REGARDS

http://www.regards.fr

    • UNE IMAGE DU RÉGIME
      https://contre-attaque.net/2022/12/17/une-image-du-regime

      On y voit un homme vêtu de noir qui attaque avec une arme qui ressemble à une barre de fer ou une masse, en tout cas un outil qui peut tuer quelqu’un. Cet attaquant est un militant #néo-nazi, qui s’en prend aux supporters marocains, après le match entre la France et le Maroc. Au second plan de cette agression armée, une ligne de #forces_de_l’ordre. Leurs casques indiquent qu’il s’agit de la compagnie d’intervention, une unité anti-émeute.

      Cette photo résume l’époque, et en particulier la situation lyonnaise. Les témoins et plusieurs vidéos expliquent que des dizaines de néo-nazis ont attaqué la foule de supporters dans les rues de Lyon en criant notamment « on est chez nous » et « la France aux français » ce soir là. Ils s’étaient réunis dans leurs locaux, qui ont pignon sur rue à Lyon depuis des années, en toute impunité. Dans ces locaux, #identitaires et néo-nazis organisent depuis des années des entraînements au combat, des soirées, des expéditions violentes. Ils ne s’en cachent même pas. Ils s’en vantent même sur les réseaux sociaux.

      Les témoins sur place le 14 décembre assurent que les agresseurs ont pu se replier derrière la ligne de policiers, qui les ont laissé repartir, avant de tirer au LBD sur la foule qui ripostait. Nous avons donc une photographie d’un milicien armé, membre d’un réseau néo-nazi qui a organisé ce soir là des émeutes racistes dans plusieurs villes de France, protégé par la #police.

      #extrême_droite #racisme

  • Le PDG de Total se dit « fatigué de cette accusation de "m’être augmenté de 52%" » alors qu’il ne s’est augmenté que de 51,7% Par Loïc Le Clerc - Regards

    Pour le mépris, on sait qu’on peut faire confiance à Emmanuel Macron. Désormais, l’indécence a elle aussi un nom : Patrick Pouyanné.

    Depuis le début des blocages des raffineries, c’est la guerre (médiatique) des chiffres : les grévistes sont-ils des privilégiés capricieux ? Total a fait appel à tous porte-flingues, le premier d’entre eux se nommant Dominique Seux, pour faire passer le mot : les ouvriers en raffinerie gagneraient en moyenne 5000 euros brut par mois. On serait plus sur du 3000€ brut mensuel, « pour les postes à haute, très haute qualification » , selon la FNIC-CGT
     


    Les salariés de Total demandent 10% d’augmentation, des investissements dans l’appareil productif et des embauches alors que, en parallèle, ce sont les bénéfices, la rémunération du patron de TotalEnergies ainsi que les dividendes versés aux actionnaires qui font tâche d’huile. Voyez plutôt :
    • 19 milliards de bénéfice au premier semestre 2022
    • 2,62 milliards d’euros de dividendes exceptionnels versés aux actionnaires

    Et le salaire de Patrick Pouyanné ? 5,9 millions d’euros annuel. Et les grévistes et leurs soutiens de marteler que le bougre s’est augmenté de 3 millions en 2021, soit une hausse de 52%. De quoi faire enrager le premier concerné, qui crie à la calomnie sur Twitter :

    « Je suis fatigué de cette accusation de "m’être augmenté de 52%" – voici la vraie évolution de ma rémunération depuis 2017 – elle est constante sauf 2020 car j’ai volontairement amputé mon salaire et ma part variable a normalement baissé avec les résultats de TotalEnergies ».

    Il est vrai que Patrick Pouyanné ne s’est pas augmenté de 52% entre 2020 et 2021, mais de… 51,7%. Il est vrai que cette baisse de salaire en 2020 (-36,4%) l’a fait vertigineusement chuté à la neuvième place du classement des patrons du CAC 40.

    Ou, comme l’a calculé l’économiste Maxime Combes, en cinq ans, Patrick Pouyanné a gagné l’équivalent de 1919 années de Smic net, « soit grosso-modo une année de Smic net par jour ».

    Donc merci au PDG de Total de mettre fin à cette polémique sur son augmentation de 51,7% car, en effet, l’indécence ne se calcule pas à trois millions d’euros près.
     
    Loïc Le Clerc
    #total #économie #richesse #SMIC #indécence #salaires #bénéfices #dividendes

    Source : http://www.regards.fr/actu/article/le-pdg-de-total-se-dit-fatigue-de-cette-accusation-de-m-etre-augmente-de-52

    • 1974, la pénurie d’impôts frappe Total
      https://lesjours.fr/obsessions/total/ep2-rapport-schvartz

      Total criminel climatique », « Total exploiteur des peuples du monde entier »… Ce dimanche, on a entendu pas mal de slogans anti-Total lors de la marche « contre la vie chère et l’inaction climatique » organisée par la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes). Faire des compagnies pétrolières un thème de mobilisation politique et sociale est efficace – d’ailleurs, la gauche réclame un référendum d’initiative partagé sur les superprofits de la multinationale française. Mais ce n’est pas très original, ainsi que nous allons vous le raconter en poursuivant notre voyage dans le passé de Total, à partir d’archives historiques inédites.

      S’attaquer à Total, qui s’appelait alors la Compagnie française des pétroles (CFP), c’est ce qu’avait décidé de faire le Parti communiste au milieu des années 1970. Durant quelques mois, le parti dirigé par Georges Marchais tonne ainsi contre le « scandale pétrolier ». Conférence de presse, émission spéciale à la télévision et enfin une journée d’action dans toute la France, le 19 mars 1975, pour « dénoncer le scandale pétrolier et démasquer les profiteurs du gaspillage et du pillage ». Ces derniers, ce sont les patrons des compagnies pétrolières, des « trafiquants » dixit le secrétaire général du PC, qui « devraient être en prison » car ils « trichent avec les prix », sont une « mafia » et « ne paient pratiquement pas d’impôt ». Tout cela avec le soutien d’un gouvernement qui s’en prend aux « petits contribuables » et défend « les milliardaires ».

      https://www.cinearchives.org/Films-447-305-0-0.html
      #scandaaale

  • « Ristourne » : le coup double de TotalEnergies pour enfoncer ses concurrents et éviter une taxation des superprofits - Observatoire des multinationales
    https://multinationales.org/fr/actualites/ristourne-le-coup-double-de-totalenergies-pour-enfoncer-ses-concurr

    La grève dans les raffineries françaises de #TotalEnergies et #ExxonMobil met à nouveau le secteur des carburants au centre de l’actualité. Les récentes auditions de la mission flash sur les superprofits ont jeté une lumière crue sur le fonctionnement du secteur et sur la manière dont TotalEnergies avait instrumentalisé sa « ristourne ».

    #bingo

  • Manuel Bompard « Une force d’alternative prête à gouverner demain » - regards.fr
    http://www.regards.fr/actu/article/manuel-bompard-une-force-d-alternative-prete-a-gouverner-demain

    Tiens, mais c’est très intéressant cet interview.
    Tactique et stratégie sont les deux mamelles...

    Figure centrale de la France insoumise, Manuel Bompard revient sur les conditions du rassemblement de la gauche. Le nouveau député définit aussi les perspectives et les responsabilités de cette alliance.

    #Politique #France

  • Ça fait toujours bizarre de lire le jeudi dans la bouche d’un député une partie des propos entendus le mardi en conférence de rédaction (moins l’enthousiasme, puisque la défaite était annoncée).

    https://www.monde-diplomatique.fr/audio/Podcast_diplo/2022-01-Episode_22.mp3

    Sur les limites de la stratégie « Terra Nova » qui cible la jeunesse progressiste de centre-ville et les quartiers populaires plutôt que la France des bourgs, la France Périphérique, François Ruffin : « Jusqu’ici, nous ne parvenons pas à muer en espoir la colère des “fâchés pas fachos” » https://www.liberation.fr/politique/francois-ruffin-jusquici-nous-ne-parvenons-pas-a-muer-en-espoir-la-colere

    Dimanche soir, à la tombée des résultats et l’élimination, malgré les 21,95 %, de Jean-Luc Mélenchon, quel a été votre premier sentiment ?

    D’abord de la fierté, la fierté du chemin parcouru. Je me suis dit : l’histoire continue, le fil n’est pas rompu. Parce que, sans Jean-Luc Mélenchon, sans nous avec lui, après les années Hollande, après sa créature Macron, la gauche pourrait être liquidée, enterrée. Nous avons ramassé un drapeau en guenille, et regardez maintenant comme il brille. C’est cette fierté que j’ai éprouvée pendant toute la campagne, avec des milliers de personnes dans les meetings, des dizaines de milliers dans les marches : nous sommes là, debout. L’espoir demeure. En même temps, ce dimanche à 20 h 01, c’est « caramba, encore raté ! » Je ne veux pas qu’on devienne des perdants magnifiques. L’équipe de France de mon enfance, celle de Platini, Giresse, Tigana et compagnie, elle était pleine de panache, comme nous, elle faisait les plus beaux matchs, comme nous, mais à la Coupe du monde de 82, à celle de 86, deux fois elle échoue en demi-finale, et deux fois contre l’Allemagne. Quand est-ce qu’on va jouer la finale ? Quand est-ce qu’on va l’emporter ?

    Comment jugez-vous la campagne de Jean-Luc Mélenchon ?

    Notre campagne, je l’ai trouvée joyeuse, un peu à contre-courant de l’époque. Parce qu’après deux années de Covid, avec la guerre en Ukraine, ils nous veulent comment ? Abattus, déprimés, résignés, « restez chez vous », etc. Contre ça, Jean-Luc est parvenu à apporter de l’énergie. C’est un peu notre Johnny, qui vient redonner « l’envie d’avoir envie ».

    Lorsqu’on observe les cartes, on voit que Mélenchon est fort dans les grandes villes et les quartiers populaires. Mais beaucoup moins dans la France périphérique.

    Au fond, ça montre l’efficacité de la campagne. Parce que Jean-Luc s’adresse aux Outre-mer, il s’y rend plusieurs fois, et il est élu président de la Guadeloupe, de la Réunion, au premier tour ! Jean-Luc veut la jeunesse progressiste de centre-ville, celle des marches pour le climat, il met le paquet, et il les emporte largement avec lui. Jean-Luc veut les quartiers populaires, il se pose comme l’anti-Zemmour, et la gauche retrouve droit de cité dans les cités. Finalement, tous les paris de la campagne sont gagnés. La France périphérique, en revanche, celle des bourgs, n’apparaît pas comme une priorité. Et quand on regarde les statistiques issues des urnes, c’est là-dedans qu’on plonge : le vote Mélenchon fait 24 % en agglomération parisienne [+8 points comparé à 2017, ndlr]. Mais c’est 14 % dans les communes entre 20 000 et 100 000 habitants [-7 points]. Un coup d’œil à une carte du pays suffit : pour La France insoumise, une zone rouge autour de Paris. Le bleu foncé de Le Pen, en revanche, s’étend sur tout le Nord, le Pas-de-Calais, la Picardie, la Champagne, la Lorraine, 42 départements, et pour beaucoup des terres ouvrières. C’est là qu’on perd. Au-delà même de la gauche, ça pose une question sur l’unité du pays, ces fractures politico-géographiques : comment on vit ensemble ? Comment on fait nation, sans se déchirer ?

    Le tableau est comment dans votre circonscription ?

    Il offre quasiment un cas chimiquement pur. Sur Amiens, Mélenchon devance Macron, presque à égalité : le président domine dans le centre-ville, mais on cartonne dans les quartiers populaires, avec plus de 60 %. Sauf que, dès que tu t’éloignes de la métropole, à Flixecourt par exemple, qui est ouvrier pourtant, c’est la cata : Jean-Luc plonge à 15 %, Marine Le Pen grimpe à 44 %. Je le pensais déjà en 2017, je le disais : si on veut gagner, on doit aller chercher cette France-là. Le mouvement des gilets jaunes en a montré l’importance politique, il a rendu visible, audible, cette France si longtemps muette. Et à ma mesure, durant la présidentielle, je me suis efforcé de parler à ces périphéries, avec des réunions publiques à Carbonne, à Rochefort, à Epinal… mettant en avant des caristes, des auxiliaires de vie, des salariés de la sous-traitance. Mais à l’évidence, jusqu’ici, les « fâchés pas fachos » ne se tournent pas vers nous. Nous ne parvenons pas à muer leur colère en espoir.

    Mais Jean-Luc Mélenchon s’est adressé à eux ces dernières semaines…

    Ça réclame un travail de longue haleine. Pour les quartiers populaires, ça fait des mois, voire des années, qu’on leur parle, avec des thématiques où ils se reconnaissent, parfois clivantes, comme la police par exemple. Les campagnes populaires exigent le même effort, et en vérité, peut-être dix fois plus d’efforts, pour dix fois moins de rendement, parce que l’habitat y est éclaté, parce qu’un vote Le Pen s’y est ancré. C’est pour moi un objectif électoral, mais aussi moral : on ne peut pas les abandonner au Rassemblement national. On ne peut pas, par une ruse de l’histoire, laisser triompher la logique de « Terra Nova ». Je ne sais pas si vous vous souvenez ? En 2011, ce think tank proche du Parti socialiste recommandait une stratégie « France de demain », avec « 1. Les diplômés. 2. Les jeunes. 3. Les minorités ». Tandis que, pour les ouvriers-employés : « Le FN se pose en parti des classes populaires, et il sera difficile à contrer. » Sous-entendu, inutile même d’essayer. Nous devons, nous, essayer. C’est un impératif.

    Comment faire pour les convaincre ?

    D’abord, il faut en faire un objectif commun : est-ce que cette analyse, est-ce que ce constat est partagé ? Est-ce qu’on se dit, l’Union populaire, ce sont les quartiers populaires – qu’il faut garder – et les campagnes populaires – qu’il faut conquérir ? On doit d’abord le poser comme une priorité, ensemble. Sinon, il n’y a pas de stratégie possible. Ensuite, je pense qu’il faut écouter les gens, faire quasiment du recueil des doléances. On ne fait pas de politique en extériorité, sans porosité. Et peut-être que des thèmes inattendus surgiront. Je te donne un exemple : le numérique. Les candidats ne s’en sont pas saisis dans la campagne. Et pourtant, quand je fais mon boulot de reporter, on me cause de ça, spontanément, dans les bistrots, dans les mairies : à la CAF, à Pôle Emploi, aux impôts, il n’y a plus de guichets. Les gens doivent passer des heures à enregistrer des mots de passe sur Internet, à scanner leurs documents. Faire son dossier de retraite, avec la Carsat, c’est devenu la croix et la bannière. C’est ressenti comme une douleur par les habitants, ça les met dans un sentiment d’impuissance.

    Cette impuissance donne quoi concrètement ?

    Je vais utiliser des grands mots pour de petites expériences, mais je crois que pour eux, c’est la République qui s’éloigne, ça les met dans une souffrance anthropologique : ils n’échangent plus en humains avec des humains, mais avec des machines. Quand j’en parle dans mes meetings, aussitôt je suis applaudi. Parce que chacun a éprouvé la solitude du « tapez 1 », « appuyez sur la touche étoile ». Remettre des agents pour les gens, comment on fait un numérique humaniste, c’est une question à porter. Une parmi d’autres. Les déplacements, bien sûr. La valeur du travail. Leurs loisirs, à ne pas juger. Mais il y a un style, aussi, peut-être, au-delà des idées. Dans une étude, je lisais que les travailleurs de la seconde ligne ne se sentaient pas représentés. Peut-être que, en plus des mesures – le smic à 1 400 €, la retraite à 60 ans, le blocage des prix –, peut-être qu’on doit davantage les incarner, qu’ils sentent qu’on connaît leur vie, leurs conditions concrètes d’existence, qu’on sache en parler, que les candidats soient à leurs côtés, parmi eux.

    Faire comme Ruffin, en somme.

    Donc, pour être majoritaire, il faudrait unir dans le même bloc les quartiers populaires et les campagnes populaires ?

    Le débat est construit, évidemment, pour casser le bloc populaire. Entre jeunes et vieux, entre travailleurs et assistés, entre blancs, Arabes, noirs, et maintenant, même, entre vaccinés et non vaccinés. Ma conviction, mon pari, depuis vingt ans maintenant, c’est que la question sociale peut rassembler. Juste une anecdote. Durant mon mandat, la secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, Sophie Cluzel, vient à Amiens. J’insiste, très fort, pour qu’elle rencontre des accompagnantes d’enfants en situation de handicap, et la préfecture accepte. On passe une belle heure d’échanges, et comme je connais par cœur, je me mets en écoute flottante. Je roupille à moitié, quoi. Et là, je me dis : ici, il y a Aline, Sandy, Hayat, Assia. Rien que par les prénoms, on perçoit les origines différentes. Ça fait un moment qu’elles causent, ça fait un an que je les filme, à aucun moment elles n’ont discuté de la nourriture à la cantine, de la taille de leurs vêtements, de leurs prénoms français ou pas. Non, elles ont discuté de leur travail, de comment elles peuvent gagner leur vie, de comment apporter un soutien aux enfants. C’est une parabole, à mon avis. Voilà ce qui les rassemble.

    C’est la stratégie à avoir aux législatives pour gagner un maximum de circonscriptions ?

    Franchement, je ne crois pas qu’une telle logique, inscrite dans le paysage, s’inverse en six semaines de campagne. Vraisemblablement, la France insoumise va se renforcer là où elle est déjà forte : dans l’ancienne banlieue rouge, dans les quartiers populaires des métropoles. C’est après qu’il faudra choisir : que vise-t-on ? Des bastions ? Ou se répandre dans les profondeurs du pays ?

    (…)

    • À 10’ du reportage sur la campagne de Ruffin à Flixecourt, ce dernier dit « L’union populaire et Jean-Luc, ils [sic]… » : « Y a pas eu de volonté de regagner la France des ronds-points, la France des gilets jaunes, parce que je pense que dans leur esprit c’était un pari qui était gagnant en plusieurs semaines, en plusieurs mois » https://la-bas.org/la-bas-magazine/reportages/qui-l-eut-cru-la-nouvelle-vraie-gauche-arrive-deja-ruffin-repart-pour-un-tou https://la-bas.org/audio.api/free/aW5sYnM6Ly9mb2xkZXItNDI0MTkvbXAzLTQ3Ni81MzEzMC1wYWRfcmVwb3J0YWdlX2ZsaXhlY291cnRfMl8tX2ludGVncmFsZS5tcDM=/53130-pad_reportage_flixecourt_2_-_integrale.mp3

    • Bompard chez Regards http://www.regards.fr/actu/article/manuel-bompard-une-force-d-alternative-prete-a-gouverner-demain

      Fabien Roussel refuse d’être assimilé à la gauche des métropoles. Il rejoint en partie François Ruffin lorsqu’il dit : « On ne doit pas devenir la gauche des métropoles contre la droite et l’extrême droite des bourgs et des champs. » Est-ce la gauche qui a rompu avec les catégories populaires, ou les catégories populaires qui ont rompu avec la gauche ?
      S’il y a eu une rupture entre la gauche et les catégories populaires, c’est d’abord parce que sa dernière expérience au pouvoir a été vécue comme une trahison. Depuis lors, notre travail a plutôt permis de renouer des liens entre le peuple et la gauche. Jean-Luc Mélenchon est le premier candidat dans les villes les plus pauvres. Il est le candidat des jeunes, des chômeurs, des précaires, et fait des scores plus importants que la moyenne chez les ouvriers et les employés. Pour voir plus loin, il faut commencer par saluer ce bilan et ne pas se tromper sur l’analyse. Quand nous remportons trois circonscriptions en Haute-Vienne, deux en Dordogne, ou encore celle du département de la Creuse, il n’est pas question de métropoles… Et quand l’extrême droite remporte la circonscription des 13e et 14e arrondissements de Marseille, il n’y a pas beaucoup de bourgs et de champs sur ce territoire… La lecture géographique est une vue de l’esprit, qui fait abstraction de l’histoire politique des territoires, de leurs structures sociales comme du travail militant qui y est mené. Oui, le Rassemblement national progresse, et il progresse malheureusement partout. Certains territoires y sont davantage perméables par leur histoire et leur sociologie. Il faut donc le combattre partout. Mais si certains pensent que, pour y parvenir, il faut abandonner les banlieues populaires et renoncer à la dénonciation du racisme ou de l’islamophobie, alors nous avons un désaccord fondamental.

      Le PCF pense que la gauche s’est perdue en menant des combats qu’il juge légitimes – lutte contre les discriminations et les violences policières, féminisme, etc. –, mais au détriment du social…
      Je suis convaincu que ce que vous décrivez ici n’est pas l’orientation du PCF, dont de nombreux militants s’investissent dans ces combats. Mais c’est en effet ce que semble penser Fabien Roussel… Cela me paraît être un contresens total : la bataille pour l’égalité des conditions de vie ne peut pas être déconnectée de celle pour l’égalité de tous, quels que soient son genre, sa couleur de peau, sa religion ou son orientation sexuelle. Ce serait une grave erreur : la gauche n’a rien à gagner à mimer le Rassemblement national ou à masquer certaines batailles pour lui complaire. On ne gagne jamais sur le terrain des autres. Nous nous adressons à tous et nous disons : ces tentatives de division agissent comme des diversions. Le RN cherche à faire vibrer la corde identitaire. Nous voulons faire vibrer la corde sociale et convaincre que le problème, c’est celui de ceux qui se gavent !

    • François Ruffin : « La gauche doit être le camp du travail » | L’Humanité 07/09/2022 https://www.humanite.fr/politique/francois-ruffin/francois-ruffin-la-gauche-doit-etre-le-camp-du-travail-762479

      Comme point de départ de votre livre, vous avez choisi cette phrase que vous avez entendue de la bouche de plusieurs citoyens : « Je ne peux pas voter à gauche, je suis pour le travail. » Pourquoi vous fait-elle bondir ?

      Parce que la gauche, c’est le travail. Son histoire et celle du mouvement ouvrier le montrent. Mais chez nombre de gens ordinaires, beaucoup de ceux avec qui j’ai échangé, s’est ancrée l’idée que « la droite c’est le travail, la gauche c’est l’assistanat ». La droite a réussi à récupérer ce qu’ils appellent la « valeur travail », depuis Nicolas Sarkozy jusqu’à Emmanuel Macron. Ils célèbrent le travail pour mieux le malmener, avec l’idée qu’il faut travailler plus, tout en écrasant les salaires. Par ailleurs, pendant les campagnes, le principal obstacle que nous avons eu, ce n’est pas sur l’immigration ou la sécurité mais sur l’argument « moi je bosse et je n’ai le droit à rien, alors que d’autres touchent des aides » . Je ne veux pas qu’on ferme les yeux sur ce ressenti massif. Selon moi, il faut montrer qui sont les vrais assistés, les hyper-riches. Nous avons le devoir, à gauche, de reposer en permanence ce rapport capital-travail. Un clivage dans lequel nous serions dans le camp du travail et des travailleurs.

      Les élus et militants de gauche n’ont pas pour autant abandonné la défense des travailleurs…
      Non, d’ailleurs, dans nos programmes, beaucoup de mesures répondent en partie aux problèmes des salaires, de précarité des contrats, de pénibilité… Mais nous devons nous demander ce qu’il faut mettre en avant, ce qui convainc, rassemble. Je pense par exemple que la gauche ne porte pas assez la fierté du travail. De la même manière qu’elle avait héroïsé les métallos ou les mineurs dans l’après-guerre, dans la période post-Covid, on aurait pu héroïser le cariste, l’auxiliaire de vie sociale. On a un devoir de représentation. Il faut que les gens se disent « c’est eux qui parlent pour nous ». Ça veut dire aussi connaître leurs conditions concrètes d’existence, pour les transformer et que nos propositions trouvent un vrai écho.

      Vous faites dans votre livre un état des lieux des mutations du monde du travail, avec des salaires qui n’augmentent pas, des contrats précaires qui se multiplient, les pressions mises sur les travailleurs… Quelles réponses politiques peuvent être apportées ?
      La question est de savoir si on laisse la main invisible du marché tout régler. Or, elle produit l’écrasement du travail dans la durée. Cela a des effets individuels, avec un sentiment d’injustice pour les travailleurs, et collectifs, avec une désorganisation de la société. Aujourd’hui, nous manquons d’AESH dans les écoles, d’auxiliaires de vie sociale : parce que les gens sont fainéants ou parce qu’ils ne veulent pas travailler pour 700 euros par mois ? La République s’est fondée sur l’école mais on ne trouve plus d’enseignants et on recrute en job dating. Il faut refixer des règles communes sur le marché du travail. Sur les salaires, les conditions de travail, les contrats. Pour que le CDI soit la norme, par exemple, il faut régulariser les intérimaires qui en réalité ont des postes permanents, et décourager le recours aux autres contrats. Un contrat en CDD doit être payé plus cher, comme les heures tôt le matin ou tard le soir.

      Votre livre se conclut par l’idée de bâtir un « nouvel horizon commun », qui serait celui de l’impératif écologique. Quelles en seraient les conséquences pour le travail et les travailleurs ?
      Il nous faut passer du « vivre-ensemble », un peu stagnant, gnan-gnan, au « faire ensemble ». Et faire ensemble face au grand défi climatique, qui réclame beaucoup de travail, qui exige que chacun fasse sa part, trouve une utilité dans cette transformation. Encore une fois, ce n’est pas le marché qui va organiser la rénovation thermique, planter des haies, remettre en état les canalisations d’eau, créer des ateliers de réparation dans chaque canton, pour échapper au cycle de la production de consommation… L’État doit donc définir un certain nombre de besoins auxquels on sait que le marché ne va pas répondre. Puis diriger et canaliser les énergies, les moyens, les savoir-faire. C’est aussi un pari humaniste. Il faudrait presque recenser toutes les compétences qui sont aujourd’hui à notre disposition mais qui sont en déshérence, une richesse humaine qui peut exister dans les quartiers ou dans les campagnes et qui est délaissée. Qui sait bricoler, qui sait réparer, qui sait cuisiner ? Toutes ces compétences doivent pouvoir être utiles à la société. C’est aussi un moyen de créer de la dignité par le travail, ce qui est essentiel.

  • « Au mieux le choix du slogan de Yannick Jadot est maladroit, au pire il s’inscrit dans la droite ligne d’une gauche réformatrice et néo-libérale à l’œuvre depuis le fameux tournant de la rigueur en 1983. »
    http://www.regards.fr/actu/article/jadot-2022-tout-changer-pour-que-rien-ne-change

    Chapitre après chapitre, le programme écologiste propose d’agir enfin pour le climat, de « faire société » ou d’apaiser le monde par la « diplomatie climatique ». Point révélateur pour situer un programme politique, les propositions destinées aux entreprises ont de quoi rendre sceptique : pas un mot quant aux actionnaires et aux dividendes. Chez #EELV, on préfère toujours privilégier le conditionnement des aides publiques aux engagements sus-cités ou l’instauration d’un bonus-malus en fonction de la nature des activités. Cela s’inscrit dans la continuité du principe pollueur-payeur prôné par l’Union européenne – politique décriée par la Cour des comptes européenne. Selon un de ses derniers rapports, le coût pour la société demeure élevé. La pollution atmosphérique résiduelle (après l’application du principe) causée par 14.000 grandes installations industrielles au cours de la période 2008-2012 se situait entre 329 milliards et 1053 milliards d’euros.

    Tout compte fait, le candidat écolo semble ne pas avoir non plus tiré les leçons du mouvement des gilets jaunes. Pour associer les territoires, il propose de créer une Cour d’équité territoriale chargée de la juste allocation des ressources. Les solutions proposées restent trop superficielles pour faire de la transition écologique une question d’équité. Déclencheur de la crise de 2018, l’équation sociale, spatiale et temporelle quant à l’utilisation de l’automobile ne trouve pas de résolution. L’augmentation du Smic à 1500 euros ne saurait combler le coût que représente la sortie des voitures polluantes pour les classes populaires.

    La tambouille, la tambouille !

    Si dans le texte, les références à la gauche se font rares, les manœuvres politiques à l’œuvre entre Christiane Taubira et Yannick Jadot renvoient aux vieilles méthodes. Les proches des deux candidats se sont rencontrés pour discuter d’une potentielle union, derrière les écologistes. Ils auraient même proposé à Christiane Taubira de prendre la tête d’une assemblée constituante si Yannick Jadot était élu président de la République. Pas vraiment sûr qu’ils aient compris le sens de ce qu’étaient une assemblée constituante qui prévoit que l’ensemble des décisions – du contenu au contenant – soient prises par les citoyens. Et non pas imposées par le haut.

    Ce qui s’apparente à une tambouille politique agace jusque dans les rangs du parti écologiste. En témoigne la réaction à chaud de Sandrine Rousseau sur BFMTV le 8 février dernier : « C’est de la politique à l’ancienne, que c’est exactement ce qu’il faut faire pour dégoûter les gens, c’est à dire des réunions d’alcôves dans des caves entre hommes ».

    Alors « Changeons ! », oui. Toute la gauche est d’accord. C’est le principe même de l’action publique et d’une campagne électorale : proposer une ligne politique, un changement, une alternance. Seulement, un véritable changement ne se décrète pas, il se prépare. Ce doit être au vu de l’urgence climatique, un processus de création collective. La question tangible est alors de se demander par quelles méthodes, outils et alliances le changement peut et doit se faire. Et surtout sur quelles luttes sociales s’appuyer pour le mener politiquement.

    En cela, au mieux le choix du slogan de Yannick Jadot est maladroit, au pire il s’inscrit dans la droite ligne d’une gauche réformatrice et néo-libérale à l’œuvre depuis le fameux tournant de la rigueur en 1983 – et il faut bien dire que l’époque à gauche ne nous habitue pas au mieux.

  • Pour la liberté de la presse et la démocratie, stoppons Bolloré - regards.fr
    http://www.regards.fr/actu/article/pour-la-liberte-de-la-presse-et-la-democratie-stoppons-bollore

    Contre la concentration de médias sans précédent que constitue l’empire Bolloré, pour la liberté de la presse et le droit à l’information, le collectif StopBolloré, dont fait partie Regards, se dit déterminé à dénoncer et à entraver ce processus à visée réactionnaire, en défense de la démocratie et de l’État de droit.

    Presse écrite, radios, chaînes de télévision, maisons d’édition de livres, agences de communication, jeux vidéo, instituts de sondage, salles de spectacle… en quelques années, Vincent Bolloré a constitué un empire médiatique tentaculaire au service de ses ambitions idéologiques réactionnaires.

    Rien que dans le monde de l’édition, il possédera bientôt plus de 70% des livres scolaires, la moitié des livres de poche, une centaine de maisons d’édition, avec un quasi-monopole sur la distribution des livres.

    Cette concentration de médias est sans précédent dans notre histoire. Elle renverse les principes démocratiques garantis depuis la Libération, et tous les progrès de la liberté de la presse, du droit d’informer et des médias. Sous nos yeux incrédules se déroule une révolution rétrograde qu’il est urgent d’empêcher.

    Depuis la Libération, il est pourtant acquis que l’information n’est pas un instrument d’objet commercial mais un instrument de culture. Il est entendu qu’elle ne peut remplir sa mission que « dans la liberté et par la liberté ». Il est clair qu’elle est libre quand elle ne dépend « ni de la puissance gouvernementale ni des puissances d’argent mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs » [1].
    Une attaque contre le pluralisme

    Cette tradition démocratique, essentielle à l’État de droit, est aujourd’hui menacée. Le pluralisme du débat n’a plus de sens lorsqu’un groupe concentre autant d’organes d’information et d’édition sous sa fortune et ses ordres. La liberté des journalistes et des auteurs n’existe plus lorsque les rédactions et les maisons d’édition sont ainsi mises au pas. Quel sens y a-t-il à parler d’indépendance d’une information soumise à la volonté d’un seul homme ?

    Auditionné par les sénateurs, Vincent Bolloré a prétendu que ses motivations n’étaient pas politiques mais strictement économiques. Pourtant, une idéologie mortifère est martelée chaque jour dans ses médias

    Le paroxysme est atteint sur CNews, où la polémique outrancière tient lieu de débat, le choix des invités fait fi du pluralisme, et la ligne éditoriale montre une obsession pour les thèmes d’extrême droite. La chaîne fait place nette à la diffusion de discours haineux, racistes, homophobes, sexistes, à la promotion d’entrepreneurs identitaires, à l’incitation à la violence, à la banalisation du complotisme, au négationnisme climatique, et au triomphe du préjugé contre la science et la vérité. En rupture avec toute déontologie journalistique, il ne s’agit plus d’informer les citoyens mais de transformer les esprits.
    Casse sociale et poursuites-baillons

    Pour parvenir à ses fins, Bolloré emploie les méthodes qui ont fait sa réputation dans le milieu des affaires : casse sociale et management par la terreur. Combien de journalistes licenciés dans ses médias pour avoir osé exercer leur liberté professionnelle ? Combien d’auteurs privés de publications ? Combien d’intimidation

    #Bolloré #Edition #Tribune

  • Ne pas faire des non-vaccinés les boucs-émissaires de tout un système de santé défaillant | Pablo Pillaud-Vivien
    http://www.regards.fr/actu/article/ne-pas-faire-des-non-vaccines-les-boucs-emissaires-de-tout-un-systeme-de-san

    Dans une tribune publiée par le Journal du Dimanche le 2 janvier, le professeur de médecine André Grimaldi se demande si les non-vaccinés ne devraient pas assumer aussi « leur libre choix de ne pas être réanimés ». Une prise de position qui interroge. Source : Regards, 3 janvier 2022

    • Qu’un professeur des universités praticien hospitalier du niveau d’André Grimaldi parle de tri des patients dit beaucoup de la perte totale d’espoir dans le fait que l’on puisse soigner tout le monde. C’est comme la chute ultime de la foi dans notre système de soins. Certains soignants commencent vraiment à avoir du ressentiment vis-à-vis de leurs conditions de travail et de ce qu’ils se retrouvent obligés à faire. C’est la déroute de tout un système dont c’est le témoin.

      Alors si l’on doit se placer du point de vue de l’hôpital pour parler des non-vaccinés, la seule chose qu’il faut souhaiter mais surtout pour laquelle il faut se battre, c’est qu’il y ait assez de lits en réanimation pour pouvoir tous les accueillir. Pour eux, mais aussi pour nos soignants.

  • Le peuple et la gauche - regards.fr
    http://www.regards.fr/politique/idees-culture/article/le-peuple-et-la-gauche-13252

    par l’historien Roger Martelli

    Le triomphe du printemps 1981 est aussi toutefois un chant du cygne. L’équilibre du début des années quatre-vingt est rompu. Les catégories populaires sont entrées dans une nouvelle ère de leur histoire. Cette rupture est due à la conjonction de trois processus.

    Le premier se situe dans l’ordre économico-social. Les ouvriers n’ont pas disparu, le « peuple » sociologique (ouvriers et employés) est toujours dense (la moitié des actifs et 45% des résidents) et la machine à produire de l’inégalité a interrompu l’apparente « moyennisation » des décennies précédentes. Mais les bases du « mouvement ouvrier » ont été érodées. Les ouvriers sont moins nombreux (8 millions en 1975, 5,3 en 2019 selon l’Insee), moins concentrés, dispersés dans une sous-traitance de services et éloignés peu à peu vers le périurbain. Après la longue phase d’unification tendancielle de la classe (redistribution publique, stabilisation juridique des statuts) le groupe se trouve tiraillé de plus en plus entre deux pôles, de plus en plus distants. Le cadre mental ancien du monde ouvrier s’est lui-même délité. L’identification à la « classe ouvrière » a fléchi depuis 1966 [1], au profit de l’item « classes moyennes » et l’affirmation fière de soi recule en même temps que la conscience de groupe. Quant à l’univers du « nous », fondé sur la primauté du collectif, il est perturbé par l’irruption du « je » [2] et le besoin d’autonomie de l’individu qui en résulte.

    Le deuxième processus de rupture est à la fois social et politique. Tout agrégat sociologique ne constitue pas une classe. À proprement parler, la classe ouvrière n’existe pas sans le mouvement historique par lequel le monde épars des ouvriers se façonne en groupe conscient de lui-même. Or l’équilibre qui accompagne les années de l’État-providence se défait à partir de la fin de la décennie 1970 : la grève se tasse, le syndicalisme se contracte et se disperse, et la galaxie communiste s’effrite dans un irréversible déclin. La vie associative, pour sa part, cesse de porter la marque ouvrière. Depuis deux décennies, l’expansion de l’association coïncide avec le recul de l’engagement partisan et syndical.

    Le troisième processus de rupture dans l’histoire longue de l’univers ouvrier se trouve dans l’espace proprement politique. Quand François Mitterrand descend triomphalement les Champs-Élysées, en mai 1981, Margaret Thatcher a terrassé les trade unions britanniques et Ronald Reagan s’est engagé dans sa grande « révolution conservatrice ». Dès la fin 1982, le gouvernement Mauroy décide de ralentir son œuvre réformatrice et de s’engager dans une « rigueur » que ses successeurs pousseront jusqu’à l’austérité. Alors que l’action de l’État piétine, le tissu industriel se transforme, dans un contexte économique de plus en plus mondialisé : la casse confirmée de la sidérurgie, en 1984, est en France l’équivalent de la saignée minière de la Grande-Bretagne thatchérienne. Impuissant à enrayer le déclin industriel, déboussolé par la dégradation des franges populaires les plus fragilisées, le syndicalisme voit son image, son efficacité et ses effectifs reculer, en même temps que les indices de la combativité salariale.

    La gauche enregistre dès 1983 les effets politiques de cette évolution (voir le constat du début). Le PCF, dépassé par l’allié-concurrent socialiste en 1978, poursuit son déclin. Le Parti socialiste en bénéficie un temps, ambitionne même de devenir le parti attrape-tout de la gauche française. Mais il est bientôt d’autant plus affecté par le recul qu’il se rapproche progressivement des inflexions sociales-libérales de ses homologues européens. Les brèves rémissions (1997, 2012) n’annulent donc pas la pente générale au recul.

    La fin du XXème siècle semble avoir clos le cycle ouvert par l’affirmation de l’industrie et l’expansion de la démocratie représentative. Après une longue phase d’incertitude, les classes populaires avaient accédé à la garantie d’un statut, de la protection sociale et de l’expression politique (la place de la social-démocratie et, en pays latin, du communisme). Par-là, elles s’étaient vues intégrées dans l’espace public. La crise longue amorcée dans les années 70 a mis à bas cet équilibre, replongeant une part significative d’entre elles dans la précarité et la marginalité, réelle ou supposée.

    Tassement du sentiment d’appartenance et recul du vote de gauche … Les XIXème et XXème siècles avaient fondé les ouvriers en classe ; la fin du XXème siècle n’a pas fait disparaître les ouvriers, mais elle a étiolé la classe, plus ou moins réunie par l’espérance d’un avenir radieux.

    C’est important cette distinction. C’’est la notion de « classe en soi » et « classe pour soi » de Georg Lukacs, un marxiste trop sous-estimé.

    4. Ce n’est pas parce que la gauche aurait abandonné le « social » au profit du « sociétal » qu’elle a reculé, mais parce qu’elle n’a pas compris suffisamment ce qui changeait dans la société elle-même. Le peuple sociologique d’aujourd’hui n’est pas le même qu’hier et le « social » est lui-même est bien plus complexe qu’autrefois : il entremêle des dimensions à la fois matérielles (les effets de l’inégalité) et symboliques (le poids des discriminations), relevant de tous les champs de la vie sociale.

    Ce n’est donc ni en « revenant » au modèle de la classe d’hier, ni en remplaçant la « classe » par un segment de la société (par exemple les plus exploité.e.s, les discriminé.e.s ou les plus dominé.e.s) que l’on inversera la tendance au déclin et qu’on enrayera la montée de la droite extrême. La société n’est pas une juxtaposition de segments sociaux, éventuellement hiérarchisés, mais un tout régi par des logiques dominantes et traversé par des contradictions. Aucun projet politique ne peut espérer être dynamique s’il ne parle pas de la société tout entière, s’il ne dit pas d’où elle vient, où elle peut aller et en s’appuyant sur quelles valeurs, quelles méthodes et quelles forces. Non pas « eux » contre « nous », mais « nous tou.te.s » et « tou.te.s ensemble »… Ce projet existe-t-il à gauche et est-il perceptible ? On peut sérieusement en douter.

    La société d’aujourd’hui ne dégage pas des procédures unifiantes analogues à celles qui ont rendu jadis possible l’expansion d’un groupe central et son homogénéisation relative. Une partie des exploités-dominés-aliénés peut donc à l’occasion se dresser contre le désordre social existant et, en se mettant en mouvement, peut s’affirmer comme une multitude agissante. Mais faute de projet capable d’articuler le passé, le présent et l’avenir, cette multitude ne peut devenir un peuple politique. Ce faisant, elle peut peser sur les logiques en place, infléchir à la marge l’utilisation des ressources, mais elle laisse l’initiative historique aux forces qui contrôlent de fait la distribution des avoirs, des savoirs et des pouvoirs.

    #Roger_Martelli #Conscience_de_classe #Politique #Classe_ouvrière

  • « Les expériences transpédégouines produisent des formes singulières d’attention au vivant »
    http://www.regards.fr/la-midinale/article/les-experiences-transpedegouines-produisent-des-formes-singulieres-d-attenti

    Les luttes LGBTQI et les luttes écologistes peuvent s’enrichir les unes les autres. Comment ? Cy Lecerf Maulpoix, journaliste et auteur de « Ecologies déviantes - voyage en terres queers » (éditions Cambourakis), est l’invité de la Midinale. Source : Regards

  • Adieu Bibi ? | Dominique Vidal
    http://www.regards.fr/monde/article/adieu-bibi

    Le nouveau gouvernement israélien constitue une telle gageure – des islamistes à la droite et à l’extrême droite, en passant par la gauche sioniste et le centre – qu’il menace d’exploser à la première crise et de donner ainsi une nouvelle chance à Benyamin Netanyahou. Ne risque-t-il pas, surtout, de poursuivre pour l’essentiel la politique de ce dernier ? Source : regards.fr

    • Quand tu vois les « états de service » des deux lascars adeptes de la « tarte-à-Tain », c’est sûr, y a du soucis à se faire. Et là, tu te dis que c’est certainement pas à ce genre de #boulets que tu confierais un rôle dans la révolution prolétarienne ...

  • Valence 12 juin, manifestation Pour nos libertés et contre les idées d’extrême-droite
    https://ricochets.cc/Valence-12-juin-manifestation-Pour-nos-libertes-et-contre-les-idees-d-extr

    samedi 12 juin 2021 : 14h du champs de mars de Valence - Manifestation déclarée Covoiturage du théâtre de Die à 12h30, du Point I de Saillans à 12h45 et de la gare de Crest à 13h. TRIBUNE. Appel pour les libertés et contre les idées d’extrême droite Organisations syndicales, politiques, associations et autres collectifs appellent à manifester samedi 12 juin pour défendre les libertés et les droits sociaux. Depuis maintenant plusieurs mois nous constatons un climat politique et social alarmant. S’allier (...) #Les_Articles

    / #Drôme

    http://www.regards.fr/politique/article/tribune-appel-pour-les-libertes-et-contre-les-idees-d-extreme-droite

    • On parle d’un mec à l’origine du groupuscule Vengeance Patriote qui entraîne ses militants au combat façon paramilitaire mais pour Coralie Dubosc, la vidéo d’appel au meurtre de #Papacito est un caprice de Mélenchon.

      LREM, le barrage troué...

      https://twitter.com/realmarcel1/status/1401922145891098624
      Pour situer un peu mieux, voilà de qui on parle.
      https://www.streetpress.com/sujet/1603295168-vengeance-patriote-groupuscule-extreme-droite-militants-comb

    • Le déni médiatique de la violence d’extrême droite

      Dure journée. L’emploi du temps prévu s’est surchargé de toutes les tâches liées à la résistance à la meute médiatique alléchée par le plan de com du « printemps républicain ». En effet, quatre heures après l’émission sur France Inter du dimanche, le premier de ces doriotistes se réveille et trouve dans mes propos à l’émission ce qu’aucun des quatre journalistes présents sur le plateau n’avait entendu ni vu : une improbable séquence soi-disant complotiste. Pourtant, je répétais seulement ce que des dizaines d’articles de presse avaient dit avant moi : que les assassins attendent souvent les élections pour faire parler d’eux. Comme ce délire n’était pas vraiment convaincant, les ventilateurs à fiel se tournèrent vers le récit des parents de victimes pour mieux me flétrir grâce une dose d’affect empathique. Il m’a semblé que ces gens ne savaient pas vraiment ce que j’ai réellement dit, mais réagissaient à ce que leurs interrogateurs me faisaient dire. Mais ainsi fut réunie une belle base pour un long spasme d’indignation médiatique sur toutes les chaînes. Et sur tous les journaux dans la main des 9 milliardaires propriétaires de toute la presse et de ceux qui la font. Car pour eux mon dernier score dans les sondages est déjà un attentat contre leur pouvoir de bashing.

      Alors, sentant l’ambiance propice, un youtubeur d’extrême droite, recommandé comme « ami » par Éric Zemmour, met en ligne une vidéo sur l’art d’assassiner un électeur insoumis. Nous sommes glacés d’effroi. Pas certains journalistes. Et c’est peut-être encore plus glaçant.

      Tranquillement plusieurs m’accusent d’orchestrer une diversion. Comme si je trouvais mon compte à cette vidéo !! Regardez un instant la scène des coups de poignards et dites ce que vous ressentez en tant que personne normale. La pente CNews d’une bonne partie de la presse est désormais une option éditoriale qui se généralise. Dans cette ambiance, Zemmour a pu venir défendre Papacito sans rencontrer la moindre opposition de sa corporation.

      Je laisse de côté les délires politiques de ceux qui vendaient la peau politique de l’ours avant qu’il soit assassiné. J’en reste à l’essentiel. C’est à dire aux deux bonnes nouvelles de cette séquence. La première : les médias prennent la responsabilité de dire qu’il n’y aura aucun assassin pour profiter des périodes électorales comme cela s’est passé jusque-là. La seconde : pour ces médias aucun d’entre nous n’a rien à craindre des menaces de mort dont nous faisons l’objet. Raison pour laquelle ils leur donnent moins d’importance que la suite du feuilleton de leur manipulation de mes propos.

      Tout le monde peut donc dormir tranquille. Isolés dans des flots de boue et de manipulations nous n’aurons qu’un souhait : que leur déni soit confirmé. Qu’il n’y ait pas d’attentats et que nul d’entre nous ne reçoive un mauvais coup. Tel est désormais le monde dans lequel nous vivons.

      Jlm

    • Je rigole. Mon père, qui se fout de la politique depuis toujours, me raconte que quand même, il a une opinion sur Mélenchon, oui, oui, car « quand même, tu te rends comptes Mélenchon, il en raconte de ces conneries ! ».

      Tu vois, Mélenchon, c’est le gars, on s’intéresse à ce qu’il raconte que quand il raconte qq chose qu’on va pouvoir dire que c’est pourri. Mélenchon, là, tu vois, on va pouvoir dire qu’il est complotiste. Et comme lui, on a le droit de le dire, c’est un gauchiste, et même un islamogauchiste, alors on a tous les droits, et on va donc le dire sur tous les tons, et sur toutes les ondes. Et comme ça, même les gens qui ne se sont jamais forgé de conscience politique, ils vont pouvoir dire que Mélenchon, quand même, quel trou du cul.

      Moi, là, ça fait plus de 15 ans que je lis ce qu’il raconte Mélenchon, et jamais je ne me suis dit qu’il était complotiste. Et même plutôt un petit peu le contraire. Bref.

    • c’est les généralisations théoriques sur « l’oligarchie » (quelques poignées ou 1% qui commandent) qui sont complotistes, elles ne font pas de cas des rapports sociaux qui nous tiennent, ça permet de dénoncer (s’indigner) au lieu de critiquer (analyser). pour jouer au tribun, c’est beaucoup plus adapté.