• Quelqu’un a vu ça ? Jeremy Scahill (cofondateur de The Intercept avec Greenwald) vient de twitter qu’un commandant de l’État islamique affirme avoir été entraîné par Blackwater. Et il produit un contrat pour « entraînement spécial » à la police tajik :
    https://twitter.com/jeremyscahill/status/604336712538558465

    #ISIS commander claim to have trained w #Blackwater. Here’s contract for “specialized training” to Tajik police:

  • Il est très intéressant de comparer le développement de l’évangélisme en Amérique latine (ici dans un document de 1994) et du salafisme/wahhabisme.

    Ariel Colonomos, Les évangélistes en Amérique Latine : De l’expression religieuse à la mobilisation sociale et politique transnationale, 1994
    http://conflits.revues.org/201

    Le développement du protestantisme à travers ses nouvelles composantes constitue un des traits saillants de l’évolution récente du paysage socio-culturel latino-américain. Dans des pays d’Amérique centrale comme le Mexique, le Guatemala, ou le Nicaragua, ou bien en Amérique andine en Colombie, au Pérou et en Bolivie, ainsi qu’au Chili ou bien en Argentine, le pentecôtisme, un des mouvements religieux dans la lignée du méthodisme, semble en plein essor. Cette dynamique religieuse désignée par le terme évangélisme concerne en tout premier lieu le pentecôtisme et ses marges en amont et en aval, mais n’intègre pas d’autres courants issus de la matrice protestante originelle comme les Adventistes du septième jour, les Mormons ou les Témoins de Jéhovah. L’émergence de cultes pentecôtistes et néo-pentecôtistes participe de l’avènement de formes de religiosité particularistes au sein desquelles l’individu renouvelle son identité et son expression sociales. En effet, la logique appliquée de la dynamique évangéliste repose sur une destruction créatrice, la fondation d’un nouveau groupe à partir de l’ancien. De nouveaux enjeux se dessinent sur une trame culturelle qui intègre les mutations récentes du monde contemporain, dans la perspective de profonds changements sociaux et politiques. Des forces politiques et institutionnelles, comme l’Etat et l’Eglise catholique, sont questionnées dans leur action. Cette tendance est corrélative d’une dynamique au sein de laquelle des sous-groupes infra-nationaux, nationaux et transnationaux sont confrontés à l’Etat et aux institutions, en tant qu’interlocuteurs et partenaires du changement social. Cette idée se trouve à l’oeuvre dans les relations internationales d’aujourd’hui à l’image d’un monde où s’expriment avec de plus en plus de vigueur les particularismes ethniques, religieux, culturels ou identitaires. Plusieurs logiques transnationales sont à l’oeuvre dans l’émergence de ces mouvements religieux en Amérique latine. L’étude de ces différentes logiques permet une meilleure compréhension du comportement de ces acteurs à l’échelle de chaque société. L’opérationnalisation de ces logiques témoigne de la faculté des acteurs sociaux à produire du sens dans des espaces socio-politiques extensibles, à l’échelle d’une région ou d’un continent. Les évangélistes ont désormais acquis une reconnaissance du fait de leur croissance numérique et de leur visibilité au sein des différentes sociétés latino-américaines. Il s’agit d’analyser différentes stratégies liées à leur transnationalité conditionnant l’action politique dans les différentes sociétés internes.

    Pour le salafisme/wahhabisme, voir par exemple Labévière, Les Dollars de la terreur, les Etats-Unis et les islamistes, 1999
    http://seenthis.net/messages/316874#message316972
    et un autre passage cité ici (moins en rapport direct avec ce qui précède) :
    http://seenthis.net/messages/337194#message337421

    • Des chiffres récents (2013):
      http://www.lefigaro.fr/international/2013/03/14/01003-20130314ARTFIG00489-en-amerique-latine-le-pape-face-au-defi-evangeliq

      Au Guatemala, les églises évangéliques revendiquent 30% de fidèles alors qu’ils n’étaient que 10% il y a trente ans et ce phénomène en Amérique centrale, inquiète le Vatican. En Argentine, pays d’origine du nouveau pape, les « nouveaux protestants » seraient 15%, au Chili, 20%. Dans les communautés indiennes du Chiapas on estime que plus de 70% des Indiens ont abandonné l’Église catholique.

      […]

      Elio Masferrer, président de l’Association latino-américaine pour l’étude des religions, ajoutait que « si l’Église catholique n’opère pas de changements dans ses structures centralisées et dans ses messages autoritaires, dans les quinze ans, elle connaîtra un véritable effondrement en Amérique latine ».

      […]

      Depuis de nombreuses années, on évoquait la nomination d’un pape latino-américain pour redonner une nouvelle vigueur à l’Église catholique latino-américaine. C’est chose faite.

    • “Le monde est leur paroisse” : comment les évangélistes redessinent la carte mondiale des religions - CLES : Notes d’Analyse Géopolitique
      http://notes-geopolitiques.com/le-monde-est-leur-paroisse-comment-les-evangelistes-redessinent

      Pour ne prendre qu’un exemple, quelque 8.000 Sud-Américains se convertiraient chaque jour à ce credo !

      Et surtout, pour poursuivre la comparaison avec le développement du salafisme/wahhabisme, se poser la question de l’intérêt pour l’influence américaine :

      Durant la majeure partie du XXe siècle, le protestantisme évangélique constitue, pour les grandes puissances anglophones – particulièrement les États-Unis – un véritable “levier d’influence”, pour reprendre les mots de Sébastien Fath. “On connaît les liens entretenus, note-t-il, par une star de l’évangélisation mondiale comme Billy Graham avec le Département d’État, et le rôle joué en sous-main par les ambassades des États-Unis à l’occasion des opérations d’évangélisation de masse conduites par des organisations ‘parachurch’ comme Jeunesse en mission (JEM).”

      En raison de son discours de conversion individuelle, mais aussi de sa culture individualiste et démocratique (rôle majeur de l’assemblée locale),sans oublier son ethos de responsabilité, l’évangélisme constituerait, pourWashington, un levier d’influence privilégié pour façonner les sociétés civiles émergentes avec des valeurs fondatrices du modèle américain. Une convergence d’intérêt encore renforcée par la croyance commune des Américains, croyants ou non, en l’universalité de leur modèle.

      Pour l’universitaire suisse Zidane Mériboute, l’évangélisme américain représenterait même un élément à part entière de la diplomatie des États-Unis. Au XXe siècle, analyse-t-il, ce courant a d’abord “frappé aux portes de l’Europe et réussi une alliance tacite avec le pape Jean-Paul II. Cette connivence a permis à l’évangélisme de contribuer à précipiter la chute du communisme soviétique. Dans les années 1960, le propagandiste évangélique Richard Wurmbrand disait déjà que les Russes étaient les plus faciles à convertir à la foi évangélique et que “le cours de l’histoire serait changé si on leur donnait agressivement la Bible”. À partir des années 1990,cette religion fit d’énormes progrès en Russie et dans les anciens pays satellites”.