https://lundi.am

  • Les signaux (pas si faibles) de la guerre (inévitable) qui vient
    https://lundi.am/Les-signaux-pas-si-faibles-de-la-guerre-inevitable-qui-vient

    Repenser la scission léniniste (de 1914-1917)
    Contre le socialisme de collaboration (atlantiste).

    Posons les causes de cette guerre (inévitable) et déjà en gestation (laissez la vivre !).
    La crise économique : la dépression rampante, l’impossibilité de satisfaire les promesses faites au grand moment de la lutte anti-communiste, le développement, l’american way of life, la croissance, l’enrichissement pour tous, l’ascenseur social, etc.
    Comme il n’est plus possible de tenir le mensonge de l’enrichissement et de la consommation impériale, il devient nécessaire de bifurquer sur la voie de l’autoritarisme accru, le double de l’austérité permanente ; dès lors qu’il ne sera jamais question de sortir de l’économie, de la forme de vie petite bourgeoise, de la propriété absolue et du despotisme d’entreprise (étendu à toute la société) ; dès lors qu’il ne sera jamais question de développer la démocratie.

  • DU NAZISME ZOMBIE
    https://lundi.am/DU-NAZISME-ZOMBIE


    https://www.buzzsprout.com/1865505/14481399

    Gérard Granel prophétisait, avant de s’éteindre en 2000 : « Les années 30 sont devant nous. » Cette drôle de familiarité avec les spectres du siècle arrière, qui s’insinue partout au moment même où les archives audiovisuelles de ces années-là se voient désormais colorisées, rafraîchies et rajeunies, au moment même où la fin du noir et blanc abolit l’ancienne distance des temps entre eux et nous, cette familiarité exige que l’on y fasse, analytiquement, retour. Même si, en 2017, Johann Chapoutot disait lui-même que : « la comparaison est permanente sans être pertinente », la permanence même de la question fasciste n’est pas, en elle-même, anodine.

    L’approfondissement impertinent de sa permanence nous pose question. Le néo-kantien de la revue Esprit, Michaël Foessel, dans son livre Récidive (2018), disait que le « spectre » de l’année 1938 hantait la France de 2018 : même « société qui, sans rien savoir de ce qui [l’attend], [a] déjà abdiqué sur l’essentiel », même « antiparlementarisme par le haut », même multiplication des décrets-lois ou des 49.3, des lois pénalisant l’entraide (décrets-lois de Daladier du 2 mai 1938 sur « la police des étrangers »), même accoutumance à la xénophonie, même contemption de la LDH, même sentiment général « que la fête est finie ». Et ce n’était qu’en 2018.

    Six ans plus tard, en 2024, Macron a bien failli promulguer la préférence ethnoraciste du RN avec sa loi immigration (« Rassemblement national » tire bizarrement sa nouvelle appellation du parti de Marcel Déat, le Rassemblement national populaire de 1941). Début 2024, on apprend qu’en Allemagne, le parti d’extrême droite AfD planifie, en secret, en cas de victoire électorale, les premiers dispositifs de remigration d’une partie des citoyens allemands dits « non-assimilés ». Or, si l’on ne fait pas de l’histoire téléologique, pour les nazis, au départ, il ne s’agissait jamais « que » de cela : faire remigrer les juifs à Madagascar. Comme l’écrit James Q. Whitman : « L’extermination est venue plus tard. Dans la période qui nous intéresse ici, la priorité des nazis était l’émigration forcée. »

    Alors on pourrait se dire que 2024, ce n’est rien.

    Pourtant, c’est exactement aussi ce que pensaient les contemporains du nazisme : Léon Blum n’écrivait-il pas, en 1932 : « Les nazis sont exclus du pouvoir, ils sont même exclus de l’hypothèse même du pouvoir. » ? Ou encore, 29 jours avant la nomination d’Hitler à la Chancellerie, le 1er Janvier 1933, le quotidien social-démocrate Vorwärts ne saluait-il pas la nouvelle année en titrant : « Ascension et chute de Hitler » ? Jacques Madaule, de la revue Esprit, ne disait-il pas, en 1938, un an avant Vichy : « Un parti fasciste en France, pour le moment nous ne le voyons pas. ». Madaule ne pouvant pas imaginer que le parti fasciste qu’il cherchait autour de lui allait venir de l’intérieur même des organes de l’État, au moment de la défaite et de l’avènement de Pétain ?

    Après tout, aujourd’hui, dans une drôle de symétrie inversée, le fait d’anticiper, de craindre, de pressentir ou de voir partout « le » fascisme supposément s’imposer, est peut-être le signe, justement, comme le disait un génie de plateaux télé : qu’ « il n’y a aucun désastre à l’horizon, sauf dans votre tête, monsieur. »

  • Comment construire l’actualité pour légitimer la mort ?
    https://lundi.am/Comment-construire-l-actualite-pour-legitimer-la-mort

    A la rentrée dernière, Maxime Cochelin racontait dans nos pages sur son passage en tant que producteur au sein de la matinale la plus écoutée du pays. Alors que la guerre menée par Tsahal depuis octobre, lacère la bande de Gaza et harcèle sans relâche ses habitants, l’auteur note, et il ne doit pas être le seul, que les grands médias semblent avoir choisi leur camp, et ce depuis bien longtemps.
    Dans ce nouvel article, Maxime Cochelin décortique l’histoire récente des titres et fréquences principales du pays afin de faire ressortir les ressorts marchands et politiques de leurs choix éditoriaux.

  • Crosse en l’air ?
    https://lundi.am/Crosse-en-l-air

    Que les agriculteurs connaissent une impunité aussi remarquable en regard du nombre de détenus dans les prisons françaises et ne subissent pas, jusqu’à présent, les férocités policières et judiciaires toujours ordinaires mais de plus en plus banalisées depuis une dizaine d’années est chose appréciable.
    C’est ce que subissent les diverses autres masses de manifestants qui relève de l’insupportable.

    #maintien_de_l'ordre #violences_policières #double_standard

  • Qu’est-ce que la « wokeness » ?
    https://lundi.am/Qu-est-ce-que-la-wokeness

    Les Lumières, on le suppose souvent, sont le mouvement de la critique, et plus précisément, non pas comme une critique particulière mais plutôt comme une critique universelle ; de sorte qu’il y aurait une première distinction à faire ici, une distinction entre la critique comme universelle ou particulière. Cette distinction est celle du Qu’est-ce que les Lumières de Kant, où la critique particulière (la désobéissance à l’autorité) est rejetée au profit de la critique universelle ou publique, qui est discursive et académique. Mais si la wokeness est un champ éthique partagé, cela implique que cette critique est à la fois universelle et particulière. En tant que telle, cette première distinction entre critique universelle et particulière ne conduit, en fait, qu’à une aporie.

    Si cette distinction entre particularisme et universalisme ne permet pas de penser la wokeness, alors une autre distinction doit prévaloir ici, car la distinction même entre particulier et universel s’avère non-woke. Le cœur du problème ne peut pas résider dans l’opposition entre le particularisme et l’universalisme. La distinction, au contraire, pourrait bien être celle entre universalisme et universalité.

    Par universalisme, il faut entendre l’installation du conditionné dans une position inconditionnée. C’était de l’universalisme quand Thalès brandissait une coupe d’eau, c’est-à- dire une chose conditionnée, appartenant à la série des conditions, et s’écriait tout est eau ; c’était, dans ce cas, l’universalisme de l’eau. C’est cela l’universalisme : il prend une chose et l’installe dans une position inconditionnelle, la position de ce qui n’est pas une chose. Les identités de l’humanisme, du racisme ou du nationalisme appartiennent toutes à l’opération de l’universalisme. Si je prends une identité particulière et que je l’installe dans une position inconditionnée, j’obtiens l’universalisme.

    Mais qu’en est-il de l’universalité ? Et si, au lieu d’installer une identité particulière dans une position inconditionnée, je n’installais rien ? Au lieu d’installer une nouvelle identité en tant qu’universalisme supplémentaire, je n’installerais rien du tout. La différence, alors, non pas comme telle ou telle différence, ni comme la différence entre deux choses, ni comme le pas- dans ’A et pas-A’, mais plutôt la différence comme antérieure à l’identité et à la multiplicité (Parménide 139d-e), la différence au-delà de l’Être, serait l’universalité. La différence n’est pas installée comme universelle ; au contraire, lorsque rien n’est installé, c’est la différence, la différence en tant que telle, la différence inconditionnée, qui est l’universalité.

    #wokisme (comme on dit par chez nous) #Wokeness #Lumières

  • De l’autorité des professeurs
    https://lundi.am/De-l-autorite-des-professeurs

    Alors qu’un mouvement de #grève dans l’#Éducation nationale est annoncée ce jeudi 1er février, des professeurs exemplaires nous ont adressés ces quelques remarques préliminaires sur l’air du temps, la condition professorale et le rapport sain et nécessaire qu’il s’agit de maintenir quant à l’autorité.

    Il arrive que les cordonniers soient les plus mal chaussés. De même, les professeurs, souvent très cultivés, prennent parfois des libertés avec le sens des mots.

    “You see in this world there’s two kinds of teachers my friend...”

    Ces messieurs qui nous gouvernent leur vendent à intervalles réguliers des promesses de “rétablissement de l’autorité”.
    Ces coups de mentons médiatiques se traduisent depuis quelques années par des dérives policières très concrètes
    une criminalisation de la jeunesse à faire pâlir une ordonnance de 45,
    l’abjecte individualisation croissante de l’échec,
    la multiplication d’alertes et de protocoles aussi insensés qu’anxiogènes,
    le signalement de comportements cryptoterroristes ...chez des enfants de 8 ans,
    le maréchaliste retour du sévice national universel et autres uniformes...

    Chers collègues, ceci n’a rien à voir avec l’autorité.
    C’est de l’autoritarisme. Et ça ne fonctionne pas. Enfin, c’est bien utile aux démagogues, mais cela nourrit copieusement la défiance qui éloigne les élèves (et leurs familles) de l’Institution Scolaire.

    L’autorité que nous défendons – car nous défendons l’autorité comme préalable utile à l’acte d’enseigner - n’est ni une lubie ni un nébuleux fantasme.

    Notre autorité est sécurité. Difficile de dire que nous adultes laissons un monde apaisé aux enfants. La planète étouffe. Les guerres font rage. Les fascismes suppurent. Têtus, nous refusons de laisser pénétrer ce climat dans nos classes. Laissons la peur à la porte. Nous ne souhaitons pas mentir à nos élèves, mais leur fournir des outils de construction d’un avenir. Leurs regards curieux, leurs sourires rassurés, confortent notre autorité. Leur fragilité et leur puissance nous obligent.

    Notre autorité est respect (et inversement).
    Comment exiger que des enfants respectent leurs professeurs quand leurs professeurs eux-mêmes ne se respectent plus ?
    Combien de couleuvres avalées,
    de mépris supporté,
    d’insultes endurées sans relever la tête ?
    Les professeurs qui réclament à grand cris – autour de la machine à café - le respect des élèves respectent-ils eux-mêmes leur hiérarchie, obséquieuse et soumise ? L’incompétence crasse flanquée d’idéologie rance des derniers ministres de l’éducation suffit à elle-seule à abolir l’amour propre de tout professeur qui n’aurait pas le courage de les dénoncer – et pas qu’autour de la machine à café.
    Bref, pour être respectés de vos “inférieurs”, messieurs les professeurs, commencez par vous faire respecter de vos “supérieurs”.

    Notre autorité est confiance. L’indispensable confiance de Pygmalion, sans laquelle rien ne peut efficacement s’enseigner. Mais aussi la confiance dans un avenir enviable que les adultes peuvent contribuer à construire mais dont ils en seront pas les acteurs.

    Notre autorité est exemplarité.
    Contre les retards, soyez ponctuels.
    Contre la “fainéantise”, mettez-vous au travail.
    Contre l’inculture, lisez, écoutez, échangez, vivez.
    Contre le “consumérisme”, consommez moins.
    Contre l’approximation, soyez rigoureux.
    Contre la sottise, usez d’esprit critique.
    Contre l’apathie, exercez votre puissance d’agir.
    Contre la résignation, cultivez la lutte.
    Contre les insultes et les violences, bannissez les insultes et les violences.
    Contre la bêtise et la lâcheté, donnez-l’exemple.
    Pour éviter que les enfants ne se flétrissent le cerveau devant des écrans, questionnez-en votre propre usage.
    Pour éviter l’outrage, combattez l’injustice.

    « L’enseignant, si suffisant, doit être conscient de son rôle et, surtout, de sa fonction : défendre un ordre des choses qui se fissure de toutes parts ou participer à l’invention de nouvelles solutions (ou solutions renouvelées) pour faire société. Entretenir un fatras de principes moisis ou cultiver un jardin d’idées nouvelles. Avec les parents … et les enfants, que nous avons tou.t.e.s été. »

    #profs #enseignants #école

  • Position et appel des Soulèvements de la terre sur le mouvement agricole en cours
    https://lundi.am/Position-et-appel-des-Soulevements-de-la-terre-sur-le-mouvement-agricole-en

    Si nous nous soulevons, c’est en grande partie contre les ravages de ce complexe agro-industriel, avec le vif souvenir des fermes de nos familles que nous avons vu disparaître et la conscience aiguë des abîmes de difficultés que nous rencontrons dans nos propres parcours d’installation. Ce sont ces industries et les méga-sociétés cumulardes qui les accompagnent, avalant les #terres et les fermes autour d’elles, accélérant le devenir firme de la production agricole, et qui ainsi tuent à bas bruit le monde #paysan. Ce sont ces industries que nous ciblons dans nos actions depuis le début de notre mouvement - et non la classe paysanne.

    Si nous clamons que la liquidation sociale et économique de la paysannerie et la destruction des milieux de vie sont étroitement corrélées - les fermes disparaissant au même rythme que les oiseaux des champs et le complexe agro-industriel resserrant son emprise tandis que le réchauffement climatique s’accélère - nous ne sommes pas dupes des effet délétères d’une certaine écologie industrielle, gestionnaire et technocratique. La gestion par les normes environnementales-sanitaires de l’#agriculture est à ce titre absolument ambigüe. À défaut de réellement protéger la santé des populations et des milieux de vie, elle a, derrière de belles intentions, surtout constitué un nouveau vecteur d’industrialisation des exploitations. Les investissements colossaux exigés par les mises aux normes depuis des années ont accéléré, partout, la concentration des structures, leur #bureaucratisation sous contrôles permanents et la perte du sens du métier.

    Nous refusons de séparer la question écologique de la question sociale, ou d’en faire une affaire de consom’acteurs citoyens responsables, de changement de pratiques individuelles ou de « transitions personnelles » : il est impossible de réclamer d’un éleveur piégé dans une filière hyperintégré qu’il bifurque et sorte d’un mode de production industriel, comme il est honteux d’exiger que des millions de personnes qui dépendent structurellement de l’aide alimentaire se mettent à « consommer bio et local ». Pas plus que nous ne voulons réduire la nécessaire écologisation du travail de la terre à une question de « réglementations » ou de « jeu de normes » : le salut ne viendra pas en renforçant l’emprise des bureaucraties sur les pratiques paysannes. Aucun changement structurel n’adviendra tant que nous ne déserrerons pas l’étau des contraintes économiques et technocratiques qui pèsent sur nos vies : et nous ne pourrons nous en libérer que par la lutte.

    Si nous n’avons pas de leçons à donner aux agriculteur·rices ni de fausses promesses à leur adresser, l’expérience de nos combats aux côtés des paysan·nes - que ce soit contre des grands projets inutiles et imposés, contre les méga-bassines, ou pour se réapproprier les fruits de l’accaparement des terres - nous a offert quelques certitudes, qui guident nos paris stratégiques.

    L’écologie sera paysanne et populaire ou ne sera pas. La #paysannerie disparaîtra en même temps que la sécurité alimentaire des populations et nos dernières marges d’autonomie face aux complexes industriels si ne se lève pas un vaste mouvement social de #reprise_des_terres face à leur #accaparement et leur #destruction. Si nous ne faisons pas sauter les verrous (traités de #libre-échange, dérégulation des prix, emprise monopolistique de l’#agro-alimentaire et des hypermarchés sur la consommation des ménages) qui scellent l’emprise du marché sur nos vies et l’agriculture. Si n’est pas bloquée la fuite en avant techno-solutionniste (le tryptique biotechnologies génétiques - robotisation - numérisation). Si ne sont pas neutralisés les méga-projets clés de la restructuration du modèle agro-industriel. Si nous ne trouvons pas les leviers adéquats de socialisation de l’#alimentation qui permettent de sécuriser les revenus des producteurs et de garantir le droit universel à l’alimentation.

    #revenu #écologie

    (pour mémoire : bucolisme et conflictualité)

    • C’est signé « Les Soulèvements de la Terre - le 30 janvier 2024 » ; c’est pas lundiamiste, c’est SDLTique :-)

    • 😁 merci @colporteur 🙏

      je colle ici un ou deux bouts de l’appel du lundiisme soulevementier, y’a une synthèse paysano-intello avec des chiffres

      Dans le monde, le pourcentage du prix de vente qui revient aux agriculteurs est passé de 40 % en 1910 à 7 % en 1997, selon l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO). De 2001 à 2022, les distributeurs et les entreprises agroalimentaires de la filière lait ont vu leur marge brute s’envoler de respectivement 188% et 64%, alors même que celle des producteurs stagne quand elle n’est pas simplement négative.
      [...]
      C’est ce pillage de la valeur ajoutée organisé par les filières qui explique, aujourd’hui, que sans les subventions qui jouent un rôle pervers de béquilles du système (en plus de profiter essentiellement aux plus gros) 50% des exploitant·es auraient un résultat courant avant impôts négatif : en bovins lait, la marge hors subvention qui était de 396€/ha en moyenne entre 1993 et 1997 est devenue négative à la fin des années 2010 (-16€/ha en moyenne), tandis que le nombre de paysans pris en compte par le Réseau d’information comptable agricole dans cette filière passe sur cette période de 134 000 à 74 000.

  • Décrypter le mouvement des agriculteurs
    https://lundi.am/Decrypter-le-mouvement-des-agriculteurs

    [...] les dirigeants de la #FNSEA, c’est vraiment les 1% contre les 99%. Arnaud Rousseau, c’en est vraiment la caricature, c’est un grand patron de l’agro industrie, extrêmement riche, qui possède 700 ou 800 hectares, ce qui n’est vraiment pas le cas des 99% d’adhérents aux FDSEA. Il y a donc une déconnexion de plus en plus grande entre cette toute petite élite qui est très proche du gouvernement, qui prend les décisions main dans la main avec lui et les gens, syndiqués ou non, sur le terrain, qu’ils soient dans les modèles bio ou pas. Je peux prendre l’exemple de mes voisins, ils ont 100 hectares et pourtant ils galèrent. En Bretagne, par exemple, quand tu as 50 hectares, tu as deux choix : soit tu passes en bio, mais ça ça valait le coup il y a 5 ans, soit tu rachètes la ferme de ton voisin et tu prends 50 hectares et 50 vaches de plus pour faire plus de volume, travailler comme des malades nuit et jour et tenter de rester à flot. Et l’option du #bio devient aussi une impasse car on a de plus en plus de mal à vendre nos produits depuis la crise du Covid et on les vend à des tarifs très proches du celui du circuit conventionnel. Donc quelques soient les choix que les uns et les autres ont fait, quand ont fait partie des 99% on partage vraiment la même galère.

    Après il y a de vraies questions sur les produits que l’on utilise. Dans notre modèle économique de libre-échange, si on n’utilise plus de #pesticides, on se retrouve à ne plus être compétitifs. Et donc il y a ce faux choix : se suicider économiquement ou se suicider avec les produits qu’on utilise. Parce que concrètement, on sait qu’en utilisant des pesticides on a de très fortes chances de tomber malades. Cela se dit pas beaucoup dans les campagnes mais ça se sait ; quand on emprunte le circuit des pesticides, on sait qu’on a de grandes chances de mourir entre 55 et 65 ans.

    Mais c’est parce qu’on est coincés dans cette alternative que certains arrivent à défendre le glyphosate ou les méga-bassines. Nous ce qu’on dit c’est que la seule solution, c’est de sortir des accords de libre-échange et de l’injonction à la compétitivité mondiale.

    #confédération_paysanne #modèle_agricole #agriculture

    • Léon Daudet, fils d’Alphonse, lui-même écrivain significatif, leader du Parti Royaliste de France, donna un jour dans son « Action Française » un compte rendu sur le Salon de l’Automobile, lequel compte rendu, même si ce n’était pas dans ces termes, finissait par l’équation : « L’automobile c’est la guerre ». Au fondement de cette surprenante association d’idées se trouvait la pensée d’une croissance des expédients techniques, des cadences, des sources d’énergie, etc. qui ne trouvent dans notre vie privée aucune utilisation sans reste, complète, adéquate, et qui tendent pourtant de manière pressante à trouver leur justification. Ils se justifient en tant qu’ils renoncent à un jeu d’ensemble harmonieux, et cela dans la guerre qui, avec ses destructions, fournit la preuve que la réalité sociale effective n’était pas mûre pour se faire de la technique un organe, et que la technique n’était pas assez forte pour dompter les énergies sociales élémentaires. Sans aucunement approcher de trop près la signification des causes de guerre économiques, on peut affirmer ceci : la guerre impérialiste est précisément déterminée, dans ce qu’elle a de plus dur et de plus fatal, par la contradiction béante entre les gigantesques moyens de la technique d’un côté, et son infime éclaircissement moral de l’autre.

  • Le Bon, la Brute et le Militant : un hommage à Toni Negri
    https://lundi.am/Le-Bon-la-Brute-et-le-Militant-un-hommage-a-Toni-Negri

    Trop jeunes pour en avoir été directement témoin, les années soixante-dix italiennes constituent l’un de nos derniers mythes. Consciemment ou non, la plupart de nos expériences de lutte, des squats aux places, se sont coulées dans les vestiges de ses répertoires fragmentaires, seule véritable collectivité que nous ayons connue.

    Le Negri que nous aimions était celui qui avait renoncé à une carrière universitaire prometteuse et confortable pour se changer en agitateur. Celui qui nous avait appris que la rage, la colère, le désespoir, la haine et l’aliénation que nous ressentions n’étaient rien d’autre que le désir fiévreux d’une vie et d’un monde différents, rien d’autre qu’une passion étrange et profonde pour nos camarades, rien d’autre qu’un dévouement total et obsessionnel au service de l’abolition des tyrannies du capital. C’est le Negri qui affirmait que ricominciare da capo non significa andare indietro (recommencer ne signifie pas reculer), transformant Potere Operaio en Autonomia, établissant une méthode de rupture qui célébrait le refus prolétarien de la mémoire mélancolique et institutionnelle de la gauche. C’est le Negri qui a vu dans chaque concept de l’économie vulgaire une catégorie de l’antagonisme. C’est le Negri qui nous a montré la dignité, l’ardeur et la joie inhérentes à la lutte, échappant au cynisme critique. C’est le Negri qui a pris au pied de la lettre l’affirmation de Marx selon laquelle le communisme est « mouvement réel d’abolition [de l’état actuel] », en saisissant comment les moments de lutte étaient aussi des moments de communion et, par conséquent, des exemples de quelque chose à venir.

    Le Negri que nous avons rejeté, avec un empressement réservé à ceux que l’on aime, était le Negri de la chasse sisyphéenne au prochain sujet collectif, chaque nouvelle hypothèse se dissolvant en fumée, l’une après l’autre. C’est le Negri qui affirmait que chaque nouvelle tendance sociale était une nouvelle expression de « résistance », sans jamais vraiment expliquer pourquoi ni comment. C’est le Negri qui a transformé le post-opéraïsme en une sociologie insipide. C’est le Negri de l’Union européenne, le Negri du revenu de base universel, le Negri constituant, le Negri démocratique, le Negri accélérationniste, etc.

    Mais il n’y a, en réalité, pas d’opposition entre le Negri cagoulé et le Negri citoyen. Après sa mort, nous devons admettre, en toute honnêteté, qu’une telle distinction était notre propre invention. Negri était parfaitement cohérent. La continuité de sa pensée résidait dans la manière dont son optimisme beckettien était intrinsèquement tissé dans son travail philosophique et politique.

    https://seenthis.net/messages/1032920
    https://seenthis.net/messages/1032212

    #Toni_Negri #antagonisme

    • avec une note de la rédaction de Lundi matin qui va bien...

      Le Spectacle et le Biopouvoir auront atteint un degré d’intégration inégalé dans nos vies – dont le confinement est le signe et l’accélération synthétique (santé et distantiel)

      pour un texte tout à fait contemporain, croyant discerner dans

      une passion étrange et profonde pour nos camarades

      le marqueur ’indubitable du communisme.

      #bouffons

  • « La CIJ va-t-elle déclarer Israël coupable de génocide ? »
    By. Meron Rapoport | January 11, 2024 | traduction A l’encontre
    source : https://www.972mag.com/israel-genocide-icj-michael-sfard
    http://alencontre.org/afrique/afrique-du-sud/la-cij-va-t-elle-declarer-israel-coupable-de-genocide.html

    Michael Sfard , l’un des éminents avocats israéliens spécialisés dans les droits de l’homme, qui s’occupe en grande partie des violations commises par l’État dans les territoires occupés, connaît très bien ce domaine. Comme beaucoup d’avocats et de juristes, il n’est pas pressé de se prononcer sur l’issue du procès. Cela dit, lors d’un entretien dans son bureau [de Tel-Aviv] en début de semaine, il nous a déclaré [rédactions de +972 et de Local Call] que l’Afrique du Sud peut certainement atteindre le degré de preuves requis à ce stade pour des « mesures conservatoires » ordonnant à Israël de cesser les combats à Gaza. Une telle décision pourrait également être rendue pour demander à Israël de rendre compte à la Cour de la manière dont il agit afin de prévenir le génocide et de la manière dont il traite l’incitation au génocide émanant de ses propres dirigeants politiques [déclarations telles que celle du ministre de la Défense Yoav Gallant : « Nous nous battons contre des animaux humains » qui déshumanisent les Palestiniens].
    (...)
    Michael Sfard : (...) Le plaidoyer de l’Afrique du Sud ne repose pas uniquement sur le fait que certains dirigeants israéliens ont fait des déclarations génocidaires. Elle accuse également Israël de n’avoir rien fait en réaction à ces déclarations : il ne les a pas condamnées, il n’a pas démis de leurs fonctions les personnes qui les ont exprimées, il n’a pas engagé de procédures disciplinaires contre elles et il n’a certainement pas ouvert d’enquêtes criminelles. En ce qui concerne l’Afrique du Sud, il s’agit là d’un argument de poids.

    Même si nous n’avons pas entendu le chef d’état-major des Forces de défense israéliennes ou le général du commandement sud dire ces choses, et que nous n’avons pas d’ordre opérationnel disant « Allez détruire Gaza », le fait même que ces déclarations aient été faites par de hauts responsables israéliens, sans sanction ni condamnation, exprime suffisamment l’intention d’Israël.

    M.R. : L’Afrique du Sud a également réussi un petit tour de force juridique pour en arriver là, n’est-ce pas ?

    Michael Sfard : Oui. La compétence de la Cour est déterminée lorsqu’un différend survient entre les parties au sujet de l’interprétation ou de l’application de la Convention sur le génocide. L’Afrique du Sud a envoyé plusieurs lettres au gouvernement israélien lui disant : « Vous commettez un génocide. » Israël a répondu : « Non, nous ne le faisons pas. » L’Afrique du Sud a alors déclaré : « D’accord, nous avons un différend sur l’interprétation de la Convention. » C’est ainsi qu’elle a obtenu la possibilité d’ouvrir la procédure.
    (...)
    M.R. : Qui est présent au nom de l’Afrique du Sud ?

    Michael Sfard : L’Afrique du Sud [3] a dépêché Dikgang Moseneke, l’ancien juge en chef adjoint du pays, pour être le juge ad hoc de l’Afrique du Sud lors de l’audience. Moseneke, qui est Noir, était un militant anti-apartheid qui a passé dix ans en prison à Robben Island, à l’époque où Nelson Mandela y était également incarcéré.

    Le chef de l’équipe juridique sud-africaine est le professeur John Dugard, qui est Blanc et qui était également un opposant au régime. Il a fondé le plus important institut juridique qui a lutté contre l’apartheid dans les années 1970. Il a été rapporteur spécial des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés dans les années 2000 – il connaît donc très bien l’occupation israélienne. Et, dans l’intérêt d’une transparence complète, je suis également très ami avec John Dugard. Il a récemment publié une autobiographie dans laquelle il déclare avoir vécu trois apartheids au cours de sa vie : le premier en Afrique du Sud, le deuxième en Namibie et le troisième en Israël et dans les territoires occupés.

    Ces deux personnalités se présentent à la CIJ avec un crédit moral important. Il en va de même pour l’Afrique du Sud elle-même : la nouvelle Afrique du Sud se présente comme le fer de lance de la communauté internationale en matière de respect du droit international. C’est peut-être le seul pays au monde qui a fait du droit international un principe constitutionnel.
    (...)
    Michael Sfard : Il existe quelque chose comme un « état profond » du droit international. Les juristes et les juges écoutent ce que disent les tribunaux importants. Et lorsque la CIJ, également connue sous le nom de Cour mondiale, rend ses décisions, les tribunaux nationaux de la plupart des pays occidentaux en prennent note. Par conséquent, si la CIJ juge qu’il y a un risque de génocide, je peux imaginer qu’un citoyen britannique se tourne vers un tribunal britannique et exige que le Royaume-Uni cesse de vendre des armes à Israël. Une autre implication est qu’une telle décision de la CIJ obligerait probablement le procureur général de la CPI [Karim Khan] à ouvrir sa propre enquête.
    (...)
    M.R. : Sur un plan personnel, que pensez-vous du fait qu’Israël soit accusé de génocide ?

    Michael Sfard : Je viens d’une famille de survivants de l’Holocauste, et le fait même que nous parlions de cela, et que l’accusation ne soit pas sans fondement, me brise le cœur. Mon grand-père, le sociologue Zygmunt Bauman, a écrit sur le syndrome des victimes qui aspirent à devenir des bourreaux, et sur les raisons pour lesquelles des efforts doivent être faits pour empêcher cela. Je crains que nous n’ayons échoué.

    • https://lundi.am/Genocide-en-Palestine-ce-qui-se-joue-a-la-Cour-Internationale-de-Justice
      Génocide en Palestine : ce qui se joue à la Cour Internationale de Justice
      Yazid Ben Hounet

      Dans ses Messages à la mer, Adorno soulignait la dialectique négative du concept de Génocide qui, à être codifié et établi dans la Déclaration Internationale des Droits de l’Homme, rendait l’indicible atrocité « commensurable » ou mesurable. Il écrivait que par son « exhaussement au rang de concept, sa possibilité est virtuellement reconnue : une institution à interdire, rejeter, discuter. » Et il ajoutait, prophétisant notre actualité : « Un jour des discussions auront peut-être lieu dans le forum des Nations Unies sur la question de savoir si telle atrocité tombe ou non sous la catégorie de génocide, si les nations ont ou non un droit d’intervention qu’elles ne veulent de toute façon pas exercer, et si au regard de la difficulté inédite à l’appliquer en pratique tout le concept de génocide ne devrait pas être retiré des statuts. Peu de temps après, les journaux titraient en première page : le programme génocidaire du Turkestan oriental est presque achevé. »

      [...]

      Il reste que l’intentionnalité se démontre surtout en faisant le lien entre les armes utilisées par Israël et leurs destinations : des bombardements massifs, délibérés puisque massifs, systématiques, réfléchis et sur le temps long (plus de 3 mois à présent), touchant majoritairement les femmes et les enfants. Plus de 70% des victimes sont des femmes et enfants (plus de 40% des victimes sont des enfants), soit le cœur de la société palestinienne de Gaza.

      On peut mettre en perspective ces statistiques avec celles concernant les attaques du Hamas et autres groupes armés lors du 7 octobre : 2,75% des victimes sont des enfants [2] ; et près de 25% sont des femmes. Plus de 72% des victimes sont des hommes adultes.

  • Landsknechte, Hans Holbein der Jüngere

    A FIGHT OF LANDSKNECHTE 161 the utmost vivacity and close adherence to truth. It is, according to Dr. Ganz, a work of Holbeins last residence in Basel, probably madejust before his return to England in 1532. In the foreground of thefight two men are at close quarters, one of whom, with sword whirlingover his head, grips the hair of his opponent, who is striking at histhroat with a long dagger. On either side of them two soldiers areforcing a space round them with enormous pikes, while behind is agreat crowd of shouting, panting, and struggling men, whose lances,dashed in with a few hasty strokes, stand out against the sky withan extraordinary effect both of number and movement. In the hottestpart of the fight one combatant uplifts a great double-handed sword,while another protects his face with his raised drum. Beneath theirfeet are many trampled bodies and shattered weapons. The com-position is a very fine one, and the draughtsmanship of extraordinaryvigour and vitality.

    .

    • A propos de Hans Holbein le Jeune : chez Lundi Matin, ils ont reçu en cadeau (en fait en échange du calendrier offert), cet ouvrage composé de gravures sérigraphiées.

      Gravures macabres pendant la guerre des paysans
      À la réception de notre magnifique calendrier 2024, un lecteur nous a transmis en guise de contre-contre-don, cette superbe collection de gravures sérigraphiées. Les originaux, vraisemblablement dessinés entre 1523 et 1525 n’ont été publiés qu’en 1538 à Lyon. Comme l’expose le petit livret accompagnant cette danse, la mort, y apparaît comme vengeance contre les riches et les puissants, « elle arrache le chapeau du cardinal vendant ses indulgences, prend les traits d’un paysan rebelle pour frapper le comte qui tente de fuir, vient éteindre la bougie brûlant près de la nonne alors que son amant assis sur le lit joue de la musique... »
      Flattés par cet épatant cadeau, nous avons jugé utile de le partager ici.

      https://lundi.am/cartes

  • Contre-histoire d’internet du XVe siècle à nos jours
    https://lundi.am/Contre-histoire-d-internet-du-XVe-siecle-a-nos-jours

    L’histoire d’Internet est connue et largement documentée, de la création du réseau par l’armée américaine jusqu’à Tiktok en passant par le minitel et les modems 56K qui font « ding dong ». Ce que propose Félix Tréguer, membre fondateur de La Quadrature du Net et chercheur au CNRS, c’est peut-être tout l’inverse : une Contre-histoire d’internet, du Xve siècle à nos jours (Éditions Agone), soit une archéologie du réseau, de la logique algorithmique et de l’exploitation des métadonnées en tant que dispositifs de pouvoir et de contrôle, incorporés en nous, malgré nous. Une recherche historico-politique à contre-temps ou à contre-jour qui révèle les stratégies de pouvoir et de capture de l’espace public et cherche un chemin pour sortir de cette dichotomie qui nous enferme dès que nous tentons de penser la technique : le fantasme néo-luddite ou la croyance béate en un capitalisme cognitif. Entre une fuite en arrière et un enfoncement virtuel dans le présent, tracer une fuite en avant, comme on échappe à un piège.

    https://www.eyrolles.com/Accueil/Auteur/felix-treguier-153047

    Félix Tréguer est chercheur associé au Centre Internet et Société du CNRS et post-doctorant au CERI-Sciences Po. Il est membre fondateur de La Quadrature du Net, une association dédiée à la défense des libertés à l’ère numérique.

    https://www.librairielarbousier.fr/livre/22500022-une-contre-histoire-d-internet-xv-xxi-felix-treguier-ag

    (Pas encore pris le temps de visionner mais je laisse ça sur le feu)

    • L’auditeur pressé pourra démarrer le visionnage directement à la séquence rendant hommage au courant anti-industriel (en vrai ^^)
      https://youtu.be/agblJ_EZMWY?t=5130

      Il manque quand même une théorie un peu plus générale de l’informatique/numérique qui ne se réduise pas à l’énumération de ses différentes appropriations par les classes dominantes (et beaucoup plus rarement par les militants - et c’est le propos, bienvenu, de Felix Tréguer ici, avec l’affirmation répétée qu’un mouvement d’émancipation n’a aucunement besoin des technologies numériques).

  • Jeter le Gégé avec l’eau du bain
    https://lundi.am/Jeter-le-Gege-avec-l-eau-du-bain

    Il faut que je creuse loin pour avoir quelques images de lui à la télé, on n’était pas chez moi féru de cinéma français. En grandissant je n’ai jamais senti quelque attirance que ce soit envers lui, et étonnamment rattrapant ma culture cinématographique, j’ai comme toujours évité les films dans lesquels il jouait. Ce ne fût pas exactement conscient, plus comme s’il y avait instinctivement quelque chose qui me rebutait dans cette figure. J’avais dû subir, un soir d’hiver le visionnage avec quelques amis exaltés d’un best-of de l’émission A pleines dents dans laquelle on suit le type parcourir l’Europe pour, bouffer. Il est vrai que je ne suis pas non plus obsédée par la bouffe, et que je n’ai pu me résoudre à rire devant ces images de ce type d’une vulgarité sans égale dévorant bruyamment tout ce qui passait devant lui. Voilà ce que je savais moi de Depardieu, bien peu je l’admets, mais cela me suffisait. Ah, il y avait aussi cette publicité pour une marque de montre russe dans laquelle on le voit fièrement tenir un fusil avec lequel il se vante d’avoir été à l’heure pour buter un cerf, cerf dont la pauvre carcasse gît au premier plan de l’écran, Gégé nonchalamment accoudé dessus.

    Je dois bien avouer aussi que je n’ai pas été surprise lorsque les premiers témoignages d’agressions sexuelles ont commencé à émerger. Si je n’ai pas été surprise c’est parce que ces agressions sexuelles sont permises et justifiées par une certaine culture dont, pour le peu que j’en avais vu, Gérard Depardieu me semblait être l’un des hérauts et des plus fiers représentants. Je veux dire que je n’avais jamais eu besoin de creuser très loin pour sentir que le type était l’incarnation de tout ce que l’on nomme aujourd’hui la masculinité toxique – je n’aime pas particulièrement l’expression mais ça a le mérite d’être clair et concis. On pourrait dire aussi : la masculinité qui s’est construite avec la certitude que tout, absolument, lui était dû et permis. Il faut voir ce passage de l’émission où ce bon vieux Gégé énumère fièrement tous les animaux qu’il a bouffé, et un steak de lion, et du crocodile, une baleine bourguignonne – on le sait de toute façon, les animaux si exotiques soient-ils, et quelle que soit leur voie de disparition, c’est fait pour être bouffé par des Gégé, tout comme les femmes. Croquer la vie à pleines dents donc et qu’importe si, sur son passage on détruit celles de dizaines de femmes. On m’accusera sûrement d’être rabat-joie. Mais il n’y a rien, absolument rien dans ce qu’incarne Gérard Depardieu qui ne me semble confiner à la joie. Tout ce que j’en vois me dégoûte, m’attriste et me met en colère.

  • Jeter le Gégé avec l’eau du bain, Louise Chennevière
    https://lundi.am/Jeter-le-Gege-avec-l-eau-du-bain

    Il faut que je creuse loin pour avoir quelques images de lui à la télé, on n’était pas chez moi féru de cinéma français. En grandissant je n’ai jamais senti quelque attirance que ce soit envers lui, et étonnamment rattrapant ma culture cinématographique, j’ai comme toujours évité les films dans lesquels il jouait. Ce ne fût pas exactement conscient, plus comme s’il y avait instinctivement quelque chose qui me rebutait dans cette figure. J’avais dû subir, un soir d’hiver le visionnage avec quelques amis exaltés d’un best-of de l’émission A pleines dents dans laquelle on suit le type parcourir l’Europe pour, bouffer. Il est vrai que je ne suis pas non plus obsédée par la bouffe, et que je n’ai pu me résoudre à rire devant ces images de ce type d’une vulgarité sans égale dévorant bruyamment tout ce qui passait devant lui. Voilà ce que je savais moi de Depardieu, bien peu je l’admets, mais cela me suffisait. Ah, il y avait aussi cette publicité pour une marque de montre russe dans laquelle on le voit fièrement tenir un fusil avec lequel il se vante d’avoir été à l’heure pour buter un cerf, cerf dont la pauvre carcasse gît au premier plan de l’écran, Gégé nonchalamment accoudé dessus.

    Je dois bien avouer aussi que je n’ai pas été surprise lorsque les premiers témoignages d’agressions sexuelles ont commencé à émerger. Si je n’ai pas été surprise c’est parce que ces agressions sexuelles sont permises et justifiées par une certaine culture dont, pour le peu que j’en avais vu, Gérard Depardieu me semblait être l’un des hérauts et des plus fiers représentants. Je veux dire que je n’avais jamais eu besoin de creuser très loin pour sentir que le type était l’incarnation de tout ce que l’on nomme aujourd’hui la masculinité toxique – je n’aime pas particulièrement l’expression mais ça a le mérite d’être clair et concis. On pourrait dire aussi : la masculinité qui s’est construite avec la certitude que tout, absolument, lui était dû et permis. Il faut voir ce passage de l’émission où ce bon vieux Gégé énumère fièrement tous les animaux qu’il a bouffé, et un steak de lion, et du crocodile, une baleine bourguignonne – on le sait de toute façon, les animaux si exotiques soient-ils, et quelle que soit leur voie de disparition, c’est fait pour être bouffé par des Gégé, tout comme les femmes. Croquer la vie à pleines dents donc et qu’importe si, sur son passage on détruit celles de dizaines de femmes. On m’accusera sûrement d’être rabat-joie. Mais il n’y a rien, absolument rien dans ce qu’incarne Gérard Depardieu qui ne me semble confiner à la joie. Tout ce que j’en vois me dégoûte, m’attriste et me met en colère.

    • Louise Chennevière invitée du podcast Je tiens absolument à cette virgule (36 min.)

      https://podcast.ausha.co/je-tiens-absolument-a-cette-virgule/je-tiens-absolument-a-cette-virgule-avec-louise-chenneviere

      Dans ce quatrième épisode, vous entendrez Louise Chennevière, romancière et musicienne, qui a publié deux romans chez POL, Comme la chienne en 2019 et Mausolée en 2021.

      Émission résolument féministe, se réclamant autant d’Annie Ernaux que de Marguerite Duras, Louise Chennevière défend l’importance en littérature d’entendre la voix des femmes et d’en écrire le corps réel, émancipé de ses représentations sociales. Lors de notre entretien, elle revient aussi sur la question de l’équilibre entre travail du style et première intuition, la prévalence de l’écriture sur l’intrigue ou encore la difficulté de demander des conseils lors de l’élaboration d’un roman.

      Dans cette émission, vous entendrez aussi plusieurs extraits de ses deux romans, lus par Marina Torre.

    • Lettre ouverte à Gérard Depardieu : “Tu crées la terreur par le rire, tu te fais passer pour un bouffon, alors que tu es un roi tout puissant”

      https://seenthis.net/messages/1034125

      Ah Gégé ! Ce tournage de Turf … Toi, tu ne t’en souviens plus. C’est réglo, c’est ta ligne, mais moi, j’y étais. J’ai dû être payé une fortune pour l’époque, quelque chose comme 100 balles la journée : je faisais partie du ballet de figurant·es. C’est intéressant comme rôle, c’est quasiment intraçable, ça ne fait pas de bruit, ça se pose là où on lui dit et surtout, ça FERME BIEN SA GUEULE.

      [...]

      Je ne te raconte pas une fiction Gégé, j’étais là, dans l’ombre parmi les intraçables, les témoins muets de tes agissements qui nous ont atterrés. La fille se sauve, toi, tu fixes l’horizon d’un air pénétrant (sûrement pour réviser ta réplique) et c’est branle-bas de combat de l’équipe technique, des assistant·es qui tentent de mettre de la poudre aux yeux à tout le monde pour que ton geste paraisse aussi anodin que tes rots ou tes pets.

      [...]

      Je te le dis pour ta gouverne, c’est pas du womansplaining, mais un peu quand même : une nana encerclée par un groupe de mecs à l’œil allumé n’est pas sereine, elle rit bêtement et reste un peu paralysée sur place. Pas parce que ça lui plaît, mais parce que les petits animaux face aux prédateurs ont tendance à se pétrifier avant de fuir. Heureusement pour moi, les turfistes avaient d’autres juments à monter et je suis restée face à toi, indécise. Non pas parce que j’hésitais encore à savoir si j’aurais aimé te sucer la bite, mais parce qu’à l’école de théâtre, on m’avait dit que face au monstre sacré, il fallait BIEN FERMER SA GUEULE. Et puis l’éducation des filles aussi : en société, il faut sourire, être dans une forme d’écoute et d’empathie face à ton interlocuteur. C’est hyper chiant et ça te rend vachement moins libre de tes mouvements.

    • « Choix pragmatique » –
      En Suisse, Gérard Depardieu n’a plus droit de cité à la télévision publique

      https://www.liberation.fr/economie/medias/en-suisse-gerard-depardieu-na-plus-droit-de-cite-a-la-television-publique

      La décision de suspendre la diffusion sur la RTS des films dans lesquels l’acteur français tient un des rôles principaux est « un choix pragmatique, que nous réexaminerons en fonction des évolutions de la situation, sans calendrier fixé d’avance et dans le respect de la procédure en Justice », a indiqué Marco Ferrara.

      « En tant que média de service public, nous devons veiller à rester en marge des parties impliquées et ne pas porter de jugement : nous nous limitons à agir au service de l’intérêt du public, ce qui inclut aussi son appétence ou, au contraire, son rejet envers une œuvre », avance-t-il prudemment.

      « Au-delà de cette évaluation qualitative », a ajouté le porte-parole de la RTS, « nous avons récemment organisé un vote du public pour le film de Noël et, parmi les options figurait une œuvre avec Gérard Depardieu, que le public lui-même a décidé de ne pas retenir, alors que le contexte d’actualité concernant l’acteur était connu ».

    • Coupable, Jacques Weber
      https://blogs.mediapart.fr/jacques-weber/blog/010124/coupable

      Je mesure chaque jour mon aveuglement. J’ai par réflexe d’amitié signé à la hâte, sans me renseigner, oui j’ai signé en oubliant les victimes et le sort de milliers de femmes dans le monde qui souffrent d’un état de fait trop longtemps admis. L’écartèlement entre les devoirs de l’amitié et ceux de l’homme, du père et du citoyen aurait pu encore m’aveugler si je n’avais vu de mes propres yeux, vu et entendu ces derniers jours une femme exprimer une violence, une émotion, un déchirement, un désespoir que je ne mesurais pas. J’ai saisi ce que pouvait signifier la douleur qui ne se refermera jamais. Dans le livre collectif Moi aussi je lisais que les survivantes sont les seules à pouvoir comprendre les autres survivantes. Je le sais à présent.
      Ma signature était un autre viol.

    • Depardieu : notre responsabilité de société - Stephane Lavignotte

      https://blogs.mediapart.fr/stephanelavignotteorg/blog/281223/depardieu-notre-responsabilite-de-societe

      Etablir les faits, une responsabilité de la société

      Pour dire des faits, il n’y a pas que la justice. La société et certaines de ses institutions ont aussi cette responsabilité, les journalistes et les historiens, par exemple. Pour savoir que les attentats du 11 septembre ont bien eu lieu et qu’Al Qaida en était à l’origine, on n’attend pas une décision judiciaire, le travail de presse fait foi. Pour savoir que Dreyfus était innocent, il vaut mieux s’en remettre aux historiens et aux journalistes de son temps qu’à l’institution judiciaire. Le propre de la justice ne consiste d’ailleurs pas tant à dire les faits qu’à prononcer des sanctions mises en oeuvre grâce au monopole de la violence légitime de l’État, prison ou amende. La justice reconnaît volontiers que – par exemple sur les faits de pédophilie ou de viol – elle ne peut souvent pas prononcer les faits car ses critères sont restrictifs pour retenir des preuves et que par exemple elle s’applique une prescription des faits. Des institutions de la société civile disent mieux le factuel que la justice et c’est leur responsabilité d’aller chercher et de divulguer les faits.

      [...]

      Faire société ou pas ?

      Maintenant que ces fait sont connus par delà le petit milieu du cinéma, cette responsabilité de ne plus fermer les yeux et de ne plus laisser faire est collective : elle s’élargit à l’ensemble de la société. Collectivement, disons-nous « stop » ou « encore » ? Il y a des tribunes, ou des déclarations de président de la République, qui en défendant Depardieu participent du déni de la gravité des faits d’hier mais aussi se déchargent de toute responsabilité des comportements inacceptables de demain, de Depardieu ou d’autres. Qui, paradoxalement, font société – « bonne société » en l’occurrence – pour nous dire de ne pas faire société, qu’il y a uniquement des individus et l’État. Des individus dans des rapports inter-individuels (en ignorant les déséquilibres de pouvoir) et l’État quand il y a désaccord. Rien entre les deux.

    • violence légitime de l’état

      mais quand est-ce que les journalistes vont arrêter de mettre ces mots en contre vérité total de leur contexte à toutes les sauces ?

    • Notion fourretout

      monopole de la violence légitime de l’État

      La « violence légitime de l’État » de Max Weber
      https://www.radiofrance.fr/franceculture/la-violence-legitime-de-l-etat-de-max-weber-8101512

      Et il insiste sur la dimension violence, c’est souvent ce qu’on retient de ce texte. Il y a d’autres versions dans des textes de Weber qui sont plus scientifiques, dirais-je, et où il utilise à la place du terme “violence, le terme “contrainte”. C’est-à-dire, les moyens de garantir le droit.

      Ambiguïté du terme "légitime"

      C’est une définition des pouvoirs de l’État pas une justification de la violence envers le peuple. Max Weber explique que l’État se substitue aux autres instances de pouvoir, contrairement aux multiples autorités de l’époque féodale : Église, roi, villes libres. En somme, c’est une définition de la souveraineté moderne.

    • Quand Max Weber parle de “violence légitime” il en fait une description sociologique, il décrit ce qui est et non pas ce qui doit être. Max Weber théorise comment se sont constitués les États en tant qu’entités politiques.

      "Cette définition intervient après qu’il (Weber) a écarté les définitions plus courantes, par les objectifs, les buts de l’État. Il se replie sur la définition par son moyen. Il a un moyen spécifique que n’ont pas les autre groupements politiques. Et ce moyen spécifique ce n’est pas la violence physique mais c’est le monopole de la violence physique. "

      La force précède et accompagne le droit. Refuser la « violence contre le peuple », c’est refuser l’État.

  • Thomas Jodarewski, L’Apocalypse selon Nolanheimer, 2023

    Il aura quand même fallu 3h30 au réalisateur britannique #Christopher_Nolan pour rendre sympathique le directeur scientifique du programme nucléaire qui fit 200 000 morts civiles, les 6 et 8 août 1945, à Hiroshima et Nagasaki. Sa recette : un acteur sexy joue un honnête physicien persécuté, rongé par des problèmes de conscience.

    Nous, qui ne sommes pas responsables d’un crime de masse, avons d’autres problèmes. Et d’abord celui de rétablir la biographie du «  Père de la #bombe_atomique  », puisque les critiques cinéma s’empêchent de le faire. Question de salubrité intellectuelle.

    Le film a dépassé les quatre millions d’entrées en France, et les 315 millions aux États-Unis. Le Japon ne s’est quant à lui pas embarrassé à diffuser le film. Allez savoir…

    En 1958, les surréalistes sifflaient les conférences d’#Oppenheimer et boycottaient les «  films qui endorment l’opinion  » au sujet de l’atome. Allez comprendre…

    https://sniadecki.wordpress.com/2023/12/19/jodarewski-nolanheimer

    #révisionnisme_historique

  • « Ecologie punitive » : de nouvelles actions contre le monde du béton
    https://ricochets.cc/Ecologie-punitive-de-nouvelles-actions-contre-le-monde-du-beton-7231.html

    Lafarge et le monde du béton sont tellement nuisibles et détestés que des groupes d’activistes ont joué des prolongations aux journées du 09-12 décembre : TOULOUSE : « OPÉRATION ÉCOLOGIE PUNITIVE » La semaine dernière, des dizaines d’actions contre Lafarge ont eu lieu dans toute la France, en Belgique et en Suisse. Des anonymes ont voulu continuer la fête à Toulouse, avec une nouvelle action coup de poing contre le cimentier. Voici le communiqué diffusé par Extinction Rebellion (...) #Autour_de_Ricochets

    / #Résistances_au_capitalisme_et_à_la_civilisation_industrielle

    https://rebellyon.info/Retour-sur-quatre-jours-de-tourbillon-et-25503
    https://reporterre.net/Lafarge-crapule-une-nouvelle-action-contre-le-beton-en-Alsace
    https://lundi.am/Journees-contre-le-beton-temps-additionnel
    https://renverse.co/analyses/article/ecologie-politique-et-diversite-des-tactiques-4286

    • Le point de départ de toute contestation (plus loin que son canapé) doit donc être : « la critique de la démocratie », exactement de cette imposture nommée démocratie représentative.
      Le premier CRI doit être : NON, nous ne sommes pas en démocratie, mais soumis à un régime despotique.
      Nous sommes encabanés (ou vissés sur nos canapés, devant la propagande permanente).
      Voilà ce qu’il faut argumenter d’abord.
      Déconstruire l’argument fallacieux des débats réglementés (en « Conseils » caméraux). Car les fameux « débats démocratiques » sont encadrés, étouffés (en particulier par l’absence d’information fiable ou complète, par le secret).
      La critique de « la démocratie », nous ne sommes pas en démocratie, mais dans un état despotique, cette critique est un préalable à toute analyse critique du droit.
      Il y a donc, ici, un point que nous considérerons comme acquis et que nous ne développerons pas du tout : le système représentatif, avec élections, chambres ou « Conseils », est sans signification, c’est une imposture, une mascarade.

      https://lundi.am/L-humanite-est-morte-a-Gaza