactions individuelles, mais le tout semble s’autonomiser et son évolution se figer en destin.

    (conjecture de Von Foerster également citée ici http://seenthis.net/messages/190256)
    là où il dit « sous influence mutuelle » je crois qu’il faut plutôt comprendre « sous l’influence de la rigidité de leurs liens aux autres »
    bref, une piste pour s’éloigner de la barbarie est aussi l’assouplissement et l’informalité des relations interindividuelles.
    restons cool. comme Fonzie.


    #psychologie_sociale

    • En résumé l’idée de cette conjecture c’est que les dynamiques collectives de barbarie, de lacheté, d’aliénation etc. se fondent sur le fait que les relations entre les personnes sont rigides, exagérément normées.
      Cette rigidité donne la sensation d’une norme implicite indépassable, qui du coup mène au pire (violences collectives, passivité collective ou déni collectif face à l’horreur), alors que cette norme n’existe que dans la tête des gens.

      Bien que ce que nous voyons tous les matins ne soit pas un cheval blanc mais le hérisson écrasé sur la route, le chat qui a perdu un oeil, le chien qui a été frappé, nous vidons les chambres, les cachettes, les châteaux de paille, les caves obscures, et nous allons alignés, dans ce défilé qui a encore peur de la fraternité, vers les bureaux, entrepôts, pavillons, secrétariats, classes, magasins et autres espaces clôturés, pour, par notre haleine, et par notre sueur, et par nos gestes, et par nos regards, et par notre bassesse, et par notre tendresse aussi parfois, et par autant d’ignorance que d’inquiétude constamment, d’abominable et fatigante inertie commune, mutiler nos mouvements, en rendant plus licite la prostitution que l’amour, les conventions que le courage, les lois que le droit, la communication est un mensonge dans l’ère de la communication, marcher ce n’est pas faire des pas, sedate me sedate me sedate me one more time, tu injectes de la morphine en moi tous les jours, mais tu ne peux pas implanter en moi la graine de l’étonnement, dans cette époque apathique des substitutions.

      « Goiz euria » Lisabö, Egun bat nonahi (EP), Acuarela discos, 2002

  • Agression sexuelle à Lille : « Personne ne bouge, tout le monde en parle »

    Le deuxième, grégaire : cette psychologie caractéristique des foules que, dès la fin du XIXe siècle, Gustave Le Bon avait brillamment dénoncée. On ne se méfiera jamais assez des foules. L’individu s’y désagrège : il y a, remarque-t-il, « évanouissement de la personnalité consciente, prédominance de la personnalité inconsciente, orientation par voie de suggestion et de contagion des sentiments et des idées dans un même sens ». Or, une dizaine de personnes, comme dans ce maudit métro, suffit à faire une foule. Une foule irresponsable, prostrée dans une sidération contagieuse. Paradoxalement, deux ou trois passagers auraient peut-être davantage réagi…
    Un troisième facteur est plus préoccupant. Freud s’était ému de l’évanouissement de la conscience que signalait Le Bon ; selon lui, « l’âme de la foule » est en fait une union des inconscients, s’émancipant de la conscience. Faut-il en conclure que nos contemporains auraient un inconscient collectif démissionnaire ? Et que, lorsqu’ils deviennent grégaires, ils ne se précipitent pas vers le fossé à la façon des célèbres moutons, mais plutôt s’immobilisent ?

    http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/05/05/31003-20140505ARTFIG00060-agression-sexuelle-a-lille-personne-ne-bouge-tout